Un avion très en retard de retour de vacances et dans le creux de la nuit ce message d’Alain Lompech sur Facebook : « Quelle tristesse affreuse : Nicholas Angelich, ce si doux géant du piano est mort aujourd’hui à l’hôpital où il était soigné pour une saloperie de maladie dégénérative des poumons. Il avait 51 ans et voulait vivre. Il meurt le lendemain du jour où Radu Lupu est mort lui-même après de longs mois où il semblait attendre l’appel de l’au-delà. Deux pianistes fabuleux et deux hommes à la hauteur de leur génie de musicien ».
Le bien aimé
Ce matin, je n’ai pas de mots, je ne veux pas mettre de mots, sur la disparition prématurée autant que redoutée de Nicholas Angelich. Tant de ses collègues, de journalistes, auront dit en quoi il était, il est, unique, immense, magnifique.
Je suis dévasté parce que, de tous les musiciens qu’il m’a été donné de croiser, de rencontrer, Nicholas était comme le frère que je n’ai pas eu, doté de toutes les qualités que j’admire chez un artiste et chez un être humain. Les larmes me viennent en même temps qu’affluent tant de souvenirs.
Nicholas est sans doute – je n’ai pas fait de comptabilité macabre – le pianiste que j’ai le plus invité lorsque j’étais à Liège, le plus écouté en concert. J’avais enfin trouvé une date en juillet 2021 pour l’inviter au Festival Radio France à Montpellier, et son agent avait dû annuler parce que Nicholas était malade. Je savais que, malheureusement, ce n’était pas une maladie « diplomatique »…
En vrac, quelques images.
Une première rencontre à la fin des années 90, au café en face de l’Hôtel d’Albret dans le Marais, alors siège de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. France Musique avait investi la cour de ce lieu magique au coeur de Paris pour une émission estivale en direct chaque jour. Arièle Butaux avait convié deux jeunes pianistes dont on commençait à parler : Jérôme Ducros.. et Nicholas Angelich. Ils avaient même improvisé un quatre mains. Je les avais invités l’un et l’autre à se désaltérer et les avais interrogés sur leurs projets de l’été : Jérôme avait déroulé un beau calendrier de concerts, tandis que Nicholas, grillant cigarette sur cigarette, annonçait, de son air lunaire, une seule date…
Quelques mois plus tard, je retrouverais étonnamment les deux mêmes pianistes à Deauville, dans le cadre d’un festival pascal voué à faire éclore les jeunes talents. Jérôme Ducros et un quatuor formé pour la circonstance jouaient le quintette « La Truite » de Schubert, et Nicholas Angelich aux côtés – si ma mémoire ne me fait pas défaut – d’Augustin Dumay et du tout jeune Renaud Capuçon, jouait dans les profondeurs du clavier la plus dense des versions que j’aie jamais entendues en concert… du Concert de Chausson.
Je découvre, bouleversé, cet extrait d’un concert de janvier 2019 à la Philharmonie…
Puis il y aura Liège, où dès 2001, je crois que j’aurai invité Nicholas Angelich chaque saison, en commençant par un 2ème concerto de Rachmaninov avec Alexandre Dmitriev, et puis surtout en chaque occasion importante, où il me semblait que la présence de ce musicien était aussi indispensable que l’est celle d’un frère, d’un cousin, lorsque la famille se rassemble.
Je ne puis, ce matin, reparler de toutes ces aventures, je vais tenter de rassembler mes souvenirs, pour les livrer par-delà le chagrin et le deuil.
Mais, encore un document que j’ignorais, je retrouve ce témoignage incroyable d’une magnifique fête du piano que j’avais confiée à ma très chère Brigitte Engerer, disparue elle aussi beaucoup trop tôt, il y a bientôt dix ans (le 23 juin 2012). Une fête à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2010.
La Valse de Ravel jouée comme dans un rêve…
Radu Lupu, Harrison Birtwistle
Radu Lupu est mort lui aussi dimanche. Et le compositeur anglais Harrison Birtwistle.
Je suis incapable de commenter. Juste besoin d’écouter ceci :
PS Je vois sur le site de Classica ce beau texte d’Olivier Bellamy sur Nicholas Angelich. C’est tout lui, c’est exactement l’homme, le musicien, que nous avons aimé, que nous aimons : Hommage à Nicholas Angelich
L’un des plus grands artistes hongrois de ces cinquante dernières années est mort en novembre 2016, à 64 ans. J’ai consacré alors au pianiste et chef d’orchestre Zoltan Kocsis un long article que je vous invite à relire : Zoltan le bienheureux.
J’y écrivais : « Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? ».
Cinq ans plus tard, un voeu largement partagé est exaucé :
Quel bonheur de retrouver ce piano charnu mais svelte, dense et clair, d’une technique transcendante jamais étalée, et même de faire dans ce coffret des découvertes, des disques sans doute mal ou peu distribués à l’époque de leur sortie !
Du connu et reconnu comme la référence moderne de l’oeuvre pianistique de Bartok, une très large anthologie Debussy qui dit tout de l’art poétique du pianiste hongrois.
De Chopin, seulement les 19 Valses, mais quel trésor !
Une référence depuis longtemps pour moi des concertos de Rachmaninov. Je me rappelle encore le choc ressenti, lors d’un Disques en Lice, à la découverte du 3ème concerto, cet allant, cet élan, cette lumière tant dans le jeu du soliste que dans la conduite de l’orchestre.
On aurait dû commencer par là, mais ce qui saute aux yeux dans ce coffret, c’est l’originalité du répertoire gravé (son choix ? celui de l’éditeur? probablement les deux) par le pianiste hongrois dans ses jeunes années. La signature d’un talent singulier. Bach mais par la face nord, l’austère Art de la fugue, Beethoven mais pas les habituelles dernières sonates, Grieg mais pas le concerto, et la référence pour l’unique sonate du compositeur norvégien, et quels bijoux que ces deux recueils de Pièces lyriques. Liszt et les ultimes Années de pélerinage, Wagner dans une passionnante confrontation entre les transcriptions de Liszt et les siennes propres.
Liszt toujours, et des concertos que je ne connaissais pas, enregistrés avec la complicité de son ami Ivan Fischer, avec qui, on l’oublie souvent, Zoltan Kocsis avait fondé l’orchestre du festival de Budapest. Ensemble aussi les concertos de Bartok et de Ravel.
Trois concertos de Mozart aussi (il y en eut beaucoup d’autres pour Hungaroton) comme on les aime, francs, fermes et lumineux.
Et puis ces variations, parfois déconcertantes, si libres et romantiques, sur « Ah vous dirai-je maman » d’Ernő Dohnányi, dont les deux complices font un feu d’artifice.
Last but not least quelle pure joie de retrouver les prises de son Philips des grandes années – un piano toujours superbement capté – !
Il n’y a pas de hasard, juste les coïncidences du cœur.
Je reçois ce matin ce beau coffret, commandé il y a plusieurs semaines :
Et c’est ce mercredi que Frédéric Lodéon fête ses 70 ans, que France Musique lui a consacré une journée spéciale.
À mon tour de souhaiter un joyeux anniversaire à l’ami Frédéric !
Et de nous réjouir de retrouver enfin rassemblés ces formidables enregistrements du jeune Lodéon. Je pensais les avoir tous, j’en découvre que j’ignorais.
Le moment n’est plus à regretter que Frédéric ait lâché trop tôt son violoncelle, il est resté le musicien enthousiaste, le passeur de musique qui a donné envie à des millions d’auditeurs de France Inter puis de France Musique et de téléspectateurs sur France 3 et lors des Victoires de la musique classique. Tous ceux-là vont pouvoir maintenant découvrir ou redécouvrir l’archet vibrant, la chaleur du violoncelle de Frédéric Lodéon, le plus souvent entouré de ses amis ! Quelle bande magnifique, la si regrettée Daria Hovora, Pierre Amoyal, Augustin Dumay, Jean-Philippe Collard…
Et cerise sur le gâteau : c’est Frédéric Lodéon lui-même qui signe le texte du livret à la première personne. C’est évidemment passionnant d’abord parce qu’il décrit les coulisses de cette série d’enregistrements, le choix des répertoires et des partenaires, il présente ainsi chaque disque – on l’imagine le faisant à la radio ! –
Détails du coffret :
Strauss, R: Cello Sonata in F major, Op. 6
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Prokofiev: Cello Sonata in C major, Op. 119
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Haydn: Cello Concerto No. 2 in D major, Hob. VIIb:2 (Op. 101)
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Haydn: Cello Concerto No. 1 in C major, Hob. VIIb:1
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Mendelssohn: Cello Sonata No. 1 in B flat major, Op. 45
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Mendelssohn: Cello Sonata No. 2 in D major, Op. 58
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Boccherini: Cello Concerto No. 9 in B flat major, G482
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Boccherini: Cello Concerto No. 10 in D major, G483
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Mendelssohn: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 49
Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
Mendelssohn: Piano Trio No. 2 in C minor, Op. 66
Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
Schumann: Fantasiestücke, Op. 73
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Adagio and Allegro in A flat major, Op. 70
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Stücke im Volkston (5), Op. 102
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Brahms: Clarinet Trio in A minor, Op. 114
Frédéric Lodéon (cello), Michel Portal (clarinet), Michel Dalberto (piano)
On est tombé sur cette « nécro » dans Le Point de cette semaine :
C’est là qu’on mesure les effets de la disparition de celui qui fut la plume musicale de l’hebdomadaire depuis 1976, le très regretté André Tubeuf. Mauvais copié-collé d’une dépêche d’agence, clichés en sus! Mais omettre le coeur de la vie et de la carrière de Bernard Haitink (1929-2021), l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam – il en fut le directeur musical durant 25 ans de 1964 à 1988 – il faut quand même le faire !
On a déjà cité dans l’article Bernard Haitink1929-2021 le beau coffret « symphonique » laissé par le chef hollandais avec « son’ orchestre :
des intégrales des symphonies de Beethoven, Bruckner, Mahler, Schumann, Tchaikovski, excusez du peu, et toujours avec un fabuleux orchestre capté par les ingénieurs du son de Philips dans la glorieuse acoustique de la « maison des concerts » (Concertgebouw) d’Amsterdam.
La radio néerlandaise a publié au fil des ans une série de coffrets de captations « live » de l’orchestre par décennie sous les baguettes les plus prestigieuses qui ont défilé à Amsterdam, ainsi que des anthologies avec leurs directeurs musicaux successifs.
A l’occasion du 125ème anniversaire de sa fondation, l’orchestre royal du Concertgebouw a regroupé ces parutions en deux forts coffrets d’un total de 152 CD, exclusivement constitués de prises de concert ! Voir les détails ici : Concertgebouw Amsterdam 125
C’est dans ces derniers que j’ai recherché des captations qui pouvaient restituer le plus fidèlement l’art de Bernard Haitink.
Tous les admirateurs de Mahler et de Haitink ont depuis longtemps thésaurisé en CD et en DVD ces concerts de Noël :
Il y a assez peu de documents vidéo disponibles des jeunes années de Bernard Haitink, mais dans cette Septième de Beethoven, le chef octogénaire en remontrerait à plus d’un jeune confrère !
Il y a des compositeurs, des oeuvres, que Bernard Haitink a enregistrés tout jeune, mais jamais repris par la suite, comme les 7ème et 8ème symphonies de Dvorak:
ou Haydn :
J’ai déjà évoqué le goût de Haitink pour la musique française. Il faut absolument écouter les Debussy et Ravel gravés à Amsterdam.
Je découvre cette vidéo de la Symphonie fantastique, émouvante bien sûr, parfaitement exécutée, orchestre admirable évidemment, mais il y manque ce grain de folie qui rend l’oeuvre irrésistible.
Je ne résiste pas au plaisir de montrer ce document, vu et revu si souvent, où un Artur Rubinstein de 86 ans joue aux côtés d’un chef tout juste quadragénaire, le concerto qu’il a le plus souvent joué dans sa carrière de concertiste. Histoire de rappeler aussi l’exceptionnel Brahmsien qu’était Haitink.
J’avais prévu ce matin de dire la joie que j’ai éprouvée hier à l’annonce de la nomination de Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique à Paris. Une autre annonce, cette nuit, m’oblige à reporter cet article. Bernard Haitink est mort à Londres, à 92 ans.
Dernier concert
Voici ce que j’écrivais le 18 novembre 2016 après le dernier concert que le chef hollandais avait dirigé à la tête de l’Orchestre National de France à l’auditorium de Radio France :
Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloriade Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.
L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.
En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouw, respect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viottiet Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu… »
J’étais allé saluer Bernard Haitink dans sa loge du Théâtre des Champs-Elysées en février 2015 lorsqu’il y avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner, toujours à la tête de l’Orchestre National. Je dois à l’honnêteté de dire que je n’avais pas été convaincu par cette lecture (en tout cas loin de ses réussites au disque), j’avais trouvé un monsieur modeste, timide presque, fatigué..
Un Pelléas inattendu
Les souvenirs se bousculent (lire : Bernard et Roméo, Concertgebouw 125, ), l’un me revient en particulier. En 1998, nous réfléchissions à organiser une série de concerts des formations de Radio France et d’émissions de France Musique autour de la figure et de l’oeuvre de Debussy. Le regretté Dominique Jameux avait été chargé de mettre en oeuvre cet ambitieux projet, au coeur duquel figurait évidemment l’unique opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande. Il avait pris contact avec plusieurs chefs (Boulez, Gielen) qui avaient décliné l’offre pour des raisons d’agenda. Lors d’une réunion, j’évoquai le nom de Bernard Haitink, dont j’admirais depuis longtemps les enregistrements de musique française avec le Concertgebouw. Interrogé, le chef répondit positivement et avec beaucoup d’enthousiasme, heureux de pouvoir enfin diriger un ouvrage qui le fascinait. Cela donnera, en 2000, une version de concert unanimement louée
et en 2007, toujours au Théâtre des Champs-Elysées, un Pelléas dans la mise en scène diversement appréciée de Jean-Louis Martinoty et sous la direction une fois de plus remarquée de Bernard Haitink (lire Pelléas à la peine / Le Monde).
Je reviendrai plus longuement sur la discographie, heureusement abondante, du chef disparu. On peut déjà se faire une vaste idée de l’art de Bernard Haitink avec ces deux coffrets :
C’était annoncé depuis l’été (lire Igor Markevitch et la zarzuela), attendu avec impatience. Deux coffrets reprenant les disques gravés par Igor Markevitch (1912-1983) pour Philips et pour Deutsche Grammophon.
C’est peu dire qu’on est comblé par le travail, une fois de plus remarquable, que le responsable de la collection Eloquence, Cyrus Meher-Homji a effectué d’abord pour rassembler l’intégralité des enregistrements réalisés par le chef d’origine russe pour le label hollandais Philips, et restaurer (« remasteriser » dit-on maintenant) les bandes d’origine, le plus spectaculaire étant la véritable résurrection des captations moscovites de 1962 (cf.ci-dessous)
Le « nettoyage » des bandes a aussi pour effet secondaire de rendre plus audibles les sonorités parfois crues de certaines phalanges – on a tant perdu l’habitude des saveurs parfois acidulées des bois français dans l’orchestre Lamoureux du début des années 60 ! – et, pour ce qui est des troupes espagnoles, chanteurs et orchestre, de défauts d’intonation et de justesse qui ne doivent pas cependant nous faire regretter de disposer enfin de ce patrimoine inattendu de la part de Markevitch.
CD 1 FRANZ JOSEPH HAYDN (1732–1809) 1–4 Symphony No. 103 in E flat major, H.I:103 ‘Drum Roll’* 5–8 Symphony No. 104 in D major, H.I:104 ‘London’* Orchestre des Concerts Lamoureux
CARL MARIA VON WEBER (1786–1826) 9 Preciosa – Overture, Op. 78, J.279 Orquesta Sinfónica de la RTV Española
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 2 WOLFGANG AMADEUS MOZART (1756–1791) 1–3 Piano Concerto No. 20 in D minor, KV 466 4–6 Piano Concerto No. 24 in C minor, KV 491 Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 3 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–4 Symphony No. 1 in C major, Op. 21* 5–8 Symphony No. 5 in C minor, Op. 67* 9–12 Symphony No. 8 in F major, Op. 93* Orchestre des Concerts Lamoureux *FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 4 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–4 Symphony No. 9 in D minor, Op. 125 ‘Choral’* Hilde Gueden, soprano Aafje Heynis, contralto Fritz Uhl, tenor Heinz Rehfuss, baritone Oratorienchor Karlsruhe Orchestre des Concerts Lamoureux
*FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 5 LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770–1827) 1–3 Piano Concerto No. 3 in C minor, Op. 37 FRÉDÉRIC CHOPIN (1810–1849) 4–6 Piano Concerto No. 2 in F minor, Op. 21 Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 6 ALBAN BERG (1885–1935) 1–2 Violin Concerto ‘To the Memory of an Angel’ Arthur Grumiaux, violin Concertgebouworkest
ZOLTÁN KODÁLY (1882–1967) 5 Psalmus Hungaricus, Op. 13 Irina Arkhipova, contralto (Alto Rhapsody) Róbert Ilosfalvy, tenor (Psalmus Hungaricus) Russian State Academy Choir USSR State Symphony Orchestra
CD 7 GEORGES BIZET (1838–1875) 1–5 Carmen – Suite No. 1 6–10 Carmen – Suite No. 2 11–14 L’Arlésienne – Suite No. 1 15–17 L’Arlésienne – Suite No. 2 Orchestre des Concerts Lamoureux
CD 8 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 1 in G minor, Op. 13, TH.24 ‘Winter Daydreams’ 5–8 Symphony No. 2 in C minor, Op. 17, TH.25 ‘Little Russian’ London Symphony Orchestra
CD 9 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–5 Symphony No. 3 in D major, Op. 29, TH.26 ‘Polish’ London Symphony Orchestra 6 Francesca da Rimini, Op. 32, TH.46 New Philharmonia Orchestra
CD 10 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 4 in F minor, Op. 36, TH.27 5 Hamlet, Op. 67 London Symphony Orchestra New Philharmonia Orchestra
CD 11 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 5 in E minor, Op. 64, TH.29 London Symphony Orchestra
CD 12 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Symphony No. 6 in B minor, Op. 74, TH.30 ‘Pathétique’ London Symphony Orchestra
CD 13 PYOTR ILYICH TCHAIKOVSKY (1840–1893) 1–4 Manfred Symphony, Op. 58, TH.28 London Symphony Orchestra
CD 14 NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908) 1–5 Capriccio Espagnol, Op. 34 6–9 Scheherazade, Op. 35 Erich Gruenberg, soloviolin London Symphony Orchestra
NIKOLAI RIMSKY-KORSAKOV (1844–1908) 2 Russian Easter Festival, Overture, Op. 36
ALEXANDER BORODIN (1833–1887) 3 Polovtsian Dances (from Prince Igor) Netherlands Radio Chorus (Borodin) Concertgebouworkest
CD 16 IGOR STRAVINSKY (1882–1971) 1–10 Apollon musagète (1947 version) 11–14 Suite No. 1 for Small Orchestra 15–18 Suite No. 2 for Small Orchestra 19–22 Four Norwegian Moods 23 Circus Polka for a Young Elephant London Symphony Orchestra
CD 17 IGOR STRAVINSKY (1882–1971) 1–24 L’Histoire du Soldat Jean Cocteau, Jean-Marie Fertey, Peter Ustinov, narrators Manoug Parikian, violin Joachim Gut, double bass Ulysse Delécluse, clarinet · Henri Helaerts, bassoon Maurice André, trumpet · Roland Schnorkh, trombone Charles Peschier, percussion
25–27 Symphonie de Psaumes Boys’ and Male Voices of the Russian State Academic Choir Russian State Academy Orchestra
CD 18 MODEST MUSSORGSKY (1839–1881) Orch. Markevitch 1 Cradle Song 2 The Magpie 3 Night 4 Where art thou, little star? 5 The Ragamuffin 6 On The Dnieper Galina Vishnevskaya, soprano
NIKOLAI TCHEREPNIN (1873–1945) 7–13 Tàti-Tàti* Olga Rostropovich, piano
LEOPOLD MOZART (1719–1787) 14–16 Toy Symphony (Cassation in G major for Orchestra and Toys)°
GEORGES BIZET (1838–1875) 17–21 Jeux d’enfants – Petite Suite, Op. 22° Children’s Ensemble of the Moscow School of Music (Toy Symphony) USSR State Symphony Orchestra
*FIRST CD RELEASE ON DECCA °FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 19 GIUSEPPE VERDI (1813–1901) 1 La forza del destino – Sinfonia 2 Macbeth – Ballet Music (Act III) 3 La traviata – Prelude (Act I) 4 Luisa Miller – Overture 5 Aida – Overture 6 Giovanna d’Arco – Overture 7 La traviata – Prelude (Act III) 8 I vespri siciliani – Overture New Philharmonia Orchestra
Messa da Requiem* beginning 9–10 Requiem et Kyrie
CD 20 GIUSEPPE VERDI (1813–1901) 1–19 Messa da Requiem* conclusion Galina Vishnevskaya, soprano Nina Isakova, mezzo-soprano Vladimir Ivanovsky, tenor Ivan Petrov, bass Russian State Academy Choir Moscow Philharmonic Orchestra
*FIRST STEREO CD RELEASE ON CD
CD 21 FEDERICO MOMPOU (1893–1987) 1–8 Los Improperios Peter Christoph Runge, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611) 9 Ave Maria 10 Vexilla regis Escolania de nuestra Señora del Buen Retiro César Sanchez, Maestro de la Escolanía Coro de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
PADRE JAIME FERRER (1762–1824) 11–16 Lamentación 1a Ángeles Chamorro, soprano Norma Lerer, contralto Julian Molina, tenor Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española
CD 22 TOMÁS LUIS DE VICTORIA (c. 1548–1611) 1–8 Magnificat primi toni Coro de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
ÓSCAR ESPLÁ Y TRIAY (1886–1976) 9–12 De Profundis Ángeles Chamorro, soprano Ines Rivadeneyra, mezzo-soprano Carlo del Monte, tenor Antonio Blancas, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
ERNESTO HALFFTER (1905–1989) 13 Canticum in P.P. Johannem XXIII*
IGNACIO RAMONEDA (1735–1781) 14 Veni Creator* Ángeles Chamorro, soprano Antonio Blancas, baritone Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
*FIRST CD RELEASE ON DECCA
CD 23 MANUEL DE FALLA (1876–1946) 1–7 Siete Canciones populares españolas* Orchestrated by Igor Markevitch
ISAAC ALBÉNIZ (1860–1909) 8 Catalonia°
ERNESTO HALFFTER (1905–1989) 9 Fanfare (a la memoria de Enrique Granados)*
ENRIQUE GRANADOS (1867–1916) 10 Spanish Dance, Op. 37 No. 9 ‘Romantica’° 11 Spanish Dance, Op. 37 No. 4 ‘Villanesca’° 12 Intermezzo (from Goyescas)° 13 Zapateado (from Six Pieces on Spanish Folksongs)° 14 Spanish Dance, Op. 37 No. 8 ‘Asturiana’° Ángeles Chamorro, soprano (Falla) Orquesta Sinfónica de la RTV Española
*FIRST CD RELEASE ON DECCA °FIRST INTERNATIONAL CD RELEASE ON DECCA
CD 24 MANUEL DE FALLA (1876–1946) 1–3 Noches en los jardines de España Clara Haskil, piano Orchestre des Concerts Lamoureux
4–16 El amor brujo
EMMANUEL CHABRIER (1841–1894) 17 España – rapsodie pour orchestre
MAURICE RAVEL (1875–1937) 18 Boléro Ines Rivadeneyra, contralto (El amor brujo) Orquesta Sinfónica de la RTV Española
CD 25 ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA* GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 1–3 La Tempranica (excerpts)
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 6 El baile de Luis Alonso: Intermedio
VICENTELLEÓ BALBASTRE (1870–1922) 7 La corte de Faraón: Son las mujeres de Babilonia – ¡Ay ba!
PABLOLUNA (1879–1942) 8–10 El Niño Judio (excerpts)
TOMÁSBRETÓN (1850–1923) 11–13 La Verbena de la Paloma (excerpts) Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto Angel Custodio, Gregorio Gil, Carlo del Monte, tenors Rafael Enderis, baritone Julio Catania, Jesus Coiras, José Granados, Antonio Lagar, José Le Matt, basses Coro y Orquesta Sinfónica de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
CD 26 MANUEL PENELLA (1880–1939) 1 El Gato Montés: Pasadoble
FRANCISCOALONSO (1887–1948) 2 La Calesera: Dice el Rey que le debe guardar
RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909) 3–4 La Revoltosa (excerpts)
FEDERICO CHUECA (1846–1908) 5 Agua, Azucarillos y Aguardiente: Vivimos en la Ronda de Embajadores
GERÓNIMO GIMÉNEZ (1854–1923) 6 La Tempranica: Zapateado 7 La boda de Luis Alonso: Intermedio
RUPERTO CHAPÍ Y LORENTE (1851–1909) 8 El tambor de Granaderos: Preludio
FRANCISCO ASENJOBARBIERI (1823–1894) 9–11 El barberillo de Lavapiés (excerpts)
RUPERTO CHAPI Y LORENTE (1851–1909) 12 El Rey que Rabio: Coro de doctores
MANUEL FERNANDEZ-CABALLERO (1835–1906) 14 Gigantes y Cabezudos: Jota Ángeles Chamorro, Alicia de la Victoria, sopranos · Norma Lerer, contralto Carlo del Monte, José Antonio Viñe, tenors · Antonio Lagar, bass Orquesta Sinfónica y Coros de la RTV Española Alberto Blancafort, chorus master
IGOR MARKEVITCH *FIRST COMPLETE RELEASE ON CD OF ‘ANTOLOGIA DE LA ZARZUELA’
STEREO RECORDINGS
On attend maintenant avec autant d’impatience le coffret Eloquence Deutsche Grammophon !
C’est ma cinquième venue à Bucarest (voir les images de ma précédente visite ici : Bucarest).
J’ai raconté les premiers voyages (dès 1973 !) dans Retour à Bucarest.
Mais c’est la première fois que j’assiste à ce qui est parfaitement exposé dans cette vidéo, le premier festival de musique classique d’Europe, le festival Enesco, du nom du plus célèbre compositeur/pianiste/violoniste roumain George Enescu (ou Georges Enesco comme on l’appelait à Paris)
C’est bien le directeur d’un festival qui rassemble, hors pandémie, plus de 100000 spectateurs chaque été, en plus de 150 concerts – l’auteur de ces lignes !- qui l’affirme : le Festival Enesco, qui fête ses 25 ans cette année sous la houlette de son infatigable directeur Mihai Constantinescu, n’a pas d’équivalent ni en Europe ni dans le monde. Les plus grands orchestres, solistes, chefs, s’y donnent rendez-vous en un tourbillon incessant de concerts.
En ce dimanche 12 septembre, pas moins de cinq propositions, trois à Bucarest, deux dans d’autres villes de Roumanie.
Les concerts du soir sont radiodiffusés, télévisés par la radio-télévision publique roumaine.. et disponibles gratuitement en streaming ! De ce point de vue là aussi, le Festival Enesco est unique !
Cela n’empêche pas le public de se presser en nombre au concert dans la gigantesque Sala Palatului, construite en 1960 et d’abord destinée aux grands congrès communistes. Un public de tous âges, qui s’habille encore, sans ostentation mais avec goût – pas de shorts, de baskets ou de sandales ici ! -, qui ne ménage pas ses applaudissements aux artistes qui le font vibrer.
Programme peu aventureux : Troisième concerto de Rachmaninov et Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel.
Mais de là où j’étais placé, j’ai enfin pu comprendre, voir, entendre, la complexité du piano de Rachmaninov… et le talent qu’il faut à l’interprète pour maîtriser une matière aussi dense et en tirer la substance poétique au-delà de la performance virtuose. C’est peu dire que Yefim Bronfman – dont je connaissais les Rachmaninov qu’ils a gravés avec Esa-Pekka Salonen – y parvient, sans aucun sentimentalisme ni esbroufe tapageuse.
Ce n’est pas non plus un hasard si on entend aussi bien l’orchestre de Rachmaninov et l’osmose entre chef et soliste, Lahav Shani est aussi pianiste ! Les deux en feront la démonstration après que Bronfman, ovationné, nous aura donné un nocturne de Chopin en bis, d’une simplicité, d’une pureté de ligne (qui font penser à Rachmaninov jouant Chopin), en jouant à quatre mains une joyeuse Danse hongroise n°5 de Brahms.
Ce soir c’est l’enfant du pays qui joue à domicile : Cristian Măcelaru dirige l’Orchestre national de France, avec en soliste Maxime Vengerov (que je n’ai plus entendu depuis des lustres).
Banalité que de rappeler que nous, les gens de plus de 30 ans, nous souvenons exactement de ce que nous faisions, le 11 septembre 2001, lorsque les tours jumelles du World Trade Center de New York ont été attaquées.
J’ai déjà raconté ce souvenir très précis (11 septembre) :
« C’était un mardi. Depuis la veille Louis Langréerépétait le programme qui devait inaugurer sa première saison comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège (qui ne deviendra « royal » qu’en 2010). Un programme emblématiquement français qui comportait en son coeur le Poème de l’amour et de la merde Chausson. Chanté par une artiste de 22 ans, la merveilleuse Alexia Cousin.
Vers 15h 15, le comptable de l’Orchestre lance dans le couloir du 5ème étage de la Salle Philharmonique, où nous avions nos bureaux : « Il se passe quelque chose de bizarre sur mon écran, il y a eu un accident d’avion à New York ! » J’allume le téléviseur de mon bureau, et quelques instants plus tard je vois le deuxième avion percuter la deuxième tour. Plus aucun doute n’est permis, il ne s’agit plus d’ »accidents ».
J’ai promis au délégué artistique de l’orchestre, Stéphane Dado, qui est hospitalisé pour quelques jours à l’hôpital de la Citadelle de Liège de lui apporter des documents et de passer le voir – il enrage de ne pouvoir être à son poste la semaine où Louis Langrée entame son mandat ! Je prends ma voiture, me branche sur une des chaînes de la RTBF qui commente l’actualité américaine, j’entends qu’un autre avion s’est écrasé sur le Pentagone. Affolant ! François Bayrou déclare qu’on est vraisemblablement entré dans une nouvelle guerre mondiale, nul ne sait si d’autres attaques ne vont pas s’abattre sur les grandes capitales du monde.
Je sors hagard de ma voiture sur le parking de la Citadelle, je rejoins Stéphane dans sa chambre. Il n’est pas encore au courant, au moment où je branche son petit appareil de télévision, il reçoit un appel de son compagnon qui est alors le porte-parole du Premier ministre belge, en déplacement ce jour-là en Ukraine, à Yalta !! Toutes les capitales essaient de comprendre, de parer aussi à d’autres attaques du même type. Le chef du gouvernement de Belgique décide de rentrer immédiatement en Belgique, son porte-parole se veut rassurant.
Je rentre ensuite à l’orchestre, toujours aussi sonné. J’appelle mes enfants à Paris. Puis je descends dans la loge du chef. La répétition est terminée depuis un bon moment, mais Louis Langrée travaille encore avec Alexia Cousin. L’un et l’autre n’ont évidemment rien suivi de la tragique actualité de l’après-midi, et c’est moi qui relate les événements à Louis Langrée. Il passera la nuit suivante essayant d’avoir des nouvelles d’un ami, son ancien agent, qui devait s’installer dans ses nouveaux bureaux à proximité des tours, accroché aux images qui tournent en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Moi aussi.
Le lendemain, il faut prendre une décision quant au sort des trois concerts prévus, le 13 à Bruxelles, le 14 et le 15 à Liège. Annuler ? modifier ? Finalement nous décidons de maintenir et de ne rien changer à un programme qui est parfaitement compatible avec l’atmosphère de recueillement et de compassion qui s’imposera à tous. Le public bruxellois est clairsemé, celui de Liège plus dense.
Louis Langrée a, à chaque fois, les mots justes. Il a été frappé par l’attitude des Américains qui, le soir du 11 septembre, se sont spontanément rassemblés sur toutes les places, dans toutes les villes des Etats-Unis, pour chanter ensemble leur émotion, leur douleur, leur refus de la terreur aveugle. Oui, la musique comme réponse à l’horreur, comme partage de la solidarité avec les victimes, les familles et tout un peuple.«
La suite, c’est dans Le Monde daté du 18 septembre 2001, qu’on a pu la lire. Renaud Machart qui m’avait annoncé sa venue l’a maintenue et ce premier concert, répété dans d’aussi terribles conditions, aura un large écho dans le quotidien français :
Louis Langrée sur l’Orchestre philharmonique de Liège :
« Lors d’un de nos premiers concerts, nous avons donné une formidable Onzième symphonie de Chostakovitch. Je crois que cela restera une expérience mémorable pour eux comme pour moi. J’ai trouvé d’excellents musiciens désireux de progresser ensemble. Il y a certes du travail à effectuer, notamment par pupitres séparés, un répertoire nouveau mais basique à installer. Les cordes jouent avec une pâte et un engagement rares. Nous avons quelques merveilleux solistes, comme notre nouvelle flûte solo, et d’autres postes vont être progressivement renouvelés. L’OPL progressera en alternant des programmes avec des œuvres difficiles, comme Pelléas et Mélisande, de Schoenberg, et des pièces que la formation joue naturellement et depuis longtemps. Il faut aussi retravailler le répertoire classique, hygiène de tout orchestre. En tout cas, nous sommes déjà heureux de notre premier disque, en compagnie de la violoncelliste Anne Gastinel, dans le Concerto de Schumann. Il sort dans quelques semaines chez Naïve. J’en suis, nous en sommes fiers. » (Renaud Machart, Le Monde, 18 septembre 2001)
Une Shéhérazade de rêve :
Après l’avoir entendu à la tête de l’Orchestre philharmonique de Liège, dans ce programme exigeant, le premier de sa première saison en tant que directeur musical, on est à présent certain de tenir là un chef de premier plan, capable de tenir ses troupes, de les faire travailler avec une précision résolue (à l’occasion d’un reportage, nous avons pu l’entendre répéter minutieusement la difficultueuse Barque sur l’océan, de Maurice Ravel) et, parvenu au concert, leur lâcher la bride pour qu’elles retrouvent le plaisir de jouer, de donner, de se donner…/…
Moment d’une rare beauté que cette Shéhérazade de Ravel, où les tréfonds sourdement érotiques de l’oeuvre prenaient des couleurs orchestrales d’une beauté mystérieuse, tandis qu’Alexia Cousin, stupéfiante de maturité et de naturel, en distillait le message poétique. On connaissait les aigus de stentor de la jeune cantatrice d’à peine vingt-deux ans, fameuse pour ses incarnations de rôles lourds ; on a découvert son beau médium, sa diction soigneuse, son intonation impeccable, sa belle musicalité« . (Renaud Machart, Le Monde, 18 septembre 2001)
Retour à New York
Dans mon souvenir, New York est presque toujours lié à la musique. La première fois que je découvris – pour l’aimer à tout jamais – cette ville-monde, c’était en 1989 à l’occasion d’une tournée de l’Orchestre de la Suisse romande (lire Julia Varady #80). Un matin j’avais décidé d’aller visiter les fameuses tours jumelles, qui, sur un plan, me paraissaient assez proches de l’hôtel, j’en fus quitte pour 7 km à pied ! et du haut de la tour qui se visitait une fabuleuse vision de la « grosse pomme ».
Et en 2003 – moins de deux ans après le 11-Septembre – Louis Langrée inaugurant cette fois son mandat de directeur musical du Mostly Mozart Festival de New York
D’autres séjours suivirent, liés à ce festival ou à d’autres événements musicaux. Le dernier en novembre 2017, voir toutes les images ici : Back in New York. En particulier le mémorial du 11 septembre et la nouvelle et unique tour du World Trade Center :
Les quelques jours qui précèdent l’ouverture d’un festival – en l’occurence le Festival Radio France Occitanie Montpellier – constituent un mélange parfois (d)étonnant d’excitation, d’énervement – les retards, les ratés, les urgences – d’enthousiasme… et de sérénité.
J’ai bien aimé cette une de l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier. La photo est celle de Philip Venables, l’iconoclaste auteur de l’opéra Denis et Katya, donné en français et en création européenne les 26, 28 et 29 juillet.
Franck et Chamayou
Belle double page avec les coups de coeur de la rédaction pour huit artistes invités du festival, avec une jolie coquille pour Bertrand Chamayou qui est annoncé comme « jouant la symphonie Urbs Roma de Saint-Saëns »… L’ouvrage est bien au programme du concert du 20 juillet – l’Orchestre national de France et son chef Cristan Macelaru en seront les interprètes – et Bertrand jouera bien deux oeuvres concertantes pour piano et orchestre, dont les titres peuvent égarer un journaliste non familier de la musique classique : les Variations…symphoniques (!) et Les Djinns de César Franck.
Alexandre Tharaud
Il y a deux jours, j’avalais une salade dans un sympathique bistrot proche de la place de la Comédie à Montpellier. Un homme, mince et jeune d’allure, déjeunait à la table d’à côté, je lui trouvais un air de ressemblance avec Alexandre Tharaud, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était bien lui. Longue conversation sur la crise sanitaire. Et lui de se/nous rappeler notre première rencontre, en 1991, dans le cadre de la fondation Juventus dans les Salines royales d’Arc-et-Senans : il avait joué sa propre transcription de La Valse de Ravel ! Depuis, il a fait la carrière que l’on sait, et il se produit ce week-end dans un concert bien à son image, singulier, original, avec Angélique Kidjo : voir Les Mots d’amour
14 juillet
On y est arrivé ! Montpellier va fêter en grand le 14 juillet, et le Festival y sera pour quelque chose. Mais c’est typiquement le genre de projet compliqué à monter en temps d’incertitude sanitaire, les lieux, les horaires, les configurations ont dû évoluer au fil des semaines et de ces tout derniers jours.
Philippe Jordan dirigeait hier soir, à l’Opéra Bastille, le dernier concert de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Paris, fonction qu’il exerçait depuis 2009.
Ce fut une soirée exceptionnelle à plus d’un titre.
D’abord pour des raisons personnelles. Je connais Philippe depuis ses 14 ans, quand il était venu assister à une répétition de son père, Armin, avec l’Orchestre de la Suisse romande à Genève. Grand adolescent timide. Quelques années après, son père me parle de l’été qu’il va passer à Aix-en-Provence (un Mozart je crois), et me rapporte ce dialogue avec son fils : « Que fais-tu cet été? – Je serai à Aix – Comment ça à Aix ? – Oui je serai chef de chant assistant pour Le Chevalier à la rose dirigé par Jeffrey Tate… » Armin de m’avouer bien sûr sa surprise – son fils ne lui avait rien dit – et sa fierté, Philippe avait tout juste 19 ans !.
Sitôt nommé à Liège, je vais inviter plusieurs jeunes chefs au début de leur carrière. Comme Philippe Jordan, 29 ans, en 2003. Et dejà une personnalité affirmée, un programme original : la sérénade pour vents K. 488 de Mozart, la sérénade pour ténor et cor de Britten (avec le ténor anglais Patrick Raftery et l’un des cors solo de l’OPRL, Nico de Marchi), et la Troisième symphonie de Schumann.
La carrière de Philippe Jordan va ensuite se développer à un tel rythme que je ne parviendrai plus à le réinviter à Liège.
L’autre raison personnelle tient au choix de la deuxième partie de ce concert exceptionnel : l’acte III de Parsifal de Wagner. J’ai un souvenir réellement inoubliable du Parsifal qu’y avait dirigé Armin Jordan en 1997 (dans une mise en scène de Graham Vick).
Les autres raisons de partager ce concert exceptionnel tiennent, bien entendu, au formidable engagement qui a été celui de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris. Le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, dans un discours qui aurait gagné à plus de spontanéité, Emilie Belaud* au nom de ses collègues musiciens, avec des mots justes et sincères, ont rappelé tout ce que le chef suisse, aujourd’hui « patron » de l’opéra de Vienne, a apporté à l’Opéra de Paris. Bilan impressionnant : 40 ouvrages différents – lyriques et symphoniques – dirigés en 12 ans, des formations musicales qui ont encore gagné en qualité, en homogénéité, une osmose évidente entre chef et musiciens.
Je suis malheureusement loin d’avoir pu suivre toute cette aventure parisienne. De ces dernières années, me reviennent les souvenirs du Prince Igor, d’un Don Carlos, de Benvenuto Cellini des Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie de Paris, de symphonies de Beethoven, pas les Wagner, ni Tétralogie, ni Tristan, à grand regret.
Mais il reste bien des témoignages filmés et enregistrés de ce mandat extraordinaire (voir plus bas)
Liszt et Parsifal
Pour cette soirée, non pas d’adieu, mais d’au-revoir (si l’on en croit les propos d’Alexander Neef et de Philippe Jordan lui-même), le chef avait choisi deux oeuvres emblématiques, qui lui permettait de faire jouer l’ensemble des musiciens de l’Opéra, les deux formations symphoniques, et un choeur d’hommes nécessairement restreint pour cause de Covid-19.
La Faust Symphonie est principalement écrite à Weimar au cours de l’été 1854. Encouragé par l’honneur que lui fit Berlioz en lui dédicaçant La Damnation de Faust, Liszt, termine la partition de la Faust-Symphonie, en trois mouvements (Faust, Marguerite, Méphistophéles) en octobre 1854. Elle compte trois cents pages !
La version originale n’utilise que des vents, des cors et des cordes. Liszt révise sa partition en 1860 en adjoignant à la fin un Chorus Mysticus, dans lequel des extraits du Second Faust sont chantés par un chœur d’hommes et un ténor solo.
J’ai fait le compte dans ma discothèque, une douzaine de versions, et pas par de petites pointures.
D’où vient qu’hier soir, j’ai trouvé l’oeuvre longue, vraiment longue, et pas vraiment passionnante, malgré l’engagement du chef, les formidables qualités de l’orchestre et de ses solistes ?
Parsifal acte III
La seconde partie du concert ne va pas nous lâcher une seconde et va aviver encore les regrets de n’avoir pas entendu Philippe Jordan dans les Wagner qu’il a dirigés ici. Mention pour la très brève intervention d’Ève-Maud Hubeaux – qu’on avait laissée en Dame Ragonde dans le Comte Ory dirigé par Louis Langrée à l’Opéra Comique – et pour les formidables René Pape (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal) et le sublime Peter Mattei (Amfortas)
S’en est suivie une bonne demie heure d’applaudissements, de standing ovation, comme on ne se rappelle pas en avoir jamais connue à Paris. Mais le public comme les musiciens auraient pu chanter à l’adresse de Philippe Jordan : « Ce n’est qu’un au revoir… »!
Le legs de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris
*Emilie Belaud a été quelques (très belles) années premier violon solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avant de rejoindre les rangs de l’orchestre de l’Opéra de Paris