Ardeurs et pudeurs de la critique

Sujet récurrent sur ce blog : la critique (cf. Le difficile art de la critique, L’art de la critique, etc.).

J’en reparle à propos de deux articles récents : la chronique d’Alain Lompech (Le coup de gueule de Tonton Piano !) dans le Classica de juin, et un billet de Philippe Cassard dans L’Obs du 2 juin dernier.

L’aveu d’Alain

Alain Lompech relate La Tribune des critiques de disques de France Musique à laquelle il a participé, à propos de la 3ème sonate pour piano de Brahms (lire : Ils aiment Brahms) : « J’adore quand elle (La Tribune) m’inflige des leçons de modestie, comme lors de cette émission d’avril…où j’ai éliminé deux de mes versions préférées. Je n’ai même pas eu de mots assez durs en réserve pour parler de celle de Jonathan Fournel que j’avais pourtant placée très haut quand elle est sortie et n’ai pas été accroché par celle d’Alexandre Kantorow« . Lompech raconte s’être refait La Tribune chez lui et en déduit : « Fournel comme Kantorow dont les interprétations exigent des écoutes au long cours pour être comprises… Voici ce qui explique aussi pourquoi Claudio Arrau ou Alfred Brendel se sortent souvent assez mal des confrontations d’extraits ».

Ayant été, de sa fondation fin 1987 à 1993, l’un des trois « permanents » de l’équivalent suisse de La Tribune, la défunte émission « Disques en Lice » (lire Une naissance) alors animée par François Hudry, j’aurais bien des exemples à donner à l’appui des dires d’Alain Lompech. Il faut rappeler que ces émissions fonctionnent avec des écoutes « à l’aveugle » ! Ainsi dans Disques en Lice, Clara Haskil, lorsqu’elle était.. en lice, ne franchissait, elle non plus, jamais le cap de la première écoute. Et des versions multi-référencées de parfois s’incliner devant des inconnus (comme pour Rhapsody in Blue la victoire haut la main de Siegfried Stöckigt, Kurt Masur et le Gewandhaus de Leipzig !!)

La critique impossible ?

Philippe Cassard a eu le courage, selon certains, le malheur selon d’autres, de publier ce billet dans L’Obs de la semaine dernière :

Que n’a-t-on lu, depuis, sur Facebook essentiellement, de « commentaires » sur cette prise de position émanant d’un pianiste et producteur de radio (éternel débat : peut-on être juge et partie ?).

Moi-même j’avais écrit à propos de ce coffret consacré à la pianiste française Cécile Ousset, retirée depuis bien des années : « Je suis pour le moins perplexe, après avoir écouté les enregistrements que je ne connaissais pas (Debussy, Chopin, Rachmaninov). Du piano solide, au fond du clavier, mais qui me semble bien court d’inspiration et de feu« .

Le plus cocasse, dans l’histoire, c’est que ceux qui ont reproché à Cassard la virulence de son propos ne semblent pas non plus toujours convaincus par le jeu et les interprétations de la pianiste. Diapason (Laurent Muraro) et Classica (Jean-Charles Hoffelé) mettent chacun 5 diapasons ou 5 étoiles à ce coffret – la note la plus haute avant le Diapason d’Or ou le Choc de Classica ». Et pourtant :

J.C.H : Dans Ravel « Son piano ample et un brin distant n’y charge rien mais éclaire le texte avec cette pudeur qui signe l’essence et aussi la limite de son art. Cécile Ousset ne se déboutonne jamais/…./ Des Chopin « impeccables » / « Debussy d’une évidence qui se passe de mystère mais aussi, hélas, de magie »

J’aime bien Jean-Charles Hoffelé (il faut lire son site Artamag), je suis souvent d’accord avec ce qu’il écrit, dans son style inimitable, mais ici je ne comprends pas les prudences qu’il a à l’égard de disques – on ne parle pas de la personne de Cécile Ousset, mais de ce qu’on entend ! – qui sont bien ennuyeux.

Laurent Muraro : « Côté concerto, on pourra rester sur sa faim devant quelques lectures sans folie et un peu empesées du 1er de Tchaikovski ou du Schumann (avec Masur) ainsi que par des Rachmaninov également un peu sages (2ème et Rhapsodie avec Rattle, 3ème avec Herbig)/…./ Pâles Tableaux d’une exposition/…./Pas d’esbroufe et quand Cécile Ousset prend son temps c’est pour mieux nuancer sa palette ».

De nouveau, l’enthousiasme du critique de Diapason est plutôt parcimonieux !

Puisque l’un et l’autre trouvent de l’intérêt à une version du concerto de Poulenc – que je ne connaissais pas – écoutons-la. La concurrence discographique est moins forte, il est vrai, et Poulenc s’accommode plutôt bien de cette vision charnue. Même si ma (p)référence reste un CD qui m’est cher, pour beaucoup de raisons (Eric Le Sage / Orchestre philharmonique de Liège / Stéphane Denève /Sony RCA)

Bienveillance

Est-ce un effet de l’âge ou de l’expérience singulière traversée il y a six mois ? Plus les années passent, moins je ressens la nécessité de m’indigner, de m’insurger, de critiquer. Non pas que les motifs de le faire aient disparu, on serait plutôt sur une tendance exponentielle inverse.

Tenez prenez le nouveau gouvernement ! J’ironisais gentiment vendredi sur l’attente insupportable que nous faisaient subir le président de la République et la nouvelle Première ministre (En attendant Borne I). Depuis qu’il a été annoncé, c’est le déferlement. Pas un seul, journaliste, observateur, commentateur, pour dire que, peut-être, avant de leur tomber dessus, on pourrait juste attendre de voir ce que vont faire les nouveaux nommés ! Pas beaucoup plus pour creuser un peu plus les portraits de celles et ceux qui font figures de proue de ce gouvernement, à commencer par la Première ministre – une « techno » on vous dit !

Que c’est fatigant ces caricatures ! Dans un sens ou dans l’autre… Ainsi, à écouter la longue, très longue, litanie d’autojustification de la ministre de la Culture sortante, la si médiatique Roselyne Bachelot, on pouvait avoir le sentiment d’y perdre au change avec l’arrivée d’une conseillère de l’ombre, inconnue du grand public, dotée d’un patronyme qui signale la « diversité », Rama Abdul Malak. Ceux qui ont eu affaire au ministère de la Culture ces dernières années n’ont pas du tout la même perception du bilan de la rue de Valois pendant la pandémie…En revanche, la nouvelle ministre c’est moins de paillettes mais plus de sérieux. Le milieu culturel ne l’a pas encore dézinguée. De bon augure ?

Les belles bretelles

Envie de parler d’un disque qui a peu de chances de faire le gros des ventes : ce n’est pas la première fois que l’accordéon – affectueusement désigné comme « piano à bretelles – s’empare de la musique classique.

Bogdan Laketic est un musicien né en 1994 en Serbie, aujourd’hui installé à Vienne. Il publie ces jours-ci un disque absolument enthousiasmant, comportant notamment deux grandes sonates de Haydn :

Un artiste qu’on va suivre assurément !

23 mai 1927

Il y a cinq ans, nous n’étions pas sûrs de pouvoir fêter ses 90 ans. Aujourd’hui, elle fête son 95ème anniversaire. Elle aura dans quelques jours autour d’elle tous ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ! Bon anniversaire Maman !

Cadeau pour elle.. et pour nous cet extrait d’un récital à Buenos Aires de Montserrat Caballé, une chanson populaire suisse Gsätzli. Je connaissais la version d’Elisabeth Schwarzkopf, je n’aurais jamais imaginé la cantatrice espagnole nous donner des frissons en suisse allemand !

La grande porte de Kiev (VI) : nés à Odessa

Chaque jour apporte son lot d’informations tragiques sur l’Ukraine, au point de risquer de nous y « habituer »… Une ville, parmi d’autres (toutes les autres ?) visées par l’armée russe, est souvent citée, à raison de son histoire, de sa situation stratégique, de l’importance de sa population : Odessa, fondée sur la Mer Noire par Catherine II en 1794.

Nous avons tous vu cette séquence, où des musiciens et choristes de l’opéra d’Odessa chantent le choeur des esclaves de Nabucco de Verdi « Va pensiero » pour dire leur refus de la guerre :

Ce qu’on découvre en feuilletant dictionnaires et livres d’histoire culturelle, c’est l’incroyable nombre et la qualité des grands musiciens qui sont nés à Odessa. Plusieurs billets ne seront pas de trop pour évoquer ces hautes figures de la musique, et rappeler le rôle exceptionnel que la cité portuaire, si riche de son histoire, a joué dans l’éducation et le foisonnement de ces talents.

Des pianistes illustres

Commençons par les pianistes, et quels pianistes !

Shura Cherkassky (1909-1995)

Alexandre Isaacovitch Cherkassky naît en 1909 à Odessa, mais il ne restera pas russe très longtemps, puisque sa famille fuit la Révolution de 1917 pour s’établir aux Etats-Unis. Cherkassky étudie au Curtis Institute de Philadelphie auprès de Josef Hofmann, lui-même Polonais d’origine qui a fui l’Europe au début de la Première Guerre mondiale.

On peut mesurer au nombre de citations du pianiste dans ce blog l’admiration éperdue que je porte à ce pianiste … américain, dont j’attends désespérément qu’un jour un éditeur (mais lequel ?) s’avise de rassembler en un coffret un héritage discographique hors normes. Je découvre presque tous les jours un enregistrement, une perle, que je ne connaissais pas, comme par exemple dans ce coffret un peu fourre-tout, une splendide version du concerto de Grieg, dirigé par un autre grand que j’admire, le chef britannique Adrian Boult

Emile Guilels (1916-1985)

Faut-il faire l’éloge du plus grand pianiste russe du XXème siècle (avec son collègue et ami, né lui aussi en Ukraine, à Jytomir*, Sviatoslav Richter), Emile Guilels ? A la différence de son aîné Cherkassky, Guilels étudie d’abord dans sa ville natale, Odessa, auprès d’un célèbre pédagogue, Yakov Tkach, puis à partir de 1935 au Conservatoire Tchaikovski de Moscou, avant d’entamer une fabuleuse carrière de soliste, concertiste, et d’enseigner à son tour dans le même conservatoire.

Sur la discographie d’Emile Guilels voir Un centenaire

Comme je l’évoquais dans un précédent billet – Beethoven 250 : Gilels/Masur – si l’on veut percevoir ce que Guilels pouvait donner en concert, il faut écouter cette intégrale « live » des concertos de Beethoven donnée à Moscou au mitan des années 70 :

Les noms qui suivent sont peut-être moins connus du public des mélomanes, mais les amateurs de grand piano et de personnalités singulières chérissent depuis longtemps leurs enregistrements… lorsqu’ils sont disponibles.

Simon Barere (1896-1951)

Simon Barere naît le 20 août 1896 dans le ghetto d’Odessa, onzième d’une famille de treize enfants. Il perd son père à 12 ans, joue dans des cinémas ou des restaurants, puis, à la mort de sa mère quatre ans plus tard, il auditionne devant Glazounov et entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg. En 1919 il achève ses études, obtient le prix Rubinstein (du nom du célèbre pianiste et compositeur Anton Rubinstein) et s’attire ce compliment de la part de Glazounov : « Barere est Franz Liszt dans une main, Anton Rubinstein dans l’autre ». Barere va ensuite enseigner à Kiev, puis à Riga. Il quitte l’URSS en 1932 pour Berlin, mais fuit rapidement devant la montée du nazisme, d’abord vers la Suède, puis fait ses débuts à Londres, enfin aux Etats-Unis où il se fixe en 1936. Le 2 avril 1951, il joue le concerto de Grieg avec Eugene Ormandy au Carnegie Hall de New York et s’effondre, victime d’une hémorragie cérébrale fatale.

C’est dans ce même Carnegie Hall qu’est enregistrée, en concert, le 11 novembre 1947, une version justement légendaire de la Sonate de Liszt

Samuil Feinberg (1890-1962)

Contemporain de Simon Barere, Samuil Feinberg naît lui aussi à Odessa en 1890, mais va demeurer toute sa vie en Russie puis en Union soviétique, où il va occuper une position singulière. Comme compositeur, il est invité dans les festivals occidentaux, où il fait forte impression, jusqu’à ce que la terreur stalinienne lui interdise ces sorties à l’étranger. Feinberg va se consacrer essentiellement à l’enseignement : durant quarante ans, de 1922 à sa mort il sera l’un des professeurs les plus admirés du Conservatoire de Moscou. Très jeune pianiste, il aura marqué le public en interprétant en concert, pour la première fois en Russie, le Clavier bien tempéré de Bach, les 32 sonates de Beethoven et les 10 sonates de Scriabine. Il laisse un grand nombre de transcriptions, notamment de Bach.

Maria Grinberg (1908-1978)

J’ai déjà consacré à la fabuleuse Maria Grinberg, native elle aussi d’Odessa, tout un article que j’invite à relire : Du piano de toutes les couleurs

Oleg Maisenberg (1945-)

D’une génération plus récente, Oleg Maisenberg, Odessien lui aussi, s’est fait connaître comme un interprète d’élection de Schubert, comme un partenaire régulier du violoniste Gidon Kremer, et, ce qui me touche particulièrement, de la pianiste Brigitte Engerer, disparue il y a bientôt dix ans.

D’autres pianistes nés à Odessa mériteraient d’être cités. Ce sera pour un prochain billet.

Avec l’espoir que, d’ici là, la fière cité fondée par Catherine II ne soit pas, en tout ou partie, détruite par les bombes de Poutine

*Si on pouvait éviter d’écorcher les noms ukrainiens, ce serait le moindre des respects à l’égard de ce peuple. Malheureusement tous les journalistes français ne connaissent pas l’orthographe internationale (anglaise donc !) qui fait qu’on écrit Zhitomir pour la ville ukrainienne de Jytomyr : donc Ji-to-mir (comme jeu) et pas Zi-to-mir. Lire un article déjà ancien de ce blog : Comment prononcer les noms de musiciens ?. Mais on n’en voudra à personne de ne pas prononcer « à la russe » le nom de la ville martyre de Kharkiv (le « kh » étant une lettre – X dans l’alphabet cyrillique – que seuls les germanophones pratiquent comme dans Bach).

Ils aiment Brahms

L’actualité du disque réserve parfois des surprises. En ce mois d’octobre, pas moins de trois nouveautés avec la même 3ème sonate pour piano de Brahms. Par trois jeunes – et très talentueux – pianistes français ! Alexandre Kantorow chez BIS, Jonathan Fournel, lauréat acclamé du dernier concours Reine Elisabeth de Belgique, chez Alpha, et Adam Laloum chez Harmonia Lundi.

Cette épidémie de « brahmsite » dans la jeune génération a de quoi surprendre, quand on sait que Brahms fut très longtemps ignoré par les pianistes français. Quand Marie-Josèphe Jude réalisa dans les années 90 une intégrale du piano de Brahms, elle était bien seule dans un paysage dominé évidemment par les interprètes germaniques ou nourris aux sources du romantisme allemand. Puis François-Frédéric Guy grava les trois sonates, et Geoffroy Couteau acheva, il y a peu, sa propre intégrale.

L’attrait pour la 3ème sonate tient-il à l’âge du compositeur au moment de son écriture ? C’est un jeune homme de 20 ans – et pas le vieillard barbu et rondouillard si souvent représenté – qui achève à l’été 1853 la troisième et dernière de ses sonates pour piano.

Cinq mouvements (allegro maestoso, andante, scherzo, intermezzo, allegro moderato ma rubato) une durée inhabituelle de 40 minutes, et cette exergue devant le deuxième mouvement :

« Der Abend dämmert, das Mondlicht scheint / Da sind zwei Herzen in Liebe vereint / Und halten sich selig umfangen » (« Le soir tombe, la Lune brille / Ici, deux cœurs amoureux sont unis / et s’enlacent, bienheureux. »).

Des vers tirés du recueil « Die junge Liebe » de Sternau, le nom de plume d’Otto Julius Inkermann (1823-1862)

Le disque de Jonathan Fournel comprend aussi les Variations sur un thème de Haendel, que le pianiste français avait offertes au jury et au public du concours Reine Elisabeth.

Je suis impatient de découvrir ces nouveautés. Je garde une grande tendresse pour les deux versions que Nelson Freire a gravées :

Les printemps de Martha A.

Martha Argerich fête aujourd’hui ses 80 printemps, et on n’arrive pas à y croire. L’âge semble n’avoir aucune prise sur une musicienne hors normes. J’ai déjà beaucoup écrit sur Martha Argerich, que j’ai eu la chance de connaître, d’approcher dès 1987, que j’aime et admire inconditionnellement :

Martha Live, Martha A. (à l’occasion de ses 75 ans!), La reine dans ses oeuvres, Une journée particulière

Martha Argerich qui a renoncé depuis des lustres à l’exercice solitaire du récital, donnait l’an dernier, sans public, à Hambourg où elle a installé son nouveau rendez-vous de juin (après tant d’années à Lugano), elle a livré cette fabuleuse Troisième sonate de Chopin. À une technique flamboyante, elle ajoute une dimension poétique, réflexive, qui m’émeut aux larmes, un concentré de l’essence du génie de Chopin : le mouvement lent tutoie les étoiles…

Quelques souvenirs, déjà racontés sur d’autres blogs :

1987 à Tokyo : J’ai la chance d’accompagner l’Orchestre de la Suisse romande et Armin Jordan au cours d’une longue tournée (plus de 5 semaines) au Japon et dans l’Ouest américain. Martha Argerich et Gidon Kremer en sont les prestigieux solistes. La Radio suisse romande, qui m’emploie, m’a demandé de jouer au journaliste et d’envoyer quelques cartes postales sonores (avec les moyens techniques de l’époque, c’est-à-dire encombrant Nagra, bandes magnétiques, et/ou coups de téléphone incertains). Je sais que Martha Argerich n’accorde jamais d’interview, je lui demande néanmoins si elle accepterait de me dire quelques mots. Sa réponse est immédiatement positive, nous prenons rendez-vous, un soir de relâche à Tokyo… à minuit dans l’immense hall de notre hôtel. Je prépare enregistreur et bandes et j’attends… Peu après minuit, je vois Gidon Kremer s’avancer vers moi : « Nous revenons de dîner, Martha ne vous a pas oublié, elle arrive bientôt ».

À 2h30 du matin, je suis obligé d’interrompre l’interview, j’ai épuisé mon stock de bandes ! Mais la conversation va se poursuivre jusqu’à ce que je lui demande la permission d’aller dormir !

Pas peu fier de mon exploit, je fais envoyer un extrait de cette interview pour ma chronique sur les ondes d’Espace 2, en annonçant que le reste suivra.

Une fois rentré à Genève quelques semaines plus tard, j’interroge la direction de la chaîne : l’interview complète a-t-elle été diffusée, montée, archivée ? Réponse : nous ne gardons pas ce qui a été traité par l’info… La rage !

2001 à Liège : J’ai pris les rênes de l’Orchestre philharmonique de Liège fin 1999. Je souhaite inviter quelques-uns des artistes que j’ai côtoyés durant mes années suisses. Armin Jordan accepte – il viendra chaque année jusqu’à 2006 – et connaissant le lien noué entre le chef suisse et la pianiste argentine (après 1987, il y aura d’autres tournées, en 1989, en 1993 notamment) – je demande à l’agent de Martha Argerich en Belgique, la regrettée Liliane Weinstadt, de contacter sa protégée. Elle me dit que cela va être difficile, que Martha – qui a déjà joué à Liège avec Pierre Bartholomée – accepte de plus en plus rarement… et seulement avec des chefs qu’elle connaît. Je me rappelle avoir dit à Liliane « Parle lui d’Armin Jordan, tu verras sa réaction ». Les 5 et 6 décembre 2001, Martha Argerich et Armin Jordan étaient à Liège !

Le jour venu, « l’entourage » de la pianiste fait barrage pour qu’on ne l’approche pas, me dit qu’elle voudra aller se reposer, qu’elle ne déjeunera pas…En arrivant pour sa répétition avec l’orchestre, elle a déjà demandé au chef si elle pourrait changer de concerto, jouer plutôt Schumann que le 2ème concerto de Beethoven prévu au programme. Armin Jordan ne cède pas. La répétition se termine vers midi, Martha Argerich est sur scène au piano. « L’entourage » me dissuade de la déranger, je n’en fais rien et je suis quand même dans « mes » murs. Je vais vers la pianiste, que je n’ai pas encore saluée, et lui demande si elle a faim. Elle me répond : « OK pour un déjeuner rapide, je voudrais me reposer un peu avant le concert de ce soir ». Tête de « l’entourage » ! Nous partons vers L’Héliport en bord de Meuse. Le déjeuner durera jusqu’à… 17h, et encore parce que je lui ai rappelé son souhait de « se reposer » !

(Sur ces photos, on aperçoit outre Armin Jordan et Martha Argerich, Louis Langrée et le pianiste cubain Mauricio Vallina)

2015 à Paris :

« Je n’avais plus entendu Martha Argerich en concert depuis quatre ans, une bien médiocre création d’un double concerto de Rodion Chtchedrine* au théâtre des Champs-Elysées, et je ne l’avais jamais entendue dans ce cheval de bataille de Prokofiev. Transcendant, miraculeux, magique, les adjectifs manquent toujours pour décrire l’art de Martha Argerich, la « reine Martha ». Mais hier soir « son » 3e concerto de Prokofiev n’était que musique pure, poésie infinie, osmose avec un discours orchestral d’une subtilité rare. Tout ce qui est effort, démonstration, muscle, chez tous les autres, même les plus grands, est tellement maîtrisé, dominé, que c’en est désarmant » (in La Reine et le géant) 

On peut tenter une discographie exhaustive de la nouvelle octogénaire : lire Martha Argerich, un monument discographique.

On veut surtout remercier Martha Argerich d’être et de demeurer une artiste aussi généreuse, généreuse envers le public, généreuse envers tous ces musiciens qu’elle attire, stimule, inspire depuis des années. Longues et belles années de bonheur encore !

L’impeccable M. Grumiaux

A l’occasion du centenaire de sa naissance, le 21 mars 1921, Decca a publié un beau coffret de l’intégrale des enregistrements réalisés pour Philips par le violoniste belge Arthur Grumiaux, de 1950 à 1985.

Arthur Grumiaux c’est une légende. En Belgique, c’est un intouchable. Comme son illustre aîné Eugène Ysaye. Ses enregistrements sont souvent cités comme des références comme son partenariat avec Clara Haskil dans les sonates pour violon et piano de Beethoven.

Moi-même, avant d’acquérir ce beau coffret, j’avais dans ma discothèque, une bonne partie de ces « références ». Je m’aperçois que je les avais peu écoutées, que, lorsque je voulais écouter du beau et grand violon, ce n’est pas Grumiaux que je choisissais spontanément (mais plutôt Ferras, Milstein ou Heifetz).

Depuis que j’ai reçu ce coffret, et que je réécoute… ou parfois découvre certains de ces enregistrements, j’éprouve des sensations mitigées.

C’est incontestablement du très beau violon – on sait que Grumiaux surveillait de très près le montage et demandait aux ingénieurs du son d’être toujours plus en avant ! -, élégant, « classique » dans la meilleure acception du terme.

Mais cette recherche du beau son se fait au détriment d’une prise de risque, d’un engagement interprétatif plus éloquent.

C’est particulièrement audible dans cette prise de concert du concerto de Beethoven (à Paris avec Antal Dorati !) ou le premier des deux enregistrements qu’Arthur Grumiaux a réalisés du concerto de Brahms, avec Eduard Van Beinum et le Concertgebouw (en 1958).

Je pense que l’on comprendra mieux mes réserves en comparant ces deux versions du concerto pour violon n°3 de Saint-Saëns

Le finale de ce concerto – écrit pour Sarasate ! – implique virtuosité, panache, élan. Ce qu’on entend dans la version Grumiaux, il faut le dire pas du tout aidé par la direction « plan plan » de Manuel Rosenthal, n’est pas exactement cela !

Nathan Milstein – depuis longtemps ma référence – prouve qu’on peut, qu’on doit oser dépasser la barre de mesure !

On doit aussi observer que le répertoire enregistré d’Arthur Grumiaux est à l’image de son jeu, pas très ouvert et peu aventureux : aucun concerto du 20ème siècle, à l’exception, certes notable, du néo-classique concerto de Stravinsky et d’un bien timide concerto de Berg (pourtant dirigé par le grand Igor Markevitch), mais ni Bartok, ni Prokofiev, ni Sibelius, pour ne pas parler de Chostakovitch ou Szymanowski… Voir le détail complet du coffret ci-dessous*

Restons-en donc à ce qu’on aime de l’artiste, comme son duo légendaire avec Clara Haskil.

Bach, J S: Sonatas & Partitas for solo violin, BWV1001-1006

  • Arthur Grumiaux (violin)

Bach, J S: Sonatas for Violin & Harpsichord Nos. 1-6, BWV1014-1019

  • Arthur Grumiaux (violin), Egida Giordani Sartori (harpsichord)

Bach, J S: Sonatas for Violin & Harpsichord Nos. 1-6, BWV1014-1019

  • Arthur Grumiaux (violin), Christine Jaccottet

Bach, J S: Violin Sonata in G minor, BWV1020

  • Arthur Grumiaux (violin), Christine Jaccottet

Bach, J S: Violin Sonata in G major, BWV1021

  • Arthur Grumiaux (violin), Christine Jaccottet

Bach, J S: Violin Sonata in F major, BWV1022

  • Arthur Grumiaux (violin), Christine Jaccottet

Bach, J S: Violin Sonata in E minor, BWV1023

  • Arthur Grumiaux (violin), Christine Jaccottet

Bach, J S: Violin Concerto No. 1 in A minor, BWV1041

  • Arthur Grumiaux (violin), Guller Chamber Orchestra, Leon Guller

Bach, J S: Violin Concerto No. 2 in E major, BWV1042

  • Arthur Grumiaux (violin), Guller Chamber Orchestra, Leon Guller

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Eduard van Beinum

Bach, J S: Violin Concerto No. 1 in A minor, BWV1041

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • English Chamber Orchestra
  • Raymond Leppard

Bach, J S: Violin Concerto No. 2 in E major, BWV1042

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • English Chamber Orchestra
  • Raymond Leppard

Bach, J S: Concerto for Two Violins in D minor, BWV1043

  • Arthur Grumiaux (violin), Koji Toyoda
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Bach, J S: Concerto for Oboe & Violin in C minor, BWV1060

  • Arthur Grumiaux (violin), Heinz Holliger (oboe), New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Bach, J S: Violin Concerto No. 1 in A minor, BWV1041

  • Arthur Grumiaux (violin), Les Solistes Romands, Árpád Gérecz

Bach, J S: Violin Concerto No. 2 in E major, BWV1042

  • Arthur Grumiaux (violin), Les Solistes Romands, Árpád Gérecz

Bach, J S: Concerto for Two Violins in D minor, BWV1043

  • Arthur Grumiaux (violin), Les Solistes Romands, Árpád Gérecz, Herman Krebbers (violin)

Handel: Sonata in A Major for violin and continuo, HWV361, Op. 1 No. 3

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Handel: Sonata in F major for violin and continuo, HWV370, Op. 1 No. 12

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Handel: Sonata in A major for violin and continuo, HWV372, Op. 1 No. 14

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Handel: Sonata in D major for violin and continuo, HWV371, Op. 1 No. 13

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Handel: Sonata in G minor for violin and continuo, HWV368, Op. 1 No. 10

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Handel: Sonata in E major for violin and continuo, HWV373, Op. 1 No. 15

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Corelli: Violin Sonatas, Op. 5

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone

Telemann: Fantasias (12) for solo violin, TWV 40:14-25

  • Arthur Grumiaux (violin)

Leclair, J-M: Violin Sonata in A minor, Op. 9 No. 3

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu

Veracini: Sonata in B minor, Op. 1 No. 3

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu

Vivaldi: Violin Sonata, Op. 2 No. 2 in A major, RV 31

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu

Nardini: Violin Sonata in D Major

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu

Vivaldi: The Four Seasons

  • Arthur Grumiaux (violin), Les Solistes Romands, Arpad Gerecz

Vivaldi: Concerto, Op. 3 No. 6 ‘Con Violino Solo obligato’, RV 356

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Vivaldi: Violin Concerto in E major, RV271 ‘L’Amoroso’

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Staatskapelle Dresden
  • Vittorio Negri

Vivaldi: Violin Concerto in E minor, RV277 ‘Il favorito’

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Staatskapelle Dresden
  • Vittorio Negri

Vivaldi: Violin Concerto in G minor, Op. 12 No. 1, RV317

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Staatskapelle Dresden
  • Vittorio Negri

Vivaldi: Concerto No. 5 in A minor RV 358

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Staatskapelle Dresden
  • Vittorio Negri

Mozart: Violin Sonata No. 18 in G major, K301

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 21 in E minor, K304

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 24 in F major, K376

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 26 in B flat major, K378

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 32 in B flat major, K454

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 35 in A major, K526

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 17 in C major, K296

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 18 in G major, K301

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 20 in C major, K303

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 21 in E minor, K304

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 22 in A major, K305

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 23 in D major, K306

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 24 in F major, K376

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 25 in F major, K377

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 26 in B flat major, K378

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 27 in G major, K379

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 28 in E flat major, K380

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 32 in B flat major, K454

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 33 in E flat major K481

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 35 in A major, K526

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Six Variations in G minor on ‘Hélas, j’ai perdu mon amant’, K360

  • Arthur Grumiaux (violin), Walter Klien (piano)

Mozart: Violin Sonata No. 33 in E flat major K481

  • Arthur Grumiaux (violin), Arthur Grumiaux (piano)

Brahms: Violin Sonata No. 2 in A major, Op. 100

  • Arthur Grumiaux (violin), Arthur Grumiaux (piano)

Mozart: Divertimento in E flat major, K563

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Duo for violin & viola in G major, K423

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Duo for violin and viola in B flat major, K424

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Preludes & Fugues (6) for string trio, K404a

  • Grumiaux Trio (string trio)

Hoffmeister: Duetto in G major

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Flute Quartets Nos. 1-4

  • Grumiaux Trio (string trio), William Bennett (flute)

Mozart: String Quintets Nos. 1-6

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Oboe Quartet in F major, K370

  • Grumiaux Trio (string trio)

Mozart: Violin Concertos Nos. 1-5

  • Arthur Grumiaux (violin), Bernhard Paumgartner
  • Wiener Symphoniker

Mozart: Violin Concerto No. 6 in E flat major, K268

  • Arthur Grumiaux (violin), Bernhard Paumgartner
  • Wiener Symphoniker

Mozart: Violin Concerto No. 7 in D major, KV 271a

  • Arthur Grumiaux (violin), Bernhard Paumgartner
  • Wiener Symphoniker

Mozart: Violin Concertos Nos. 1-5

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • London Symphony Orchestra
  • Sir Colin Davis

Mozart: Sinfonia Concertante for Violin, Viola & Orchestra in E flat major, K364

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • London Symphony Orchestra
  • Sir Colin Davis

Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261

  • two recordings
  • Arthur Grumiaux (violin)
  • London Symphony Orchestra
  • Sir Colin Davis

Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373

  • two recordings
  • Arthur Grumiaux (violin)
  • London Symphony Orchestra
  • Sir Colin Davis

Viotti: Violin Concerto No. 22 in A minor, G97

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Edo de Waart

Haydn: Violin Concerto No. 1 in C major, Hob.VIIa:1

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • English Chamber Orchestra
  • Raymond Leppard

Haydn: Violin Concerto No. 4 in G major, Hob.VIIa:4

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Raymond Leppard

Haydn: Three Sonatas for fortepiano Hob. XVI:40-42

  • arr. for string trio
  • Grumiaux Trio (string trio)

Haydn, M: Violin Concerto in A major, MH 207

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Edo de Waart

Beethoven: Violin Sonatas Nos. 1-10

  • Arthur Grumiaux (violin), Clara Haskil (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 1 in D major, Op. 12 No. 1

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 2 in A major, Op. 12 No. 2

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 4 in A minor, Op. 23

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 5 in F major, Op. 24 ‘Spring’

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 7 in C minor, Op. 30 No. 2

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: Violin Sonata No. 8 in G major, Op. 30 No. 3

  • Arthur Grumiaux (violin), Claudio Arrau (piano)

Beethoven: String Trios (complete)

  • Grumiaux Trio (string trio)

Beethoven: Serenade for string trio in D major, Op. 8

  • Grumiaux Trio (string trio)

Beethoven: Serenade in D major for Flute, Violin and Viola, Op. 25

  • Grumiaux Trio (string trio)

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Alceo Galliera

Beethoven: Romance No. 1 for Violin and Orchestra in G major, Op. 40

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Alceo Galliera

Beethoven: Romance No. 2 for Violin and Orchestra in F major, Op. 50

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Alceo Galliera

Beethoven: Violin Concerto in D major, Op. 61

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Sir Colin Davis

Beethoven: Romance No. 1 for Violin and Orchestra in G major, Op. 40

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Sir Colin Davis

Beethoven: Romance No. 2 for Violin and Orchestra in F major, Op. 50

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Sir Colin Davis

Schubert: Grand Duo for Violin and Piano in A Major, D574

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in D major, D384 (Op. posth. 137 No. 1)

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in A minor, D385 (Op. posth. 137 No. 2)

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Schubert: Sonatina (Sonatina) in G minor, D408 (Op. posth. 137 No. 3)

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Schubert: Grand Duo for Violin and Piano in A Major, D574

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in D major, D384 (Op. posth. 137 No. 1)

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in A minor, D385 (Op. posth. 137 No. 2)

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Schubert: Sonatina (Sonatina) in G minor, D408 (Op. posth. 137 No. 3)

  • Arthur Grumiaux (violin), Robert Veyron-Lacroix

Schubert: Grand Duo for Violin and Piano in A Major, D574

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in D major, D384 (Op. posth. 137 No. 1)

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Schubert: Sonata (Sonatina) for violin & piano in A minor, D385 (Op. posth. 137 No. 2)

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Schubert: Sonatina (Sonatina) in G minor, D408 (Op. posth. 137 No. 3)

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Schubert: Piano Quintet in A major, D667 ‘The Trout’

  • Grumiaux Trio (string trio)

Schubert: String Trio in B flat major, D471

  • Grumiaux Trio (string trio)

Schubert: String Trio in B flat major, D581

  • Grumiaux Trio (string trio)

Schubert: String Quintet in C major, D956

  • Grumiaux Trio (string trio)

Brahms: Horn Trio in E flat major, Op. 40

  • Arthur Grumiaux (violin), György Sebok (piano), Francis Orval (horn)

Mendelssohn: Violin Concerto in E minor, Op. 64

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Wiener Symphoniker
  • Rudolf Moralt

Paganini: Violin Concerto No. 4 in D minor

  • Arthur Grumiaux (violin), Franco Gallini
  • Orchestre des Concerts Lamoureux

Tchaikovsky: Violin Concerto in D major, Op. 35

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Bernard Haitink

Mendelssohn: Violin Concerto in E minor, Op. 64

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Bernard Haitink

Schubert: Rondo for violin and strings in A major, D438

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Raymond Leppard

Mendelssohn: Violin Concerto in E minor, Op. 64

  • Arthur Grumiaux (violin), Jan Krenz
  • New Philharmonia Orchestra

Mendelssohn: Violin Concerto in D minor, Op. post.

  • Arthur Grumiaux (violin), Jan Krenz
  • New Philharmonia Orchestra

Paganini: Violin Concerto No. 1 in D major, Op. 6

  • Arthur Grumiaux (violin), Piero Bellugi
  • Orchestre Opera Monte-Carlo

Paganini: Violin Concerto No. 4 in D minor

  • Arthur Grumiaux (violin), Piero Bellugi
  • Orchestre Opera Monte-Carlo

Brahms: Violin Sonatas Nos. 1-3

  • Arthur Grumiaux (violin), György Sebök (piano)

Brahms: Violin Concerto in D major, Op. 77

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Eduard van Beinum

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Bernard Haitink

Brahms: Violin Concerto in D major, Op. 77

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Sir Colin Davis

Tchaikovsky: Violin Concerto in D major, Op. 35

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Sir Colin Davis

Tchaikovsky: Sérénade Mélancolique for Violin & Orchestra in B minor, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Jan Krenz

Tchaikovsky: Violin Concerto in D major, Op. 35

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Wiener Symphoniker
  • Bogo Leskovic

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Wiener Symphoniker
  • Bogo Leskovic

Bruch: Violin Concerto No. 1 in G minor, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Heinz Wallberg

Bruch: Scottish Fantasy, Op. 46

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Heinz Wallberg

Vieuxtemps: Violin Concerto No. 4 in D, Op. 31

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Vieuxtemps: Violin Concerto No. 5 in A minor, Op. 37

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Lalo: Symphonie espagnole, Op. 21

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Chausson: Poème for Violin & Orchestra, Op. 25

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Ravel: Tzigane

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Lalo: Symphonie espagnole, Op. 21

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Chausson: Poème for Violin & Orchestra, Op. 25

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Ravel: Tzigane

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Saint-Saëns: Violin Concerto No. 3 in B minor, Op. 61

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Saint-Saëns: Introduction & Rondo capriccioso, Op. 28

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Saint-Saëns: Havanaise, Op. 83

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Jean Fournet

Saint-Saëns: Violin Concerto No. 3 in B minor, Op. 61

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Saint-Saëns: Introduction & Rondo capriccioso, Op. 28

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Saint-Saëns: Havanaise, Op. 83

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Orchestre des Concerts Lamoureux
  • Manuel Rosenthal

Stravinsky: Violin Concerto in D

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Ernest Bour

Berg: Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’ (1935)

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • Royal Concertgebouw Orchestra
  • Igor Markevitch

Berlioz: Reverie et Caprice, Op. 8

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Tchaikovsky: Sérénade Mélancolique for Violin & Orchestra in B minor, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Wieniawski: Romance sans paroles in D minor, Op. 9

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Wieniawski: Légende in G minor, Op. 17

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Svendsen: Romance for Violin and Orchestra, Op. 26

  • Arthur Grumiaux (violin)
  • New Philharmonia Orchestra
  • Edo de Waart

Franck, C: Violin Sonata in A major

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Grieg: Violin Sonata No. 3 in C minor, Op. 45

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Franck, C: Violin Sonata in A major

  • Arthur Grumiaux (violin), György Sebok (piano)

Grieg: Violin Sonata No. 3 in C minor, Op. 45

  • Arthur Grumiaux (violin), György Sebok (piano)

Debussy: Violin Sonata in G minor

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Lekeu: Violin Sonata in G major

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Paganini: I Palpiti, Op. 13

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Paganini: Le Streghe, Op. 8, MS 19

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccardo Castagnone (piano)

Debussy: Violin Sonata in G minor

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Ravel: Violin Sonata in G major

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Fauré: Violin Sonata No. 2 in E minor, Op. 108

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Fauré: Violin Sonata No. 1 in A major, Op. 13

  • Arthur Grumiaux (violin), Paul Crossley (piano)

Lekeu: Violin Sonata in G major

  • Arthur Grumiaux (violin), Dinorah Varsi (piano)

Ysaÿe: Rêve d’enfant, Op. 14

  • Arthur Grumiaux (violin), Dinorah Varsi (piano)

Vieuxtemps: Ballade & polonaise, Op. 38

  • Arthur Grumiaux (violin), Dinorah Varsi (piano)

Tartini: Violin Sonata in G minor ‘Devil’s Trill’

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Corelli: Violin Sonata Op. 5 No. 12 in D minor (La folia)

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Vitali, T: Chaconne in G minor

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Veracini: Sonata in A major, Op. 1, No. 7

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Kreisler: Drei Walzer (Liebesfreud – Liebesleid – Schön Rosmarin)

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Kreisler: Caprice Viennois, Op. 2

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Kreisler: Tambourin Chinois, Op. 3

  • Arthur Grumiaux (violin), Riccaro Castagnone (piano)

Mozart: Serenade No. 7 in D major, K250 ‘Haffner’ – Rondo

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Wieniawski: Souvenir de Moscou, Op. 6

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Ravel: Vocalise-étude en forme de habanera

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Sarasate: Zigeunerweisen, Op. 20

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Fiocco, J H: Allegro

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Granados: Andaluza

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Albéniz: Tango

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Kreisler: Rondino on a Theme by Beethoven

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Bloch, E: Baal Shem

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Kodály: Adagio for viola (or cello or violin) & piano

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Paradis: Sicilienne

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Mozart: Serenade No. 7 in D major, K250 ‘Haffner’ – Rondo

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Gluck: Dance of the Blessed Spirits (from Orfeo ed Euridice)

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Granados: Andaluza

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Kreisler: Drei Walzer (Liebesfreud – Liebesleid – Schön Rosmarin)

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Veracini: Allegro

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Vivaldi: Concerto, Op. 3 No. 11 ‘Con due Violini e Violoncello obligato’, RV 565: Siciliano

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Leclair, J-M: Tambourin

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Beethoven: Minuets WoO 10 – No. 2 in G major

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Schubert: Ave Maria, D839

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Dvořák: Humoresque in G flat major, Op. 101 No. 7

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Massenet: Meditation (from Thaïs)

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Tchaikovsky: Valse sentimentale, Op. 51 No. 6

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Veracini: Largo

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Kreisler: Rondino on a Theme by Beethoven

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Kreisler: Andantino in the style of Martini

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Elgar: La Capricieuse, Op. 17

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Fauré: Après un rêve, Op. 7 No. 1

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Albéniz: Tango

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Vecsey, F: Valse triste

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Ponce, M: Estrellita

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Sibelius: Nocturne, Op. 24

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Pergolesi: Andantino

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Schubert: Ständchen ‘Leise flehen meine Lieder’, D957 No. 4

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Mozart: Divertimento No. 17 in D Major, K334: Minuet

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Dvořák: Sonatina for violin and piano in G major, Op. 100: Larghetto

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Gounod: Ave Maria

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Paganini: Sonata for violin & guitar in A major, Op. 3 No.6, MS 27 / 6

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Dvořák: Songs My Mother Taught Me, Op. 55 No. 4

  • Arthur Grumiaux (violin), Istvan Hajdu (piano)

Les classiques de Gainsbourg

Eh oui ! Serge Gainsbourg, mort il y a trente ans, le 2 mars 1991, était un emprunteur. Il n’a jamais renié son amour de la musique classique (« J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc j’emprunte »), ni a fortiori les sources d’inspiration de plusieurs de ses chansons (une vingtaine au moins).

Il en parle dans le beau documentaire – Gainsbourg, toute une vie – diffusé vendredi dernier sur France 3 (qu’on peut encore revoir sur france.tv).

Max Dozolme en parlait ce matin sur France Musique : Gainsbourg au piano avec Chopin.

Nous l’avions illustré à Liège, lors d’une fête de la musique mémorable, en 2009 (lire l’article de Sylvain Rouvroy sur ResMusica : Salut Gainsbourg !) : dans la même soirée, une quinzaine de chanteurs s’étaient succédé sur la scène de la Salle Philharmonique de Liège, puis l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avait joué cinq extraits « classiques ».

Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des « emprunts » classiques de Gainsbourg, mais plutôt souligner les moins connus ou les plus originaux.

  1. Poupée beethovénienne

La plus célèbre des chansons de Gainsbourg pour France Gall, Poupée de cire, Poupée de son (1965)

a un furieux air de parenté avec l’un des thèmes du dernier mouvement de la 1ère sonate pour piano de Beethoven. La preuve : écouter Daniel Barenboim à 0’38

2. My Lady sur un marché persan

Gainsbourg, pour son sulfureux Lady Heroïne, va chercher une mélodie chez le Britannique Albert Ketelbey (1875-1959), auteur à succès de musiques « exotiques », comme Sur un marché persan à écouter à partir de 1’45 »

3. La chanson perdue de Solveig

Enregistrée en concert, dans la ville natale de Grieg, par l’excellent orchestre de Bergen et son excellent chef Edward Gardner, la chanson de Solveig, faisant partie de la musique de scène de Peer Gynt, est à entendre à 14’50.

4. Jane et Frédéric

Chopin a inspiré plusieurs des mélodies de Gainsbourg, et pas nécessairement les pièces les plus connues. Ainsi le 4ème des Préludes op.28, si mélancolique, donne Jane B. en 1969

5. La Tristesse de Charlotte

Lemon Incest s’inspire directement de la plus célèbre des Etudes de Chopin, la 3ème de l’opus 10, surnommée « Tristesse »

6. Chopin dépressif

Toujours Chopin dans Dépression au-dessus du jardin

Cette fois c’est la 9ème des études de l’opus 10 qui est convoquée. Ici sous les doigts inimitablement poétiques d’Artur Rubinstein

7.8. Son Nouveau Monde

Gainsbourg utilise, à deux reprises, des thèmes de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau monde » de Dvorak.

Le moins évident des emprunts – dans le 4ème mouvement de la symphonie – se trouve dans le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) et la chanson Requiem pour un con que Gainsbourg chante et joue devant Jean Gabin

à partir de 0’22 »

Pas non plus immédiate la référence au Nouveau monde dans Initials BB

on repère l’emprunt à 4’45 »

9. Lou Appassionnata

Le rapport entre cette chanson et Beethoven ? Pas évident du tout. Mais Gainsbourg qui connaissait ses classiques trouve le thème du refrain de cette chanson dans l’un des thèmes de la sonate n°23 dite « Appassionata » de Beethoven…

Et pour finir cette liste non limitative, le plus célèbre des emprunts gainsbourgiens à la musique classique :

Brahms et le charme mélancolique du troisième mouvement de sa 3ème symphonie ne pouvaient pas ne pas séduire Gainsbourg.

J’ai pour cette intégrale viennoise de John Barbirolli une tendresse toute particulière, même s’il y a bien des versions plus idiomatiques (lire Barbirolli le Viennois)

Le Chopin de Rafael

Commandé il y a quelques semaines, j’ai enfin reçu ce double CD, si attendu.

Ce n’est ni le premier, ni le dernier billet que je consacre au pianiste andalou Rafael Orozco (1946-1996) : lire Un grand d’Espagne.

Voilà bien l’un des plus grands musiciens du siècle passé, un pianiste qui, depuis ma première rencontre avec lui (les concertos de Rachmaninov), n’a cessé de me surprendre, de m’émouvoir, de susciter une admiration toujours renouvelée, quelque soit le répertoire dans lequel je l’écoute.

En 2015, j’écrivais : il n’aura jamais la carrière discographique que son talent et sa personnalité hors normes auraient dû lui ouvrir. On en est réduit à rechercher ici et là, sur les sites de téléchargement, des Mozart, des Chopin enregistrés pour la bEMI, Albeniz et Falla gravés pour Valois/Auvidis (qui les ressort au compte-gouttes). Un conseil : dès que vous trouvez un enregistrement d’Orozco, achetez-le, écoutez et réécoutez-le/…./Qui nous restituera un jour le legs discographique de ce grand d’Espagne, trop tôt disparu ?« 

Chopin ressuscité

Depuis 2015, la situation n’a guère évolué. C’est dire si ce double CD édité par Warner est plus que bienvenu. Jean-Charles Hoffelé y explique d’ailleurs les raisons d’une discographie erratique. D’abord EMI Londres, après le fulgurant succès d’un pianiste de 19 ans au prestigieux Concours de Leeds, puis, cornaqué par Alexis Weissenberg et son impresario, l’incontournable Michel Glotz, la branche française d’EMI, avant que Philips ne lui offre quelques très belles sessions (dont ne subsistent, disponibles, que les concertos de Rachmaninov avec Edo de Waart). Puis Valois/Auvidis. Et depuis sa mort prématurée en 1996, des suites d’une maladie qui a emporté tant de ses contemporains, les labels successifs de Rafael Orozco l’ont oublié, nous privant d’un héritage discographique où absolument rien n’est secondaire ou négligeable. Alors je repose la question : Warner (pour EMI) et Decca (pour les disques Philips) ne pourraient-ils enfin nous restituer les trésors qui dorment dans leurs placards ?

J’avais déjà réussi à trouver les Etudes de Chopin en CD il y a quelques années, au sommet de ma discothèque (avec l’opus 25 de Geza Anda), captées sous l’égide de Michel Glotz, salle Wagram à Paris en 1970 et 1971.

Je découvre aujourd’hui les Préludes, enregistrés au lendemain de Leeds, en décembre 1967, à Londres (l’opus 45 et l’opus posthume le seront à Paris en 1971).

D’autres diraient mieux que moi les caractéristiques de l’art pianistique de Rafael Orozco. Dans ces Préludes de Chopin, il n’emporte pas tout sur son passage comme une Martha Argerich, il ne creuse pas chaque sillon comme un Claudio Arrau, il ne surligne pas le romantisme de ce « journal de Majorque » comme tant de ses confrères. Il fait ce qu’il a toujours fait, une technique superlative au service exclusif du texte, la densité d’une sonorité jamais forcée, d’où sourdent immanquablement tendresse et émotion retenue.

C’est bien pourquoi on réclame que les autres Chopin de Rafael le magicien nous soient restitués

Je signale – parce que je l’ai trouvé récemment sur un site espagnol – un « live » du second concerto de Brahms, indispensable comme tout ce qu’on peut trouver de Rafael Orozco :

L’autre Richter du piano

Cela fait longtemps que j’aurais dû évoquer cet illustre pianiste, par exemple l’année dernière dans la série Beethoven 250.

Hans Richter-Haaser est l’archétype du pianiste allemand, abreuvé aux sources les plus classiques, Beethoven, Brahms, Schumann. Il naît en 1912 à Dresde et meurt en 1980 à Brunswick. Sa carrière est relativement brève et tardive – la Seconde guerre mondiale l’interrompt de longues années. Il ne fait ses débuts à New York qu’en 1959 – il a 47 ans ! – et à Salzbourg en 1963.

Sur les traces de Brahms

En 1947 Hans Richter-Haaser s’installe à Detmold, une ravissante cité de l’actuel Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, jadis chef-lieu du comté de Lippe. Où 90 ans plus tôt, Brahms a occupé, de 1857 à 1859, le poste de professeur de musique et de directeur de la société de chant de la Cour du prince Leopold III de Lippe. Une ville visitée lors de mon premier séjour en Allemagne (lire La découverte de la musique : France-Allemagne).

Dans le château de Detmold est conservé cet étrange piano ovale qui fut celui de Brahms.

Brahms qui, pendant son séjour à Detmold, entreprend son 1er concerto pour piano, compose ses deux sérénades pour orchestre, des Lieder, dont Unter Blüten des Mai’s spielt’ich mit ihrer Hand. Ce lied évoque une rencontre, celle d’Agathe von Siebold. Un été, il s’adonnera à sa nouvelle passion avec tant de fougue que Clara Schumann sera vexée qu’il ait rencontré une autre femme aussi vite. Son deuxième sextuor à cordes opus 36 fait, dans la première phrase, allusion à Agathe von Siebold : il contient en effet la suite de notes : la-sol-la-si-mi (en allemand : A-G-A-H-E). Peu après leurs fiançailles, Brahms change d’avis : il se sent incapable d’avoir une liaison. Il restera célibataire le restant de ses jours…

Beethoven d’abord

Richter-Haaser se fait repérer, heureusement, par quelques grands chefs et directeurs artistiques. Ce qui nous vaut une discographie certes restreinte mais d’une exceptionnelle qualité, pour la majeure partie consacrée à Beethoven.

Première salve Beethoven chez Philips : en novembre 1955 il enregistre aux Pays-Bas les sonates 8, 14 et 23, en mars 1956 les 21 et 28, en mai 1958 la 24, et en juin 1957 à Vienne il se joint à un prestigieux plateau – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössl-Majdan, Anton Dermota, Paul Schöffler – pour la seule version enregistrée par Karl Böhm de la Fantaisie chorale de Beethoven

Walter Legge, le célèbre producteur d’EMI, l’attire dans son écurie et, de 1959 à 1964, va lui faire enregistrer, dans les mythiques studios d’Abbey Road, les concertos 3, 4, 5 de Beethoven (avec le Philharmonia dirigé par Giulini et Kertesz), treize sonates et les variations Diabelli.

Un coffret très précieux, un indispensable de toute discothèque.

Karajan, Sanderling, Moralt

Hans Richter-Haaser laisse au disque deux magnifiques concertos de Brahms : le second avec Karajan, magnifiquement capté en stéréo à Berlin, en 1957.

Le premier concerto (celui que Brahms entama à Detmold !) est capté « live » à Copenhague avec Kurt Sanderling :

Les collectionneurs connaissent quelques rares autres disques du pianiste allemand :

Les concertos de Grieg et de Schumann, gravés pour Philips, en 1958 à Vienne : ce n’est pas faire injure à Richter-Haaser que de noter que son Grieg est bien sérieux, et que l’accompagnement de Rudolf Moralt – dont c’était le dernier enregistrement ! – est bien plan plan !

Des sonates de Schubert

Deux concertos de Mozart avec Istvan Kertesz, reparus en CD en 1991 (pour le bicentenaire de la mort du compositeur) mais devenus introuvables

Et puis à nouveau Beethoven captés en concert en 1971 et 1978 à Leipzig avec le grand chef est-allemand Herbert Kegel.

Mauvais traitements (I) : quand ça se termine mal pour Schubert

Depuis quatorze ans que je tiens un blog (il y en eut d’autres avant celui-ci !), je n’ai quasiment jamais dit de mal d’un musicien, d’un compositeur, d’un artiste que j’admire. Ou pour illustrer la maxime « Qui aime bien châtie bien »!

Le confinement, le travail à distance, m’ont donné l’occasion de « revisiter » – pour reprendre un terme très à la mode ! – ma discothèque, de réécouter des disques que j’avais oubliés, négligés, parfois pour de bonnes raisons !

Je me décide à ouvrir une série que j’aurais aussi bien pu intituler Ratages, mais le mot est excessif pour qualifier une erreur de « casting », un mariage compositeur/oeuvre/interprète malheureux, bref quelque chose qui, loin de nuire à l’image d’un grand musicien qu’on aime, révèle sa part d’humanité, son droit à l’erreur.

Ainsi je réécoutais ce week-end ce bien chiche coffret consacré au pianiste Geza Anda, né il y a 100 ans (tiens un coffret hommage est-il prévu ?), que je citais le 17 décembre dernier pour sa merveilleuse version des Etudes op.25 de Chopin

Je ne me rappelais plus qu’il y avait, dans ce coffret de 5 CD seulement, la dernière sonate – D.960 – de Schubert, à laquelle j’ai consacré naguère tout un billet (Ma non troppo).

Le dernier mouvement de cette sonate est indiqué : allegro, ma non troppo. Et comme je l’écrivais dans mon billet : Je n’entends pas ce dernier mouvement comme une récréation guillerette, anodine. Et surtout je respecte l’indication de Schubert lui-même : ma non troppo! Ce n’est donc pas youpie tagada , fonçons droit devant, comme un accompagnement de Tom et Jerry »

Or c’est exactement ce que fait Geza Anda, pour ma plus grande déception ! Une caricature ! à écouter à 29’50 »

Même l’immense et tant admiré Artur Rubinstein succombe inexplicablement au syndrome de la machine à tricoter à 27’35 »

On se console en écoutant Rafael Orozco et Sergio Fiorentino

à 1h 20’30 »

ou encore Peter Rösel