Les bonheurs de Felicity Lott (1947-2026)

Au milieu du dîner de ce samedi, la nouvelle me cueille : Felicity Lott est morte. Elle avait réussi (voir ma brève de blog du 12 mai) à nous faire croire qu’elle narguait le cancer dont elle disait elle-même à la BBC, il y a quelques jours, qu’il était en phase terminale mais qu’il ne fallait pas être triste et qu’elle se sentait bien.

« Felicity Lott c’est l’un des amours de ma vie professionnelle, de ma vie tout court », comme je l’écrivais le 12 mai dernier. Ce soir je pleure son départ, comme je le ferais d’un membre de ma famille.

De notre première rencontre en 1988 à ma dernière photo d’elle, en 2024 à l’Opéra Comique, il n’y a pas eu d’interruption dans l’admiration, dans le compagnonnage artistique, musical, de cette délicieuse et magnifique personne.

Le 25 octobre 2024, elle était à l’Opéra Comique, discrète, presque invisible, pour la première française de l’ouvrage de son compatriote George Benjamin, Picture a Day like this, avec la merveilleuse Marianne Crebassa.

Il y a cent occurrences « Felicity Lott » sur ce blog.parce que, plus que d’autres, mieux que d’autres, elle a été cette artiste qui né décevait jamais une amitié, ni une admiration.

Allez en vrac, parce qu’ils me reviennent entre les larmes, quelques souvenirs.

  • En septembre 2020, Louis Langrée remplace Armin Jordan, hospitalisé, à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, pour La voix humaine de Poulenc/Cocteau. C’est Felicity Lott qui l’interprète au Victoria Hall de Genève. Je resterai de longues minutes à la porte de sa loge à attendre qu’elle veuille bien ouvrir, elle est encore en larmes, celles qu’elle a versées sur la scène à la fin de ce monodrame qu’elle disait, chantait, comme s’il se fût agi de son propre drame.
  • En janvier 2002, elle vient à Liège pour un concert de Nouvel an (elle aurait dû faire l’ouverture de la saison 2001/2002 avec Louis Langrée mais nous a demandé de la « libérer » parce qu’elle devait enregistrer un Chevalier à la rose avec SInopoli à la même date, et puis Sinopoli est mort d’une crise cardiaque… Elle fait bien sûr sensation dans plusieurs airs d’opéras et d’opérettes (elle m’avouera qu’elle a repris l’air si érotique de Louise de Charpentier spécialement pour moi !). Elle me demande tout à trac sii elle pourrait trouver à Liège une robe assez chic pour la cérémonie de remise de la Légion d’honneur qui doit être faite à Londres quelques jours plus tard. Nous voilà partis dans les rues du centre de Liège, où je ne connais évidemment aucune boutique de mode féminine. Felicia avise une devanture assez intéressante, entre dans la boutique. La propriétaire finit par la reconnaître; Felicity essaie devant moi deux ou trois robes. Elle en retiendra deux et laissera à Liège un radieux souvenir !

Et puis il y eut le Châtelet avec ses inénarrables Belle Hélène et Grande Duchesse de Gérolstein, et ses récitals à Compiègne, à l’Opéra Comique, à l’Athénée…

Et puis il y eut un Rosenkavalier au Châtelet dirigé par Armin Jordan, et tous ces disques qui illuminent ma discothèque, où personne mieux qu’elle ne dit la poésie française mise en musique. Et ces Illuminations de Britten où elle n’a aucune rivale. Et ce concert de Nouvel an 1994 où, grippée, mal fichue, elle réussit la performance de nous enchanter, et même d’en garder le souvenir sur un disque.

Et encore ces Lieder de Richard Strauss enregistrés avec Neeme Järvi.

So long Felicity !

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