Ces vieux qui rajeunissent… et inversement

En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses de Johann Strauss.

Près de 2 minutes de plus que le vieux Karajan, perclus de douleurs, mais comme régénéré ce 1er janvier 1987 au contact de ses chers Wiener Philharmoniker.

Le cas de Muti n’est pas isolé : on avait pu relever pareil phénomène avec le regretté Mariss Jansons (L’héritage d’un chef) – 1943-2019 -. Nous avons la chance, pour plusieurs oeuvres symphoniques importantes, de disposer de plusieurs versions enregistrées par le chef letton, dans ses postes successifs, à Oslo, Amsterdam et Munich.

Dans le cas de la Deuxième symphonie de Sibelius, la comparaison entre Oslo et la radio bavaroise est éloquente, ce n’est pas seulement affaire de tempo, mais d’énergie, d’élan. Ce qui n’amoindrit pas notre admiration pour un chef qu’on a découvert et aimé dès le mitan des années 80.

J’ai eu la chance d’assister à quelques concerts du grand Carlo Maria Giulini dans les années 90.

Je me rappelle, en particulier, un concert de l‘Orchestre de Paris, à la salle Pleyel. Au programme, la 40ème symphonie de Mozart et la Septième de Bruckner. Terrible souvenir : Mozart soporifique, Bruckner interminable. Et quelques mois plus tard un Requiem de Verdi sublime, ardent, bouleversant.

Comparaison là encore éloquente entre le Giulini des années 60 et celui de la fin des années 80 (Vieux sages)

Des symphonies de Brahms, Giulini a laissé trois enregistrements, le premier avec le Philharmonia (et Chicago pour la 4ème) dans les années 60, le second à Los Angeles fin 70 début 80, le troisième à Vienne dans les années 90. De la jeunesse à la maturité, le parcours est fascinant, même si on peut se lasser de tempi si lents à la fin.

Le cas d’Otto Klemperer (1885-1973) est plus complexe. À peine quinze ans séparent ces deux enregistrements : la 25ème symphonie de Mozart avec le Philharmonia en 1956 – l’une des plus vives, à fond Sturm und Drang de toute la discographie de l’oeuvre – et une Septième de Beethoven en public en 1970, lentissime.

Et puis il y a les exemples inverses, des chefs qui semblent non seulement n’être pas atteints par les offenses de l’âge, voire du grand âge, mais qui semblent rajeunir, se ressourcer à un élan vital inépuisable.

Le cas le plus impressionnant est certainement Herbert Blomstedt, né en 1927, que j’ai eu la chance d’applaudir à la Philharmonie de Paris il y a presque trois ans : L‘autre Herbert/

Quand un nonagénaire rencontre une pianiste dont on a peine à croire qu’elle fêtera ses 80 ans en juin, cela donne ce Beethoven si juvénile, vital, essentiel, enregistré en juin dernier à Lucerne !

J’ai écrit récemment sur les deux intégrales des symphonies de Beethoven qu’Herbert Blomstedt a gravées : Beethoven 250, Blomstedt, Dresde et Leipzig. Edifiant !

Quand on pense aux grands chefs du passé, sur qui l’âge n’avait pas prise, viennent immédiatement les noms de Charles Munch, emporté en pleine activité à 77 ans, Pierre Monteux, mort à 89 ans en 1964 après avoir signé avec le London Symphony, en 1961, un contrat de 25 ans (!), ou Paul Paray. mort à 93 ans sans jamais avoir ralenti son activité.

Il n’est que d’écouter leurs enregistrements des dernières années ! A-t-on déjà entendu plus furieuse Surprise de Haydn ?

Un jeune homme on vous dit ! Vrai dans ce coffret Decca

plus encore dans ce fabuleux coffret de prises de concert en excellente stéréo : les Bostoniens ont parfois du mal à suivre, mais quelle jubilation !

Quant à Paul Paray, on a l’embarras du choix entre les ultimes enregistrements réalisés avec un orchestre monégasque assez médiocre – mais quelle vitalité ! – et les splendides captations en « Living présence » à Detroit. Bien sûr toute la musique française, mais aussi – et ô combien ! – les romantiques allemands. Des Schumann prodigieux par exemple :

Une réflexion sur “Ces vieux qui rajeunissent… et inversement

  1. Je partage votre avis sur les récents concerts du Nouvel an : cela devient de plus en plus soporifique : les 2 derniers Muti, Nelson, Thieleman : ces chefs ont l’air de s’ennuyer en jouant cette musique, et visiblement ils ne l’aiment pas. Peu de sourires, visages fermés ou crispés, pas de fantaisie. Je ne comprend pas les choix de l’OPV pour diriger ces concerts. Mais votre blog, quel bonheur de le suivre. Joyeuse année 2021

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