Saint-Saëns #100 : bouquet final

L’Orchestre national de France et son chef Cristian Măcelaru – ainsi que le Choeur de Radio France – ont bien fait les choses pour commémorer le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns : ce soir à 20h à l’auditorium de Radio France, en direct sur France Musique, ils donnent du très connu – la Troisième symphonie avec orgue – Olivier Latry étant à la console des grandes orgues de l’auditorium – et de l’inconnu, le Requiem, composé en huit jours à Berne , dédié à un généreux donateur, Albert Libon, et créé le 22 mai 1878 à l’église Saint-Sulpice de Paris.

Pour notre part, nous allons clore ici une série commencée en septembre dernier (Saint-Saëns #100) avec quelques pépites discographiques (qui s’ajoutent à toutes celles qu’on a dénombrées dans les articles précédents !)

Avec ou sans S ?

Mais d’abord une interrogation musicologique et linguistique de la plus haute importance : faut-il ou non prononcer le « s » final du nom Saint-Saëns ? Aujourd’hui tout le monde prononce « sens », et pas « cent ». Pourtant le propre père de Camille tenait, semble-t-il, à ce qu’on ne prononçât point cette finale. À cause de l’histoire !

La très jolie petite ville normande de Saint-Saëns, aujourd’hui située en Seine-Maritime, doit son nom au moine irlandais Saen (en gaélique ancien, il correspond au prénom « Jean ») qui, vers l’an 675, fonda un monastère sur les rives de la Varenne, en lisière de la forêt d’Eawy, d’où naquit le bourg qui porte depuis son nom. Le « S » final est une adjonction récente apparue au XVIIème siècle. Et malgré ladite adjonction, jusqu’au XIXème siècle, on a continué de dire « cent », et non « sens ».

Le Carnaval de Karl B.

Pour être inattendue, cette version n’en est pas moins ma préférée, et Dieu sait s’il y a d’excellentes versions du Carnaval des animaux.

Oui Karl Böhm lui-même n’a pas craint d’enregistrer avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, la version de référence de cette plaisanterie musicale, de même qu’un fantastique Pierre et le Loup de Prokofiev.

Le récitant de la version française est Jean Richard.

Dans la monumentale réédition des enregistrements symphoniques de Karl Böhm chez Deutsche Grammophon, on a laissé deux versions, en anglais, et en allemand – c’est le fils du chef d’orchestre, l’acteur Karlheinz Böhm (1928-2014), qui en est le récitant. Mais pas de version française, ou, ce qui eût été infiniment préférable, SANS récitant !

Du violoncelle à la trompette

J’ai encore un souvenir merveilleux de ma rencontre avec le trompettiste russe prodige Sergei Nakariakov – 44 ans aujourd’hui ! -. J’avais ses disques, je savais qu’il était fabuleusement doué, mais je ne l’avais jamais entendu en concert jusqu’à ces jours d’août 2008 où il avait été pressenti par les organisateurs locaux de la tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud. Il devait jouer une fois à Rio de Janeiro, une autre fois à Rosario, la troisième ville d’Argentine au nord-ouest de Buenos Aires. Nous fîmes route ensemble de Buenos Aires à Rosario – où il devait jouer le concerto pour trompette de Hummel, un grand classique – mais Sergei ne me parla que musique contemporaine, création, nouveaux répertoires. C’est au cours de ce trajet qu’il me fit entendre un extrait d’une oeuvre nouvelle, à lui dédiée, Ad Absurdum de Jörg Widmann. Je décidai de la programmer dès que possible à Liège, j’en parlai à François-Xavier Roth qui devait prendre la direction musicale de l’orchestre à l’automne 2009, et Nakariakov offrit aux publics de Liège et Bruxelles une version… soufflante de ce petit chef-d’oeuvre du surdoué Jörg Widmann.

Mais Sergei me parla aussi beaucoup de ses transcriptions d’oeuvres, de concertos écrits pour d’autres instruments. Dans le coffret anthologie publié par Warner (lire L’indispensable anthologie), il y a une version aussi réussie qu’inattendue du 1er concerto pour violoncelle de Saint-Saëns, mais aussi joué à la trompette !

Transcriptions

Le grand pianiste américain Earl Wild (1915-2010), outre ses dons de virtuose, était un transcripteur forcené. C’est à lui qu’on doit par exemple cette version pour le piano du poème symphonique Le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns

J’en profite pour signaler une version peu connue du très connu Deuxième concerto pour piano due à Earl Wild :

Valses

Etonnamment, le virtuose qu’était Saint-Saëns a relativement peu écrit pour le piano solo, et pas de pièces d’importance. Il est d’autant plus émouvant de le retrouver jouant sa Valse mignonne, filmé par Sacha Guitry en 1914 (Saint-Saëns avait encore de sacrés doigts sept ans avant sa mort !)

Bertrand Chamayou donne la référence moderne de la Valse nonchalante

Une valse gaie ? La voici sous les doigts de François-René Duchâble (un enregistrement qu’on a retrouvé avec bonheur dans l’anthologie Warner)

Disques fantômes

Ceux qui me suivent savent que je reste attaché au disque « physique », même si je suis abonné à un site – très bien fait – de téléchargement essentiellement classique. Je rationalise ma discothèque en me séparant de CD isolés – sauf lorsqu’ils présentent un intérêt documentaire particulier – au profit de coffrets récapitulatifs (cf. La quarantaine rugissante, Réévaluation).

Mais on observe depuis quelques mois un phénomène très particulier : des coffrets annoncés… qui ne paraissent jamais.

Jessye et soeur Anne

Ainsi on avait repéré, et commandé, il y a plusieurs mois, ce coffret très attendu, l’intégrale des récitals « studio » de Jessye Norman, disparue le 30 septembre 2019.

Tel la Soeur Anne de Barbe-Bleue de Charles Perrault, on n’a jamais rien vu venir. la Fnac annonce fièrement une livraison sous quelques jours… tandis que d’autres sites plus sérieux (?) évoquent une parution le 31 décembre… 2022 ! Chiche ! mais on doute franchement que le produit même ait été fabriqué ou soit même en cours de fabrication…

Ansermet ou l’Arlésienne

En novembre 2018, à l’occasion du centenaire de la fondation de l’Orchestre de la Suisse romande, j’annonçais une monumentale édition Decca du considérable legs discographique d’Ernest Ansermet. Prévue pour commémorer les cinquante ans de la mort du fondateur de l’orchestre, disparu en février 1969. Depuis lors, plus de nouvelles.

Entre temps Scribendum (voir Krips le Viennois) semble avoir comblé la « défaillance » de Decca, en rééditant les enregistrements libres de droits (avant 1963)

Mais, tout espoir n’étant pas perdu, j’ai trouvé sur un site allemand – jpc.de – l’annonce d’un coffret Ernest Ansermet : The Stereo years (Decca Edition) avec une date précise de parution : 18 février 2022.

A côté de ces coffrets fantômes, on peut s’interroger sur la pertinence de certaines rééditions, destinées paraît-il au marché japonais. Il y a quelques mois, une intégrale vraiment intégrale du vénérable Jean-François Paillard (1928-2013) dont on ne peut pas nier le rôle dans la redécouverte de certains répertoires baroques, mais dont on a peine à mesurer l’intérêt discographique.

Le coffret en question est déjà devenu « collector »…

Tout aussi inutile un coffret aperçu l’autre jour dans une Fnac, l’intégrale des enregistrements du flûtiste Jean-Pierre Rampal (1922-2000) pour Sony, autrement dit les dernières années de sa carrière.

Oui Rampal a été une légende, et son premier éditeur Erato n’a pas manqué de lui rendre hommage, en rééditant abondamment des enregistrements remarquables et remarqués.

Mais Rampal, comme aujourd’hui James Galway, 82 ans, n’aurait peut-être pas dû user et abuser de sa notoriété. J’ai des souvenirs pas très brillants de Rampal (avec Stern et Rostropovitch) au festival d’Evian, dans les années 80. Il donnait encore le change, mais la gloire était déjà bien fanée.

Encore du piano : Bavouzet, Hough, Luisada, Fou Ts’ong

Mercredi, première sortie parisienne depuis « l’incident » (lire Une expérience singulière) survenu il y a trois semaines.

Jean-Efflam Bavouzet maître ès Haydn

Retour au Théâtre des Champs-Élysées toujours avec l’Orchestre de chambre de Paris pour un programme aussi rare que captivant (Elgar, George Benjamin, Haydn) Rare en effet, parce que Haydn est si peu à l’affiche des concerts parisiens, encore plus ses concertos pour clavier. C’était aussi pour moi l’occasion d’entendre pour la première fois en concert – tout arrive ! – un musicien français que je suis depuis très longtemps : Jean-Efflam Bavouzet.

Bavouzet et l’orchestre de chambre de Paris dirigé par Douglas Boyd ont fait un tabac avec le concerto en fa Majeur de Haydn au point de bisser le dernier mouvement.

Le pianiste français n’en est pas à son coup d’essai dans sa découverte de l’univers fantasque du piano de Haydn. Un premier disque chez Harmonic Records il y a une trentaine d’années, puis une intégrale en cours des sonates chez Chandos révèlent l’interprète le plus passionnant et inventif de ce répertoire qui n’a jamais fini de nous surprendre. (On évitera absolument l’assommante et si prosaïque somme enregistrée par Rudolf Buchbinder et régulièrement rééditée !)

Stephen Hough : un must

Impossible en revanche pour moi d’assister au concert que donnait, hier soir, le pianiste anglais Stephen Hough (pour la prononciation lire ici !), à l’auditorium de la Maison de la radio. Concert à (ré)écouter sur francemusique.fr , notamment pour le Quatrième concerto de Saint-Saëns, dont Hough a laissé une formidable version au disque (lire Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano).

Warner réédite – sans doute à l’occasion du 60ème anniversaire du pianiste – une série un peu disparate d’enregistrements parus sous étiquette Virgin.

Ce coffret, aussi composite soit-il, met en valeur des qualités que Stephen Hough manifeste depuis ses débuts: une formidable virtuosité, au service d’une imagination sans limite tant dans les chefs-d’oeuvre du répertoire que dans les chemins de traverse (le piano de Britten, mais aussi quantité de pièces de chic et de charme incluses dans un double CD jadis publié sous le titre banal de Piano Album, et qui trouve le moyen d’éviter quasiment tous les tubes habituels de ce genre de récital.

La notoriété encore très relative de Stephen Hough sur le continent a fait que beaucoup de ses disques n’ont guère intéressé la critique française. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu grand chose par exemple sur les concertos de Brahms gravés jadis avec Andrew Davis…

Luisada et Chopin

On sait que depuis un prix au Concours Chopin 1985, les noms de Jean-Marc Luisada et de Frédéric Chopin sont indissolublement liés. Sony réédite opportunément un coffret de 7CD dont certains constituent pour moi des nouveautés – ont-ils même jamais été régulièrement diffusés en Europe ? – puisque enregistrés – magnifiquement – entre 2000 et 2006 au Japon.

Un conseil : on se précipite sur ce coffret, on est sûr d’y entendre du grand et beau piano, et un Chopin qui chante et rayonne.

Fou Ts’ong ou la surprise

Chopin toujours, et des disques devenus mythiques à force d’être introuvables. Ceux que le pianiste anglais d’origine chinoise Fou Ts’ong, disparu l’an dernier, a enregistrés pour Columbia au milan des années 60. Les voici de nouveau disponibles.

Oserai-je avouer ma déception ? une première impression désagréable à l’écoute de certaines études de l’opus 25, trop rapides, quasi survolées, des nocturnes un peu raides. Mais je ne veux pas rester sur cette impression, je vais laisser reposer… et reprendre l’écoute dans quelque temps.

Saint-Saëns #100 : avec orgue

Le 18 décembre on commémorera le centenaire de la disparition de Camille Saint-Saëns (1835-1921) : avec le Carnaval des animaux, l’oeuvre la plus célèbre du compositeur français est sans aucun doute sa Troisième symphonie « avec orgue ».

Cette symphonie est une commande de la Royal Philharmonic Society de Londres, elle fait appel à un orchestre « classique » auquel s’ajoutent un orgue et un piano (joué à quatre mains) qui n’ont jamais un rôle soliste. La symphonie est créée à Londres sous la direction du compositeur le 18 mai 1886, elle est dédiée à Franz Liszt (qui meurt le 31 juillet 1886). La création française a lieu en janvier 1887.

Ces années 1886-1887 sont fastes pour la symphonie française : créations de la 3ème symphonie de Saint-Saëns, de l’unique symphonie en sol mineur de Lalo et de la symphonie sur un chant montagnard de Vincent d’Indy. La symphonie de Franck suivra de peu (en 1889).

J’ai consacré le premier billet de cette petite série dédiée à Saint-Saëns au corpus des cinq symphonies : Saint-Saëns #100 les symphonies.

Une discographie sélective

Il y a pléthore de versions de la symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns.

Ce qui suit est une sélection personnelle, qui ne suit pas nécessairement les habituelles recommandations, les fameuses « références » établies une fois pour toutes sans qu’on prenne la peine de les réécouter, et donc de les réévaluer. Détail technique important : la plupart des disques du commerce font appel à des organistes connus… et à des instruments qui ne sont pas situés dans la salle ou le studio d’enregistrement. D’où montage et parfois petits problèmes de justesse !

Barenboim à Chicago

Les réussites de Daniel Barenboim comme chef symphonique, surtout dans la musique française, sont très inégales. Mais son enregistrement de la 3ème symphonie réalisé à Chicago en 1975 (avec Gaston Litaize enregistré à Paris !) avait été loué par la critique à sa sortie, et reste une grande version.

Saint-Saëns à Berlin

Il n’y a pas pléthore de disques berlinois d’une symphonie qui ne ressortit pourtant pas à une esthétique vraiment française.

James Levine a gravé, en 1986, l’une des plus belles versions de la 3ème symphonie, avec un finale en Technicolor où il parvient à éviter les lourdeurs auxquelles succombent nombre de ses confrères.

L’horrible couverture du disque (quel génie du marketing a bien pu avoir une aussi piètre idée chez Deutsche Grammophon ? ), ce vieillard qui ressemble à un spectre caché dans les tuyaux d’un orgue infernal, ne doit pas nous dissuader d’écouter une version surprenante : Karajan y fait entendre toutes les subtilités de l’orchestre de Saint-Saëns, avec une précision rythmique hallucinante. C’est lui qui avait expressément demandé à ce que la partie d’orgue soit enregistrée par Pierre Cochereau à Notre-Dame de Paris.

Les grandes orgues de Liège

J’avais eu le bonheur d’inaugurer, en septembre 2000, après complète rénovation, ce que les Liégeois appelaient la salle du Conservatoire, ou tout simplement le Conservatoire, et que nous rebaptiserions Salle Philharmonique de Liège. Cinq ans plus tard, c’était au tour des grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique d’être inaugurées lors d’un festival qui avait mobilisé nombre d’organistes belges et français, l’Orchestre philharmonique royal de Liège bien sûr et Louis Langrée (lui-même fils de l’organiste Alain Langrée). Bien évidemment, la troisième symphonie de Saint-Saëns était au programme, et c’était Thierry Escaich qui était à la console.

C’est évidemment l’orgue de la Salle philharmonique qui a servi dans les deux enregistrements récents de la symphonie. Dans le dernier en date, Jean-Jacques Kantorow dirige l’OPRL, et Thierry Escaich fait sonner les tuyaux liégeois.

En 2006, c’était une autre star de l’orgue qui faisait entendre pour la première fois au disque l’instrument restauré de Liège, Olivier Latry, cette fois avec Pascal Rophé à la tête de l’orchestre philharmonique de Liège.

La référence Paray

Je pourrais citer plusieurs autres disques, dont certains plutôt « à éviter » – il y a quand même quelques ratages de cette symphonie, et des parfois célèbres -. Je préfère mettre en avant un disque qui n’a jamais perdu de son éternelle jeunesse, et qui reste un modèle de prise de son (ah les fameux Mercury Living presence !)

Les auditeurs de France Musique, et les Parisiens qui seront à l’Auditorium de Radio France mercredi ou jeudi prochain, pourront entendre en concert la Troisième symphonie : l’Orchestre national de France et Cristian Macelaru seront à l’oeuvre, au moment où sort leur intégrale des symphonies de Saint-Saëns

Les jours d’après

On va éviter les clichés. Quand on sort debout de l’hôpital, on se dit qu’on a eu de la chance, mais il y a tellement d’autres souffrances plus longues, plus graves, qu’on va éviter de s’attarder sur son propre sort. Il y a certes des choses qu’on doit apprendre (ou réapprendre) : la patience, le repos, le goût des moments simples. Il y en a d’autres qui me sont familières, comme faire confiance à l’équipe qui travaille auprès de moi pour faire tourner la boutique, avancer sur les projets. Nul n’est irremplaçable, et la durée de mon absence au travail n’est pas de nature à compromettre l’avenir.

Ce qui n’est pas cliché en revanche, c’est le goût qu’on retrouve, pas à pas, pour les joies du quotidien, le premier restaurant, le premier cinéma, bientôt j’espère le premier concert.

La première sortie au cinéma c’était pour voir Aline de et avec Valérie Lemercier

La critique avait loué à peu près unanimement la qualité de ce film qui n’a rien d’un biopic ordinaire. J’ai un peu craint, en début de séance, que Valérie Lemercier ne fasse un peu trop du… Valérie Lemercier, dans les scènes de début où elle joue Céline Dion, pardon Aline Dieu, enfant puis adolescente. Et puis le film est tellement bien écrit et délicatement réalisé – rien n’est jamais trop, too much – qu’on se laisse entraîner sans réserve dans cette belle histoire de vie, d’amour, de réussite, d’hommage à un destin hors du commun. Je n’étais pas fan de Céline Dion avant ce film, j’ai l’impression de l’être un peu devenu.

Cela m’a rappelé une très brève rencontre, un salut échangé, il y a une quinzaine d’années : j’allais entrer chez Bofinger, la célèbre brasserie de la place de la Bastille, il y avait une belle limousine, moteur ronronnant, portes ouvertes, juste devant. J’eus juste le temps de m’écarter pour laisser sortir du restaurant… Céline Dion, qui se répandit en mille sourires d’excuses pour sa sortie un peu brusque. Céline comme un coup de vent !

Résolutions

Ce n’était qu’un conseil de sa part, mais j’ai décidé de suivre la recommandation du cardiologue : j’ai commencé hier toute une série de séances de « rééducation » cardiaque, autrement dit pour l’essentiel du sport, quotidien, encadré, surveillé, mesuré. Je faisais déjà du sport avant mon accident, mais le faire, dans le cadre apaisant d’un superbe domaine, qui, au XVIIIème siècle, accueillait les malades et les fous incurables, avec quelques partenaires qui ont subi la même épreuve, c’est un bonheur qui ne se refuse pas.

J’ai résolu aussi non seulement de ne jamais évoquer, pas plus demain qu’hier, ni même suivre certains candidats à l’élection présidentielle. Ni le ridicule ni la honte ne tuent, sinon on compterait déjà au moins 6 victimes. Liste non limitative…

Quand on lit les souvenirs de Catherine Nay, on est malheureusement conforté dans le triste constat d’une effrayante baisse de niveau du personnel politique depuis une vingtaine d’années.

C’est aussi, égoïstement, pour me préserver, pour réserver mes capacités d’indignation à des causes qui en valent vraiment la peine, que je me suis abstenu et que je m’abstiendrai de suivre des « débats » qui n’en sont pas. Comme les médias, les sondeurs, n’ont rien appris du passé – qu’une élection présidentielle se joue dans les dernières semaines, qu’aucun sondage n’a jamais donné l’ordre d’arrivée, a fortiori le vainqueur, six mois avant l’échéance – autant éviter d’entrer dans un jeu sans issue et sans intérêt.

Redécouvertes

L’avantage du repos forcé qui m’est imposé, c’est le temps qui m’est donné de redécouvrir mes -thèques : bibliothèque, discothèque, DVD, de petits bijoux cachés dans un documentaire, ou annexés à un concert filmé.

Au moment où j’écris ce billet, je finis de regarder le film Moscou, quartier des cerises (1963) : Moskva Cheryomushki est une délicieuse comédie musicale, écrite par Chostakovitch en 1959, dont l’action se situe dans la banlieue de Moscou. Le compositeur souhaitait rendre un hommage à Broadway (West Side Story avait connu un succès mondial dès 1957) 
Datant de 1963, le film est basé sur cette comédie musicale, qui connut à l’époque un important succès populaire et commercial. Satire de la vie et des aspirations de trois jeunes couples vivant en Union Soviétique – qui se débattent avec l’administration, la bureaucratie, la corruption et toutes les complications possibles pour acquérir des appartements de rêve dans le nouveau Quartier des cerises – le film possède à la fois le charme d’une comédie musicale hollywoodienne ainsi qu’une bande son irrésistible avec des chansons excellentes et des séquences dansées très réussies.

J’avais beaucoup aimé la production de la comédie musicale donnée à l’opéra de Lyon en décembre 2010, dirigée par Kirill Karabits, avec une quasi-débutante Olga Peretyatko, dans la mise en scène délurée et inventive de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff.

Riccardo Chailly en a enregistré une version de grand luxe pour le disque avec l’orchestre de Philadelphie.

L’hommage à Josephine

J’ai aimé hier la cérémonie simple, belle, réussie, de l’entrée de Josephine Baker au Panthéon. Les musiques qui l’ont accompagnée.

Sous les pavés la musique (XI) : Solti à Londres

Reprenons le fil après l’interruption involontaire survenue il y a une semaine (Une expérience singulière) non sans avoir exprimé ma gratitude aux amis et lecteurs de ce blog pour leurs messages de soutien et de réconfort.

J’avais donc reçu un coffret de 36 CD, commandé il y a plusieurs semaines :

Decca a entrepris, semble-t-il, de rééditer, au fil des ans, le legs discographique considérable du chef anglais d’origine hongroise, Georg Solti (né le 21 octobre 1912 à Budapest et mort le 5 décembre 1997 à Antibes). En 2017, un énorme pavé de 108 CD reprenait tous les enregistrements réalisés à Chicago (lire : Solti à Chicago). Normal après tout, puisque Solti a été le patron du Chicago Symphony durant 22 ans, de 1969 à 1991, et directeur musical honoraire jusqu’à sa mort.

Ce nouveau coffret « londonien » couvre une première période de 1949 au début des années 70 – avec le London Symphony, le London Philharmonic et l’orchestre de l’opéra royal de Covent Garden – puis plus tardivement dans les années 90 essentiellement avec le LPO.

Ce coffret est un bon résumé de ce qu’on a aimé… et moins aimé chez ce grand chef.

Les gravures londoniennes des oeuvres qu’il a enregistrées plusieurs fois ou avec plusieurs orchestres sont toujours préférables – c’est vrai pour Bartok et Mahler. L’énergie débordante, la précision rythmique, qui sont la marque du jeune Solti y sont flagrantes, y compris dans des répertoires inattendus : la Gaîté parisienne de Rosenthal d’après Offenbach, gravée en 1958 avec l’orchestre de Covent Garden, est menée à un rythme d’enfer.

Plus les années passent, plus Solti succombe à une sorte de perfection marmoréenne, glacée comme dans les symphonies londoniennes de Haydn, gravée dans les années 80 (quelle lourdeur dans les menuets !). il n’est que de comparer les mêmes symphonies enregistrées avec le même orchestre (le London Philharmonic) avec Eugen Jochum ! Chez Jochum, tout vit, tout pétille… avec Solti on passe complètement à côté de l’esprit même du compositeur.

Les Anglais, Elgar, Walton, réussissent particulièrement à Solti. On se demande ce qu’il aurait fait des symphonies de Vaughan Williams par exemple.

Mozart: Symphony No. 25 in G minor, K183

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • London Symphony Orchestra
  • Sir Georg Solti

Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466

  • Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 24 in C minor, K491

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 25 in C major, K503

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Piano Concerto No. 26 in D major, K537 ‘Coronation’

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • Chamber Orchestra of Europe

Mozart: Piano Concerto No. 27 in B flat major, K595

  • Alicia de Larrocha (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Mozart: Concerto for 2 Pianos and Orchestra No. 10 in E flat, K365

  • Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Mozart: Concerto for Three Pianos & Orchestra, K242

  • András Schiff (piano), Daniel Barenboim (piano), Sir Georg Solti (piano/conductor)
  • English Chamber Orchestra

Haydn: Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies)

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Symphony No. 4 in B flat major, Op. 60

  • London Philharmonic Orchestra

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Mischa Elman (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 1 in D major ‘Titan’

  • London Symphony Orchestra

Mahler: Symphony No. 2 ‘Resurrection’

  • London Symphony Orchestra, Heather Harper, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 3

  • London Symphony Orchestra, Helen Watts

Mahler: Symphony No. 9

  • London Symphony Orchestra

Liszt: Les Préludes, symphonic poem No. 3, S97

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Prometheus, symphonic poem No. 5, S99

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Festklänge, symphonic poem No. 7, S101

  • London Philharmonic Orchestra

Liszt: Wandererfantasie (Schubert), S366

  • Jorge Bolet (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 1 in A flat major, Op. 55

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Symphony No. 2 in E flat major, Op. 63

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Violin Concerto in B minor, Op. 61

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Falstaff – Symphonic Study in C minor, Op. 68

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: In the South (Alassio), Op. 50

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Cockaigne Overture, Op. 40 ‘In London Town’

  • London Philharmonic Orchestra

Elgar: Pomp and Circumstance Marches Nos. 1-5, Op. 39

Holst: The Planets, Op. 32

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Belshazzar’s Feast

  • London Philharmonic Orchestra

Walton: Coronation Te Deum

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Piano Concertos Nos. 1, 2 & 3

  • Vladimir Ashkenazy (piano)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Violin Concerto No. 2, Sz 112

  • Kyung Wha Chung (violin)
  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Music for Strings, Percussion & Celesta, BB 114, Sz. 106

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Philharmonic Orchestra

Bartók: Dance Suite, BB 86, Sz. 77

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Concerto for Orchestra, BB 123, Sz.116

  • London Symphony Orchestra

Bartók: The Miraculous Mandarin, Op. 19, Sz. 73 (suite)

  • London Symphony Orchestra

Bartók: Duke Bluebeard’s Castle, Sz. 48, Op. 11

  • London Philharmonic Orchestra, Sylvia Sass, Kolos Kovats

Kodály: Háry János Suite

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Psalmus hungaricus, Op. 13

  • London Philharmonic Orchestra

Kodály: Dances of Galanta

Kodály: Variations on a Hungarian Folksong ‘The Peacock’

  • London Philharmonic Orchestra

Rachmaninov: Piano Concerto No. 2 in C minor, Op. 18

  • Julius Katchen (piano)
  • London Symphony Orchestra

Stravinsky: Oedipus Rex

  • London Philharmonic Orchestra

Gounod: Faust – Ballet Music

  • Royal Opera House Covent Garden

Offenbach/Rosenthal: Gaîté Parisienne

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Rossini: Il barbiere di Siviglia Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Leichte Kavallerie Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Dichter und Bauer Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Ein Morgen, ein Mittag, ein Abend in Wien Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Suppe: Pique Dame Overture

  • London Philharmonic Orchestra

Verdi: La forza del destino Overture

Verdi: La traviata: Prelude to Act 1

Offenbach: Barcarolle (from Les Contes d’Hoffmann )

  • Royal Opera House Covent Garden

Verdi: La traviata: Prelude to Act 3

Rossini: Semiramide Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Ponchielli: Dance of the Hours (from La Gioconda)

  • Royal Opera House Covent Garden

Rossini: L’Italiana in Algeri Overture

  • Royal Opera House Covent Garden

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: Khovanshchina – Introduction

  • London Symphony Orchestra

Mussorgsky: A Night on the Bare Mountain

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor Overture

  • London Symphony Orchestra

Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances

  • London Symphony Orchestra

On garde pour la fin ce que je considère depuis toujours comme ma version de chevet du Deuxième concerto de Rachmaninov. Julius Katchen et Solti c’est une assurance anti-guimauve et la garantie d’une virtuosité assumée.

Stephen Sondheim : Send in the clowns

Grâce à Jean-Luc Choplin, le public français a pu découvrir le génie de Stephen Sondheim, qui vient de disparaître à 91 ans. Le théâtre du Châtelet à Paris a programmé nombre d’ouvrages de celui qu’on a qualifié hâtivement de « roi de Broadway », de « star de la comédie musicale ». Pour l’immense majorité, son nom reste lié à West Side Story, le célébrissime ouvrage de Leonard Bernstein, dont Sondheim a écrit les lyrics – à l’opéra on parlerait de livret – autrement dit les paroles des chansons. Stephen Sondheim était un authentique grand compositeur et son oeuvre n’est pas systématiquement souriante, joyeuse, dansante.

En 2013, Renaud Machart publiait, dans la collection Actes Sud/Classica, le seul essai en français consacré à Stephen Sondheim :

“Il ne manque rien au compositeur de Broadway Stephen Sondheim, sinon la canonisation”, a-t-il été écrit à propos de celui qui est en effet une légende vivante dans les pays anglo-saxons et le dieu de nombreux amateurs de comédie musicale. Il manque cependant encore à Sondheim une vraie reconnaissance en France, où ses comédies musicales sont depuis quelques années seulement à l’affiche, notamment du Théâtre du Châtelet à Paris. Cet essai, le premier consacré en français au compositeur et «lyricist» américain, parcourt en détail son oeuvre considérable.

J’ai eu la chance de voir au Châtelet tous les spectacles de Sondheim programmés durant la décennie 2010, et plusieurs à Londres.

Le dernier en date, à une date absolument tragique, le 22 mars 2016 : Une tragédie, une Passion : deux anniversaires

En 2010, A Little Night Music avec rien moins que Leslie Caron, une autre légende, Greta Scacchi, Lambert Wilson

En 2011, Sweeney Todd :

En 2013 Sunday in the park with George

Et bien entendu la reprise du spectacle original de 1957 de West Side Story pour le cinquantenaire de l’ouvrage en 2007.

Je n’ai jamais eu la chance de rencontrer personnellement Stephen Sondheim, ni de lui exprimer mon admiration et ma gratitude. Ni de lui dire que, sans le savoir, il a beaucoup compté pour moi. En 1989 ou 1990, le grand clarinettiste, mon ami Paul Meyer, était venu jouer au Victoria Hall de Genève, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par Günther Herbig, le premier concerto de Weber. En bis, il avait joué une pièce qui m’avait bouleversé, et que – je n’ai pas honte à l’avouer – j’entendais pour la première fois : Send in the clowns. En mars 2001, j’avais invité Paul – dans le concerto de Mozart cette fois – pour le premier concert d’abonnement de Louis Langrée à Liège. De nouveau, il avait bissé avec Send in the clowns. Plus tard, j’avais conseillé au nouveau clarinette solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège de s’emparer de ce bis. Et, en juillet 2019, lorsque Jean-Luc Votano avait donné la première française du concerto pour clarinette de Magnus Lindberg à Montpellier, il avait malicieusement glissé dans sa cadence du concerto une citation de… Send in the clowns (ce qui n’avait pas manqué d’amuser le compositeur présent dans la salle !).

Maintenant que Stephen Sondheiml a rejoint les étoiles, écoutons Benny Goodman lui chanter cette petite musique de nuit

Des Champs-Elysées à l’hôpital

Semaine parisienne chargée et achevée de façon inattendue à l’hôpital.

J’ai manqué lundi le récital de Jean-Marc Luisada à la salle Gaveau. Imprévu familial. Mais il y a ce beau dernier disque Schubert. Comme l’écrivait Jean-Charles Hoffelé : Et si après Chopin et Granados, Jean-Marc Luisada avait trouvé en Schubert son nouveau compagnon de route ? Qu’il poursuive ce voyage ! (Artalinna, 8 octobre 2021)

J’ai manqué aussi Tedi Papavrami et Martha Argerich dans cette même salle Gaveau mercredi (lire le papier d’Alain Lompech sur Bachtrack : Argerich et Papavrami à l’unisson), et sans doute plusieurs autres concerts et artistes que j’aurais aimé entendre.

Mercredi la présence de l’Orchestre national de France dans la fosse, de chanteurs français de premier rang dans la distribution, et le plaisir de retrouver un ouvrage connu et aimé m’avaient conduit au théâtre des Champs-Elysées pour l’avant-dernière représentation d’Eugène Onéguine, l’opéra de Tchaikovski inspiré du poème éponyme de Pouchkine.

On va penser que je manque singulièrement de personnalité, puisque je me réfère à d’autres papiers que les miens. Mais quand ils disent mieux que moi ce que j’ai vu, entendu, pensé, alors autant en conseiller la lecture. Ainsi, pour Eugène Onéguine, je n’ai rien à ajouter à la critique de Diapason, sauf peut-être pour remarquer combien il est difficile pour des chanteurs français (en l’occurrence les excellents Jean-François Borras/Lenski, Jean-Sébastien Bou/Onéguine, Jean Teitgen/Grémine) de s’approprier la langue russe. C’était moins flagrant pour les deux autres Françaises de la distribution, Mireille Delunsch et Delphine Haidan. Mais c’est bien de la fosse que la déception est venue.

Jeudi retour au TCE, pour un programme que je n’avais pas d’avance repéré mais qui m’a immédiatement séduit : l’Orchestre de chambre de Paris, dirigé par un expert en réjouissances musicales, Hervé Niquet, donnait un programme « Paris en fête« , qui n’a pas attiré la foule, mais infiniment ravi les présents.

Pourquoi ne joue-t-on jamais ce type de programme à Paris ?

Hahn Mozart, ouverture
Duparc Aux étoiles
Hahn Concerto pour piano
Dukas Villanelle
Milhaud Scaramouche
Chabrier Lamento, Habanera
Anderson The Typewriter
Delibes Fanfare des chasseresses, extraite de Sylvia 

C’était l’occasion de faire briller les solistes de l’orchestre, d’entendre des raretés, comme le concerto pour piano de Reynaldo Hahn que le talent de la pianiste Shani Diluka ne sauve pas d’un verbiage assez creux.

Avant ce concert, j’avais passé l’après-midi à la Bibliothèque naguère Gustav Mahler, aujourd’hui La Grange / Fleuret du nom de ceux qui la fondèrent, Henry-Louis de la Grange et Maurice Fleuret.

Pour y auditionner de jeunes chanteurs et chanteuses sélectionnées par le pôle voix de la fondation Royaumont (plaisir de saluer son fondateur Francis Maréchal), dans la perspective d’une future production au Festival Radio France

Un week-end à l’hôpital

Je n’avais pas vraiment prévu d’achever cette semaine à l’hôpital de Pontoise. Je ressentais depuis quelques jours des douleurs thoraciques tenaces, j’ai fini par appeler le 15 vendredi après-midi. Bien m’en a pris, puisqu’ on a détecté et immédiatement opéré un infarctus coronarien. Mon père, mon oncle, mon grand-père n’avaient pas eu cette chance…

Je voulais juste mentionner ici – puisque, après tout, c’est un blog personnel – l’expérience que j’ai faite de la fantastique chaîne humaine et professionnelle qui m’a pris en charge. Les pompiers, le SMUR, l’accueil aux urgences de l’hôpital public de Pontoise, tout le personnel soignant, cardiologues, chirurgiens, mobilisés un vendredi soir, avec cette chaleur humaine qui fait tant de bien quand on est en situation de souffrance. Grâce à eux, je peux écrire ce soir ce billet et regarder la vie devant moi. Merci !

L’hommage à Mariss

La Radio bavaroise n’a pas fait les choses à moitié pour rendre hommage à celui qui fut le directeur musical de l’orchestre symphonique de la radio bavaroise de 2003 à 2019, Mariss Jansons, disparu le 30 novembre 2019 (lire Mariss Jansons : la grande tradition). Un magnifique coffret de 68 CD et 2 DVD, format vinyle, regroupe tous les enregistrements « live » laissés par le chef letton à Munich. La plupart avait déjà été édités, mais il y a beaucoup d’inédits en CD.

J’avais déjà évoqué le legs discographique du chef letton (Mariss Jansons : la grande tradition et Les années Oslo). De manière générale, Jansons, dans le répertoire qui lui était familier (Sibelius, Chostakovitch, Mahler) ralentit les tempi, arrondit les angles. Il n’est que de comparer, quand c’est possible, les enregistrements de jeunesse à Oslo, les « live » d’Amsterdam, et la dernière décennie à Munich.

Le répertoire choral lui sied plutôt bien, on a quelques « premières » dans ce coffret (Haydn, le requiem de Mozart, la messe n°3 de Bruckner, etc.) sans que jamais Jansons révolutionne les choses.

Dans ce coffret (très beau livret), il y a bien sûr une galette – le CD 13 ) qui nous touche plus que les autres : le dernier concert de Jansons, de l’orchestre de la radio bavaroise, au Carnegie Hall de New York… trois semaines avant la mort du chef ! Un programme rare : les interludes symphoniques d’Intermezzo de Richard Strauss et la Quatrième symphonie de Brahms.

Un goût de trop peu

Deux livres sur ma table, dont je vais achever la lecture ce week-end.

L’un qui fait l’actualité, une sorte de carnet de bord de celui qui a dirigé l’Opéra Comique ces dernières années, et qui vient de prendre la direction de la Philharmonie de Paris, Olivier Mantei

J’ai assez dit ici tout le bien que je pensais de la politique artistique conduite à l’Opéra Comique, sous la houlette de Jerôme Deschamps puis d’Olivier Mantei, notamment lors de la nomination de Louis Langrée, pour avoir le droit de regretter le trop peu de cet excellent petit bouquin. On voudrait tellement en savoir plus, mais la prudence ou la réserve inhérentes aux fonctions passée et actuelle de l’auteur sont certainement la cause de la relative brièveté de l’essai. J’invite à lire la critique qu’en a faite Christophe Rizoud pour Forumopera : Une mise au point.

Sans langue de bois

J’ignorais que quelqu’un qui a beaucoup compté dans mes débuts de ma vie professionnelle dans la musique – à qui j’ai fait récemment allusion dans mon papier sur Julia Varady – Ron Golan (1924-2004) eût publié ses Mémoires

J’ai trouvé ce bouquin d’occasion sur… Amazon !

Voici ce qu’en dit l’éditeur (l’ouvrage est paru en 2004)

Essai autobiographique d’un altiste réputé ? Recueil de considérations sur la vie, les avatars, les coulisses d’un grand orchestre, émaillé d’anecdotes savoureuses ? Galerie de portraits de musiciens fameux du demi-siècle dernier ? Réflexions sur l’avenir de la musique symphonique ? Ces Mémoires d’une personnalité qui a marqué la vie musicale de Genève pendant près de 50 ans sont tout cela à la fois. En racontant le parcours d’un musicien fuyant seul à quinze ans l’Allemagne nazie pour se former dans ce qui était alors la Palestine sous mandat et aboutir à Genève, Ron Golan a su replacer les péripéties individuelles dans la vie collective – celle de la musique et celle de son temps. Il a voulu, au-delà de sa personne, témoigner en faveur de la musique et de ceux qui la servent, à Genève et dans le monde. Autant qu’une émouvante analyse des événements et des personnes qui ont formé et influencé un musicien de premier ordre, cet ouvrage apporte – dans une forme et un style qui allient humour et gravité, modestie et convictions – une contribution irremplaçable à l’histoire de la musique en Suisse. (Présentation de l’éditeur).

J’ai déjà parcouru quelques chapitres de ces mémoires, notamment ceux qui ont trait à quelques-unes des aventures que j’ai partagées avec Ron Golan (qu’entre nous, notamment avec Armin Jordan, nous appelions « Henri »> Henri Golan !!) Ici aussi j’ai eu un goût de trop peu… Quand on a connu certains faits, certains épisodes, surtout lorsqu’ils mêlent de grands artistes, on est toujours en attente de plus de détails, plus d’anecdotes.

Je reviendrai sur cet ouvrage, notamment sur ce qui y est dit d’une période « légendaire » – qui ne le fut pas tant que ça – des dernières années de « règne » d’Ernest Ansermet à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande qu’il avait fondé en 1918.

Le tout dernier enregistrement qu’Ernest Ansermet réalisa pour Decca en 1968 fut la Troisième symphonie de Magnard.