Retours

On a appris cette semaine deux bonnes nouvelles.

La comète Alexia

Alexia revient. Sylvain Fort signait dans Forumopera un billet plein d’espoir : Alexia Cousin, un retour plein d’usage et de raison.

J’ai plusieurs fois évoqué Alexia Cousin dans ce blog et de précédents. Je l’avais entendue en 1998 à la maison de la Radio lorsqu’elle remporta le concours Voix Nouvelles à 18 ans, et de 2000 à 2005 je l’ai suivie, engagée, entendue à Genève, Liège, Paris…

Dans ce documentaire produit pour marquer le mandat de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, il y a de précieux extraits d’Alexia Cousin en concert : à 2’09 dans Ravel et à 14’30 dans Beethoven.

alexiacousin.com

Réhabilitation

Les musiciens de la Staatskapelle de Dresde ont choisi celui qui succèdera en 2024 à leur actuel directeur musical Christian Thielemann : ce sera Daniele Gatti. Et pour le chef italien une réhabilitation définitive et éclatante après sa bien peu glorieuse éviction d’Amsterdam en 2018 (Remugles). Lire le papier d’Hugues Mousseau pour Diapasonmag : Daniele Gatti à Dresde, une logique d’excellence

Daniele Gatti en février dernier à la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France au Théâtre des Champs-Elysées.

Grâce à YouTube, je retrouve un grand souvenir d’il y a huit ans presque jour pour jour. J’avais entraîné Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, au concert que donnaient l’Orchestre national et le choeur à la Basilique de Saint-Denis, le 27 juin 2014, sous la direction de Daniele Gatti pour une rareté au concert : l’oratorio Elias de Mendelssohn. Il faisait chaud, nous étions bien mal assis sur les chaises bien raides de l’église, mais quel souffle, quelle grandeur !

Offenbach et Stravinsky

Le rapprochement des deux noms peut surprendre. Il n’est que circonstanciel.

J’ai donné récemment deux chroniques à Forumopera, deux manifestations d’enthousiasme (relire Ardeurs et pudeurs de la critique). Les voici :

Embarquement pour la lune

Avignon, Clermont-Ferrand, Compiègne, Limoges, Marseille, Massy, Metz, Montpellier, Nancy, Nice, Reims, Rouen, Toulon, Tours, Vichy : ce sont les quinze villes françaises où l’on a vu ou verra bientôt ce Voyage dans la Lune. Une impressionnante coproduction initiée par l’ex-Centre français de promotion lyrique, aujourd’hui Génération Opéra, avec le concours du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, jamais à court d’une aventure éditoriale. C’est à ce dernier qu’on doit d’avoir entre les mains le 44e livre-disque d’une collection devenue incontournable dans un paysage discographique lyrique où les nouveautés sont rares.
Cet opéra-féerie d’Offenbach écrit en 1875, le cinquième et dernier d’une série commencée en 1872 avec Le Roi Carotte, s’inspire plutôt librement de Jules Verne (De la terre à la lune), se déroule en 4 actes et 23 tableaux.
Pour ce qui est de l’intrigue et de la féerie, on renvoie aux précieuses Cinq clés pour Le Voyage dans la Lune que Christophe Rizoud et L’Avant-Scène Opéra nous fournissaient ici même au début de ce périple sur les scènes de France. On renvoie aussi aux comptes rendus contrastés qu’en ont donnés les critiques de Forumopera , à Marseille, Nice, Limoges.
L’enregistrement de ce Voyage dans la lune résulte… d’une annulation pour cause de crise sanitaire ! En effet, c’est à Montpellier que devait commencer la tournée de ce Voyage en décembre 2020. Représentations en public impossibles ! C’était sans compter sur l’obstination de la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier, qui tenait à ce que le travail des chanteurs et de l’équipe réunie autour du metteur en scène Olivier Freidj et du jeune chef Pierre Dumoussaud (assisté de Chloé Dufresne) aille à son terme et que les générales (deux puisque double distribution) aient lieu… mais sans public ! On imagine que le Palazzetto avait prévu, comme c’est souvent le cas, un enregistrement « live ». Manqué ! Mais personne ne pouvait imaginer renoncer à graver ce « premier enregistrement mondial intégral ». Il fallut attendre la levée des restrictions sanitaires et tout le monde se retrouva début septembre 2021 dans la salle Béracasa du Corum de Montpellier.
Comme nous n’avons pas encore vu ce Voyage dans la Lune sur scène, nous nous contenterons de ce que nous entendons sur ce double CD, non sans avoir lu l’avertissement d’Alexandre Dratwicki sur les conditions de l’enregistrement : « Le spectacle élaboré par Olivier Fredj et son équipe fut un temps paralysé puis reformulé à cause du Covid : il a fallu opérer plusieurs coupures dont le désagrément musicologique est relativisé par la nouvelle dynamique des enchaînements. Le présent enregistrement permet d’entendre l’intégralité de la musique et les principales scènes dialoguées, raccourcies pour favoriser la fluidité de l’écoute musicale ».
Et ce qu’on entend est fort réjouissant !

Un grand chef
Une fois n’est pas coutume dans une critique d’opéra, on va commencer par le chef. Car c’est bien d’abord celui que les Victoires de la musique classique ont désigné, il y a quelques semaines, comme « Révélation chef d’orchestre », le jeune trentenaire Pierre Dumoussaud, qu’il faut saluer comme le maître d’œuvre d’une vraie réussite.
On le sait, mais on le répète, rien n’est plus difficile à diriger que la musique dite « légère », d’illustres baguettes ne se sont jamais risquées à l’opérette viennoise ou française. A écouter ce Voyage, où les pages d’orchestre sont tout sauf négligeables – deux ballets tout de même, celui des Chimères, et, plus développé, celui des Flocons de neige, avec moult pièces de genre, mazurkas, valses, variations, polkas, galops – on mesure la formidable capacité du jeune chef à parfaitement restituer l’esprit d’Offenbach, l’humour, la vivacité, la tendresse, l’élégance d’une musique faussement simple. L’orchestre de Montpellier brille de tous ses feux (le Chœur de l’Opéra de Montpellier préparé par Noëlle Gény n’est pas en reste) et répond tout en souplesse aux moindres inflexions de Pierre Dumoussaud. Une leçon de style, une baguette déjà confirmée qui ira loin !
La réussite du chef est d’autant plus probante que la partition qu’il a sous les yeux n’est pas toujours d’un chef-d’œuvre. Offenbach reprend, emprunte, réassemble des thèmes, des idées musicales qu’il a déjà utilisés, sans toujours un souci de cohérence. Dès l’ouverture on reconnaît l’air de Dapertutto « Scintille diamant » des Contes d’Hoffmann, la polka du ballet des Flocons de neige sonnera familièrement aux oreilles des amateurs de la Gaîté parisienne de Manuel Rosenthal, et tout au long de ce Voyage, plus d’une fois on se dira que tel air, tel duo, tel ensemble est du déja entendu dans Offenbach.

Jeunes voix
La réussite de cet enregistrement tient aussi à l’homogénéité d’un cast où les jeunes voix sont encadrées par des aînés (relatifs, pas des barbons !) qui sont comme poissons dans l’eau dans ce répertoire.
Le prince Caprice est incarné par Violette Polchi : la jeune mezzo parisienne passée par la Maîtrise de Radio France a été repérée par le Palazzetto Bru Zane dès 2018 et s’est déjà frottée à l’opérette française. On la sent parfois embarrassée par un vibrato généreux et une diction qui peut certainement s’améliorer. Son amoureuse, dans Le Voyage, Fantasia, est délicieusement chantée par la jeune soprano bruxelloise Sheva Tehoval, timbre clair et sourire dans la voix. Leur « duo des pommes » à la fin du deuxième acte est irrésistible et devrait figurer dans toute bonne compil d’Offenbach !
Le roi Vlan, le père de Caprice, ne pourrait trouver meilleur interprète que le toujours fringant Matthieu Lécroart, tout récemment entendu dans Hulda au théâtre des Champs-Elyséees (tout comme Ludivine Gombert qui chante ici, tour à tour, Flamma, Adja, une bourgeoise ou une forgeronne !). L’autre Belge de la distribution, le ténor namurois Pierre Derhet, confirme, dans le personnage de Quipasseparla (sic), les espoirs que sa promotion comme lauréat de l’Académie de chant de La Monnaie avait fait naître en 2016. Le Microscopedu ténor gracieux de Raphaël Brémard ne déçoit pas ceux qui l’ont déjà entendu dans Offenbach. 
On ne sera pas étonné que Marie Lenormand, qu’on avait applaudie en irrésistible nonne dans Le Testament de la tante Caroline de Roussel, soit une parfaite Popotte. Compliments à partager avec Thibaut Desplantes, le barytonnant Cosmos, à moins qu’il ne soit le Commissaire ou Cosinus, avec l’expérimenté Christophe Poncet de Solages dans les brefs rôles de Cactus et Parabase.
La réussite de cet album tient aussi à la qualité des textes de Jérôme Collomb (Offenbach et la féerie), du spécialiste ès-Offenbach Jean-Claude Yon (Jacques Offenbach et Jules Verne : rendez-vous manqués) et d’Alexandre Dratwicki (Le Voyage… dans la presse). 
 
https://www.youtube.com/watch?v=ymls9DaGf34

(Forumopera, 8 juin 2022)

Le prince Igor

Auteur d’un remarquable essai, aussi pertinent qu’historiquement étayé (Le génie des Modernes – La musique au défi du XXIe siècle)  l’une des voix les plus familières et cultivées (l’un n’empêche pas l’autre !) de France Musique, Lionel Esparza, dresse, en 218 pages, un portrait savoureux du « père de la modernité au XXe siècle », le « flamboyant, complexe, autoritaire, inspiré » Igor Stravinsky (1882-1971).
Esparza, l’agrégé de musicologie, n’oublie jamais l’animateur de radio qu’il est depuis plus d’une vingtaine d’années : les mots-valises, les concepts fumeux, le jargon des spécialistes auto-proclamés, ce n’est pas son truc. Mais le sens de la formule, le récit palpitant d’un génie en mouvement perpétuel, toujours à court d’argent et de reconnaissance, la galerie de portraits qui ne s’embarrasse d’aucune prudence, oui !
« Cosmopolite tant dans son art et ses mœurs, Stravinsky, Russe d’origine, adopte la France pendant les Années folles, s’installe aux Etats-Unis à la fin de sa vie… Après les débuts scandaleuxc du Sacre du printemps, il entreprend un itinéraire musical en perpétuelle réinvention, il badine avec les styles, théâtralise sa création, en revendique l’insouciance. » 
Stravinsky compositeur lyrique ?
Le nom même de Stravinsky n’est pas spontanément associé à l’art lyrique ou vocal. Il est définitivement lié aux trois ballets qui firent sa gloire et fondèrent la modernité du XXe siècle : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps.
Pourtant son premier grand ouvrage, commencé avant l’Oiseau de feu, est un opéra, Le Rossignol, d’après le conte d’Andersen Le Rossignol et l’Empereur de Chine. Esquissé dès 1908, le Rossignol ne sera créé que le 26 mai 1914 à l’Opéra de Paris, sous la direction du fidèle Pierre Monteux, mais ne rencontre pas le succès attendu : Diaghilev, voulant surfer sur le succès des ballets précédents, avait imaginé de placer les chanteurs dans la fosse et de faire danser leurs rôles. Le public et la critique en sont décontenancés.
Au début des années 20, Stravinsky fait tout à la fois son deuil de la mère patrie (il a quitté la Russie en 1914 un mois avant le début de la Première Guerre mondiale et n’y retournera qu’en 1962 !) et s’engage, presque à contre-courant de la modernité qu’il incarne, dans une période « néo-classique » qui va durer trente ans. En 1922 il s’attèle à son deuxième ouvrage lyrique, Mavra, un opéra bouffe en un acte inspiré de La petite maison dans la forêt de Pouchkine. Succès d’estime lors de la création à l’Opéra de Paris le 3 juin 1922.
Un Don Giovanni petits bras
Il faudra attendre 1951 et la création du troisième opéra de Stravinsky – The Rake’s progress, pour que le compositeur renoue avec les triomphes des débuts. Installé aux Etats-Unis depuis 1940, c’est là que l’auteur du Sacre a rencontré le poète et dramaturge Wystan Hugh Auden (plus connu comme W.H. Auden), qui sera, avec son compagnon Chester Kallman, le librettiste de ce Rake’s progress, mais aussi celui de Britten ou Henze, pour ne citer que les plus connus. 
Le succès de l’ultime ouvrage lyrique de Stravinsky tient aussi aux circonstances et à la distribution de la création : celle-ci a lieu à la Fenice de Venise le 11 septembre 1951, avec Elisabeth Schwarzkopf dans le rôle d’Anne Trulove, Jennie Tourel, Hugues Cuénod entre autres. « Autant un résumé de deux siècles d’art lyrique qu’un adieu à sa période néo-classique » selon Lionel Esparza, « The Rake’s progressest donc un pur opéra à numéros, comme chez Mozart ou Rossini, avec cavatines et cabalettes, et le héros Tom Rakewell n’est rien de plus qu’un Don Giovanni à petits bras égaré dans une comédie de Broadway ».

https://www.youtube.com/watch?v=NB0Z9RKP3SI

La voix dans tous ses éclats
L’œuvre de Stravinsky consacrée à la voix, en dehors du genre lyrique, n’est pas mince, mais reste largement méconnue, sans doute parce qu’elle ne s’inscrit ni dans un projet déterminé (comme l’était la collaboration avec Diaghilev) ni dans une période donnée, ni surtout dans des catégories reconnues.
Ainsi Renard (1916), « histoire burlesque chantée et jouée », ou Les Noces (1917)  « scènes chorégraphiques russes avec chant et musique »(et 4 pianos!) témoignent d’abord d’une formidable nostalgie de la terre natale. A l’inverse, les deux oratorios, Oedipus Rex (1927) puis Perséphone (1934) épousent l’air du temps et s’inscrivent dans une lignée d’ouvrages inspirés de l’Antiquité, de la mythologie, où s’illustrent à peu près tous les contemporains de Stravinsky durant l’entre-deux-guerres. 
Pour ce qui est de l’art choral, la Symphonie de psaumes (1930) est l’arbre qui cache un bosquet de bouleaux. Au gré des commandes et des rencontres, suivront une Messe (1948) d’une aridité qui en rebutera plus d’un, le Canticum sacrum (1955) écrit pour Venise, les Threni de 1958, une cantate pour contralto, ténor et récitant (A Sermon, a Narrative and a Prayer), l’Introitus à la mémoire de T.S. Eliot (1965) et les Requiem canticles de 1966. Et ce Roi des Etoiles de 1904 d’une brièveté inversement proportionnelle à l’effectif orchestral et choral considérable qu’il requiert.
Moins important, quantitativement, encore est le répertoire que Stravinsky a consacré à la mélodie : en 1913 les Trois poésies de la lyrique japonaise, puis jusqu’en 1919 Trois petites chansons, Quatre chants russes, toujours la nostalgie et l’inspiration du pays perdu. Et puis plus rien jusqu’en 1953 et les Trois chants de Shakespeare, au début de la période dite « sérielle » du compositeur, qui orchestrera plusieurs de ses mélodies de jeunesse. 

Les leçons d’une vie
Impossible de faire tenir une vie aussi longue et riche que celle de Stravinsky en deux cents et quelques pages. Ce n’était pas assurément l’ambition de Lionel Esparza, mais celui-ci aura réussi son pari : donner envie à son lecteur, et en particulier à l’auteur de ces lignes, de revenir à ces « Chroniques de ma vie » de Stravinsky lui-même qui commençaient à prendre la poussière, et surtout de réécouter, voire de découvrir des pans entiers d’une oeuvre qui ne se résume pas à quelques « tubes ».
On aime, en particulier, le dernier chapitre de ce Stravinsky, « Les leçons d’une vie », où, en une dizaine de pages, Lionel Esparza fait une admirable synthèse des révolutions et évolutions stylistiques opérées par l’un des génies universels du XXème siècle. 

(Forumopera, 1er juin 2022)

Goût et dégoût

La différence entre l’Angleterre et la France ?

Tout ce qui s’est passé ces derniers jours.

Jubilé

Ils sont des millions à aimer leur vieille reine, à avoir attendu ses apparitions au balcon de Buckingham Palace. Ils sont fiers de leur chef de l’Etat, les Britanniques.

Quand on lit le message de remerciements de la reine, on comprend tout. La politique comme une noblesse du coeur.

Pourtant, la fête à peine terminée, le combat politique a repris ses droits : à l’heure où j’écris ces lignes, on ne connaît pas encore le résultat du vote de défiance demandé par les conservateurs envers leur Premier ministre Boris Johnson.

Les pauvres types

En France, l’insulte, l’invective, la spécialité du meilleur copain des dictateurs de la planète – Castro, Chavez, Poutine, il en faut d’autres ?), j’ai nommé le grand leader NUPESien, le sieur Mélenchon. Celui qui a largement et abondamment profité du système (élu sénateur à 35 ans et toujours payé par la politique depuis !) passe son temps à déverser son fiel. Il prétend devenir le prochain Premier ministre et appelle Emmanuel Macron « le gars ». Son séide Bompard apostrophe le président de la République d’un : « oh bonhomme tu feras ce qu’on te dira »…

Et ces types veulent réhabiliter la politique, inciter les citoyens à voter ?

Voilà l’image que JLM twitte hier soir en apprenant la défaite de Manuel Valls à l’élection anticipée des députés des Français de l’étranger.

Haro sur Manuel Valls, il faut s’acharner sur la bête à terre ! Le même soir, Ségolène Royal plastronne sur les plateaux de télévision en soutien à son nouvel ami NUPESien, et personne n’a le courage de rappeler à l’ex-finaliste battue de la présidentielle de 2007 (ça fait quinze ans tout de même !) qu’elle s’est aussi lamentablement ramassée comme candidate à l’élection des sénateurs représentant les Français de l’étranger.

Le pompon est détenu par les dames Simonet et Obono, des insoumises si soumises à leur chef, qui affichent le soutien du plus sulfureux des has been des travaillistes anglais, le bien peu respectable Jeremy Corbin.

Pauvre France !

Ascension

Je ne suis pas sûr qu’à part son fameux « pont », synonyme de long week-end et d’éventuels congés, l’on sache encore ce qu’est l’Ascension et le pourquoi d’un jour férié un jeudi !

Le calendrier chrétien

Rappelons donc que l’Ascension est une fête chrétienne célébrée le quarantième jour à partir de Pâques. Elle marque la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples après sa résurrection et son élévation au ciel. Elle exprime un nouveau mode de présence du Christ, qui n’est plus visible dans le monde terrestre, mais demeure présent dans les sacrements. Elle annonce également la venue du Saint-Esprit dix jours plus tard et la formation de l’Église à l’occasion de la fête de la Pentecôte. Elle préfigure enfin pour les chrétiens la vie éternelle.

L’Ascension est un élément essentiel de la foi chrétienne : elle est mentionnée explicitement, tant dans le Symbole des apôtres que dans le Symbole de Nicée-Constantinople et donc partagée par les catholiques, les orthodoxes (l’Ascension du Seigneur est une des Douze grandes fêtes), les protestants et les fidèles des Églises antéchalcédoniennes.

Le jeudi de l’Ascension est jour férié dans plusieurs pays et célébré chaque année entre le 30 avril et le 3 juin pour le calendrier grégorien. Pour les catholiques et les protestants, en 2022, l’Ascension est le jeudi 26 mai et en 2023 elle aura lieu le 18 mai. Pour les orthodoxes, c’est respectivement le 2 juin et le 25 mai. (Source Wikipedia).

L’Ascension en musique

De manière certes moins abondante ou spectaculaire que Noël ou la période pascale, l’Ascension a inspiré les compositeurs.

On pense en premier lieu à Jean-Sébastien Bach et à sa cantate BWV 11 Lobet Gott in seinen Reichen, souvent nommée Oratorio de l’Ascension (17 mai 1735)

L’un des fils Bach, Carl Philip Emanuel (1714-1788), écrit un oratorio qui réunit deux épisodes : la Résurrection (à Pâques) et l’Ascension du Christ (1774)

Le prolifique Telemann (1681-1767) avait fait de même en 1770, quelques années avant C.P.E.Bach, sur le même livret de Karl Wilhelm Ramler.

et écrit plusieurs cantates pour ces fêtes religieuses du printemps.

Incontournable Messiaen

Au XXème siècle, le plus religieux des compositeurs français, Olivier Messiaen (1908-1992) consacre à l’Ascension deux recueils, en 1932 pour orchestre symphonique, puis en 1933 pour orgue, composés de quatre mouvements :

  1. Majesté du Christ demandant sa gloire à son Père
  2. Alleluias sereins d’une âme qui désire le Ciel
  3. Transports de joie d’une âme devant la gloire du Christ qui est la sienne
  4. Prière du Christ montant vers son Père
Deutsche Grammophon a eu la bonne idée de réunir en un coffret anniversaire (Olivier Latry vient de fêter ses 60 ans) les enregistrements de l’organiste à la tribune de Notre Dame de Paris, en particulier une intégrale de l’oeuvre d’orgue de Messiaen qui fait référence.

J’en profite pour rappeler qu’Olivier Latry est l’un des invités prestigieux de l’édition 2022 du Festival Radio France pour un récital sur les orgues de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier le 20 juillet prochain, qui rendra, entre autres, hommage à César Franck à l’occasion de son bicentenaire : lefestival.eu.

Bienveillance

Est-ce un effet de l’âge ou de l’expérience singulière traversée il y a six mois ? Plus les années passent, moins je ressens la nécessité de m’indigner, de m’insurger, de critiquer. Non pas que les motifs de le faire aient disparu, on serait plutôt sur une tendance exponentielle inverse.

Tenez prenez le nouveau gouvernement ! J’ironisais gentiment vendredi sur l’attente insupportable que nous faisaient subir le président de la République et la nouvelle Première ministre (En attendant Borne I). Depuis qu’il a été annoncé, c’est le déferlement. Pas un seul, journaliste, observateur, commentateur, pour dire que, peut-être, avant de leur tomber dessus, on pourrait juste attendre de voir ce que vont faire les nouveaux nommés ! Pas beaucoup plus pour creuser un peu plus les portraits de celles et ceux qui font figures de proue de ce gouvernement, à commencer par la Première ministre – une « techno » on vous dit !

Que c’est fatigant ces caricatures ! Dans un sens ou dans l’autre… Ainsi, à écouter la longue, très longue, litanie d’autojustification de la ministre de la Culture sortante, la si médiatique Roselyne Bachelot, on pouvait avoir le sentiment d’y perdre au change avec l’arrivée d’une conseillère de l’ombre, inconnue du grand public, dotée d’un patronyme qui signale la « diversité », Rama Abdul Malak. Ceux qui ont eu affaire au ministère de la Culture ces dernières années n’ont pas du tout la même perception du bilan de la rue de Valois pendant la pandémie…En revanche, la nouvelle ministre c’est moins de paillettes mais plus de sérieux. Le milieu culturel ne l’a pas encore dézinguée. De bon augure ?

Les belles bretelles

Envie de parler d’un disque qui a peu de chances de faire le gros des ventes : ce n’est pas la première fois que l’accordéon – affectueusement désigné comme « piano à bretelles – s’empare de la musique classique.

Bogdan Laketic est un musicien né en 1994 en Serbie, aujourd’hui installé à Vienne. Il publie ces jours-ci un disque absolument enthousiasmant, comportant notamment deux grandes sonates de Haydn :

Un artiste qu’on va suivre assurément !

23 mai 1927

Il y a cinq ans, nous n’étions pas sûrs de pouvoir fêter ses 90 ans. Aujourd’hui, elle fête son 95ème anniversaire. Elle aura dans quelques jours autour d’elle tous ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ! Bon anniversaire Maman !

Cadeau pour elle.. et pour nous cet extrait d’un récital à Buenos Aires de Montserrat Caballé, une chanson populaire suisse Gsätzli. Je connaissais la version d’Elisabeth Schwarzkopf, je n’aurais jamais imaginé la cantatrice espagnole nous donner des frissons en suisse allemand !

Teresa et Narcisse

Berganza l’unique

La disparition, à l’âge respectable de 89 ans, de Teresa Berganza, a suscité un légitime flot de louanges. La presse spécialisée rappelle les grands rôles qui ont marqué sa carrière sur scène et au disque. Pour ma part, j’ai un seul souvenir d’elle au concert. C’était l’été, au début des années 90, un concert au Victoria Hall, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par le regretté Jesus Lopez-Cobos. J’ai le souvenir d’un programme original – y avais-je contribué ? ma mémoire est floue. En première partie la symphonie n°60 « Il Distratto » de Haydn, en seconde partie des airs de zarzuelas chantés par… Teresa Berganza.

Teresa Berganza n’avait plus chanté depuis longtemps à Genève. A la sortie du concert, les terrasses autour du Victoria Hall étaient pleines. Lorsque nous passâmes devant pour aller dîner avec le chef et la chanteuse, nombre de gens se levèrent et l’applaudirent. Elle en fut bouleversée, pensant que les gens l’avaient oubliée…

Narcisse en son miroir

Il y a exactement huit ans Mathieu Gallet, qui avait pris ses fonctions de PDG de Radio France le 12 mai 2014, me nommait directeur de la musique de Radio France avant de m’en écarter un an plus tard parmi une quinzaine de hauts cadres de la Maison ronde qui devaient, semble-t-il, payer la longue grève du printemps 2015.

C’est dire si j’étais impatient de lire ce qui était annoncé comme un recueil de souvenirs de l’ex-PDG limogé par le CSA en janvier 2018, un an avant le terme normal de son mandat.

Les années passées par Mathieu Gallet à la tête de Radio France, de 2014 à 2018, semblent avoir été écrites pour un scénario de série. Coups tordus, trahisons : tous les ingrédients d’une intrigue qui s’est jouée dans le monde impitoyable des médias et de la politique se trouvent ici réunis. À quoi s’est ajoutée, pour pimenter le tout, la rumeur tenace d’une liaison cachée entre le futur chef de l’État, Emmanuel Macron, et le président du premier groupe radiophonique de France. Après s’être imposé une longue période de silence, Mathieu Gallet évoque pour la première fois publiquement cette histoire retentissante dans laquelle divers protagonistes ont essayé de l’impliquer en l’instrumentalisant à ses dépens. 
Des ors de la République jusqu’aux bancs du palais de Justice en passant par la Maison de la radio, ce livre retrace le parcours d’un jeune provincial qui réussit son ascension dans la société parisienne en accédant à de hautes fonctions dans le domaine de l’audiovisuel, avant de payer le prix d’un succès qui a heurté les intérêts de certains et dérangé les calculs des autres. 
Mathieu Gallet rappelle son action à la tête de Radio France, marquée par un profond mouvement de transformation qui, après des débuts chahutés, a permis à l’entreprise de se mettre en ordre de marche pour se trouver aujourd’hui dans la situa tion enviable de leader. À l’heure où les médias publics sont mis en cause et fragilisés, il dessine des perspectives pour que ce bien commun soit préservé et renforcé. 
Cette période de sa vie a correspondu au temps d’une relation amoureuse, étrangère à celle que la rumeur lui prê tait. Elle aura beaucoup compté dans la prise de conscience de ce qu’il doit à ses origines sociales et à sa vie personnelle : la capacité de tout affronter dans un univers où règne trop souvent la violence des jeux de pouvoir.
(Présentation de l’éditeur)

En ce qui concerne le domaine dont j’étais chargé, l’ex-PDG de Radio France se met à son avantage et révèle à tout le moins une naïveté, d’autres diront candeur (Lire : Ma part de vérité).

« Forcément autocentrées, pleines de détails intimes dont l’auteur aurait pu se passer, ces Illusions perdues à la première personne décrivent avec un certain cran un petit monde politico-médiatique, dont le jeune provincial fut un temps un des rois éblouis pour en devenir, selon lui, une victime expiatoire » (Le Point, 12 mai 2022)

Dans un livre de 324 pages qui aurait pu aisément tenir en cent, si l’auteur avait évité de très longues et inutiles digressions sur sa famille, ses parents, ses grands-mères, et nous avait épargné les voyages et week-ends en amoureux qui rythment son récit, on en apprend finalement peu sur la réalité et le contenu des missions dont Mathieu Gallet avait été chargé à la tête de l’INA et bien sûr de Radio France. En revanche, l’auteur s’y entend en name dropping, et les people avec qui il dînait ou festoyait ne seront peut-être pas très heureux de retrouver tant de détails personnels.

Et bien sûr le livre tourne et retourne autour de la fameuse « rumeur » de sa liaison supposée avec le futur (et l’actuel) président de la République. Tout a été dit depuis 2017 sur le sujet, le seul reproche que MG puisse se faire c’est d’avoir alors traité le sujet avec la désinvolture qui fait une partie de son charme.

Le livre a un mérite : celui de prouver qu’un provincial, peu diplômé, qui n’est passé par aucune grande école ni la fonction publique, peut accéder à des postes importants – les quatre années qu’il a passées à la tête de Radio France peuvent vraiment être mises à son crédit -, de prouver aussi que, faute d’appartenir aux grands corps, aux réseaux puissants qui tiennent les lieux de pouvoir, on peut se retrouver du jour au lendemain déchu de tout.

Jeunes baguettes

Il y a deux mois, j’applaudissais le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (Yuja, Klaus et Maurice), 26 ans !

Quand je lis le compte-rendu de Remy Louis d’un concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France, où le quasi-vétéran (36 ans tout de même !) Santtu-Matias Rouvali a dû être remplacé par Tarmo Peltokoski, un compatriote – finlandais – de 21 ans ! – lire Les débuts fracassants de Tarmo Peltokoski, j’ai l’impression d’une course à la jeunesse chez les organisateurs, les responsables d’orchestres ou d’institutions musicales.

Il y a encore une vingtaine d’années, recruter un chef de moins de 40 ans paraissait audacieux, voire risqué, surtout pour un poste de directeur musical. On n’aura pas la cruauté de citer les exemples de ces jeunes chefs qui n’auront fait qu’un petit tour à ce genre de poste.

Je me réjouis, par exemple, de recevoir à nouveau à Montpellier, le 19 juillet prochain, le chef anglais Duncan Ward (33 ans!), à la tête de l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée (voir lefestival.eu). J’avais assisté en octobre dernier à sa prise de fonction comme chef de la Philharmonie Zuidnederland à Maastricht.

Jeudi dernier, c’était, à la Philharmonie de Paris, une autre jeune baguette, Thomas Guggeis, 29 ans, qui remplaçait Daniel Barenboim, souffrant, à la tête du West-Eastern Divan Orchestra.

Une Patrie universelle

Au programme de ce concert, le cycle « Ma Patrie » de Smetana, une suite de six poèmes symphoniques, dont la célèbre Moldau, que je n’avais plus eu l’occasion d’entendre en concert depuis que je l’avais programmé en janvier 2010 à Liège, avec François-Xavier Roth et l’Orchestre philharmonique royal de Liège (Festival Visa pour l’Europe).

Thomas Guggeis est indéniablement à son affaire dans un cycle où les décibels d’une orchestration wagnérienne peuvent souvent masquer les inspirations populaires du compositeur tchèque. On se demande si le résultat eût été le même avec Barenboim au pupitre. On a entendu un camarade regretter une certaine neutralité interprétative et l’absence de cette nostalgie slave qui devrait s’attacher à Smetana. On a aussi appris que le jeune chef qui avait fait plus d’un tour d’essai avec l’orchestre du Capitole de Toulouse, qui cherche depuis des mois un successeur à Tugan Sokhiev, n’a pas été retenu par les musiciens…

Revenons à Ma Patrie, et à ce qu’il faut bien appeler un cliché – la « nostalgie slave » -. Même si, d’évidence, comme des centaines d’autres oeuvres, ces poèmes symphoniques puisent aux sources de l’inspiration populaire, ils n’en ont pas moins détachables de leur contexte géographique ou historique et constituent des oeuvres « pures ». Personne ne conteste à des chefs et orchestres occidentaux le droit et la légitimité d’interpréter les symphonies de Tchaikovski, qui pourtant puisent abondamment – au moins autant que les Borodine, Moussorgski et autres compositeurs du Groupe des Cinq – dans le terreau traditionnel.

Ce n’est pas parce que le chef d’origine tchèque Rafael Kubelik (lire Les fresques de Rafael), a gravé à plusieurs reprises des versions de référence de ce cycle que celui-ci est chasse gardée des interprètes natifs de Bohème ! Ici on écoute un moment extrêmement émouvant : la captation du concert donné en 1990 par Kubelik à Prague, qu’il avait quittée en 1948, un an après la chute du mur de Berlin.

Mais je veux signaler une autre très grande version, beaucoup moins connue, celle de Paavo Berglund et de la somptueuse Staatskapelle de Dresde.

Ministère

Météo capricieuse en cette veille de second tour de l’élection présidentielle. Les colonnes de Buren qui peuplent la cour carrée du Palais Royal à Paris avaient été copieusement arrosées.

L’honneur pour le chef

Nous n’étions qu’une poignée à nous retrouver samedi après-midi dans le salon Joseph Bonaparte du ministère de la Culture à Paris. L’invitation n’était arrivée que la veille : celle qui est encore ministre pour quelques jours, Roselyne Bachelot, nous avait conviés in extremis à la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris de 2009 à 2021 (lire Ce n’est qu’un au revoir).

Joie de retrouver, dans ce cadre intime et propice aux échanges, l’ami Philippe qui, dans son petit discours de remerciement, invoquait l’ombre tutélaire et affectueuse de son père Armin Jordan.

Plaisir d’échanger aussi avec la ministre sortante de la Culture qui, en politique aguerrie, se montrait plutôt optimiste quant à l’issue du second tour, mais plus circonspecte sur les législatives à venir, en raison de la décomposition des forces politiques traditionnelles.

Le vrai ministre

Présent à cette cérémonie, un récent retraité, avec qui, pendant des années, je n’avais souvent échangé que des propos rapides et convenus, un personnage avec qui j’avais construit, en 1995, une belle journée radiophonique (lire Boulez vintage), Laurent Bayle, qui a porté, contre vents et marées, puis dirigé la Philharmonie de Paris (inaugurée le 14 janvier 2015, lire Philharmonie)

La constance de son engagement pour ce projet, sa ténacité et son habileté à déjouer les pressions, les changements de cap des politiques, avaient fait de Laurent Bayle celui que tout le milieu musical et culturel désignait comme le vrai ministre de la Culture.

C’est ce que je lui rappelai samedi, en faisant une gaffe : je l’incitais à écrire ses souvenirs, à raconter par le menu les coulisses de l’exploit, ce à quoi il me répondit qu’il n’avait pu tout dire… dans le livre de souvenirs qu’il avait publié en janvier dernier ! J’avoue que j’avais raté cette parution, et que je n’en avais pas lu de critique ou de présentation dans la presse.

« Des années 1980 à nos jours, le paysage culturel et musical français a connu des métamorphoses puissantes, entre audace artistique et volonté politique. C’est de cette période passionnante et passionnée que Laurent Bayle témoigne dans ce livre éclairant.
Son parcours singulier, qui l’a mené à créer et à diriger la Philharmonie de Paris, est celui d’un engagement de plus de quarante ans au service de la musique. Il raconte ici un foisonnement artistique où sont à l’œuvre des personnages exceptionnels, dont il livre des portraits sensibles : de Pierre Boulez à Patti Smith, de Daniel Barenboim à Jean Nouvel, c’est le récit personnel d’un homme qui a bâti, avec d’autres, une certaine vision de la culture.
 » (Présentation de l’éditeur).

Ce témoignage est d’autant plus passionnant, qu’il restitue une période, que j’ai aussi connue, qui nous paraît rétrospectivement constituer une sorte d’âge d’or pour la création, le foisonnement culturel, le début des années 80. Les jeunes années de Laurent Bayle l’illustrent à merveille.

Un samedi à la Philharmonie

C’est justement dans la grande salle de la Philharmonie que j’ai passé la soirée de samedi, retrouvant avec bonheur l’Orchestre national de France, son chef Cristian Macelaru, et un magnifique violoniste que je n’avais plus entendu en concert depuis mes années liégeoises, Sergey Khatchatryan.

Programme original que Pascal Dusapin et Florence Darel assis à côté de moi n’étaient pas les derniers à apprécier : Amériques de Varèse, le premier concerto pour violon de Max Bruch, et Petrouchka de Stravinsky. De concert en concert, chef et orchestre manifestent une cohésion, une dynamique collective, qui ne cessent de m’impressionner.

J’en suis d’autant plus heureux que l’Orchestre national de France, Cristian Macelaru, ainsi que le Choeur de Radio France, seront les héros de l’une des soirées les plus emblématiques du prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM pour les intimes), le 21 juillet, avec les Sea Pictures d’Elgar (avec Marianne Crebassa) et la grandiose Sea Symphony de Vaughan Williams (réservation vivement recommandée : www.lefestival.eu)

Angelich, Lupu : sur les ailes du chant

J’ai passé une bonne partie de ma journée d’hier à tenter de surmonter le choc éprouvé à l’annonce des deux décès de Radu Lupu et Nicholas Angelich (voir Le piano était en noir) : écouté et lu les nombreux hommages, souvent attendus – des »géants », des « poètes » – plus rarement accordés aux personnalités vraiment singulières de ces deux artistes. Tenté aussi de rassembler mes souvenirs de l’un et l’autre.

Radu Lupu, l’admiration

Pour Radu Lupu, j’en suis réduit à convoquer de lointains souvenirs. Dans les années 90 au festival de Montreux, le pianiste roumain jouait le concerto de Schumann avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. Je m’étais fait une fête d’entendre celui qui était déjà une légende et je suis sorti très déçu, de bons amis critiques m’ont consolé en disant que Lupu avait ses jours avec et ses jours sans. Il n’en fallait pas plus pour me le rendre encore plus sympathique. Je m’en suis beaucoup voulu, plus tard, de ne pas avoir cherché à le réentendre en concert. J’en suis réduit à réécouter ses disques, notamment ceux qu’il a enregistrés pour Decca, malheureusement dans des prises de son métalliques qui ne rendent pas justice à son art, et maintenant grâce à YouTube à retrouver Radu Lupu en concert.

Et bien sûr le disque de l’île déserte

Le mouvement lent de la sonate pour 2 pianos de Mozart est un pur moment d’éternité…

Nicholas Angelich, le piano dans tous ses états

Comme je l’écrivais hier, je pleure la disparition de Nicholas Angelich comme celle d’un membre de ma famille, parce que j’ai le sentiment de ne jamais l’avoir quitté depuis notre première rencontre il y a plus de 25 ans. Olivier Bellamy a, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, décrit ce Nicholas que nous sommes quelques-uns à avoir connu, approché avant et après la scène. Il faut lire ce bel hommage : Nicholas Angelich. J’emprunte à un autre ami ces phrases sur Facebook :

« Alors, pense bien avant son arrivée à repérer la pharmacie de garde. Et fais-y un arrêt avant même de l’amener à l’hôtel, il faudra de toute façon y retourner deux ou trois fois.

Tant que j’y pense, rappelle-toi de lui prendre sa montre avant d’entrer en scène et de la mettre à ton poignet pendant la durée du concert. Et fais gaffe quand même, elle coûte trois fois plus cher que ta bagnole, hein.

Je te préviens, il est vraisemblable que tu doives le pousser littéralement pour entrer en scène… Surtout ne te laisse pas impressionner par la panique qui semble d’emparer de lui au moment d’aller se jeter dans la gueule du loup : c’est une conséquence du génie.

De toute façon, ne t’inquiète pas : il va revenir à l’entracte en te demandant dans un délicieux froncement de nez (et ce qui lui reste d’accent américain) « c’était pas dégueulasse, hein ? »

Tiens, je te suggère de te mêler au flot du public qui sortira du récital tout à l’heure, histoire d’écouter à la volée les commentaires : tu vas voir, c’est impressionnant.

Ah ! au fait, super important : tu as bien fait le plein de binouze ? Parce qu’on va en boire jusqu’à une heure avancée de la nuit et rigoler comme des vaches, j’espère que tu as fait la sieste. Et retiens bien ces moments avec Nicholas, je te garantis que tu les chériras s’il venait un jour à la camarde l’idée saugrenue de nous l’enlever prématurément. » (Pierre-Jean Larmignat)

L’autre variante de sortie de scène, c’était : « Tu as aimé« ?. Chez Nicholas, ce n’est pas une formule, c’était une vraie question avec sa part d’inquiétude. Nicholas ne disait jamais rien par hasard, et comme l’écrit Olivier Bellamy, on ne le croyait pas quand il nous disait d’un air faussement dégagé qu’il n’allait pas bien. Et il n’aimait rien tant que retrouver l’épaisseur, la simplicité, le bonheur finalement de la chaleur humaine avec ceux qui n’étaient pas, qui ne pouvaient pas être, de simples organisateurs de ses concerts. Il avait besoin, un besoin essentiel, de ces dîners qui se prolongeaient tard dans la nuit après un récital ou un concert. Je me rappelle ce festival que nous avions organisé à Liège, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique de Liège, en octobre 2010, un festival de folie – Le piano dans tous ses états – Il devait rentrer à Paris le samedi matin, il m’a demandé, avec son air d’éternel enfant timide, s’il pouvait rester jusqu’au dimanche soir, juste pour être avec nous, avec ses amis et collègues. « Personne ne m’attend à Paris…« 

Liège, Toulouse, Paris

J’ai fait le compte, même si je doute qu’il soit exact, des venues de Nicholas Angelich à Liège.

Pour l’ouverture de la saison 2002/2003, un récital Haydn, Mozart, Brahms le 21 septembre, puis deux concerts avec l’Orchestre philharmonique de Liège, dirigé par Alexandre Dmitriev, les 26 et 27 à Liège et Bruxelles, avec le 2ème concerto de Rachmaninov. On m’avait dit à l’époque que c’était ses débuts en Belgique !

Le 23 novembre 2006, il jouait, toujours avec l’OPRL, le rare Konzertstück op.94 de Schumann et le second concerto de Liszt, sous la baguette de Pascal Rophé.

Du 11 au 16 octobre 2010, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, nous avions organisé un mini-La Roque d’Anthéron, pour reprendre l’expression d’une amie journaliste – Le piano dans tous ses états – avec pas moins de 10 pianistes : Nicholas Angelich, Brigitte Engerer, Nelson Goerner, François-Frédéric Guy, Jean-François Heisser, Claire-Marie Le Guay, Benedetto Lupo, Vitaly Samoshko, Severin von Eckardstein et Vanessa Wagner. En relisant le programme (à découvrir intégralement ici : Liège le Piano dans tous ses états) je suis saisi de vertige, il fallait être (un peu) inconscient et (très) enthousiaste pour attirer autant d’artistes et de public. De la présence de Nicholas, il reste heureusement ce « son » de la Valse de Ravel, jouée à deux pianos avec la très regrettée Brigitte Engerer, sur la grande scène de la Salle Philharmonique de Liège.

A cette occasion, Martine Dumont-Mergeay avait réalisé, pour La Libre Belgique, une belle interview de Nicholas à lire ici : L’automne belge de Nicholas Angelich.

Le 20 mars 2014 le pianiste était revenu à Liège jouer, toujours avec l’OPRL et, cette fois, Christian Arming, le Premier concerto de Brahms. Un an plus tard, il était le soliste de la tournée de l’orchestre en Espagne, avec le Deuxième concerto.

Entre-temps j’avais quitté Liège, je sais que Nicholas était revenu pour un récital en mai 2019.
Et puis il y eut toutes les fois, pas assez nombreuses à mon gré, où j’allai écouter l’ami musicien. Ainsi à Toulouse, dans le cadre de Piano Jacobins, le 8 septembre 2015. un programme… athlétique, dont il sembla ne faire qu’une bouchée, comme le relatait Marie-Aude Roux dans Le Monde : Le pianiste Nicholas Angelich ouvre des mondes sous ses doigts.

En octobre 2018, à la Philharmonie de Paris, j’avais été invité à un concert de l’Orchestre National de Lettonie, dirigé par Andris Poga, dont le soliste était, à nouveau, Nicholas Angelich. J’avais écrit ceci (Les tons lettons) : « Je n’avais jamais entendu ce concerto que j’aime profondément, mais qui peut être redoutable pour les interprètes comme pour le public tant il est complexe, fuyant, déroutant, aussi superbement joué que mardi soir. Nicholas Angelich, une fois de plus, frappe d’abord par l’intensité de sa sonorité, la luminosité de sa poésie et bien évidemment par sa technique transcendante qui se joue de tous les pièges de la partition.    Que ne lui confie-t-on une intégrale des concertos de Rachmaninov au disque ? Je sais bien qu’il y a déjà quantité de versions admirables, mais quand on a la chance d’avoir un interprète idéal de cette musique… Le tout premier disque d’Angelich, gravé pour la défunte collection « Nouveaux interprètes » d’Harmonia Mundi/France Musique était, comme par hasard, consacré aux Etudes-Tableaux de Rachmaninov ! ».

Quelques semaines avant ce concert, recevant un nouveau disque tout Beethoven – le Triple concerto et le trio op.11 – j’exprimais mon enthousiasme (Triple gagnant) :

« Anne Gastinel, dans un texte qui pourrait (devrait !) servir de modèle à tous les musicographes, explique les difficultés d’une oeuvre qui ne ressortit vraiment à aucun genre connu avant Beethoven : de la musique de chambre – un trio – élargie à un orchestre qui n’est pas un simple accompagnateur. Difficultés aussi pour son instrument, le violoncelle, qui mène véritablement la danse, parce qu’il ouvre le concerto et qu’il joue très souvent dans le registre aigu, donc très exposé. On a coutume de dire que la partie la plus facile, la moins exigeante techniquement, est le piano. Quand on entend ce qu’en fait Nicholas Angelich, on est vite convaincu que le piano est tout sauf secondaire ! »

Espérons que d’autres enregistrements de récitals et de concerts seront bientôt disponibles, pour, au-delà d’une discographie qui n’est pas considérable (mais on sait que Nicholas n’aimait pas le studio), que nous retrouvions l’artiste impérial, unique, magique, qu’il était sur scène…

Bouquet d’hommages

Michel Bouquet ou l’ambiguïté

C’est très certainement à juste titre que Michel Bouquet ploie sous les hommages unanimes et je n’aurai pas l’outrecuidance d’exprimer une voix divergente. M’en voudra-t-on si je ne suis pas un admirateur béat de l’acteur de théâtre des dernières années, ai-je le droit de trouver qu’à la fin Michel Bouquet faisait du Michel Bouquet, sans que son talent soit le moins du monde en cause ?

Pour tout dire, j’aime plutôt me rappeler l’exceptionnel acteur de cinéma, ces personnages d’une féroce ambiguïté que lui confièrent Truffaut, Chabrol et quelques autres plus oubliés dans les années 70.

Avant et après

J’avais oublié de signaler dans mes devoirs de vacances ce livre de poche commencé nonchalamment il y a quelques semaines, et achevé avant-hier. Alain Duhamel a publié cet essai au début de 2021, et comme toujours celui-ci ne se résume pas à son titre. C’est beaucoup moins un portrait, certes vif, acéré, sans complaisance aucune, du président-candidat, qu’une analyse particulièrement affinée de l’évolution des forces politiques… et des candidatures, alors vraisemblables, à l’élection présidentielle.

C’est un exercice très amusant que de commencer ce type de livre avant une élection et de le terminer une fois le résultat partiellement connu. Ce que Duhamel dit des candidats et candidates qui ont concouru est à la fois impitoyable et d’une justesse impérieuse (Hidalgo, Pécresse, Bertrand, Jadot, Mélenchon, etc.).

L’évidence

Je n’ai besoin d’aucun soutien, d’aucune justification, d’aucune excuse, pour affirmer que, le dimanche 24 avril, le choix, mon choix, est clair : je vote Macron. Même pas parce que je ne supporte pas, n’ai jamais supporté ni l’extrême droite, ni l’extrême gauche. Mais tout simplement parce qu’Emmanuel Macron c’est le seul qui défie la comparaison avec tous ses concurrents. Il est plein de défauts, d’oublis, de tout ce que les éditorialistes adorent reprocher à un président de la République. Mais c’est le seul. Aujourd’hui. Donc c’est lui dimanche prochain.