L’exception

Facebook peut être cruel quand il vous rappelle des moments du passé qui ne sont plus… et qui ne reviendront plus.

Il y a sept ans, le 10 juillet 2019, on accueillait à Montpellier, pour l’ouverture du festival Radio France l’immense Neeme Järvi, l’orchestre national d’Estonie et le déjà fabuleux violoniste Daniel Lozakovich – 18 ans.

Et chaque année de 2015 à 2022, ce festival, jusque là unique en France, par la conjugaison des forces d’une métropole, d’une région et d’une radio publique, offrait l’exceptionnel, l’extraordinaire.

Une région irriguée

Il y a dix ans, c’était aussi le début de la grande région Occitanie, l’élargissement à l’ancienne région Midi-Pyrénées d’un festival que Georges Frêche avait déjà voulu intégré au Languedoc-Roussillon. J’en avais fait la promesse à Carole Delga, la nouvelle présidente de la grande région, et principale contributrice financière du festival Radio France. En 2017, on ouvrait le festival à Pibrac avec Hervé Niquet et la messe à 16 voix d’Orazio Benevolo. En 2018, on irriguait toute la région et les lieux les plus insolites des 555 sonates pour clavecin de Scarlatti.

Et chaque année, le grand festival supporté par la région Occitanie se déployait là où la musique est attendue, sans que jamais Montpellier, son barycentre, soit un tant soit peu oublié ou négligé, chiffres à l’appui.

Pourquoi des regrets ? parce qu’aujourd’hui on cherche en vain l’originalité, la découverte, les nouveaux talents promus au rang de stars. N’importe qui remplit une salle avec les noms qui sont à l’affiche de l’actuelle édition. La région a abandonné du jour au lendemain une ambition née en 2016 et confortée chaque année jusqu’en 2022.

À l’inverse un festival comme celui de Colmar fait le pari d’inviter une quasi-inconnue à ouvrir son édition 2026 avec l’opus ultime de Richard Strauss, ses Quatre dernièrs Lieder, et on n’en est toujours pas revenu.

Il y a dix ans

2016 a marqué tous les esprits et tous les visiteurs du Festival Radio France de cette année-là. Les souvenirs reviennent en pagaille.

Rappelons-nous, le 14 juillet 2016, l’effroyable attentat terroriste de la promenade des Anglais à Nice. Le lendemain, apercevant Raphaël Pichon, je lui demande comment se sont passées les répétitions de Zoroastre de Rameau qu’il doit présenter le soir même en version de concert ? et je l’interroge sur sa position : jouer ou ne pas jouer ? Il ne comprend pas ma question et je vois que visiblement il n’a pas entendu parler de la tragédie de la veille. Je l’informe et nous décidons que le concert aura lieu et que lui dira un mot en début de soirée.

Le 16 juillet 2016, une rencontre et un mini-récital sont prévus avec Menahem Pressler, 93 ans, dans la salle Pasteur du Corum de Montpellier (lire La réponse de la musique) La parole de celui dont la famille a été décimée par les nazis, à qui l’Allemagne vient de restituer sa nationalité allemande, les souvenirs qu’il évoque, dégagent une émotion considérable dans le public venu en nombre l’écouter.

Ce même été il y eut aussi à Montpellier l’orchestre des jeunes Américains dirigé par Valery Gergiev, la présence radieuse de Sonya Yoncheva et de son mari Domingo Hindoyan pour Iris de Mascagni, et puis Ba-Ta-Clan d’Offenbach quelques mois après la tuerie du 13 novembre 2015.

Et puis il y eut le premier récital d’Alexandre Kantorow.

Bref il y eut profusion, abondance, jusqu’en 2022, de moments rares, de rencontres inédites, de beaucoup de musique jouée par des centaines de musiciens de tous âges.

N’était-ce pas cela l’essence, l’esprit même d’un festival digne de ce nom?

Quand toutes les structures artistiques regrettent le désengagement de l’Etat et des collectivités locales de la culture, on a le droit, le devoir même, de rappeler que la Culture n’est pas une variable d’ajustement et qu’on doit mériter le beau nom de Festival, et pas se contenter de remplir (?) des salles avec des têtes d’affiche et des programmes rebattus.

C’est peut-être à Colmar – entre autres – qu’on trouve l’audace et l’imagination : Les promesses tenus d’Alain Altinoglu

Et dans mes brèves de blog les humeurs et les réactions du moment !

Les fraîcheurs du chef (II) : Grieg et les Anglais

J’ai eu la chance d’entendre ce lundi soir à Colmar une magnifique version de concert du chef-d’oeuvre de Grieg, Peer Gynt, dirigée par Alain Altinoglu à la tête de son formidable orchestre de la Monnaie (lire sur Bachtrack : Les promesses tenues d’Alain Atinoglu à Colmar).

Ce n’est pas la première fois, loin de là, que j’évoque dans ce blog, la discographie de Peer Gynt.

Il y a un tropisme particulier des chefs britanniques pour Grieg.

à commencer par le plus jeune, Edward Gardner, qui a été dix ans aux commandes de l’orchestre de Bergen, chez Edvard Grieg donc, Ed Gardner que j’ai été si heureux d’inviter à Liège dans ses premières années

Et puis il y a celui qui m’a révélé cette partition dans sa presque totalité, l’admirable Thomas Beecham

Et encore John Barbirolli et sa version presque « authentique » (Hardanger compris)

Et puis il y a cette découverte récente, un chef que je trouvais de second rang, Jeffrey Tate, à qui on avait confié rien moins que l’orchestre philharmonique de Berlin pour une version qui, de bout en bout, captive et surprend

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L’Amérique de Porgy

Independance Day

A lire les journaux français et même américains, on n’a pas l’impression que les Etats-Unis célèbrent à leur juste mesure le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance. Tout ce qui a été prévu par Trump fait plutôt fuir le public, les exposants et les artistes.

Je relis avec autant d’amusement que d’amertume deux articles qui datent de novembre 2020 : America is beautiful et La Nuit américaine.

La force de Porgy and Bess

L’Amérique que célèbre Trump n’est à l’évidence pas celle que voulait promouvoir George Gershwin dans les années 30. Mardi dernier le Théâtre des Champs-Elysées accueillait une production étonnante du seul opéra de l’auteur de Rhapsody in blue, Porgy and Bess (lire ma chronique sur Bachtrack : Un Porgy and Bess de toutes les couleurs)

C’est un ouvrage qui mérite, à l’évidence, d’être mieux connu que par ses seuls extraits symphoniques ou ses quelques airs célèbres. Les bonnes versions ne sont pas légion.

Deux tiennent le haut du pavé : Lorin Maazel très « classique » mais avec un cast de rêve, Simon Rattle plus démonstratif mais la meilleure version récente.

On n’a toujours pas bien compris pourquoi Nikolaus Harnoncourt s’était sur le tard entiché de Gershwin…

Tendresse évidente pour ce disque d’extraits avec les plus grands Porgy et Bess

Impossible d’envisager en revanche une discographie exhaustive des autres chefs-d’oeuvre de Gershwin, l’incarnation du rêve américain.

Dans ce coffret, si on arrive à le trouver encore, il y a, en plus du Porgy de Maazel, pas mal de pépites comme cette version électrique de Rhapsody in blue pour 2 pianos !

Et pour finir ce pied-de-nez à celui qui n’aura finalement pas réussi à inscrire son nom au fronton du Kennedy Center à Washington !

Les humeurs du moment c’est toujours dans mes brèves de blog : la mort du chanteur des Village People, aventures et mésaventures en rase campagne, etc.

Robin des Bois et autres aventures

L’Orchestre national de France avait inscrit au programme de son concert jeudi dernier deux oeuvres contemporaines, mais vraiment sans rapport l’une avec l’autre (lire mon papier sur Bachtrack) Sur Alexandre Nevski de Prokofiev, j’ai déjà presque tout dit (Alexandre Nevski et le lac gelé).

En revanche j’ai rarement évoqué un pan considérable de la production d’un compositeur que je chéris de longue date, Erich Wolfgang Korngold (lire Entre Bruges et Toulouse), ses 18 musiques de film pour Hollywood. Le concert de jeudi proposait la suite tirée de la bande originale des Aventures de Robin des Bois.

Les plus grands chefs n’ont jamais dédaigné ces partitions si luxuriantes orchestralement.

Quelle émotion que d’entendre le compositeur lui-même diriger la bande originale d’un autre succès hollywoodien Captain Blood !

On recommande très chaudement ce coffret magnifique (et la lecture de l’article de Classica qui en révèle l’origine !)

André Previn (1929-2019) n’a, lui non plus, jamais cessé de promouvoir Korngold, sans séparer artificiellement sa musique « sérieuse » de sa musique de film.

Korngold s’est aussi révélé un formidable arrangeur, pour les besoins du cinéma, comme ici – c’est encore lui qui dirige et joue du piano !- pour Magic Fire

ou Le songe d’une nuit d’été

Et comme le concerto pour violon (1945) de Korngold a longtemps été qualifié, avec mépris, de hollywoodien, alors qu’il a été créé par Jascha Heifetz en 1947, j’en profite pour remettre en évidence un disque dont je suis particulièrement fier – il a d’ailleurs été salué d’un Diapason d’Or à sa sortie (L’or des Liégeois)

Laurent Korcia y est magistral, mais le compliment s’adresse aussi à Jean-Jacques Kantorow qui est beaucoup plus qu’un accompagnateur à la tête de l’Orchestre philharmonique de LIège

Et mes humeurs et bonheurs du temps toujours dans mes brèves de blog

L’été 2026

A défaut d’échapper à la canicule qui envahit tout le pays, on pourra essayer de se rafraichir les idées, l’esprit ou le coeur, au choix, avec ces quelques musiques et/ou versions qui ont le mérite de l’originalité, sinon de l’inspiration, tirées de ma discothèque personnelle.

Feu d’artifice tiré de la prairie de Butry-sur-Oise le 20 juin 2026

Gabriel Dupont : Jour d’été

Extrait du tout dernier disque enregistré par notre cher et si regretté Patrick Davin

Glinka : Nuit d’été à Madrid

Honegger : Pastorale d’été

Par l’un de nos plus grands chefs français, Serge Baudo, auteur d’une magnifique intégrale des symphonies d’Honegger avec les si belles couleurs de la Philharmonie tchèque

Kodaly : Soir d’été

Le compositeur dirige lui-même son « Soir d’été » à la tête de l’orchestre philharmonique de Budapest

Lire : L’éloquence des Hongrois

Jacques Leduc : Ouverture d’été

Un disque rare republié dans le coffret anniversaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

Michel Legrand : Un été 42

Vincent d’Indy : Jour d’été à la montagne

Josef Suk : Conte d’été

Ambroise Thomas : Le songe d’une nuit d’été, extrait

Pour rendre hommage à notre si chère Jodie Devos, bien trop tôt disparue (lire Jodie dans les étoiles) cet extrait du Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas

Prokofiev : Nuit d’été

Cette « nuit d’été » est extraite de l’opéra de Prokofiev : Les fiançailles au couvent

Et dans mes brèves de blog les dernieres nouvelles du moment à propos de la fête de la musique et de la fête des pères : 21 juin 2026.

Nikolaus le Hollandais : tics et chocs

Je l’annonçais dans mon billet du 3 avril dernier (Pavés de printemps). Dix ans après sa disparition, Warner poursuit la réédition des enregistrements réalisés jadis pour Teldec par Nikolaus Harnoncourt, avec cette fois la série souvent étonnante des captations amstellodamoises avec l’orchestre Royal du Concertgebouw

NIKOLAUS HARNONCOURT

ROYAL CONCERTGEBOUW ORCHESTRA

The Complete Teldec Recordings

42 CD

CD 1-7 MOZART / Symphonies 25 à 41

CD 8 MOZART / Concerto 2 pianos (Gulda, Corea) / COREA Fantasy for 2 pianos / GULDA Ping Pong for 2 pianos

CD 9 MOZART / Concertos 23 et 26 (Gulda)

CD 10-12 MOZART / Cost fan tutte (Margiono, Ziegler, Van der Walt, Cachemaille, Hampson)

CD 13-15 MOZART / Don Giovanni (Hampson, Gruberova, Alexander, Bonney, Blochwitz, Holl)

CD 16-18 MOZART / Les noces de Figaro (Hampson, Margiono, Bonney, Scharinger, Lang, Murray, Holl, Langridge)

CD 19 MOZART / Thamos roi d’Egypte (Thomaschke, Perry, Mühle)

CD 20 SALIERI / Prima la Musica, MOZART / Der Schauspieldirektor

CD 21-26 HAYDN / Symphonies 93-104 « Londoniennes »

CD 27-30 SCHUBERT / Symphonies + Ouvertures dans le style italien

CD 31 Johann STRAUSS / Valses et polkas

CD 32-33 Johann STRAUSS / La Chauve-Souris (Gruberova, Bonney, Hollweg, Protschka, Scharinger, Lipovsek, Kmentt)

CD 34-35 BRUCKNER / Symphonies 3 et 4

CD 36-37 BRAHMS / Concertos pour piano (Buchbinder)

CD 38 BRAHMS / Concerto violon (Kremer), Double concerto (Kremer, Hagen)

CD 39-42 DVORAK / Symphonies 7,8,9, Concerto piano (Aimard), poèmes symphoniques (Le rouet d’or, l’Ondin, la sorcière de midi, la Colombe des bois)

Comme je l’avais remarqué pour la réédition précédente (avec l’Orchestre de chambre d’Europe), il est intéressant de réévaluer le legs de Nikolaus Harnoncourt. Surtout ici avec un orchestre solidement ancré dans ses traditions, cette sonorité si spécifique (et si bien enregistrée pendant des décennies par les micros de Philips.

Au fil du coffret, je me suis amusé à réécouter des éléments que je n’avais plus écoutés depuis longtemps, comme par exemple cette rencontre qu’on imaginait fébrile avec Friedrich Gulda… avec la surprise d’entendre un Mozart certes creusé, mais d’une sagesse inattendue.

De même, pour les deux symphonies de Bruckner gravées à Amsterdam, où domine l’impression que le souci du détail l’emporte sur l’élan, la plasticité du discours.

Quant aux deux concertos de Brahms avec Rudolf Buchbinder, qui n’avaient déjà pas été bien accueillis par la critique, ils sont, à distance, moins écoutables que jamais : le début et tout le premier mouvement du 1er concerto est une caricature. Plus lent, plus lourd, tu meurs !

En revanche, il vaut le coup de redécouvrir les symphonies et poèmes symphoniques de Dvořák qu’on n’attend pas sous la baguette d’Harnoncourt. Ne surtout pas s’aventurer à comparer aux traditionnelles références tchèques, mais écouter le traitement en profondeur de partitions dont le chef autrichien révèle des couleurs et des saveurs souvent cachées.

Le plus important en volume de ce coffret ce sont ces Mozart, symphonies et opéras, qu’Harnoncourt a souvent remis sur le métier. Et c’est probablement là qu’on retrouve ce qui a pu séduire en même temps qu’agacer dans l’art du chef. J’ai été alors plus souvent agacé que séduit (en raison de mauvaises expériences au concert). En réécoutant ce corpus, je suis assez bluffé par les trouvailles d’articulation, de phrasé, des tempi qui naguère surprenaient.

Mais dans Johann Strauss, il manque vraiment le charme et l’élan, le sourire, l’humour, le sens du théâtre, qui sont bien absents dans cette bien sérieuse Chauve-Souris

Un mot encore des symphonies de Schubert, où se concentrent tous les « excès » du chef, comme dans ce finale de la 6e symphonie déjà évoqué dans cet article : Une affaire de tempo

Et vraiment juste pour s’amuser: le même finale par Lorin Maazel dans une intégrale super speedy

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog

La légende de la Grange

J’étais passé par hasard devant il y a quelques mois (voir Mémorables), cette fois j’y suis entré et j’ai vérifié que la Grange de Meslay est à la hauteur de son mythe (lire ma brève de blog : Mythique).

Sviatoslav Richter tombe amoureux de cette grange qui se relève tout juste des injures de la guerre, au début des années 60 et décide d’y fonder quelque chose comme un festival. La suite elle est racontée sur le site de la Grange de Meslay. Enfant puis adolescent, étudiant au conservatoire de ma ville de Poitiers, j’étais déjà fasciné par cette histoire, à laquelle je pensais ne jamais avoir accès. Et le fait est qu’il m’a fallu attendre juin 2026 pour enfin découvrir les lieux et vérifier la réalité de la légende. A lire sur Bachtrack : Tiberghien et Arielle Beck entrent dans la légende de la Grange de Meslay

La légende du lieu elle s’est construite bien sûr d’abord avec Richter et ses amis (voir ci-dessous), mais elle a prospéré avec cette cohorte d’artistes, de pianistes essentiellement, qui nous laissent de précieux témoignages, le plus émouvant d’entre eux étant celui de Nicholas Angelich, lors de l’un de ses derniers concerts, en août 2020

Leif Ove Andsnes est un habitué de la Grange

Quand Warner se décidera-t-il à consacrer un coffret au grand György Sebök qui jouait en 1991 à Meslay ?

Trouvé sur YouTube ce film sur Richter à Tours, mais à réserver à ceux qui comprennent l’allemand (la langue maternelle du pianiste russe)

Sur place à Meslay, ou en d’autres lieux tout proches, Sviatoslav Richter a enregistré plusieurs disques Bach et Haendel, réédités au hasard des coffrets publiés en 2015 à l’occasion du centenaire de l’artiste

Richter Bach

Richter Oistrakh

Et toujours mes brèves de blog sur les sujets du moment… et mon week-end à la Grange de Meslay !

Le cousin de Wolfgang

Rappelez-vous les amours de Mozart, deux soeurs parmi quatre toutes musiciennes, Aloysia dont Wolfgang était amoureux, sans que cela soit réciproque, et Constance que le compositeur finit par épouser en 1782. Il faut aussi citer Josepha qui créa le rôle de la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée. Le patronyme de ces soeurs ? Weber.

Toutes les quatre étaient les cousines germaines d’un autre Weber célèbre, Carl Maria, né le 18 novembre 1786, mort il y a tout juste deux cents ans, le 5 juin 1826 à Londres. Mozart est donc le cousin par alliance de Weber.

Warner publie à cette occasion un coffret intéressant mais par bien des côtés insuffisant voire décevant

Il faut lire les dossiers remarquables que Diapason de juin consacre à Weber et en particulier la critique parue sur ce coffret, qui relève des oublis fâcheux.

Ainsi pas d’Euryanthe, opéra pourtant si emblématique du premier romantisme allemand, avec la version Janowski qui embarquait Jessye Norman, publiée naguère sous double étiquette EMI/Berlin Classics. Ainsi pas de version, pourtant idéale, de Keilberth du Freischütz avec l’inégalable Elisabeth Grümmer. Warner nous a habitué à des compilations plus complètes et fouillées.

Pour les ouvertures, c’est un nième recyclage de l’enregistrement de Sawallisch et du Philharmonia, multi-réédité. Pour les concertos pour clarinette, c’est Sabine Meyer avec Blomstedt. Je n’ai jamais été très fan du son si « rough » de celle que Karajan voulait embaucher à Berlin, je préfère de loin l’autre Meyer, Paul, et sa très belle version avec Günther Herbig.

En revanche, c’est un vrai bonheur – et une authentique curiosité – que cette réédition de la 2e sonate et autres oeurves pour piano par le pianiste Thierry de Brunhoff, retiré comme moine à l’abbaye d’En Calcat depuis 1974.

J’aurai d’autres occasions de faire état de mes préférences discographiques pour un compositeur que j’admire profondément comme l’essence du premier romantisme allemand.

On peut aussi lire mes humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog !

Les Mahler de Sir Simon

Dimanche dernier, Simon Rattle et le London Symphony nous ont littéralement coupé le souffle à la Philharmonie de Paris.

C’est ce que j’ai écrit pour Bachtrack : Entre terre et ciel avec Mahler, le LSO et Simon Rattle

Le London Symphony, Lucy Crowe et Simon Rattle à l’issue d’une 4e de Mahler d’anthologie

Il y a plus de deux ans, j’avais déjà assisté à une 6e symphonie de Mahler « suffocante » dirigée par le même chef à la tête de l’Orchestre de la radio bavaroise dont il a pris la direction.

J’ai toujours eu des réticences, ou plus exactement des préventions à l’égard d’un chef, formidablement doué, très souvent admirable et admiré, mais qui me semblait toujours pécher par un souci excessif du détail.

Ce que j’ai entendu dimanche, ce que j’avais entendu en octobre 2023, me fait très sérieusement reconsidérer ma position.

Et toujours pour les humeurs et bonheurs du temps, mes brèves de blog

La fête des mères

S’il y a une figure universelle dans la musique classique, du Moyen-Âge à nos jours, c’est bien celle de la Mère. Je n’ai aucune intention d’en faire une revue même partielle. juste de choisir dans ma discothèque quelques-unes de ces musiques qui m’évoquent non pas la mère que je n’ai plus, mais la mère aimante, consolatrice, fantasmée peut-être…

Parle-moi de ma mère

N’est-il pas touchant ce brigadier stationné à Séville qui voyant apparaitre une frêle jeune fille arrivant du pays, lui demande : « Parle-moi de ma mère« 

C’est l’un des passages les plus célèbres et musicalement réussis de l’opéra de Bizet, Carmen, lorsque Don José est abordé par Micaëla

Donne-moi à manger

Chez Mahler, la figure de la mère peut être tragique, impuissante, comme dans cette mélodie extraite du recueil Des Knaben Wunderhorn.

« Mutter, ach Mutter! es hungert mich,
Gib mir Brot, sonst sterbe ich. » (« Mère, ô mère, j’ai faim / Donne-moi du pain ou je vais mourir »)

Les chansons de ma mère

Tout autre ambiance pour ls quatrième des sept « Chansons tsiganes » de Dvorák dont le titre anglais est Songs My Mother Taught Me (Les chansons que ma mère m’a apprises)

Je ne te quitte pas

Intéressant aussi ce poème de Rückert mis en musique par Schumann, où une future mariée s’adresse à sa mère en lui disant en substance : « Ce n’est pas parce que je l’aime (mon mari) que je vais cesser de t’aimer« 

Mutter, Mutter! Glaube nicht,
Weil ich ihn lieb’ also sehr,
Dass nun Liebe mir gebricht,
Dich zu lieben, wie vorher.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich sehr.
Lass mich an mein Herz dich ziehn,
Und dich küssen, wie mich er.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich ganz,
Dass du mir das Sein verliehn,
Das mir ward zu solchem Glanz.

La mort de la mère

Schubert fait comme souvent dans la pudeur avec ce Grablied für die Mutter

Quant à Alfred Schnittke (1934-1998) c’est d’abord avec un quintette avec piano, puis un élargissement au grand orchestre sobrement intitulé In memoriam qu’il rend un bouleversant hommage à sa mère disparue en 1972.J’avais eu la chance de réentendre la version initiale il y a quelques semaines à Deauville (lire mon article sur Bachtrack)

A la mère

Une ode à la mère, à sa mère, du compositeur estonien Peeter Vähi, par son illustre compatriote Neeme Järvi

Roses éternelles

Et puis, toujours enfouies au creux de la mémoire, ces chansons éternelles qui ne fanent jamais…

J’ai, à dessein, évité toute la littérature musicale, que j’adore par ailleurs, qui s’adresse à la Mère entre toutes les mères, Marie, la mère de Jésus… Ce n’est pas un article, mais tout un dictionnaire qu’il faudrait lui consacrer.

Et toujours dans mes brèves de blog, le récit d’un drame qui m’a fortement éprouvé.