Une expérience singulière

Je viens de sortir de l’hôpital où j’avais été admis en urgence vendredi dernier (Des Champs-Elysées à l’hôpital) Je veux porter témoignage de ce moment qui aurait pu connaître une issue moins heureuse.

Ce n’est pas la première fois que je fais l’expérience de l’hôpital, même si je n’en suis pas un hôte fréquent. Les deux ou trois interventions que j’y ai subies dans le passé avaient été programmées, préparées.

C’est une autre affaire que d’être envoyé en urgence dans l’hôpital le plus proche de mon domicile une veille de week-end, sans l’avoir évidemment ni prévu ni voulu.

Récit.

L’alerte

J’ai commencé par nier l’évidence. Ces douleurs thoraciques dès mardi soir, puis répétées à intervalles irréguliers, sans rapport apparent avec un effort physique, je savais, depuis la mort brutale de mon père il y a bientôt cinquante ans et d’autres membres de ma famille et d’amis, que c’était le signe d’un risque, d’un risque fatal. Mais j’ai nié, je suis allé deux soirs de suite à l’opéra et au concert. Lorsque la douleur est revenue vendredi après-midi après une réunion écourtée en visio-conférence, je me suis résolu à faire le geste qui sauve : appeler le 15.

Une voix de femme, calme, posée, précise qui me répond quasiment dans l’instant : elle prend note, m’interroge, me fait attendre quelques secondes et m’annonce que les pompiers et le SAMU vont me rejoindre chez moi. J’éprouve de la gêne, déranger tout ce monde pour ce qui n’est peut-être pas grand chose. Mais si on me les envoie, c’est peut-être sérieux. Arrivent d’abord trois jeunes pompiers de la caserne de L’Isle Adam. Ils suivent un protocole précis, mais ils ne sont pas médecins et doivent attendre le SMUR qui n’arrivera qu’après de longues minutes. Ils m’interrogent, et soudain je craque – l’espace de quelques secondes remontent à la surface de ma mémoire les souvenirs tragiques de ces brutales disparitions familiales- Vais-je à mon tour y passer? Je n’ai pourtant pas le sentiment d’une fin imminente. L’équipe du SMUR – 3 personnes – procède à un électrocardiogramme, à la prise de tension, et d’un regard vers les trois pompiers, je comprends qu’on va m’emmener. Vite réfléchir, prendre le juste nécessaire si je dois rester la nuit à l’hôpital.

Je n’ai pas le droit d’aller à pied jusqu’au camion des pompiers, le trajet dans l’ambulance bien inconfortable me paraît bien long, je connais par coeur les routes alentour. Le pompier resté auprès de moi me rassure, je suis étrangement calme, ma tension est redescendue à un niveau tout à fait normal.

Les urgences

L’arrivée aux urgences de Pontoise se fait un peu comme dans les films ou les reportages « vus à la télé ». Il y a un peu d’encombrement à l’entrée, les trois pompiers sont toujours auprès de moi, plaisantant sur les bouchons du week-end ! Si j’étais une urgence absolue, ils m’auraient conduit directement dans le service de cardiologie.

Une première infirmière – dans ce qui ressemble à un garage – prend connaissance de mon « dossier ». Les trois pompiers de L’Isle Adam prennent congé, je leur souhaite un bon week-end et les remercie pour leur empathie.

On me conduit ensuite sur une chaise roulante dans un couloir où se trouvent entre dix et quinze patients, plus ou moins atteints pour autant que je puisse en juger. Je ne sais pas combien de temps je vais attendre là, je n’éprouve ni stress ni crainte. Une autre infirmière vient assez vite m’expliquer qu’elle va me faire une prise de sang pour mesurer le taux de troponine, qui doit indiquer le degré de souffrance du muscle cardiaque. Il doit être 18 h, elle me prévient que ce type d’examens peut durer jusqu’à six heures. Au bout d’une heure et demie sur ma chaise dans le couloir, on me conduit dans un box fermé – les places sont chères –

Un médecin arrive, quinquagénaire rassurant mais direct. Les premiers résultats de la prise de sang ne sont pas bons, il prononce le mot que je redoutais : infarctus. J’appelle mes proches, je vais rester à l’hôpital ce soir. Il faut attendre les résultats complets de la mesure de la troponine. Le médecin me parle de coronarographie. Une infirmière vient me demander de me déshabiller, elle place tous mes effets dans un sac blanc qu’on place sous mon lit/brancard. J’ai un peu perdu la notion de l’heure. Je suis serein.

L’opération

On m’emmène par des couloirs qui me semblent interminables jusque dans un bloc opératoire, où je suis accueilli par trois ou quatre personnes, infirmières, chirurgiens j’imagine. Très souriants, bienveillants, sympathiques, ils m’expliquent ce qui va se passer : une coronarographie. Il y a une suspicion d’artère coronaire bouchée (pour ne pas le dire comme ça, ils parlent entre eux de 99 % !). J’apprécie qu’on ne prenne pas le patient que je suis pour un débile, et qu’on m’explique tranquillement toutes les étapes de l’intervention. On va faire passer un tuyau dans mon bras droit sous anesthésie locale, et en fonction de l’exploration de mes artères, on utilisera le même vecteur pour poser un stent.

L’un des intervenants, que je prends pour être le cardiologue/chirurgien, me demande ma profession. À l’évocation de Montpellier, il me dit avoir été timbalier de l’Orchestre français des jeunes à l’époque en résidence à Montpellier, en 1991 ou 1992, sous la direction de Marek Janowski ! Le monde est petit. Je lui demande pourquoi il n’a pas poursuivi dans cette voie, et le remercie en même temps d’être là aujourd’hui pour m’opérer !

Sans que cela soit douloureux je sens bien qu’il se passe des choses dans mon bras droit, une chaleur inhabituelle. Mais l’artère est trop petite, trop étroite pour poursuivre dans ce bras. Un coup pour rien donc, ils vont essayer de passer par le bras gauche. Cette fois ça marche. Mêmes sensations que le bras droit, je suis quand même impressionné et admiratif de la technique utilisée pour introduire ce qui va reconfigurer mon artère bouchée. L’équipe me promet de me montrer le film de l’intervention une fois celle-ci terminée.

On a beau avoir vu sujets et reportages à la télé, quoique je ne sois pas un adepte des magazines santé, c’est évidemment étrange d’être cette fois l’objet et le sujet d’une intervention qui est une pratique courante.

Un peu avant 22 h, j’envoie à mes proches un selfie de sortie de salle d’opération. On me conduit dans l’unité de soins intensifs de cardiologie, où je suis formidablement accueilli par les infirmières de nuit. Elles me demandent si j’ai dîné, m’apportent un plateau léger, je n’ai pas très faim à vrai dire. Je suis branché de partout, la porte de la chambre est grande ouverte. Plusieurs fois dans la nuit j’aurai la visite des infirmières, d’une interne qui me dit que si tout se passe bien, je devrais sortir en milieu de semaine suivante. Petite alerte au cours de la nuit, augmentation inopinée du rythme cardiaque. Normal mais à surveiller.

L’hôpital public

Les nuits et les jours qui vont suivre seront rythmés par toutes sortes d’examens répétitifs : prises de sang, électrocardiogrammes, tension artérielle. On me donnera à avaler quantité de pilules, dont on prend soin de m’expliquer la nécessité. On m’interroge quasiment toutes les heures sur la persistance de douleurs. Non je n’éprouve rien, mais il paraît que c’est fréquent de continuer à ressentir les mêmes douleurs, comme des sortes de courbatures.

Je commence à recevoir des visites de mes proches (pas plus de deux par jour, mais je pensais qu’elles ne seraient pas possibles dans une unité de soins intensifs).

Et surtout je mesure la fabuleuse disponibilité, la chaleur humaine, de toutes celles et tous ceux qui s’affairent autour de moi. Les couloirs sont parfois bruyants, samedi soir on fête un départ. Les boules Quiès seront précieuses pour ma tranquillité entre deux interventions des infirmières.

Une chose est d’entendre parler, de voir des reportages sur ces « soignants » qui sont en première ligne depuis bientôt deux ans dans la crise sanitaire. Une autre est de vivre au coeur du système, de partager la réalité de leur travail. Et d’admirer, en dépit de toutes les difficultés, de tous les problèmes, la qualité exceptionnelle de l’hôpital public en France. La revalorisation des salaires et des carrières a commencé, elle doit continuer. Même si aucune des personnes que j’ai croisées pendant ce séjour à l’hôpital n’a choisi ce métier pour le salaire !

Le rétablissement

Je vais devoir réduire mon activité ces prochaines semaines, ralentir le rythme, suivre une « rééducation » (le muscle cardiaque se « rééduque »). En profiter pour lire, écouter, voir tout ce que j’ai en retard.

Ecouter par exemple le coffret reçu la veille de mon départ inopiné à l’hôpital

L’intégrale de tous les enregistrements symphoniques réalisés à Londres entre 1949 et les années 1990, avec le London Symphony, le London Philharmonie ou l’orchestre de Covent Garden, par Georg Solti, comme ce 2ème concerto de Rachmaninov électrisant capté en 1958 avec le formidable Julius Katchen

C’est à l’hôpital que j’ai mis la dernière main à un article commencé il y a une dizaine de jours… sur une série de requiems ! Merci à Forumopera de le publier aujourd’hui : Requiems royaux.

Un coffret vraiment exceptionnel à tous points de vue !

Et puis je dois confesser que je me suis amusé comme un fou à regarder une série (sur Nexflix) qui n’a pas peu contribué à ma bonne humeur ces derniers jours : The Windsor’s. C’est le pendant parodique, formidablement irrévérencieux de The Crown.

La famille royale britannique en prend pour son grade. Personne n’est épargné, sauf la reine qu’on ne voit ni n’entend jamais. Mention spéciale pour celles qui incarnent Sarah Ferguson (Fergie) et ses filles Eugenie et Beatrice. C’est souvent too much… mais c’est pour ça qu’on aime !

Des Champs-Elysées à l’hôpital

Semaine parisienne chargée et achevée de façon inattendue à l’hôpital.

J’ai manqué lundi le récital de Jean-Marc Luisada à la salle Gaveau. Imprévu familial. Mais il y a ce beau dernier disque Schubert. Comme l’écrivait Jean-Charles Hoffelé : Et si après Chopin et Granados, Jean-Marc Luisada avait trouvé en Schubert son nouveau compagnon de route ? Qu’il poursuive ce voyage ! (Artalinna, 8 octobre 2021)

J’ai manqué aussi Tedi Papavrami et Martha Argerich dans cette même salle Gaveau mercredi (lire le papier d’Alain Lompech sur Bachtrack : Argerich et Papavrami à l’unisson), et sans doute plusieurs autres concerts et artistes que j’aurais aimé entendre.

Mercredi la présence de l’Orchestre national de France dans la fosse, de chanteurs français de premier rang dans la distribution, et le plaisir de retrouver un ouvrage connu et aimé m’avaient conduit au théâtre des Champs-Elysées pour l’avant-dernière représentation d’Eugène Onéguine, l’opéra de Tchaikovski inspiré du poème éponyme de Pouchkine.

On va penser que je manque singulièrement de personnalité, puisque je me réfère à d’autres papiers que les miens. Mais quand ils disent mieux que moi ce que j’ai vu, entendu, pensé, alors autant en conseiller la lecture. Ainsi, pour Eugène Onéguine, je n’ai rien à ajouter à la critique de Diapason, sauf peut-être pour remarquer combien il est difficile pour des chanteurs français (en l’occurrence les excellents Jean-François Borras/Lenski, Jean-Sébastien Bou/Onéguine, Jean Teitgen/Grémine) de s’approprier la langue russe. C’était moins flagrant pour les deux autres Françaises de la distribution, Mireille Delunsch et Delphine Haidan. Mais c’est bien de la fosse que la déception est venue.

Jeudi retour au TCE, pour un programme que je n’avais pas d’avance repéré mais qui m’a immédiatement séduit : l’Orchestre de chambre de Paris, dirigé par un expert en réjouissances musicales, Hervé Niquet, donnait un programme « Paris en fête« , qui n’a pas attiré la foule, mais infiniment ravi les présents.

Pourquoi ne joue-t-on jamais ce type de programme à Paris ?

Hahn Mozart, ouverture
Duparc Aux étoiles
Hahn Concerto pour piano
Dukas Villanelle
Milhaud Scaramouche
Chabrier Lamento, Habanera
Anderson The Typewriter
Delibes Fanfare des chasseresses, extraite de Sylvia 

C’était l’occasion de faire briller les solistes de l’orchestre, d’entendre des raretés, comme le concerto pour piano de Reynaldo Hahn que le talent de la pianiste Shani Diluka ne sauve pas d’un verbiage assez creux.

Avant ce concert, j’avais passé l’après-midi à la Bibliothèque naguère Gustav Mahler, aujourd’hui La Grange / Fleuret du nom de ceux qui la fondèrent, Henry-Louis de la Grange et Maurice Fleuret.

Pour y auditionner de jeunes chanteurs et chanteuses sélectionnées par le pôle voix de la fondation Royaumont (plaisir de saluer son fondateur Francis Maréchal), dans la perspective d’une future production au Festival Radio France

Un week-end à l’hôpital

Je n’avais pas vraiment prévu d’achever cette semaine à l’hôpital de Pontoise. Je ressentais depuis quelques jours des douleurs thoraciques tenaces, j’ai fini par appeler le 15 vendredi après-midi. Bien m’en a pris, puisqu’ on a détecté et immédiatement opéré un infarctus coronarien. Mon père, mon oncle, mon grand-père n’avaient pas eu cette chance…

Je voulais juste mentionner ici – puisque, après tout, c’est un blog personnel – l’expérience que j’ai faite de la fantastique chaîne humaine et professionnelle qui m’a pris en charge. Les pompiers, le SMUR, l’accueil aux urgences de l’hôpital public de Pontoise, tout le personnel soignant, cardiologues, chirurgiens, mobilisés un vendredi soir, avec cette chaleur humaine qui fait tant de bien quand on est en situation de souffrance. Grâce à eux, je peux écrire ce soir ce billet et regarder la vie devant moi. Merci !

L’hommage à Mariss

La Radio bavaroise n’a pas fait les choses à moitié pour rendre hommage à celui qui fut le directeur musical de l’orchestre symphonique de la radio bavaroise de 2003 à 2019, Mariss Jansons, disparu le 30 novembre 2019 (lire Mariss Jansons : la grande tradition). Un magnifique coffret de 68 CD et 2 DVD, format vinyle, regroupe tous les enregistrements « live » laissés par le chef letton à Munich. La plupart avait déjà été édités, mais il y a beaucoup d’inédits en CD.

J’avais déjà évoqué le legs discographique du chef letton (Mariss Jansons : la grande tradition et Les années Oslo). De manière générale, Jansons, dans le répertoire qui lui était familier (Sibelius, Chostakovitch, Mahler) ralentit les tempi, arrondit les angles. Il n’est que de comparer, quand c’est possible, les enregistrements de jeunesse à Oslo, les « live » d’Amsterdam, et la dernière décennie à Munich.

Le répertoire choral lui sied plutôt bien, on a quelques « premières » dans ce coffret (Haydn, le requiem de Mozart, la messe n°3 de Bruckner, etc.) sans que jamais Jansons révolutionne les choses.

Dans ce coffret (très beau livret), il y a bien sûr une galette – le CD 13 ) qui nous touche plus que les autres : le dernier concert de Jansons, de l’orchestre de la radio bavaroise, au Carnegie Hall de New York… trois semaines avant la mort du chef ! Un programme rare : les interludes symphoniques d’Intermezzo de Richard Strauss et la Quatrième symphonie de Brahms.

La relève

Quinzaine plombante, les disparitions de deux géants Bernard Haitink et Nelson Freire n’ont pas fini de nous remuer.

Pour en sortir, j’ai repéré dans ma DVD-thèque deux visions extrêmement réjouissantes de la relève des générations montantes de musiciens. Des DVD regardés distraitement naguère, qui sont le meilleur remède à la mélancolie ambiante.

Les jeunes Vénézuéliens à Salzbourg

D’abord ce concert de 2013 au festival de Salzbourg, avec l’orchestre et les choeurs des jeunes Vénézuéliens du Sistema.

Je veux d’abord penser à ce pays magnifique, le Vénézuéla, qui nous a donné tant de musiciens de premier plan, plongé depuis des années dans un chaos politique et économique effrayant (lire Le malheur du Venezuela).

Je n’ai pas pu décrocher une seconde de ce fabuleux moment. Toutes les références qu’on peut avoir par exemple de la Première symphonie de Mahler tombent devant l’extraordinaire engagement de ces fiers musiciens.

Evidemment on les attendait dans leurs tubes, comme cet irrésistible Mambo de West side story de Bernstein

Boulez et l’Académie de Lucerne

Autre document retrouvé dans un coffret d’hommage à Pierre Boulez :

A vrai dire, je n’avais pas repéré dans ce coffret mêlant concerts et documentaires, un film passionnant réalisé durant l’été 2008 à Lucerne Inheriting the future of music

Or j’avais assisté à une partie de cette formidable aventure qui avait rassemblé jeunes musiciens et jeunes compositeurs autour de la figure tutélaire et si bienveillante de Pierre Boulez :

« En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de Tribschen où Wagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal » (6 janvier 2016)

On verra dans ce documentaire un jeune homme de 83 ans, qui ne paraît jamais gagné par la fatigue ou la lassitude. On y verra aussi les figures de chefs aujourd’hui établis – Pablo Heras Casado – de compositeurs admirés, le doyen Peter Eötvös et le fringant quadragénaire Ondrej Adamek.

Intéressant aussi de comprendre l’évolution de la musique contemporaine : ainsi on voit le travail des jeunes chefs et de leurs mentors autour d’une oeuvre emblématique de la musique du XXème siècle, Gruppen de Stockhausen, pour trois orchestres symphoniques, créée en 1958 à Cologne sous la triple direction du compositeur, de Bruno Maderna et de… Pierre Boulez.

Quelques semaines après ma rencontre à Lucerne avec Pierre Boulez, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et son chef d’alors, Pascal Rophé, avaient ouvert le festival Musica de Strasbourg, avec Gruppen (les trois chefs requis étaient Pascal Rophé bien sûr, Jean Deroyer – qu’on aperçoit dans le documentaire ! – et Lukas Vis). Je comprends que l’oeuvre fascine les chefs qui la travaillent et qui ensuite la dirigent. L’extraordinaire complexité de l’oeuvre n’en débouche pas moins, pour moi, sur une caricature de ce que la « musique contemporaine » pouvait représenter de plus intimidant, repoussant même, pour le public. Tout ça pour ça, ai-je envie de dire !

De ce concert strasbourgeois, j’ai beaucoup plus retenu – et le public aussi ! – la création de Vertigo, une oeuvre concertante pour deux pianos et orchestre, de celui qui aurait eu 40 ans cette année, le surdoué Christophe Bertrand, qui s’est donné la mort à 29 ans le 10 septembre 2010…

Le Hollandais royal

On est tombé sur cette « nécro » dans Le Point de cette semaine :

C’est là qu’on mesure les effets de la disparition de celui qui fut la plume musicale de l’hebdomadaire depuis 1976, le très regretté André Tubeuf. Mauvais copié-collé d’une dépêche d’agence, clichés en sus! Mais omettre le coeur de la vie et de la carrière de Bernard Haitink (1929-2021), l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam – il en fut le directeur musical durant 25 ans de 1964 à 1988 – il faut quand même le faire !

On a déjà cité dans l’article Bernard Haitink1929-2021 le beau coffret « symphonique » laissé par le chef hollandais avec « son’ orchestre :

des intégrales des symphonies de Beethoven, Bruckner, Mahler, Schumann, Tchaikovski, excusez du peu, et toujours avec un fabuleux orchestre capté par les ingénieurs du son de Philips dans la glorieuse acoustique de la « maison des concerts » (Concertgebouw) d’Amsterdam.

La radio néerlandaise a publié au fil des ans une série de coffrets de captations « live » de l’orchestre par décennie sous les baguettes les plus prestigieuses qui ont défilé à Amsterdam, ainsi que des anthologies avec leurs directeurs musicaux successifs.

A l’occasion du 125ème anniversaire de sa fondation, l’orchestre royal du Concertgebouw a regroupé ces parutions en deux forts coffrets d’un total de 152 CD, exclusivement constitués de prises de concert ! Voir les détails ici : Concertgebouw Amsterdam 125

C’est dans ces derniers que j’ai recherché des captations qui pouvaient restituer le plus fidèlement l’art de Bernard Haitink.

Tous les admirateurs de Mahler et de Haitink ont depuis longtemps thésaurisé en CD et en DVD ces concerts de Noël :

Il y a assez peu de documents vidéo disponibles des jeunes années de Bernard Haitink, mais dans cette Septième de Beethoven, le chef octogénaire en remontrerait à plus d’un jeune confrère !

Il y a des compositeurs, des oeuvres, que Bernard Haitink a enregistrés tout jeune, mais jamais repris par la suite, comme les 7ème et 8ème symphonies de Dvorak:

ou Haydn :

J’ai déjà évoqué le goût de Haitink pour la musique française. Il faut absolument écouter les Debussy et Ravel gravés à Amsterdam.

Je découvre cette vidéo de la Symphonie fantastique, émouvante bien sûr, parfaitement exécutée, orchestre admirable évidemment, mais il y manque ce grain de folie qui rend l’oeuvre irrésistible.

Je ne résiste pas au plaisir de montrer ce document, vu et revu si souvent, où un Artur Rubinstein de 86 ans joue aux côtés d’un chef tout juste quadragénaire, le concerto qu’il a le plus souvent joué dans sa carrière de concertiste. Histoire de rappeler aussi l’exceptionnel Brahmsien qu’était Haitink.

Saint-Saëns #100 : musique ensemble

Diapason consacre, dans son numéro de novembre, un important dossier à Camille Saint-Saëns, mort il y a un siècle le 16 décembre 1921.

Dans la foulée des articles déjà consacrés au compositeur français (Saint-Säens #100 Les Symphonies, Les Concertos pour piano, L’anthologie Warner), j’aimerais distinguer quelques-uns des trésors, trop rarement joués et enregistrés, de sa musique de chambre. Qui sont bien loin des clichés d’académisme qui s’attachent trop souvent à Saint-Saëns.

Ainsi son unique quatuor avec piano, et son finale presque tzigane

Ainsi son septuor pour trompette, piano et cordes et cet exercice de style fugué :

Ainsi les trois sonates tardives pour bois, données l’été dernier au Festival Radio France, par la fine fleur des jeunes lauréats de concours internationaux.

Et bien sûr quand on pense musique de chambre vient immédiatement à l’esprit l’oeuvre sans doute la plus célèbre de Saint-Saëns, son Carnaval des animaux.



Ne pas oublier que Saint-Saëns est l’auteur de l’une des premières musiques de film L’assassinat du duc de Guise


Je rappelle enfin la très belle anthologie publiée par Warner :

Chopin les maîtres étalons

Je m’étonnais, pour m’en réjouir, que Brahms soit devenu très à la mode chez les jeunes pianistes français (lire Ils aiment Brahms). Chopin est beaucoup plus rare. Peut-être à cause du poids considérable des références du passé ?

C’est pourquoi, d’abord dubitatif (encore un coffret de recyclage de versions connues et reconnues ?), on a vite changé d’avis en consultant le contenu, et surtout en écoutant les précieuses galettes du coffret édité par Deutsche Grammophon – une série « limitée » semble-t-il : The Chopin Masters

Il ne s’agit ni d’une anthologie, ni a fortiori d’une intégrale, mais les surprises abondent. Les discophiles connaissent depuis longtemps les précieux témoignages de Martha Argerich, Benedetti-Michelangeli, Gilels, Pogorelich, Zimerman, Pollini, Pletnev, les moins indispensables Barenboim, Vasary ou Eschenbach. Les plus jeunes talents, Yundi Li, Rafal Blechacz, Seong-Jin Cho y ont toute leur place. Mais les vraies surprises sont nombreuses, en tout cas pour moi.

J’avais oublié le Chopin de Géza Anda, j’ignorais les captations du tout jeune Vladimir Ashkenazy en 1955 (je n’ai jamais aimé son intégrale Decca, extraordinairement mal enregistrée), j’aime que Stefan Askenase (le Chopin de mon enfance) soit dans cette compagnie, qu’on retrouve le pianisme puissant de Lazar Berman et plus encore les Polonaises – que je ne connaissais pas – de l’immense Shura Cherkassky.

Qui connaît encore Michel Block (1937-2003), né à Anvers de parents français, puis devenu Américain de fait, étudiant à la Juilliard School puis enseignant à l’Université de l’Indiana à Bloomington. Son nom est resté lié à un scandale au concours Chopin de 1960 : furieux de son mauvais classement à l’épreuve finale (11ème), Artur Rubinstein, membre du jury, lui attribue un prix spécial à son nom ! Une vraie (re)découverte pour moi que ce disque !

Même question pour Julian von Karolyi (1914-1993), pianiste allemand d’origine hongroise, élève de Dohnanyi et Cortot, qui avait peu à peu disparu des radars (sauf sur les sites de téléchargement).

Les amateurs connaissent depuis longtemps les enregistrements d’ Halina Czerny-Stefanska (1922-2001) et Ruth Slenczynska (96 ans!), que je trouve personnellement irrémédiablement austères, ce qui n’est pas le cas du natif de Chodzie (Pologne), vainqueur du concours Chopin 1955, Adam Harasiewicz.

Mais les bonnes surprises de ce coffret sont ce Chopin somptueux de son et de chant du pianiste brésilien Roberto Szidon, exact contempoain de Martha Argerich, emporté par une crise cardiaque il y a dix ans, et plus encore peut-être un disque de 1960 du pianiste britannique d’origine chinoise, disparu en décembre dernier, Fou Ts’ong. Un dernier mot sur Stanislav Bunin, successivemen lauréat du Concours Long-Thibaud en 1983 (à 17 ans) et du Concours Chopin en 1985. Le petit-fils d’ Heinrich et fils de Stanislas Neuhaus s’est fait rare au concert comme au disque en Europe, il est installé au Japon il y a une dizaine d’années.

CD 1 Géza Anda

Préludes Op. 28 ∙ Polonaise Op. 53

CD 2 Martha Argerich (Chopin Competition Winner 1965)

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35

CD 3 Vladimir Ashkenazy (Second Prize Chopin Competition 1955)

Piano Concerto No. 2 Op. 21

Warsaw National Philharmonic Orchestra, Zdzislaw Gorzynski Conductor

Ballade Op. 38 ∙ Études Opp. 10/1 & 25/3 Mazurkas Opp. 41/4 & 30/4 ∙ Scherzo Op. 54

CD 4 Stefan Askenase

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69, 70, Kk Iva/15 ∙ Polonaises Opp. 53 & 40

CD 5 Daniel Barenboim

Nocturnes Opp. 9/2, 15, 27/1, 32/1, 37, 48, 55/1, 62/2 & Op. Post. 72/1

CD 6 Arturo Benedetti Michelangeli

Mazurkas Opp. 67/2, 56/2, 67/4, 68/2, 68/1, 33/1, 30/3, 30/2, 33/4 & 68/4 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Scherzo Op. 31

CD 7 Lazar Berman

Polonaises Opp. 26, Op. 40, 44 & 53

CD 8 Rafał Blechacz (Chopin Competition Winner 2005)

Piano Concerto No. 1 Op. 11 ∙ Piano Concerto No. 2 Op. 21

Royal Concertgebouw Orchestra, Jerzy Semkow Conductor

CD 9 Michel Block (Arthur Rubinstein Prize At The Chopin Competition 1960)

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Prélude Op. 28/17 ∙ Mazurkas Opp. 56/3, 59/2 & 30/4 ∙ Waltz Op. 34/1

CD 10 Stanislav Bunin (Chopin Competition Winner 1985)

Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66 Waltzes Opp. Posth. / Kk Iva/14, Kk Iva/13, Kk Iva/12 ∙ Écossaises Op. 72 ∙ Mazurkas Opp. 30/2, 41/1, 63/3, 56/2, 67/3 & 67/4 ∙ Polonaise-Fantaisie Op. 61

CD 11 Shura Cherkassky

Polonaises Opp. 26, 40, 44, 53 & 61

CD 12 Seong-Jin Cho (Chopin Competition Winner 2015)

Préludes Op. 28 ∙ Nocturne Op. 48/1 ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53

CD 13 Halina Czerny-Stefańska (Chopin Competition Winner 1949)

Mazurkas Opp. 6/2, 63/3, 67/4, 68/2, 17/4 & 33/3 ∙ Ballades Opp. 23 & 52 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22

CD 14 Christoph Eschenbach

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major

CD 15 Emil Gilels

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Polonaises Opp. 40 & 53

CD 16 Adam Harasiewicz (Chopin Competition Winner 1955)

Nocturne Op. 62/1 ∙ Mazurkas Opp. 63/3 & 67/4 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Études Opp. 25/11 & 25/6 ∙ Mazurka Op. 50/3 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Impromptu Op. 51 ∙ Prélude Op. 45

CD 17 Julian Von Károlyi

Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Boléro Op. 19 ∙ Mazurka Op. 17/4 ∙ Waltz Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52

CD 18 Yundi Li (Chopin Competition Winner 2000)

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Études Op. 10/2, 10/5 & 25/11 ∙ Nocturnes Opp. 9/1, 9/2 & 15/2 ∙ “Fantaisie-Impromptu” Op. 66

CD 19 Maria João Pires

Piano Concerto No. 1 Op. 11 *First Release

Royal Philharmonic Orchestra, André Previn Conductor

Nocturnes Op. 9/1, 9/2, 15/2 & 27/2

CD 20 Mikhail Pletnev

Fantaisie Op. 49 ∙ Waltzes Opp. 34/1, 34/2 & Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Écossaise Op. 72/3 ∙ Impromptu Op. 29 ∙ Études Opp. 10/5, 25/6 & 25/7 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58

CD 21 Ivo Pogorelich

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Scherzo Op. 39 ∙ Nocturne Op. 55/2 ∙ Études Opp. 10/8, 10/10 & 25/6

CD 22 Maurizio Pollini (Chopin Competition Winner 1960)

Études Opp. 10 & 25

CD 23 Ruth Slenczynska

Études Opp. 10 & 25 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 24 Dang Thai Son (Chopin Competition Winner 1980)

Nocturnes Opp. 15/2 & 27/1 ∙ Waltz Op. 34/2 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Mazurkas Opp. 24/2 & 67/2 ∙ Ballade Op. 52 ∙ Scherzo Op. 31

CD 25 Roberto Szidon

Scherzi Opp. 20, 31, 39 & 54 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 26 Fou Ts’ong (Third Prize Chopin Competition 1955)

Mazurkas Opp. 6/3, 7/2, 17/2, 17/4, 24/1, 24/2, 24/4, 30/1, 30/2, 33/4, 41/1, 50/3, 56/3, 59/1, 67/4, 68/2, 68/4 & Op. Posth. / Kk Iib/4 ∙ Préludes Op. Posth. / Kk Ivb/7 & 45 ∙ Berceuse Op. 57

CD 27 Tamás Vásáry

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69 & 70, Kk Iva/15, Kk Iva/12, Kk Iva/13, Kk Iva/14 ∙ Mazurkas Op. Posth. / Kk Iva/7, Opp. 67/3, 68/2 & 7/1 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Introduction And Variations On The Song “Der Schweizerbub” Op. Posth. / Kk Iva/4

CD 28 Krystian Zimerman (Chopin Competition Winner 1975)

Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52 ∙ Barcarolle Op. 60 ∙ Fantaisie Op. 49

Sous les pavés la musique (X) : Igor Markevitch chez Deutsche Grammophon

Et voilà la suite de Igor Markevitch la collection Philips (lire Sous les pavés la musique IX). A la différence du coffret Eloquence Philips, ce nouveau coffret Eloquence ne recèle pas d’inédit ou de rareté. Tous les disques réunis ici avaient déjà été réédités séparément ou en de petits coffrets, sauf peut-être les symphonies de Beethoven (il y en a une partie ici, l’autre partie dans le coffret Philips, et l’ensemble était disponible dans un coffret DG japonais, trouvable aussi en Allemagne)

Références et raretés

Quatre grandes périodes d’enregistrement pour la marque jaune :

  • de 1953 à 1955 avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, des versions bien connues de Berlioz (une première Fantastique ainsi qu’Harold en Italie), de Tchaikovski (la Pathétique), mais surtout les 3ème et 4ème symphonies de Berwald (pour les Berliner un coup unique!), et les 3ème et 4ème de Schubert, qui étaient de vraies raretés au disque.
  • à New York à peu près à la même époque, un orchestre constitué pour la circonstance (en fait des musiciens du Philharmonique) enregistre avec Markevitch deux symphonies de Beethoven (3 et 6) ainsi que la Première de Brahms
  • de 1957 à 1960, malheureusement trop souvent en mono (alors que les Américains et Decca enregistraient en stéréo depuis 1954), une série légendaire de captations avec l’orchestre des Concerts Lamoureux. Joyau de cette série, une Symphonie fantastique qui fait d’abord entendre la splendeur des vents français (ce basson !) et un chef qui fait du 4ème mouvement une véritable Marche au supplice (écoutez le terrifiant grincement du trombone basse, qui viendrait rappeler aux insouciants qu’il ne s’agit ni d’une marche triomphale ni d’une cavalerie légère !)
  • en 1965, les équipes de DG se transportent à Prague, pour nous offrir deux versions jamais démodées du requiem en ré mineur de Cherubini, et une étonnante Messe de Sainte-Cécile de Gounod avec un trio de chanteurs inattendus dans ce répertoire.

Un mot d’une oeuvre – Les Choéphores – de Darius Milhaud (lire l’excellent papier de Jean-Charles Hoffelé : Le chef-d’oeuvre de Darius) que j’ai toujours trouvée très.. datée. Ecrite en 1915 – c’est la mode des oeuvres avec récitant (Honegger – Le Roi David – Debussy – Le Martyre de Saint-Sébastien – Stravinsky – Oedipus Rex), elle n’a connu que deux versions au disque : celle de Markevitch en 1957 (mono), suivie de celle de Bernstein à New York en 1961 (stéréo)

CD 1 Cherubini: Requiem in D minor for male chorus & orchestra

  • Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader (soprano), Oralia Dominguez (mezzo-soprano), Ernst Haefliger (tenor), Michel Roux,
  • Choeurs Elisabeth Brasseur
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 2 Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Symphony No. 35 in D major, K385 ‘Haffner’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Gluck: Sinfonia in G major

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 3 Mozart: Bassoon Concerto in B flat major, K191

  • Maurice Allard (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Haydn: Sinfonia Concertante in B flat major, Op. 84, Hob. I / 105

  • Georges Alès (violin), André Remond (cello), Émile Mayousse (oboe), Raymond Droulez (bassoon)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Cimarosa: Concerto in G major for two flutes

  • Aurèle Nicolet (flute), Fritz Demmler (flute)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Schubert: Symphony No. 3 in D major, D200

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 4 Beethoven: Egmont Overture, Op. 84

Beethoven: Leonore Overture No. 3, Op. 72b

Beethoven: Fidelio Overture Op. 72c

Beethoven: Coriolan Overture, Op. 62

Beethoven: Zur Namensfeier overture, Op. 115

Beethoven: Consecration of the House Overture, Op. 124

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 5 Beethoven: Symphony No. 3 in E flat major, Op. 55 ‘Eroica’

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 6 Beethoven: Symphony No. 6 in F major, Op. 68 ‘Pastoral’

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 7 Brahms: Symphony No. 1 in C minor, Op. 68

  • Symphony of the Air
  • Igor Markevitch

CD 8 Brahms: Symphony No. 4 in E minor, Op. 98

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Berlioz: Harold en Italie, Op. 16

  • Heinz Kirchner (viola)
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 9 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Cherubini: Anacréon Overture

Auber: La muette de Portici: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 10-11 Berlioz: La Damnation de Faust, Op. 24

  • Richard Verreau (Faust), Consuelo Rubio (Marguerite), Michel Roux (Méphistophélès), Pierre Mollet (Brander)
  • Chœurs Elisabeth Brasseur, Chœur d’Enfants de la RTF
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 12 Gounod: Symphony No. 2 in E flat

Bizet: Jeux d’enfants (Petite Suite), Op. 22

Debussy: La Mer

Debussy: Danses sacrée et profane

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 13 Rimski Korsakov: Russian Easter Festival Overture, Op. 3

Rimski Korsakov: May Night Overtur

Rimski Korsakov: Le Coq d’Or Suite

Borodin: In the Steppes of Central Asi

Liadov: From the Apocalypse, Op. 66

Glinka: Ruslan & Lyudmila Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 14 Tchaikovski: Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Tchaikovski: Francesca da Rimini, Op. 32

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 15 Wagner: Lohengrin: Prelude to Act 3

Wagner: Parsifal: Prelude to Act 3

Wagner: Tannhäuser: Overture

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Wagner: Tannhäuser: Venusberg Music (bacchanale)

Wagner: Siegfried Idyll

Wagner: Die Walküre: Ride of the Valkyries

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 16 Milhaud: Les Choéphores, Op. 24

  • Genevieve Moizan (soprano), Hélène Bouvier (mezzo-soprano), Heinz Rehfuss (baritone)
  • Chorale de l’Université de Paris
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

Honegger: Symphony No. 5 ‘Di tre re’

Roussel: Bacchus et Ariane, Op. 43 – Suite No. 2

  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Igor Markevitch

CD 17 Berlioz: Symphonie fantastique, Op. 14

Moussorgski/Ravel: Pictures at an Exhibition

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 18 Berwald: Symphony No. 3 in C major ‘Sinfonie singulière’

Berwald: Symphony No. 4 in E flat major ‘Sinfonie naïve’

Schubert: Symphony No. 4 in C minor, D417 ‘Tragic’

  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 19-20 Haydn: Die Schöpfung

  • Irmgard Seefried, Richard Holm, Kim Borg, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

Mozart: Mass in C major, K317 ‘Coronation Mass’

  • Maria Stader, Sieglinde Wagner, Helmut Krebs, Josef Greindl, Chor der St Hedwigs-Kathedrale
  • Berliner Philharmoniker
  • Igor Markevitch

CD 21 Gounod: Messe solennelle de Ste Cécile

  • Irmgard Seefried, Gerhard Stolze, Hermann Ute, Czech Philharmonic Chorus
  • Czech Philharmonic Orchestra
  • Igor Markevitch

Saint-Saëns #100 : l’indispensable anthologie

Pour célébrer Saint-Saëns à l’occasion du centenaire de sa mort, peu d’éditeurs pourront concurrencer le très beau coffret que Warner nous offre.

On est loin d’une intégrale, tant Saint-Saëns reste, paradoxalement, un compositeur méconnu, notamment dans le domaine lyrique (heureusement l’Opéra Comique, le Palazzetto Bru Zane, ont commencé à combler notre ignorance dans ce domaine).

Mais ce coffret est très précieux, en ce qu’à partir d’un fonds EMI très riche, il nous restitue quantité de versions reconnues et de raretés oubliées. Une magnifique anthologie, qu’on doit à Philippe Pauly, et qui comblera les plus exigeants comme les nostalgiques des couleurs si typiquement françaises des phalanges hexagonales. Et pour la quasi-totalité de ces disques, des interprètes français ! Cocorico !

Pour les symphonies, c’est l’insubmersible intégrale de Jean Martinon avec le National qui a été retenue, pour les – trop rares – poèmes symphoniques un disque qu’on avait oublié – à tort – un autre grand serviteur de la musique française, Pierre Dervaux (1917-1990) à la tête de l’Orchestre de Paris, le même Dervaux dirigeant le New Philharmonia et le violoniste allemand Ulf Hoelscher (1942-) pour la première intégrale de l’œuvre concertante pour violon.

Les concertos pour piano sont proposés dans deux versions déjà signalées ici (Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano) : l’indémodable Jeanne-Marie Darré avec Louis Fourestier en 1955, et l’excellent tandem Jean-Philippe Collard/André Previn)

Quant à la « fantaisie zoologique » – Le Carnaval des animaux – l’oeuvre la plus célèbre de son auteur, qui, une fois l’oeuvre créée à l’occasion d’un carnaval, en interdira toute exécution publique jusqu’à sa mort – elle est proposée en trois versions – pour formation de chambre, pour orchestre… et pour ensemble vocal (savoureux King’s Singers).

Ce coffret propose aussi les deux versions de référence du seul opéra encore joué de Saint-Saëns, Samson et Dalila : difficile (impossible ?) d’égaler les couples légendaires que formaient Rita Gorr et Jon Vickers, et vingt ans plus tôt Hélène Bouvier et José Luccioni.

On entre ensuite dans des zones nettement moins fréquentées de l’oeuvre de Saint-Saëns. On a oublié que le compositeur a occupé plus de vingt ans la tribune de l’orgue de la Madeleine – Liszt le décrit comme « le premier organiste du monde » : l’oeuvre qu’il a laissée pour l’instrument tient en deux forts disques joués par Daniel Roth sur l’orgue de l’église Saint Salomon Saint Grégoire de Pithiviers.

Quatuors, sonates, septuor, quintettes bénéficient des talents d’hier et d’aujourd’hui (Viotti, Hubeau, Charlier, Chamayou…).

On avait oublié que François-René Duchâble avait gravé – superbement – les deux cycles d’études pour le piano, et on retrouve les études pour la main gauche sous les doigts d’Aldo Ciccolini.

Il y a quelques « trous » dans ce coffret : deux versions du premier concerto pour violoncelle (Rostropovitch et Giulini à côté de la plaque), mais pas le second. Absence incompréhensible de la version de référence du 3ème concerto pour violon – celle de Nathan Milstein, alors qu’il y a par ailleurs nombre d’enregistrements historiques (dont le compositeur lui-même au piano)

De nombreuses transcriptions, quelques inédits pour deux pianos, un beau bouquet de mélodies, où l’on ne pensait pas croiser Dietrich Fischer-Dieskau ou Christa Ludwig. L’unique messe de l’organiste de la Madeleine nous ramène à Michel Corboz.

Enfin les quelques vraies raretés orchestrales sont le fait d’un artiste qui voue depuis longtemps une admiration à Saint-Saëns : Jean-Jacques Kantorow qui vient de signer avec Liège la référence moderne des symphonies, avait enregistré avec l’Ensemble Orchestral de Paris, toute une série de premières au disque, comme cette charmante Nuit à Lisbonne

Avec ce coffret, on a toutes les raisons de découvrir et d’aimer un compositeur surdoué, qui n’a cessé toute sa vie de surprendre et d’innover.

Rigoletto vénitien

Ce n’est pas tous les jours qu’on entend un tube du répertoire lyrique dans les lieux mêmes où il fut créé.

En réservant pour la représentation de Rigoletto à la Fenice de Venise (lire La Ville musique), j’ignorais – ou j’avais oublié , ce qui revient au même ! – que l’opéra de Verdi y avait été créé il y a 170 ans le 11 mars 1851.

Soirée très mondaine où l’on reconnaissait quelques riches amateurs d’opéra, surtout français, cornaqués par une organisation qui avait tout simplement privatisé le foyer pour le cocktail de l’entr’acte (C’est tellement bon de rester entre soi !)

Contrôle du passe sanitaire (ou « vert » en Italie) à l’entrée, port du masque, et malgré cela une salle à demi-vide – une rangée sur deux, et des sièges espacés. Sensation étrange au moment des applaudissements.

Une salle toujours aussi belle et bien sonnante, détruite deux fois par les flammes (en 1836 et 1996), mais portant bien son nom puisque deux fois ressuscitée.

On ne s’attendait à rien de particulier, l’affiche ne comportant aucune star, ni même aucun nom de moi connu (mais comme je ne suis pas un assidu des maisons d’opéra !), à part le chef – Daniele Callegari – et le jeune metteur en scène – Damiano Michieletto – dont j’avais dû voir une production à l’Opéra de Paris.

Un décor unique tout blanc, qui fait office de salle de bal, mais surtout d’asile psychiatrique où Rigoletto est interné (le rédacteur d’Ôlyrix qui a vu la représentation de vendredi soir décrit parfaitement le parti-pris de Michieletto).

On le sait, je porte toujours moins d’intérêt à la mise en scène qu’à la musique, et c’est d’abord à l’aune de ce qui se passe dans la fosse et sur le plateau que j’apprécie un spectacle lyrique. Samedi soir, j’ai été très agréablement surpris par l’ensemble de la distribution, que je n’avais jamais entendue !

Il duca di Mantova Marco Ciaponi

Rigoletto Dalibor Jenis

Gilda Lara Lagni

Sparafucile Mattia Denti
Maddalena Valeria Girardello
Giovanna Carlotta Vichi
Il conte di Monterone Gianfranco Montresor

À commencer par le rôle-titre, le baryton slovaque Dalibor Jenis – 55 ans ! – bouleversante incarnation, le type même du baryton verdien (on pense à Bruson.. ou Hvorostovski, même si Jenis a ses couleurs, son timbre à lui). Jenis rend d’autant plus émouvantes la folie, la douleur de son personnage, qu’il en maîtrise tous les ressorts, sans jamais forcer le trait. Cela faisait longtemps que je n’avais été pareillement bouleversé par un chanteur en scène.

La Gilda de ce samedi soir n’était pas en reste : je ne connaissais pas Lara Lagni. Je serais étonné de ne pas la revoir bientôt sur d’autres grandes scènes. Une voix idéale pour le rôle, où il faut un médium affirmé, des aigus séraphiques, une fragilité qui n’est pas défaut de moyens, parfois quelque chose dans le timbre qui fait penser à Ileana Cotrubas.

On a craint, au début, que Marco Ciaponi, en duc de Mantoue, ne joue le ténor monté sur ses ergots. Il a vite calmé les ardeurs de son gosier, la plénitude de son timbre et la qualité de son chant n’ayant nul besoin d’excès. De même qu’on s’est demandé si une honorable routine n’allait pas gouverner la direction de Daniele Callegari, on cherchait la vigueur d’un Solti ou la veine du premier Muti. Première impression démentie par la suite.

Je reste fidèle à la version qui m’a fait découvrir Rigoletto… et Solti chef d’opéra !


https://www.youtube.com/watch?v=0gdqQpr12XM


et à cette autre où le patron de la Scala de l’époque faisait briller un tout jeune trentenaire !
PS Je m’aperçois au moment de conclure ce papier que Dalibor Jenis a chanté Rigoletto… à l’opéra de Paris en 1996. Aucun souvenir, et à tout prendre, si j’en juge par cette vidéo, je préfère la maturité du chanteur vu et entendu à Venise à l’incarnation moins probante à Paris.