Vacances 2022 : les pins et les fontaines de Rome

Villa cardinalice

On a parfois – souvent même – de belles surprises en réservant ses hôtels via un site spécialisé – Booking.com pour ne pas le nommer. Cela a été vrai des deux hôtels trouvés à Lucques puis à Punta Ala. C’est encore plus évident avec ce qu’on n’ose pas qualifier d’hôtel, pourtant bon marché, dans la banlieue de Rome, la Villa Grazioli sur les hauteurs de Grottaferrata. Ce palais, construit en 1580, pour le cardinal Antonio Carafa, jouxte un autre palais sur la commune voisine de Frascati, la Villa Aldobrandini, où Goethe séjourna.

La Villa Grazioli à Grottaferrata

La Villa Aldobrandini à Frascati.

Les pins et les fontaines de Rome

Evidemment quand on évoque les pins et les fontaines de Rome, on pense à deux des oeuvres les plus célèbres de Respighi : Les Pins de Rome (1924) et Les Fontaines de Rome que j’avais programmées en 2017 au Festival Radio France (lire Fontaines centenaires) à l’occasion des cent ans de leur création à Rome.

Quelques-unes des innombrables fontaines qu’on peut voir à Rome, dont celles que dépeint Respighi.

Je ne change pas d’avis quant à ma version préférée de ces deux poèmes symphoniques

Vacances 2022 : Pise et Livourne pour Mascagni et Modigliani

Hommage à Sempé

Jean-Jacques Sempé est mort avant-hier, et on n’a pas fini de mesurer le génie de cet homme, de cet artiste au sens plein du terme. Je ne vais pas à mon tour céder à un hommage vite fait, juste rappeler le billet que j’avais écrit au début 2018, à propos d’une part essentielle de son oeuvre, la musique : Jean-Jacques et la musique.

Il n’y a pas que la tour penchée à Pise

Y aller ou pas ? Je me suis posé la question. J’avais visité Pise rapidement il y a plus d’une vingtaine d’années, c’était déjà l’affluence pour voir le célèbre campanile incliné. Finalement j’y suis retourné et bien m’en a pris. Je ne me rappelais plus les trésors de la cathédrale, encore moins les immenses fresques restaurées du Camposanto. Et le reste d’une ville charmante, traversée par l’Arno qui ne semblait pas avoir trop souffert de la sécheresse qui tarit les fleuves français.

Livourne : Pietro Mascagni et Amadeo Modigliani

Je ne me serais sans doute pas arrêté à Livourne (Livorno) si la ville portuaire ne s’était trouvée sur ma route vers ma destination de vacances de ce long week-end du 15 août. J’ai découvert que c’était la ville natale du compositeur Pietro Mascagni (1863-1945) et du peintre et sculpteur Amedeo Modigliani (1884-1920). L’hommage aux enfants du pays ici n’a rien à voir avec celui que Lucques et Torre del Lago ont rendu à Puccini. Ou alors il ne m’a pas sauté aux yeux !

En bord de mer une esplanade édifiée en 1925 baptisée du nom du compositeur à sa mort en 1945, la Piazzale Mascagni

Livourne, Piazzale Mascagni
Dans l’opulente Villa Mimbelli, siège du musée Giovanni Fattori
Museo Civico Giovanni Fattori

une belle série de tableaux du début du XXème siècle italien, et parmi eux, un portrait du jeune Pietro Mascagni

Angiolo Tomassi, Pietro Mascagni, 1899

et de Modigliani un petit tableau qui ne dit rien de ce qu’il deviendra une fois arrivé à Paris.

Amedeo Modigliani, Stradina toscana, 1898

Un buste aussi :

À propos de Mascagni, je ne peux m’empêcher de me rappeler l’un de mes plus grands souvenirs du Festival Radio France, quand Sonya Yoncheva et son mari, le chef Domingo Hindoyan, nous avaient donné à Montpellier une version exceptionnelle de l’opéra Iris. C’était le 26 juillet 2016.


Vacances 2022 : Lucca, la maison natale de Puccini

On avait été ému de visiter la maison que le compositeur de La Bohème s’était fait construire à Torre del Lago et où il vécut plus d’une vingtaine d’années entre 1899 et 1921 (lire Puccini à Torre del Lago)

On l’a été plus encore dans sa maison natale à Lucques au deuxième étage du 9 Corte San Lorenzo

Pas tant pour l’atmosphère des lieux qui ne comptent plus guère de mobilier ou d’objets d’origine que pour l’abondance et la richesse des documents qui y sont exposés. Puccini est partout intensément présent : photos, lettres et cartes postales, partitions.

Documents ordonnés selon une muséographie intelligente et intelligible tant pour le novice que pour le spécialiste de l’œuvre de Puccini.

La chambre des parents Puccini où naquit et fut baptisé le petit Giacomo
La tenue de scène de Maria Jeritza, l’une des premières interprètes de Turandot.

Puccini meurt à Bruxelles le 29 novembre 1924, des suites d’une opération d’un cancer de la gorge. Après des obsèques à l’église royale Sainte-Marie de Schaerbeek, son corps est transporté à Milan où, le 3 décembre 1924, ses funérailles sont célébrées dans la cathédrale par l’archevêque Eugenio Tosi. À l’issue de celles-ci, sa dépouille est inhumée provisoirement au cimetière monumental de Milan, dans le caveau de famille d’Arturo Toscanini. Deux ans plus tard, le 29 novembre 1926, il est inhumé définitivement dans sa maison de Torre del Lago selon la volonté de son fils Antonio

Vacances 2022 : Puccini à Torre del Lago

Le village toscan s’appelle, de son nom complet, Torre del Lago Puccini. C’est dire si tout ici repose sur la célébrité du compositeur Giacomo Puccini, né à quelques encablures, à Lucques (Lucca) en 1858 et mort à Bruxelles en 1924 des suites d’un cancer de la gorge.

Rien d’original ni dans l’architecture ni dans les monuments – inexistants au demeurant à l’exception d’une jolie église – n’attirerait ici le visiteur ni le touriste, sauf évidemment les très belles et longues plages qui vont de Torre del Lago à Viareggio. Et bien sûr la maison de proportions plutôt modestes que Puccini se fit construire au bord du lac en 1899.

Maison devenue musée mais restée dans son jus depuis un siècle, lorsque le compositeur déjà malade ne supporta plus les installations électriques en cours autour de sa maison et partit plus loin à Viareggio en 1921.

C’est d’abord le fils Antonio qui transforma l’une des pièces du rez-de-chaussée en chapelle dans laquelle il inhuma son père, puis suivit toute la famille, épouse et enfants de Puccini, jusqu’à la petite-fille Simonetta disparue en 2017 qui instaura une fondation qui porte son nom pour veiller à l’entretien et à la préservation du précieux patrimoine.

Il y a comme il se doit un festival Puccini sur place. On l’imagine du même type que le festival Rossini de Pesaro. La prochaine représentation est le 12 – Turandot je crois – mais je serai reparti. Avantage (ou inconvénient?) d’un ex-directeur de festival : je n’organise pas mes vacances en fonction des concerts ou des opéras qu’on donne dans mes villlegiatures. Si l’occasion se présente (Pesaro il y a deux ans) et que l’intérêt est là pourquoi pas ? Mais surtout pas de contrainte !

Et sur place trouvé un disque que je ne me rappelle pas avoir eu dans ma discothèque – à moins que ma mémoire discographique me fasse défaut – Jonas Kaufmann dans Puccini et ses contemporains.

C’est évidemment très beau mais le sombre métal dont est faite la voix de notre ténor allemand me surprend toujours dans ce répertoire où j’attends quelque chose de plus solaire alla Pavarotti.

Vacances 2022 : retour à Ambronay

Sur la route des vacances halte ce week-end dans l’Ain, et retour en des lieux jadis familiers où je n’avais plus eu l’occasion de remettre les pieds depuis presque trente ans !

Ambronay

Ambronay, c’est cette ancienne abbaye bénédictine dans l’Ain, où en 1980, un fou de musique – Alain Brunet – décida de créer un festival de musique baroque et une académie. Quarante-deux après, il en a abandonné la direction mais en préside toujours ce qui est devenu, en 2003, un Centre Culturel de Rencontres. J’ai rarement rencontré personnage plus passionné, obstiné, déterminé, qui a toujours fini par convaincre les meilleurs musiciens de le suivre dans son aventure.

Mes premiers souvenirs d’Ambronay sont des émissions de radio – la Radio Suisse romande n’est pas loin, et Disques en Lice, l’émission de critique de disques, aujourd’hui disparue, de la RSR, était venue au moins deux fois dans mon souvenir. Une fois, c’était Jordi Savall autour des suites de Bach. Une autre fois, avant un concert où nous devions entendre le Stabat Mater de Vivaldi, j’étais assis à la tribune à côté de Gérard Lesne. Dans l’écoute comparative à l’aveugle, le jeu consistait évidemment à essayer de reconnaître les interprètes. Ecoutant la version que nous ne savions pas être celle de Nathalie Stutzmann, Gérard Lesne comme moi étions incapables de discerner le sexe de l’interprète, homme ou femme, tant la voix de Nathalie portait une superbe ambiguïté.

Autre souvenir, cette fois comme directeur de France Musique, et dans le cadre d’un partenariat qu’Alain Brunet avait obtenu sans problème de ma part, mais avec les réticences d’usage de la technique de Radio France, j’étais revenu en 1994 notamment pour un concert de l’académie animée alors par William Christie, David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, qui révéla une jeune soprano qui allait faire son chemin : Patricia Petibon.

Je n’ai pu m’empêcher, revenant en ces lieux, de penser à l’ami Jacques Merlet, qui n’avait pas été le dernier à croire à l’aventure d’Ambronay et qui y installait ses quartiers d’automne. Il y a ainsi des ombres heureuses qui peuplent les mémoires et les pierres.

Pérouges

C’est pendant ce bref séjour de l’automne 1994 que je découvris Pérouges, à une vingtaine de kilomètres d’Ambronay, cette cité médiévale bien préservée. Un déjeuner à l’Hostellerie de Pérouges me fit côtoyer William Christie et son commensal. Quelques amabilités échangées. Ce fut le seul et dernier contact sympathique que j’eus avec ce personnage qu’il m’est arrivé d’apprécier comme musicien.

L’Hostellerie de Pérouges
Pérouges la porte Sud

Le coeur léger

Je pars le coeur léger et le bagage pas si mince* que ça, chargé de souvenirs heureux. C’est ce que je disais hier soir, dans la nuit étoilée du jardin de la Maison des relations internationales de Montpellier, à toutes les équipes du Festival Radio France, à la fin du dernier concert de l’édition 2022.

(Photo Luc Jennepin/Festival Radio France)

Le coeur léger, bien sûr par allusion à l’incident de novembre dernier, mais aussi parce que, pour la première fois depuis que j’ai commencé à travailler (à 17 ans !), je suis déchargé du fardeau des responsabilités inhérentes aux fonctions que j’ai occupées.

Mais trève de considérations. Dès aujourd’hui je suis en vacances. Ce blog en épousera le rythme. Il sera toujours temps de revenir sur le passé récent ou plus lointain.

Marianne, Serge et Gabriel

Dans mon dernier billet j’annonçais un bouquet final – Semaine 3 et fin . On n’a pas été déçu !

Mardi soir, Marianne Crebassa triomphait, toujours à l’Opéra Comédie de Montpellier, dans un récital proche de l’idéal, comme le soulignait Pierre Gangiobbe sur Ôlyrix

Ces deux récitals seront diffusés sur France Musique le week-end prochain, ce qui ne sera malheureusement pas le cas des trois dernières soirées du Festival. Je n’ai pas bien compris pour quelle raison les équipes techniques de Radio France avaient plié bagage en milieu de semaine. Les fameuses restrictions budgétaires ?

Dommage en tout cas que n’ait pas été capté le très singulier concert de mercredi, où le compositeur britannique Gabriel Prokofiev (1975) faisait entendre deux de ses oeuvres – le concerto pour platines n°2 avec le DJ Mr. Switch, et Beethoven9 Remix – et réservait aux spectateurs de Montpellier la surprise de dire, dans un français qui parfois lui résistait, le texte du célébrissime conte pour enfants de son grand-père Serge, Pierre et le Loup. Dernière prestation aussi pour l’Orchestre national de Montpellier, très sollicité cet été, élégamment dirigé par Christopher Warren-Green.


Doublé final : Benjamin, Maxim et les Ecossais

Vraiment il y a de quoi râler sur l’absence de micros pour les deux concerts finaux: une affiche pourtant exceptionnelle, le Scottish Chamber Orchestra venu tout exprès à Montpellier, Maxim Emelyanychev qui réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés (Prétention) et Benjamin Grosvenor qui, dans les 4ème (jeudi) et 3ème (vendredi) concertos de Beethoven, nous fait rendre les armes. Dans le 4ème, il jouait de surcroît les cadences de Saint-Saëns, plutôt inattendues.

Extraits du 3ème concerto pour piano de Beethoven : Benjamin Grosvenor, le Scottish Chamber Orchestra dirigé par Maxim Emelyanychev

En bis, Benjamin Grosvenor annonçait un « Irish song », le très célèbre – au Royaume Uni ! – O Danny Boy transcrit par Percy Grainger.

Une conclusion en beauté du Festival 2022 : Bilan à la hausse (le détail ici)

* Les premiers mots de la chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà« 

Festival d’inconnus

#FestivalRF22 #SoBritish

De Notre-Dame à Montpellier

Les Montpelliérains rencontrés aux abords de la cathédrale Saint-Pierre n’en croyaient pas leurs yeux : de longues files à l’extérieur, des bancs remplis à l’intérieur : ils n’avaient jamais vu autant de monde pour un récital d’orgue. Il faut dire que l’invité du festival Radio France ce mercredi soir n’était pas n’importe qui. Le talentueux et médiatique titulaire de Notre-Dame-de-Paris, l’organiste Olivier Latry

Tant de souvenirs avec lui ! Indspensable réécoute de son récital sur francemusique.fr en particulier de son improvisation flamboyante sur « A la claire fontaine » !

Tempête en mer

La soirée du 21 juillet était très attendue (lire RVW(1) : A Sea Symphony) : l’Orchestre national de France, le Choeur de Radio France, en grand équipage, sous la baguette inspirée de Cristian Macelaru.

D’abord Marianne Crebassa dans les Sea Pictures d’Elgar : une révélation, une voix de contralto qui a encore gagné en densité excessive et en puissance. Rendez-vous mardi prochain pour retrouver la chanteuse agathoise en récital (lefestival.eu).

En seconde partie, une longue croisière en mer grâce à Ralph Vaughan Williams et Walt Whitman, la première symphonie, vaste fresque chorale et vocale, du grand symphoniste britannique du XXème siècle. Les très nombreux spectateurs présents à l’Opéra Berlioz, comme les auditeurs de France Musique, ont pu constater que les voyages en mer ne sont pas toujours sans surprise. Quelques minutes après le début de l’oeuvre, la jeune soprano Jodie Devos – fabuleuse Ophélie de l’Hamlet donné en ouverture de festival le 15 juillet – qui avait accepté de remplacer l’interprète prévue, Lucy Crowe, faisait un malaise, heureusement sans gravité, obligeant à interrompre quelques minutes le concert. Impossible de donner le 1er mouvement en entier. Mais après du repos, après que Cristian Macelaru a dirigé les 2ème et 3ème mouvements avec la seule présence requise du baryton – formidable – Gerald Finley, la soprano rayonne de nouveau dans le tableau final de la Sea Symphony. Et c’est une longue ovation qui salue tous les interprètes d’une oeuvre dont tous, musiciens et public, se demandent pourquoi elle n’est quasiment jamais donnée en France (quelques exceptions, à Strasbourg et à Besançon il y a une trentaine d’années !). Malheureusement, en raison de l’incident survenu, ce concert n’est pas disponible à la réécoute sur France Musique. On peut qu’espérer qu’après montage entre la générale et le concert, il sera à nouveau proposé.

De gauche à droite : Sibyle Veil, PDG de Radio France, JPR, Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru

Eurovision des jeunes musiciens

Ce soir, en direct sur France Musique et sur CultureBox (France Télévisions), une première pour la France et le Festival Radio France, la finale du concours Eurovision des Jeunes Musiciens. Je disais malicieusement à un journaliste de France Inter qu’à la différence de l’Eurovision de la chanson, la France avait peut-être une chance de l’emporter. Ils seront neuf très jeunes artistes à confronter leurs talents sur le vaste plateau de l’Opéra Berlioz de Montpellier, aux côtés de l’Orchestre national de Montpellier conduit par Pierre Dumoussaud. Mais je ne peux rien dire de plus, je suis membre du jury (en bonne compagnie, Müza Rubackyte, Nora Cismondi, Tedi Papavrami et Christian-Pierre La Marca) et donc tenu à un strict devoir de réserve.

(Photo Midi Libre)

Van Gogh à l’asile

Aix : Rossini oui, Castellucci non

Quand on est soi-même responsable d’un festival.. qui a commencé ce lundi, c’est toujours compliqué d’aller visiter les collègues – l’an dernier, l’ami Jean-Louis Grinda pour un Samson et Dalila d’anthologie à Orange, il y a plus longtemps encore, 2018, pour la dernière de Bernard Foccroulle à Aix-en-Provence. Avignon n’en parlons pas..rien depuis 2014 !

La seule date d’échappée possible cette année c’était ce 12 juillet, le choix entre Moïse et Pharaon de Rossini et la Salomé d’Elsa Dreisig. Finalement Rossini, en raison de sa rareté, mais un grand regret de ne pas avoir vu ni entendu la jeune soprano franco-danoise !

Philippe Venturini dans Les Échos (Rossini en version JT) dit bien ce qu’on peut penser de ce spectacle, long, trop long. Certains tressent des louanges au metteur en scène Tobias Kratzer (la nouvelle coqueluche des scènes lyriques ?): d’accord il « contemporéanise » le sujet, il n’est ni le premier ni le dernier, mais le manichéisme à deux balles, l’humanité à gauche de la scène, la froideur technocratique à droite, ça me gonfle.

Pour les chanteurs, je serai plus indulgent que les critiques de la première : Michele Pertusi n’est pas si « usé » qu’on l’a écrit, il campe un Moïse crédible (Roselyne Bachelot a twitté : « il ressuscite Charlton Heston » !), Pene Pati (Aménophis) avait retrouvé son timbre solaire, Jeanine de Bique, que j’entendais pour la première fois, m’a fait belle impression en dépit d’une diction encore perfectible, mais c’est la jeune mezzo russe Vasilisa Berjanskaia qui m’a le plus séduit dans cette production.

Ici dans la production du festival de Pesaro l’an dernier.

A Aix, j’ai loupé la création de Pascal Dusapin et je m’en suis excusé auprès de lui (eh oui il assistait avec son épouse Florence Darel à la représentation de Moïse mardi soir !). Vaines excuses, je n’avais qu’à m’y prendre autrement, mais il sait depuis longtemps mon admiration et mon affection inconditionnelles.

En revanche, j’en suis désolé pour mes amis qui le vénèrent, je me refuse à participer à la cohorte des thuriféraires de Romeo Castellucci, parce que je ne vois non seulement aucun intérêt à des mises en scène du Requiem de Mozart ou de la 2ème symphonie de Mahler, mais j’y vois surtout une trahison de l’oeuvre de ces compositeurs. Il faut déjà supporter à l’opéra les avanies, les fantasmes de bric et de broc d’une génération de metteurs en scène qui nous infligent leurs réinterprétations des chefs-d’oeuvre du répertoire. Donc non et non !

Vincent à Saint-Rémy-de-Provence

J’habite à quelques centaines de mètres des lieux où Vincent Van Gogh a vécu ses dernières semaines, du cimetière d’Auvers-sur-Oise où il a été enterré en juillet 1890 et rejoint, en 1914, par son très aimé frère Theo (mort un an après Vincent aux Pays-Bas – c’est sa veuve qui décide de réunir dans un même tombeau les deux frères). Je connaissais à peu près tous les lieux qu’a fréquentés le peintre, sauf le cloître Saint-Paul de Masole de Saint-Rémy-de Provence, mi-hospice, mi-asile, aujourd’hui toujours maison de santé et de retraite, où Van Gogh passa une année, de mai 1889 à mai 1890 et peignit pas loin de 150 toiles !

#RVW 150 (I) : A Sea Symphony

#FestivalRF22 #SoBritish

Une fois de plus, il y a bien peu de chances que soit célébré, en Europe continentale, le sesquicentenaire (150ème anniversaire) de la naissance du plus grand symphoniste britannique, Ralph Vaughan Williams, né le 12 octobre 1872 à Down Ampney et mort le 26 août 1958 à Londres.

Au moins le Festival Radio France relève le gant, le 21 juillet prochain, en donnant ce qui pourrait bien être une première française (pour une oeuvre créée en 1910 !), la Première symphonie, intitulée « A Sea Symphony » de Vaughan Williams. Des interprètes d’exception pour cette oeuvre monumentale : Lucy Crowe, soprano, Gerald Finley, baryton, le Choeur de Radio France et l’Orchestre national de France, dirigés par Cristian Macelaru.

Un océan de musique

« Avec son orchestre volumineux, son grand chœur, ses solistes et son finale d’une demi-heure, la mer de Vaughan Williams est nettement plus vaste et profonde : ce n’est pas pour rien que le compositeur avait songé à appeler son ouvrage Ocean Symphony ! Vaughan Williams mit sept ans à élaborer ce qui devint sa première symphonie. Pendant cette période, il étudia auprès de Maurice Ravel, collecta des centaines de folksongs, produisit de premières esquisses de pièces chorales… Créée en 1910, sa Sea Symphony porte cet héritage et plus encore : la partition s’inspire de l’oratorio d’Elgar The Dream of Gerontius, tant dans la forme – le mouvement lent pour baryton et demi-chœur – que dans le fond – la méditation mystique du finale.

L’évocation de la mer est en effet essentiellement métaphorique pour Vaughan Williams dont l’œuvre traite surtout de la traversée de l’existence. Le premier mouvement est ainsi un acte de naissance solennel, qui prend la forme d’un hymne à l’humanité prête à prendre le large (« un chant pour les marins de toutes les nations »), tandis que le finale interroge le temps qui passe et le sens de la mort (« Que cherches-tu, âme inquiète ? »). Entre ces deux mouvements qui constituent les piliers de l’œuvre, un nocturne contemplatif et un scherzo vif font office d’intermèdes, dans la pure tradition des symphonies romantiques. Le troisième mouvement est celui qui se rapproche le plus de l’élément marin : avec son style luxuriant qui multiplie les effets de vague et les coups de vent, ce scherzo montre que le jeune Vaughan Williams maîtrise parfaitement les lois de l’écriture orchestrale – huit autres symphonies suivront jusqu’à la mort du compositeur en 1958″. Tristan Labouret pour lefestival.eu

La version donnée par Sakari Oramo lors des Prom’s 2013 donne une assez juste idée de l’ampleur et du souffle de l’oeuvre :

Des disques

Pas mal de versions séparées. On privilégie deux d’entre elles, parues d’ailleurs dans le cadre d’intégrales des symphonies, Bernard Haitink qui concilie grandeur et intelligence du détail, et André Previn qui impressionne dans un discours qui s’avoue post-romantique.

Le piano qu’on aime

Crise du disque ? crise du classique ? pas pour le piano semble-t-il.

Quelques pépites repérées dans les dernières sorties, des pianistes, des amis que j’admire depuis longtemps.

Benjamin et Chopin

Faut-il que je redise ici tout le bien que j’entends, pense et écris de Benjamin Grosvenor ? Le pianiste anglais, qui fête ses 30 ans le 8 juillet, revient à Montpellier les 28 et 29 juillet, dans le cadre du #FestivalRF22, jouer les 3ème et 4ème concertos de Beethoven (il est recommandé de réserver au plus vite : lefestival.eu) avec ses complices du Scottish Chamber Orchestra.

J’ai profité du week-end dernier pour écouter un disque remarqué évidemment dès sa sortie il y a un an, dont je remettais l’écoute à des moments plus favorables. Et, comme toujours, avec ce diable d’artiste, le choc. Ces deux concertos de Chopin qu’on croit connaître par coeur, sous les doigts de Rubinstein, Clara Haskil (pour le second), Martha Argerich, et tant d’autres illustres, je les ai redécouverts avec Benjamin Grosvenor.

Foin d’un romantisme de jeune fille phtisique, du piano puissant, charnel, éloquent, virtuose mais une liberté souveraine dans le choix des tempi, des phrasés, un nuancier sans limite, une jeunesse enivrante.

Et puis la découverte, pour moi, d’une jeune cheffe d’orchestre chinoise, Elim Chan, qui ne se contente pas du service minimum, loin de là, pour accompagner son génial soliste.

Cédric et Ravel

Gramophone en a fait son « disque du mois » de juin. Alain Lompech ne tarit pas d’éloges sur les réseaux sociaux. C’est le dernier disque de Cédric Tiberghien et de François-Xavier Roth (je n’oublie pas la présence de Stéphane Degout, j’y reviendrai plus loin) :

« Ecouté, réécouté avec une attention soutenue, chaque fois plus soutenue devrais-je dire, ce disque est une merveille à laquelle je ne fais qu’un reproche : le choix d’un grand patron Pleyel de 1892 en lieu et place du Erard qui s’imposait ici : c’était l’instrument de Ravel, celui dont son imaginaire sonore s’est nourri, et le grand Erard cordes parallèles 90 notes en cadre serrurerie ou le rarissime cordes parallèles avec cadre en fonte s’imposaient ici d’un point de vue historique et musical.
Ceci dit, le Pleyel joué par Cédric Tiberghien est une merveille et joué par lui une splendeur dont bénéficient les mélodies qu’il accompagne de façon magistrale, et je pèse mes mots, à Stéphane Degout qui chante d’une façon directe, sans apprêt, d’une façon qui vise juste en chaque mot, chaque accent…
Les deux concertos se hissent tout en haut de mon panthéon en raison de la façon si précise, si fulgurante parfois dont Thibergien les joue, en raison aussi de la sensibilité sans la moindre sollicitation dont il fait preuve: le deuxième mouvement du concerto en sol est à couper le souffle tant il sait le tenir en apesanteur, comme sa joie conquérante dans le finale et son allant si swinguant dans le premier mouvement. Le même pianiste réussit le Concerto de la main gauche au-delà de toute espérance, car il n’est pas si fréquent que le même pianiste réussisse les deux de façon également convaincante. Tiberghien joue dents serrées, taille dans le vif du clavier et chante sa cadence finale admirablement sur un piano qui tient le choc et rend les textures plus transparentes… François Xavier Roth et les Siècles sont vraiment exemplaires : la saveur des couleurs des instruments d’hier et le caractère précis, analytique et inspiré de la direction apportent vraiment beaucoup à ces deux oeuvres…
(Alain Lompech sur Facebook, 27 juin 2022).

L’une des merveilles de ce disque est la présence de plusieurs mélodies de Ravel, où l’on retrouve Stéphane Degout et Cédric Tiberghien.

J’en profite pour rappeler que Stéphane Degout est l’un des invités de choix du prochain Festival Radio France (lefestival.eu), d’abord parce qu’il donne le 25 juillet le cycle La Belle Maguelone de Brahms, quasiment sur les lieux mêmes de la légende (lire La légende de la belle Maguelone) mais aussi parce qu’il anime une Masterclass les 26,27 et 28 juillet.

Eric et Mozart

L’ami et compagnon de tant d’aventures Eric Le Sage se lance au disque dans Mozart.

Une surprise ? Pas pour ceux qui suivent le pianiste français depuis longtemps (souvenir personnel d’un concerto de Mozart avec Armin Jordan à Liège !) Celui qui a été unanimement reconnu, et souvent récompensé, pour ses Schumann, Poulenc en solo, ses Fauré et Brahms en musique de chambre, trouve pour ces deux concertos un partenaire de choix en la personne de François Leleux et de son orchestre suédois.

Je n’ai pas encore pu entendre tout le disque – le mouvement lent du 24ème sur Idagio – et ce matin une partie du 17ème concerto sur France Musique (à réécouter ici). J’aime l’allégresse, le mouvement allant, voire très allant, qu’adoptent Eric Le Sage et François Leleux. Et la grande et belle allure de ce Mozart franco-suédois.