Mauvais traitements (V) : un scherzo de Bruckner

Tout est parti d’un dossier réalisé par Hugues Mousseau, dans le dernier numéro de Diapason, sur la 9e symphonie de Bruckner.

A sa manière, sans manières justement, le critique taille des croupières à des valeurs supposées sûres, élimine sans barguigner des versions considérées comme des références, en oublie surtout pas mal qui eussent largement mérité d’être au moins citées et mises en confrontation. D’où un débat comme Facebook les aime, dont je suis un peu responsable puisque c’est moi qui l’ai lancé en regrettant qu’Hugues Mousseau ait oublié Carl Schuricht comme l’un des chefs qui comptent dans la discographie de l’ultime symphonie de Bruckner.

Comme pour Schubert (Une affaire de tempo ) et bien d’autres partitions, je m’aperçois que je suis, depuis toujours, très sensible au respect du caractère d’un mouvement, singulièrement dans une oeuvre symphonique : le troisième mouvement est très souvent… à trois temps, un menuet, un scherzo, voire une valse. C’est moins affaire de tempo métronomique que d’esprit. En l’occurrence, dans la 9e symphonie de Bruckner, c’est le 2e mouvement qui est un scherzo dont le compositeur précise les contours : Bewegt, lebhaft, qu’on peut traduire par « Animé, vivace ». Le plus important, parce que c’est la partition qui le commande, c’est de respecter la pulsation de ce 3/4 qui prend appui sur le premier temps.

Le moins qu’on puisse dire est que les conceptions des (grands) chefs qui ont dirigé et enregistré cette symphonie divergent du tout au tout, surtout dans ce passage.

Commençons par les caricatures :

Je n’ai jamais compris la fascination qu’exerce encore Sergiu Celibidache sur les auditeurs de ses disques (en concert, la gestique, la posture pouvaient faire illusion).

Quant à Leonard Bernstein, le champion de Mahler, il n’a jamais enregistré de Bruckner que la seule 9e symphonie, à New York d’abord, à Vienne ensuite (quelques mois avant sa mort). Les deux fois, il est vraiment à côté de la plaque.

Carlo-Maria Giulini que nul plus que moi ne révère – j’ai eu la chance d’assister à ses derniers concerts à Paris – prend un parti étonnant dans sa gravure à Chicago. Dès que le scherzo est lancé, il ralentit le mouvement, l’enserre dans une tenaille incompréhensible, c’est raide et sans ressort.

Christoph von Dohnanyi (lire Authentiques) à Cleveland n’est pas très viennois dans son approche, mais au moins c’est un scherzo « bewegt » et « lebhaft » C’est l’un des plus rapides de toute la discographie.

Bernard Haitink dans son unique gravure de la 9e de Bruckner (voir L’intégrale Concertgebouw) est comme souvent, un modèle de respect du texte

Approchons-nous des versions chères à nos oreilles.

J’ai toujours admiré la liberté d’Eugen Jochum dans ses deux intégrales Bruckner. Il n’édifie pas d’impressionnantes cathédrales sonores, immuables, intangibles, il anime toujours, bouscule parfois, chaque partition. Ici personne mieux que lui ne rend ce scherzo aussi poussé dans ses retranchements, accélérant, retardant, relançant le discours.

Karajan en 1966, souvent cité comme une référence au sein même de sa propre discographie, c’est vraiment quelque chose :

On ne sera pas étonné que j’achève ce trop bref tour d’horizon par ma version de chevet, « oubliée » par Hugues Mousseau, qui la considère comme « médiocre », découverte lors d’un Disques en Lice il y a plus de trente ans, qu’au terme d’une écoute à l’aveugle nous avions de loin placée en tête : Carl Schuricht (81 ans) dirigeant l’Orchestre philharmonique de Vienne en 1961 dans une superbe stéréo.

Et puisque, dans cette confrontation, figurait l’un des tout premiers disques de Zubin Mehta avec le même Orchestre philharmonique de Vienne, enregistré il y a 60 ans, je ne résiste pas au plaisir d’en faire entendre cet extrait : le tempo est retenu mais le jeune Mehta respecte l’esprit et la lettre de la partition !

Post-Scriptum : j’ai pris connaissance du commentaire (voir ci-dessous) de Patrice Merville, et je m’apprêtais à lui répondre d’abord que je ne m’attribuais aucune compétence particulière de « Brucknérien », ensuite que dans cet article je ne prétendais à aucune exhaustivité. Mais je dois aussi reconnaître mes torts… ou mes travers : je n’ai jamais aimé ces tribunes, ces discographies comparées, où l’on ramène toujours tout à Furtwängler ou Toscanini. J’ai donc « zappé » le Bruckner de Furtwängler, et j’ai eu bien tort, tant cette version par exemple, et le scherzo central, sont proches de l’idéal que je décris au début de mon article, la fureur, la noirceur en plus. Prodigieux oui vraiment !

Les morts du 13 juillet : Kleiber, Maazel

On a beau dire et écrire que les grands chefs ne meurent pas puisque les témoignages de leur art les immortalisent. Certains, plus que d’autres, nous manquent parce qu’ils n’ont jamais eu de successeurs de leur niveau.

13 juillet 2004 : Carlos Kleiber

Plus le temps passé depuis sa disparition il y a vingt ans, plus la figure, la personnalité, l’art de Carlos Kleiber nous apparaissent comme uniques, extraordinaires, irremplaçables. Tout a déjà été dit et écrit sur le fils d’un autre géant Erich Kleiber, même un très mauvais livre du bientôt ex-ministre de l’économie.

Relire le portrait que j’avais fait : Carlos Kleiber

13 juillet 2014 : Lorin Maazel

Autant Carlos Kleiber était rare sur le podium ou dans la fosse, parcimonieux dans sa discographie, autant son presque contemporain Lorin Maazel était prolifique, courant après les postes, les honneurs et l’argent, sans qu’on parvienne toujours bien à distinguer l’essence de son talent.

Le temps a fait son œuvre et l’on mesure aujourd’hui la chance qu’ont eue les orchestres qu’il dirigeait, et qui sous la précision de la baguette pouvaient parfois, souvent, atteindre des sommets. Lire le portrait que j’avais fait de lui, il y a dix ans exactement : L’Américain de Paris

A l’occasion du centenaire de la mort de Puccini, on peut rappeler que Lorin Maazel était aussi un chef lyrique particulièrement inspiré dans les ouvrages de ce compositeur.

Le vrai Fauré

« Le monde musical, les programmateurs, les éditeurs phonographiques, semblent ne plus pouvoir se passer des anniversaires. La mode n’est pas récente. Je profite de cette première semaine de l’année 2024 pour signaler certains de ces anniversaires sous leur aspect peut-être le moins connu. » C’est ce que j’écrivais le 2 janvier ici même. Et je n’avais cité que des compositeurs dont on fête la naissance, parce que la commémoration du centenaire ou du bicentenaire d’une mort me semble peu opportune.

Mais il arrive que cela permette de remettre en lumière un compositeur, une oeuvre qui méritent d’être revisités. C’est le cas de Gabriel Fauré (1845-1924)

Le piano de Fauré

J’ai déjà évoqué ici la très bonne surprise qu’a constitué le coffret paru en début d’année, l’intégrale de l’oeuvre pour piano, de Fauré, somptueusement réalisée par Lucas Debargue (L’effet de printemps).

Depuis lors, j’ai redécouvert d’autres pianistes qui ont manifestement des affinités électives avec le compositeur ariégeois :

J’aime beaucoup le jeu au fond du clavier de la pianiste britannique Kathryn Stott, qui a récemment annoncé qu’elle mettrait un terme à sa carrière publique à la fin de cette année 2024.

Les Nocturnes de Fauré sous les doigts d’Eric Le Sage sont un « must »

La référence pour la musique de chambre

Je connais depuis longtemps le tropisme fauréen d’Eric Le Sage. J’ai même naguère hébergé, à la Salle philharmonique de Liège, quelques séances d’enregistrement. Depuis les premiers disques, je garde précieusement ce qui me paraît être l’intégrale idéale de la musique de chambre, où se révèle vraiment le génie de Fauré. Intégrale justement rééditée par Alpha, et pilier de toute discothèque qui se respecte
Eric Le Sage y a réuni la crème des musiciens, français pour l’essentiel.

On reviendra une autre fois sur d’autres aspects de l’oeuvre de Fauré, ses mélodies, ses oeuvres chorales, orchestrales etc.

La Mer et les chefs

J’aurais préféré écrire une meilleure critique sur le concert auquel j’ai assisté jeudi dernier (le jour où on annonçait le nom du successeur de Louis Langrée à CincinnatiUne semaine pas très ordinaire). A lire sur Bachtrack : La Mer trop calme du National avec Cristian Măcelaru à Radio France.

La formule est schématique, mais elle traduit bien l’impression de statisme qu’on a éprouvée à l’écoute d’une interprétation qui ne manquait pas de qualités. Le National et son chef avaient déjà donné le triptyque debussyste en 2022 comme en témoigne cette captation :

J’ai pensé que c’était l’occasion de faire le point non pas sur la discographie de l’oeuvre – des centaines de versions ! – mais d’une part en comparant l’Orchestre national de France à lui-même sous les différentes baguettes qui l’ont dirigé, d’autre part en tirant de ma discothèque des versions qui m’accompagnent depuis longtemps

La Mer et le National

La fausse symphonie de Debussy est bien évidemment l’un des piliers du répertoire de l’orchestre radiophonique qui célèbre ses 90 ans d’existence cette année. Ce qui est doublement fascinant, c’est d’une part la constance dans les couleurs si françaises de « notre » Orchestre national, et d’autre part la marque qu’y impriment les différents directeurs musicaux, leurs tempéraments, et quelques invités prestigieux :

2018 : Emmanuel Krivine (2017-2020)

2012 Daniele Gatti (2008-2014)

Evgueni Svetlanov (1998) au festival Radio France Montpellier

1984 : Seiji Ozawa

1974 : Jean Martinon (1968-1973)

1956 : Charles Munch (1962-1967)

Je n’ai pas trouvé d’enregistrement disponible de La Mer sous la direction de Lorin Maazel et Charles Dutoit qui se sont succédé à la tête de l’Orchestre National entre 1977 et 2001.

Les chefs de La Mer

Souvent les versions citées comme des « références » perdent de leur superbe au fil des années et de l’accroissement de la discographie d’une oeuvre. En l’occurrence, pour La Mer de Debussy, ces fameuses références demeurent inchangées, voire insurpassées.

Ernest Ansermet (1883-1969)

On ne sait pas toujours que le chef suisse, fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, a non seulement connu Debussy, mais le jeune homme qu’il était alors s’était même permis de suggérer au compositeur quelques corrections dans sa partition ! Le lien entre Ansermet et Debussy était tel que le programme inaugural de l’orchestre genevois était tout entier dédié à Debussy

J’ai beau la connaître par coeur, la version d’Ansermet de La Mer me paraît indépassable. Quand je dis à propos du dernier concert du National que les tempi sont trop lents, ce n’est pas seulement affaire de métronome, mais aussi et surtout de mouvement. Et Ansermet savait de qui et de quoi il parlait !

Pierre Boulez (1925-2016)

Avec d’autres moyens, et un luxe orchestral supérieur, qu’Ansermet, Pierre Boulez réalise avec Cleveland, deux fois pour Sony et DG, une version passionnante.

Herbert von Karajan (1908-1989)

Les deux seules fois où j’ai eu le privilège d’entendre Karajan en concert, en 1974 à Lucerne et en 1985 à Genève, La Mer était au programme. C’est dire si le chef autrichien aimait l’oeuvre. Il en a laissé pas moins de trois versions officielles au disque.

Ma liste n’est évidemment pas exhaustive, mais il y a ici pour l’amateur quelques heures passionnantes d’écoute en perspective !

L’autre Davis

Il était loin d’avoir la notoriété internationale de son homonyme Colin Davis (1927-2013), mais comme lui il avait participé à plusieurs Nuits des Prom’s. On apprend sa mort ce matin, à 80 ans, des suites d’une leucémie foudroyante : Andrew Davis était l’archétype du chef britannique, qui a fait l’essentiel de sa carrière en terres anglo-saxonnes, et qu’on a peu vu diriger sur le continent.

Le critique Norman Lebrecht qui annonce cette disparition sur son site Slippedisc dit joliment de ce chef que je n’ai jamais rencontré personnellement : « Je l’ai vu pour la dernière fois diriger à Liverpool, où il était chef émérite. Après le concert, il était allé prendre un verre au Hope Street Hotel, plein d’une bonhomie bavarde, un type charmant et modeste si engagé dans la musique qu’il servait »

Andrew Davis a été successivement chef du BBC Scottish, du Toronto Symphony, du festival de Glyndebourne (1988-2000) et pendant la même période du BBC Symphony, avec lequel il rétablit la coutume qui voulait que le chef de l’orchestre de la radio londonienne dirige la fameuse Last Night of the Prom’s.

Andrew Davis est mort à Chicago, trois ans après sa femme, où il s’était établi lorsqu’il avait pris la direction du Lyric Opera (de 2000 à 2021).

L’art du chef disparu est très bien documenté notamment sur YouTube.

Sa discographie est de grande qualité, et ne se réduit pas au cliché qui veut que les chefs britanniques ne seraient capables que de diriger les compositeurs britanniques. Cela étant, on recommande vivement ce passionnant coffret qui contient l’une des plus belles intégrales des symphonies de Vaughan Williams, ainsi qu’une bonne partie de l’oeuvre symphonique d’Elgar.

Comme une intégrale des symphonies de Dvořák passée inaperçue et pourtant remarquable :

Beethoven à l’américaine, Haydn à l’anglaise

C’est le printemps et les coffrets pleuvent comme les averses d’avril !

Haydn à Londres

Voici des disques que tout bon Haydnien thésaurisait, au fil de parutions aléatoires, sans imaginer qu’un jour – et ce jour est arrivé ! – paraîtrait un coffret de 18 CD, dont plusieurs inédits !

Au début des années 80, le violoniste et chef anglais Derek Solomons, impressionné par la première intégrale des symphonies de Haydn entreprise par Antal Dorati avec le Philharmonia Hungarica durant les années 70, se dit qu’il revisiterait bien ce corpus gigantesque, ou tout au moins une partie substantielle, à la lumière des éléments d’interprétation « historiquement informés » qui investissent la capitale anglaise, comme d’autres à Vienne (Harnoncourt) ou Amsterdam (Leonhardt).

Il réunit un orchestre de chambre qu’il nomme « L’estro armonico » en référence à la la série éponyme de concertos pour violon de Vivaldi. La liste des musiciens qu’il réunit donne le vertige : ce sont tous les grands noms qui brilleront au firmament de la musique baroque dans les décennies suivantes : Catherine MacIntosh, Elisabeth Wallfisch, Monica Huggett, Pavlo Beznoziuk, Roy Goodman (qui lui-même gravera une bonne cinquantaine de symphonies de Haydn !), Elisabeth Wilcock, dans les vents Stephen Preston, Liza Beznosiuk, Paul Goodwin, Alastrair Mitchell, Anthony Halstead, Timothy Brown, Michael Laird, etc. Excusez du peu !

L’ensemble décide d’abord d’enregistrer, en 1980, ce que les spécialistes appellent les Morzin Symphonies – j’invite fortement à lire l’excellent article (Symphonies pour le comte Morzin) ô combien documenté, paru sur le blog Passée des arts, naguère tenu par Jean-Christophe Pucek, qui officie aujourd’hui dans le magazine Diapason. Solomons et L’estro armonico complètent en 1986 cette première publication.Puis ils vont se consacrer au corpus central des symphonies de Haydn, qu’on regroupe par commodité sous l’étiquette de « Sturm und Drang« , même si toutes ne ressortissent pas exactement à ce mouvement littéraire et musical si important au XVIIIe siècle. Mais elles datent toutes de la période particulièrement féconde que Haydn passa au service du prince Esterhazy.

L’ensemble a bénéficié d’une remastérisation bienvenue. C’est un coffret indispensable. On conseille vivement de l’acquérir sur Amazon.it où il est proposé à 50 € au lieu des 70 et plus affichés sur les sites français !

Juste pour le plaisir, le finale d’une de mes symphonies préférées, la 39e en sol mineur – oui il y a bien une parenté évidente avec une autre « sol mineur » la 25e de Mozart !

Beethoven à Pittsburgh

Deutsche Grammophon a regroupé en un seul coffret de 17 CD les enregistrements réalisés dans les années 60 pour le label Command par William Steinberg et l’orchestre symphonique de Pittsburgh. Je renvoie à l’article très complet que j’avais consacré à une intégrale des symphonies de Beethoven, longtemps méconnue, car pas distribuée en Europe (Beethoven 250 : William Steinberg), qui est intégrée à ce coffret comme les 4 symphonies de Brahms déjà rééditées.

… et à Washington

Plus inattendue, une autre intégrale des symphonies de Beethoven enregistrée « live » ces deux dernières années par un chef qu’on ne connaissait pas dans ce répertoire et qu’on a toujours beaucoup aimé au concert- la dernière fois c’était avec l’Orchestre de Paris en février 2018 (Le tonnerre et les cloches) – l’Italien Gianandrea Noseda.

Je viens de recevoir ce coffret, et j’ai commencé d’en écouter des extraits. Le bel orchestre « national » de Washington, jadis dirigé par Antal Dorati, Rostropovitch, Leonard Slatkin ou Ivan Fischer, est depuis 2017 sous la houlette du chef milanais, et on comprend que Noseda ait souhaité marquer son mandat de ce corpus symphonique essentiel.

C’est d’ailleurs, à ma connaissance, la première fois que l’orchestre de la capitale fédérale des Etats-Unis livre une intégrale des symphonies de Beethoven.

Et Resurrexit…

Pour les chrétiens, la fête de Pâques commémore la résurrection du Christ. Il y a treize ans, j’étais en Russie le jour où la Pâque orthodoxe coïncidait avec les Pâques catholique et protestante (lire La grande pâque russe).

Musicalement, la Résurrection est inscrite dans toutes les messes « ordinaires », et la proclamation « Et resurrexit » est le moment d’une exultation, d’une joie extraordinaire.

Comme dans la Messe en si de Bach :

Et bien sûr dans la Missa solemnis de Beethoven, dans l’interprétation pour moi insurpassée d’un Otto Klemperer survolté :

Puisqu’on a brièvement évoqué le coffret Warner consacré à Neville Marriner, en attendant d’y revenir en détail, cet extrait de l’une des messes de Haydn enregistrées par le chef anglais à Dresde :

Parfois l’évocation de Pâques se cache dans les oeuvres les moins attendues, comme ce carillon de Première suite pour deux pianos de Rachmaninov :

On ne peut faire l’impasse sur le finale de la 2e symphonie de Mahler, dite « Résurrection », surtout après vu le film Maestro (Bernstein ou le génie à vif) où Bradley Cooper reproduit de manière saisissante cette fin de concert dirigée par Leonard Bernstein à Londres en 1974.

Des goûts et des couleurs (suite)

Je me suis brièvement connecté à Facebook – erreur peut-être ? – et ce que j’ai lu sur la disparition de Pollini (beaucoup moins sur celle de Péter Eötvös étonnamment !) me conforte amplement dans la discrétion que j’ai choisi d’observer (Crépuscules : Pollini, Eötvös). Tout de même je n’imaginais pas un tel déferlement d’insultes, sur les réseaux sociaux, sur ceux qui ont pu émettre telle ou telle réserve sur le pianiste disparu. Dans quel monde sommes-nous ?

Quand je lis, de même, les commentaires qui commencent à fleurir (l’image est mal choisie !) sur une parution que j’ai évoquée dans un billet précédent – l’intégrale de la musique pour piano de Fauré par Lucas Debargue – un jeune pianiste bien vivant lui, je me pose la même question.

J’ai relu pour l’occasion ce billet : Des goûts et des couleurs, écrit il y a six ans. Je n’en change pas une ligne, et je constate, pour ne pas m’en étonner, que Jean-Marc Luisada – cité dans ce billet – ne tarit pas d’éloges sur son jeune confrère, quitte à se faire lui aussi rembarrer par ses « amis » Facebook, alors qu’il est lui-même un interprète d’élection de Fauré. La bienveillance, ça fait tellement de bien !

Sur ce, je m’en retourne aux bruits de la nature et à mes lectures, pour quelques jours loin de France !

Tableaux rares

Mercredi soir, j’assistais à la Philharmonie de Paris à un concert – redonné ce jeudi – de l’Orchestre de Paris. J’en ai rendu compte dans Bachtrack : Les tableaux symphoniques d’Esa-Pekka Salonen.

Esa-Pekka Salonen, Sarah Connolly et l’Orchestre de Paris (Philharmonie, 7 février 2024)

Je veux revenir sur le programme qui nous a été proposé, et qui, à rebours de tous les clichés sur les goûts supposés du « grand public« , a attiré un très nombreux public dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie. Elgar, Hindemith ? Le choix de l’Orchestre de Paris et de son illustre invité était pour le moins audacieux.

La mer qu’on voit danser

On croit rêver quand on lit dans le programme de salle que les Sea Pictures d’Edward Elgar – 1899 ! – font leur entrée au répertoire de l’Orchestre de Paris… On cherche d’ailleurs – en vain – dans sa mémoire pour retrouver trace d’un concert parisien au cours duquel ce cycle magnifique de mélodies « marines » aurait été donné. C’est pourquoi j’avais été particulièrement fier de pouvoir programmer, avec l’Orchestre national de France et son chef Cristian Macelaru (que je remercie encore d’avoir relevé le défi), le 21 juillet 2022 à Montpellier, ces Sea Pictures suivis de la Sea Symphony, la 1ere symphonie de Ralph Vaughan-Williams (lire Tempête en mer).

Pour Marianne Crebassa c’était aussi une première. Elle avait alors raconté avec quel enthousiasme elle s’était saisie de ce cycle, qui convient idéalement à sa voix.

A la discographie dont j’avais déjà fait état ici (voir La mer qu’on voit danser), on peut ajouter quelques nouvelles perles :

On l’aura compris, entre les lignes, je préfère pour ce cycle une voix plus sombre, comme celle de Kathryn Rudge.

Le timbre plus métallique d’Elina Garanca ou plus clair d’Alice Coote – pour ne mentionner que les plus récentes versions – rendent moins justice à la poésie de ces « marines ».

Mathis le peintre

En deuxième partie des concerts de l’Orchestre de Paris, Salonen avait programmé de nouveau une oeuvre extrêmement rare au concert : la symphonie Mathis der Maler de Hindemith.

En juillet 2023, j’avais eu la chance de suivre pour Bachtrack deux concerts du Festival de Colmar, et à cette occasion j’avais pu visiter le musée Unterlinden et y admirer dans toute sa splendeur retrouvée le fameux retable d’Issenheim dû à Matthias Grünewald (lire et surtout voir Mathis le peintre à Colmar), qui est le sujet même de l’opéra de Hindemith et de la « symphonie » en trois mouvements/tableaux qu’il en a tirée en 1934.

Dans ma discographie, très (trop?) sélective, de l’oeuvre, j’ai omis de mentionner la version d’Esa-Pekka Salonen gravée à Los Angeles. Dans mon article de Bachtrack, je précise pourtant que le chef finlandais est l’un des très rares de sa génération à s’intéresser à un compositeur trop peu considéré et pourtant l’un des plus importants du XXe siècle.

Les anniversaires 2024 (V) : Ives l’Américain

Dernier épisode de cette courte série annonçant les anniversaires à célébrer en 2024.

Quand on veut faire bref, on cite Charles Ives comme le premier compositeur américain natif. Historiquement inexact, mais musicalement significatif ! 2024 va permettre de célébrer le compositeur né le 20 octobre 1874 à Danbury dans le Connecticut, mort 80 ans plus tard à New York, le 19 mai 1954.

L’intérêt de Charles Ives pour le mélomane européen est qu’il n’entre dans aucune case, aucune catégorie pré-définie. Et s’il nous fallait simplement des oreilles neuves, débarrassées de références, de comparaisons, pour écouter une oeuvre disparate, audacieuse, singulière. Il n’est que de prendre ses quatre symphonies, elles sont très différentes les unes des autres. On y reviendra.

Clin d’oeil au pays natal de Charles Ives, avec cette oeuvre de jeunesse – il a 17 ans -, ces Variations sur America, l’hymne des Etats-Unis, d’abord destinées à l’orgue, puis orchestrées par un compatriote d’Ives, William Schuman (1910-1982)

A l’autre extrême, la Quatrième symphonie composée entre 1910 et 1916 qui ne fut créée qu’en 1965 par Leopold Stokowski ! Je me rappelle l’avoir entendue une fois à la Philharmonie de Berlin dans une joyeuse mais parfaite cacophonie.

Ici dans un concert donné dans le cadre des Prom’s de Londres, avec un maître de cérémonie particulièrement avisé :

Sur le plan discographique, personne n’égale la quasi-intégrale d’orchestre réalisée par Michael Tilson-Thomas avec les splendeurs des orchestres de Chicago et Amsterdam !