Les classiques ont la cote

En moins de deux semaines, j’aurai vu deux grands classiques du roman français sur scène ou à l’écran : Le Rouge et le noir à l’Opéra Garnier, et Illusions perdues au cinéma Utopia de Pontoise.

Le Rouge et le Noir

Il paraît qu’on ne pouvait refuser au vieux chorégraphe Pierre Lacotte ce clou de sa carrière à l’Opéra de Paris, l’adaptation pour le ballet du célèbre roman de Stendhal, le Rouge et le noir. Un long, très long ballet, sur des musiques de Massenet.

Certes le public en a pour son argent : peu de spectacles de danse aujourd’hui peuvent rivaliser avec la distribution réunie par l’Opéra de Paris. Toute la troupe, des étoiles aux petits élèves de l’école de danse, ont été sollicités. Mais je peine à croire qu’on ait mis autant de forces, d’énergie, de talents… et d’argent dans une « création » qui rassemble absolument tous les poncifs que véhicule la danse « classique ». Comme un immense documentaire sur la tradition du ballet romantique à la française.

Je ne connais pas celui qui a fait la critique du spectacle pour ResMusica (Le Rouge et le Noir à l’opéra de Paris : contrasté), mais je partage son constat, et n’ai pas la même indulgence que lui pour le maître d’oeuvre. Réserves aussi sur une direction musicale bruyante et banale.

Il faudrait que je revoie le film de 1954 avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux.

Le rouge et le noir, Affiche

Illusions perdues

Après Stendhal, Balzac ? Que pouvait-on attendre (ou craindre) d’un film en costumes, même signé Xavier Giannoli, portant le titre de l’un des plus célèbres romans de Balzac Illusions perdues ?

Autant j’ai peu apprécié – euphémisme – Le Rouge et le Noir vu et revu par M. Lacotte, autant j’ai aimé, beaucoup aimé, ce film somptueux de 2h40 qui, pour l’essentiel, s’appuie sur le volet central du triptyque de Balzac Un grand homme de province à Paris. Une vraie, grande réussite. Fidèle à l’esprit et même à la lettre de Balzac, même si d’aucuns ont décelé chez le réalisateur une volonté, selon eux trop appuyée, de dresser des parallèles avec l’époque actuelle (Macron un Rubempré du XXIème siècle ?).

Benjamin Voisin est formidable, comme toute la distribution d’ailleurs, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Depardieu… Mention spéciale pour Cécile de France, qui compose une Louis de Bargeton toute de pudeur et de retenue.

On va aussi se remettre à Balzac, un peu délaissé depuis les années étudiantes.

Nelson Freire 1944-2021

Même les géants finissent par mourir. Ce 1er novembre c’est l’un des musiciens les plus admirés, l’un des pianistes les plus admirables, et surtout une personne humaine infiniment aimable et aimée, qui nous a quittés : Nelson Freire.

Je l’avais invité à Montpellier en juillet 2019, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. Il avait renoncé au dernier moment. Je ne pouvais pas lui en vouloir, lui qui, en d’autres temps et d’autres lieux (les Liégeois, entre autres, s’en souviennent) nous avait comblés de tant de merveilles.

Je reproduis ici les deux articles que je lui avais consacrés, où je dis mes souvenirs de lui, et tout ce qu’il nous laisse ;

L’admirable Nelson (1er septembre 2017)

Je m’aperçois que je ne l’ai jamais évoqué sur ce blog, alors que je l’admire depuis si longtemps. J’avais manqué – pour cause de fête de famille (L’eau vive) – un concert que j’avais pourtant contribué à organiser, que France Musique a eu l’excellente idée de diffuser hier soir. Nelson Freire jouait le 4ème concerto pour piano de Beethoven, accompagné – le terme est impropre, tant l’osmose entre soliste, chef et orchestre était évidente – par Louis Langrée et l’Orchestre National de France (qui proposait, en seconde partie, un Pelléas et Mélisande de Schoenberg d’anthologie).

Un concert à réécouter ici : ONF/Louis Langrée/Nelson Freire (24 mai 2017)

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J’ai tant de souvenirs avec ce magnifique musicien. Rien de ce qu’il est, de ce qu’il joue, ne m’a jamais laissé indifférent ou déçu. Il suffit de l’avoir vu, rencontré une fois, il suffit de voir la photo qui orne la pochette ci-dessus, pour entrer définitivement en sympathie avec lui. Et ne plus avoir envie de jouer les critiques, de comparer telle version d’il y a trente ans et un remake plus récent. Ci-dessous, j’ai simplement mis en avant quelques disques de chevet, mais je n’en exclus aucun autre.

Ma première rencontre professionnelle avec Nelson Freire remonte à 1987. Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Heitor Villa Lobos, j’avais été chargé de monter un programme un peu exceptionnel avec l’Orchestre de la Suisse romande au Victoria Hall à Genève. En faisant quelques recherches dans la phonothèque de la Radio suisse romande, je tombe sur une bande copiée d’un disque enregistré dès 1948 par Ernest Ansermet et l’OSR… du 1er concerto pour piano de Villa Lobos, une commande de la pianiste canadienne Ellen Ballon au compositeur brésilien.

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Le plus grand pianiste brésilien vivant étant Nelson Freire, je pense immédiatement à lui pour rendre cet hommage à Villa Lobos, dont il a déjà enregistré quelques pièces.

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Mais ni lui, ni aucun autre pianiste d’envergure n’a ce concerto à son répertoire. Nelson accepte, sans discuter, d’apprendre l’oeuvre pour le concert – et accepte une diffusion en direct et sur les radios membres de l’UER !

Je devrai attendre quelques années pour réinviter Nelson Freire. À Liège il nous offre un mémorable récital Chopin en 2004.

Quelques mois plus tard, pour un concert de gala, il remplace Maria Joao Pires qui a annulé pour je ne sais plus quelle (mauvaise) raison, et nous fait entendre le plus beau « Jeunehomme » – le 9ème concerto pour piano de Mozart – que j’aie jamais entendu en concert !

Longtemps erratique, sa discographie s’est heureusement enrichie depuis quelques années grâce à Decca. Quantité de disques admirables, où rayonne suprêmement l’art d’un musicien singulier. Un coup de coeur peut-être pour celui-ci

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Mais on ne m’en voudra pas de revenir à une série d’enregistrements plus anciens, que j’avais patiemment collectionnés, dès que je les trouvais, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, plus rarement en France, et qui sont aujourd’hui tous réédités. Ils sont tous indispensables !

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Et bien sûr ces 2 CD miraculeux… ou quand deux amis se rejoignent sur les cimes du génie !

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L’admirable Nelson (suite) 24 sept.2017

Au début de ce mois, j’évoquais la personnalité, le talent singulier, d’un pianiste depuis si longtemps admiré, Nelson Freire (voir L’admirable Nelson)

11779974_10203373981309277_5085623428112298901_o(Photo Eric Dahan)

Je viens d’acheter un CD paru il y a un petit mois, des archives de radio allemandes.

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C’est un magnifique ajout à la discographie, longtemps erratique, du pianiste brésilien. Les fans de Nelson Freire connaissaient déjà le DVD d’un concert capté en 1983 à Lugano avec ce 2ème concerto de Saint-Saëns, dirigé par le regretté David Shallon.

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Tout ce qu’on aime dans ce concerto – chic, virtuosité, panache, humour – Nelson Freire le prodigue au plus haut degré.

On retrouve tout cela, trois ans plus tard, à Berlin, dans le « live » publié sur ce CD, cette fois aux côtés d’Ádám Fischer.

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Et le « complément » est tout sauf anecdotique puisqu’on y entend un tout jeune homme (Nelson a 22 ans en 1966), livrer des Pièces lyriques de Grieg intensément poétiques et libres, deux Rhapsodies hongroises et la 2ème Polonaise de Liszt, phénoménales !https://www.youtube.com/embed/8fx9rpFo7Kg?version=3&rel=1&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&fs=1&hl=fr&autohide=2&wmode=transparent

On l’a compris : encore un indispensable de toute discothèque !

Présidentielles

Je viens de terminer deux bouquins, de lire des extraits de plusieurs autres, qui parlent de politique, et comme par hasard de l’élection présidentielle de 2022 (pourquoi, dans la plupart des médias, l’usage systématique du pluriel « élections présidentielles » ? on ne vote que pour un seul président, au contraire des élections municipales, départementales, régionales ou législatives !).

Je vais continuer à m’abstenir d’évoquer ici cette échéance – j’ai failli écrire « déchéance ».

Grâce aux réseaux sociaux, j’en avais suivi pas à pas le projet, puis sa réalisation : Adrien Goetz vient de publier un livre magnifique… et unique.

Cet ouvrage dévoile pour la première fois les restaurations récentes et l’ameublement actuel des résidences présidentielles, du palais de l’Elysée à ces sites mythiques et encore très secrets que sont le pavillon de la Lanterne à Versailles et le fort de Brégançon sur la Côte d’Azur. Lieux de représentation et de retrait, machines de gouvernement et boîtes à secret, décors de réception et de solitude, de cérémonie et d’action, théâtres de la grande et de la petite histoire, ces monuments ont remplacé la galerie des Glaces, ils sont des miroirs qui racontent une histoire de France. C’est là que se déploie aujourd’hui l’excellence des artistes et des artisans travaillant pour le Mobilier national et les manufactures qui perpétuent la grande tradition française des arts décoratifs (Présentation de l’éditeur)

Unique, parce que je ne pense pas qu’il ait d’antécédent ni d’équivalent. Unique aussi par la richesse et la beauté des photographies d’Ambroise Tézenas qui s’attarde sur mille détails ornementaux, nous fait pénétrer dans des lieux, des pièces, qu’on ne voit jamais à la télévision lorsque l’actualité traite de l’activité du président de la République. L’actuel président et son épouse – qui n’est pas pour rien, c’est un euphémisme, dans le grand coup de jeune qui a été donné à l’Elysée – ne sont ni montrés, ni même cités dans cet ouvrage qui n’est pas, ne peut pas être pris pour complaisant à l’égard de l’actuel locataire de ces résidences présidentielles !

Il se trouvera bien quelques grincheux pour trouver un tel ouvrage inutile ou trop cher (65 € ce n’est pas bon marché certes, mais le contenu et la qualité de l’édition les valent). Il y aura probablement beaucoup d’acheteurs attirés par la curiosité – et j’en fais partie ! – Ils découvriront le lien, souvent ignoré ou mésestimé, entre les nécessités de confort et d’adaptation aux fonctions des hôtes de ces lieux, et la promotion, la préservation, de métiers, d’artisanats, le soutien à la création artistique qui résulte des décisions d’aménagement de ces maisons présidentielles.

L’histoire a retenu le rôle de Georges et Claude Pompidou dans la modernisation de la partie privée du palais de l’Elysée. Comme le salon commandée à Pierre Paulin (1927-2008) – j’ai eu le privilège, il y a quelques mois, de saluer sa veuve à Montpellier.

Mobilier contemporain que Valéry Giscard d’Estaing s’était empressé de faire remiser dans les caves du Mobilier National.

Lors d’une cérémonie amicale au ministère de la Culture il y a quelques mois, Roselyne Bachelot n’avait pas été peu fière de nous montrer son bureau de ministre, qui n’est autre que celui que François Mitterrand, président de la République, avait commandé au même Pierre Paulin.

Pour qui s’intéresse à l’Elysée et à ses locataires successifs, un indispensable – actualisé et désormais disponible en poche – dû à mes amis Jacques Santamaria et Patrice Duhamel

Quant à l’auteur de ces Résidences présidentielles, Adrien Goetz, je dois avouer que je l’ai d’abord découvert comme auteur d’intrigues policières qui sont toujours le prétexte à de passionnantes excursions historiques et/ou artistiques.

Le Hollandais royal

On est tombé sur cette « nécro » dans Le Point de cette semaine :

C’est là qu’on mesure les effets de la disparition de celui qui fut la plume musicale de l’hebdomadaire depuis 1976, le très regretté André Tubeuf. Mauvais copié-collé d’une dépêche d’agence, clichés en sus! Mais omettre le coeur de la vie et de la carrière de Bernard Haitink (1929-2021), l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam – il en fut le directeur musical durant 25 ans de 1964 à 1988 – il faut quand même le faire !

On a déjà cité dans l’article Bernard Haitink1929-2021 le beau coffret « symphonique » laissé par le chef hollandais avec « son’ orchestre :

des intégrales des symphonies de Beethoven, Bruckner, Mahler, Schumann, Tchaikovski, excusez du peu, et toujours avec un fabuleux orchestre capté par les ingénieurs du son de Philips dans la glorieuse acoustique de la « maison des concerts » (Concertgebouw) d’Amsterdam.

La radio néerlandaise a publié au fil des ans une série de coffrets de captations « live » de l’orchestre par décennie sous les baguettes les plus prestigieuses qui ont défilé à Amsterdam, ainsi que des anthologies avec leurs directeurs musicaux successifs.

A l’occasion du 125ème anniversaire de sa fondation, l’orchestre royal du Concertgebouw a regroupé ces parutions en deux forts coffrets d’un total de 152 CD, exclusivement constitués de prises de concert ! Voir les détails ici : Concertgebouw Amsterdam 125

C’est dans ces derniers que j’ai recherché des captations qui pouvaient restituer le plus fidèlement l’art de Bernard Haitink.

Tous les admirateurs de Mahler et de Haitink ont depuis longtemps thésaurisé en CD et en DVD ces concerts de Noël :

Il y a assez peu de documents vidéo disponibles des jeunes années de Bernard Haitink, mais dans cette Septième de Beethoven, le chef octogénaire en remontrerait à plus d’un jeune confrère !

Il y a des compositeurs, des oeuvres, que Bernard Haitink a enregistrés tout jeune, mais jamais repris par la suite, comme les 7ème et 8ème symphonies de Dvorak:

ou Haydn :

J’ai déjà évoqué le goût de Haitink pour la musique française. Il faut absolument écouter les Debussy et Ravel gravés à Amsterdam.

Je découvre cette vidéo de la Symphonie fantastique, émouvante bien sûr, parfaitement exécutée, orchestre admirable évidemment, mais il y manque ce grain de folie qui rend l’oeuvre irrésistible.

Je ne résiste pas au plaisir de montrer ce document, vu et revu si souvent, où un Artur Rubinstein de 86 ans joue aux côtés d’un chef tout juste quadragénaire, le concerto qu’il a le plus souvent joué dans sa carrière de concertiste. Histoire de rappeler aussi l’exceptionnel Brahmsien qu’était Haitink.

Saint-Saëns #100 : musique ensemble

Diapason consacre, dans son numéro de novembre, un important dossier à Camille Saint-Saëns, mort il y a un siècle le 16 décembre 1921.

Dans la foulée des articles déjà consacrés au compositeur français (Saint-Säens #100 Les Symphonies, Les Concertos pour piano, L’anthologie Warner), j’aimerais distinguer quelques-uns des trésors, trop rarement joués et enregistrés, de sa musique de chambre. Qui sont bien loin des clichés d’académisme qui s’attachent trop souvent à Saint-Saëns.

Ainsi son unique quatuor avec piano, et son finale presque tzigane

Ainsi son septuor pour trompette, piano et cordes et cet exercice de style fugué :

Ainsi les trois sonates tardives pour bois, données l’été dernier au Festival Radio France, par la fine fleur des jeunes lauréats de concours internationaux.

Et bien sûr quand on pense musique de chambre vient immédiatement à l’esprit l’oeuvre sans doute la plus célèbre de Saint-Saëns, son Carnaval des animaux.



Ne pas oublier que Saint-Saëns est l’auteur de l’une des premières musiques de film L’assassinat du duc de Guise


Je rappelle enfin la très belle anthologie publiée par Warner :

Portrait d’ami

Je voulais le faire au moment où l’on a annoncé la mort de Bernard Haitink. Forumopera m’ayant demandé entre temps de faire le portrait du nouveau directeur général de l‘Opéra Comique, Louis Langrée, je reproduis ici le texte publié ce matin sur le site de Forumopera.

Dans le milieu musical – c’est vrai aussi en politique ! – les mots « ami » et « amitié » sont suspects. C’est fou le nombre d’amis qu’on peut avoir quand on est en position de pouvoir ou d’influence, quant à l’amitié on la sert à peu près à toutes les sauces.

Celui dont on m’a demandé de faire un portrait sensible – le nouveau directeur général de l’Opéra-Comique à Paris – est un ami, un vrai ami. Il ne me doit rien, je ne lui dois rien, sinon une fidélité et une affection à l’épreuve du temps qui a passé et des aventures que nous avons vécues. 
Louis Langrée après un festival Beethoven à Cincinnati © DR

Un jeune chef prometteur

Je connais Louis depuis le mitan des années 90. Je l’avais applaudi au théâtre des Champs-Elysées en 1997, un spectacle de Ursel et Karl-Ernst Herrmann Ombra felice, la même année à Orange dans Lucia di Lammermoor (à la tête du Philharmonique de Radio France), en 1994 dans Les Brigands d’Offenbach à l’Opéra Bastille (tiens une mise en scène de Jérôme Deschamps !). Quand je dis « je connais », j’ai apprécié le chef sur scène ou dans la fosse, et même en 1998 quand France Musique diffuse en direct le spectacle inaugural de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon – où la chaîne musicale de Radio France vient de passer une semaine de directs de l’amphithéâtre (Stéphane Degout, Karine Deshayes ou Stéphanie d’Oustrac s’en souviennent) – c’est Ariane et Barbe-Bleue de Dukas (tiens un opéra français !) où brillent Françoise Pollet et Nadine Denize, je n’ai fait que saluer poliment le maître d’œuvre de la soirée dans le foyer archi-comble de l’opéra Nouvel.

De Lyon à Liège

En octobre 1999 je suis nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège, en quête d’un directeur musical qui puisse remplacer Pierre Bartholomée parti avec fracas au printemps. Le 1er septembre Langrée a démissionné de Lyon. J’ai l’idée que peut-être il pourrait, à 38 ans, incarner le renouveau dont Liège a besoin. Je prends contact avec lui, et le train pour Lyon dans les froidures de décembre. Je vois une superbe production de La Bohème, simple et bouleversante mise en scène de Philippe Sireuil, un ténor qui fera parler de lui, Rolando Villazón, et dans la fosse un chef qui a tout compris de la sensualité de l’orchestre puccinien. Il est très tard, presque minuit, lorsque nous partons dîner. C’est la première fois – mais pas la dernière ! – que je rencontre Louis Langrée en tête à tête. Les heures qui vont suivre jusqu’au cœur de la nuit seront regrets, confidences, amertume, et je serai l’inconnu à qui on peut tout dire sans crainte de représailles ou de reproches. J’oserai Juste quelques minutes évoquer Liège et mon projet. Il ne dit pas non : « Il faut qu’on se revoie ».

En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre. Ce soir-là je cède aux sortilèges de Maeterlinck et Debussy. Le lendemain, Louis Langrée remplace Armin Jordan, qu’on dit à l’article de la mort (une visite à l’hôpital cantonal de Genève me rassurera) à la tête du même OSR : symphonie concertante de Haydn et surtout La Voix humaine de Felicity Lott. Une journaliste amie écrira : « On a repéré dans la salle JPR peut-être en quête d’un chef pour Liège ». Bien vu.

Louis Langrée inaugure son mandat de directeur musical de l’OPL en septembre 2001, le surlendemain des attentats aux Etats-Unis. Sa soliste est Alexia Cousin. Jusqu’à son brutal retrait en 2005, Alexia sera de presque toutes les aventures de Louis Langrée et des Liégeois, jusqu’à l’enregistrement d’un disque jamais achevé, jamais publié. En cinq ans de mandat, le choix de ses solistes vocaux sera la signature d’un chef qui n’a jamais cessé d’aimer et de servir l’opéra, notamment à Glyndebourne où je le verrai diriger successivement Don Giovanni, Cosi fan tutte, FIdelio. A Liège défileront Sophie Karthäuser, Céline Scheen, Sara Mingardo, David Wilson-Johnson, Werner Güra, Reinhard Hagen, j’en oublie… 
Alexia Cousin et Louis Langrée à Liège (festival Beethoven 2004) © DR

Quarante roses rouges

Le 11 janvier 2001, j’avais fait livrer quarante roses rouges au domicile parisien de Louis Langrée, hommage d’un capricorne (natif du 26 décembre) à un autre capricorne. Je me fiche comme d’une guigne de l’astrologie, mais si je cite cette proximité « astrale » entre Louis et moi, c’est qu’elle n’a pas été sans conséquence sur notre compagnonnage professionel. Ce n’est pas un cliché que de dire que les natifs de ce signe sont taiseux, timides (eh oui !), pudiques, parfois incapables de manifester sentiments ou émotions, et que le non-dit tient parfois plus de place que l’exprimé. Les cinq ans de mandat de Louis Langrée à Liège n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille, même si ces « années Langrée » (2001-2006) apparaissent rétrospectivement comme un âge d’or pour la phalange belge.  


En novembre 2001, avec Armin Jordan et Martha Argerich à Liège ©​ DR 

La crise lyonnaise avait déjà révélé un aspect de la personnalité du chef alsacien  (aspect qui va lui être extrêmement utile dans son nouveau poste !) : il n’aime pas partager le pouvoir artistique. Il sait ce qu’il veut, quitte à réfléchir longuement, trop longuement parfois, mais quand il décide quels ouvrages ou programmes il veut diriger (ou pas), quand il choisit les musiciens, les artistes dont il souhaite s’entourer, il n’aime pas que, dans son dos, on contrecarre ou déforme ses idées. Dans la vie d’un orchestre comme Liège, le directeur général et son équipe font tourner la boutique, le directeur musical est souvent loin – les outils de télétravail, les réseaux sociaux n’existaient pas il y a vingt ans ! – concentré sur des répétitions d’un opéra, ou tout simplement difficilement joignable à cause du décalage horaire, Le malentendu, l’erreur d’interprétation d’une réponse ou d’une absence de réponse, bref les embrouilllaminis sont toujours possibles. Surtout quand au lieu d’exploser une bonne fois, les conflits, si conflit il y a, sont rentrés, ruminés, disproportionnés. 

Tout cela n’est rien en regard des projets, souvent fous, joyeux, impossibles, que nous avons montés ensemble, ces festivals de mi-saison à Liège qui sont restés dans les mémoires (Beethoven en 2004, Debussy et le symbolisme en 2005, toute une semaine Mozart en janvier 2006, l’inauguration des grandes orgues restaurées de la Salle philharmonique de Liège). Déjà à l’époque, sans le savoir ou sans le dire, nous pratiquions le « croisement des disciplines et des formats artistiques, avec l’idée de « pléiades » déployant une offre plurielle autour d’un même ouvrage » comme le précisait le communiqué de Roselyne Bachelot. Et ces tournées en Espagne, en Allemagne, en Suisse, cette première fois pour l’OPL et Louis Langrée au Musikverein de Vienne en 2005, ce retour au Théâtre des Champs-Elysées en 2004. 

Le projet Pelléas

Louis Langrée aurait pu accepter quantité d’invitations prestigieuses, à la tête de grands orchestres, ou dans des festivals reconnus. Quand il a dirigé à Glyndebourne, Aix, Vienne, New York, Berlin ou Dresde, c’était parce qu’il savait qu’il pourrait donner et tirer le meilleur des ouvrages, des distributions qu’on lui proposait.    

Très emblématique de cette attitude, la dernière collaboration que j’ai pu établir avec le chef : comme directeur de la musique de Radio France (2014-2015), je tenais à ce que l’Orchestre national de France revienne à sa vocation de défense et illustration de la musique française et surtout fasse une large place à des chefs français pour la plupart installés à l’étranger (on en comptera huit – un record absolu ! – au cours de la saison 2016/2017). Louis Langrée était au premier rang de ces chefs, mais lorsque je lui proposai de diriger l’ONF, d’abord parce que Michel Frank le souhaitait pour le Pelléas qu’il avait prévu au théâtre des Champs-Elysées (dans la mise en scène d’Eric Ruf), il me répondit immédiatement : « OK pour Pelléas, mais imaginons un vrai projet (comme nous l’avions fait à Liège) qui mobilise ce que Radio France sait faire de mieux ». Finalement, après bien des valses-hésitations en interne, la présence de Louis Langrée au printemps 2017 à Radio France à la tête de l’Orchestre national se traduisit par le Pelléas au TCE, un concert à l’Auditorium (Beethoven 4e concerto avec Nelson Freire, Pelléas et Mélisande de Schoenberg) et l’enregistrement pour France Culture de la musique de scène de Fauré pour la pièce de Maeterlinck !. 

Quinze ans après

Le départ de Louis Langrée de Liège aurait pu marquer la fin de l’histoire, la relégation de son quinquennat au rang des souvenirs. Mais l’amitié née de cette aventure commune ne pouvait pas disparaître, elle a, au contraire, profité de la dissolution du lien hiérarchique pour s’épanouir. Langrée est revenu à quelques belles occasions à Liège (une tournée en 2007 en Espagne), les 50 ans de l’orchestre en décembre 2010.


En décembre 2010 trois chefs réunis pour les 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège : Louis Langrée, Pierre Bartholomée, Pascal Rophé ©​ DR

Et puis je l’ai suivi, à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker en janvier 2011 – c’était le retour au concert de Rolando Villazón – fidélité on vous dit !, à Berlin en 2014 avec les Philharmoniker pour un programme tout Mozart, à l’Opéra de Vienne pour sa première Bohèmechez Dominique Meyer. Et encore à Londres, à New York, à Aix (Don Giovanni 2010, Traviata 2011), à Paris enfin, les quatre ouvrages donnés à l’Opéra-Comique (Pelléas, Fortunio, Le Comte Ory, Hamlet) et les quelques – trop rares – concerts qu’il y a dirigés, avec l’Orchestre de Paris, l’Orchestre des Champs-Elysées et Cincinnati !

Je ne peux ni ne veux tout citer, les longs coups de téléphone, les déjeuners parisiens, les moments passés en famille, les fous rires, les silences, tout ce qui ne se raconte pas et qui relève de l’amitié. 

Retour d’Amérique

L’un des nombreux articles qui ont salué la nomination de Langrée a justement relevé que la longue expérience américaine de l’actuel chef de Cincinnati lui serait très précieuse pour diriger l’Opéra-Comique. D’abord comme patron – depuis 2003 ! – du seul festival estival d’envergure de New York, le Mostly Mozart Festival, puis, depuis 2013 à Cincinnati, dans un pays où la subvention publique est l’exception, le « music director » doit consacrer une très grande part de son énergie et de son temps à convaincre publics et mécènes de la pertinence de son projet et de son action. Sinon les meilleures idées restent lettre morte. Pendant la crise sanitaire, Cincinnati a fait figure de valeureuse exception, grâce à l’inflexible ténacité de Langrée. Pas de licenciements, des captations sans public dès que la présence des musiciens dans le Music Hall fut de nouveau possible. 

Oui c’est bien « the right man at the right place » !

Je ne veux pas voir un hasard dans le fait qu’il succède à Jerôme Deschamps – avec qui les collaborations furent si fructueuses depuis Les Brigands à Bastille en 1993 – et à Olivier Mantei qui l’admire et l’a invité chaque saison depuis 2015. On souhaite seulement à Louis Langrée et à son équipe de ne pas être happés, détournés de leur projet, par les contraintes administratives qui s’attachent à toutes les institutions culturelles subventionnées en France. 

@Forumopera.com

Pour tous ceux qui veulent mieux connaître Louis Langrée « en action », voir son rapport avec les musiciens, le public, et apercevoir quelques très rares prises de vues d’Alexia Cousin par exemple, je recommande une fois de plus ce documentaire publié en 2006 à la fin du mandat de Louis Langrée à Liège :

Bernard Haitink 1929-2021

J’avais prévu ce matin de dire la joie que j’ai éprouvée hier à l’annonce de la nomination de Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique à Paris. Une autre annonce, cette nuit, m’oblige à reporter cet article. Bernard Haitink est mort à Londres, à 92 ans.

Dernier concert

Voici ce que j’écrivais le 18 novembre 2016 après le dernier concert que le chef hollandais avait dirigé à la tête de l’Orchestre National de France à l’auditorium de Radio France :

« Ils ne sont plus si nombreux les grands chefs d’une génération qui a vu disparaître, en quelques mois, Neville Marriner, Claudio Abbado, Pierre Boulez. C’est dire si la présence de Bernard Haitink  (87 ans) au pupitre de l’Orchestre National de France fait figure d’événement.

Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloria de Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.

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L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.

En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouw, respect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viotti et Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu… »

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J’étais allé saluer Bernard Haitink dans sa loge du Théâtre des Champs-Elysées en février 2015 lorsqu’il y avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner, toujours à la tête de l’Orchestre National. Je dois à l’honnêteté de dire que je n’avais pas été convaincu par cette lecture (en tout cas loin de ses réussites au disque), j’avais trouvé un monsieur modeste, timide presque, fatigué..

Un Pelléas inattendu

Les souvenirs se bousculent (lire : Bernard et Roméo, Concertgebouw 125, ), l’un me revient en particulier. En 1998, nous réfléchissions à organiser une série de concerts des formations de Radio France et d’émissions de France Musique autour de la figure et de l’oeuvre de Debussy. Le regretté Dominique Jameux avait été chargé de mettre en oeuvre cet ambitieux projet, au coeur duquel figurait évidemment l’unique opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande. Il avait pris contact avec plusieurs chefs (Boulez, Gielen) qui avaient décliné l’offre pour des raisons d’agenda. Lors d’une réunion, j’évoquai le nom de Bernard Haitink, dont j’admirais depuis longtemps les enregistrements de musique française avec le Concertgebouw. Interrogé, le chef répondit positivement et avec beaucoup d’enthousiasme, heureux de pouvoir enfin diriger un ouvrage qui le fascinait. Cela donnera, en 2000, une version de concert unanimement louée

et en 2007, toujours au Théâtre des Champs-Elysées, un Pelléas dans la mise en scène diversement appréciée de Jean-Louis Martinoty et sous la direction une fois de plus remarquée de Bernard Haitink (lire Pelléas à la peine / Le Monde).

Je reviendrai plus longuement sur la discographie, heureusement abondante, du chef disparu. On peut déjà se faire une vaste idée de l’art de Bernard Haitink avec ces deux coffrets :

Ils aiment Brahms

L’actualité du disque réserve parfois des surprises. En ce mois d’octobre, pas moins de trois nouveautés avec la même 3ème sonate pour piano de Brahms. Par trois jeunes – et très talentueux – pianistes français ! Alexandre Kantorow chez BIS, Jonathan Fournel, lauréat acclamé du dernier concours Reine Elisabeth de Belgique, chez Alpha, et Adam Laloum chez Harmonia Lundi.

Cette épidémie de « brahmsite » dans la jeune génération a de quoi surprendre, quand on sait que Brahms fut très longtemps ignoré par les pianistes français. Quand Marie-Josèphe Jude réalisa dans les années 90 une intégrale du piano de Brahms, elle était bien seule dans un paysage dominé évidemment par les interprètes germaniques ou nourris aux sources du romantisme allemand. Puis François-Frédéric Guy grava les trois sonates, et Geoffroy Couteau acheva, il y a peu, sa propre intégrale.

L’attrait pour la 3ème sonate tient-il à l’âge du compositeur au moment de son écriture ? C’est un jeune homme de 20 ans – et pas le vieillard barbu et rondouillard si souvent représenté – qui achève à l’été 1853 la troisième et dernière de ses sonates pour piano.

Cinq mouvements (allegro maestoso, andante, scherzo, intermezzo, allegro moderato ma rubato) une durée inhabituelle de 40 minutes, et cette exergue devant le deuxième mouvement :

« Der Abend dämmert, das Mondlicht scheint / Da sind zwei Herzen in Liebe vereint / Und halten sich selig umfangen » (« Le soir tombe, la Lune brille / Ici, deux cœurs amoureux sont unis / et s’enlacent, bienheureux. »).

Des vers tirés du recueil « Die junge Liebe » de Sternau, le nom de plume d’Otto Julius Inkermann (1823-1862)

Le disque de Jonathan Fournel comprend aussi les Variations sur un thème de Haendel, que le pianiste français avait offertes au jury et au public du concours Reine Elisabeth.

Je suis impatient de découvrir ces nouveautés. Je garde une grande tendresse pour les deux versions que Nelson Freire a gravées :

Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano

J’ai commencé cette série consacrée à Camille Saint-Saëns – dont on commémore le centenaire de la mort – par ses symphonies : Saint-Saëns #100 Les Symphonies, à l’occasion de la publication d’une formidable intégrale due à Jean-Jacques Kantorow et à l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Le grand violoniste et chef d’orchestre était jeudi soir à l’Auditorium de Radio France pour écouter un pianiste qu’il connaît bien, son propre fils, Alexandre, dans le 5ème concerto pour piano, dit « L’Egyptien », de Saint-Saëns.

L’Orchestre national de France était dirigé par Kazuki Yamada, qui remplaçait Cristian Macelaru empêché.

Je ne dirais pas mieux qu’Alain Lompech, présent quelques rangs derrière moi, qui écrit ceci sur Bachtrack : Et « L’Egyptien » de Saint-Saëns ? Alexandre Kantorow en aura été le patron. Son piano est d’une précision aussi hallucinante qu’elle est au service d’un propos plein d’esprit et pur de toute volonté de paraître. Son jeu est tout de grâce et d’élégance, d’une telle variété d’attaques et de nuances et d’une telle puissance de pensée que l’orchestre et le chef sont à son écoute. La façon virevoltante dont il joue les traits les plus véloces, tout comme sa façon de prendre un tempo un peu rapide dans le fameux thème andalou du deuxième mouvement sont irrésistibles au moins autant que sa virtuosité incandescente et joueuse dans la toccata conclusive. Triomphe. Il revient jouer la Première Ballade de Brahms avec le son transparent et timbré du jeune Horowitz ou mieux encore de Michelangeli en public dont le clavier donnait l’impression de faire 20 centimètres de profondeur, comme celui de Kantorow ce soir ! Triomphe encore. Tiens ? Il revient avec son iPad pour un second bis, ce qui est rare après un concerto. Et là – le traître ! –, joue la Cancion n° 6 de Mompou. Trois accords : les lunettes s’embuent. On est au-delà de l’exprimable, dans des sphères de la conscience de chacun auxquelles seuls quelques rares élus se connectent. Kantorow est l’un d’eux« 

On peut (on doit !) réécouter Alexandre Kantorow sur francemusique.fr (à partir de 18’30 »)

Et bien sûr acquérir la nouvelle référence discographique des trois derniers concertos, enregistrée il ya deux ans, par le père et le fils :

Intégrales

Jadis rares, les intégrales des 5 concertos pour piano de Saint-Saëns se sont multipliées ces dernières années, intégrales inégales, pas toujours bien enregistrées (Ciccolini/Baudo, Entremont/Plasson). Trois me semblent sortir du lot :

Souvent citée la pianiste française Jeanne-Marie Darré (1904-1999) reste une référence avec cette intégrale réalisée avec Louis Fourestier et l’orchestre national entre 1955 et 1957. Ou quand chic et virtuosité font bon ménage !
Autre intégrale sortie vainqueur d’une écoute comparée (dans Disques en lice, la « tribune » de la Radio suisse romande), Jean-Philippe Collard et André Previn dirigeant le Royal Philharmonic de Londres

Moins connue peut-être, mais passionnante, la vision du pianiste anglais Stephen Hough accompagné par Sakari Oramo et l’orchestre de Birmingham (Hyperion)

L’esprit de Saint-Saëns

Je pourrais citer bien d’autres versions intéressantes. Quelques-uns de mes choix de coeur.

Pour le 2ème concerto

Artur Rubinstein avait tout compris de l’esprit du 2ème concerto. Ma version de chevet.

Peut-on trouver plus émouvant que cette ultime captation d’une oeuvre que le pianiste a jouée durant toute sa carrière, ici au soir de sa vie avec André Previn au pupitre de l’orchestre symphonique de Londres ?

Autre version sortie largement en tête d’une Table d’écoute sur Musiq3 (RTBF), le tout premier disque de concertos de Benjamin Grosvenor. Le tout jeune pianiste anglais y fait preuve d’une inventivité, d’un esprit ludique, qui nous fait redécouvrir littéralement une oeuvre qu’on croyait bien connaître.

Pour les 2 et 5

Je n’oublie pas l’excellent Bertrand Chamayou, plusieurs fois entendu au concert – l’Egyptien au Festival Radio France à Montpellier en 2016, en 2017 à Paris avec Emmanuel Krivine…

Rareté

On ne peut pas dire que le Quatrième concerto de Saint-Saëns soit souvent à l’affiche du concert. Je ne l’ai personnellement jamais entendu « live » ! C’est dire si la version qu’en ont laissée Robert Casadesus et Leonard Bernstein est précieuse

Sous les pavés la musique (IX) : Igor Markevitch la collection Philips

C’était annoncé depuis l’été (lire Igor Markevitch et la zarzuela), attendu avec impatience. Deux coffrets reprenant les disques gravés par Igor Markevitch (1912-1983) pour Philips et pour Deutsche Grammophon.

C’est peu dire qu’on est comblé par le travail, une fois de plus remarquable, que le responsable de la collection Eloquence, Cyrus Meher-Homji a effectué d’abord pour rassembler l’intégralité des enregistrements réalisés par le chef d’origine russe pour le label hollandais Philips, et restaurer (« remasteriser » dit-on maintenant) les bandes d’origine, le plus spectaculaire étant la véritable résurrection des captations moscovites de 1962 (cf.ci-dessous)

Le « nettoyage » des bandes a aussi pour effet secondaire de rendre plus audibles les sonorités parfois crues de certaines phalanges – on a tant perdu l’habitude des saveurs parfois acidulées des bois français dans l’orchestre Lamoureux du début des années 60 ! – et, pour ce qui est des troupes espagnoles, chanteurs et orchestre, de défauts d’intonation et de justesse qui ne doivent pas cependant nous faire regretter de disposer enfin de ce patrimoine inattendu de la part de Markevitch.

CD 1
FRANZ JOSEPH HAYDN (1732–1809)
1–4 Symphony No. 103 in E flat major, H.I:103 ‘Drum Roll’*
5–8 Symphony No. 104 in D major, H.I:104 ‘London’*
Orchestre des Concerts Lamoureux

CARL MARIA VON WEBER (1786–1826)
9 Preciosa – Overture, Op. 78, J.279
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 2
WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756–1791)
1–3 Piano Concerto No. 20 in D minor, KV 466
4–6  Piano Concerto No. 24 in C minor, KV 491
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 3
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 1 in C major, Op. 21*
5–8  Symphony No. 5 in C minor, Op. 67*
9–12 Symphony No. 8 in F major, Op. 93*
Orchestre des Concerts Lamoureux
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 4
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–4 Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ‘Choral’*
Hilde Gueden, soprano
Aafje Heynis, contralto
Fritz Uhl, tenor
Heinz Rehfuss, baritone
Oratorienchor Karlsruhe
Orchestre des Concerts Lamoureux

*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 5
LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827)
1–3 Piano Concerto No. 3 in C minor, Op. 37

FRÉDÉRIC CHOPIN
 (1810–1849)
4–6 Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 6
ALBAN BERG (1885–1935)
1–2 Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’
Arthur Grumiaux, violin
Concertgebouworkest

JOHANNES BRAHMS (1833–1897)
3 Tragic Overture, Op. 81
4 Alto Rhapsody, Op. 53

ZOLTÁN KODÁLY (1882–1967)
5 Psalmus Hungaricus, Op. 13
Irina Arkhipova, contralto (Alto Rhapsody)
Róbert Ilosfalvy, tenor (Psalmus Hungaricus)
Russian State Academy Choir
USSR State Symphony Orchestra

CD 7
GEORGES BIZET (1838–1875)
1–5 Carmen – Suite No. 1
6–10 Carmen – Suite No. 2
11–14 L’Arlésienne – Suite No. 1
15–17 L’Arlésienne – Suite No. 2
Orchestre des Concerts Lamoureux

CD 8
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 1 in G minor, Op. 13, TH.24 ‘Winter Daydreams’
5–8 Symphony No. 2 in C minor, Op. 17, TH.25 ‘Little Russian’
London Symphony Orchestra

CD 9
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–5 Symphony No. 3 in D major, Op. 29, TH.26 ‘Polish’
London Symphony Orchestra
6 Francesca da Rimini, Op. 32, TH.46
New Philharmonia Orchestra

CD 10
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 4 in F minor, Op. 36, TH.27
5 Hamlet, Op. 67
London Symphony Orchestra
New Philharmonia Orchestra

CD 11
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 5 in E minor, Op. 64, TH.29
London Symphony Orchestra

CD 12
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Symphony No. 6 in B minor, Op. 74, TH.30 ‘Pathétique’
London Symphony Orchestra

CD 13
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1–4 Manfred Symphony, Op. 58, TH.28
London Symphony Orchestra

CD 14
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
1–5 Capriccio Espagnol, Op. 34
6–9 Scheherazade, Op. 35
Erich Gruenberg, solo violin
London Symphony Orchestra

CD 15
PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893)
1 Ouverture solennelle ‘1812,’ Op. 49

NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908)
2 Russian Easter Festival, Overture, Op. 36

ALEXANDER BORODIN (1833–1887)
3 Polovtsian Dances (from Prince Igor)
Netherlands Radio Chorus (Borodin)
Concertgebouworkest

CD 16
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–10 Apollon musagète (1947 version)
11–14 Suite No. 1 for Small Orchestra
15–18 Suite No. 2 for Small Orchestra
19–22 Four Norwegian Moods
23 Circus Polka for a Young Elephant
London Symphony Orchestra

CD 17
IGOR STRAVINSKY (1882–1971)
1–24 L’Histoire du Soldat
Jean Cocteau, Jean-Marie Fertey, Peter Ustinov, narrators
Manoug Parikian, violin
Joachim Gut, double bass
Ulysse Delécluse, clarinet · Henri Helaerts, bassoon
Maurice André, trumpet · Roland Schnorkh, trombone
Charles Peschier, percussion

25–27 Symphonie de Psaumes
Boys’ and Male Voices of the Russian State Academic Choir
Russian State Academy Orchestra

CD 18
MODEST MUSSORGSKY (1839–1881)
Orch. Markevitch
1 Cradle Song
2 The Magpie
3 Night
4 Where art thou, little star?
5 The Ragamuffin
6 On The Dnieper
Galina Vishnevskaya, soprano

NIKOLAI TCHEREPNIN (1873–1945)
7–13 Tàti-Tàti*
Olga Rostropovich, piano

LEOPOLD MOZART (1719–1787)
14–16 Toy Symphony (Cassation in G major for Orchestra and Toys)°

GEORGES BIZET (1838–1875)
17–21 Jeux d’enfants – Petite Suite, Op. 22°
Children’s Ensemble of the Moscow School of Music (Toy Symphony)
USSR State Symphony Orchestra

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 19
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
1 La forza del destino – Sinfonia
2 Macbeth – Ballet Music (Act III)
3 La traviata – Prelude (Act I)
4 Luisa Miller – Overture
5 Aida – Overture
6 Giovanna d’Arco – Overture
7 La traviata – Prelude (Act III)
8 I vespri siciliani – Overture
New Philharmonia Orchestra

Messa da Requiem*
beginning
9–10 Requiem et Kyrie

CD 20
GIUSEPPE VERDI (1813–1901)
1–19 Messa da Requiem*
conclusion
Galina Vishnevskaya, soprano
Nina Isakova, mezzo-soprano
Vladimir Ivanovsky, tenor
Ivan Petrov, bass
Russian State Academy Choir
Moscow Philharmonic Orchestra

*FIRST STEREO CD RELEASE ON CD

CD 21
FEDERICO MOMPOU (1893–1987)
1–8 Los Improperios
Peter Christoph Runge, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
9 Ave Maria
10 Vexilla regis
Escolania de nuestra Señora del Buen Retiro
César Sanchez, Maestro de la Escolanía
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

PADRE JAIME FERRER (1762–1824)
11–16 Lamentación 1a
Ángeles Chamorro, soprano
Norma Lerer, contralto
Julian Molina, tenor
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española

CD 22
TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611)
1–8 Magnificat primi toni
Coro de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ÓSCAR ESPLÁ Y TRIAY (1886–1976)
9–12 De Profundis
Ángeles Chamorro, soprano
Ines Rivadeneyra, mezzo-soprano
Carlo del Monte, tenor
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
13 Canticum in P.P. Johannem XXIII*

IGNACIO RAMONEDA (1735–1781)
14 Veni Creator*
Ángeles Chamorro, soprano
Antonio Blancas, baritone
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

*FIRST CD RELEASE ON DECCA

CD 23
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–7 Siete Canciones populares españolas*
Orchestrated by Igor Markevitch

ISAAC ALBÉNIZ (1860–1909)
8 Catalonia°

ERNESTO HALFFTER (1905–1989)
9 Fanfare (a la memoria de Enrique Granados)*

ENRIQUE GRANADOS (1867–1916)
10 Spanish Dance, Op. 37 No. 9 ‘Romantica’°
11 Spanish Dance, Op. 37 No. 4 ‘Villanesca’°
12 Intermezzo (from Goyescas)°
13 Zapateado (from Six Pieces on Spanish Folksongs)°
14 Spanish Dance, Op. 37 No. 8 ‘Asturiana’°
Ángeles Chamorro, soprano (Falla)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

*FIRST CD RELEASE ON DECCA
°FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA

CD 24
MANUEL DE FALLA (1876–1946)
1–3 Noches en los jardines de España
Clara Haskil, piano
Orchestre des Concerts Lamoureux

4–16 El amor brujo

EMMANUEL CHABRIER (1841–1894)
17 España – rapsodie pour orchestre

MAURICE RAVEL (1875–1937)
18 Boléro
Ines Rivadeneyra, contralto (El amor brujo)
Orquesta Sinfónica de la RTV Española

CD 25
ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA
*
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
1–3 La Tempranica (excerpts)

AMADEO VIVES (1871–1932)
4–5 Doña Francisquita (excerpts)

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
6 El baile de Luis Alonso: Intermedio

VICENTE LLEÓ BALBASTRE (1870–1922)
7 La corte de Faraón: Son las mujeres de Babilonia – ¡Ay ba!

PABLO LUNA (1879–1942)
8–10 El Niño Judio (excerpts)

TOMÁS BRETÓN (1850–1923)
11–13 La Verbena de la Paloma (excerpts)
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Angel Custodio, Gregorio Gil, Carlo del Monte, tenors
Rafael Enderis, baritone
Julio Catania, Jesus Coiras, José Granados, Antonio Lagar, José Le Matt, basses
Coro y Orquesta Sinfónica de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

CD 26
MANUEL PENELLA (1880–1939)
1 El Gato Montés: Pasadoble

FRANCISCO ALONSO (1887–1948)
2 La Calesera: Dice el Rey que le debe guardar

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
3–4 La Revoltosa (excerpts)

FEDERICO CHUECA (1846–1908)
5 Agua, Azucarillos y Aguardiente: Vivimos en la Ronda de Embajadores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
6 La Tempranica: Zapateado
7 La boda de Luis Alonso: Intermedio

RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909)
8 El tambor de Granaderos: Preludio

FRANCISCO ASENJO BARBIERI (1823–1894)
9–11 El barberillo de Lavapiés (excerpts)

RUPERTO CHAPI Y LORENTE (1851–1909)
12 El Rey que Rabio: Coro de doctores

GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923)
13 Enseñanza Libre: Gavota

MANUEL FERNANDEZ-CABALLERO (1835–1906)
14 Gigantes y Cabezudos: Jota
Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto
Carlo del Monte, José Antonio Viñe, tenors · Antonio Lagar, bass
Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
Alberto Blancafort, chorus master

IGOR MARKEVITCH
*FIRST COMPLETE RELEASE ON CD OF ‘ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA’

STEREO RECORDINGS

On attend maintenant avec autant d’impatience le coffret Eloquence Deutsche Grammophon !