Equateur, premières vues

C’était un rêve de longue date qui finalement se réalise. Mais jusqu’au bout on s’est demandé si le voyage nous serait autorisé.

Je n’ai même pas à me plaindre, ni des contrôles au départ, ni des deux vols qui nous ont permis d’atteindre Quito, la capitale de l’Équateur, ni des contrôles à l’arrivée – des équipes parfaitement organisées pour recueillir les documents exigés pour les mesures sanitaires, vérifier les passeports. On est même admiratif d’un peuple qui applique, partout et pour tous, le port du masque, qui se fait vacciner en masse depuis que le nouveau gouvernement équatorien, mis en place il y a quatre mois après l’élection d’un nouveau président, a décidé de faire du pays un modèle de lutte contre la pandémie en Amérique du Sud.

Ce dimanche, lors d’une fête des Indiens otavalienos, près de la ville d’Otavalo. Tous masqués.

Premier soir à Quito

La première impression saisissante est cette impavide régularité du lever et du coucher du soleil : 6 h du matin, 6 h du soir. On est à une petite vingtaine de kilomètres de la ligne de l’équateur !

Et dès que le soir tombe sur le centre historique de Quito, on déguste la beauté qui s’offre. Et on ne ressent pas (pas encore ?) l’altitude de la ville, 2800 mètres tout de même !

Un dimanche à la campagne

à quelques kilomètres avant d’arriver à Otavalo, à une petite cinquantaine au nord de Quito, on assiste par hasard à une sorte de foire, de fête, où se retrouvent essentiellement les Indiens quetschuas qui forment la majorité de la population. La photo ci-dessus figure le rituel de l’offrande au soleil.

Nature volcanique

Sur la route on a aperçu un des grands volcans équatoriens de la Cordillière, le Cayambe et son sommet enneigé culminant à 5780 m !

On parcourt une partie du sentier qui, à 3100 mètres, fait le tour du lac volcanique situé dans le parc naturel de Cotacachi Cayapas, et on est saisi par l’abondance et la variété de la flore à cette altitude.

Le soir en rentrant de cette longue excursion, je lis plusieurs messages sur Instagram, l’un du chef d’orchestre Charles Dutoit : « C’est à Quito qu’on parle le meilleur espagnol de toute l’Amérique latine« , un autre de mon ami photographe Ferrante Ferranti : « N’oublie pas de visiter le collège et l’église des Jésuites, ainsi que l’église San Francisco ». J’ai déjà fait le même constat que Charles Dutoit (pour le peu d’espagnol que je parle !), et j’ai suivi ce lundi le conseil de Ferrante. Suite au prochain épisode !

Les chefs de l’été (III) : Ansermet et Haydn

Le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet (1883-1969) a laissé un prodigieux legs discographique, pour l’essentiel gravé pour et par Decca avec l’orchestre suisse dont il fut le directeur musical durant 50 ans !

La musique française bien sûr, les Russes tout autant, comme son ami Stravinsky, et tout un répertoire considérable.

Haydn n’est pas le compositeur qu’on associerait spontanément à Ansermet. Et pourtant on lui doit l’une des très belles versions des Symphonies parisiennes :

Pour la symphonie n°85, un document que je ne connaissais pas : Ernest Ansermet dirige l’orchestre symphonique de la BBC en studio le 2 février 1964 !

Etonnamment, Ansermet n’a pas enregistré au disque, la symphonie n°88 qui était un « tube » pour à peu près tous ses contemporains (Furtwängler, Walter, Klemperer, Reiner…) mais on dispose d’un « live » enregistré par la Radio suisse romande lors du festival de Montreux, le 31 août 1960 :

Plus rare au disque, la symphonie n°90 avec sa fausse fin (ça fonctionne toujours en concert !):

ou la symphonie n°22 dite « Le Philosophe »

Le titre « le Philosophe » ne figure pas sur le manuscrit original et il est peu probable qu’il vienne de Haydn lui-même. On le trouve en revanche sur une copie manuscrite de la symphonie trouvée à Modène et datée de 1790 ; ainsi le surnom date de la vie même du compositeur. Ce titre proviendrait de la mélodie et du contrepoint du premier mouvement (entre les cors et le cor anglais), qui font musicalement allusion à une question suivie d’une réponse et qui constituent l’essence de la disputatio. L’effet de tic-tac en sourdine évoque également l’image d’un philosophe plongé dans ses pensées

Les témoignages d’Ernest Ansermet dans les symphonies « londoniennes » de Haydn sont plus rares. En concert avec l’orchestre de la Radio bavaroise, la n°95 nous semble étrangement poussive.

En revanche, sa gravure de studio, réalisée en 1949 à Genève, de la symphonie n°101, est une démonstration d’allégresse, de virtuosité collective !

Les chefs de l’été (II) : Kondrachine et Beethoven

Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.

On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».

Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.

A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :

Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam

Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets

En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.

mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung

Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…

Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :

Avec Emil Guilels en 1947

Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg

Triple concerto

Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.

La fête heureuse

On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.

On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.

Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.

Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.

NarboVia à Narbonne

Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.

J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…

Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables

La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !

(Photo Marc Ginot)

André Tubeuf l’inimitable

La mort a fini par saisir celui qu’on ne pensait pas mortel : André Tubeuf est parti ce matin sur les ailes du chant, au mitan de sa 91ème année.

Au moment de recenser quelques souvenirs que j’ai de lui, et surtout de ses écrits, je tombe sur cet article de La Croix écrit à la veille de son quatre-vingt-dixième anniversaire en juillet 2020 : André Tubeuf, l’art de creuser son microsillon. Je dirais difficilement plus et mieux.

©Vincent MULLER/Opale/Leemage

J’ai d’abord connu André Tubeuf comme auteur de nombreuses pochettes de disques – l’impression qu’il avait un peu le monopole chez EMI ! – puis sur France Musique dans l’émission Domaine privé dans les années 1994/1995, et évidemment d’innombrables fois au concert où il était d’une assiduité redoutée. Mais je n’ai jamais été un de ses familiers, et nous n’avons jamais eu que des rapports d’extrême courtoisie. Je l’admirais infiniment, mais je n’ai jamais osé le lui dire…

France Musique lui avait heureusement consacré une magnifique série d’émissions en 2020 : à réécouter absolument.

Un style inimitable

André Tubeuf, l’érudit, l’intellectuel, le professeur de philosophie, c’est d’abord un style. Inimitable. Il y avait une manière de parler Tubeuf, il y a une manière d’écrire Tubeuf. Parfois agaçantes de préciosité, toujours admirables de science de la langue et de la musique. Avec des enthousiasmes irréductibles – Arrau, Schwarzkopf, Serkin, et d’autres – et des rejets tout aussi abrupts.

Jusqu’à l’an dernier, celui qui fut longtemps critique musical au Point, a tenu un blog dont on se régale à lire et à relire la foisonnante densité : L’oeil et l’oreille.

Une bibliothèque Tubeuf

Sur ce blog, j’ai consacré au disparu plus de billets qu’à aucun autre de ses confrères. Aucun de ses ouvrages n’est anodin, ou moyen.

Revue d’articles :

Des livres de musique

Cadeaux

Quand on vous dit qu’André Tubeuf n’était jamais prisonnier de ses admirations, ce qu’il dit de Régine Crespin (lire Régine et Françoise), l’atteste :  » « en ce début d’années 60 qui étaient celles de sa splendide jeune trentaine… la voix encore dans sa première splendeur soyeuse et lumineuse, capable de liquidités » et, plus loin « jusqu’au moment où ce surmenage lié au fait de n’être chez soi nulle part… altéra sensiblement la beauté purement physique de sa voix, et son aigu, lui, irrémédiablement. »

Dictionnaire amoureux

« Cet ouvrage est le livre d’une vie. Une vie d’écoute et donc de passion. D’aussi loin que je me souvienne, la musique fut pour moi comme une évidence. Du coté de ma mère, tout le monde avait chanté, joué du piano, été à l’opéra. Du coté de mon père, il y avait eu deux très bons professionnels. Enfin, les Sœurs m’ont fait un don, entre tous inestimable : elles m’ont appris à poser ma voix sur mon oreille. L’enfant solitaire que j’ai été n’a pas eu de mal à apprendre du Chérubin de Mozart et, quand on n’a personne pour qui chanter (ou même à qui parler), eh bien, on chante aux brises. Enseignant je fus, ce qui oblige à mieux savoir ce qu’on sait et mieux aimer ce qu’on aime.
Rassure-toi donc, lecteur : de Glyndebourne à Salzbourg, de Bach à Dutilleux, tu trouveras ici tout ce qu’il faut pour te plaire tant le vagabondage de l’auteur est insatiable ».

Rudi le pianiste

« Toutes ces dernières années, je multipliais les livres et on me demandait : « À quand, un sur Serkin ? »… je n’avais jamais eu l’idée d’écrire un livre sur lui. Lui-même répugnait à ce qu’on parle de lui. Il n’y avait rien à savoir, qu’à le regarder faire….

Une soirée avec Serkin, c’était de toute façon une leçon d’incarnation…Ceux qui ont vu cela, ne risquent pas de l’oublier. À ceux qui ne l’ont pas vu on ne peut que donner une idée abstraite : sans l’emprise, renversante, stupéfiante, régénératrice.

D’autres ont été davantage publics, populaires, aimés peut-être, et soucieux de l’être, faisant tout pour l’être. Pas Serkin »

Ce n’est qu’un échantillon du legs littéraire et musicographique que nous laisse André Tubeuf. J’ai quelques autres ouvrages que j’ai mis sur le haut de la pile : après L’Orient derrière soi – l’enfance à Smyrne/Izmir – Les années Louis le Grand, le récit d’une si multiple vie, Bach, Platon, et pourquoi pas, relire les Mémoires d’Elisabeth Schwarzkopf dont je me suis toujours demandé si ce n’était pas d’abord ceux d’André Tubeuf !

La fête continue

La fête continue au Festival Radio France Occitanie Montpellier (voir Que la fête commence !) malgré les nouvelles mesures sanitaires, ou grâce à elles !

Je n’entrerai pas dans ce débat, nous ferons le bilan une fois l’édition 2021 terminée, mais je constate que l’enthousiasme des spectateurs ne faiblit pas, au contraire !

Menu extrêmement copieux au programme de ces derniers jours. Témoignages en images, et comme tous les concerts du soir ont été diffusés en direct sur France Musique, ils peuvent tous être (ré)écoutés sur francemusique.fr

Avec Alexander Gurning
Après le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France : debout derrière une partie de l’état-major de la direction de la musique de Radio France, de gauche à droite JPR, Adriana Gonzalez, Santtu-Matias Rouvali, Jean-Marc Bador, Thibaut Garcia, Alex Gurning
Après la masterclass de Michel Dalberto
Le 20 juillet Bertrand Chamayou jouait Les Djinns et les Variations symphoniques de César Franck avec l’Orchestre national de France dirigé par Cristian Macelaru
Le maire de Montpellier Michael Delafosse et la coprésidente du festival et PDG de Radio France Sibyle Veil assistent au concert de l’ONF
Début de la masterclass de Françoise Pollet
Le trio Métral joue Beethoven
Un quintette de choc et de chic : Jordan Victoria, Thomas Enhco, Félicien Brut, Thibaut Garcia, Édouard Macarez pour un hommage survolté à Piazzolla
Le phénomène Yoav Levanon, comme une réincarnation de Liszt
L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée dirigé par Duncan Ward avec la mezzo Anna Stephany

Politesse ?

Une remarque qui n’engage que moi : que penser d’une ministre venue tout spécialement à Montpellier pour une visite du musée Fabre… et d’un nouvel hôtel de luxe certes situé dans un bâtiment historique magnifiquement restauré, qui n’a pas jugé utile de rencontrer les responsables des trois festivals (théâtre, danse, musique) qui font la fierté et la renommée de Montpellier la culturelle, ni à fortiori de rendre visite au festival qui s’y déroule actuellement ?

Que penser d’invités à un concert – parmi eux des responsables importants – qui ne prennent pas soin de prévenir – et de s’excuser – de leur absence ? Est-ce parce que le cocktail d’après-concert a été annulé ? On n’ose le croire…

Que la fête commence !

Avant d’évoquer les premiers jours de fête du #FestivalRF21, une pensée amicale et solidaire pour tous mes amis de Liège et de Belgique, pour toutes les victimes des terribles inondations qui ont frappé l’est de la Belgique et la région de Cologne que je connais bien.

(La Meuse au centre de Liège il y a 3 jours / Photo G. Gilson sur Facebook)

Je sais que ni le courage ni la solidarité ne manqueront à ceux qui doivent maintenant réparer, nettoyer, restaurer…

Chaque concert est une fête

Entre une proclamation, une promesse, et la réalité, il peut parfois y avoir un fossé. Le pari que nous avions fait en annonçant le 7 avril dernier une édition complète (155 concerts) du Festival Radio France Occitanie Montpellier est très largement relevé, comme en témoignent les premiers jours du Festival.

Avant-hier matin, au micro de Clément Rochefort sur France Musique, c’est ce que j’affirmais : Chaque concert est une fête, la musique est une fête !.

Dimanche soir à Saussan, le quatuor Alborea enchantait la petite église du village pleine comme un oeuf.

Mardi matin, j’étais heureux de retrouver « en vrai » les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Michael Schonwandt pour la première répétition de leur concert de ce soir

Mercredi jour de fête nationale, on y était enfin, sur la place de l’Hôtel de Ville de Montpellier, après un montage compliqué.

(Le maire de Montpellier, Michael Delafosse, ouvre le concert du 14 juillet sur le parvis de l’Hôtel de Ville)

(de gauche à droite les artistes du 14 juillet : Isabelle Georges, Roland Romanelli, Claude Salmieri, Benoît Dunoyer de Segonzac, Frederik Steenbrink)

Après le feu d’artifice républicain du 14 juillet, les Feux d’artifice royaux de Haendel tirés par un Hervé Niquet en pleine forme à la tête des choeurs et de l’orchestre du Concert spirituel.

Mais avant le concert du soir, le festival offrait, comme chaque année, deux concerts, les « Découvertes » à 12h30, « Musique ensemble » à 18 h. Honneur d’abord au Quatuor Hanson qui ouvrait le feu salle Pasteur…

et à 18h ma très chère Sophie Karthäuser, et un autre ami cher, Cédric Tiberghien, que je n’avais plus revus, l’une et l’autre, depuis quelques années déjà.

Hier soir, très attendus par le millier de spectateurs réunis à l’opéra Berlioz (la jauge maximale que nous avions retenue pour éviter le recours au pass sanitaire), Renaud Capuçon et Michel Dalberto ont donné un programme plus que rare, devant une salle impressionnante de silence et de concentration. Un concert à réécouter sur francemusique.fr

Un copieux programme attend les festivaliers ce week-end, à découvrir ici.

Samson à Orange

Je ne parviens pas à me rappeler la dernière fois que je suis venu à Orange, mais c’était il y a longtemps, plus de vingt ans sans doute.

J’étais heureux de retrouver ce lieu magique hier soir pour l’unique représentation de l’opéra de Saint-Saëns, Samson et Dalila.

Que dire qui n’ait déjà été écrit sur ce spectacle ? Des chanteurs tous francophones, dans les rôles titres, les meilleurs qu’on puisse entendre aujourd’hui, Roberto Alagna et Marie-Nicole Lemieux. Une mise en scène astucieuse de mon ami Jean Louis Grinda, qui ne se croit pas obligé de « revisiter » une œuvre qui tient finalement plus de l’oratorio. Tendance qu’accentue la direction trop peu contrastée d’Yves Abel qui dispose pourtant d’une phalange – l’Orchestre philharmonique de Radio France – qu’on devinait prête à plus d’audace.

Sentiment de nostalgie – ce temps qui passe inexorablement – lorsque je me rappelle le même Roberto Alagna en 1995 dans Rigoletto. Quel magnifique parcours ! Et hier soir quel éloquent démenti à l’annonce faite par le ténor en 2015 qu’il ne reviendrait plus à Orange !

Rencontres : le Peul et la Pologne

Les Rencontres de Pétrarque, c’est le rendez-vous annuel de France Culture à Montpellier, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier, c’était le début hier dans la cour Soulages du Rectorat.

En dépit du report en octobre du sommet Afrique France, initialement programmé le week-end prochain, les Rencontres ont maintenu leur thème : « Sommes-nous dépassés par l’Afrique ? ». La foule était au rendez-vous de la première soirée

Deux invités, deux artistes sénégalais, le plasticien Mansour Ciss Kanakassy et le poète Souleymane Diamanka.

Je ne connaissais ni l’un ni l’autre (devrais-je m’en excuser ?) et ce n’est pas faire injure au plasticien que d’avouer que la révélation, la « rencontre » de ce débat a été, pour moi, Souleymane Diamanka.

Parce que sa langue est magnifique, somptueuse, son jeu sur et avec les mots, un double héritage fièrement et humblement revendiqué, la langue peule et le français.

Double hommage

J’ai chroniqué pour Forumopera la récente publication de l’opéra Halka du grand compositeur polonais Stanislas Moniuszko, contemporain de Verdi et Wagner. Lire La Fiancée perdue

Je ne pensais pas, ce faisant, devoir rendre un double hommage, au chef Gabriel Chmura disparu quelques mois après la captation « live » dans les murs de l’opéra de Poznan dont il était le directeur artistique (lire Deux disparitions) et à la lumineuse Mélanie Defize (voir Un an après) victime des attentats terroristes de Bruxelles du 22 mars 2016, qui avait écrit pour Forumopera un texte aussi érudit que passionnant sur le personnage de Halka et l’oeuvre de Moniuszko.

Ce n’est qu’un au revoir

Philippe Jordan dirigeait hier soir, à l’Opéra Bastille, le dernier concert de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Paris, fonction qu’il exerçait depuis 2009.

Ce fut une soirée exceptionnelle à plus d’un titre.

D’abord pour des raisons personnelles. Je connais Philippe depuis ses 14 ans, quand il était venu assister à une répétition de son père, Armin, avec l’Orchestre de la Suisse romande à Genève. Grand adolescent timide. Quelques années après, son père me parle de l’été qu’il va passer à Aix-en-Provence (un Mozart je crois), et me rapporte ce dialogue avec son fils : « Que fais-tu cet été? – Je serai à Aix – Comment ça à Aix ? – Oui je serai chef de chant assistant pour Le Chevalier à la rose dirigé par Jeffrey Tate… » Armin de m’avouer bien sûr sa surprise – son fils ne lui avait rien dit – et sa fierté, Philippe avait tout juste 19 ans !.

Sitôt nommé à Liège, je vais inviter plusieurs jeunes chefs au début de leur carrière. Comme Philippe Jordan, 29 ans, en 2003. Et dejà une personnalité affirmée, un programme original : la sérénade pour vents K. 488 de Mozart, la sérénade pour ténor et cor de Britten (avec le ténor anglais Patrick Raftery et l’un des cors solo de l’OPRL, Nico de Marchi), et la Troisième symphonie de Schumann.

La carrière de Philippe Jordan va ensuite se développer à un tel rythme que je ne parviendrai plus à le réinviter à Liège.

L’autre raison personnelle tient au choix de la deuxième partie de ce concert exceptionnel : l’acte III de Parsifal de Wagner. J’ai un souvenir réellement inoubliable du Parsifal qu’y avait dirigé Armin Jordan en 1997 (dans une mise en scène de Graham Vick).

Les autres raisons de partager ce concert exceptionnel tiennent, bien entendu, au formidable engagement qui a été celui de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris. Le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, dans un discours qui aurait gagné à plus de spontanéité, Emilie Belaud* au nom de ses collègues musiciens, avec des mots justes et sincères, ont rappelé tout ce que le chef suisse, aujourd’hui « patron » de l’opéra de Vienne, a apporté à l’Opéra de Paris. Bilan impressionnant : 40 ouvrages différents – lyriques et symphoniques – dirigés en 12 ans, des formations musicales qui ont encore gagné en qualité, en homogénéité, une osmose évidente entre chef et musiciens.

Je suis malheureusement loin d’avoir pu suivre toute cette aventure parisienne. De ces dernières années, me reviennent les souvenirs du Prince Igor, d’un Don Carlos, de Benvenuto Cellini des Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie de Paris, de symphonies de Beethoven, pas les Wagner, ni Tétralogie, ni Tristan, à grand regret.

Mais il reste bien des témoignages filmés et enregistrés de ce mandat extraordinaire (voir plus bas)

Liszt et Parsifal

Pour cette soirée, non pas d’adieu, mais d’au-revoir (si l’on en croit les propos d’Alexander Neef et de Philippe Jordan lui-même), le chef avait choisi deux oeuvres emblématiques, qui lui permettait de faire jouer l’ensemble des musiciens de l’Opéra, les deux formations symphoniques, et un choeur d’hommes nécessairement restreint pour cause de Covid-19.

D’abord la Faust Symphonie de Liszt :

L’ouvrage est créé à Weimar le 5 février 1857, à l’occasion de l’ inauguration du monument dédié à Gœthe et Schiller

La Faust Symphonie est principalement écrite à Weimar au cours de l’été 1854. Encouragé par l’honneur que lui fit Berlioz en lui dédicaçant La Damnation de Faust, Liszt, termine la partition de la Faust-Symphonie, en trois mouvements (Faust, Marguerite, Méphistophéles)  en octobre 1854. Elle compte trois cents pages !

La version originale n’utilise que des vents, des cors et des cordes. Liszt révise sa partition en 1860 en adjoignant à la fin un Chorus Mysticus, dans lequel des extraits du Second Faust sont chantés par un chœur d’hommes et un ténor solo.

J’ai fait le compte dans ma discothèque, une douzaine de versions, et pas par de petites pointures.

D’où vient qu’hier soir, j’ai trouvé l’oeuvre longue, vraiment longue, et pas vraiment passionnante, malgré l’engagement du chef, les formidables qualités de l’orchestre et de ses solistes ?

Parsifal acte III

La seconde partie du concert ne va pas nous lâcher une seconde et va aviver encore les regrets de n’avoir pas entendu Philippe Jordan dans les Wagner qu’il a dirigés ici. Mention pour la très brève intervention d’Ève-Maud Hubeaux – qu’on avait laissée en Dame Ragonde dans le Comte Ory dirigé par Louis Langrée à l’Opéra Comique – et pour les formidables René Pape (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal) et le sublime Peter Mattei (Amfortas)

S’en est suivie une bonne demie heure d’applaudissements, de standing ovation, comme on ne se rappelle pas en avoir jamais connue à Paris. Mais le public comme les musiciens auraient pu chanter à l’adresse de Philippe Jordan : « Ce n’est qu’un au revoir… »!

Le legs de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris

*Emilie Belaud a été quelques (très belles) années premier violon solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avant de rejoindre les rangs de l’orchestre de l’Opéra de Paris