Le grand chef hollandais Bernard Haitink, disparu il y a cinq ans, a déjà bénéficié de magnifiques rééditions de sa discographie, d’abord avec le Concertgebouw d’Amsterdam, puis au printemps dernier avec l’orchestre philharmonique de Londres. Restait à rassembler les enregistrements réalisés à Berlin, Vienne ou Boston, où le chef était régulièrement invité.
31 CD
Mahler Symphonies Nos. 1-7; Symphony No. 9; Symphony No. 10; Lieder eines fahrenden Gesellen (BPO) Poulenc Organ Concerto (Thomas Hurford) Mark-Anthony Turnage Some Days (orch.jeunes Communauté européenne) Schumann Cello Concerto, Op. 129; Adagio & Allegro, Op. 70; Fantasiestücke, Op. 73; 5 Stücke im Volkston, Op. 102 (Heinrich Schiff) Stravinsky The Firebird; Scherzo à la russe; Petrushka; Scènes de ballet; Le Sacre du Printemps; Pulcinella (BPO) Violin Concerto (David Oistrakh, orch. Lamoureux) Beethoven Fidelio (Norman, Dresde) Berlioz Symphonie fantastique (VPO) Brahms Symphonies Nos. 1-4; Tragic Overture, Op. 81 (Butry sur Oise) Piano Concerto No. 2 (Ashkenazy VPO) Ein deutsches Requiem, Op. 45; Schicksalslied, Op. 54, Nänie; Alt-Rhapsodie; Haydn Variations (VPO) Bruckner Symphony No. 3; Symphony No. 4; Symphony No. 5; Symphony No. 8; Te Deum (VPO) Ravel Daphnis et Chloé; La Valse; Rapsodie espagnole; Menuet antique; Ma mère l’oye; Boléro; Alborada del gracioso; Le Tombeau de Couperin; Valses nobles et sentimentales (BSO)
BPO : orchestre philharmonique de Berlin / VPO : orchestre philharmonique de Vienne / Butry sur Oise : orchestre symphonique de Boston)
Très peu de redécouvertes, mais quelques surprises, comme une symphonie fantastique plus poétique que frénétique, tout un ensemble Ravel qui bénéficie de la tradition bostonienne forgée par Munch et Ozawa.
Pour Mahler et Bruckner, la comparaison entre les captations réalisées à Amsterdam, puis plus récemment à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise, n’est pas sans intérêt, même si les permanences de l’art du chef – lisibilité, fluidité, plus que monumentalité – se coulent dans les spécificités sonores des Berlinois ou des Viennois.
Le piano d’Aline van Barentzen
J’avais jadis un ou deux disques de la collection économique Trianon chez EMI, des sonates de Beethoven entre autres, d’Aline van Barentzen (1897-1981) dont ma professeure de piano au conservatoire de Poitiers avait été l’élève au conservatoire de Paris. Je désespèrais de jamais retrouver cela en CD, jusqu’à ce que je découvre au début de l’été un coffret publié par Meloclassic, 9 CD remplis de pépites
Comment se fait-il que cette artiste ait une discographie aussi mince, en dehors de ces heureuses captations de concert ?
On ne m’en voudra pas d’aller rechercher – de retour du Brésil – ces précieux témoignages de la collaboration entre le plus grand compositeur brésilien du XXe siècle, Heitor Villa-Lobos, et la pianiste franco-américaine.
Warner serait bien inspiré de rééditer au moins les quelques enregistrements réalisés pour La Voix de son Maître, ses Beethoven en particulier !
Jörg Demus chez Schumann
Lorsqu’il est mort en 2019, j’avais fait un portrait très personnel de Jörg Demus : Le piano poète. Encore un artiste dont la discographie est dispersée ô combien! Dans la même collection Meloclassic, j’ai repéré un double album pour l’essentiel consacré à Schumann et à des prises de concert réalisées à Dresde.
Et toujours dans mes brèves de blog, les grands bonheurs et les petits malheurs de ces derniers jours.
C’est mon troisième séjour au Brésil. La première fois c’était en février 2006 pour le carnaval de Rio, un cadeau d’anniversaire. La deuxième c’était pour la tournée sud-américaine de l’Orchestre philharmonique de Liège et trois concerts, deux à Sao Paulo, un à Rio de Janeiro. Cette fois vacances pures que je n’ai pas eu à organiser, juste à suivre sans tracas, dans une région très particulière au nord de ce pays-continent, les Lençóis Maranhenses.
Une immensité de dunes et de lagons vue d’avion
9 août. Vol Paris-Fortaleza à l’heure, sans perturbation. Deux ou trois films français, des comédies que je ne serais jamais allé voir au cinéma, ou n’aurais même regardé à la télévision. Déception relative pour le dernier Toledano-Nakache Juste une illusion.
Fortaleza est une cité de près de 3 millions d’habitants. Un bord de mer qui ne peut que rappeler Rio, en nettement plus réduit. Foules familiales le soir, dans une température tropicale, foule de joggers tôt le matin. L’hôtel est apprécié des Français manifestement, l’équipage d’Air France y loge. Dîner bon sans être exceptionnel. On s’endort tôt. Le décalage horaire est de 5 heures.
10 août. Le lendemain vol pour Sao Luis, jadis port français. Hôtel impersonnel en bord de mer. On nous a déconseillé une balade dans le centre un peu historique. Je ne sais quoi penser de ces réputations faites à l’avance de « villes les plus dangereuses du monde ». Dîner assez typique, plutôt original : une sorte de hochepot de crevettes dans une citrouille évidée. Après une caipirinha lentement dégustée au bord de la piscine.
Les choses sérieuses commencent le 11 août. Levé aux aurores, départ en voiture à 7h pour Barrineira, aux portes du fameux désert blanc et ses lagons verts. Il faut être arrivé avant 11h30 sur le petit aéroport local pour un tour en avion au-dessus du Parc national. Le Cessna antique de la compagnie Fly Lençois qui héberge le pilote et trois passagers, nous deux et une jeune guide touristique, n’est pas très rassurant. Jorge nous rassure, ce sera un peu « bumpy » au départ. Ce sera « bumpy » tout du long à cause de quelques coups de vent. Je n’aime pas ça mais je n’éprouve plus ce stress, cette peur parfois irrationnelle qui me saisissaient lorsqu’un avion, petit ou grand, est pris dans des turbulences, l’effet des médicaments que je prends sans discontinuer depuis mon « accident » ?
Le spectacle est extraordinaire, véritablement unique, et on n’a pas encore la pleine mesure de son caractère exceptionnel qu’on mesurera ensuite en parcourant le parc.
L’après-midi on nous lâche à un petit embarcadère dans une grosse barque à moteur qui doit nous conduire à Atins, un ancien village de pêcheurs entièrement construit sur le sable. Pas de route, pas de chemin goudronné. On va loger quatre nuits dans un petit ensemble de huttes simplement mais joliment aménagées, et expérimenter tous les moyens de découvrir le village, ses petites plages et surtout ses environs de dunes et de lagons. Le soir même on entreprend d’aller à pied au Beach Bar qui dépend de la « villa » où nous logeons (propriétaire de trois établissements dans la localité) : objectif crevettes et langoustes. Portions trop importantes pour mon petit appétit du soir. Retour à pied. Excellent pour les cuisses et les mollets que cette progression dans le sable.
Les ânes du Brésil et autres petites ou grosses bêtes
Déjà dans le jardin de l’hôtel, puis dans l’une des rues, on va croiser des ânes de petite taille, d’un très beau pelage, qui sont sauvages, et on en verra plusieurs dizaines pendant tout notre parcours, au milieu du désert ou dans les villages à la recherche de nourriture
En moins grand nombre et surtout pour transporter les touristes on voit de très élégants chevaux
Au bord de certaines pistes des chevêches des terriers pas du tout revêches !Une iguane se désaltérant dans le courant d’une onde pure
12 août. Un chauffeur guide qui ne parle que portugais – tant mieux, que ce Brésil si accueillant évite le plus longtemps possible de s’angliciser pour les touristes ! – nous fait faire en 4×4 une première longue balade dans les dunes et les lagons des Lençóis Maranhenses. Il nous arrête auprès de deux lagons différents. Sensation tellement incroyable de se baigner dans une eau douce si pure, si transparente, si chaude, au milieu de ces dunes blanches.
Les quelques transats de l’hôtel sont pris d’assaut. Les Français sont en majorité, et étrangement plutôt des familles avec de jeunes enfants. Nous dînons dans l’un des autres restaurants propriété de l’hôtel, Casa Viva. Pas mal du tout, beaucoup de monde et un chanteur tellement discret qu’on n’entendra pas un traître mot de ses chansons. Au moins on n’est pas abrutis par la sono. Retour à pied à l^hotel.
13 août. Levés à 4h30, pour un début de balade à cheval à 4h50. Il s’agit d’aller voir le soleil se lever dans les dunes. Je n’avais plus fait de cheval depuis le Kirghizistan en 2024. J’ai du plaisir à monter un cheval blanc moins têtu que celui qu’on m’avait fourgué il y a deux ans. Le spectacle est à la hauteur de ce qu’on espérait.
Retour à l’hôtel pour un petit déjeuner correct sans être exceptionnel. Personnel gentil, dévoué. Le même soir sortie prévue pour une dégustation de « mousseux » brésilien et de fruits dans les dunes sous la lune. Sauf que la lune n’est pas là, et que ça ressemble à une soirée fantôme.
14 août Matinée tranquille. Lecture. Sudoku. Cette fois la tournée des dunes et des lagons est prévue à partir de 15 h selon un parcours différent de l’avant veille.
Baignade obligée dans deux lagons, pour être arrivé à l’heure voulue au sommet d’une dune pour un coucher de soleil qui autorise des photos et des vidéos un peu spectaculaires. Dîner pantagruélique dans un restaurant… japonais !
15 août Transfert vers Parnaiba, et son immense delta. Longtemps on longe la mer, le 4×4 roule sur le sable – j’aimerais être à la place du chauffeur – puis sur une piste qui passe au milieu d’un gigantesque parc d’éoliennes qu’on aperçevait déjà du petit avion. Puis c’est une route « normale » plutôt bien revêtue même si les nids de poule sont visibles. Quelques maisons, quelques villages, sans âme qui vive. Et on arrive pour deux nuits dans un hôtel très particulier puisque logé dans une belle maison du début du XXe siècle. Dans le centre historique absolument désert de Parnaiba dont on ne découvrira l’étendue moderne qu’à l’occasion d’un dîner le dimanche soir dans un restaurant chic à 6 kilomètres de notre hôtel. (Album photo : Parnaiba centre historique). Le soir même on nous conduit vers un petit embarcadère – on traverse ce faisant un faubourg de Parnaiba où une fête bat son plein – pour un tour en bateau dans le delta du Rio do Parnaiba. Le pilote sait où trouver les animaux à photographier. Retour et dîner – très correct – à l’hôtel, où les tables voisines parlent toutes français !
16 août. Longue balade de jour cette fois dans le delta, halte de deux heures dans une taverne qui propose… des huîtres froides ou grillées, absolument délicieuses. Confusion entre deux (dois) et douze (doze), nous attendions chacun une douzaine, nous en aurons chacun deux…L’attraction de la sortie c’est le vol de milliers d’ibis rouges, espèce endémique de cette partie de l’Amérique du Sud, qui convergent au coucher du soleil vers une petite île du delta où ils passent la nuit. Magique.
17 août. Transfert pour une sorte de retraite de quatre jours loin de tout, du bruit et du monde. La Casa Daia est située au milieu d’une immense propriété qui borde à la fois l’océan et le « Rio »… Ici ce sont les femmes qui dirigent, les hommes qui sont aux travaux des jours. On vit en autarcie, ce qu’on mange est produit dans une « agroferme » in situ, ou vient de la pêche du jour, poissons ou coquillages. Le chef qui s’exprime très bien en français – je le verrais bien chanter le Brésilien dans la Vie parisienne d’Offenbach – a passé un an à Bordeaux. Il fait des merveilles de ces produits locaux. A noter que tous les jus, les sorbets, les confitures sont issus de fruits d’ici (açai, bacuri, cupuaçu…) sans sucre rajouté. Idem pour les cocktails.
Quatre jours, quatre nuits dans une totale quiétude.
Le 21 août, on quitte à regret la Casa Daia pour rejoindre Jericoacoara. Qui comme Atins est bâtie sur le sable. Quel bonheur de déambuler dans le village ou à la plage pieds nus dans un sable d’une douceur et d’une propreté exceptionnelles. Le soir on pourrait se croire dans la neige dans un village de montagne !
On retrouve dunes et lagons, comme un rappel des Lençois Maranhenses. Aussi beaucoup de Français, surtout des familles. Les photos parlent d’elles-mêmes.
Ce billet du milieu d’été va prendre une tournure plus personnelle, pour évoquer des souvenirs marquants au fil de cinq décennies écoulées.
Août 1976 : la mère de mes enfants, mon premier job, et un raté sans retour à l’orgue
Il y a cinquante ans, j’achevais fin juillet mon service militaire, accompli à l’Ecole nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA) de Saint-Maixent, comme professeur à la fois des jeunes élèves sous-officiers – des cours de français – et d’officiers qui se préparaient à acquérir des diplômes – en l’occurence soit d’allemand, soit de russe, les deux matières dont j’étais déjà titulaire d’un DEUG universitaire. Sitôt libéré, à la suggestion d’un bon camarade déjà militant, je partis pour Avignon, et l’abbaye toute proche de Saint-Michel-de-Frigolet où se déroulait l’une des toutes premières universités politiques d’été – il y a dispute non résolue pour savoir laquelle était véritablement la première entre les jeunes giscardiens et les jeunes démocrates sociaux – Çà ne coutait que le prix du voyage et la curiosité me guidait. Sur place, je fis au moins deux rencontres décisives : parmi un trio de grâces féminines, la future mère de mes enfants, et voisin de dortoir, un garçon qui allait m’orienter quelques mois plus tard vers mon premier emploi d’assistant parlementaire… de son père Jean Cluzel.
Musicalement, j’ai éprouvé cette semaine-là une honte que j’ose raconter cinquante ans plus tard. Il y avait dans l’abbatiale de Saint-Michel-de-Frigolet un très bel orgue. Je ne sais plus comment j’ai été amené à en jouer, je ne sais qui a « cafté » mais un soir qu’un ministre de l’époque, André Fosset – qui allait être débarqué du gouvernement le 25 août au moment de la démission fracassante du premier ministre Jacques Chirac – rendait visite aux jeunes « universitaires » que nous étions, on me pria de jouer quelque chose pour lui et la compagnie présente. Je jouai vaguement la Toccata de la 5e symphonie pour orgue de Widor, puis comme on me priait de continuer, j’improvisai je ne sais plus quoi sur La Marseillaise en tirant les grands jeux pour faire le plus de bruit possible. Je fus chaleureusement félicité par le ministre et son chef de cabinet comme par les autres politiques présents. Je me fis la promesse – jusqu’à ce jour tenue – de ne plus jamais raconter à quiconque que je savais toucher un clavier ou même jouer d’un instrument !
Août 1986 : la Radio suisse romande, Antoine Livio et Charles Dutoit
Déjà raconté ici mon entrée à la Radio suisse romande, et mon « baptême » de radio par le regretté Antoine Livio lors du festival de Montreux, et d’abord en quelque sorte par le chef d’orchestre Charles Dutoit ! Ici capté à Montreux en 2018. Je n’aurai garde d’oublier que le chef suisse, toujours par monts et par vaux – quand il ne dirige pas, il voyage dans le monde entier – va bientôt fêter ses 90 ans.
Août 1996 : Montpellier et Menuhin, Aix et Semele
Je suis au milieu de mon mandat de directeur de France Musique, et je passe logiquement une partie de mon été, juillet surtout, dans les festivals où la chaîne a ses habitudes, essentiellement Aix-en-Provence, Montpellier et un peu Salon-de-Provence où j’ai réussi à installer les micros de France Musique pour capter ce que la bande de formidables musiciens réunis par Paul Meyer, Emmanuel Pahud et Eric le Sage, des amis de toujours, propose de programmes aventureux, parfois inédits.
A Montpellier, c’est le souvenir d’une intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Yehudi Menuhin avec le Sinfonia Varsovia. Techniquement, Menuhin n’est sans doute pas le chef le plus accompli – il rate le début de la 9e de Beethoven et recommence, en direct sur France Musique ! – j’avais offert le concert à ma mère, venue en voisine de Nîmes. Mais quel musicien inspiré !
A Aix c’est un Semele assez clinquant de Haendel mis en scène par Robert Carsen – il était plus inspiré dans un magique Songe d’une nuit d’été de Britten. William Christie comme toujours raide et compassé – décidément lui je ne l’aime pas !
Août 2006 : la Finlande, Helsinki, Savonnlinna
Je moquais gentiment il y a quelques semaines mon camarade Tristan Labouret, envoyé spécial de Bachtrack aux fins fonds de la Finlande au festival de Kuhmo, qui découvrait tout à la fois les Finlandais et leur idiome très particulier, le finnois, qui comme le hongrois, ne relève pas de ce qu’on appelle le bloc indo-européen.
Invité en décembre 2005 à assister aux épreuves du Concours Sibelius, durant des journées plongées dans la nuit dès 14 h, j’avais rêvé de voir la même ville, Helsinki, le même pays, la Finlande, lors des nuits d’été sans fin.
J’inviterai ensuite la jeune lauréate Alina Pogostkina à deux reprises à Liège.
Et donc en juillet, cap sur la Carélie, cette longue bande de lacs et de forêts qui forme la frontière avec la Russie, et bien sûr visite d’Ainola, la maison-musée de Sibelius (lire Ormandy en Suède)
Et puis la découverte du festival de Savonlinna, au coeur de l’impressionnante forteresse de la ville. C’était Carmen, dans une mise en scène spectaculaire, dirigée par une jeune cheffe d’orchestre estonienne, Anu Tali, dont je me rappelle autant la battue énergique que la blondeur flamboyante (non ceci n’est pas une remarque sexiste !)
La forteresse de Savonlinna (Finlande)
Août 2016 : Un festival oriental, Cuba, le cauchemar et la joie
Pour ma deuxième édition en tant que directeur du Festival Radio France Occitanie Montpellier, j’ai choisi une thématique qui invite au Voyage d’Orient
Je voudrais en citer tous les événements, tant les souvenirs sont vivaces (lire Flashback).
Mais je n’oublie pas l’horreur de la soirée du 14 juillet 2016 à Nice…Comment pourrait-on effacer une telle tragédie ?
Je n’aime pas que ce blog soit un recueil de nécrologies, mais je fais quelques exceptions pour des musiciens qui m’ont touché particulièrement. C’est le cas de la soprano roumaine Ileana Cotrubas, décédée ce 20 août.
Le seul souvenir que j’ai d’elle, ce n’est pas sur scène – elle s’en était retirée en 1990 – mais un appel téléphonique lors de l’émission du 23 décembre 1995 que France Musique avait consacrée à Elisabeth Schwarzkopf pour son 80e anniversaire (lire L’aventure France Musique : Fortes têtes). Elisabeth Schwarzkopf était sur le plateau du studio 104, invitée de Jean-Michel Damian et entourée de plusieurs personnalités qui avaient pu faire le déplacement (Georges Prêtre notamment qui avait dirigé la soprano allemande dans la première française de Capriccio à l’Opéra-Comique de Paris en 1962). Et plusieurs autres amies, collègues, admirateurs ou admiratrices avaient été appelés au téléphone pendant l’émission. L’intervention qui m’a le plus ému, fut celle précisément d’Ileana Cotrubas, qui dans un français parfait, dit sur et d’Elisabeth Schwarzkopf des choses que seule une cantatrice aussi gentille, simple, affectueuse, pouvait dire sans que rien ne ressemble à de la flagornerie. Même Schwarzkopf en était émue.
Quelques années plus tard, interrogeant Armin Jordan sur les chanteurs ou chanteuses avec qui il avait aimé travailler, j’avais compris qu’Ileana Cotrubas était au panthéon – finalement peu peuplé – de ses admirations.
Le 13 octobre 1987, Jacques Lonchampt écrivait dans Le Monde : Armin Jordan dirigeait samedi les Saisons, salle Pleyel. C’était comme si Haydn en personne était là, le petit paysan du Danube jetant un regard naif sur la nature et les travaux des champs dans son village de Rohrau, et le vieux maitre chargé de gloire qui, une dernière fois, contemplait avec quelque mélancolie cette terre si riche avant de se présenter devant les » portes éternelles « .…Il a choisi pour cela des solistes…d’une profonde humanité qui déborde de leur coeur pour envahir leur chant (le ténor Keith Lewis et la basse Robert Holl), entourant une radieuse fée au timbre diapré de mille couleurs (Ileana Cotrubas).
A l’opéra
Loin de moi l’idée de dresser une sorte de discographie idéale de la soprano disparue. Mais tous les mélomanes ont sûrement dans leur discothèque, la Traviata fameuse de Carlos Kleiber où elle incarne une Violetta touchante et vibrante, ou la Gilda bouleversante du Rigoletto de GIulini.
Dans la Carmen de Claudio Abbado où elle est une Micaela rayonnante de féminité.
Toujours chez Bizet elle est une merveilleuse Leïla des Pêcheurs de perles dirigés par Georges Prêtre.
Michel Plasson en fait sa Manon dans un enregistrement resté célèbre.
Elle est de plusieurs équipes dans les opéras de Mozart, Colin Davis, James Levine, Karajan sans que personnellement je l’y aie jamais vraiment remarquée, à tort sans doute. alors que dans la musique sacrée du Salzbourgeois je l’ai souvent admirée.
Dans Puccini, elle est une irrésistible Lauretta dans le Gianni Schicchi de Lorin Maazel
Il y a surtout une Bohème – dont je découvre l’existence en écrivant cet article, piètre lyricomane que je suis ! – captée à la Scala avec MM. Carlos Kleiber et Pavarotti s’il vous plait !
Il va falloir combler cette lacune vite fait !
On la retrouve sous la baguette de John Pritchard dans L’élixir d’amour de Donizetti.
Plus étonnant sans doute, Cotrubas est dans l’équipe rassemblée par Jean-Claude Malgoire pour un Rinaldo de Haendel qui a fait date.
Raretés
Avec Gary Bertini, elle a chanté La Demoiselle élue de Debussy.
Ileana Cotrubas est de la grande aventure Haydn emmenée par Antal Dorati. Elle chante dans ses Saisons britanniques, dans La fedelta premiata
Elle émeut simplement dans la Rosamonde de Schubert dirigée par Willi Boskovsky.
Et même si ce n’est que par extraits elle n’est pas moins convaincante dans l’opérette viennoise, comme cet air de Giuditta de Lehar capté au Met lors d’une soirée de gala.
Comme je l’écrivais déjà dans cet article – Latino – « du côté du Brésil, il faudrait bien plus d’un article pour évoquer la richesse musicale d’un pays-continent ».
Sauf à recourir à une intelligence artificielle, et aussi parce que je suis en vacances, je ne vais pas me lancer dans une description des musiques qui ont cours dans cette partie du nord du Brésil que je visite ces jours-ci (lire mes brèves de blog du 10.08 et du 12.08.2026)
Je n’ai pas encore vu ni entendu danser le forro qui est typique du Nordeste.
Mon Brésil c’est celui que j’ai appris à aimer, étudiant, lorsque, grâce à A. et son frère, j’avais découvert dans une minuscule boîte du Quartier Latin, le fantastique duo Les Étoiles
Et puis ce furent des nuits sans fin à écouter Vinícius de Moraes, Gilberto Gil, Chico Buarque, Tom Jobim, João Gilberto et bien sûr Astrud qui connut un succès mondial avec The Girl from Ipanema. La légende dit qu’Astrud qui n’était pas chanteuse était la seule qui sache parler anglais lorsque la version originale – Garota de Ipanema – fut enregistrée en studio et qu’un producteur avisé eut l’idée d’en capter une version en anglais.
En août 2008, lors de la tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud, on fit naturellement halte à Rio de Janeiro (lire Quatorze ans après) Je me rappelle avoir emmené une partie du staff de l’orchestre prendre un verre à la Garota de Ipanema (anciennement bar Veloso) dont Tom Jobim et Vinicius de Moraes étaient des habitués
L’âme du Brésil
S’il n’est évidemment pas le seul compositeur « classique » né et formé au Brésil, Heitor Villa-Lobos (1887-1959) en est la figure de proue. J’ai déjà raconté ici à quelle occasion j’ai été décoré par le gouvernement brésilien de la Médaille Villa-Lobos qui commémorait le centenaire de sa naissance en 1987. Ce fut aussi l’occasion de ma première collaboration professionnelle avec un autre immense musicien brésilien, l’admirable et si regretté Nelson Freire (1944-2021).
C’est l’un de ses derniers disques qui continue de nourrir la tristesse de son départ et mon amour de son pays, de ce Brésil dont il savait si bien chanter l’âme !
On aura reconnu dans ce Tango Brasileiro l’un des thèmes utilisés par Darius Milhaud dans son célèbre Boeuf sur le toit, ici dans une version qui ne laisse pas de surprendre, une partie du bel héritage que Mikko Franck laisse de sa direction musicale de l’Orchestre philharmonique de Radio France !
Et pour la suite de mes aventures brésiliennes, rendez-vous dans mes brèves de blog
C’est un chef que j’ai découvert par le disque, Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande dans la 2e symphonie du compositeur finlandais Leevi Madetoja.(1887-1947)
J’avais même repris le début de cette symphonie comme indicatif de France Musique.
J’ai invité Petri Sakari à plusieurs reprises à Liège pour des programmes qui n’ont jamais manqué d’originalité, ainsi en janvier 2008 (Bruckner), le 12 février 2011 (Ledoux, Reger, Lindberg, Strauss).
Le chef a signé une très belle intégrale Sibelius, l’une de mes préférées dans une discographie surabondante.
Mais pour ce sixième épisode de la série Les fraîcheurs du chef, cap sur les autres enregistrements islandais du chef !
Le seul « tube » internationalement connu d’un compositeur suédois Hugo Alfvén qui mérite d’être beaucoup mieux connu : sa 1e rhapsodie suédoise (en suédois : Midsommarvaka / Soir d’été)
Quant à Uuno Klami (1900-1981) ce n’est pas un clone de Sibelius, même si les sources d’inspiration sont les mêmes
La musique islandaise est encore une terra incognita pour moi, mais grâce à Petri Sakari on peut l’approvisoiser.
Dans le troisième épisode de cette série consacrée au grand Benjamin Britten (1913-1976) on annonçait : « On reviendra dans un prochain épisode sur les oeuvres consacrées par Britten au quatuor et bien sûr au violoncelle de son ami Mstislav Rostropovitch« .
Benjamin Britten a cultivé une belle et longue amitié avec les deux figures proéminentes des interprètes russes, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch (1927-2007) et le pianiste Sviatoslav Richter (1915-1997).
Il en est résulté quelques enregistrements mémorables mais surtout un bel accroissement du répertoire du violoncelle, dont on sait ce qu’il doit à l’activisme forcené de « Slava ».
Il y a d’abord en 1961 cette sonate pour violoncelle et piano que Britten compose durant un séjour en Grèce, en pensant au violoncelliste russe qui allait l’inspirer et devenir son ami.
Puis suivit la Cello Symphony créée en mars 1964 à Moscou
De retour de ce voyage en URSS, Benjamin Britten va écrire d’abord 2 suites pour violoncelle seul, la première est créée par son dédicataire au festival d’Aldeburgh le 27 juin 1965, la seconde en 1968 toujours lors du même festival. Une troisième suivra en 1971, et attendra 1974 pour être créée par Rostropovitch qui, en revanche, ne l’enregistrera jamais.
Rostropovitch et Britten furent plusieurs fois partenaires d’enregistrements de disques.
Quand Rostro enregistre les concertos de Haydn à Londres, il le fait avec les cadences que Britten lui a écrites.
Je ne peux que conseiller la série proposée par Diapason et l’ami Thomas Deschamps Un été avec Britten, qui explore les oeuvres importantes du compositeur britannique, aujourd’hui son Concerto pour violon
Quant aux liens de Benjamin Britten avec Sviatoslav Richter, je renvoie à Britten the Performer pour les captations miraculeuses qui en ont résulté. Mais je ne résiste pas à ces deux merveilles :
et « la » version dé référence de l’unique concerto pour piano de Britten.
Enfin, pour les humeurs du moment, j’invite à suivre mes brèves de blog et leur actualité triste ou amusante.
J’écoutais ce lundi midi un débat sur France Inter, biaisé d’avance puisque le sujet en était : l’Etat doit-il continuer à subventionner la culture ? alors que le ministère de la Culture a annoncé un gel brutal des subventions à 28 grandes institutions culturelles pour l’exercice 2026 ! A réécouter ici : France Inter, gel des subventions, la culture est-elle un luxe ou une nécessité ?
J’ai raconté sur Facebook un extrait, assez sidérant, de l’émission : « Moment d’intense gêne (je devrais dire gênance non ?) ce midi sur France Inter pendant un débat sur les subventions « gelées » aux institutions culturelles – avec entre autres Xavier Bertrand qui a bien défendu la Culture -. L’animatrice de l’émission prend un auditeur au téléphone : « Nous avons en ligne Jean-Claude Casadesus, vous êtes chef d’orchestre je crois ? » JCC rappelle brièvement que oui il a fondé l’orchestre il y a 50 ans (sans préciser lequel, puisque cela allait de soi..) et développe en quelques mots sentis pourquoi la culture est indispensable. La présentatrice le remercie – mais ne l’a toujours pas identifié manifestement – et demande à Xavier Bertrand s’il « connait cet orchestre »… Bertrand évite d’enfoncer un peu plus son interlocutrice..«
Evidemment qu’il est inadmissible que l’Etat gèle des crédits de fonctionnement en cours d’exercice, prouvant ainsi – une fois de plus pourrait-on dire – la méconnaissance abyssale des services de Bercy du fonctionnement des entreprises culturelles !
Mais ce comportement, pour spectaculaire qu’il soit cette année, n’est pas du tout isolé. Et si on a parlé des coupes budgétaires opérées dans la culture par Laurent Wauquiez ou Christelle Morançais, présidents – de droite – des régions Auvergne Rhône-Alpes et Pays de la Loire, en criant au scandale, je n’ai pas entendu grand monde protester contre les mêmes procédés opérés par la région Occitanie, certes présidée par une élue de gauche. J’en ai été, comme directeur de festival, à la fois le témoin et la victime.
J’ai entendu Xavier Bertrand évoquer, sur France Inter, l’idée d’un financement pluri-annuel de la Culture. J’ai ici même – Variables d’ajustement – évoqué mes propres expériences en Suisse romande comme en Belgique francophone. Où en tant que responsable ou dirigeant de structures ou d’entreprises culturelles, je n’ai jamais entendu parler que de restrictions, de « contraintes » budgétaires.
Mais dans notre beau pays de France, je ne vois, ni dans les programmes des candidats, ni dans le discours politique en général, quelque perspective encourageante. Je n’ai malheureusement aucune ligne à changer à ces deux billets : L’Absente (mars 2017) Ceinture pour la culture (avril 2024).
Les festivals ne sont plus ce qu’ils étaient
L’ironie de l’histoire, c’est que c’est au cours de rencontres professionnelles à Aix-en Provence qu’un fonctionnaire du Ministère de la Culture, et pas la ministre elle-même – courageuse mais pas téméraire ! – a confirmé le « gel » – on admire la pudeur de l’euphémisme ! – des subventions.
Mon propos initial qui justifie le titre de cet article est une réflexion que je me fais depuis quelques années sur la dérive de nombre de festivals, la perte, voire la disparition, des idéaux de leurs fondateurs.
Après guerre, le besoin, la soif de culture étaient tels qu’on a vu fleurir, parfois avec bien peu de moyens, mais beaucoup d’imagination, des manifestations estivales qui compensaient l’absence ou le vide de structures culturelles permanentes. Ce furent Avignon, Aix, pour ne citer que les plus emblématiques.
A-t-on le droit aujourd’hui de poser la question de la pertinence du maintien d’un festival comme Aix-en-Provence? L’argent investi par l’Etat et les collectivités territoriales dans une manifestation qui est devenue au fil des années, une vitrine et le lieu de villégiature favori des entreprises du CAC 40, et absolument pas un festival populaire – le prix des places en atteste – ne serait-il pas mieux utilisé à irriguer les structures régionales symphoniques et lyriques qui oeuvrent, sur toute une saison, au profit de publics beaucoup plus diversifiés et plus gourmands de culture et de musique ?
Il m’arrivait lorsque j’étais directeur du Festival Radio France de Montpellier de comparer les prix des billets à Aix et à Montpellier : ma très chère Karine Deshayes chantait le 16 juillet à Aix, dans une version de concert des Vêpres Siciliennes de Verdi (prix des places de 32 à 195 €. La même Karine Deshayes chantait, le 15 juillet 2017 à Montpellier, toujours en version de concert, I Puritani de Bellini (prix des places de 5 à 45 €).
En juillet 2016 avec Karine Deshayes et Lambert Wilson à Montpellier
Et pour que la démonstration soit complète, le Tristan et Isolde donné le 11 juillet dernier à Montpellier, toujours en version de concert : prix des places de 20 à 90 €.
Mais si l’on veut bien pousser plus loin la réflexion, n’y aurait-il pas matière à s’interroger non seulement sur le modèle économique, mais peut-être d’abord sur la nécessité artistique, culturelle, d’un grand nombre de manifestations qui furent pionnières, audacieuses, innovantes, dans la promotion de talents émergents, inconnus, et qui semblent devenues de grandes machines à consommer des stars : Les Francofolies de La Rochelle, Jazz in Marciac, les Eurockéennes, les Vieilles Charrues, le Printemps de Bourges, j’en oublie, mais c’est vrai aussi dans le classique de La Roque d’Anthéron (dont la nouvelle équipe n’avait rien trouvé de mieux pour ouvrir l’édition 2026 que de faire appel à une musicienne* qui certes attire les foules mais qui n’est pas vraiment emblématique de la politique artistique développée durant des années par le fondateur du festival René Martin), même La Folle journée de Nantes sans parler d’un festival que je connais très bien (lire L’exception). J’ai aimé mettre l’accent sur la nouvelle orientation prise par le Festival de Colmar (lire Les promesses tenues d’Alain Altinoglu à Colmar) et je pourrais citer bien d’autres manifestations – je pense à La Chaise-Dieu – qui sont restées fidèles à l’enthousiasme de leurs origines et ont su se renouveler, se développer en mettant le public, les publics, en appétit.
La Rochelle, 15 juillet 2026
*Khatia Buniatishvili
Et toujours humeurs et bonheurs du moment dans mes brèves de blog
Dans L’exception, je me remémorais l’extraordinaire ouverture de l’édition 2019 du festival de Radio France avec Neeme Järvi et l’orchestre national d’Estonie.
Je n’ai pas besoin d’aller chercher très loin dans la surabondante discographie du chef estonien pour trouver des musiques évocatrices de fraicheur, voire de froidures, sentimentales comme météorologiques. Neeme Järvi a particulièrement bien servi la musique de Prokofiev (Chandos aurait été bien inspiré de regrouper tous ces enregistrements en un seul coffret, et pas seulement les sept symphonies)
La Dame de pique
En 1936, Prokofiev écrit une musique pour un film de Mikhaïl Romm, qui ne sera jamais réalisé, sur la célèbre nouvelle de Pouchkine, La Dame de pique
Guennadi Rojdestvenski – comme il l’a fait pour Chostakovitch – en tirera une suite « Pushkiniana«
Suite de valses
Dix ans plus tard, désoeuvré après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Prokofiev réalise une suite de valses, son opus 110, à partir de trois de ses partitions, son opéra Guerre et Paix, la musique de Lermontov, un film soviétique de 1943, et son ballet Cendrillon.
Au hasard d’un disque au titre un peu banal, mais dont le contenu ne l’est pas, comme toujours avec Neeme Järvi, on découvre cette charmante valse du compositeur letton Emīls Dārziņš (1875-1910).
Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !
Et chaque année de 2015 à 2022, ce festival, jusque là unique en France, par la conjugaison des forces d’une métropole, d’une région et d’une radio publique, offrait l’exceptionnel, l’extraordinaire.
Une région irriguée
Il y a dix ans, c’était aussi le début de la grande région Occitanie, l’élargissement à l’ancienne région Midi-Pyrénées d’un festival que Georges Frêche avait déjà voulu intégré au Languedoc-Roussillon. J’en avais fait la promesse à Carole Delga, la nouvelle présidente de la grande région, et principale contributrice financière du festival Radio France. En 2017, on ouvrait le festival à Pibrac avec Hervé Niquet et la messe à 16 voix d’Orazio Benevolo. En 2018, on irriguait toute la région et les lieux les plus insolites des 555 sonates pour clavecin de Scarlatti.
Et chaque année, le grand festival supporté par la région Occitanie se déployait là où la musique est attendue, sans que jamais Montpellier, son barycentre, soit un tant soit peu oublié ou négligé, chiffres à l’appui.
Pourquoi des regrets ? parce qu’aujourd’hui on cherche en vain l’originalité, la découverte, les nouveaux talents promus au rang de stars. N’importe qui remplit une salle avec les noms qui sont à l’affiche de l’actuelle édition. La région a abandonné du jour au lendemain une ambition née en 2016 et confortée chaque année jusqu’en 2022.
À l’inverse un festival comme celui de Colmar fait le pari d’inviter une quasi-inconnue à ouvrir son édition 2026 avec l’opus ultime de Richard Strauss, ses Quatre dernièrs Lieder, et on n’en est toujours pas revenu.
Il y a dix ans
2016 a marqué tous les esprits et tous les visiteurs du Festival Radio France de cette année-là. Les souvenirs reviennent en pagaille.
Rappelons-nous, le 14 juillet 2016, l’effroyable attentat terroriste de la promenade des Anglais à Nice. Le lendemain, apercevant Raphaël Pichon, je lui demande comment se sont passées les répétitions de Zoroastre de Rameau qu’il doit présenter le soir même en version de concert ? et je l’interroge sur sa position : jouer ou ne pas jouer ? Il ne comprend pas ma question et je vois que visiblement il n’a pas entendu parler de la tragédie de la veille. Je l’informe et nous décidons que le concert aura lieu et que lui dira un mot en début de soirée.
Le 16 juillet 2016, une rencontre et un mini-récital sont prévus avec Menahem Pressler, 93 ans, dans la salle Pasteur du Corum de Montpellier (lire La réponse de la musique) La parole de celui dont la famille a été décimée par les nazis, à qui l’Allemagne vient de restituer sa nationalité allemande, les souvenirs qu’il évoque, dégagent une émotion considérable dans le public venu en nombre l’écouter.
Ce même été il y eut aussi à Montpellier l’orchestre des jeunes Américains dirigé par Valery Gergiev, la présence radieuse de Sonya Yonchevaet de son mari Domingo Hindoyan pour Iris de Mascagni, et puis Ba-Ta-Clan d’Offenbach quelques mois après la tuerie du 13 novembre 2015.
Et puis il y eut le premier récital d’Alexandre Kantorow.
Bref il y eut profusion, abondance, jusqu’en 2022, de moments rares, de rencontres inédites, de beaucoup de musique jouée par des centaines de musiciens de tous âges.
N’était-ce pas cela l’essence, l’esprit même d’un festival digne de ce nom?
Quand toutes les structures artistiques regrettent le désengagement de l’Etat et des collectivités locales de la culture, on a le droit, le devoir même, de rappeler que la Culture n’est pas une variable d’ajustement et qu’on doit mériter le beau nom de Festival, et pas se contenter de remplir (?) des salles avec des têtes d’affiche et des programmes rebattus.