Van Gogh 130

J’ai la chance d’habiter, depuis quelques années, à quelques centaines de mètres de la dernière demeure du peintre Vincent Van Gogh

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C’est, il y a 130 ans exactement, le 29 juillet 1890, que Vincent meurt dans sa mansarde de l’auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise après s’être mortellement blessé deux jours plus tôt. Suicide ? erreur de tir? règlement de compte? La fin tragique du génial peintre a suscité une abondante littérature.

Le mystère semble résolu si l’on en croit un reportage diffusé hier sur France Télévisions : Le mystère se dissipe autour du dernier tableau de Van Gogh – et un long article de Judith Perrignon dans Le Monde : C’est un message d’adieu.

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Hier  » à l’occasion du 130e anniversaire du décès de Vincent Van Gogh, l’Institut Van Gogh dévoilait une découverte majeure autour de la fin de vie de l’artiste. L’annonce officielle a eu lieu à 11 heures in situ, c’est-à-dire à l’auberge Ravoux d’Auvers-sur-Oise (Val-d’Oise). Étaient notamment présents son arrière-petit-neveu Vincent-Willem Van Gogh, la directrice du Musée d’Amsterdam, la présidente de la Fondation Van Gogh d’Arles, l’ambassadeur des Pays-Bas à Paris, Mme la maire d’Auvers et la présidente du conseil départemental. Vincent-Willem Van Gogh et les membres de sa famille présents ont prévu de dormir sur place pour déposer mercredi 29 juillet au cimetière une gerbe de tournesols sur la tombe des frères Vincent et Théo.’ (Le Figaro, 28 juillet 2020)

« Racines » est donc bien considéré comme le tout dernier tableau de Vincent Van Gogh, cette souche de la rue Daubigny à Auvers-sur-Oise est désormais protégée.

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« Racines et troncs d’arbres » Peinture de Vincent van Gogh (1853-1890) 1890 Amsterdam, Van Gogh Museum ©DeAgostini/Leemage

Je comprends maintenant pourquoi, un dimanche de juin, j’avais croisé Dominique Janssensle propriétaire de la Maison Van Gogh – Auberge Ravoux, faisant entrer deux visiteurs dans ce qui ressemblait à une cabane de jardin dans cette rue Daubigny et qui est aujourd’hui l’objet de l’attention de tous les médias…

J’invite mes lecteurs à feuilleter les deux albums que j’ai consacrés à la présence de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise au printemps et à l’été 1890, aux paysages qu’il a si souvent arpentés et peints, ces paysages que j’ai aimé redécouvrir pratiquement chaque jour du confinement à l’occasion des sorties « autorisées » :

Vincent à Auvers

Les blés d’Auvers

 

Déconfiné

Impressions en vrac après une semaine de « déconfinement »

Vers le Sud

J’avais deux bonnes raisons de profiter de la parcelle de liberté recouvrée lundi dernier, l’une professionnelle – régler sur place les questions liées à la réouverture du bureau du Festival Radio France à Montpellier – l’autre familiale – revoir ma mère, 93 ans dans quelques jours, chez elle à Nîmes. Ni train, ni avion, j’ai préféré la voiture.

Sentiment de liberté, ce lundi 11 mai, l’A 86, que je dois emprunter pour rejoindre l’A 10 puis l’A 75, est quasiment vide. Est-ce un effet de la tempête qui secoue la région parisienne depuis 24 heures ? la prudence des déconfinés ?

Vers Orléans, ma voiture affiche une température extérieure de 5° ! Les aires d’autoroute ont partiellement rouvert. Sur ce trajet magnifique qui traverse le Berri, le Massif central, les Cévennes, j’ai mes petites habitudes. Je m’arrête sur l’aire du viaduc de Garabit. Personne. La Truyère, la rivière que franchit le pont métallique conçu par les équipes de Gustave Eiffel, scintille sous le soleil.

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J’ai, comme toujours en prévision d’un long voyage, téléchargé sur mon téléphone portable des éléments de ma discothèque. J’aime réentendre l’art si libre et rhapsodique du chef Constantin Silvestri. 

Dans une oeuvre aussi rabachée que les Préludes de Liszt, Silvestri fait dresser l’oreille.

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Montpellier désert

Le choc en arrivant à Montpellier. La place de la Comédie déserte. Jamais vu depuis plus de trente ans que je viens à Montpellier.

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Terrasses, cafés, restaurants fermés comme partout ailleurs, mais pour une cité qui vit dehors toute l’année, le contraste est saisissant. Le déconfinement n’est pas d’actualité.

Mardi je retrouve avec plaisir quelques-uns des piliers de l’équipe du festival à Montpellier pour mettre en place le processus de réouverture de nos bureaux. Se voir, se parler sans le truchement d’un écran d’ordinateur ou de téléphone, mesurer la chance qui est la nôtre de n’avoir eu aucun malade dans toute l’équipe, réfréner l’impatience de ceux qui voudraient revenir tout de suite au bureau. Je mesure, plus que jamais, la responsabilité qui est la mienne.

Même si le festival 2020 ne ressemblera pas aux autres, même si le joyeux brouhaha qui s’empare des bureaux de Montpellier dès le début juin et s’amplifie dès que le festival bat son plein en juillet, même si ce brouhaha manquera tristement, il faut que les équipes qui préparent le festival « autrement » puissent réintégrer des espaces de travail reconfigurés selon les nouvelles normes sanitaires.

Une journée chez ma mère

Je n’avais pas revu ma mère depuis la fin février. Je la trouve en bonne forme à l’approche de son 93ème anniversaire. La tête fonctionne parfaitement, le corps me semble plus alerte qu’il y a quelques mois. Le virus ne l’a pas touchée, pas plus que les infirmières et aides à domicile qui la visitent chaque jour. Elle évoque, à ma demande, des souvenirs d’autrefois, de sa si nombreuse famille suisse. Plus intéressants que la conversation sur le présent…

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Infantilisation

Je ne supporte plus les journaux télévisés que j’avais l’habitude de suivre sur France 2. Ces reportages « au plus près du terrain », ces « envoyés spéciaux » dépêchés sur… le trottoir du ministère de la Santé, de Matignon ou de l’Elysée pour nous dire ce qu’ils auraient pu dire en studio, et ce ton infantilisant des présentateurs qui commencent toujours par les sujets d’inquiétude…

Heureusement il y a encore C à vous sur France 5, des journalistes qui bossent leurs sujets, des débats contradictoires. Et puis les bouffées d’information non formatée, d’humour, les interviews qu’on n’attend pas et qu’on n’entend nulle part ailleurs, dans Quotidien de Yann Barthès sur TMC.

Indécence

En une du Canard enchaîné de mercredi – introuvable à Montpellier pour cause de grève de la distribution des journaux nationaux (comme si la presse avait besoin de ça!), cet article qui dit tout de l’indécence contemporaine :

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Douce France

Le 16 mai 2018, on avait choisi le siège de la Garde républicaine à Paris pour présenter l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier , placée sous l’égide de la Douce France chantée par l’enfant de Narbonne, Charles Trenet. Le Choeur de l’armée française nous avait fait la surprise de quelques chansons.

Comme on le sait, pas d’édition « physique » du festival l’été prochain. Mais quelque chose d’autre, de différent. On y met toute notre énergie.

Rien pourtant ne remplacera ce qui fait l’essence du spectacle, du concert, des interprètes qui jouent pour le public, et ce public qui partage en un même lieu, à un même moment, des émotions qu’aucune transmission, aucun écran ne produiront jamais à pareil degré.

Cette annonce hier : Une fête de la musique « sans prendre de risques » ! Même plus envie de réagir…

Revoir Paris

Passage chez un coiffeur de Montpellier : accueil chaleureux, respect des consignes avec le sourire.

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Et retour vers la région parisienne. La route est longue,  mais tellement belle, les genêts en fleur ensoleillent le Massif central.

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Brève halte non loin de Sévérac-le Château

Et vendredi, pour quelques courses qu’on avait différées, retour à Paris. Sentiments mitigés. Paris ne m’avait pas manqué pendant le confinement. J’avais, au contraire, apprécié ma maison, mon jardin, les roses, les fleurs qui profitaient de ce printemps si ensoleillé… Peu de monde dans les rues autour de la Madeleine, comme si on était au mois d’août. Des commerçants heureux de rouvrir, un kiosque à journaux qui offre le café.

On ne sait pas si on souhaite un retour « à la normale », au Paris d’avant. Aura-t-on tiré quelque enseignement de ces semaines confinées ? Trop tôt pour l’affirmer.

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On croise l’ami Paul Meyer et l’un de ses fils. On s’était parlé, Paul et moi, il y a peu. Plus rien, plus de concert, plus d’invitation, tous les projets sont annulés. Difficile d’envisager demain, pour lui comme pour des milliers d’artistes. Pourtant, comme les sportifs de haut niveau, il continue de s’entraîner, de travailler, pour le jour où…

 

 

 

Confinement

Nous voici confinés depuis mardi 17 mars à midi. C’était hier et cela paraît une éternité.

Le temps s’est dilaté. L’indéfini s’ouvre devant nous.

Je n’ai pas peur

Je n’ai pas peur, je n’ai jamais peur dans des circonstances que je ne peux maîtriser.

Sans doute parce que, très tôt, j’ai été confronté à l’inéluctable : à 11 ans, je fus le premier témoin du décès subit de mon grand-père paternel. À 16 ans même épreuve avec mon père.

Lorsque, ce 6 décembre 1972, vers 20h, j’apprends qu’il n’y a plus rien à faire pour mon père transporté à l’hôpital de Poitiers quelques heures plus tôt, je dois prendre les choses en main, ma mère est en état de sidération, mes deux jeunes soeurs réfugiées dans leur chambre. Nous obtenons l’autorisation de nous rendre à l’hôpital malgré l’heure tardive. Le corps de mon père repose à la morgue. Son visage est livide, mais apaisé. J’encaisse le choc, les larmes viendront plus tard dans le secret de ma chambre. Il faut organiser la suite, sans panique, calmement.

Par la suite, j’affronterai d’autres cas de ce genre, dans ma famille, avec des proches. Et j’aurai à gérer des situations de crise. A chaque fois, j’éprouverai une étrange impression de calme intérieur, comme pour me mettre à distance de l’événement, garder intactes mes capacités d’analyse, de logique et d’action. Trouver les bonnes solutions pour surmonter la difficulté, surtout ne pas susciter ni accroître la panique, l’inquiétude qui s’expriment naturellement. Réconforter, aider ceux qui craquent.

Rien d’héroïque à cela. Juste une expérience de vie, une chance.

Vraies et fausses nouvelles

Difficile pourtant de rester rationnel, de s’en tenir aux faits, dans le flot de vraies et de fausses informations qui circulent depuis plusieurs semaines sur le Covid-19. De ne pas céder à son tour à un vertige anxiogène et paralysant.

J’ai souvent dénoncé ici et sur les réseaux sociaux les travers sensationnalistes de l’information télévisée, les titres choc, les reportages racoleurs. La crise actuelle semble avoir incité ceux qui ont la parole, journalistes, politiques, experts, à moins de superbe, à plus d’humilité et de prudence.

Je n’ai pas quitté les réseaux sociaux, mais je m’abstiens complètement de prendre part à des discussions sans fin, de prêter attention à la moindre rumeur émanant d’une « source sûre », de commenter ce que j’ignore.

Garder son sang-froid, regarder la réalité, les analyses scientifiques, les chiffres : le Covid-19 n’est mortel que dans une proportion minime. On est très loin des chiffres de précédentes épidémies (cf. les 100.000 morts de l’hiver 57-58 et on sait comment combattre la diffusion, la propagation du virus. Civisme et responsabilité, deux valeurs refuges !

Privilège

J’ai conscience d’affronter ce nécessaire confinement comme un privilégié. Dans une maison à la campagne, entourée d’un jardin, non loin des paysages que Vincent Van Gogh arpenta et peignit durant les dernières semaines de sa vie, en 1890.

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De pouvoir continuer à travailler à distance avec l’équipe du Festival Radio France qui prépare activement nos rendez-vous de juillet. D’être connecté à ma famille, même éloignée. Entouré de livres, de disques, tous ceux que je n’ai jamais eu le temps de lire ni d’écouter…

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Le monde d’après ne ressemblera pas à celui d’hier.

Le monde d’aujourd’hui et de demain

Je reproduis ici – je n’ai pas été le seul à le faire – les deux beaux textes que mon amie Arièle Butaux , qui vit depuis quelques années à Venise, a publiés sur sa page Facebook.

« Je vous écris d’une ville coupée du monde. Nous vivons ici dans une parfaite solitude qui n’est pas le vide. Nous prêtons chaque jour un peu moins attention à ce que nous ne pouvons plus faire car Venise, en ces jours singuliers, nous ramène à l’essentiel. La nature a repris le dessus. L’eau des canaux est redevenue claire et poissonneuse. Des milliers d’oiseaux se sont installés en ville et le ciel, limpide, n’est plus éraflé par le passage des avions. Dans les rues, à l’heure de la spesa, les Vénitiens sont de nouveau chez eux, entre eux.

Ils observent les distances, se parlent de loin mais il semble que se ressoude ces jours-ci une communauté bienveillante que l’on avait crue à jamais diluée dans le vacarme des déferlements touristiques. Le tourisme, beaucoup l’ont voulu, ont cru en vivre, ont tout misé sur lui jusqu’à ce que la manne se retourne contre eux, leur échappe pour passer entre des mains plus cupides et plus grandes, faisant de leur paradis un enfer.

Venise, en ces jours singuliers, m’apparaît comme une métaphore de notre monde. Nous étions embarqués dans un train furieux que nous ne pouvions plus arrêter alors que nous étions si nombreux à crever de ne pouvoir en descendre!

À vouloir autre chose que toutes les merveilles qu’elle avait déjà à leur offrir, les hommes étaient en train de détruire Venise.

À confondre l’essentiel et le futile, à ne plus savoir regarder la beauté du monde, l’humanité était en train de courir à sa perte.

Je fais le pari que, lorsque nous pourrons de nouveau sortir de nos maisons, aucun Vénitien ne souhaitera retrouver la Venise d’avant. Et j’espère de tout mon coeur que, lorsque le danger sera passé, nous serons nombreux sur cette Terre à refuser de réduire nos existences à des fuites en avant.

Nous sommes ce soir des millions à ignorer quand nous retrouverons notre liberté de mouvement. Soyons des millions à prendre la liberté de rêver un autre monde.

Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux.
La nuit tombe sur la Sérénissime. Le silence est absolu. Cela suffit pour l’instant à mon bonheur. Andrà tutto bene.
“ (
18 mars 2020)

img_9236(La tombe de Monteverdi dans l’église Santa Maria Gloriosa dei Frari)

« Hier c’était dimanche . Un dimanche à Venise sans aperitivo sur le campo, sans repas de famille, sans promenade au soleil. Un dimanche sans messe dominicale : ma très pieuse voisine Silvia communie désormais devant un écran d’ordinateur. Un dimanche sans blues du dimanche soir…

Je vous écris d’une ville où les rituels se diluent dans des journées qui n’ont plus tout à fait vingt-quatre heures et où le silence de la journée ressemble de plus en plus à de celui de la nuit.

En 2016, le bio-acousticien Gordon Hempton craignait que le silence ne disparaisse de notre planète dans les dix prochaines années. Effroyable perspective !
A Venise, ce silence retrouvé nous propulse dans un univers inédit. Il n’y a plus à lutter contre les agressions sonores, à se protéger contre les violences auxquelles nous expose le simple fait de vivre, de sortir de chez soi dans un monde ivre de sa propre cacophonie où l’homme, comme un vulgaire clébard, marque son territoire du rugissement de ses moteurs comme de ses abrutissantes musiques à un temps. Je suis convaincue qu’on ne meurt pas de vieillesse mais d’épuisement, victoire après victoire, défaite après défaite. Après avoir claqué une dernière porte pour se protéger d’un dernier bruit.
« Ecoutez ce silence, il entoure les choses! », disait Rilke.
En détournant sans cesse notre attention, le bruit nous isole bien plus que le silence. Il agit en dictateur, nous empêche de penser, de réfléchir, d’écouter notre bon sens comme notre intelligence. D’écouter notre coeur. Il fait de nous les victimes consentantes d’un monde devenu invivable.

Venise, j’aime à m’en souvenir, est née d’une utopie. Dans le grand silence tombé sur la Sérénissime, le moment est peut-être venu d’inventer de nouvelles utopies. Nous avons des semaines de silence devant nous pour affûter notre intelligence et laisser éclore de nouvelles idées. Hier, par la fenêtre, ma voisine Silvia me faisait part d’un rêve : se débarrasser des monstres flottants qui détruisent Venise et sa lagune en les mettant à la disposition des personnes sans abri dans les ports de pays en guerre. « En plus, ils pourraient lever l’ancre et s’enfuir très vite sans sortir de chez eux quand la situation deviendrait trop dangereuse pour eux! » a-t-elle ajouté. J’ai adoré cette idée. Alors, comme des enfants enfermés et désoeuvrés un dimanche après-midi, nous avons commencé à nous lancer des « et si » au dessus des cordes à linge, à refaire le monde. « Et si Venise retrouvait ses habitants et redevenait un ville normale où il ferait de nouveau bon vivre et travailler, où les jeunes pourraient de nouveau s’installer? » En quelques minutes, nous avions déjà imaginé une dizaine de solutions, toutes réalisables pour peu qu’on s’autorise à penser un peu hors-cadre!
Nous sommes ce matin des millions à rester enfermés tandis que le monde suspend un instant sa course à l’abîme. Enfermés mais libres d’imaginer autre chose. L’avenir seul dira si c’est une bonne nouvelle.
Arièle Butaux, Venise, 23 mars 2020
15ème jour de confinement.

 

 

 

 

 

La reine Beatrice

Alain Lompech (sur Facebook) : Beatrice Rana vient de publier un disque fabuleux… Perlemuterorichtérogilelsien… Elle sait tout de l’art du piano et de la musique… On s’incline… et on applaudit à tout rompre…

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Jean-Charles Hoffelé (sur FB aussi, bientôt dans Classica) : Fabuleux et renversant.

Alain Lompech, encore : Elle est incroyable : la science de l’alchimie sonore et la perfection de l’analyse  plus la domination totale du clavier – alla Richter ou dans un genre différent Lipatti -, plus le son rond, ample, profond qui fait entrer tout le piano en transe sonore…
Ses Goldberg m’avaient bien sûr beaucoup plu, mais beaucoup moins que celles récentes de Gabriel Stern, je l’avais entendue en concert – malheureusement bridée par Krivine dans le 3ème de Prokofiev, entendue en récital… mais là d’un coup, elle ouvre grand ses ailes et, sans jamais faire l’intéressante, se hisse aux premiers rangs des pianistes de son temps…

J’ai téléchargé ce nouveau disque dès vendredi. Je serais bien incapable d’user de tous les qualificatifs que lui attribue Alain Lompech, je les partage complètement. Il faut aussi, et peut-être d’abord, ajouter que le programme de ce CD est d’une intelligence rare, et que c’est, à ma connaissance, la première fois que se côtoient Ravel et Stravinsky dans un disque de piano solo. Oui, tout ici est miraculeux. Finalement conforme à ce que j’ai aimé chez cette pianiste (tout juste 26 ans!) dès que je l’ai entendue en concert.

Le dimanche 26 janvier 2014, Beatrice Rana était la soliste d’un de ces concerts dominicaux qui font la joie d’un public familial à Paris. Fayçal Karoui dirigeait les Concerts Lamoureux et la jeune pianiste italienne jouait le 2ème concerto de Saint-Saëns. Subjugué, je fus immédiatement subjugué : la simplicité, l’absence de posture de la pianiste devant son clavier, une virtuosité et une maîtrise confondantes, sans esbroufe, le chic, l’allure qu’il faut dans cette oeuvre (qui commence comme Bach et finit comme Offenbach selon le bon mot de George Bernard Shaw).

Quelques mois plus tard, je retrouvais Beatrice Rana, complice du Quatuor Modigliani, au Festival d’Auvers-sur-Oise (Une fête de la musique) :

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« En seconde partie… le quintette pour piano et cordes de Schumann – on manque de superlatifs pour le qualifier ! et l’entrée en lice de Beatrice Rana, une musicienne de 22 ans dont j’ai déjà dit et écrit qu’elle a déjà tout ce qui fait d’elle une grande, une très grande artiste. Qui n’a besoin ni d’esbroufe ni de look savamment étudié pour imposer une présence. Au début du Schumann, on la trouvait presque effacée, trop discrète, face à ses compères du Modigliani, et puis on a vite compris que, mine de rien, c’est elle qui menait le train de ces quatre mouvements sublimes et suspendus de musique pure »

Il fallait absolument que j’invite Beatrice Rana au Festival Radio France à Montpellier. Elle y était déjà venue dans la série des jeunes solistes en 2012, mais cette fois je voulais qu’elle ouvre le festival dans la grande salle Berlioz du Corum. Le 11 juillet 2016. Et avec une première pour elle ! Rien moins que les Variations Goldberg de BachC’est à Montpellier qu’elle les donnerait pour la première fois en public, avant une tournée de récitals qui allait déboucher sur le premier disque de l’artiste italienne chez Warner.

Dans Le Monde du 12 juillet 2016, Marie-Aude Roux écrit : « Beatrice Rana n’a certes rien à prouver sur le plan technique. Mais sa maturité sereine et son sens architectonique impressionnent, qui font de cette œuvre monumentale – plus d’une heure et quart de musique – une véritable pierre de Rosette. Le thème initial de l’« Aria » semble en effet se poser comme une énigme. Elégance du phrasé, fluidité du jeu, sonorité d’une rondeur charnelle, Rana prendra le temps de dévoiler une à une les solutions proposées par chacune des variations ».

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Le 16 juillet 2018, Beatrice Rana revenait à Montpellier, encore pour une première pour elle : le 4ème concerto de Beethoven (« Lorsque je joue Beethoven, je ressens une grande responsabilité. C’était le cas pour ce concert ici à Montpellier, je jouais ce concerto pour la première fois, c’était beaucoup d’adrénaline ».

Entre-temps, elle avait publié son premier disque concertant, couplage à nouveau inédit, et toutes les qualités qu’on reconnaît à Beatrice Rana.

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Merci, chère Beatrice, de démontrer que virtuosité, maîtrise époustouflante du clavier peuvent se marier à la musicalité la plus pure, et que vous n’avez besoin d’aucun artifice, de ne cultiver aucun look provocateur ou aguicheur, pour avoir le public à vos pieds. Restez ce que vous êtes, une très belle personne, une très grande artiste !

 

Suffit-il d’être jeune, beau et sexy ?

Nul n’a pu échapper au phénomène depuis qu’il a surgi dans une émission du cher Frédéric Lodéon* sur France Musique, il y a deux ans, à Aix-en-Provence. Des milliers de vues sur Youtube…

A lire les « commentaires » qui accompagnent ces vidéos, on voit bien que Jakub Józef Orliński n’est pas apprécié que pour sa seule prestation vocale…

De là à en faire une icône, l’incarnation d’une nouvelle génération d’interprètes qui enfin (!!) dépoussière l’univers, forcément ringard, de l’opéra et de la musique classique…

La couverture de son dernier disque, son premier chez Erato, n’a pas manqué de susciter son lot de sarcasmes…

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Le ramage se rapporte-t-il au plumage ? C’est ce qu’on a voulu vérifier la semaine dernière dans le cadre du Festival d’Auvers-sur-Oise.

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Le jeune homme (29 ans quand même !) est incontestablement sympathique, répond généreusement aux applaudissements (3 bis malgré la chaleur étouffante de la petite église de Méry-sur-Oise), et est manifestement habile dans le choix de son programme.

Peu d’airs ou d’oeuvres connus, à l’exception notable du Stabat Mater de Vivaldi (la prochaine sortie discographique ?). Rien qui permette de le comparer à ses aînés.

Le timbre, légèrement voilé, est séduisant, et pourtant une certaine monotonie s’installe, comme si le chanteur semblait plus soucieux de se montrer à son avantage que de restituer les affects des partitions qu’il interprète. Sentiment particulièrement évident dans le Stabat Mater de Vivaldi chanté recto tono. Quand on a, comme moi, dans l’oreille, au choix Aafje Heinis, Nathalie Stutzmann, Sara Mingardo ou Gérard Lesne

le compte n’y est pas.

On souhaite à Jakub Jozef Orlinski de ne pas succomber aux griseries de la célébrité, aux tentations du marketing, et d’approfondir son art. Il en a le talent.

À la question plus générale posée par le titre de ce billet, j’ai déjà répondu à maintes reprises. Si le talent n’attend pas le nombre des années (cf. Alexandre Kantorow) –preuve en est encore faite cet été dans la programmation du Festival Radio France (www.lefestival.eu), les artistes authentiques savent que la jeunesse et la beauté sont des états tout aussi passagers que l’intérêt des médias pour eux.

*Salut à l’ami Frédéric qui a décidé de réduire un peu la voilure, après 27 ans de présence quotidienne sur France Inter et sur France Musiqueet qu’on retrouvera à la rentrée chaque dimanche à 14 h.

 

Charles et Camille, les deux amis

Auvers-sur-Oise est à tout jamais associé à Vincent Van Goghpuisque c’est dans le cimetière de cette charmante commune du Val d’Oise, à quelques encâblures de Pontoiseque le peintre hollandais repose pour toujours, aux côtés de son frère Theo.

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(Lire : Vincent à Auvers)

Pourtant Auvers n’a pas attendu Van Gogh et le printemps 1890 pour attirer les artistes, et les plus célèbres.

C’est ce que rappelle une exposition organisée au Musée Daubigny :

IMG_3622Le manoir de Colombières, siège du musée Daubigny.

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Camille Corot (1796-1875) et Charles-François Daubigny (1817-1878) se rencontrent en 1852. La mort du premier mettra, seule, fin à une riche amitié.

Un mot d’abord sur Daubigny : Elevé en nourrice à Valmondois jusqu’à l’âge de 9 ans, à cause d’une santé fragile, le Parisien Charles-François tombera ici amoureux de la nature.

Il fait de l’île de Vaux, à Auvers-sur-Oise, le principal port d’attache du « Botin », le bateau qu’il a acheté et aménagé en atelier afin de peindre au plus près de l’eau.

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En 1861, il décide de s’installer définitivement dans la commune, où il fait construire sa maison-atelier

La communauté de peintres pré-impressionnistes ayant séjourné dans la vallée de l’Oise gravite notamment autour de Daubigny. En s’installant à Auvers-sur-Oise, le peintre crée un véritable foyer artistique que fréquente assidûment son ami Corot.  Ils voyagent ensemble pour peindre notamment dans le Dauphiné. Corot vient à de multiples reprises à Auvers, il est là pour l’inauguration du Botin. Il peint souvent sur place et participe aux fresques qui ornent la maison de Daubigny. Les deux hommes s’inscrivent clairement dans la même ligne artistique. En 1870, lorsque Daubigny démissionne de son poste de juré du grand Salon de Paris devant l’obstination de ses pairs qui refusent d’exposer les œuvres de Monet et Sisley, il est imité par Corot.

Les dix œuvres de Corot qui jalonnent l’exposition permettent de comprendre toutes les étapes de la carrière du peintre.  Au Manoir des Colombières, les œuvres de Corot sont mises en perspective avec d’autres tableaux réalisés à la même époque.

IMG_3665Karl Daubigny – 1846-1886), fils de Charles-François / La Cueillette des pois à Auvers, 1883

IMG_3659Charles-François Daubigny, Moulins à Dordrecht (1872)

IMG_3661C.F. Daubigny, La Haie basse, paysage animé

IMG_3663K.Daubigny, Bords de l’Oise près d’Auvers (1885)

 

IMG_3671Karl Daubigny, Péniches sur l’Oise (1876)

IMG_3667K.Daubigny, Pêcheurs à pied à Villerville 

IMG_3669K.Daubigny, Côtes rocheuses à Pen’march

IMG_3657Pierre-Emmanuel Damoye (1847-1916), Le Vallon (1883)

IMG_3650C.F. Daubigny, La Seine à Herblay

IMG_3648C.F. Daubigny, Paysage idéal (1839)

IMG_3646C.F. Daubigny, La Fête villageoise

IMG_3638C.F. Daubigny, Retour à la ferme, site d’Optevoz

IMG_3640Corot, Une Allée dans les bois de Wagnonville (1872)

IMG_3642Corot, Un Ruisseau, environs de Beauvais (1860-1870)

IMG_3644Corot, Mantes le matin  (1865-1868)

IMG_3636Corot, Le Lac, effet de nuit

IMG_3632Corot, Le Coup de vent (1865-1870)

IMG_3630Corot, Le Pêcheur en barque auprès des saules (1870-1872)

IMG_3628Corot, Ville d’Avray, l’étang à l’arbre penché

IMG_3626Corot, La Vasque de la Villa Médicis (1825-1828)

IMG_3624Eugène Lavieille (1820-1889), Le Repos du jeune garçon

IMG_3623Corot, Jeune Italien assis (1825-1827)

 

 

 

Loving Vincent ou La passion Van Gogh

C’est d’abord une performance technique et artistique hors du commun, un objet cinématographique à tous égards exceptionnel.

Un film… entièrement peint à la main, comme l’expliquent ses auteurs Dorota Kobiela et Hugh Welchman ici : Comment ont-ils fait ?

Il faut se précipiter pour voir en salle La Passion Van Gogh. (Loving Vincent).

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L’histoire est simple : En 1891, à Paris, le facteur Joseph Roulin demande à son fils Armand de remettre une lettre à Theo van Gogh, le frère du peintre Vincent van Gogh qui s’est donné la mort en juillet 1890. Mais Armand apprend que Theo est mort quelques mois après son frère. Dès lors, Armand se rend à Auvers-sur-Oise pour enquêter sur la vie intime et artistique de Vincent van Gogh

Le récit est construit comme une enquête de police, le bel Armand essayant de reconstituer les faits qui ont précédé la mort de Vincent – suicide, meurtre ou accident ? – en rencontrant tous les protagonistes des dernières semaines du peintre à Auvers, Adeline Ravoux, la gouvernante, la fille et le Docteur Gachet lui-même, les rares compagnons d’un artiste obsédé par son travail, 80 toiles en 70 jours !

La voix française d’Armand Roulin est Pierre Niney. Les amateurs de séries seront, eux, surpris d’entendre le docteur Gachet doublé par Gabriel Le Dozela voix si caractéristique de Kevin Spacey alias Frank Underwood dans House of Cards !

En sortant du cinéma samedi, je n’ai eu qu’une envie, celle de dîner à l’Auberge Ravoux, qui m’est devenue si familière depuis que j’ai établi mon refuge dans la région, sur les bords de l’Oise, il y a bientôt trois ans.

IMG_2458(L’intérieur de l’auberge Ravoux tel qu’il est aujourd’hui et tel que l’a connu Van Gogh)

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Parce que, en effet, comme le montre le reportage ci-dessous, Van Gogh est indissociable du village d’Auvers-sur-Oise, Auvers et ses alentours sont l’oeuvre ultime de Van Gogh (voir Les blés d’Auvers)

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Un magnifique film à voir absolument, une visite qui s’impose à quelques kilomètres de Paris pour ceux qui ont la passion Van Gogh (voir Vincent à Auvers)

img_0918(Les simples tombes des frères Van Gogh dans le cimetière d’Auvers, la dépouille de Theo ayant été transportée des Pays-Bas à Auvers, en 1914, à la demande de sa veuve, pour que soient réunis dans la même sépulture les deux frères inséparables)

Musique sans protection

L’an dernier, je titrais Fête ou défaite de la musique ? Extrait : « …la dimension festive de la musique…tient justement à ce qu’on la découvre, l’entend, l’aime dans la réalité des sons produits, dans la ferveur et la joie de ses interprètes amateurs ou non. Pas dans la déformation artificielle d’un son saturé »

Sur Facebook hier j’écrivais ceci, qui n’a pas laissé sans réaction :

La Fête de la Musique ça rend sourd ?
J’ai mauvais esprit, c’est évident, mais comment prendre cet avertissement dans un document vantant la Fête de la Musique à Montpellier : « la Fête de la Musique est l’occasion de s’amuser et de faire la fête. C’est pourquoi il est important de se protéger à l’aide de protections auditives (sic) ». Et on rajoute : » La musique doit être un plaisir durable et ne pas détériorer notre audition« . On allait le dire !
Question bête : pourquoi ne pas réduire (un peu, un peu plus même) le nombre de décibels envoyés dans les tympans des pauvres auditeurs (et de tous les autres alentour d’ailleurs) ?

J’en conviens, tout cela fait un peu vieux ronchon rabat-joie, mais ce n’est pas d’hier que je refuse la dictature des décibels, qui est tout sauf musique ! Quand on en est à distribuer des protections auditives, qu’on m’explique où est le plaisir du partage, d’une vibration en commun ?

Ma fête de la Musique, je l’ai vécue en deux épisodes, sans protection d’aucune sorte, jouissant pleinement des sonorités des instruments joués devant moi.

Samedi, dans le cadre du Festival d’Auvers-sur-Oise,

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c’était l’improbable mariage entre un grand piano de concert et un marimba

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et l’extraordinaire duo formé par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova.

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Lundi soir, cruel dilemme : des amis chers se produisant, au même moment, dans deux lieux différents. Tedi Papavrami et Nelson Goerner au théâtre des Bouffes du Nord

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et Michel Dalberto à la Salle Gaveau. J’avais promis à ce dernier d’y être, et je n’ai pas regretté, comme des centaines d’autres, d’avoir affronté la canicule naissante pour assister à un récital magnifiquement construit… et réalisé.

IMG_9843En ouverture la sonate « Clair de lune » de Beethoven, suivie du Prélude, choral et fugue de Franck – une rumeur insistante annonce un enregistrement prochain du piano de Franck par Michel Dalberto dans un lieu qui m’est très familier -, puis après l’entracte la Ballade (sans orchestre) et le 6ème Nocturne de Fauré.

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Après une Appassionata souveraine, fiévreuse, extrême, Michel Dalberto refermait cette magistrale leçon de grand piano avec sa transcription de Morgen de Richard Strauss.

Dans la salle, nombre d’amis du pianiste, son collègue Philippe Cassard, deux de ses plus brillants élèves, Jean-Paul Gasparian et Ismael Margain.  Ils seront tous les trois du Festival Radio France (#FestivalRF17qui s’ouvre le 10 juillet prochain !

Une mort anonyme

Samedi après-midi. Les gros titres des journaux de la mi-journée, des histoires tragiques : les victimes de l’incendie de la tour Grenfell de Londres, la visite de réconfort de la reine d’Angleterre et de son petit-fils le prince William, les rebondissements dans l’affaire du petit Grégory (interviews nauséabondes de la famille).

Et juste en face de chez moi, une voiture de gendarmerie stationnée depuis le début de la matinée. Devant le garage d’une belle maison aux volets rouges.

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Une terrasse/jardin en surplomb de la rue, de belles roses anciennes. L’apparence d’une demeure entretenue.

Depuis quelque temps, la maison semblait endormie. Non qu’elle fût jamais animée. Mais  depuis que je m’étais installé dans la mienne en face, j’avais pris l’habitude d’apercevoir une silhouette féminine sans âge, cheveux gris filasse, à la fenêtre du premier étage, toujours ouverte en toute saison. Parfois, dans une robe de chambre défraîchie, vieux rouge comme les volets de la maison, toujours la même, je la voyais parcourir la terrasse et la surprenais à m’épier. Mais dès que je me manifestais, par un salut même à distance, elle tournait la tête et les talons.

Elle paraissait vieille, très vieille, comme fatiguée de la vie, recluse, repliée dans sa solitude. Je me faisais tout un cinéma de cette mystérieuse voisine. Ne dit-on pas que, dans mon village, de vieilles actrices finissent leurs jours dans l’oubli ? À cinquante mètres de la maison natale d’Yvonne Printempsà quelques encablures du petit cimetière de Valmondois où reposent d’anciennes gloires du music hall et de la télévision comme Pierre Sabbagh et Catherine Langeais, c’était plausible.

Mû par un étrange pressentiment, je  me décidai tôt ce matin à appeler la gendarmerie. S’il était arrivé quelque chose à ma voisine ? à moins qu’elle ne soit partie en voyage ? ou qu’elle ait été hospitalisée ? Mais je ne pouvais pas rester plus longtemps spectateur de cette maison close, inanimée.

La gendarmerie prit mon message très au sérieux, puisque quelques minutes après mon appel, deux jeunes pandores et une gendarmette sonnaient chez moi, enquêtant immédiatement dans le voisinage et les commerces locaux. Personne ne connaissait l’habitante de la maison. La boîte aux lettres débordait. Le téléphone fixe ne répondait pas. Pas de téléphone portable. Les pompiers furent appelés à la rescousse, pour accéder à la terrasse et procéder à l’ouverture des portes et fenêtres de la maison.

Le temps soudain parut s’étirer. Comme dans un film d’Hitchcock. De là où j’étais, je ne pouvais qu’apercevoir des ombres, parfois un casque de pompier, des mains gantées aussi. Je ne voulais pas non plus jouer les voyeurs « comme à la télé », mais je parvenais mal à me concentrer sur mes travaux de jardinage.

Midi sonnait lorsque les pompiers redescendirent, repliant leurs échelles, remisant leurs casques, et prirent congé de leurs collègues gendarmes. Un peu d’effervescence autour, quelques rares voisins étonnés par la présence de la maréchaussée (« Il y a eu des cambriolages dans le coin ? »).

De nouveau la gendarmette du groupe sonna à mon portail. Pour relever mon identité, mes coordonnées, puisqu’on aurait certainement besoin de m’entendre. Il était bien arrivé quelque chose à ma voisine inconnue, elle avait été trouvée morte au pied de son lit. Une jeune femme médecin-légiste arrivée en début d’après-midi devait déterminer les circonstances et la date du décès, mais, même exprimés avec pudeur, les mots des jeunes gendarmes disaient éloquemment le choc éprouvé devant le spectacle macabre qui s’était offert à leur vue lorsqu’ils avaient pénétré quelques heures plus tôt derrière les volets rouges.

Un café serré pour les réconforter, et leur permettre de tenir le coup pour les heures à venir : la découverte d’un cadavre, toutes les formalités qui s’ensuivent, l’enquête etc.

Et voilà comment une femme, moins vieille que je ne croyais, 75 ans, veuve depuis dix ans, sans enfants, sans amis, brouillée semble-t-il avec un frère vivant loin d’ici, meurt dans l’anonymat, la solitude, le silence, à quelques mètres de voisins qu’elle ne fréquentait pas et qui respectaient (?) ou n’osaient franchir cette distance. Une mort comme des milliers d’autres. La mort de ma voisine inconnue…

 

Timbres d’or et d’argent

L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.

On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argentexhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.

IMG_9778On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.

LE TIMBRE D'ARGENT
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise

Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.

Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.

 

 

 

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Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…

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Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger

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Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehardans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempe considérait comme son plus réussi,  avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener PhilharmonikerL’esprit viennois à son plus subtil !