Le paradis des Galápagos

Préambule

Les îles Galápagos sont un archipel volcanique de l’océan Pacifique. Elles sont considérées comme l’une des destinations majeures au monde pour l’observation de la faune. Province de l’Équateur, l’archipel se trouve à près de 1 000 km au large de ses côtes. Son territoire isolé abrite une faune et une flore variées, dont nombre d’espèces sont uniques. Charles Darwin s’y est rendu en 1835, et ses observations sur les espèces des Galápagos lui ont par la suite inspiré sa théorie de l’évolution.

On avait prévenu (Interruption momentanée) : une douzaine de jours partagés entre les trois grandes îles des Galápagos, sans bonne connexion internet, c’était quasi le silence sur ce blog, mais une somme d’impressions accumulées, que je peux aujourd’hui restituer, puisque revenu pour quelques heures sur le continent.

Galápagos I Santa Cruz

Pas eu le choix de passer une nuit à l’hôtel de l’aéroport à Quito. Une expérience très oubliable.

À 6H 15 on est dans le terminal départs nationaux, même si les Galapagos sont à 1100 km !  Deux heures devant nous pour accomplir les formalités d’entrée, une sorte de visa pour la vaste réserve naturelle, très protégée, que constitue l’archipel. Scan des bagages.. inutile puisqu’ils devront de nouveau passer le contrôle de sécurité. Bon petit déjeuner au lounge de l’aéroport moyennant un droit d’entrée.

Vol sur une ligne régulière des LATAM Airlines, un Airbus 319. Comme tous les avions partant de Quito, il fait d’abord étape à Guayaquil où il se recharge en carburant, puis moins de deux heures d’un vol sans encombre jusqu’à Baltra, une ancienne base militaire qui sert désormais d’aéroport pour l’île de Santa Cruz.

Accueillis à la sortie par Fernando, un guide charmant, parlant un anglais parfait, très documenté, la navette de l’aéroport nous conduit jusqu’à un ferry. Après dix minutes de traversée, nous accostons sur l’île de Santa Cruz. 

Au nord de l’île, un paysage quasi-désertique, qui va brusquement changer à mi-chemin de l’unique route toute droite qui va du nord au sud. Un arrêt sur un site très étrange, les Gemellos, deux « trous », deux effondrements volcaniques de près de 100 m chacun au milieu d’une végétation devenue luxuriante.

Encore quelques kilomètres et nous entrons dans le « ranch » El Chato, où vivent et se baladent en liberté des centaines de tortues, les mâles faisant au moins deux fois la taille des femelles. Impressionnants ces animaux préhistoriques, dont la tête a dû servir de modèle à Steven Spielberg pour son célèbre extraterrestre E.T.

Arrivée ensuite à Puerto Ayora, la ville la plus importante de l’archipel, 9000 âmes.Rien de transcendant de prime abord. On va apprendre à apprécier la quiétude d’une jolie rue principale – la Darwin avenue (toutes les rues principales de l’archipel portent le nom du naturaliste anglais – et une jolie chambre qui surplombe la mer et la terrasse en bois où les phoques viennent se prélasser. 

Galápagos II

Une journée « libre » sur notre agenda. Qui a commencé sous la pluie et la grisaille. On a beau savoir que le climat change vite ici, maintenant une température constante de jour comme de nuit – autour de 20 ° – on a le moral plutôt dans les chaussettes. Puis une timide éclaircie donne le signal de l’excursion du jour.

Destination  Tortuga bay, où l’on est censé voir les tortues pondre et se reproduire. On n’en verra aucune, ce n’est pas la saison.

En revanche, on découvrira sur le long chemin qui mène à l’océan une véritable forêt de cactus, une espèce endémique qui pousse très haut, le cactus Opuntia.

On débouche enfin sur une première plage – la Playa Brava – où la baignade est interdite. Peu d’oiseaux en dehors de pélicans bruns (endémiques), de « fregatas » sorte d’albatros noir à queue d’hirondelle.

En revanche cachés sous un arbuste plusieurs familles d’iguanes marins. Au bout de la Playa Brava, on tourne à droite et sur du sable blanc toujours aussi fin on découvre la Playa Mansa, en fait une lagune très peu profonde, protégée de la houle. Un petit coin de paradis. Première baignade du séjour.

Galapagos III

Cette fois c’est du sérieux, on embarque sur un petit yacht à moteur très bruyant, surtout pendant 1h 30, pour rejoindre l’île Pinzon, inhabitée, mais autour de laquelle  se rassemblent maintes espèces de poissons multicolores, des roses, des couleur sable à queue jaune, des requins, des tortues marines.

Je resterai sur le bateau à observer la mer translucide, à voir passer des bancs de poissons, trois tortues marines s’en donner à cœur joie et même une otarie à la parade. Plus tard l’équipage nous fera une démonstration de pêche : une seule prise, un thon multicolore.

Et on abordera une plage à la nage, cette fois je me jetterai à l’eau, pour ne pas finir idiot de cette journée en mer (le lecteur remarquera que j’aurais pu frimer en racontant mes exploits de snorkeling mais la mer était vraiment froide et même (ou à cause) revêtu d’une combinaison de plongée je ne me sentais pas d’y passer une heure sans être équipé de surcroît d’un appareil photo sous-marin !).

Retour sur le port de Santa Cruz et ses habitués :

A côté de l’hôtel, un mural comme il y en a beaucoup ici :

Exemplarité

Il faut préciser ici que les Galapagos constituent un Parc national, avec des règles très précises, auxquelles le touriste, le visiteur, doit souscrire avant d’être autorisé à embarquer pour Santa Cruz ou San Cristobal. Mais le plus surprenant pour un Européen, habitué aux plages souillées, aux bords de routes et autoroutes jonchés de bouteilles plastiques et autres canettes, c’est l’extrême propreté de tous les lieux, en pleine nature, au bord de la mer ou en coeur de ville. Une attitude qui est une habitude pour les habitants.

Le touriste qui vient jusqu’aux Galapagos se sent investi de ce respect intime et permanent pour la faune et la flore. On ne gaspille rien, ni l’eau, ni l’électricité. On ne mange que ce qui est produit sur place – l’Équateur est en auto-suffisance alimentaire, l’agriculture est la deuxième ressource du pays après le pétrole – pas de conserves, pas de surgelés, des jus de fruits nature, sans sucre ajouté. Les végétariens sont à la fête, tous les restaurants, petits ou grands, proposent d’excellentes préparations à base de légumes locaux, notamment purée ou délicieuses frites de banane plantain.

(Carpaccio de poulpe à l’huile parfumée au jus de mangue)

Galapagos IV

Réédition de l’expédition de Galapagos II, cette fois sous un soleil plus franc. Une belle marche à pied, deux heures aller et retour. Une eau verte, des iguanes se laissant porter par les vagues, un pélican joueur, des oiseaux familiers.

Le soir sur le port de Puerto Aroya, dernière soirée sur l’île de Santa Cruz

Galapagos V / La Isabela

On était prévenus, de Santa Cruz à Isabela – la plus grande île des Galapagos – c’était transfert par bateau. Ni paquebot, ni yacht certes, mais deux heures de tape-cul ininterrompues, on a quand même connu traversées plus agréables. Arrivée au point du jour dans le joli port de Puerto Villamil… le chef-lieu de l’île. 

On précise – ça vaudra pour la suite – que les bateaux qu’on voit amarrés dans chaque île n’ont rien de yachts luxueux, ni de bateaux de croisière (la côte équatorienne est à plus de 1000 km). Ce sont des embarcations plutôt rudimentaires, destinées au trafic inter-îles. L’île Isabela est la plus grande des Galapagos, son « chef-lieu » Puerto Villamil est le moins bien équipé de ses homologues des îles voisines. Ni pavés ni goudron dans les rues, du sable qui, le soir, pourrait presque être confondu avec de la neige quand le vent se lève et que la température fraîchit ! Mais une île riche en belles balades, une faune dominée par les iguanes marins.

Galapagos VI

Re-tour en bateau – toujours aussi peu confortable, mais on est nettement moins nombreux – pour aller voir Los Tuneles, ces sortes de tunnels et d’arches formés par la lave au contact de la mer. Beaucoup d’oiseaux, notamment des fous à pattes bleues. Vraiment bleues.

Un pingouin – espèce endémique – des Galapagos.
Le fou à pattes bleues est une espèce d’oiseau marin qu’on trouve pour l’essentiel aux Galapagos.
(Los Tuneles)
Un passereau jaune vif peu craintif qu’on trouve à peu près dans tous les arbustes.
Un héron majestueux endémique.
Le temps n’est pas au grand beau ce jour-là et l’île semble déserte.
Le soir à la recherche d’une « bonne adresse » introuvable, on s’attablera à une échoppe toute simple où poissons, crevettes, poulet sont grillés à la demande, où l’on peut déguster une savoureuse bière locale, le tout pour moins de 10 dollars.

Galapagos VII / La Isabela

On a oublié de dire que l’une des caractéristiques de ces îles du Pacifique est à la fois la permanence de la température diurne et nocturne et des ciels très changeants : on passe en quelques minutes d’une bruine venteuse à un azur presque sans nuages. Prévoir quand on fait une longue balade à vélo et/ou à pied de passer de la pointe bretonne à la Côte d’Azur !

Ce matin-là la météo était avec nous, sur la piste de plus de 6 km qui mène au « mur des larmes » et au piton qui domine toute l’île Isabela.

L’île où les iguanes marins, de la couleur de la roche basaltique, sont rois.

Sur le bien nommé « chemin des tortues »

L’île Isabela n’a pas toujours été un paradis pour touristes. De 1944 à 1959 elle hébergea un pénitencier, où l’on « s’amusait » à faire édifier par les prisonniers cette puissante muraille… qui ne sert à rien : le Mur des Larmes. L’ouvrage a été conservé pour ne pas oublier cette sinistre époque.

A 150 mètres au-dessus de ce mur se dresse un promontoire d’où l’on a vue sur toute l’île, où les Américains avaient installé un puissant radar pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces installations ont été demantelées au début des années 60 et ont, en partie, servi à l’édification de l’église Saint-François de Puerto Villamil. Mais des vestiges du radar demeurent sur le piton. Avis aux amateurs !

La végétation change du tout au tout qu’on regarde vers l’ouest (comme ici) ou l’est.
Au retour on longe une lagune d’eau saumâtre.
Un tunnel de lave jusqu’à la mer.
Encore des iguanes…
Quoi de plus doux que de lézarder sur le dos d’un iguane !
Nuit de pleine lune aux Galapagos !

Galapagos VIII / Les flamants roses d’Isabela et le départ pour San Cristobal

Dernière balade au milieu des lagons salins avant de prendre un vol pour la dernière des îles visitées, San Cristobal.

Une légende dit que les Equatoriens ne sont jamais à l’heure, on pense donc qu’ils sont toujours en retard. En réalité, nous avons la preuve… qu’ils sont toujours en avance sur l’horaire annoncé. Ainsi pour rejoindre l’aéroport – l’aérodrome plutôt – d’Isabela, nous y sommes conduits une bonne heure avant le départ du vol. Dans un bâtiment fantôme…

où le contrôle des bagages et des passeports a dû prendre 2 minutes à tout casser !
7 personnes, pilote compris, dans un minuscule appareil. Mais appréhension surmontée, 45 minutes d’un vol calme, avant d’atteindre l’aéroport de plus grand gabarit de San Cristobal.

(Je précise que j’étais l’un des seuls à porter le masque dans un espace des plus réduits. Surprenant quand on voit tous les Equatoriens du continent se conformer très strictement au port du masque, à l’extérieur comme à l’intérieur)

Galapagos IX / San Cristobal

On remarque immédiatement que San Cristobal est la capitale administrative des Galapagos. Des rues goudronnées ou pavées, un bord de mer très joliment agencé, une vie plus dense, autochtones, touristes en plus grand nombre. On ne tardera pas à se rendre compte de l’omniprésence des otaries, souvent très expressives jusqu’à une heure avancée de la nuit !

Le port de San Cristobal est très familier au pélican roux, une espèce endémique des Galapagos.

Galapagos IX et X / San Cristobal

On aura mesuré les deux derniers jours à San Cristobal combien, sur la même île, le climat peut varier à un degré invraisemblable. De Puerto Baquerizo Moreno, au sud-ouest de l’île, au climat plutôt ensoleillé, malgré quelques passages venteux et nuageux, on prend la seule route de l’île vers le nord-est et on arrive soudain au milieu de brumes épaisses qui font penser à l’Ecosse – au point qu’on renoncera à faire le tour d’un cratère volcanique, totalement invisible ! On poussera jusqu’à Puerto Chino, censé être la plus belle plage de l’île, on y restera une vingtaine de minutes sous la bruine… Non sans nous être arrêtés à une réserve de tortues, où les adultes peuvent évoluer librement, tandis que les bébés sont soigneusement surveillés, numérotés, à l’abri de prédateurs éventuels.

Le « matazarno » est un arbre qui ne pousse que dans les zones sèches de San Cristobal et Santa Cruz, son bois est tellement dur et résistant qu’il a servi et sert à nombre de constructions de maisons, de ponts.

Dur, dur, même pour une tortue expérimentée de descendre un escalier !

On devra bientôt quitter à regret ces paysages, ces bien nommées « réserves naturelles », les pélicans, les crabes rouges et jaunes, les frégates, les oiseaux moqueurs, même nos amies bruyantes les otaries.

PS. Ceux qui souhaiteraient plus d’informations sur l’hôtellerie, la restauration ou quelques bonnes idées dans les Galapagos peuvent me solliciter (en postant un commentaire).

Les chefs de l’été (VII) : Bernstein et Elgar

Leonard Bernstein, né le 25 août 1918, mort le 14 octobre 1990, a laissé une abondante discographie d’abord pour l’essentiel avec le New York Philharmonic pour CBS/Sony puis avec les Wiener Philharmoniker et d’autres grands orchestres européens, Israël et Los Angeles pour Deutsche Grammophon. Réenregistrant souvent les mêmes répertoires (intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler).

L’une des raretés de cet héritage est l’unique disque enregistré par Bernstein avec l’orchestre symphonique de la BBC et consacré à Elgar. Une version très personnelle, presque mahlerienne des Variations Enigma.

Il n’y a que Bernstein pour tenir un tempo aussi lent dans Nimrod. Il n’y a que lui aussi pour assumer le kitsch de la marche des empereurs moghols (The Crown of India) qui clôt le disque !

Les chefs de l’été (VI) : Mravinski et Beethoven

Comme tous les clichés, ceux qui concernent les chefs d’orchestre ont la vie dure.

Un chef russe est supposé exceller dans la musique russe ! Mais pas au-delà !

Dans le cas d’Evgueni Alexandrovitch Mravinski, né à Saint-Petersbourg deux cents ans après la fondation de la ville par Pierre le Grand en 1703, mort dans la même ville – qui s’appelait alors Leningrad – le 19 janvier 1988, le cliché vaut toujours.

L’austère et légendaire patron de l’orchestre philharmonique de Leningrad durant 50 ans est considéré comme une référence incontestée dans Tchaikovski et Chostakovitch.

Il est, en revanche, beaucoup moins cité comme un interprète d’élection de Mozart, Brahms ou Beethoven.

Warner vient de rééditer en numérique cinq symphonies de Beethoven captées en concert dans les années 70 et 80.

Preuve s’il en était besoin que le génie d’un chef n’a pas de frontières !

Josephine forever

Que voici une réjouissante nouvelle au cœur de l’été !

Josephine Baker entre au Panthéon le 30 novembre prochain.

Je ne suis d’ordinaire pas sensible à ce genre d’initiative, a fortiori à ce genre de cérémonie.

Mais j’ai aimé ce qui a été fait pour Simone et Antoine Veil.

Je sais que je regarderai ce qui se passera le 30 novembre pour Joséphine Baker.

Parce que j’aime cette femme depuis longtemps. Je me rappelle, jeune adolescent, les reportages à la télévision sur les Milandes, ce château que Joséphine avait acheté pour les enfants qu’elle avait adoptés. Elle ne pouvait plus payer, dépassée par sa générosité !

Dans ses souvenirs Line Renaud raconte la dernière nuit de Josephine Baker, après un dernier triomphe à Bobino.

Mais d’abord et surtout Joséphine Baker c’est une voix, noire certes, américaine d’origine certes, mais surtout unique, inimitable. Ne surtout pas s’arrêter aux deux ou trois chansons qui ont fait sa réputation. Même si on ne se lasse pas de les réécouter.

J’ai une tendresse particulière pour ce disque déniché chez Tower Records à New York du temps où ces fabuleux magasins existaient encore…

Les chefs de l’été (V) : Dutoit et Theodorakis

Étrangement, l’encore très actif chef suisse Charles Dutoit, 85 ans le 7 octobre prochain, n’a jamais été considéré à sa juste mesure par une partie de la critique européenne.

Comme si le fait d’avoir fait du modeste Orchestre symphonique de Montréal une phalange de niveau international, comme si le fait d’avoir construit une impressionnante discographie (chez Decca) s’inscrivant dans la filiation de son illustre aîné Ernest Ansermet, étaient somme toute qualités négligeables.

J’y reviendrai plus longuement.

Pour cette série d’été, dans les curiosités de la discographie de Charles Dutoit, il y aurait bien des choses à relever, à commencer par de somptueux Rachmaninov, ou, dans la légèreté, de brillantes ouvertures de Suppé. Mais dans le coffret que Decca a consacré au chef vaudois il y a quelques années – Charles Dutoit, The Montréal Years – il y a ce disque tout entier consacré à Mikis Theodorakis (96 ans!) et à son ballet écrit sur les thèmes du film Zorba.

L’Amazonie, les habitudes perdues et retrouvées

Paresse

J’ai retrouvé, il y a quelques semaines, des cahiers que je croyais disparus, où je consignais chaque été mes souvenirs de vacances. L’habitude m’en vint dès mes 9 ou 10 ans, je confectionnais une sorte de journal de bord, avec au minimum une carte postale ou une photo prise avec le premier appareil – un Kodak Instamatic 50 – que je reçus, je pense, à l’occasion de ma communion solennelle !

J’ai continué, au fil des ans, de noircir cahiers de vacances et plus tard journaux pas nécessairement intimes. J’aimais écrire, le geste d’écrire, si possible au stylo à encre. Je m’attardais à des détails, des descriptions, des impressions. En relisant tout cela bien des années plus tard, j’ai le sentiment de retrouver intacts, précis, les souvenirs des jours heureux.

Lorsque j’ai commencé à « bloguer », au début de l’année 2007, j’avais repris le cours de ces confessions – qui n’en étaient pas vraiment – non pour les étaler, m’en faire valoir, simplement pour fixer ce qu’une mémoire volatile risquait d’oublier. Et j’aimais développer, argumenter.

Paresse, résignation ? Je n’ai plus aujourd’hui la patience, ni même l’envie, de prendre part aux polémiques ambiantes, d’étayer un point de vue, dont personne n’aurait grand chose à faire d’ailleurs. Pourtant ce blog est public, et je sais qu’il est lu – beaucoup ont la gentillesse de me dire qu’ils le lisent, le suivent, avec un certain intérêt. Ils ne m’en voudront pas d’être plus elliptique, moins descriptif que naguère. Une belle photo, une vidéo peu connue, voilà qui fait souvent l’affaire… Pour le reste, Internet délivre tous les savoirs, assouvit toutes les curiosités !

L’Amazonie équatorienne

Me voici donc en Amazonie équatorienne, et la plume démunie pour traduire le bonheur grandiose qui s’empare de celui qui pénètre ce sanctuaire d’une nature inviolée.

C’est d’abord une longue route de Quito (Tout l’or du monde) à Puerto Francisco de Orellana. Notre voyagiste nous avait d’abord annoncé un transfert en petit avion, mais la ligne ne fonctionne plus que certains jours, et constitue en soi une aberration écologique pour qui veut visiter et honorer l’Amazonie.

Les touristes sont rares, sur la pirogue à moteur qui va nous conduire, deux heures durant, sur le fleuve Napo, jusqu’à un petit débarcadère, nous ne serons que deux, entourés par des membres du staff du lodge qui va nous accueillir pour trois belles journées au milieu de nulle part. Après la pirogue, une bonne vingtaine de minutes de marche en forêt jusqu’à une nouvelle embarcation cette fois menée à la pagaie.

L’immensité du silence seulement troublé par le vol de quelques aras bavards, le bateau qui avance sur une eau sombre au milieu d’une végétation luxuriante, avant de déboucher sur une sorte de lac et d’apercevoir une première habitation en bois.

Même si on se pose la question, on évite de demander comment l’eau courante, l’électricité, la connexion internet (pas de réseau téléphonique en revanche) fonctionnent si loin de toute habitation ou communauté.

Première balade en pirogue l’après-midi pour aller théoriquement pêcher le piranha… on en reviendra bredouille mais on aura pénétré plus au coeur de la jungle amazonienne, rencontré des dizaines de singes farceurs, les capucins, les « écureuils » qui prennent un malin plaisir à se défier – c’est à qui fera le saut le plus périlleux d’un arbre à l’autre, les hurleurs à poil rouge…

Le soir, après un excellent dîner – on admire la prouesse culinaire du cuisinier, bien plus inspiré que ses confrères de Quito – on renonce à une sortie nocturne pour apercevoir les caïmans. Le lendemain, on en trouvera un tapi juste à côté du bar du lodge…

Il paraît qu’ils ne sont pas dangereux… Voire ! On est plutôt rassuré de pouvoir se baigner dans l’eau sombre du lac, dans une piscine-cage, séparés des loutres, poissons, et autres bestioles qui peuplent les lieux !

Hier deux longues traversées à pied, chaussés de bottes, surtout après les pluies de la nuit, menés par Dorian, 28 ans, natif d’une communauté installée à une dizaine de kilomètres, aîné d’une fratrie de huit. Dorian connaît sa forêt comme personne, il a appris le français… et l’anglais à l’Alliance française de Quito, il partage son temps entre son activité de guide – deux semaines par mois – et le travail à la ferme familiale. Personne ne plaiderait mieux que lui l’importance de préserver la biodiversité de la forêt amazonienne, il en livre tant de secrets, avec une simplicité et un sourire désarmants.

Je sais désormais à peu près tout sur les vertus des espèces de palmiers qui poussent à l’état naturel ici – et pourquoi il faut absolument en proscrire la culture intensive comme le fait le Brésil de Bolsonaro, obliger tous les industriels de l’agro-alimentaire à renoncer à l’huile de palme ! – Comme ci-dessus cette espèce endémique, ce mince tronc blanc, phosphorescent, qui fait office de lampe de poche la nuit pour les promeneurs égarés !

Ces champignons blancs sont dotés d’admirables vertus : ils attirent tous les moustiques du coin – on ne les voit pas sur la photo, mais ils étaient bien plusieurs centaines ! – ils soignent les problèmes digestifs, ont un effet cautérisant sur les brûlures de la peau, etc.

Si l’on en doutait, on aurait ici confirmation que la nature est artiste !

On regagne le lodge au tomber du jour (rappeler ce qu’on a déjà écrit – Equateur, premières vues – pas de variation saisonnière sur l’équateur, le soleil se lève immuablement à 6 h et se couche à 18 h)

et trouver sur la rampe d’accès à la chambre-cabine ce délicieux représentant de la famille des arachnoïdes, qu’on pensait réservés aux candidats de Fort Boyard !

Equateur, premières vues

C’était un rêve de longue date qui finalement se réalise. Mais jusqu’au bout on s’est demandé si le voyage nous serait autorisé.

Je n’ai même pas à me plaindre, ni des contrôles au départ, ni des deux vols qui nous ont permis d’atteindre Quito, la capitale de l’Équateur, ni des contrôles à l’arrivée – des équipes parfaitement organisées pour recueillir les documents exigés pour les mesures sanitaires, vérifier les passeports. On est même admiratif d’un peuple qui applique, partout et pour tous, le port du masque, qui se fait vacciner en masse depuis que le nouveau gouvernement équatorien, mis en place il y a quatre mois après l’élection d’un nouveau président, a décidé de faire du pays un modèle de lutte contre la pandémie en Amérique du Sud.

Ce dimanche, lors d’une fête des Indiens otavalienos, près de la ville d’Otavalo. Tous masqués.

Premier soir à Quito

La première impression saisissante est cette impavide régularité du lever et du coucher du soleil : 6 h du matin, 6 h du soir. On est à une petite vingtaine de kilomètres de la ligne de l’équateur !

Et dès que le soir tombe sur le centre historique de Quito, on déguste la beauté qui s’offre. Et on ne ressent pas (pas encore ?) l’altitude de la ville, 2800 mètres tout de même !

Un dimanche à la campagne

à quelques kilomètres avant d’arriver à Otavalo, à une petite cinquantaine au nord de Quito, on assiste par hasard à une sorte de foire, de fête, où se retrouvent essentiellement les Indiens quetschuas qui forment la majorité de la population. La photo ci-dessus figure le rituel de l’offrande au soleil.

Nature volcanique

Sur la route on a aperçu un des grands volcans équatoriens de la Cordillière, le Cayambe et son sommet enneigé culminant à 5780 m !

On parcourt une partie du sentier qui, à 3100 mètres, fait le tour du lac volcanique situé dans le parc naturel de Cotacachi Cayapas, et on est saisi par l’abondance et la variété de la flore à cette altitude.

Le soir en rentrant de cette longue excursion, je lis plusieurs messages sur Instagram, l’un du chef d’orchestre Charles Dutoit : « C’est à Quito qu’on parle le meilleur espagnol de toute l’Amérique latine« , un autre de mon ami photographe Ferrante Ferranti : « N’oublie pas de visiter le collège et l’église des Jésuites, ainsi que l’église San Francisco ». J’ai déjà fait le même constat que Charles Dutoit (pour le peu d’espagnol que je parle !), et j’ai suivi ce lundi le conseil de Ferrante. Suite au prochain épisode !

Les chefs de l’été (III) : Ansermet et Haydn

Le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet (1883-1969) a laissé un prodigieux legs discographique, pour l’essentiel gravé pour et par Decca avec l’orchestre suisse dont il fut le directeur musical durant 50 ans !

La musique française bien sûr, les Russes tout autant, comme son ami Stravinsky, et tout un répertoire considérable.

Haydn n’est pas le compositeur qu’on associerait spontanément à Ansermet. Et pourtant on lui doit l’une des très belles versions des Symphonies parisiennes :

Pour la symphonie n°85, un document que je ne connaissais pas : Ernest Ansermet dirige l’orchestre symphonique de la BBC en studio le 2 février 1964 !

Etonnamment, Ansermet n’a pas enregistré au disque, la symphonie n°88 qui était un « tube » pour à peu près tous ses contemporains (Furtwängler, Walter, Klemperer, Reiner…) mais on dispose d’un « live » enregistré par la Radio suisse romande lors du festival de Montreux, le 31 août 1960 :

Plus rare au disque, la symphonie n°90 avec sa fausse fin (ça fonctionne toujours en concert !):

ou la symphonie n°22 dite « Le Philosophe »

Le titre « le Philosophe » ne figure pas sur le manuscrit original et il est peu probable qu’il vienne de Haydn lui-même. On le trouve en revanche sur une copie manuscrite de la symphonie trouvée à Modène et datée de 1790 ; ainsi le surnom date de la vie même du compositeur. Ce titre proviendrait de la mélodie et du contrepoint du premier mouvement (entre les cors et le cor anglais), qui font musicalement allusion à une question suivie d’une réponse et qui constituent l’essence de la disputatio. L’effet de tic-tac en sourdine évoque également l’image d’un philosophe plongé dans ses pensées

Les témoignages d’Ernest Ansermet dans les symphonies « londoniennes » de Haydn sont plus rares. En concert avec l’orchestre de la Radio bavaroise, la n°95 nous semble étrangement poussive.

En revanche, sa gravure de studio, réalisée en 1949 à Genève, de la symphonie n°101, est une démonstration d’allégresse, de virtuosité collective !

Les chefs de l’été (II) : Kondrachine et Beethoven

Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.

On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».

Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.

A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :

Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam

Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets

En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.

mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung

Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…

Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :

Avec Emil Guilels en 1947

Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg

Triple concerto

Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.