Un beau dimanche Ă  Paris

Mozart, Berlioz, Stravinsky à la Bibliothèque

Le site historique de la Bibliothèque Nationale de France, Ă©tabli entre les rues Vivienne et de Richelieu dans le centre de Paris, a Ă©tĂ© fermĂ© pendant des annĂ©es – la dernière fois qu’on y Ă©tait venu, Jean-PierreAngrĂ©my (Pierre-Jean RĂ©my de son nom de plume) en Ă©tait le prĂ©sident (entre 1997 et 2002). Il vient de rouvrir après une complète restauration, ou plutĂ´t une mĂ©tamorphose.

Redécouverte des lieux hier dimanche.

L’entrĂ©e se fait rue Vivienne (il est recommandĂ© de rĂ©server Ă  l’avance, mĂŞme si la file d’attente des visiteurs n’est pas dissuasive

La fameuse « salle ovale » surprend toujours par ses proportions… et par le silence qui y règne. Ce dimanche, la salle de lecture est comble. On entend Ă  peine la rumeur des visiteurs qui en font le tour.

A l’Ă©tage, la galerie Mazarin, elle aussi restaurĂ©e dans sa splendeur originelle, expose quelques-uns des trĂ©sors de la BNF, et notamment quelques manuscrits de partitions cĂ©lèbres, qu’on savait dĂ©posĂ©s ici mais qu’on n’avait jamais vus.

Au milieu le manuscrit du Sacre du Printemps d’Igor Strawinsky, Ă  droite la Symphonie Fantastique de Berlioz !

De gauche Ă  droite, la sonate Appassionata de Beethoven, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, le Don Giovanni de Mozart.

Il faudra revenir, revenir souvent !

En relation avec le manuscrit de Stravinsky… et une rĂ©cente visite de l’exposition consacrĂ©e Ă  Pierre Boulez dans l’autre site de la BNF (lire DĂ©couvrir Boulez), la toute première version gravĂ©e par Pierre Boulez du Sacre du printemps.

Les amis de Karine

On ne pouvait imaginer terminer mieux ce dimanche pluvieux qu’avec ce concert cĂ©lĂ©brant les 25 ans de carrière de Karine Deshayes Ă  l’OpĂ©ra Comique.

(Ci-dessus, le 15 juillet 2017 à Montpellier, après une représentation en concert des Puritains de Bellini, avec le chef Jader Bignamini)

Je ne sais par oĂą commencer si je dois Ă©grener mes souvenirs d’une chanteuse, d’une musicienne sur qui l’âge semble n’avoir aucune prise – elle a fĂŞtĂ© ses 50 ans en dĂ©but d’annĂ©e -. Peut-ĂŞtre, comme je le rappelais hier soir Ă  l’actuel directeur de la chaĂ®ne Marc Voinchet, l’opĂ©ration que nous avions menĂ©e avec France Musique, toute une semaine de directs Ă  l’OpĂ©ra de Lyon en septembre 1998 : Karine Deshayes, StĂ©phane Degout et quelques autres de leurs camarades, aujourd’hui au faĂ®te de leur carrière, y avaient fait leurs dĂ©buts radiophoniques ! Noter que la soirĂ©e d’hier sera diffusĂ©e le 26 dĂ©cembre sur France Musique !

Il y avait donc foule hier, place Boieldieu, dans la salle et sur la scène. Pour un programme peut-ĂŞtre trop copieux, qui n’a pas laissĂ© s’installer le cĂ´tĂ© bande de copains qu’on eĂ»t aimĂ©, et que Karine sans aucun doute avait souhaitĂ©. Mais on ne boudera pas son plaisir, et si tout ne fut pas de la mĂŞme eau, on retiendra des presque deux heures ininterrompues que dura cet « instant lyrique », des sĂ©quences Ă©mouvantes et surtout la confirmation d’un talent, d’une personnalitĂ© que l’expĂ©rience et la maturitĂ© embellissent.

Philippe Jaroussky s’Ă©tant fait porter pâle – il devait chanter le cĂ©lèbre « duo des fleurs » de LakmĂ© – c’est l’une des plus glorieuses LakmĂ© de l’histoire – entendue et applaudie sur cette mĂŞme scène de l’OpĂ©ra Comique en 1998 – Natalie Dessay.. qui remplaça Jaroussky !

A la fin de ce concert, tout le monde rejoint Karine Deshayes pour le nostalgique Youkali de Kurt Weill.

Mais la soirĂ©e n’Ă©tait pas tout Ă  fait terminĂ©e, puisque, Ă  peine sorti de l’OpĂ©ra Bastille oĂą il chantait Don JosĂ© dans Carmen, Michael Spyres se transformait en Pollione pour la Norma incandescente de Karine Deshayes !

Et tout le monde cette fois de venir saluer la « Reine des bulles » comme l’a si justement surnommĂ©e Natalie Dessay, le goĂ»t pour le champagne et les bulles de Karine Deshayes n’Ă©tant pas une lĂ©gende !

Générique de cette soirée :

Catégorie chanteurs : Karine Deshayes, Natalie Dessay, Delphine Haidan, Cyrille Dubois, Michael Spyres, Paul Gay

Catégorie pianistes : Antoine Palloc, Mathieu Pordoy, Bruno Fontaine, Johan Farjot

Catégorie instrumentistes : Geneviève Laurenceau (violon) , Christian-Pierre La Marca (violoncelle), Arnaud Thorette (alto), Pierre Génisson (clarinette), André Cazalet (cor)

Catégorie compositeurs : Meyerbeer, Mozart, Rossini, Massenet, Richard Strauss, Poulenc, Schubert, Verdi, Godard, Bizet, Delibes, Burwell, Gounod, Weill, Bellini.

Hauts et bas

Indifférence

L’Ă©crivain Christian Bobin est mort, et je ne sais qu’en penser. Si ses livres ont fait du bien, ils auront rempli leur office. Comme ceux de Paolo Coelho… Et puis j’ai lu sur Facebook ce portrait qu’en fait Augustin Trapenard, le ci-devant animateur de Boomerang sur France Inter, aujourd’hui aux manettes de La Grande Librairie sur France 5 : « Je me souviens de ses Ă©clats de rire qui faisaient trembler le studio tellement ils Ă©taient forts. Ce rire si contagieux, si communicatif, qui semblait surgir de nulle part et qui prenait tout le monde de court, jusqu’à ma rĂ©alisatrice de l’autre cĂ´tĂ© de la vitre du studio. Je me souviens que dans ce rire, il y avait de la bontĂ©, de la gĂ©nĂ©rositĂ©, mais aussi une bonne dose d’autodĂ©rision. Il s’amusait surtout de lui : d’une repartie, d’un bon mot ou de son incapacitĂ© Ă  rĂ©pondre dans le temps imparti. Ce rire Ă©tait si sonore qu’il rendait plus intenses, Ă©trangement, les moments d’émotion. Il y en avait eu Ă  foison. Quand sa voix s’était brisĂ©e en parlant de ces tableaux qui nous regardent autant qu’on les observe. Quand elle s’était mise Ă  trembler en Ă©voquant la ville de son enfance qu’il n’a jamais vraiment quittĂ©e et qui a changĂ©e plus vite que lui. Quand elle avait carrĂ©ment trĂ©buchĂ© en commentant une variation de Bach interprĂ©tĂ©e par Glenn Gould. Je me souviens qu’il disait que notre mission sur terre Ă©tait peut-ĂŞtre de devenir des anges. J’avais trouvĂ© ça d’autant plus beau qu’on avait commencĂ© et terminĂ© en parlant de rĂ©sistance.« 

Je vais peut-être réessayer Bobin.

Dérives

J’avais, il y a un an ou deux, Ă©crit ici mĂŞme un article, que j’ai finalement supprimĂ©, parce qu’il avait Ă©tĂ© surabondamment relayĂ© par des gens qui ne l’avaient pas lu, et que j’Ă©tais alors « en responsabilitĂ© ». J’y dĂ©fendais plutĂ´t deux frères savoyards, Renaud et Gautier Capuçon, que j’ai connus et invitĂ©s l’un et l’autre Ă  leurs dĂ©buts. Aujourd’hui, ils ne jouent plus ensemble, ils font carrière chacun de leur cĂ´tĂ©, mais en usant et abusant de toutes les armes du marketing, quitte Ă  dĂ©vier de l’idĂ©al artistique qu’ils ont toujours brandi comme Ă©tendard.

Gautier sort un nouveau CD – Ă  grand renfort de passages tĂ©lĂ© et d’articles de complaisance (une page entière dans Le Monde : Violoncelliste populaire), enfonçant toujours les mĂŞmes portes ouvertes : lui rend la musique accessible au plus grand nombre. Blabla habituel. On se demande si, avec les titres de ses « albums » – Emotions, Sensations, bientĂ´t Vertiges ?, il ne se place pas dans la filiation d’un AndrĂ© Rieu plutĂ´t que d’un Rostropovitch ?

Renaud, quant Ă  lui, semble saisi du syndrome de Karajan, qu’on appelait dans les annĂ©es 60 le Generalmusikdirektor de l’Europe, tant il cumulait de fonctions et d’honneurs (Vienne, Berlin, la Scala, Salzbourg). Musicien quasi-officiel – il est de toutes les cĂ©rĂ©monies, hommages, rĂ©ceptions Ă  l’ElysĂ©e – crĂ©ateur/animateur du festival de Pâques d’Aix-en-Provence, professeur Ă  Lausanne et depuis peu chef de l’Orchestre de chambre de Lausanne, il s’occupe aussi du festival de Gstaad, et annonce maintenant s’occuper des Rencontres Musicales d’Evian. Le violoniste français, dans ce langage biensĂ©ant et formatĂ© qui fait son charme, dĂ©clare Ă  Sylvie Bonier, dans le journal Le Temps : «Plus j’en fais, moins je suis stressĂ©, dĂ©clare le violoniste entrepreneur. C’est le grand paradoxe de ma vie. Je suis de plus en plus zen au fil des nouvelles aventures. La scène et l’organisation figurent dans mon ADN depuis toujours. Cela me donne un plaisir fou et je pense avoir acquis une certaine expĂ©rience, en plus de 25 ans de pratique. Pourquoi, alors, me priver d’élargir encore les partages avec les immenses musiciens qui jalonnent ma vie professionnelle et amicale, les jeunes qui vont faire la leur, dans ce mĂ©tier exigeant, et le public qui les suit tous?»

Sauf que non, cher Renaud, on ne la fait pas Ă  ceux qui ont connu les Rencontres d’Evian Ă  leurs dĂ©buts, puis sous la houlette de Rostropovitch. Les dĂ©couvertes, l’audace Ă©taient de tous les programmes. Je n’aurai pas la cruautĂ© de rappeler ceux des concerts auxquels j’ai assistĂ© dans les annĂ©es 80 et 90. Quand je vois ce qui est proposĂ© l’Ă©tĂ© prochain et qui est prĂ©sentĂ© comme une « mutation », j’hallucine : Mozart et Beethoven pour les soirĂ©es les plus audacieuses ! Le Philharmonique de Berlin annoncĂ© avec ce pauvre Zubin Mehta, 87 ans, qui ne tient plus debout, certes avec le soutien d’une mĂ©cène d’autant plus gĂ©nĂ©reuse qu’elle dĂ©pense l’hĂ©ritage de son mari mort l’an dernier. Et toujours les mĂŞmes invitĂ©s… Les petits jeunes ont droit aux concerts de 11h du matin.

S’iĹ‚ fallait en rajouter, que penser d’un artiste qui, depuis le dĂ©but de sa carrière, a Ă©tĂ© soutenu, supportĂ© – dans tous les sens du terme – par Warner et son patron Alain Lanceron, et qui, en pleine « promo » d’un nouveau CD des Quatre saisons de Vivaldi, passe avec armes et bagages chez Deutsche Grammophon, sans mĂŞme un mot Ă  son mentor ?

Il ne faut pas oublier de lire le papier très argumentĂ© d’Alain Lompech dans le numĂ©ro de dĂ©cembre de CLASSICA

L’avenir du cĂ´tĂ© d’Alexandre

On oublie vite ces combines pas très glorieuses, quand on Ă©coute, comme ce fut le cas jeudi soir Ă  la Philharmonie de Paris, des musiciens Ă  qui la – rĂ©cente – cĂ©lĂ©britĂ© n’a pas encore fait perdre le sens des rĂ©alitĂ©s : le pianiste Alexandre Kantorow, le violoncelliste AurĂ©lien Pascal – entendu trois fois dans trois formations diffĂ©rentes lors du Festival Radio France 2021 – et la violoniste Liya Petrova. Aujourd’hui musicienne reconnue et confirmĂ©e, la jeune Bulgare avait participĂ© Ă  l’un des derniers projets discographiques que j’avais conduits Ă  Liège ; l’intĂ©grale des oeuvres concertantes pour violon et violoncelle de Saint-SaĂ«ns

C’Ă©tait dans le triple concerto de Beethoven, avec l’Orchestre de Paris, dirigĂ© par Stanislav Kochanovsky. Et c’Ă©tait magnifique !

La révélation Marie-Ange

La dictature du marketing

Il y a trois ans, je relatais une interview plutĂ´t cash de celui qui allait quitter la direction du Conservatoire de Paris (le CNSMD !), Bruno Mantovani (Soft porn au Conservatoire), et je prenais comme exemple – qu’elle ne m’en veuille pas plus aujourd’hui qu’hier ! – une artiste magnifique qui se soucie bien peu de ressembler Ă  des consoeurs qui bĂ©nĂ©ficient d’une exposition mĂ©diatique qui ne dĂ©pend pas uniquement de leur talent pianistique, euphĂ©misme !

J’Ă©voquais alors Marie-Ange Nguci, 24 ans aujourd’hui, que j’ai invitĂ©e en 2019 et en 2021 au Festival Radio France. La jeune pianiste nĂ©e en Albanie m’avait racontĂ© un souvenir très fort, que je m’autorise Ă  reproduire ici. Ce 16 juillet 2019, pour son premier rĂ©cital Ă  Montpellier, elle paraissait très Ă©mue, bouleversĂ©e mĂŞme, tandis qu’elle achevait de rĂ©pĂ©ter sur la scène de la salle Pasteur du Corum. Elle finit par nous expliquer les raisons de son Ă©motion : lorsque sa famille avait dĂ©barquĂ© d’Albanie, elle s’Ă©tait Ă©tablie quelque part entre NĂ®mes et Montpellier, et le tout premier concert de la petite fille qui avait commencĂ© l’Ă©tude du piano Ă  4 ans, fut un concert du Festival !

(Photo Caroline Dourthe)

La révélation

J’ai revu et entendu Marie-Ange jeudi dernier au Théâtre des Champs-ElysĂ©es, en soliste de l’Orchestre de chambre de Paris et dans le compte-rendu que j’ai fait pour Bachtrack (Deux solistes, une rĂ©vĂ©lation), j’ai parlĂ© Ă  son propos de « rĂ©vĂ©lation ». RĂ©vĂ©lation pour ceux qui comme moi ne l’avaient jamais entendue dans Mozart. Parce que, pour le grand rĂ©pertoire romantique, et mĂŞme plus contemporain – la jeune pianiste semble n’avoir aucune limite Ă  sa curiositĂ© – on savait dĂ©jĂ  qu’elle joue dans la cour des grands.

On le sait d’autant plus qu’elle fut l’une des Ă©lèves emblĂ©matiques du très cher et regrettĂ© Nicholas Angelich. Elle fut de ceux et celles qui rendirent l’Ă©tĂ© dernier un bel hommage au pianiste disparu, dans le cadre du festival de La Roque d’AnthĂ©ron.

Mais, comme je l’Ă©cris dans mon papier pour Bachtrack, tous les vrais musiciens le savent, rien n’est plus difficile que Mozart. MĂŞme les plus grands s’y aventurent avec prĂ©caution.

En prĂ©parant ce billet, j’ai trouvĂ© cette belle captation d’un autre concerto, le 20ème en rĂ© mineur, rĂ©alisĂ©e Ă  Lille, il y a quelques mois. Marie-Ange Nguci y dĂ©montre ses affinitĂ©s avec Wolfgang.

On ne boudera pas son plaisir d’entendre ou rĂ©entendre la jeune pianiste dans Saint-SaĂ«ns ou Rachmaninov, tant elle y est Ă©loquente, souveraine.

Un seul disque en forme de carte de visite pour le moment ! Les responsables de labels seraient bien inspirĂ©s de ne pas s’en tenir Ă  ce premier opus…

IntĂ©ressant d’entendre ce qu’en disait Marie-Ange Nguci Ă  l’Ă©poque, il y a quatre ans dĂ©jĂ  !

Des morts vivants, ChĂ©reau, Rorem etc.

Les Amandiers

Il y a un mois j’avais beaucoup aimĂ© son film L’Innocent. Louis Garrel est de retour, et pas dans n’importe quel rĂ´le, dans le film de Valeria Bruni-Tedeschi, Les Amandiers, il y incarne Patrice ChĂ©reau, qui fut le directeur de ce théâtre, devenu mythique, de Nanterre.

J’ai beaucoup aimĂ©, l’histoire, la rĂ©alisation, les acteurs et actrices. Comme le journaliste qui interroge ici Valeria Bruni-Tedeschi :

« Patrice ChĂ©reau est le plus vivant de tous les morts« 

Ce film montre avec tant de justesse les Ă©lans, les espoirs, les douleurs de cette bande de jeunes apprentis acteurs, n’Ă©vite aucun des chocs de l’Ă©poque, la drogue, le SIDA. On a plus d’une fois Ă©tĂ© Ă©mu, sinon bouleversĂ©. Les interprètes sont tous formidables, y compris les filles et fils de…Mention particulière pour celle qui est censĂ©e reprĂ©senter VBT, Nadia Tereszkiewicz, et peut-ĂŞtre surtout Sofiane Bennacer, dans sa descente aux enfers. Je n’ai pas arrĂŞtĂ© de penser Ă  Patrick Dewaere… Evidemment Louis Garrel est plus ChĂ©reau que nature jusque dans les attitudes, les tics, le langage ! Ne pas oublier celui qui fut son adjoint comme directeur de l’Ă©cole de théâtre des Amandiers, Pierre Romans, ici incarnĂ© par Micha Lescot, emportĂ© par le SIDA Ă  39 ans.

Allez voir ce film, vraiment !

Presque centenaire

Il y a fort Ă  parier que, si Renaud Machart n’avait pas contribuĂ© Ă  le faire connaĂ®tre en France, notamment en traduisant l’un de ses Diaries, le nom de Ned Rorem (1923-2022) serait restĂ© quasi inconnu.

« Un matin de mai 1949, un jeune AmĂ©ricain Ă  la beautĂ© ravageuse dĂ©barque au Havre. Comme beaucoup de jeunes gens de sa gĂ©nĂ©ration venus d’outre-Atlantique, le compositeur et Ă©crivain Ned Rorem ne compte passer en France que quelques mois. Il y restera jusqu’en 1955. Ce sont ces annĂ©es que retracent ce Journal parisien, un texte fameux aux Etats-Unis, qui, depuis sa parution, en 1966, n’avait jamais Ă©tĂ© encore traduit en français. Le Journal parisien fit scandale par la libertĂ© de ton de son auteur, son insolence et sa cruautĂ©, et par des indiscrĂ©tions qui ne furent pas apprĂ©ciĂ©es de tous. Ned Rorem fait très vite la connaissance de Marie Laure de Noailles, qui deviendra sa plus sure alliĂ©e et sa plus chère amie Ă  Paris. Elle le prendra sous son aile et le prĂ©sentera au Tout-Paris artistique. EberluĂ© et crâne, sĂ©duit mais mĂ©fiant, le jeune compositeur frĂ©quente Francis Poulenc, Salvador Dali, Georges Auric, Henri Sauguet, Jean Cocteau, Julien Green, Pablo Picasso, Julius Katchen, Paul Eluard, Pierre Boulez, Alice Toklas et la colonie amĂ©ricaine de Paris. Des annĂ©es partagĂ©es entre le travail, la boisson, la rencontre de jeunes hommes ; la France, le Maroc (mais aussi l’Angleterre et l’Allemagne d’après guerre) ; l’amour, le dĂ©sespoir. Le tout notĂ© au fil d’une plume d’une redoutable prĂ©cision de trait » (PrĂ©sentation de l’Ă©diteur)

Le compositeur amĂ©ricain est mort Ă  New York ce samedi Ă  l’âge respectable de 99 ans.

Quelques repères discographiques pour se faire au moins une petite idée de ce que Ned Rorem a représenté dans la musique du XXème siècle.

Les larmes de Leila K.

Il serait sans doute restĂ© inconnu du grand public, si l’excellente Leila Kaddour – qui prĂ©sente le journal tĂ©lĂ©visĂ© de France 2 le samedi et le dimanche midi – n’avait pu retenir son Ă©motion en annonçant sa mort.

Je ne connaissais pas personnellement, je n’ai jamais eu l’occasion de travailler avec lui, mais la brutale disparition de Pascal Josèphe, Ă  68 ans, a rappelĂ© l’importance de celles et ceux qui, dans l’ombre, font vivre la tĂ©lĂ©vision, et c’est tout aussi vrai pour la radio, les mĂ©dias en gĂ©nĂ©ral, les structures culturelles. Il y a ceux qui sont dans la lumière – Pascal Josèphe l’avait tentĂ©, en se prĂ©sentant Ă  la prĂ©sidence de France TĂ©lĂ©visions en 2015 – et ceux, il en Ă©tait, qui crĂ©ent, donnent leur chance, promeuvent, innovent. C’est pour cela que sa mort bouleverse autant de monde…

Bios

Les anniversaires, on sait faire, les institutions culturelles, les mĂ©dias, les maisons de disques, il n’y a plus que ça. Quand ce n’est pas le 80ème anniversaire de Daniel Barenboim (lire Barenboim #80), c’est le centenaire de la mort de Proust aujourd’hui (qu’on se rassure, je n’ai rien d’original Ă  en Ă©crire, sauf Ă  conseiller l’excellent essai de l’ami JĂ©rĂ´me Bastianelli, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© des Amis de Marcel Proust)

Sans parler de certains qui prĂ©fèrent s’auto-cĂ©lĂ©brer – livre, disque, concerts, Ă©missions de radio, articles de presse – de crainte peut-ĂŞtre que ledit anniversaire passe inaperçu ! Ou de faire Ă©tat des hochets Ă  eux gĂ©nĂ©reusement distribuĂ©s par telle ex-ministre de la Culture ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Bios dégradées

En revanche, fournir une information de qualitĂ© sur les artistes, en l’occurrence les musiciens, qu’on va Ă©couter en concert ou sur un enregistrement audio ou vidĂ©o. c’est normalement le job des organisateurs, des impresarios – pardon c’est un mot dĂ©suet, ringard, on dit maintenant « agent », c »est tellement plus poĂ©tique ! c’est une autre paire de manches. Dans notre jargon, on appelle ça une « bio ».

En gĂ©nĂ©ral, ces « bios » d’artistes censĂ©es nous conter par le menu leur enfance, leur formation, les Ă©lĂ©ments importants de leur carrière, sont Ă  peu près toutes faites sur le mĂŞme modèle, avec les mĂŞmes mots-valises, les mĂŞmes superlatifs : « Anton von der Schmoll est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme l’un des talents les plus prometteurs de sa gĂ©nĂ©ration » – ça pour les dĂ©butants – Pour les plus confirmĂ©s, on monte d’un cran dans la formule creuse : « Est internationalement reconnu comme le chef le plus charismatique de son Ă©poque »… etc..

Mais au lieu de donner envie Ă  l’auditeur ou au spectateur d’en connaĂ®tre plus sur l’artiste en question, d’en rĂ©vĂ©ler les traits marquants, ces « bios », en gĂ©nĂ©ral fournies en anglais – parce que les plus grandes agences sont Ă  Londres ou en Allemagne – ressemblent aux menus des restaurants de l’Ă©poque soviĂ©tique : une liste d’autant plus impressionnante et longue qu’inexistante.

Ainsi d’un soliste, dont vous n’avez jamais entendu parler, on vous dira qu’il a jouĂ© avec les plus grands chefs, et les plus grands orchestres, oubliant juste de mentionner que c’Ă©tait pour des remplacements au sein des dits orchestres. Ou alors l’Ă©numĂ©ration des lieux est en soi irrĂ©sistible de drĂ´lerie.

Dans tous les cas c’est ridicule et souvent contre-productif.

Je m’explique : si un « agent » a besoin de placer ses artistes auprès d’organisateurs, de directeurs, il s’adresse Ă  des professionnels Ă  qui on ne la raconte pas, il apporte un Ă©clairage, une information sur l’Ă©volution de la carrière de son protĂ©gĂ©, sur ses projets, ses souhaits. Donc la liste et les superlatifs interminables… aucun intĂ©rĂŞt !

Quant au public qui vient Ă©couter et/ou voir un artiste, croit-on vraiment qu’il va se taper des pages de lecture indigestes ?

J’ajouterai une catĂ©gorie de « bios » entourloupes : celles oĂą, ridicule coquetterie, on cache soigneusement l’origine, l’âge (surtout !) des gens. Pas plus tard qu’hier soir impossible d’avoir des informations… rĂ©ellement biographiques sur un chef d’orchestre dont je sais seulement qu’il est anglais et qu’il va succĂ©der Ă  Santtu-Matias Rouvali Ă  la direction musicale de l’orchestre philharmonique de Tampere (Finlande).

Barenboim #80 : complexitĂ©, perplexitĂ©, admiration

À un homme malade, sérieusement malade selon ses propres déclarations, on doit d’abord adresser des vœux de meilleure santé, avant même de fêter son quatre-vingtième anniversaire.

Daniel Barenboim est né le 15 novembre 1942 à Buenos Aires, un an après sa compatriote Martha Argerich.

Le titre de ce billet reflète ce que l’on peut penser d’une personnalitĂ© de tout premier plan, un premier plan que Barenboim n’a pas toujours occupĂ© ni conquis par ses seules qualitĂ©s musicales.

Comme l’Ă©crit Sylvain Fort sur Forumopera : « Le New York Times, dans un long article intitulĂ© « Illness puts maestro on pause Â» rappelle l’ampleur de l’empire Barenboim. Son absence se fait d’autant plus cruellement sentir qu’il prĂ©side aux destinĂ©es de la Staatskapelle de Berlin, de l’orchestre du Divan, de la Staatsoper de Berlin – autant de formations pour lesquelles Ă  travers le temps il a obtenu de gĂ©nĂ©reuses subventions et des concours privĂ©s considĂ©rables. A la lecture de cet article, l’on comprend que Daniel Barenboim, s’il indique lui-mĂŞme avoir vĂ©cu par ou pour la musique, aura aussi jouĂ© un rĂ´le politique considĂ©rable dans l’univers culturel au sens large. »

Argentinian-born Israeli conductor Daniel Barenboim is pictured as he conducts the Vienna Philharmonic Orchestra during the New Year concert on January 1, 2009 in Vienna. AFP PHOTO/DIETER NAGL (Photo by DIETER NAGL / AFP)

Mais soyons clair: l’admiration l’emporte de loin sur la critique. Ne serait-ce que sur ce blog, les occurrences « Barenboim » se comptent par dizaines. Et ce n’est pas parce que, le 1er janvier dernier, il n’Ă©tait plus que l’ombre de lui-mĂŞme – un concert de Nouvel an crĂ©pusculaire – que ses derniers disques chez Deutsche Grammophon n’ajoutent vraiment rien Ă  sa gloire (voir Le difficile art de la critique), qu’on doit oublier tout ce que le pianiste et chef d’orchestre nous a donnĂ©.

Je renvoie aux deux articles que j’avais consacrĂ©s Ă  Daniel Barenboim… il y a cinq ans : Barenboim 75 ou l’artiste prolifique, Barenboim 75 première salve. Rien Ă  changer dans mes choix de discophile, ni dans mes souvenirs de jeunesse. Les concertos et les sonates de Mozart, les concertos de Beethoven, les symphonies de Franck et Saint-SaĂ«ns, la 4ème symphonie de Bruckner, ce sont mes premiers disques… avec Barenboim.

Pour terminer sur un message heureux en lien avec la ville oĂą Daniel Barenboim s’est Ă©tabli depuis des lustres, j’avais aussi dĂ©couvert par hasard – un CD trouvĂ© dans un magasin d’occasions en Allemagne – l’Ă©quivalent Ă  Berlin de la Marche de Radetzky Ă  Vienne, le Berliner Luft du bien trop mĂ©connu compositeur berlinois Paul Lincke… grâce Ă  Daniel Barenboim, qui, au lieu de courir la poste comme nombre de ses confrères, adopte le tempo giusto d’une marche, dansĂ©e, chantĂ©e et sifflĂ©e.

Ici une vidĂ©o que je ne connaissais pas, la fin d’un concert la Saint-Sylvestre 1997, dans la grande salle de la Staatsoper.

Tout Roger

J’ai Ă  plusieurs reprises Ă©voquĂ© ici mes quelques rencontres avec le chef anglais Roger Norrington (88 ans !). Extraits choisis :

Avec l’Orchestre de chambre de Paris (28 mai 2015)

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger Norrington, Ian Bostridge, Purcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisiede Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

Beethoven, Haydn et Disques en Lice

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven

Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

Roger Norrington et François Hudry (Photo F.H.)

Sans attendre son 90ème anniversaire, et parce que le chef a lui-mĂŞme annoncĂ© mettre un terme Ă  sa carrière, Erato (Warner) réédite tout ce que Norrington a enregistrĂ© avant qu’il ne prenne la direction de l’orchestre de la radio de Stuttgart (et qu’il regrave une grande partie de son rĂ©pertoire pour Hänssler avec des bonheurs plus fluctuants !)

Rien d’inconnu dans ce coffret, mais des versions qu’on avait parfois oubliĂ©es. La presque totalitĂ© enregistrĂ© avec l’ensemble London Classical Players, fondĂ© par Roger Norrington en 1978 et dissous en 1997, regroupant des musiciens participant Ă  d’autres formations, comme The Orchestra of the Age of Enlightenment.

Contenu du coffret Warner/Erato :

Beethoven : Symphonies + concertos clavier (Melvyn Tan)

Berlioz : Symphonie fantastique + Ouverture Les Francs-juges

Brahms : Symphonies + Variations Haydn + Ouverture tragique + Requiem allemand

Bruckner : Symphonie 3

Haendel : airs d’opĂ©ras (David Daniels) + Water Music, Royal Fireworks

Haydn : Symphonies 99-104

Mendelssohn : Symphonies 3 et 4

Mozart : Symphonies 38-41 + concertos 20/23/24/25 (Melvyn Tan), concerto 16 (Knauer) + Requiem

Mozart : Don Giovanni

Mozart : la Flûte enchantée

Purcell : The fairy queen

Gala Rossini + ouvertures

Schubert : Symphonies 4,5,6,8,9, ouverture Die Zauberharfe

Schumann : Symphonies 3,4, ouverture Genoveva

Smetana : Ma Patrie

Wagner : ouvertures

Weber : Symphonies 1 et 2, KonzertstĂĽck (Melvyn Tan)

Des livres de prix

Le Goncourt

J’ai le rĂ©flexe, assez idiot finalement, de ne jamais me prĂ©cipiter sur le disque qu’il faut avoir Ă©coutĂ©, le livre qu’il faut avoir lu, le film qu’il faut avoir vu.

Il y a des exceptions Ă  toute règle, surtout Ă  celles qu’on se fixe soi-mĂŞme! Sans doute ai-je Ă©tĂ© amusĂ© par le choix de l’AcadĂ©mie Goncourt, qui a rĂ©vĂ©lĂ© qu’il avait fallu 14 tours – c’est pire qu’un prĂ©sident de la RĂ©publique sous la IVe ! – et un vote prĂ©pondĂ©rant du prĂ©sident pour dĂ©signer Brigitte Giraud comme laurĂ©ate du Prix Goncourt 2022. Le prix aurait tout aussi bien Ă©tĂ© Ă  Giuliano da Empoli pour son Mage du Kremlin, qui a par ailleurs obtenu le Grand Prix de l’AcadĂ©mie française.

Ce dernier est, depuis plusieurs semaines, sur ma table de chevet, dans les « Ă  lire en prioritĂ© ». En revanche, je n’ai jamais lu ni mĂŞme su de Brigitte Giraud. Le seul fait que certains « commentateurs » la comparent Ă  Annie Ernaux, m’aurait plutĂ´t dissuadĂ© de m’intĂ©resser Ă  elle.

J’ai finalement tĂ©lĂ©chargĂ© d’abord un extrait puis le livre tout entier et je l’avoue, j’ai Ă©tĂ© happĂ© par Vivre vite.

« En un rĂ©cit tendu qui agit comme un vĂ©ritable compte Ă  rebours, Brigitte Giraud tente de comprendre ce qui a conduit Ă  l’accident de moto qui a coĂ»tĂ© la vie Ă  son mari le 22 juin 1999. Vingt ans après, elle fait pour ainsi dire le tour du propriĂ©taire et sonde une dernière fois les questions restĂ©es sans rĂ©ponse. Hasard, destin, coĂŻncidences ? Elle revient sur ces journĂ©es qui s’Ă©taient emballĂ©es en une suite de dĂ©règlements imprĂ©visibles jusqu’Ă  produire l’inĂ©luctable. Ă€ ce point Ă©lectrisĂ© par la perspective du dĂ©mĂ©nagement, Ă  ce point pressĂ© de commencer les travaux de rĂ©novation, le couple en avait oubliĂ© que vivre Ă©tait dangereux. Brigitte Giraud mène l’enquĂŞte et met en scène la vie de Claude, et la leur, miraculeusement ranimĂ©es » (PrĂ©sentation de l’Ă©diteur).

A la diffĂ©rence, Ă  l’inverse mĂŞme, de ces auteures, Annie Ernaux, Christine Angot, qui tournent autour de leur nombril et mettent en scène leur petite personne, non sans talent parfois, Brigitte Giraud raconte, dans un style sans manière, fluide, et Ă©lĂ©gant, une part de sa vie, l’Ă©vĂ©nement qui a failli rendre impossible la poursuite de sa propre vie, puisque la vie de Claude son mari s’est brutalement interrompue. Tout sonne juste, sans rien de larmoyant, ni d’hĂ©roĂŻque. Ceux qui ont connu pareil drame – la mort brutale d’un mari, d’un père, d’un proche – et qui, comme Brigitte Giraud, ont dĂ» survivre, vivre sans, vivre autrement, sont Ă©videmment plus touchĂ©s encore par ce rĂ©cit. J’entendais l’auteure dire, dans une interview, que ce drame « intime touche Ă  l’universel ». Ecouter ce qu’elle rĂ©pondait Ă  Anne-Sophie Lapix sur France 2 : Tenter d’expliquer l’inexplicable.

JMS Arsène Lupin ?

Je connais Joseph MacĂ©-Scaron depuis neuf lustres (Ă  vous de faire le calcul !). On s’est toujours suivis, de loin en loin, comme si le fil d’une amitiĂ© initiale ne s’Ă©tait jamais rompu, quelques chemins de vie que nous ayons pu emprunter. JMS auteur de polar ? c’Ă©tait un rĂ´le qu’il n’avait encore pas endossĂ©. Je viens d’acheter son dernier ouvrage, qui ne peut manquer de nous rappeler Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, Arsène Lupin. La rumeur en dit du bien. Je ne devrais pas ĂŞtre déçu…

Étretat, ses falaises, ses lecteurs d’Arsène Lupin, sa mer aux couleurs du temps et ses couples romantiques enlacĂ©s sous la bruine. Attention Ă  ne pas vous approcher trop près du bord, ce thriller glaçant risque de vous donner le vertige. 

Derrière la carte postale de la petite station balnĂ©aire, belle endormie de la CĂ´te d’Albâtre rĂ©veillĂ©e chaque week-end par des nuĂ©es de touristes, se cache un monde de passions, de secrets et de dangers. Car le Mal rĂ´de, satisfait d’avoir pu y commettre, depuis des dĂ©cennies, des crimes parfaits. 
Revenue une nuit sur les lieux de son enfance pour mettre fin Ă  ses jours, Paule Nirsen en est empĂŞchĂ©e par une rixe au bord de la falaise. Le lendemain, une femme, Rose, est retrouvĂ©e sur les galets. 
Autour de Paule, les victimes s’accumulent. S’agit-il d’un tueur en sĂ©rie ou d’une mĂ©canique diabolique actionnĂ©e par une confrĂ©rie ivre de revanche sociale ? 
Furieuse qu’on lui ait volĂ© son suicide, Paule va mener l’enquĂŞte avec le capitaine de gendarmerie Lassire. Ils ne seront pas trop de deux pour s’enfoncer dans les brumes Ă©paisses de la cruautĂ© humaine et montrer que la victoire du Mal n’est jamais inĂ©luctable. Mais Ă  quel prix ? 
(PrĂ©sentation de l’Ă©diteur)

Vanessa, Raphaëlle et les riches

Ce n’est pas la première fois qu’on loue le talent d’Ă©criture de la journaliste RaphaĂ«lle BacquĂ© (voir Les dames du Monde). Cette fois, elle s’est associĂ©e Ă  sa consoeur du Monde, Vanessa Schneider, pour croquer une savoureuse galerie de portraits sur les grandes familles qui règnent sur l’Ă©conomie, les mĂ©dias, les secteurs-clĂ© de notre vie. Pas de parti pris, mais beaucoup d’informations, si ce n’est des rĂ©vĂ©lations, sur des personnages aussi redoutables que redoutĂ©s.

Un père, des enfants, une entreprise à transmettre. Balzac en a fait le terreau de nombreux romans, les Américains des séries à succès, mais la réalité dépasse la fiction. Cette enquête riche en révélations plonge dans les coulisses et les secrets de famille du capitalisme français.

Vincent BollorĂ© a rebâti son empire pour le rendre dĂ©sirable aux yeux de ses enfants. Mais il ne lâche rien. 
Bernard Arnault Ă©lève les siens comme on entraĂ®ne des chevaux de course. 
JĂ©rĂ´me Seydoux ne juge personne Ă  sa hauteur. Dans la tribu Bouygues, c’est l’outsider qui a finalement gagnĂ©. 
Arnaud Lagardère, lui, a rĂ©duit mĂ©thodiquement l’hĂ©ritage de son père, comme une vengeance oedipienne… 
MĂ©connues jusqu’Ă  prĂ©sent, les histoires de succession des Pinault, Decaux, Hermès, Mulliez, Peugeot, Gallimard ou 
Bettencourt racontent les privilèges, les haines et les trahisons qui empoisonnent les liens du sang.
Sujet tabou, dossiers explosifs. Histoire universelle.

Au fil d’un rĂ©cit haletant, deux journalistes rĂ©putĂ©es nous dĂ©voilent pour la premières fois la vĂ©ritable nature du pouvoir en France. (PrĂ©sentation de l’Ă©diteur)

Mascarades

Un bon Bedos

DĂ©jĂ  je n’avais pas suivi, ni mĂŞme compris, certaines des critiques de son film La Belle Ă©poque, sorti il y a trois ans. J’en ai fait autant pour le quatrième long-mĂ©trage de Nicolas Bedos Mascarade, que je sors de voir dans la mĂŞme salle adamoise*.

D’accord, c’est trop long, c’est trop touffu, trop de rĂ©pliques, de vacheries, de bons mots, trop de rĂ©fĂ©rences, mais c’est du Nicolas Bedos ! Oui aucun personnage n’est sympathique, oui c’est cynique, et alors ? C’est un film, pas un reportage sur la CĂ´te d’Azur ! Et quand mĂŞme une sacrĂ©e bande de comĂ©diens, sacrĂ©ment bien servis par le rĂ©alisateur, Ă  commencer par les femmes, Isabelle Adjani qu’on craint d’abord de voir comme une caricature d’elle mĂŞme, et qui ferait oublier Gloria Swanson dans Sunset Boulevard, Marine Vacth, tout simplement exceptionnelle. Et Pierre Niney qu’on aime, comme on l’aime dans tout ce qu’il fait. On n’arrive pas Ă  croire qu’il soit un parfait salaud. Donc ne lisez pas les critiques, profitez de ce week-end bien automnal pour aller au cinĂ©ma (les salles sont tristement vides)

Lermontov et Khatchaturian

En musique, le titre que Bedos a donné à son film évoque pour moi deux oeuvres, deux compositeurs.

Aram Khatchaturian (1903-1978) d’abord et la musique de scène qu’il compose en 1941 – Ă  l’occasion du centenaire de la mort de l’Ă©crivain Mikhail Lermontov, pour la pièce Mascarade. De cette musique de scène est restĂ©e une valse Ă  flonflons qui a beaucoup fait pour la cĂ©lĂ©britĂ© du compositeur armĂ©nien.

Une seule référence pour cette suite, Kirill Kondrachine.

L’opĂ©ra de Nielsen

Maskarade, c’est aussi un opĂ©ra du Danois Carl Nielsen (1865-1931). La langue limite Ă©videmment la diffusion de l’oeuvre, mais la musique y est dense. Et la version rĂ©cente et native de Michael Schønwandt en est la rĂ©fĂ©rence.

L’ouverture en est brillante et festive :

* adamois : relatif Ă  la ville de L’Isle-Adam, charmante commune du Val d’Oise qui prĂ©sente la particularitĂ© d’ĂŞtre administrĂ©e sans discontinuer depuis 1971 par la mĂŞme famille princière, les Poniatowski, d’abord Michel, compagnon de route et ministre de Giscard, puis son fils Axel, et le petit-fils SĂ©bastien, réélu sans difficultĂ© en 2020.

Les inattendus (XII) : Maazel et Dvořák

L’Ă©coute alĂ©atoire, un trajet un peu long, et me voici littĂ©ralement captivĂ© par le mouvement lent – archiconnu- de l’archiconnue symphonie « du Nouveau monde » de Dvořák, une version transfĂ©rĂ©e sur mon smartphone Ă  partir d’un coffret paru en 2018 pour cĂ©lĂ©brer l’orchestre de la Tonhalle de Zurich. : Lorin Maazel dirigeait l’orchestre suisse en 2002.

A vrai dire, je n’avais guère prĂŞtĂ© attention Ă  cette version quand j’ai reçu ce coffret. Comme je n’avais prĂŞtĂ© attention aux rares enregistrements de Dvořák par Lorin Maazel. A tort !

Je comprends maintenant pourquoi ceux qui ont choisi les « live » qui forment ce beau coffret ont retenu la « Nouveau monde » de Lorin Maazel. Souvent on avait l’impression, s’agissant du grand chef amĂ©ricain, disparu le 13 juillet 2004, que sa technique infaillible masquait un manque d’inspiration ou une routine bien huilĂ©e, surtout dans les dernières annĂ©es. Et puis au concert, il pouvait soudain donner toute la mesure d’un talent qui avait particulièrement brillĂ© au dĂ©but de sa carrière.

(extrait audio : Dvořák Symphonie n°9, largo – Tonhalle Orchester ZĂĽrich, dir. Lorin Maazel (live 2002)

La manière dont Maazel conduit ce cĂ©lèbre Largo, variant sans cesse les accents, les attaques, modifiant imperceptiblement le tempo, obtenant de l’orchestre et de chaque soliste – le cor anglais – des sonoritĂ©s plus bohĂ©miennes que nature, c’est tout simplement prodigieux, et la marque du très grand chef qu’il pouvait ĂŞtre quand il le voulait.

Du coup, j’ai ressorti de ma discothèque les trois dernières symphonies de Dvořák, que Maazel a gravĂ©es Ă  Vienne au tout dĂ©but des annĂ©es 80 – ce sont ses seuls enregistrements des 7ème et 8ème symphonies.

On n’a pas ici la spontanĂ©itĂ©, l’Ă©lan du « live » de 2002, mais quelle maĂ®trise supĂ©rieure des rythmes, des couleurs de l’orchestre (et quel orchestre !), quel respect scrupuleux aussi de la partition, quelle jubilation jamais clinquante ! A réécouter vraiment.

TrouvĂ© sur YouTube un « live » de la Nouveau monde contemporain de l’enregistrement studio, le 29 juillet 1981 au Grosses Festspielhaus de Salzbourg :

Le finale de la 7ème symphonie n’est pas le plus facile Ă  rĂ©ussir, de l’aveu mĂŞme d’illustres baguettes.