Sa mort, il y a plus d’un an, m’avait touché (Coup de torchon). Thierry Frémaux évoquait Bertrand Tavernier sans discrétion excessive dans son journal (Sélection officielle) paru en 2017, l’annonce d’un cancer, l’hospitalisation et ses suites qui avaient frappé Tavernier en 2015. Le patron du Festival de Cannes rend à son aîné et ami disparu un bel exercice d’admiration. Pas indispensable, mais bienfaisant.
Des Innocents à L’Innocent
En 2003, il jouait dans un pas très bon film signé Bernardo Bertolucci – Innocents : The Dreamers – prétexte pour le cinéaste à montrer complaisamment la nudité de ses jeunes acteurs. En 2022, Louis Garrel signe un film L’Innocent, qu’on a adoré voir ce week-end, « un film comme on n’en avait pas vu depuis un certain temps : divertissant, drôle, intelligent, touchant, doté en un mot de toutes les qualités requises pour passer un moment qui nous soustrait l’espace d’une heure trente à la fin du monde en cours. L’auteur de ce cadeau royal se nomme Louis Garrel qui, avec son quatrième long-métrage, L’Innocent, s’en va puiser dans ses souvenirs d’adolescent afin d’en proposer une version singulièrement burlesque et attachante » (Jacques Mandelbaum, Le Monde, 12 octobre 2022).
Rarement constaté pareille unanimité des avis de la presse comme des spectateurs. D’ailleurs celui qui en parle le mieux c’est Louis Garrel lui-même ! Et on l’aime encore plus…
Triste Salomé
Pas envie de m’appesantir sur une nouvelle production de l’Opéra de Paris, dont toute la presse a déjà parlé : la Salomé de Richard Strauss, mise en scène par la nouvelle coqueluche de la scène lyrique, l’Américaine Lydia Steier, « entre Rocky Horror Picture Show et esthétique post-punk » (Bachtrack.com). Vulgaire, scabreux, surtout ridicule. Cette dame semble d’ailleurs appliquer les mêmes ingrédients à tous les spectacles qu’elle a mis en scène ces dernières années (Semele à la Komische Opera à Berlin, La fête enchantée au Festival de Salzbourg).
Si au moins la musique avait été sauve, on se serait consolé des bêtises de la scène. S’il y a un ouvrage de Richard Strauss, où le chef est au moins aussi important que le rôle-titre, c’est bien Salomé. Un orchestre vénéneux, sensuel, érotique même (écouter ou réécouter ce qu’en ont fait Karajan ou Solti au disque !). Désolé de dire qu’avec Simone Young on n’y est pas, et même l’orchestre de l’Opéra de Paris, pourtant formé à ce répertoire par Philippe Jordan, ne sort pas d’une honnête routine. Reste Elza van den Heever qui impressionne vocalement à défaut de séduire scéniquement, dans un accoutrement qui la prive de toute féminité et dans des postures humiliantes (la jeune cantatrice a avoué qu’elle aurait rêvé d’autre chose pour sa première Salomé ! Pourquoi n’a-t-elle pas refusé de se plier aux fantasmes éculés de la metteuse en scène ?).
Le noir sublime
Au moment de boucler ce billet, j’apprends la mort de Pierre Soulages.
Rien à dire d’original, si ce n’est la permanence de longue date d’une fascination pour une oeuvre qu’on a traquée dans tous les musées visités dans le monde. Ne pas manquer les salles qui lui sont consacrées au Musée Fabre à Montpellier.
Quatre jours en bord de mer à Punta Ala, et juste en face de nous l’île d’Elbe. Une visite s’imposait.
La fascination Napoléon
J’ai, à l’égard de Napoléon, ou j’ai eu jusqu’à présent, une attitude que les spécialistes de l’âme humaine pourraient qualifier de fascination/répulsion. J’ai peu lu sur lui – c’est une erreur que je répare peu à peu – je ne lui voue pas un culte comme pas mal de mes amis, et pourtant le personnage, ce qu’il a été, ce qu’il a laissé, ne laisse pas de m’intriguer.
L’île d’Elbe au moins je savais que c’était le premier exil de l’empereur (lire l’excellente notice de la Fondation Napoléon) du 4 mai 1814 au 26 février 1815. Il y avait au moins deux lieux liés à la présence de Napoléon sur l’île à visiter, mais j’avais oublié que les musées italiens évitent de travailler lorsque l’affluence touristique est la plus forte. Tout est fermé le week-end à partir du samedi 13h ! Je n’ai donc pu visiter que l’une des résidences napoléoniennes, à San Martino, dans la montagne à quelques kilomètres du chef-lieu de l’île Portoferraio : la Villa Napoleonica.
Impossible de visiter l’autre résidence de Napoléon sur les hauteurs de Portoferraio, sur la Piazza dei Mulini. Mais on aura pû gouter l’excellente eau minérale de la source Napoléon !
Napoléon et la musique
Contrairement à mes précédents billets, aucun rapport ici avec la musique – y a-t-il même un compositeur né sur l’île ? -. Pour ce qui est de Napoléon et la musique, je renvoie à l’article que j’avais publié lors du bicentenaire de la mort de l’empereur.
Dans cet article, j’ai oublié les deux oeuvres les plus spectaculaires et bruyantes écrites respectivement par Beethoven – la Victoire de Wellington – et Tchaikovski – l’Ouverture 1812 – inspirées à leurs auteurs par de cuisantes défaites napoléoniennes…
On sait pourtant l’admiration que portait Beethoven au général Bonaparte, au point d’avoir songé lui dédier sa Troisième symphonie, pour finalement rayer rageusement sa dédicace lorsque Bonaparte devint Napoléon 1er. La Victoire de Wellington, qui n’est franchement pas un chef-d’oeuvre, célèbre la victoire du duc de Wellington sur les troupes napoléoniennes le 21 juin 1813 à Vitoria-Gasteiz en Espagne.
Quant à l’ouverture solennelle 1812 (« L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. » dixit Tchaikovski lui-même !), écrite en 1880, pour « célébrer » le désastre de la campagne de Russie en 1812, avec la fameuse citation de la Marseillaise !
Un grand chef russe est mort le 19 mars dernier, mais on en a peu parlé, puisque tout ce qui, de près ou de (très)loin rappelle la guerre menée par la Russie en Ukraine, est sujet à caution. Il est vrai aussi que Mikhail Jurowski – Михаил Владимирович Юровский -(prononcer You-rov-ski) n’a jamais occupé le devant de la scène. Et pourtant c’est un nom que les mélomanes, les discophiles curieux, ont souvent vu à l’affiche d’enregistrements qui révèlent l’originalité et l’importance du répertoire que le chef russo-allemand a abordé tout au long de sa carrière.
C’est peu de dire que la famille Jurowski est musicienne. Commençons par le père de Mikhaïl, le compositeur…ukrainien Vladimir Mikhailovitch Jurowski (1915-1972), surtout connu comme compositeur de musiques de film, mais pas que… comme en témoigne ce disque :
Mais la descendance du chef récemment décédé est aussi spectaculaire : deux fils, Vladimir (né en 1972), à la carrière éblouissante, patron du London Philharmonic de 2007 à 2020, aujourd’hui directeur de l’Opéra de Bavière, et Dmitri (né en 1979), que j’ai invité naguère à Liège et qui a été, entre autres, directeur musical de l’opéra des Flandres en Belgique.
Mikhaïl Jurowski étudie au Conservatoire de Moscou, travaille ensuite au théâtre Stanislavski et au Bolchoi, il est notamment l’assistant de Guennadi Rojdestvenski. Son père est un proche de Chostakovitch, le jeune Mikhaïl va ainsi côtoyer un compositeur qu’il ne cessera de servir. Créant notamment l’opéra inachevé Les Joueurs d’après Gogol, complété par Krzysztof Meyer en 1981.
Mikhail Jurowski et sa famille quittent l’URSS en 1989 pour s’installer en Allemagne orientale, où le chef qui sera naturalisé allemand, fera l’essentiel de sa carrière, occupant des fonctions de direction musicale pour de brèves périodes, mais laissant une discographie et de nombreux témoignages de concert qui méritent une écoute attentive.
Pour ceux qui comprennent le russe et lisent l’anglais, une interview passionnante de Mikhail Jurowski, ses souvenirs d’enfance et de jeunesse :
On a l’embarras du choix dans une discographie très vaste et ouverte, où les Russes ne sont pas en reste.
Salle du Théâtre des Champs-Élysées un peu clairsemée jeudi soir, malgré l’affiche : le baryton Matthias Goerne, l’Orchestre national de France dirigé par Cristian Macelaru, et un programme tout ce qu’il y a de plus attirant (Richard Strauss, Wagner, Webern et Schubert). Mais c’est, semble-t-il, un effet indirect de la guerre en Ukraine…
Je vais faire un aveu – qui n’en est pas un pour ceux qui me connaissent depuis longtemps – : j’ai longtemps été réticent à Wagner, pour plein de bonnes et mauvaises raisons, que je ne vais pas expliciter ici. Mais j’ai toujours eu une dilection pour son cycle de cinq mélodies écrites sur des poèmes de Mathilde Wesendonck, couramment appelées les Wesendonck Lieder.
Mélodies découvertes, partiellement, grâce à un disque d’une Last Night des Prom’s en 1972, où Jessye Norman chantait devant les 5000 spectateurs du Royal Albert Hall de Londres, les deux derniers Lieder du cycle, Schmerzen et Traüme. Comme intimité on fait mieux…
Longtemps indisponible en CD, cette soirée a été rééditée avec des extraits de précédentes finales des Prom’s :
Revenons à jeudi et à Matthias Goerne, et au choix, fait par l’Orchestre national de France, de l’orchestration de Hans Werner Henze (1926-2012). Le grand compositeur allemand avait écrit, en 1976, une version orchestrale du cycle de mélodies de Wagner, conçu au départ pour voix et piano, une version pour orchestre de chambre. A vrai dire, on ne perçoit pas de contraste saisissant avec l’orchestration conçue, du vivant de Wagner, par l’un de ses interprètes favoris, le chef d’orchestre Felix Mottl.
On ne peut malheureusement pas écouter sur France Musique le concert de jeudi, en raison de la grève de certains personnels de Radio France. Il ne reste de fabuleux souvenirs qu’à ceux qui ont eu la chance d’être au Théâtre des Champs-Élysées.
En coulisses, un admirateur de longue date du chanteur, Lambert Wilson.
On peut trouver un tas de petits défauts à la voix de Matthias Goerne, on peut même ne pas l’aimer. Quant à moi je ne résiste pas à l’ampleur d’un souffle, d’une générosité, d’une subtilité aussi, dans ces Wesendonck Lieder, d’ordinaire chantés par des femmes, qui ici atteignent au sublime.
Pas d’enregistrement à ma connaissance de Matthias Goerne de ces Lieder en version orchestrale, mais on aime tout autant la version avec piano
Une discographie des Wesendonck
Rien d’exhaustif dans ce qui suit, juste les inclinations du coeur
Cette année pas de 31 décembre ni en Namibie, ni à Stockholm, ni à la Semperoper de Dresde, ni à la Staatsoper de Berlin (tiens c’est amusant le concert de l’an des Berliner Philharmoniker vient de s’achever, sur Arte, sous la direction de Lahav Shani – remplaçant Kirill Petrenko – le même Shani était à l’oeuvre il y a trois ans ! -), ni parmi les lions, les zèbres et les éléphants du Kenya, mais chez moi comme l’an passé, pour les mêmes raisons sanitaires, et un nécessaire repos raisonnable.
J’avoue ne pas avoir envie de participer à cette polémique, même si j’ai trouvé cette Vie parisienne plutôt déséquilibrée, un peu faiblarde côté vocal, avec un quatrième et un cinquième actes dont je me demande encore ce qu’ils apportaient à l’ouvrage.
Mais visuellement on s’est bien amusés, musicalement on a apprécié la tenue et les timbres des Musiciens du Louvre et découvert, du même coup, un jeune chef plus qu’habile dans ce répertoire si vétilleux, Romain David. Certains ont critiqué la mise en scène de Christian Lacroix, plus souvent habitué à habiller de costumes rutilants ses interprètes.
En dehors de longueurs inutiles, on ne peut regretter la soirée qu’on a passée au Théâtre des Champs-Élysées.
Pourtant très bien placé dans la salle, on a souvent eu l’impression de voix sous-dimensionnées, parfois difficilement audibles. Mais rien n’a pu gâcher notre plaisir – comme mardi soir – en constatant la salle comble, la ferveur du public, alors que tant de tristes nouvelles sont diffusées chaque jour.
Que 2022 nous débarrasse des sombres paysages que nous avons traversés depuis deux ans. Je nous le souhaite ardemment !
Rien de nouveau sous le pâle soleil de ce matin : c’est le premier jour de l’hiver !
Il y a un an, j’avais consacré un long article à la Première symphonie de Tchaikovski. Je le reproduis ici, et l’actualise à la fin, en évoquant des versions ou rééditions récentes, qui surprennent… ou déçoivent !
Les rêves d’hiver de Tchaikovski
Comme je l’ai raconté dans le premier billet de cette série – La découverte de la musique (I) – j’ai, adolescent, en grande partie constitué ma discothèque classique grâce à une filiale de la puissante coopérative suisse Migros, Ex Libris, qui était à la fois un club et une chaîne de magasins culturels. C’est grâce à Ex Libris que j’ai eu ma première version d’une oeuvre qui a toujours puissamment résonné en moi (Musiques climatiques) : la première symphonie « Rêves d’hiver » de Tchaikovski
Cette symphonie, commencée au printemps 1866, est sans doute celle qui va donner le plus de mal à son auteur, qui traverse de graves crises nerveuses : « Mes nerfs sont à nouveau complètement détraqués. Les raisons en sont les suivantes :
1) les difficultés dans la composition de la symphonie ;
2) Rubinstein et Tarnovski, remarquant à quel point je suis susceptible, passent leur temps à me faire enrager ;
3) la pensée omniprésente que je mourrai bientôt sans avoir eu le temps d’achever ma symphonie.
J’attends l’été et Kamenka comme une terre promise. Depuis hier, je ne prends plus de vodka, de vin ni de thé fort. Je hais l’humanité et voudrais me retirer dans un désert. J’ai déjà pris mon billet de diligence pour le 22 mai… »
Il faudra à Tchaikovski surmonter les refus, les sarcasmes, pour enfin atteindre le succès, deux ans plus tard, lorsque sa symphonie est créée par son dédicataire, Nikolai Rubinstein, le 15 février 1868, à Moscou, lors d’un concert de la Société musicale russe. Ce n’est pourtant que, quinze ans plus tard, le 1er décembre 1883, qu’on pourra la réentendre à Moscou et lire dans Les Nouvelles russes cette critique qui résume bien l’oeuvre : « C’est une symphonie authentiquement russe. Dans chaque mesure, on sent qu’ellen’a pu être écrite que par un Russe« . Tchaikovski lui-même écrit à Nadiejda von Meck: « Même si elle demeure à bien des égards d’une immaturité évidente, elle a pourtant au bout du compte plus de substance et s’avère bien plus réussie que beaucoup de mes œuvres ultérieures« .
C’est donc avec Lorin Maazel – lire Un Américain de Paris – et l’Orchestre philharmonique de Vienne (ah ces couleurs du hautbois solo, des cors !) que je découvre ces Rêves d’hiver, une version qui ne m’a jamais quitté et que je place toujours en tête de ma discographie personnelle de l’oeuvre.
Quelques mois plus tard, je découvrirai l’un des premiers disques du jeune Michael Tilson Thomas
Et lorsque Karajan, qui a si souvent enregistré les trois dernières symphonies, grave les trois premières pour Deutsche Grammophon, cela donne une Rêves d’hiver intensément lyrique, tragique parfois, comme dans le mouvement lent, d’une abyssale nostalgie
Au moment de clore ce billet, j’ai une pensée toute particulière pour Patrick Davin, tragiquement disparu au début de l’automne (Un ami disparaît) qui avait magnifiquement dirigé, à ma demande, cette symphonie qu’il ne connaissait pas, à la tête de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.
Aux versions citées dans cet article, je voudrais en rajouter quelques-unes, à conseiller.. ou à fuir !
Markevitch et Marriner à Londres
La réédition unanimement saluée dans la collection Eloquence des disques enregistrés par Igor Markevitch pour Philips (voir Igor Markevitch la collection Philips) comprend l’intégrale des symphonies de Tchaikovski réalisée à Londres au début des années 60, intégrale inégale dont se distingue une première symphonie idéale d’allure, d’atmosphère juvénile.
Une autre surprise de ma discothèque, vraiment passée sous le radar de la critique, est une intégrale des symphonies de Tchaikovski dirigée par Neville Marriner – qui l’eût cru ? Ses « rêves d’hiver » bien peu « tranquilles » captent notre attention
Désolé pour eux !
Le grand Bernstein a laissé plusieurs enregistrements des dernières symphonies de Tchaikovski. C’est peu dire qu’il a raté les premières : où sont les grands paysages enneigés dans ce premier mouvement qui commence de manière si scolaire, et se poursuit dans une instabilité rythmique bien peu contrôlée ?
Beaucoup plus surprenant le prosaïsme de chefs qui sont nés dans ces contrées, comme Valery Gergiev capté ici avec son orchestre du Marinski à la salle Pleyel à Paris.
Le grand Svetlanov n’est guère plus inspiré par la poésie de ces paysages d’hiver.
On n’est guère plus convaincu par une Première symphonie bien sérieuse et terre-à-terre captée à Zurich – la dernière intégrale en date des symphonies de Tchaikovski.
Même Mariss Jansons – dans une intégrale pourtant souvent célébrée – reste dans un entre-deux, loin des emballements poétiques de Tilson Thomas ou Markevitch.
Et voilà la suite de Igor Markevitch la collection Philips (lire Sous les pavés la musique IX). A la différence du coffret EloquencePhilips, ce nouveau coffret Eloquence ne recèle pas d’inédit ou de rareté. Tous les disques réunis ici avaient déjà été réédités séparément ou en de petits coffrets, sauf peut-être les symphonies de Beethoven (il y en a une partie ici, l’autre partie dans le coffret Philips, et l’ensemble était disponible dans un coffret DG japonais, trouvable aussi en Allemagne)
Références et raretés
Quatre grandes périodes d’enregistrement pour la marque jaune :
de 1953 à 1955 avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, des versions bien connues de Berlioz (une première Fantastique ainsi qu’Harold en Italie), de Tchaikovski (la Pathétique), mais surtout les 3ème et 4ème symphonies de Berwald (pour les Berliner un coup unique!), et les 3ème et 4ème de Schubert, qui étaient de vraies raretés au disque.
à New York à peu près à la même époque, un orchestre constitué pour la circonstance (en fait des musiciens du Philharmonique) enregistre avec Markevitch deux symphonies de Beethoven (3 et 6) ainsi que la Première de Brahms
de 1957 à 1960, malheureusement trop souvent en mono (alors que les Américains et Decca enregistraient en stéréo depuis 1954), une série légendaire de captations avec l’orchestre des Concerts Lamoureux. Joyau de cette série, une Symphonie fantastique qui fait d’abord entendre la splendeur des vents français (ce basson !) et un chef qui fait du 4ème mouvement une véritable Marche au supplice (écoutez le terrifiant grincement du trombone basse, qui viendrait rappeler aux insouciants qu’il ne s’agit ni d’une marche triomphale ni d’une cavalerie légère !)
en 1965, les équipes de DG se transportent à Prague, pour nous offrir deux versions jamais démodées du requiem en ré mineur de Cherubini, et une étonnante Messe de Sainte-Cécile de Gounod avec un trio de chanteurs inattendus dans ce répertoire.
Un mot d’une oeuvre – Les Choéphores – de Darius Milhaud (lire l’excellent papier de Jean-Charles Hoffelé : Le chef-d’oeuvre de Darius) que j’ai toujours trouvée très.. datée. Ecrite en 1915 – c’est la mode des oeuvres avec récitant (Honegger – Le Roi David – Debussy – Le Martyre de Saint-Sébastien – Stravinsky – Oedipus Rex), elle n’a connu que deux versions au disque : celle de Markevitch en 1957 (mono), suivie de celle de Bernstein à New York en 1961 (stéréo)
CD 1 Cherubini: Requiem in D minor for male chorus & orchestra
Czech Philharmonic Chorus
Czech Philharmonic Orchestra
Igor Markevitch
Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’
Maria Stader (soprano), Oralia Dominguez (mezzo-soprano), Ernst Haefliger (tenor), Michel Roux,
Choeurs Elisabeth Brasseur
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 2Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338
Berliner Philharmoniker
Igor Markevitch
Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’
Berliner Philharmoniker
Igor Markevitch
Mozart: Symphony No. 35 in D major, K385 ‘Haffner’
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
Gluck: Sinfonia in G major
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 3 Mozart: Bassoon Concerto in B flat major, K191
Maurice Allard (bassoon)
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
Haydn: Sinfonia Concertante in B flat major, Op. 84, Hob. I / 105
Georges Alès (violin), André Remond (cello), Émile Mayousse (oboe), Raymond Droulez (bassoon)
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
Cimarosa: Concerto in G major for two flutes
Aurèle Nicolet (flute), Fritz Demmler (flute)
Berliner Philharmoniker
Igor Markevitch
Schubert: Symphony No. 3 in D major, D200
Berliner Philharmoniker
Igor Markevitch
CD 4 Beethoven: Egmont Overture, Op. 84
Beethoven: Leonore Overture No. 3, Op. 72b
Beethoven: Fidelio Overture Op. 72c
Beethoven: Coriolan Overture, Op. 62
Beethoven: Zur Namensfeier overture, Op. 115
Beethoven: Consecration of the House Overture, Op. 124
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 5 Beethoven: Symphony No. 3 in E flat major, Op. 55 ‘Eroica’
Symphony of the Air
Igor Markevitch
CD 6 Beethoven: Symphony No. 6 in F major, Op. 68 ‘Pastoral’
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 7 Brahms: Symphony No. 1 in C minor, Op. 68
Symphony of the Air
Igor Markevitch
CD 8 Brahms: Symphony No. 4 in E minor, Op. 98
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
Berlioz: Harold en Italie, Op. 16
Heinz Kirchner (viola)
Berliner Philharmoniker
Igor Markevitch
CD 9 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14
Cherubini: Anacréon Overture
Auber: La muette de Portici: Overture
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 10-11Berlioz: La Damnation de Faust, Op. 24
Richard Verreau (Faust), Consuelo Rubio (Marguerite), Michel Roux (Méphistophélès), Pierre Mollet (Brander)
Chœurs Elisabeth Brasseur, Chœur d’Enfants de la RTF
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 12 Gounod: Symphony No. 2 in E flat
Bizet: Jeux d’enfants (Petite Suite), Op. 22
Debussy: La Mer
Debussy: Danses sacrée et profane
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 13 Rimski Korsakov: Russian Easter Festival Overture, Op. 3
Rimski Korsakov: May Night Overtur
Rimski Korsakov: Le Coq d’Or Suite
Borodin: In the Steppes of Central Asi
Liadov: From the Apocalypse, Op. 66
Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture
Orchestre des Concerts Lamoureux
Igor Markevitch
CD 14 Tchaikovski: Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’
Si l’association Haydn/Ansermet (voir Les chefs de l’été III) n’était pas la plus attendue, on imagine encore moins Pierre Boulez, l’un des interprètes majeurs de la modernité du XXème siècle, diriger Haydn ou Mozart. Ni même Beethoven et Schubert.
Et pourtant l’un des tout premiers disques du compositeur et chef français, disparu en 2016, est à tous égards une curiosité : les quatre premiers concertos pour piano de Mozart, enregistrés pour Vega en 1956, avec l’orchestre du Domaine musical, et surtout Yvonne Loriod
Une curiosité !
Pierre Boulez accompagnera, à plusieurs reprises, de grand(e)s solistes, dans des concertos de Mozart
J’avais assisté à un concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mars 1996. Pierre Boulez y dirigeait la Cinquième symphonie de Mahler, et en première partie, la Symphonie n°104 de Haydn.
L’Orchestre viennois a réédité un coffret de quelques-uns des concerts Haydn donnés par les Wiener Philharmoniker. La 104 « boulezienne » n’a pas marqué les mémoires…
Tout aussi « classique », une symphonie n°103 captée à Chicago en 2003 n’intéresserait pas beaucoup l’auditeur si le nom de Boulez n’y était associé.
L’éditeur québécois Yves St.Laurent – le parfait homonyme du couturier français – s’est spécialisé dans l’édition de bandes radio, avec un soin tout particulier, et c’est avec autant de surprise que de curiosité qu’on découvre dans son catalogue (www.78experience.com) plusieurs « live » du chef français du temps qu’il était directeur musical de l’orchestre de Cleveland, et même avant à New York, où il devait se forcer à diriger du répertoire classique pour complaire au public (et aux sponsors!). Des Beethoven, même du Schubert, souvent neutres, voire raides (le menuet de la Troisième symphonie !)
On trouve sur YouTube une 9ème de Schubert captée à New York en 1976. Là encore une curiosité à défaut d’une référence !
Quant à Beethoven, je n’avais vraiment pas aimé une Cinquième symphonie gravée à New York (et rééditée dans le coffret Sony/Boulez – voir détails ici). Le premier mouvement est rédhibitoire !
Depuis lors, plusieurs bandes de concerts sont disponibles sur YouTube. Lectures souvent « neutres », mais pouvant réserver quelques surprises. En tout cas, elles nous découvrent une part de l’art de Boulez chef d’orchestre, que l’intéressé lui-même a très rarement mise en valeur pour le public européen.
Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.
On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».
Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.
A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :
Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam
Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets
En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.
mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung
Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…
Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :
Avec Emil Guilels en 1947
Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg
Triple concerto
Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.
Première d’une série limitée à ce mois d’août, des versions inattendues, des rencontres parfois surprenantes entre un chef et une oeuvre/un compositeur, peut-être même des « références » oubliées ou négligées.
Igor Stravinsky est mort il y a cinquante ans. On cite rarement Herbert von Karajan (1908-1989) comme l’un de ses interprètes de prédilection. Et pourtant ! Deux versions de studio et plusieurs « live »du Sacre du printemps, mais ni Petrouchka ni L’Oiseau de Feu.
Mais de sublimes interprétations d’Apollon musagète, du Concerto en ré, de la Symphonie de psaumes, de la Symphonie en ut et même de Circus polka, et un rare Jeu de cartes capté avec le Philharmonia.