L’héritage d’un chef

Depuis la disparition de Mariss Jansons (lire La grande traditionje me suis replongé dans ma discothèque pour y retrouver non seulement les grandes références laissées par le chef letton (voir Mariss Jansons une discographiemais aussi quelques CD plus rares ou moins souvent cités comme représentatifs de son art.

De précieux « live »

D’abord un enregistrement précieusement conservé depuis le début des années 90, lorsque, au lieu des traditionnelles et lourdes bandes magnétiques, la BBC avait fait parvenir aux radios membres de l’UER, un double CD du concert donné par Mariss Jansons et l’orchestre philharmonique de Saint-Petersbourg dans le cadre des Prom’s, le 31 août 1992 au Royal Albert Hall de Londres.

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Programme des plus classiques : Ouverture de La pie voleuse de Rossini, le Deuxième concerto de Rachmaninov (avec Mikhail Rudy en soliste), et une Cinquième symphonie de Chostakovitch où chef et orchestre se couvrent de gloire.

Avec trois bis qui ne pouvaient manquer d’enflammer le public du Royal Albert Hall de Londres, dont le fameux menuet de Boccherini (déjà évoqué dans mon précédent billet)

D’Elgar, la danse des ours sauvages de la 2e suite de The Wand of youth

Avec Oslo, Jansons réalisera d’ailleurs un disque de « bis » (des Encores comme on dit en anglais !)  comme plus personne n’en fait plus, qui sort vraiment des sentiers battus (et qui se négocie aujourd’hui sur certains sites à plus de 30 € !)

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Autre disque qui est une vraie rareté, par son programme et les circonstances de son enregistrement (un disque naguère trouvé en Allemagne à petit prix, aujourd’hui proposé à près de 100 € !)

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Dans le cadre de cette académie d’été au bord de l’Attersee, le plus grand lac d’Autriche situé dans le Salzkammergut, où les jeunes musiciens sont coachés par leurs aînés des Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons dirigeait, le 31 août 2002 au Grosses Festspielhaus de Salzbourg,  des oeuvres qu’il n’enregistrera jamais au disque, le Double concerto de Brahms et la Sinfonietta de Zemlinsky.

Haydn et Schubert

Quant aux répertoires, en dehors de Beethoven et Brahms, on ne s’attend pas à entendre Jansons dans Haydn, Schubert et même Gounod (la messe de la Sainte-Cécile).

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Mariss Jansons aborde les symphonies de Schubert sur le tard, la 3ème est de belle venue, sans bouleverser la discographie, mais la surprise – la mienne ! – vient de la 9ème symphonie, donnée en concert en mars 2018, comme propulsée par une énergie, une vitalité qui font défaut à d’autres gravures de cette période.

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Incursions limitées mais pas négligeables dans la Seconde école de Vienne (Im Sommerwind de Webern et La Nuit transfigurée de Schoenberg)

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(Schönberg, Verklärte Nacht)

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Requiem

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Le XXème siècle

En dehors de Chostakovitch, les compositeurs du XXème siècle sont rares, mais bien choisis, dans le répertoire de Mariss Jansons, comme en témoignent quelques beaux enregistrements de concert.

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Concerto pour orchestre de Lutoslawski, la superbe 3ème symphonie de Szymanowski, et la 4ème symphonie, chorale elle aussi, du complètement inconnu compositeur russe, Alexandre Tchaikowsky (né en 1946).

814TfnPZVXL._SL1500_Dans ce coffret censé dresser un portrait de celui qui fut le directeur musical de l’orchestre de la Radio bavaroise de 2004 à sa mort, on trouve par exemple Amériques de Varèse

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On note que le premier CD – Haydn – de ce coffret a été inexplicablement amputé : pourquoi le seul menuet de la symphonie n°88 qui figurait en entier dans le disque original (cf. ci-dessus), mais que les CD 4 et 5 dépassent 80 minutes.

Poèmes symphoniques

J’ai déjà évoqué les Honegger, Kurt Weill, Varèse, Bartok, Hindemith, abordés par Jansons pour la plupart en concert (Mariss Jansons une discographie). Il est d’autres oeuvres que le chef avait dirigées pour le disque, mais jamais reprises en concert (en tous cas pas dans ceux qui ont été édités !). Panorama quelque peu hétéroclite, mais le plus souvent passionnant.

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Mariss Jansons a très peu dirigé à l’opéra. Exception, cette belle version de La Dame de pique de Tchaikovski.

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Comme accompagnateur, on le retrouve au côté de solistes qui ont en commun avec le chef le refus de l’épanchement facile – Leif Ove Andsnes, Frank Peter Zimmermann, Midori, Truls Mork (on doit citer aussi Mikhail Rudy dans Rachmaninov, Tchaikovski, Chostakovitch, pas très intéressant). Sur le dernier disque du clarinettiste star Andreas Ottensamer, Mariss Jansons lui offre le plus romantique des écrins dans le 1er concerto pour clarinette de Weber.

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La grande Sophie

Mercredi soir, à l’Auditorium du Louvre, Julien Chauvin et son Concert de la Loge nous conviaient à un de ces programmes dont ils ont le secret : une des symphonies « parisiennes » de Haydn – la 84ème – entrecoupée d’airs, de scènes, d’extraits de ballets de quelques contemporains de l’illustre Viennois, habitués du Concert de la Loge olympique.

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Avec une invitée de grand luxe, la soprano belge, ma très chère Sophie Karthäuser.

(Extrait de l’opéra Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne, donné en bis à la fin du concert du 9 octobre 2019, à l’auditorium du Louvre)

Je connais Sophie Karthäuser depuis mon arrivée à la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège il y a vingt ans (lire Liège à l’unanimité).

Dès le printemps 2001, elle chante ses premières Nuits d’été de Berlioz aux côtés d’un jeune chef français Stéphane Denève  (lire Les Nouveaux modernes), en décembre de la même année, avec Louis Langrée devenu directeur musical de la phalange liégeoise en septembre, elle forme avec une autre toute jeune soprano belge, Céline Scheen, un duo de rêve, dans la Messe en ut mineur de Mozart.

Sophie retrouvera Louis Langrée un an plus tard dans le Requiem de Mozart, puis, en décembre 2004 à Bruxelles et à Liège, pour une Création de Haydn, restée dans toutes les mémoires (Werner Güra et Reinhard Hagen complétaient la distribution. Une Création restée dans la mémoire du public liégeois pour une autre raison : nous avions pris le parti d’illustrer l’oeuvre de Haydn au premier degré, et soumis à cette fin à un jeune photographe liégeois une idée simple. Pouvait-il trouver un homme et une femme jeunes qui accepteraient de poser, de dos, dans la tenue d’Adam et Eve ? Il en résulta une très belle photo qui s’afficha dans tout Liège. Qui me valut une ou deux lettres de vieux ronchons qui trouvaient que, tout de même, ce n’était pas « convenable », et, à l’inverse, un nombre considérable de félicitations. Certains s’étaient même demandé si le chef (Louis Langrée) et la soprano (Sophie Karthäuser) avaient servi de modèles, leurs noms étant imprimés sur l’affiche juste sous les pieds d’Adam et Eve !

Sophie Karthäuser revient à Liège fin mai 2006 pour un concert dont ni elle ni moi ne pouvions supposer que ce serait l’un des derniers que dirigerait Armin Jordan – disparu le 20 septembre 2006. Un programme prémonitoire, composé tout exprès pour la soprano et le chef suisse: Les Illuminations de Britten et la Quatrième symphonie de Mahler qui se conclut par cette mélodie, tirée du Knaben Wunderhorn, intitulée… la Vie céleste. La seule remémoration de cette soirée me bouleverse encore (Une soirée magique).

Dans les années qui suivront, les présences de la soprano s’espaceront un peu, en raison de ses engagements de plus en plus nombreux sur les grandes scènes d’opéra, mais le fil ne se distendra jamais entre l’OPRL et elle. Témoin ce concert de 2018 avec Christian Arming.

Je n’oublie pas que Sophie était présente à la soirée que les Liégeois avaient organisée, le 3 octobre 2014, pour mon départ de l’orchestre (Merci). 

Je n’oublie pas non plus cette représentation du Freischütz de Weber, dans la version française de Berlioz, que dirigeait John Eliot Gardiner à l’Opéra comique à Paris en mai 2011, où Sophie chantait admirablement le rôle d’Agathe. Ce fut la dernière fois que je vis Pierre Boulez, déjà très fatigué, mais la curiosité toujours en éveil.

On l’aura compris, j’ai pour Sophie Karthäuser une profonde affection, doublée d’une admiration sans bornes pour son art bien sûr, la sûreté et la sagesse avec laquelle elle mène une carrière exemplaire depuis plus de vingt ans. Sa discographie en témoigne éloquemment. Petit échantillon non exhaustif.

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Ouvertures

A Radio France, comme ailleurs, on « rentre ». Il y a des sortes de pré-rentrées, l’Orchestre National de France s’est déplacé à Bucarest (Festival Enesco), à Lucerne, mais à Paris c’était hier le soir de rentrée.

Berlioz Krivine

Rentré trop tard de Montpellier, j’ai manqué la soirée. Emmanuel Krivine dirigeait un programme tout Berlioz. A réécouter ici : France Musique : concert de rentrée de l’Orchestre National de France.

J’eusse aimé entendre, dans l’acoustique chaleureuse de l’Auditorium de Radio France, le velours corsé de la chanteuse québecoise Marie-Nicole Lemieux dans Les Nuits d’été, le plus beau cycle de mélodies avec orchestre jamais écrit par un compositeur français.

La voix de Marie-Nicole Lemieux

Surtout après avoir écouté le tout récent disque qu’elle signe avec Paul Daniel et l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, une authentique réussite qui tient autant à l’originalité du couplage qu’au somptueux mariage de la voix de Marie-Nicole Lemieux et des moirures orchestrales que le chef britannique dessine amoureusement.

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On se demande bien pourquoi nul n’a jamais songé auparavant à un couplage qui tient pourtant de l’évidence entre les Sea Pictures d’Elgar (1899) et le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (1892). La rareté ici est La Mer, cycle de quatre mélodies, de Victorin de Joncières (1839-1903), un compositeur dont, grâce aux travaux du Palazzetto Bru Zane, on redécouvre l’oeuvre.

Nuits d’été

Un disque à écouter et réécouter absolument. J’en profite pour remettre en lumière un autre beau disque, passé malheureusement un peu inaperçu à sa sortie. Là aussi un couplage très original, un chef – Paul Daniel – complètement à son aise dans les trois partitions à la tête d’une phalange idéale dans ces répertoires, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, et une chanteuse, Anne-Catherine Gillet, qui trace un chemin sûr sur les meilleures scènes d’opéra.

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Ce soir, c’était une autre ouverture, celle de l’Orchestre de chambre de Paris, avec Don Giovanni de Mozart. On en reparle demain !

Grandes voix

 

Le 10 octobre 2017, j’intitulais mon billet La mort d’un gentilhomme : On aimerait tellement croire immortels ceux que nous aimons. Jean Rochefort on l’aimait – les médias, pour une fois, sont unanimes – parce qu’il était en somme tout ce qu’on aimerait être soi-même…

L’avant-dernier de cette prodigieuse équipe (il reste Belmondo), l’inimitable – et pourtant si souvent imité – Jean-Pierre Marielle  est parti les rejoindre. Les hommages affluent, à la mesure de ce que le comédien laisse comme beaux souvenirs à chacun de nous. Très beau portrait dans Le Monde signé Véronique Cauhapé : Jean-Pierre Marielle est mort à 87 ans

Comme pour Jean Rochefort, je n’ai rien vu, ni retenu de Marielle qui soit banal, médiocre.

Mais, comme tant de mélomanes ou de ceux qui le sont devenus grâce à ce film, c’est son incarnation de Monsieur de Sainte-Colombe  dans Tous les matins du mondele chef-d’oeuvre d’Alain Corneau (1991) qui m’a durablement marqué.

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À vous revoir, Monsieur Marielle, dans ce film et dans tous les autres que vous nous laissez et qui nous consolent de votre départ !

L’autre grande voix disparue cette semaine est celle de la soprano irlandaise Heather Harper (8 mai 1930 – 22 avril 2019). Même génération que Marielle, mais bien moindre célébrité, sauf dans le coeur de mélomanes qui, comme moi, ont eu l’impression de l’avoir toujours eue dans leur famille d’artistes.

Ma première version du Messie de Haendel, c’était elle

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Ma première version du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, c’était elle

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Et puis dès que j’ai abordé les compositeurs britanniques, d’abord Britten (mais pas que),  ce fut elle, toujours, ardente et magnifique, non pas à « défendre », mais à promouvoir, à aimer chanter ces oeuvres qui, à quelques notables exceptions près, resteraient méconnues sur le Continent.

On se rappelle les circonstances qui lui ont valu de chanter la création du War Requiem de Britten en mai 1962 à Coventry : Galina Vichnievskaia – qui gravera ensuite le disque – n’avait pas eu son visa de sortie d’Union soviétique !

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Puis j’ai retrouvé Heather Harper chez Beethoven, Mahler, Richard Strauss…

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71ks8CaQpIL._SL1050_(Extraordinaire Missa Solemnis « live » sous la direction d’un très grand chef)

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Des goûts et des couleurs

« Je sais aussi d’expérience…. qu’on ne sert pas les musiciens, a fortiori quand on les aime, par l’hypocrisie ou le silence, on n’est pas obligé pour autant de les blesser inutilement. Le musicien, l’artiste sait mieux que quiconque si son récital, son concert, a été réussi ou… moins réussi. Il n’a que faire des compliments de complaisance ».

Voilà ce que j’écrivais dans un article – Le difficile art de la critique – qui m’avait valu beaucoup de commentaires, et qui me revient maintenant.

Si ce blog était véritablement mon journal intime, je n’hésiterais pas une seconde à lui confier sans détour les sentiments que m’ont inspirés certains concerts auxquels j’ai assisté. Mais, si j’ai choisi de le laisser en accès libre, donc public, je restreins de moi-même mon expression.

Il a suffi d’un adjectif – « déçu » – posté sur Facebook à l’issue d’un récent concert pour que je sois sommé de m’expliquer et qu’un débat s’ouvre avec d’autres musiciens, des collègues du pianiste auquel je faisais référence. Il en ressortait que je ne pouvais pas être déçu, que ce n’était pas possible, vu que l’artiste en question est considéré comme un immense talent en devenir et qu’il est impérial dans le répertoire où précisément j’ai eu l’impression de le voir sombrer. En résumé, si je disais ce que je pense, je risquais de compromettre une brillante carrière – et ce serait de ma faute ! -.

De toutes les façons, je ne peux définitivement pas être, publiquement, juge et critique. Je garderai donc les raisons de ma déception pour moi…

D’un autre concert – les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris, mercredi au Théâtre des Champs-Elysées – je ne dirai guère plus. Il y avait du bon, de l’excellent et du moins bon. IMG_9127 (1)

Sans doute était-il osé, risqué même, de faire se succéder deux cycles de mélodies pour ténor, avec deux chanteurs différents, en première partie – comme l’a noté Bachtrack, mais comme je suis un inconditionnel des cycles de Britten, en particulier ses Illuminations sur des poèmes de Rimbaud, j’ai été comblé d’y entendre Mark Padmore. Certes je préfère de loin la version pour soprano – qui est l’originale, puisque écrite pour la chanteuse suisse, Sophie Wyss – que j’ai eu l’immense chance de pouvoir programmer, il y a presque trente ans, avec Felicity Lott, Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande.

 

Avec un chanteur de la qualité de Mark Padmore, et la présence au sein de l’OCP depuis quelques mois,  d’un fabuleux jeune corniste, Nicolas Ramezje me demande si la sublime Sérénade pour ténor, cor et orchestre du même Britten n’eût pas été en meilleure situation… Un prochain concert ?

Dans mon courrier ce matin, un tout nouveau disque et un gentil mot de Jean-Marc Luisadal’un des musiciens les plus singuliers de la planète piano.

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J’aime beaucoup Jean-Marc Luisada, sa passion encyclopédique pour le cinéma, je n’aime pas tout ce qu’il fait au piano, précisément parce qu’il prend certains partis, qui peuvent me dérouter dans certains répertoires, mais jamais il ne m’ennuie ou m’indiffère.

Avec ce nouveau CD Schumann, il récidive, remet sur l’ouvrage ces deux chefs-d’oeuvre qui ont échappé à plus d’un – Humoresque en particulier – Je vais évidemment au plus tôt le confronter avec ce premier jet, presque trentenaire, livré aux micros d’un personnage ô combien original, François Dominique Jouis, et son label Harmonic Records, qui furent quelque temps installés à Thonon-les-Bains où j’eus plus d’une occasion de croiser leur destinée compliquée.

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À la mode napolitaine

Venu une première fois à Naples en 2002, je n’avais pu ni entrer ni a fortiori assister à une représentation du célèbre théâtre San Carlo.

Cette fois j’ai au moins pu le visiter et constater, même sans qu’aucune musique n’y soit produite, que sa réputation acoustique exceptionnelle n’est pas surfaite.

39059219_10155915394107602_5024673684015546368_nLa façade et les abords extérieurs sont dans un triste état. L’intérieur a heureusement été  restauré dans ses premières splendeurs.

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39038956_10155915394177602_8475630690321301504_nCe qu’on voit de la loge royale

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39027585_10155915393967602_3339505469717741568_n(Le grand foyer ajouté en 1937)

Le San Carlo a été un foyer considérable de création lyrique (450 premières mondiales !) : on renvoie à l’excellent article paru sur Forumopera : Le théâtre San Carlo de Naples.

Il faudrait bien plus d’un article pour évoquer le rôle de Naples dans l’histoire de la musique, de l’opéra. Mais je ne peux m’empêcher un clin d’oeil à Marc Voinchet, Jany Macaby et les 30 clavecinistes réunis autour de Frédérik Haas qui, il y a tout juste un mois – le 14 juillet 2018 – lançaient le marathon Scarlatti qui allait illuminer tout le Festival Radio France 2018, Domenico Scarlatti étant l’un des plus illustres enfants de Naples, où il est né le 26 octobre 1685.

Prenons des chemins buissonniers et amusons-nous, en cette mi-août, à musarder chez les compositeurs que Naples a, de près ou de loin, inspirés.

Richard Strauss, par exemple, et son poème symphonique Aus Italien dont les 3ème et 4ème volets évoquent les plages de Sorrente et la vie napolitaine (ici sous la baguette d’un Napolitain pur jus, Riccardo Muti)

Richard Strauss cite, au début de ce 4ème mouvement, l’une des chansons napolitaines les plus célèbres Funiculi Funicula, qui n’appartient pourtant pas au répertoire populaire mais qui a connu un succès foudroyant dès sa création en 1880.

Nelson Goerner jouait, le 17 juillet dernier, au Festival Radio France, une jolie suite de Poulenc de 1925, simplement intitulée Napoli

Je viens d’en trouver une version, que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais même pas, sous les doigts de…Claudio Arrau

Dans les Années de Pélerinage de Liszt, le triptyque Venezia e Napoli qui forme le supplément de la Deuxième année (Italie) se clôt par une virtuose Tarentelle.

Naples a aussi séduit Tchaikovski : son Capriccio italien en porte la marque évidente.

Comme la Danse napolitaine de son Lac des cygnes

Rossini, dont 6 ouvrages ont été créés au San Carlo de Naples, compose en 1835 sa Danzaqui ressemble tellement à une chanson traditionnelle qu’on en oublierait presque les auteurs. Une Danza qui a donné lieu à de multiples arrangements et orchestrations, comme Respighi (la Boutique fantasque).

Britten se livre à de brillants exercices d’orchestration de pièces de Rossini, comme cette Tarentelle des Soirées musicales op.9 (1936)

Liste non exhaustive et, pour se faire plaisir, une belle compilation de chansons napolitaines irrésistibles…

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et surtout le charme inaltéré du plus italien des crooners américains, Dean Martin :

Voir aussi Sur les traces de Stendhal

La France en joie

En 1998, le soir de la finale de la Coupe du monde de football, j’assistais à une représentation de l’un des ouvrages les plus intimistes de Britten, Curlew River, dans la cour de l’hôtel Maynier d’Oppède à Aix-en-Provence

On peut difficilement imaginer plus grand contraste entre l’atmosphère de cette pièce et l’exubérance qui commençait à monter dans tous les foyers de France. Les dernières notes de Britten étaient à peine achevées, qu’une immense clameur envahit les rues d’ordinaire bien calmes du centre d’Aix. La France était championne du monde, et même les plus rétifs des spectateurs aixois à cette fête du football ne tardèrent pas à rejoindre le Cours Mirabeau où la foule se rassemblait, heureuse, joyeuse et bon enfant.

Vingt ans plus tard, les hasards de la programmation, à moins qu’il ne s’agisse – soyons immodeste pour l’occasion ! – d’un sens certain de l’anticipation, ont fait que le Festival Radio France avait prévu, mardi dernier, un concert de l’Harmonie de la Garde Républicaine, le soir de la demi-finale (voir Douce Franceet hier soir, quelques heures après une finale de folie, le grand spectacle de chanson française imaginé autour d’Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Roland Romanelli, Jeff Cohen, Fayçal Karoui et l’excellent orchestre de Pau Pays de Béarn, un spectacle placé sous l’égide du thème de ce Festival 2018, l’éternelle chanson de Charles TrenetDouce France.

Une soirée vraiment formidable, à la hauteur de l’événement qui a fait vibrer tout un peuple…

Intense émotion quand Roland Romanelli entonne Ma plus belle histoire d’amour c’est vous

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Et quand la foule rassemblée à l’amphithéâtre du Domaine d’O reprend la chanson fétiche du #FestivalRF18…