On peut difficilement imaginer soirées plus contrastées, et chez l’auteur de ce blog situations parfois schizophréniques. Celle où le critique musical est en activité, celle où l’auditeur jouit pleinement du moment sans l’angoisse du papier à écrire.
Un couple mal assorti
J’aime les soirs de première, non par snobisme (les mondanités, ça n’a jamais été mon truc !), mais parce que l’effervescence est partout perceptible, côté public comme côté interprètes et organisation. Lorsque je prends mes places vendredi soir au guichet du théâtre des Champs-Elysées, après en avoir salué l’actuel et le futur directeurs, J.Ph. me laisse deviner un spectacle qui décoiffe. Il faut dire que Le Rossignol de Stravinsky et Les Mamelles de Tiresias de Poulenc dans une même soirée, mis en scène par Olivier Py, ça promet.
Samedi soir, programme généreux pour le troisième des concerts du San Francisco Symphony en résidence à la Philharmonie. Esa-Pekka Salonen sur le podium, Yuja Wang au piano !
(Yuja Wang, Esa-Pekka Salonen, le San Fransisco Symphony dans un extrait du finale du 3ème concerto de Rachmaninov)
La pièce d’ouverture est due à une jeune compositrice californienne, Gabriella Smith. Une musique vraiment descriptive, qu’elle situe à 40 kilomètres au nord de San Francisco sur le majestueux cap de Point Reyes. Adolescente, Gabriella Smith y a participé à un projet de recherche sur les chants d’oiseau. Et c’est là contemplant l’océan, bercée par les bruits environnants, que lui vient l’idée de Tumblebird Contrails. Tous les instruments de l’orchestre sont sollicités pour reproduire la houle, le ressac, le sable qui crisse sur la grève. C’est mieux qu’un exercice de style, l’affirmation d’une authentique maîtrise du grand orchestre.
Que dire, ensuite, qui n’ait déjà dit sur Yuja Wang, sa technique superlative, son approche aussi virtuose que poétique de l’immense 3ème concerto de Rachmaninov (cf. l’extrait ci-dessus) ! En bis, la sublime transcription par Liszt de « Marguerite au rouet » de Schubert presque murmurée, dans un souffle.
Puis devant l’insistance du public, un « encore » qui était si familier à Nelson Freire, les Ombres heureuses de l’Orphée et Eurydice de Gluck arrangées par Sgambati
En seconde partie, le Concerto pour orchestre de Bartok, où les Californiens et leur chef n’ont pas de mal à briller de tous leurs feux. Mais ce n’est décidément pas l’oeuvre qu’on préfère de Bartok.
Je me rappelle encore l’énergie qu’il avait fallu développer, après l’inauguration de l’auditorium de Radio France en novembre 2014, pour installer l’idée que la musique et les formations musicales de la Maison ronde devaient être proposées au public le week-end. J’avais lancé le principe de concerts symphoniques le dimanche après midi, me heurtant d’emblée à l’incrédulité voire à l’hostilité générale, à l’exception, je dois le dire, du PDG Mathieu Gallet qui souhaitait une Maison de la Radio en format VSD !
J’avais vu passer cette Rachmaninoff Collection éditée par la firme Melodia – producteur exclusif de disques du temps de l’Union soviétique – pour le 145ème (sic) anniversaire de la naissance de Serge Rachmaninov, en 2018 donc. Je ne m’y étais pas attardé en raison d’un prix prohibitif – entre 300 et 400 € selon les fournisseurs – et du peu d’informations qu’on avait du contenu du coffret.
Il y a quelques jours, parcourant la colonne des « bonnes affaires » ou « offres spéciales » du site allemand jpc.de– où j’ai fait nombre de belles trouvailles – je suis tombé sur une offre, cette fois irrésistible, 130 € pour une véritable malle aux trésors (33 CD et un vinyle) : Sergej Rachmaninoff – Die Melodiya-Edition. Les frais de port sont très peu élevés, et pour les non-germanophones, le site peut aussi être consulté en anglais.
Comme pour les coffrets précédents consacrés à Sviatoslav Richter,Emile Guilels ou Evgueni Svetlanov, la présentation est très soignée, avec un livret quadrilingue, et sur chaque pochette cartonnée en trois volets toutes les précisions nécessaires (toujours en quatre langues) sur les interprètes, les dates et lieux d’enregistrement.
Inutile de dire qu’on va de surprise en émerveillement, parce qu’aux références déjà connues et éditées en Occident s’ajoutent nombre d’enregistrements d’interprètes moins connus, mais tout aussi passionnants, qui témoignent de l’art de plusieurs générations de musiciens de l’ère soviétique abordant un compositeur d’abord honni, puisque ayant fui la mère patrie sans jamais y être revenu.
De précieux documents connus (Rachmaninov lui-même au piano, Horowitz) et d’autres que je découvre comme ce prélude op.23/5 joué en 1924 par…Prokofiev (YouTube cite une autre date, 1919, pour un enregistrement sur rouleau, miraculeusement restitué)
Celui qui fut, dans sa jeunesse, un virtuose célèbre en URSS, Victor Eresco, 80 ans, vit, semble-t-il, une retraite paisible en Bourgogne, où il est installé depuis plusieurs années !
Nombre de représentants de la grande école de piano russe – si tant est que le terme ait un sens – moins connus que les figures de proue, figurent dans ce coffret. On y retrouve aussi des interprètes devenus mondialement célèbres, comme Nikolai Luganski :
Et bien sûr des versions maintes fois célébrées – Svetlanov dans la 2ème symphonie ou L’île des morts – Kondrachine dans les Danses symphoniques, la version qui trône au sommet de la discographie, la plus désespérée, la plus tragique.
Le concert auquel on était convié ce jeudi soir était un – magnifique – prétexte pour l’Orchestre de chambre de Paris de dire au revoir à celui qui fut, durant dix ans, son directeur général, Nicolas Droin, qui rejoint Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique.
Mais ce fut, musicalement, émotionnellement, un nouvel hommage à Lars Vogt, qui avait conçu un programme d’un seul tenant – pas d’entr’acte, bravo ! – composé d’ouvertures de Beethoven et de Lieder de Schubert orchestrés, à deux exceptions près. Un programme qui honorait deux fabuleux artistes, père et fils, les ténors Christoph et Julian Pregardien.
BeethovenLes Créatures de Prométhée, ouverture Schubert-RegerPrometheus D. 674 Schubert-Brahms Greisengesang D. 778 SchubertDer Vater mit dem Kind D. 906 Schubert-Reger Erlkönig D. 328 BeethovenCoriolan, ouverture « Meine Seele ist erschüttert», air extrait de Christus am Öhlberge op. 85 Schubert « Lied vom Wolkenmädchen », air extrait de Alfonso und Estrella D. 732 Schubert-Webern « Der Wegweiser », extrait de Winterreise D. 911 SchubertTotengräbers Heimweh D. 842 « Der Doppelgänger », extrait de Der Schwanengesang D. 957, Nacht und Träume (orchestration de Clara Olivares)
Une totale, complète réussite, d’autant que le jeune chef britannique, 25 ans, Harry Ogg, que je ne connaissais pas, a été pour moi une révélation, menant un OCP en magnifique forme.
Accessoirement, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance et d’échanger avec un chef que j’admire depuis longtemps – il était assis à côté de moi- Thomas Hengelbrock.
Plus d’une fois, le père ou le fils, ou les deux ensemble, m’ont tiré des larmes, notamment dans la version orchestrée par…. du Roi des aulnes / Erlkönig. Ici des extraits du bis :
Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, un peu comme moi, il était comme un vieil oncle d’Amérique, en l’occurrence du Canada. Comme son ami l’a confirmé hier sur Facebook, Tom Deacon est mort dimanche dernier.: I am Tom’s partner, Stuart. As you all know Tom has been mostly absent from Facebook for many months due to his declining health. I am sorry to have to tell you that Tom died on Sunday morning February 5. He had been in hospital since mid December. His health had been declining over the past six months and declined rapidly in the last month.
Je sais peu de choses finalement sur un personnage d’abord connu dans le monde de la musique comme l’auteur de cette fabuleuse collection publiée par Philips : Great Pianists of the 20th Century.
Nous avions commencé à correspondre, via Facebook, il y a une douzaine d’années, Tom vivait au Canada, où il avait longtemps travaillé à la radio nationale (la CBC), mais il s’intéressait à la vie musicale partout. Il avait des avis souvent tranchés, toujours fondés, qui lui avaient valu pas mal d’inimitiés de la part de « professionnels de la profession » et des fâcheries d’abord avec les pianistes qu’il n’avait pas retenus dans sa collection (!!), ensuite avec des artistes vivants, des critiques – parmi eux plusieurs amis ! -.
Au cours de l’un de ses voyages en Europe, en 2016, j’avais réussi à trouver une date pour dîner ensemble à Paris. Je l’avais emmené au Boeuf sur le toit, pour le cadre, qu’il avait aimé, pas pour la cuisine que j’avais trouvée bien médiocre.
Extraits de notre « correspondance » :
T.D. :Could not agree more with your comments about the need for a « frisson » from music. Mostly it is what is missing. Starting a website soon dedicated to the » great pianists of the 21st C ( yes, I have found some! ). I’ll let you know when it is up and running. (5/2/2010)
Après m’avoir félicité en mai 2014 pour ma nomination à la direction de la Musique de Radio France, Tom m’avait entrepris sur la situation de France Musique (il était remarquablement informé !) : Mon cher ami. Je suis navré à propos de tous ces virements chez FM. Quelle façon de changer de style! Je pense que cela aurait éte mieux que la nouvelle directrice de FM prenne un peu de temps avant de virer des tas de gens. Détruire avant de construire? Cela se fait dans la construction de maisons, mais dans une éntreprise comme Radio France, ce n’est pas vraiment conseillé. Je le dis après 20 ans d’expérience à la CBC au Canada. Ce genre de « human resources management », comme on dit, tourne joujours au mal, Jean-Pierre, quelque soit les soi-disant raisons données pour le faire. En tout cas, toi, tu auras de quoi faire en ce qui concerne le moral du personnel « non-viré ». Je te souhaite de la chance, mon ami. » (15/08/2014)
Lorsque j’avais évoqué Nelson Freire, en particulier ce disque (un « live » du 25 mars 1984 au Thomson Hall de Toronto) Tom m’avait envoyé ce précieux témoignage :
« Mon cher ami, je ne te raconte rien de nouveau sans doute en te disant que le récital de NF chez Alpha n’est autre que le récital que j’ai produit de ce grand pianiste à Toronto (Roy Thomson Hall) lorque je travaillais à la CBC. Le programme: Live from RTH. Nelson partageait la scène avec Gilels, Arrau, Leontyne Price et d’autres musiciens de ce genre. 2 saisons seulement, hélas. 72 concerts dont les bandes vivent toujours chez la CBC. J’ai fait le nécessaire pour que la bande de Nelson fût disponible à la maison de disques Alpha, et éventuellement à Philips pour l’édition des Grands Pianistes. Nelson a toujours dit que ce récital le captait à son mieux. Je ne dirais pas le contraire. On s’est connu à College Park, Maryland, en 1982. Nous étions tous les deux membres du jury du Concours William Kapell. Depuis nous sommes restés de grands amis, Jean-Pierre, autant pour sa gentillesse que pour son pianisme. Je te remercie infiniement pour ce petit mot sur Nelson, qu’il mérite énormément, bien sûr,«
Comme on peut le voir sur sa photo, Tom Deacon était un bon vivant. Nous échangions souvent sur nos bonnes tables, lorsqu’il me voyait voyager, il ne manquait jamais de me recommander telle adresse et à l’inverse quand il venait en Europe, il prenait moult renseignements. En 2021, il avait manifesté le souhait de passer par Montpellier, s’enquérant du nouvel hôtel des frères Pourcel, de leur restaurant Le jardin des sens, et finalement, déjà très fatigué, y avait renoncé.
Beaucoup d’échanges à propos des disques et des concerts, et de ce penchant qu’a une certaine critique de toujours considérer le passé, l’ancien, comme plus intéressant que le présent.
« En tout cas tu as bien fait de signaler le problème de nos éternels Rückblicken. Moi, je fais de mon mieux de rester concentré sur les jeunes (musiciens et auditeurs). Moi, je suis vieux, mais l’avenir de la musique classique ne dépend pas de moi ni de mes contemporains. L’avenir appartient aux jeunes dans tous les cas. Pourquoi penser à Glenn Gould lorsqu’on peut écouter la jeune Rana. Pourquoi évoquer Schnabel lorsqu’on peut écouter le jeune Gorini* (, entre nous, J-P, tu devrais l’inviter à Montpellier) Et cetera. Les boîtes de tout ce qui a jamais été enregistré qui nous enchantent de nos jours sont séduisantes justement parce qu’elles nous présentent notre passé. On aime follement le familier. On déteste et soupçonne le nouveau. Naturellement il est bon que les jeunes apprennent ce qui fût, mais pas que ce même passé les étouffe, les empêche de suivre une nouvelle voie, de repenser tou. Je ne sais pas si je me suis bien exprimé, mais j’applaudis ton courage de dire ce qu’il faut dire et à haute voix en plus. Bravo! » (22/09/2017)
(* Suivant le conseil de Tom, j’avais bien invité Filippo Gorini au festival Radio France 2021. Mais le jeune pianiste italien nous a fait faux bond, prétextant une invitation plus « intéressante » pour sa carrière aux Etats-Unis !)
A propos d’un coffret qui constitue un pilier de ma discothèque
ce commentaire qui en dit long sur la personnalité du disparu : Cher Jean-Pierre! Je suis tellement satisfait de ton commentaire sur la boîte Beethoven Schmidt-Isserstedt. Je me souviens d’avoir créé cette compilationn CONTRE les conseils de mon collègue, qui ne voulait pas mélanger les concertos et les symphonies. Mais, comme il m’arrive souvennt dans la vie, je pousse en avant suivant mon propre chemin contre les conseils d’autrui. Un ancien collègue de Vancouver à la CBC sortait souvent les symphonies de S-I. Il les nommait “brown bread Beethoven”. Du Beethoven qui ressemble au pain complet, tu comprends. Je suis d’accord. Un Beethoven sans manières, sans chichi, etc. Enfin, merci de ton commentaire, J-P. Stay safe. Stay well. Tom » (26/05/2020)
Adieu Tom ! Je garde encore nombre de tes messages (après la mort de Nelson Freire par exemple), que je publierai un jour, et d’autres que je garderai pour moi, parce qu’ils relèvent de ce lien mystérieux qu’on appelle amitié.
Burt et Marlene
Burt Bacharach est mort à 94 ans. L’article de Bruno Lesprit dans Le Monde dit tout :
Avec ses mélodies scintillantes comme du cristal, Burt Bacharach, mort le 8 février à Los Angeles (Californie) à l’âge de 94 ans, fut un des compositeurs qui ont le plus divisé dans la musique populaire. Pour ses contempteurs, souvent des intégristes du rock’n’roll, son nom est associé au easy listening, qui renvoie à la musique d’ascenseur et de hall d’hôtels internationaux. Expression impropre, d’ailleurs, pour Bacharach, car sa production, certes « facile » et plaisante à l’oreille, est d’une rare complexité. Pour ses admirateurs, il restera comme un génie de la pop, notamment dans le pays où cet Américain fut prophète : le Royaume-Uni/…/Comme pour les plus grands compositeurs, sa marque est aussitôt repérable : des mélodies légères comme des bulles de champagne, avec toujours une larme de mélancolie, des progressions harmoniques subtiles en accords de septième diminuée et de neuvième, des changements de tonalité et de métrique renversants. Insensible à la fureur du rock’n’roll, Bacharach agit sous l’influence du jazz, de la bossa-nova et de ses percussions. Ses orchestrations comprennent généralement un piano conducteur, des cordes soyeuses ou emphatiques, des cuivres chaloupés, sans oublier sa signature, le gimmick de trompette, ou plus précisément de bugle. Parfois remplacé par un sifflement désinvolte, mains dans les poches. Un air de Bacharach doit se siffloter sous la douche.(Le Monde, 11 février 2023)
J’y reviendrai plus longuement. Pour saluer l’artiste, cette « apparition » de Marlene Dietrich, dont Bacharach avait paré les chansons de subtiles orchestrations.
Post scriptum : Stuart Henderson a publié, ce 16 février, sur la page Facebook de Tom Deacon cet obituaire que je reproduis ici intégralement :
TOM DEACON
« On September 6th, 1941 at 6:45 in the morning, Tom Deacon began this miraculous thing we call life. On Sunday, February 5th, 2023, that came to end. It is for us now to bear witness to that life and rejoice in the memories of a life well lived.
How do you describe someone like Tom Deacon? A force of nature. Larger than life. If you look at what he left behind – 25,000 LPs, 15,000 CDs, 3,500 bottles of wine, boxes of recipes and receipts from Michelin three star restaurants and friends, lots of friends and colleagues who looked to him as a mentor, a collaborator and a sparing
partner – you see a seeker. All his life he sought out the best. The best performance, the best recording, the best meal, the best Burgundy and the best in people. He loved the hunt.
Tom attended Lakefield Preparatory School and Upper Canada College. He went on to study French at Trinity College, Toronto, continuing his studies at the University of Illinois before writing his Ph.D comprehensives at University College, Toronto. In 1967 he left for Paris to study at the Sorbonne and research his never to be completed thesis. It was here he found and explored his first of many loves, France: the country, the food, the wine and its music.
In 1971 he returned to Canada to take up a teaching position at the University of Manitoba. He was well respected by his colleagues and liked by his students, although they found him a little intimidating because he had a witty but sharp sense of humour. He can be remembered saying at the end of one especially trying day, “If I have to teach the verb ‘to be’ one more time …” Teaching was perhaps not one of his great loves. But Tom loved to cook and it was in Winnipeg that he started his tradition of lavish dinner parties often with wine and cocktails leaving the guests with little memory of the previous evening. One year inexplicably a few of his classes were cancelled. Tom was practicing madly for a piano recital. Yes, his first love was music and he found his way into making that his life through the CBC. In 1975, while still at the university, he started working freelance, writing concert reviews from Winnipeg. It blossomed quickly.
In 1977 he put teaching behind him and left Manitoba. He took up residence in the idyllic family cottage on Hay Island, off Gananoque, Ontario and continued to work freelance for CBC, travelling to Leeds and Moscow to cover the international piano competitions until he was hired as a producer on the new morning program Stereo Morning. He always talked about how much he learned there, both in tradecraft and management. Tom often told the story of being handed an envelope by his mentor and executive producer with numerous tiny pieces of magnetic tape. These were the edits (editing was done with a razor blade in those days) of intrusive pauses he had made in an interview; a mistake he never made again.
It was also at this time that he met the person he called the love of his life, his partner Stuart. Their first vacation was, of course, to France. Fifteen Michelin starred restaurants in ten days, with copious notes of everything eaten and all the wines. He wanted to share the best of everything, the fruits of his hunt.
In 1982 he became the producer of his own programme, Live from Roy Thomson Hall. Two glorious seasons broadcasting across the country everything from Anna Russell to Leontyne Price to Emil Gilels to Claudio Arrau. He revelled in being able to share his musical idols, his musical bests, with the rest of Canada.
In 1984, with Roy Thomson Hall’s budget exhausted, the CBC moved Tom to Vancouver. There he hired Jurgen Gothe as host of his concert programme but something else happened. The synergy of passions and creativity gave birth to DiscDrive, the CBC’s afternoon drive programme that dominated the airwaves for more than two decades.
In 1989 as DiscDrive moved into maturity Tom looked south for a new challenge as Program Director at KUSC, a classical music station in Los Angeles. Ever restless for new challenges, in 1992 he moved to the Netherlands and began his career with Polygram.
At Polygram his life long hunt for the musical best paid off. Here he put his encyclopedic knowledge of classical music repertoire and recordings into creating legendary CD compilations of legendary artists. Since his great musical love was the piano, the realization of his life long hunt for the best was as the Executive Producer of Great Pianists of the Twentieth Century Edition, 250 hours of music on 200 discs – the largest CD edition ever released and he got to release it to the world. The New York Times said “It would be hard to imagine a more representative example of the piano in the 20th century.”
In 1998 Polygram was acquired by Universal Music and Tom became Vice-President Catalogue Development. In 2001 he returned to Canada but remained working for Universal Music, until he retired in 2005. He served on a number of international piano juries and continued to follow the development of the young generation of pianists very closely.
He will be greatly missed by his much loved and inseparable older brother John (Evie), his younger brother Bob (Janice) and Stuart Henderson, his partner, lost in a sea of CDs with Nelson and Martha, his two cats. In lieu of a memorial or flowers, have a nice meal and raise a glass to Tom ».
Trois raisons ce matin d’illustrer le proverbe médiéval Qui bene amat, bene castigat. À propos de trois pianistes.
Fazil Say l’intranquille
Ici même j’écrivais ce billet : Mes préférés : Fazil Say quelques semaines avant d’entendre, en juillet 2017, le récital du pianiste turc à Montpellier. Je lui avais demandé un programme tout Mozart, ce qui l’avait d’abord surpris (parce qu’on ne remplit pas une salle avec des sonates de Mozart ?), pour changer aussi les habitudes d’un public – celui du Festival Radio France – acquis d’avance depuis les débuts du pianiste vingt ans plus tôt.
La déception que j’ai éprouvée est à la mesure de l’admiration que je porte à l’artiste.
Remarque à l’attention des responsables du Théâtre des Champs-Elysées (mais cela vaut pour quasiment toutes les salles de concert que je fréquente !) : les minutages indiqués sont toujours faux pour le public. Si l’on en croit le panneau électronique dans le hall du théâtre mercredi dernier, la première partie se terminait au bout de 35 minutes. Or ces 35 minutes ne sont que l’addition – approximative d’ailleurs – des durées des trois oeuvres, et ne tiennent évidemment pas compte de ce qui se passe sur scène, des allers-retours du pianiste, des applaudissements, etc… Mieux encore, le minutage de la seconde partie fait l’impasse sur les bis. Résultat, un récital qui devait s’achever selon cette annonce à 21h35, s’est achevé à 21h55 !
J’avais coutume de demander, à Liège ou à Montpellier, où le public voulait surtout savoir vers quelle heure s’achèverait le concert, qu’on rajoute 20 minutes au minutage strict du programme. Et ça tombait toujours juste !
Les petits marteaux de Gavrilov
Je me réjouissais de retrouver la totalité des enregistrements réalisés par le pianiste suisse d’origine russe Andrei Gavrilov, mon quasi contemporain, pour Deutsche Grammophon, republiés dans la collection Eloquence (petit conseil en passant : le site anglais Prestomusic propose le coffret de 10 CD à 25 € de moins que la FNAC !)
CD 1
JOHANN SEBASTIAN BACH (1685–1750) Goldberg Variations, BWV 988
CDs 2–3 JOHANN SEBASTIAN BACH (1685–1750) French Suites Nos. 1–6
CD 4 FRANZSCHUBERT (1797–1828) Impromptus, D.899 & 935
CD 5 FRÉDÉRIC CHOPIN (1810–1849) Piano Sonata No. 2 in B flat minor, Op. 35 Four Ballades
CD 6 EDVARD GRIEG (1843–1907) Lyric Pieces (selection)
CD 7 SERGEI PROKOFIEV (1891–1953) Piano Sonata No. 3 in A minor, Op. 28 PianoSonata No. 7 in B flat major, Op. 83 Piano Sonata No. 8 in B flat major, Op. 84
CD 8 SERGEI PROKOFIEV (1891–1953) Ten Pieces for Piano fromRomeo and Juliet, Op. 75 Suggestion diabolique, Op. 4 No. 4 Prelude in C major, Op. 12 No. 7
MAURICE RAVEL (1875–1937) Gaspard de la nuit Pavane pour une infante défunte
CD 9 BENJAMIN BRITTEN (1913–1976) Friday Afternoons, Op. 7 Sailing, Op. 5 No. 2 (Holiday Diary) The Ballad of Little Musgrave and Lady Barnard Night, Op. 5 No. 4 (Holiday Diary) The Golden Vanity, Op. 78 Gernot Fuhrmann, Mark Bittermann, Michael Matzner, trebles Thomas Weinhappel, Wolfgang Wieringer, boy altos Wiener Sängerknaben · Jaume Miranda, chorus master Chorus Viennensis · Peter Marschik, chorus master
CD 10 IGOR STRAVINSKY (1882–1971) Scherzo à la Russe Concerto for Two Pianos Sonata for Two Pianos Le Sacre du printemps Vladimir Ashkenazy, piano (II)
La quasi totalité de ces gravures date du tournant des années 90, à une époque où le jeune virtuose flamboyait, impressionnait par sa technique d’acier.
C’est peu dire qu’on est surpris par des Bach qui semblent singer Glenn Gould, des petits marteaux sans âme. Mais le même phénomène se retrouve dans une oeuvre où, a priori, le pianiste moscovite devrait être plus à son aise, le Roméo et Juliette de Prokofiev. C’est mieux, beaucoup mieux même, dans Chopin, Grieg, les sonates de Prokofiev, le duo avec Ashkenazy dans Stravinsky et cette étrangeté Britten.
J’ai retrouvé sur YouTube un récital donné par Gavrilov à la même époque, dans une rue d’Amsterdam (!) : Chopin et Prokofiev au programme :
Je n’ai personnellement jamais entendu Gavrilov en concert, je pensais même qu’il avait renoncé à jouer en public. Et puis j’ai trouvé ce récital récent, il y a deux ans au Japon. Le jeune chien fou des débuts est devenu poète, malgré des moyens affaiblis mais encore impressionnants.
Le piano d’un dandy
Piano Classics ressort en 4 CD l’intégrale de l’oeuvre pour piano de Reynaldo Hahn (1874-1947) gravée il y a une dizaine d’années par un jeune pianiste italien, 35 ans, Alessandro Deljavan, demi-finaliste du concours Van Cliburn en 2013.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais vu son nom à l’affiche des salles de concert françaises.. malgré nombre de critiques favorables à propos de ses disques, notamment des Chopin très intéressants.
J’ai chroniqué pour un site de vente en ligne cette réédition Reynaldo Hahn, une somme de petites pièces d’un goût toujours sûr, même si elles ne sont pas essentielles. Lire ici
Alain Lompech postait il y a quelques jours sur Facebook une vidéo qu’il trouve à juste titre extra-ordinaire : Nelson Freire jouant le 2ème concerto de Saint-Saëns avec l’orchestre de la Suisse italienne.
Cela m’a rappelé que j’ai dans ma DVDthèque un coffret de 10 DVD (avec des suppléments audio sur chacun), sans doute acheté un jour en Allemagne pour un prix dérisoire, et que j’avais sans doute négligé de regarder plus avant.
Ce ne sont que des pépites, de véritables trésors, des captations faites par la télévision suisse italienne dans son grand studio de Lugano dans les années 70 et 80.
Je viens de vérifier sur les sites de la FNAC et d’Amazon, le dit coffret plat est disponible chez des revendeurs chevronnés à des prix dérisoires.
Le contenu est incroyablement alléchant. A chaque fois c’est l’Orchestra della Svizzera italiana (Orchestre de la Suisse italienne) qui joue. La plupart des solistes invités sont dans leurs jeunes années. Qu’on en juge :
DVD 1 Beethoven concerto n°5 (Homero Francesch, piano), Brahms symphonie n°3 / Dir. Serge Baudo
DVD 2 Chopin concerto n°1 (Tzimon Barto, piano), Beethoven symph.n°3 / Dir. Roderick Brydon
DVD 3 Fauré Masques et bergamasques, Franck Variations symphoniques (Nelson Freire), Bizet Jeux d’enfants, Saint-Saëns Concerto n°2 (Nelson Freire, piano) / Dir. David Shallon. David Shallon était un chef israélien, incroyablement doué, qui avait dirigé notamment l’orchestre de Jérusalem et le philharmonique du Luxembourg, mort à 50 ans, en l’an 2000, dans des conditions atroces d’une crise d’asthme foudroyante sous les yeux impuissants de son épouse d’alors, l’altiste Tabea Zimmermann.
DVD 4 Haydn Symphonie n°103, Mozart concerto n°20 (Maria Tipo, piano) / Dir. Peter Maag
DVD 5 Lebrun concerto hautbois n°1 (Omar Zoboli), Mozart Symphonie 35 / Dir. Frans Brüggen
DVD 6 Mozart La Clemenza di Tito ouv., Concerto n°21 (Mikhail Rudy, piano), Schubert Symph.n°3 / Dir. Christof Escher
DVD 7 R.Strauss Der Rosenkavalier suite valses, Burlesque (Bernd Glemser, piano), Brahms Symph n°2 / Dir. Nicolas Carthy
DVD 8 Récital Zoltan Kocsis (Mozart, Beethoven sonate 32, Schubert sonate D 960
DVD 9 Roland de Lassus Les larmes de Saint-Pierre, Ockeghem Missa pro defunctis / Hilliard Ensemble, Consort of Musicke
DVD 101 Récital Marilyn Horne (Gluck, Meyerbeer, Saint-Saëns, Rossini, Bizet) / Dir. Martin Katz
Le site historique de la Bibliothèque Nationale de France, établi entre les rues Vivienne et de Richelieu dans le centre de Paris, a été fermé pendant des années – la dernière fois qu’on y était venu, Jean-PierreAngrémy (Pierre-Jean Rémy de son nom de plume) en était le président (entre 1997 et 2002). Il vient de rouvrir après une complète restauration, ou plutôt une métamorphose.
Redécouverte des lieux hier dimanche.
L’entrée se fait rue Vivienne (il est recommandé de réserver à l’avance, même si la file d’attente des visiteurs n’est pas dissuasive
La fameuse « salle ovale » surprend toujours par ses proportions… et par le silence qui y règne. Ce dimanche, la salle de lecture est comble. On entend à peine la rumeur des visiteurs qui en font le tour.
A l’étage, la galerie Mazarin, elle aussi restaurée dans sa splendeur originelle, expose quelques-uns des trésors de la BNF, et notamment quelques manuscrits de partitions célèbres, qu’on savait déposés ici mais qu’on n’avait jamais vus.
Au milieu le manuscrit du Sacre du Printemps d’Igor Strawinsky, à droite la Symphonie Fantastique de Berlioz !
De gauche à droite, la sonate Appassionata de Beethoven, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, le Don Giovanni de Mozart.
Il faudra revenir, revenir souvent !
En relation avec le manuscrit de Stravinsky… et une récente visite de l’exposition consacrée à Pierre Boulez dans l’autre site de la BNF (lire Découvrir Boulez), la toute première version gravée par Pierre Boulez du Sacre du printemps.
Les amis de Karine
On ne pouvait imaginer terminer mieux ce dimanche pluvieux qu’avec ce concert célébrant les 25 ans de carrière de Karine Deshayes à l’Opéra Comique.
(Ci-dessus, le 15 juillet 2017 à Montpellier, après une représentation en concert des Puritains de Bellini, avec le chef Jader Bignamini)
Je ne sais par où commencer si je dois égrener mes souvenirs d’une chanteuse, d’une musicienne sur qui l’âge semble n’avoir aucune prise – elle a fêté ses 50 ans en début d’année -. Peut-être, comme je le rappelais hier soir à l’actuel directeur de la chaîne Marc Voinchet, l’opération que nous avions menée avec France Musique, toute une semaine de directs à l’Opéra de Lyon en septembre 1998 : Karine Deshayes, Stéphane Degout et quelques autres de leurs camarades, aujourd’hui au faîte de leur carrière, y avaient fait leurs débuts radiophoniques ! Noter que la soirée d’hier sera diffusée le 26 décembre sur France Musique !
Il y avait donc foule hier, place Boieldieu, dans la salle et sur la scène. Pour un programme peut-être trop copieux, qui n’a pas laissé s’installer le côté bande de copains qu’on eût aimé, et que Karine sans aucun doute avait souhaité. Mais on ne boudera pas son plaisir, et si tout ne fut pas de la même eau, on retiendra des presque deux heures ininterrompues que dura cet « instant lyrique », des séquences émouvantes et surtout la confirmation d’un talent, d’une personnalité que l’expérience et la maturité embellissent.
Philippe Jaroussky s’étant fait porter pâle – il devait chanter le célèbre « duo des fleurs » de Lakmé – c’est l’une des plus glorieuses Lakmé de l’histoire – entendue et applaudie sur cette même scène de l’Opéra Comique en 1998 – Natalie Dessay.. qui remplaça Jaroussky !
A la fin de ce concert, tout le monde rejoint Karine Deshayes pour le nostalgique Youkali de Kurt Weill.
Mais la soirée n’était pas tout à fait terminée, puisque, à peine sorti de l’Opéra Bastille où il chantait Don José dans Carmen, Michael Spyres se transformait en Pollione pour la Norma incandescente de Karine Deshayes !
Et tout le monde cette fois de venir saluer la « Reine des bulles » comme l’a si justement surnommée Natalie Dessay, le goût pour le champagne et les bulles de Karine Deshayes n’étant pas une légende !
Générique de cette soirée :
Catégorie chanteurs : Karine Deshayes, Natalie Dessay, Delphine Haidan, Cyrille Dubois, Michael Spyres, Paul Gay
Catégorie pianistes : Antoine Palloc, Mathieu Pordoy, Bruno Fontaine, Johan Farjot
Catégorie instrumentistes : Geneviève Laurenceau (violon) , Christian-Pierre La Marca (violoncelle), Arnaud Thorette (alto), Pierre Génisson (clarinette), André Cazalet (cor)
Le sesquicentenaire de Ralph Vaughan Williams – le 12 octobre dernier – étant passé inaperçu en France, comme c’était prévisible, attardons-nous sur des aspects de son oeuvre encore moins connus que les méconnus ! Comme son cycle déjà signalé (Happy 150 Sir Ralph), Songs of Travel.
On avoue une préférence pour la version orchestrale de ces Songs (où RVW s’est fait aider par Roy Douglas) Deux disques à signaler qui figurent en bonne place dans ma discothèque :
Le grand baryton Thomas Allen (1944) est accompagné par le jeune Simon Rattle.
Le testament musical de Lars Vogt, disparu le 5 septembre dernier à 51 ans, c’est le Schwanengesang de Schubert qu’il a enregistré à l’automne 2021 avec Ian Bostridge, et qui nous bouleverse (lire Un chant du cygne)
On a l’habitude, en musique, des adieux déchirants (cf. Abschied du Chant de la Terre de Mahler) et dans la production de Lieder de Schubert il n’en manque pas non plus. Et pourtant dans le cycle Le Chant du cygne / Schwanengesang, l’adieu est étrangement joyeux.
Ade, Du muntre, Du fröhliche Stadt, Ade!
Schon scharret mein Rösslein mit lustigem Fuss;
Jetzt nimm noch den letzten, den scheidenden Gruss.
Du hast mich wohl niemals noch traurig gesehn,
So kann es auch jetzt nicht beim Abschied geschehn.
Ade …
Un disque qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui exerce une fascination durable sur ses auditeurs
Le voyage de Shéhérazade
Je me réjouis toujours d’entendre Shéhérazade, le cycle de trois mélodies composé par Ravel sur des poèmes de Tristan Klingsor. C’était le cas la semaine dernière. Impressions mitigées (voir Pâle Shéhérazade).
Les très bonnes versions ne manquent pas au disque. Elles sont souvent le fait de chanteuses non francophones !
Magnifique Marylin Horne au théâtre des Champs-Elysées en 1976 avec Leonard Bernstein et l’Orchestre national de France (et la flûte enchanteresse d’Alain Marion !)
Pour la direction de Pierre Boulez – la plus fidèle à la partition, d’une sensualité si française – mais aussi pour l’incarnation d’Anne Sofie von Otter :
Mais une tendresse infinie pour un couple si souvent entendu en concert : Felicity Lott et Armin Jordan
Arrivé ce dimanche à Montpellier, je découvre une ville pavoisée aux couleurs du Festival Radio France, avec sans doute pour beaucoup un sentiment de déjà vu, l’affiche rappelant les milliers de drapeaux vus à Londres pendant les cérémonies du jubilé de platine de la reine Elisabeth II.
Aux journalistes qui m’interrogent sur les « temps forts », voire mes concerts préférés, je réponds invariablement qu’on ne demande jamais à un père de choisir parmi ses enfants ! Et que si nous avons programmé ces artistes, ces oeuvres, ces lieux, c’est que nous sommes convaincus que chaque concert sera exceptionnel ! L’eau tiède, le mainstream, très peu pour nous !
C’est peu dire que Maxim Emelyanychev est un surdoué, claveciniste, pianiste, chef, abordant avec une égale curiosité et une même réussite les répertoires les plus vastes. Et en particulier la période « classique ».
Le jeune chef a gardé un lien fort – aujourd’hui interrompu pour les raisons que l’on sait – avec les musiciens de sa ville natale, comme en témoigne ce disque passionnant.
Avec le Scottish Chamber Orchestra, il a gravé une 9ème symphonie de Schubert qui redonne un fameux coup de jeune, sans les excès narcissiques de certains (ne suivez pas mon regard : Prétention), à une oeuvre d’un jeune homme de 30 ans (Schubert est mort à 31 ans en 1828 !).
Je ne peux évidemment que conseiller vivement d’assister aux deux dernières soirées du Festival, avec le Scottish Chamber Orchestra, Maxim Emelyanychev et en soliste Benjamin Grosvenor.
Le vendredi 29 juillet, pour la Last Night, la première française de Eleven de James MacMillan (je reparlerai de ce compositeur et de la scène actuelle de la création britannique), le concerto n°3 de Beethoven et la dernière symphonie de Haydn, la n°104 bien nommée « Londres ».
Mes camarades critiques, professionnels ou occasionnels (j’en fais partie ! cf. Offenbach et Stravinsky), ont parfois des admirations pavloviennes, sans toujours le recul… critique qui devrait être de mise !
Ainsi on annonçait la semaine passée la nomination du chef d’orchestre finlandais Klaus Mäkelä, 26 ans (un vieux!), à la direction musicale de l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam à partir de… 2027 ! Dans cinq ans donc.
Le jeune homme occupe déjà la même fonction avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo depuis 2020, et avec l’Orchestre de Paris depuis 2021. Au moins les choses sont claires pour les musiciens et les responsables de ces deux orchestres : leur chef les quittera dans moins de cinq ans.
Le processus adopté par le Concertgebouw est pour le moins étrange. La prestigieuse phalange amstellodamoise, qui en 2018 a viré sans préavis son précédent directeur musical Daniele Gatti (Remugles) sur la base de rumeurs non vérifiées, donne l’impression d’adopter les moeurs du football professionnel : attirer une star par tous les moyens (on ne connaît pas le montant de la transaction, mais on peut se douter qu’elle n’est pas mince !). Et surtout de faire un pari risqué.
Aujourd’hui tout le monde se pâme devant ce chef à qui tout semble réussir. Même sa récente intégrale Sibelius semble anesthésier des critiques à la dent d’ordinaire plus dure.
Ce n’est qu’avec une extrême prudence que certains se risquent à trouver cet enregistrement inégal, inabouti.
J’espère, je souhaite de toutes mes forces, que Klaus Mäkelä développe et révèle une stature, une envergure musicale, que son très grand talent laisse pressentir. Mais il faut aussi lui laisser le temps de se construire dans la durée, accepter qu’il puisse parfois décevoir après avoir ébloui. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec Andris Nelsons (44 ans) qui tout jeune suscitait le même engouement à chacune de ses apparitions à Paris et dans ses premiers disques : quand on lit maintenant les critiques sur ses derniers enregistrements, Chostakovitch, Bruckner, Richard Strauss, on est loin des Diapasons d’Or et autres Choc de Classica, auxquels il était jadis abonné…
Le Concertgebouw d’Amsterdam fait le pari que, dans cinq ans, il éprouvera toujours la même admiration pour le chef qu’il s’est attaché. On le souhaite pour l’orchestre comme pour Klaus Mäkelä.
Mais – la question qui fâche – n’y avait-il vraiment personne d’autre qu’un chef déjà en poste dans deux grands orchestres ?
Avec nos meilleurs vieux
L’autre fascination partagée par une grande partie de la critique est celle qu’on éprouve à l’égard des vieux, des très vieux chefs. C’était le cas, par exemple, pour Bernard Haitink, disparu l’an passé à l’âge de 92 ans. Rares étaient ceux qui émettaient des réserves sur certains de ses derniers concerts et/ou enregistrements.
Aujourd’hui, tout le monde est – à juste titre – admiratif d’Herbert Blomstedt, 95 ans le 11 juillet prochain, et je ne suis pas en reste.
Mais être fasciné par Blomstedt en concert n’implique pas qu’on le soit par tous ses enregistrements les plus récents. Ainsi de la dernière nouveauté Deutsche Grammophon, les 8ème et 9ème symphonies de Schubert avec le Gewandhaus de Leipzig.
Une version contemplative, qu’on peut trouver trop statique, sans ressort.
Il y a quarante ans, le même Blomstedt gravait à Dresde, une intégrale des symphonies de Schubert qui reste pour moi une référence. Et quel élan, quelle poésie dans ce même premier mouvement de l’Inachevée…
J’ai un peu les mêmes réserves avec les récentes symphonies de Brahms parues chez Pentatone. C’est très beau, bien enregistré, mais, dans chacune, il me manque un élan, une énergie, que je trouve ailleurs. Mais on admire la science et la sagesse d’un grand maître.
C’est un patronyme porté par plusieurs grands artistes : Schiff, comme Andras, le pianiste anglais d’origine hongroise, ou comme Heinrich, le violoncelliste et chef d’orchestre allemand, disparu en 2016 à 65 ans.
Un beau (et cher) coffret Universal est récemment paru, pour un hommage mérité mais univoque puisqu’il se concentre sur l’activité d’instrumentiste de Heinrich Schiff.
Je n’ai pas toujours prêté attention à ce violoncelle généreux, qui sonne comme un orgue, à cette personnalité extravertie, aventurière dans ses choix interprétatifs et ses partenaires.
Sur un site allemand (jpc.de), j’ai trouvé un coffret qui reflète beaucoup mieux le musicien qu’était Heinrich Schiff, violoncelliste certes, mais aussi chef d’orchestre inspiré ! Et à un prix qui défie toute concurrence (voir détails ici)
De J.S.Bach à Zimmermann ou Friedrich Gulda, Neos – qui reprend en partie des enregistrements du coffret Decca – propose plusieurs « live », des duos fascinants entre Schiff et Gulda ou Christian Zacharias. Et surtout Heinrich Schiff chef d’orchestre : Beethoven, Mozart, une phénoménale 2ème symphonie de Schumann captée à Oslo, une Quatrième de Bruckner qui vaut le détour…
Depuis que j’ai reçu ce coffret, je vais de surprise en émerveillement.