La mort de JFK, Orlando au musée

Retour sur ce jeudi 23 janvier (lire brevesdeblog)

Le JFK français

J’ai quelquefois brièvement approché et salué Jean-François Kahn, disparu hier. La dernière fois c’était pour célébrer les 25 ans de l’émission de Benoît Duteurtre Etonnez-moi Benoît à Radio France. Je l’avais trouvé physiquement fatigué, mais dès qu’un micro s’ouvrait, le visage, la parole s’animaient comme je les avais toujours connues.

Dans tous les articles qu’on lui a consacrés, on évoque sa passion pour la chanson française, mais JFK avait une connaissance encyclopédique de la musique, et pas seulement de la chanson.

Réécouter absolument cette émission de France Musique du 19 juin 2021 : Jean-François Kahn et Benoît Duteurtre

On veut imaginer que ces deux-là qui s’aimaient se retrouvent maintenant là où ils sont pour poursuivre une complicité que la mort ne peut éteindre.

L’un des très beaux hommages rendus à notre JFK français, est de la plume de l’ami Joseph Macé-Scaron

« Généreux dans tous les domaines, il ne se contentait pas de prodiguer des conseils. D’ailleurs, l’âge venant, il aimait répéter la phrase de Vauvenargues : «Les conseils de la vieillesse éclairent sans réchauffer comme le soleil d’hiver». Il aura influencé tant de journalistes qu’il est impossible de tous les citer (Franz-Olivier Giesbert, Éric Zemmour, Laurent Joffrin, Elisabeth Lévy, Natacha Polony…). Avec bon nombre d’entre eux, il se sera fâché, puis réconcilié, avant de s’engueuler à nouveau. Encore et toujours frotter sa cervelle à celle des autres, sa passion constante« 

J’ai beaucoup lu les essais de Jean-François Kahn, j’ai lu et me suis même abonné à L’événement du jeudi, puis à Marianne, lorsqu’il en était le directeur. Le premier a disparu, le second a mal tourné.

Dois-je verser dans une pré-nostalgie ? Ceux qui comme moi pleurent aujourd’hui Jean-François Kahn ont naguère pleuré celle de Jean-François Revel, et doivent bien constater que lorsque les octogénaires Philippe Labro, Alain Duhamel, Catherine Nay ou Michèle Cotta, et le guère plus jeune Franz-Olivier Giesbert auront disparu (et comme le disait le général de Gaulle lors de l’une de ses célèbres conférences de presse « ça ne manquera pas d’arriver » !), notre paysage culturel, intellectuel, et journalistique, sera bien dépeuplé.

Les nus de Suzanne

J’ai eu la chance de visiter l’exposition que propose le Centre Pompidou, l’une des dernières avant sa fermeture pour (longs) travaux en septembre), autour de la figure de Suzanne Valadon (1865-1938). Je dois bien avouer que l’artiste ne m’avait intéressé qu’occasionnellement et que je n’y avais porté qu’une attention distraite à l’occasion de mes visites de musée. La rétrospective qui est proposée à Beaubourg a, sinon changé ma perception de son oeuvre, du moins actualisé ma connaissance d’une personnalité finalement assez singulière.

Suzanne Valadon : La chambre bleue (1923)

Valadon : Autoportrait

Suzanne Valadon consacré plusieurs toiles à sa famille, sa mère, mais aussi son amant André Uttar, son fils Maurice Utrillo (1883-1955)

Deux toiles à consonance musicale, dont le célèbre portrait d’Erik Satie (1893), avec qui Valadon entretint une brève et tumultueuse liaison, qui laissa le compositeur dévasté et lui fit écrire ses extraordinaires Vexations… qui furent l’une des attractions du festival Radio France en 1995, comme le relate un article du New York Times (on trouve vraiment de tout sur la Toile !)

Suzanne Valadon doit aussi sa réputation et son originalité au nombre de nus féminins qu’elle a peints, des nus éloignés de toute préoccupation esthétique, qui parfois se rapprochent de ceux de Degas ou Toulouse-Lautrec. Seule exception, dans cette exposition, à la profusion de nudité féminine, cette grande toile qui représente le même personnage, en l’occurrence le compagnon de Valadon, André Utter, dans trois postures différentes. On nous dit que la peintre, craignant d’être refusée à un salon, a pudiquement masqué le sexe de son amant derrière le filet de pêche !

Un opéra au musée

Après le Centre Pompidou, direction le Châtelet pour la première d’Orlando de Haendel, dirigée par Christophe Rousset à la tête de ses Talens lyriques, dans une mise en scène de Jeanne Desoubeaux.

À lire ma critique sur Bachtrack : Orlando passe la nuit au musée au Châtelet

Anniversaires

On m’a toujours appris que les anniversaires se fêtent le jour même, ni avant (ça porte malheur) ni après (c’est impoli), mais pour les grandes institutions la règle ne vaut pas ou plus. Le dixième anniversaire de leur inauguration c’était huit jours avant pour l’auditorium de Radio France, et pendant toute une semaine et un long week-end-end pour la Philharmonie de Paris

Sir Simon #70

Avec quelques heures de retard, je souhaite à mon tour un bon anniversaire à Simon Rattle, 70 ans ce 19 janvier, dont 50 ans d’une carrière qui donne le tournis, et dont on ne parvient pas toujours à distinguer les lignes de force. Eclectisme assurément, références plutôt rares dans une abondante discographie à Birmingham comme à Berlin

Il peut encore nous surprendre à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise dont il est le directeur musical depuis 2023 (lire Une suffocante Sixième de Mahler)

Le Russe oublié : Reinhold Glière

Selon le calendrier grégorien, il est né il y a 150 ans, le 11 janvier 1875, mort en 1956. Reinhold Glière est un compositeur indéniablement russe, pas très facile à classer. Il est d’ailleurs rarement cité, pas beaucoup plus d’ailleurs que son presque contemporain Glaznounov. Pourtant la flamboyance de son écriture post-romantique lui a valu l’attention de plusieurs grands chefs : Ormandy, Stokowski ont laissé de magnifiques versions de sa 3e symphonie qui évoque la légende du guerrier Ilya Muromets au service du grand prince de Kiev, Vladimir, au Xe siècle

J’avais programmé au festival Radio France 2017 le très rarement donné Concerto pour colorature avec Alina Shagimuratova (lire le papier de Forumopera)

Messages perso

Il y a vingt ans, ses parents, son frère et sa grand-mère n’étaient pas peu fiers de se mêler à la foule qui se pressait dans l’une des salles du Palais de Justice de Paris pour la prestation de serment de toute une promotion de jeunes avocats. Fierté du brillant avocat qu’il est devenu, et de l’éthique qu’il promeut (Lire privé/public).

Ce 20 janvier est aussi l’anniversaire de Sabine B. à qui me lient tant de souvenirs de mes années liégeoises et une indéfectible affection.

Pourquoi la Neuvième ?

Je n’ai pas eu, retrouvé, d’explication convaincante au pullulement de Neuvièmes de Beethoven en ce début d’année… Traditions nordique ? germanique ? japonaise ? Un anniversaire ? pas celui de l’oeuvre en tout cas, créée le 7 mai 1824 !

Le fait est que le Finnois Mikko Franck a introduit cette supposée tradition à Radio France en 2018, en faisant jouer chaque début janvier par l’Orchestre philharmonique de Radio France. Et c’est un autre Finlandais, le tout jeune Tarmo Peltokoski, à l’aube de son mandat à la tête de l’Orchestre du Capitole de Toulouse, qui vient de faire de même.

Les résultats cette année sont tout sauf probants. Qu’on en juge :

– ma propre critique pour Bachtrack : La Neuvième sans joie de Jaap von Zweden au Philhar’

– celle d’Erwan Gentric pour Diapason du même concert : Une symphonie n° 9 de Beethoven taillée à coups de serpe.

– pour Bachtrack toujours, la critique de Thibault d’Hauthuille du concert de Toulouse : La joie forcée de Tarmo Peltokoski.

Pas brillant tout ça !

Pour me rassurer, j’ai relu le papier que j’avais écrit à la fin du marathon Beethoven qu’avait dirigé Dinis Sousa à la Philharmonie de Paris en mai dernier : Le triomphe de la fraternité.

Extr. finale 9e symphonie Beethoven / Dinis Sousa dir. Monteverdi Choir & Orchestra

Quelques Neuvièmes inattendues

Ces déceptions de début d’année m’ont donné envie de fouiller dans ma discothèque non pas en quête de versions dites « de référence » connues et reconnues, mais de raretés ou du moins de chefs qu’on ne cite pas souvent – à tort – comme « beethovéniens »

Arvid Jansons / Berlin 1973

Dans la famille Jansons, il y a d’abord eu le père Arvid (1914-1984) et ce disque est – comme par hasard ! – le « live » d’un concert du 31 décembre 1973 !

Erich Leinsdorf / Boston et Berlin

On a trop négligé Erich Leinsdorf (1912-1993), né Viennois, mort Américain. Il a fait une somptueuse intégrale à Boston

Et j’ai ce « live » du 18 septembre 1978 capté à Berlin.

Rafael Kubelik / Munich 1982

La grandeur, le souffle… Magnifique Rafael Kubelik avec son Orchestre de la radio bavaroise !

Yehudi Menuhin / Strasbourg juin 1994

J’ai consacré tout un article à Yehudi Menuhin (1916-1999) … chef d’orchestre. On a beaucoup célébré le violoniste, à l’occasion du centenaire de sa naissance, et complètement oublié l’excellent chef qu’il a été. Ses symphonies de Beethoven mériteraient amplement une réédition.

Leopold Stokowski / Londres 1967

Eh oui Stokowski était aussi un immense beethovénien…

Chacun des « live » de ce coffret est prodigieux.

Kurt Sanderling / Berlin 1987

J’ai eu la chance d’entendre Kurt Sanderling (1912-2011) diriger l’Orchestre de la Suisse Romande à la fin des années 80 à Genève dans deux Neuvièmes : celle de Mahler, puis celle de Beethoven.

J’ai toujours aussi gardé en mémoire la façon extraordinaire qu’il avait de doser les interventions des différents pupitres de l’orchestre pour que la ligne mélodique soit toujours nettement dessinée. C’est un des problèmes auxquels les chefs se trouvent confrontés notamment dans le 1er mouvement de la 9e symphonie (et c’est tout ce que n’a pas fait Jaap van Zweden samedi dernier à Radio France).

Michael Tilson Thomas / Londres 1987

L’intégrale « allégée » des symphonies de Beethoven qu’avait gravée Michael Tilson Thomas à Londres en 1986 avec l’English Chamber Orchestra avait été accueillie au mieux avec une certaine curiosité, le plus souvent avec une condescendance certaine par une critique prompte à ranger les gens dans des cases. MTT dans Beethoven quelle idée ! Encore un préjugé à bannir (MTT Le chef sans âge)

Je ne peux refermer cet article qui évoque l’Ode à la joie et à la fraternité de Beethoven/Schiller sans rappeler les tragiques événements d’il y a dix ans, que j’ai vécus de si près : Le silence des larmes

Les anniversaires 2025 (I) : Johann Strauss

Franchement on se demande bien ce qui a poussé l’Orchestre philharmonique de Vienne à choisir Riccardo Muti pour diriger le concert du Nouvel an 2025 et célébrer le bicentenaire de la naissance du plus célèbre Strauss de la famille, Johann, né le 25 octobre 1825 et mort le 3 juin 1899 à Vienne. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu et entendu depuis longtemps un concert aussi soporifique, ennuyeux, et pour tout dire complètement hors sujet.

Déjà il y a quatre ans j’écrivais : « En regardant le concert de Nouvel an hier, en direct de la salle dorée du Musikverein de Vienne, vide de tout public, j’avais la confirmation d’un phénomène si souvent observé : le fringant Riccardo Muti qui dirigeait son premier concert de l’An en 1993 a laissé la place à un bientôt octogénaire (le 28 juillet prochain) qui empèse, alentit, la moindre polka, wagnérise les ouvertures de Suppé, et surcharge d’intentions, de rubato, les grandes valses dJohann Strauss. » (2 janvier 2021)

Même dans le célébrissime Beau Danube, on a envie de lui dire : « Laisse aller c’est une valse » !

Je suis sévère ? alors, juste pour mémoire, l’ouverture du Baron Tzigane qui était au programme ce 1er janvier, et le 1er janvier 1992 sous la baguette de Carlos Kleiber !

Pourquoi n’avoir pas invité dès cette année Yannick Nezet-Seguin annoncé le 1er janvier 2026 ? Il aurait au moins donné un coup de jeune à cette institution.

On aura au moins eu le plaisir d’entendre l’excellent François-Xavier Szymczak commenter pour France Musique et pour France 2 ce concert de Nouvel an, avec une pensée pour Benoît Duteurtre qui officiait à cette place. On a même aperçu FX dans l’espèce de documentaire/reportage que Stéphane Bern nous sert chaque année sur un mode plus décontracté, moins pompeux qu’à l’ordinaire : on aurait bien prolongé la halte que les deux ont faite dans la maison de Johann Strauss et le musée consacré à la famille (Documentaire à revoir sur France.TV)

On peut, on doit même, aussi lire le numéro double de Classica.

J’ai si souvent lu des platitudes, des approximations, y compris dans des ouvrages prétendument sérieux, sur la famille Strauss, que je dois saluer la qualité des dossiers consacrés à Johann (noter en passant la qualité de sa fiche Wikipedia). Je ne suis pas d’accord avec toutes les préconisations discographiques. J’ai déjà eu ici (Les perles du 1er janvier) et j »aurai encore bien des occasions cette année de célébrer Johann Strauss le fils.

Juste pour se rappeler un chef – Georges Prêtre – qui, à 86 ans, dirigeait sans partition et avec une gaîté contagieuse, en l’occurrence une polka rapide de Johann Strauss le père : le Carnaval à Paris

Paris n’a jamais su ou voulu célébrer ses musiciens : à l’exception de l’avenue Mozart dans le 16e arrondissement, on cherchera en vain les places, les avenues Vivaldi, Beethoven ou même Lully, Rameau ou Ravel… Il y a quelques années, je suis passé par hasard sur la place Johann Strauss… Pas sûr que beaucoup de Parisiens sachent où elle se trouve !

Et puis on pourra surtout réécouter sur France Musique le concert plus viennois que nature qu’ont donné lundi et mardi l’Orchestre national de France et l’ensemble Janoska, et lire la critique que j’en ai faite pour Bachtrack : Le Nouvel An viennois de l’Orchestre national.

Notre-Dame : cherchez le programme !

Le 15 avril 2019 je racontais ici Ma Notre-Dame, l’épreuve, l’horreur, les souvenirs d’une cathédrale en flammes.

Ce week-end je ne pouvais pas, je ne voulais pas manquer sa réouverture. Au terme de ces festivités, le bilan est mitigé pour user d’un euphémisme.

Félicitations

Commençons par les félicitations. Je suis un lève-tôt et un fidèle de Télématin sur France 2 depuis des années. Des présentateurs, des chroniqueurs, compétents, sympathiques, parfaitement intégrés à une formule qui a fait ses preuves, et surtout, surtout, grâce sans doute à la brièveté des journaux qui rythment l’émission toutes les demi-heures, quasiment pas de ces micro-trottoirs ridicules qui ont envahi les JT de 13h ou 20 h (je n’ai pas compté le nombre de fois où le mot « émotion » a été prononcé ce week-end !).

Samedi et dimanche les équipes de Télématin étaient devant Notre-Dame, avec des invités, des reportages, des « sujets » tous remarquables sans exception. Factuels, informatifs (qui savait ce qu’était un taillandier ? l’origine du nom du personnage de Victor Hugo Quasimodo ? même moi qui fus enfant un pratiquant assidu, je ne me rappelais plus qu’il s’agissait du dimanche qui suit Pâques). Bref un modèle de « matinale » informative et divertissante.

Ratage international

On ne doute pas que la diffusion des différentes cérémonies et messes du week-end a représenté pour France Télévisions un effort sans précédent. C’était une occasion exceptionnelle de montrer au monde le savoir-faire du service public.

Occasion ratée malheureusement. Tout le monde se souvient des grandes cérémonies qui rythment la monarchie britannique, pour ne prendre que les plus récentes les obsèques de la reine Elisabeth ou le couronnement de Charles III : la musique y tient une place considérable (voir La Playlist de Charles III). A tout moment, pour qui suit la cérémonie à la télévision, la BBC donne de l’information sur ce qui se passe, met les titres des morceaux joués, donne le nom des interprètes. Là RIEN, pas la moindre indication, tant pendant la cérémonie de réouverture que pendant les messes de dimanche, RIEN. Même quand retentit l’Alleluia du Messie de Haendel par le choeur et la maîtrise de Notre Dame, RIEN !

J’exagère ? Il n’est que de regarder la cérémonie inaugurale sur une chaîne comme NBC…

Ce n’est pas comme si ces cérémonies avaient été décidées au dernier moment, comme si leur déroulé avait été ignoré des équipes de télévision.

Certes il ne manquait pas de commentateurs pour citer les personnalités politiques, ou ressasser à l’envi l’histoire de cette résurrection. Il y avait naguère un excellent journaliste, très versé dans la chose liturgique, Philippe Harrouard, personne pour le remplacer ?

L’orgue de Notre-Dame était heureusement à la fête ! Oui mais qui a parlé des quatre organistes qui se sont succédé à la tribune ? on n’a aperçu que leur crâne. Jamais un mot sur ce qu’ils faisaient, jouaient, créaient. Les téléspectateurs ont pu être désarçonnés de n’entendre aucune pièce d’orgue connue, et on a vu nombre de commentaires désobligeants.. et compréhensibles puisque personne n’a eu droit à la moindre explication…

Franchement lamentable !

Le concert inutile

Je préfère ne pas savoir qui a fait le programme du « grand concert », ni qui en a choisi les interprètes… mais je n’ai malheureusement pas été surpris.

Je connais les équipes de production et de réalisation de ce genre d’événements – ce sont les mêmes qui font le concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel

Le 14 juillet 2014 : seule la Maire de Paris Anne Hidalgo est encore en fonctions ! De gauche à droite : Anne Hidalgo, Bruno Julliard, François Hollande, JPR, Manuel Valls (Photo Présidence de la République)

Il se trouve que Radio France est très engagée dans ce type de concerts : moyens techniques, forces musicales. Mais tout récemment nommé directeur de la Musique j’avais découvert, il y a dix ans, que nous n’avions pas eu notre mot à dire sur le programme, le choix des interprètes, accessoirement le montant des cachets versés aux artistes… Sans parler de certaines pratiques dénoncées un an plus tôt par le Canard enchaîné.

Pour la préparation du concert du 14 juillet 2015 je comptais bien remettre les choses en ordre, et reprendre la main sur la conception, la programmation et l’organisation d’une soirée qui serait dirigée par Daniele Gatti, avec l’Orchestre national de France, le choeur et la maîtrise de Radio France. C’est ce qui fut fait : je me rappelle une réunion que j’avais provoquée, avec son plein accord, dans le bureau même du chef d’orchestre à Radio France, en présence de toutes les parties prenantes, notamment de France Télévisions. On évita le défilé de stars lyriques, on chercha et on trouva des oeuvres en rapport avec la circonstance : je crois – mais je n’en suis plus sûr – que Gatti retint l’idée de diriger l’ouverture 1812 de Tchaikovski avec choeur. Autour de la table, sans vouloir vexer personne, je pense qu’à part le chef et moi, personne ne savait que Tchaikovski cite la Marseillaise et pourquoi il le fait.

Mais je n’étais plus en fonction pour assister à ce concert ni aux suivants.

L’obsession des organisateurs de ce type de concerts, comme celui de Notre-Dame, est de ne surtout pas dépasser les 5 minutes (8 étant le très grand maximum) par séquence. Il paraît qu’on peut perdre ou lasser le spectateur… Ce qui est tout de même extraordinaire c’est que jamais on ne se permettrait de telles exigences avec des chanteurs de variétés (même si le format habituel d’une chanson est de l’ordre des 3 minutes), mais pour le classique tout est bon, y compris caviarder ou « arranger » un morceau pour que ça tienne… (l’autre soir, il ne suffisait pas que Lang Lang massacre le 2e concerto de Saint-Saëns, mais on avait coupé dans le finale !).

Réaction d’un vieux ronchon que la mienne ? Assurément non, parce que je revendique d’avoir fait ce beau métier d’organisateur et de programmateur durant près de quarante ans, sans jamais me moquer ni des artistes ni du public, au contraire. Relire en tant que de besoin tous les articles que j’y ai consacrés sur ce blog (comme Le grand public).

Le dernier événement que j’ai contribué à organiser était la finale du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 à Montpellier. De nouveau débat avec la production – la même que celle qui assume les Victoires de la Musique et autres rares émissions classiques à la télévision – sur la longueur des extraits et le choix de ceux-ci. Je ne dirai rien sur le résultat final, la « mise en scène » d’un spectacle calqué une soirée de variétés, mais je peux dire que les jeunes finalistes ont tous été respectés et que nous avons choisi avec eux les oeuvres qu’ils allaient jouer, sans coupure ni caviardage. Quasiment pas de supposés « tubes » grand public, mais des musiciens et des compositeurs que beaucoup ont dû découvrir ce soir-là. Je me rappelle la réaction des équipes présentes quand, déjà en répétition puis au concert, ils entendirent le vainqueur de ce concours – Daniel Matejca – jouer la cadence et le finale du 1er concerto de Chostakovitch

Comme l’orgue et les organistes ont été les grands oubliés de ce week-end, même si on les a heureusement beaucoup entendus, je leur consacrerai tout un billet demain.

Le Suisse de Paris

En avril dernier, l’Orchestre symphonique de Cincinnati annonçait le nom du successeur de Louis Langrée à sa direction musicale, Cristian Măcelaru et j’écrivais : Pas d’information pour l’heure du côté du National… puisque le chef roumain est l’actuel titulaire de l’Orchestre national de France.

Aujourd’hui l’information que j’espérais, est tombée : Philippe Jordan prendra les rênes du National à partir de 2027.

Le 9 avril 2002, à la veille du 1er tour de l’élection présidentielle, l’encore ministre de la Culture, Roselyne Bachelot remettait les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à Philippe Jordan.

J’ai été bien placé pour savoir que tant qu’une nomination n’est pas confirmée et reconfirmée, elle n’est pas faite, même si, cette fois-ici, rien ne semble avoir entravé un processus dont le chef lui-même situe la source au 6 octobre 2022. Tristan Labouret dans Bachtrack l’avait écrit au terme du premier concert que le chef suisse avait dirigé à Radio France : « qu’on revoie bien vite le maestro à la tête d’une phalange parisienne… non plus pour un seul concert mais bien pour un mandat ! »

Philippe Jordan m’avait confié son impatience et sa joie de diriger l’ONF. Le sourire et le clignement d’yeux qui avaient répondu à ma question : « Alors tu reviens à Paris ? » avaient été éloquents.

Moi-même j’écrivais (Le monde d’hier) : Le chef obtient un triomphe, et l’on voit tant dans les yeux des musiciens que du public ou des personnalités présentes autour de Sibyle Veil, la PDG de Radio France, le souhait manifeste que cette « première » ne soit pas une dernière.

Il dirige de nouveau ce jeudi soir l’Orchestre national de France, je me réjouissais d’y être, jusqu’à ce que la neige à Paris me prive d’être rentré à temps de Montpellier (où il ne neige pas !).

Arrivages

Ce titre qu’emprunte souvent un ami critique m’a toujours amusé, s’agissant de musique classique. Il doit certes crouler sous les CD et les coffrets qu’on lui envoie en service de presse, ce qui n’est pas mon cas, puisque, en dehors de quelques disques dont on m’a fait cadeau, j’ai toujours acheté les. éléments qui constituent ma discothèque personnelle. Donc quand je vois arriver le facteur chargé de paquets, je ne suis pas surpris puisque je les ai commandés, et je connais le contenu de ces… arrivages !

Ces dernières années, les « majors » rééditent à tour de bras, en pavés plus ou moins importants, leurs artistes « maison » qu’elles ont cessé d’enregistrer. Intéressant pour celui qui a une discothèque encombrée, et qui ne dispose pas de kilomètres de rayonnages pour l’entreposer: on se sépare des CD individuels, sauf édition remarquable, et on récupère un gros boîtier avec tout dedans. J’ai évoqué récemment le cas de Roberto Alagna et Wolfgang Sawallisch (lire En scènes) ou l’intégrale Fauré

Dernières commandes, donc derniers « arrivages » :

Paavo Järvi / Erato

On ne sait si le fils parviendra à rattraper le père dans une course à l’enregistrement qui paraît inépuisable – on parle de Neeme Järvi – mais on se doute que Paavo en a l’ambition, même si le marché est saturé et les labels de moins en moins enclins à prendre en charge de nouveaux enregistrements.

Paavo Järvi, jeune sexagénaire, peut se flatter d’avoir déjà une impressionnante discographie. Celle qu’il a laissée à Cincinnati (lire Festivals d’orchestres) du temps où il en était le directeur musical de 2001 à 2011.

C’est maintenant Warner/Erato qui récapitule une vingtaine d’années de captations réalisées avec l’orchestre de Paris, la radio de Francfort ou les Estoniens pour l’essentiel, avec un peu de Birmingham, de Stockholm… et d’Orchestre philharmonique de Radio France. Rien que du déjà connu, et souvent loué. Avec un « bonus » pour les acquéreurs de ce coffret : une symphonie de Franck captée il y a quelques mois avec l’Orchestre de Paris.

Quelques belles réussites – la musique estonienne, les Grieg, les Sibelius, Dutilleux – de beaux accompagnements pour Truls Mørk, Leif Ove Andsnes et surtout Nicholas Angelich pour les deux concertos de Brahms, du moins indispensable avec la musique française (Bizet bien raide, Fauré évitable) et alors, glissé en catimini parmi les 31 CD du coffret un éprouvant (pour ne pas utiliser un autre adjectif) disque d’airs d’opéras véristes par une Barbara Hendricks (!) complètement hors sujet.

L’ami hollandais

C’est peu dire que j’ai bondi sur un coffret qui risque de passer inaperçu, alors qu’il comblera tous les vrais amoureux du violoncelle. Celui qui regroupe les enregistrements réalisés pour le label néerlandais Channel Classics par le violoncelliste Pieter Wispelwey. J’ai raconté (Frontières) mon étonnement d’apprendre que Pieter qui habitait à côté de la Belgique n’avait jamais joué dans ce pays jusqu’à ce que je l’invite à Liège. J’ai rarement rencontré un artiste aussi passionné, attachant, audacieux (je lui avais demandé, entre autres, de jouer le 2e concerto pour violoncelle de Schnittke, que j’avais vu et entendu créé par Rostropovitch à Evian devant le compositeur le 27 mai 1990). Pieter et son épouse ont traversé il y a deux ans la pire des épreuves que des parents puissent connaître : la mort subite de leur fils Dorian à 16 ans…

Ce coffret rassemble l’intégralité des enregistrements que le violoncelliste (disciple de Dicky Boeke et Anner Bylsma) a réalisé pour Channel Classics entre 1990 et 2009 : 35 enregistrements en 20 ans et une diversité de répertoires impressionnante. Les grands chefs-d’œuvre du répertoire solo, les Suites de Bach, enregistrées deux fois, celles de Britten, en passant par Reger, Kodály, Crumb, Hindemith ou Gubaidoulina, voisinent avec tous les grands concertos (Haydn, Dvorák, Schumann, Elgar, Schumann, Chostakovitch, Prokofiev, Lutoslawski) et aussi une magnifique anthologie de la musique de chambre, dont de somptueux ensembles Beethoven ou Brahms. Cette anthologie coffret permet plus largement de prendre la mesure du goût du violoncelliste néerlandais pour les instruments d’une part, et de redécouvrir d’autre part ses collaborations année après année avec quelques partenaires bien choisis, comme Paul Komen, Paolo Giacometti, Dejan Lazic, ou le chef Iván Fischer.

Il faut féliciter l’éditeur pour cette magnifique récollection. Il est devenu trop rare de trouver dans un coffret récapitulatif autant d’informations sur évidemment les détails des oeuvres, les dates et lieux d’enregistrement, avec un texte très documenté et remarquablement informé de Pierre-Yves Lascar (en français, anglais et allemand) Un INDISPENSABLE donc !

L’audace des Ysaye

Il n’y avait qu’eux pour tenter pareille aventure : l’intégrale par le Quatuor Ysaye (1994-2014) des quatuors de Beethoven, en 2008, en 1Z concerts à l’Auditorium du Musée d’Orsay. La Dolce Volta édite l’exploit en un coffret à petit prix mais de très grande valeur.

J’aime beaucoup comment l’altiste du quatuor, Miguel da Silva, présente à la fois cette aventure et finalement ce qui fait la tenue et la force d’un quatuor :

« Quatre hommes sans qualité »
Un titre en forme de clin d’oeil au roman de Robert Musil, mais aussi l’amorce d’une courte réflexion sur les facettes de la qualité du Quartettiste.
Au commencement était le 4.
Au commencement de notre vie de musicien en tout cas.
Avez-vous été amenés à réfléchir à la symbolique des nombres ?
J’avoue que pour ma part, je n’y étais guère porté.
Mais j’ai vécu pendant trente ans des circonstances si particulières, qu’il m’est arrivé de me pencher sur cette question et d’associer en esprit les diverses formes que peut prendre ce que je nommerai « la Quaternité » :
Les quatre éléments, les quatre points cardinaux, les quatre évangélistes, etc…
Mais au-dessus de tout cela, le suprême mystère :

 
« Le quatuor à cordes »

C’est au coeur de cette sibylline formation que j’ai vécu quotidiennement. Oui ! J’ai vécu mon quotidien à quatre et il me venait quelques fois l’idée plaisante que lorsque vous croyez voir un homme en entier, vous ne faites réellement face qu’au quart d’une voix.
Quatre voix donc, et en fin de compte un seul chant.
Des qualités et une qualité.
Pour y parvenir, combien de silences se sont glissés entre les notes, combien de tempi se sont effacés, combien d’accents ont été gommés !
Les rebelles ont appris à canaliser leur bouillonnement, les placides à presser le pas, les élégants à se dépouiller de leur parure.

Pour se fondre dans le tout, il a fallu s’imposer d’être un musicien sans qualité.

Miguel da Silva

Il y a dix ans (V) : l’inauguration

J’assistais jeudi dernier à un concert présenté par France Musique comme celui du 10e anniversaire de l’inauguration de l’Auditorium de la Maison de la Radio. J’ai écrit sur Bachtrack ce que j’en ai pensé : L’étrange anniversaire de l’auditorium de Radio France.

On peut réécouter sur France Musique la très belle version qu‘Edgar Moreau a donnée du 1er concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Le reste est plus dispensable…

L’Auditorium de Radio France / 7 novembre 2024

Etrangement, Radio France semble n’avoir pas souhaité marquer l’inauguration de son Auditorium il y a juste dix ans, le 14 novembre 2014, alors que cette nouvelle salle de concerts constituait une date historique dans la vie musicale parisienne, deux mois avant une autre inauguration tout aussi marquante, celle de la Philharmonie de Paris. Il se trouve qu’à cette période j’avais la responsabilité de la direction de la Musique de Radio France sous la présidence de Mathieu Gallet, et que cette inauguration avait été accouchée certes avec enthousiasme mais non sans difficultés (lire La fête)

(France Inter, le Journal de 13h, 14 novembre 2014 / Interview JPR par Claire Servajean)

Un parcours d’obstacles

On a peine à imaginer aujourd’hui le parcours d’obstacles qu’a constitué l’organisation de cette inauguration, pour laquelle Mathieu Gallet et moi avions voulu que toutes les forces musicales, artistiques, techniques, et les antennes de Radio France soient impliquées. La Maison de la radio n’était alors clairement pas structurée comme un lieu d’accueil du public, encore moins comme des studios et salles de concert ouverts au public. Ce n’est que beaucoup plus tard, à partir de 2017 (!), que mon successeur Michel Orier serait investi de l’ensemble des responsabilités de la gestion de ces espaces et de l’accueil du public, et pourrait constituer et piloter des équipes dédiées. En novembre 2014, on essuyait les plâtres au sens propre du terme, et de l’Auditorium et du Studio 104 (ex-Olivier Messiaen). Chaque élément dépendait d’une direction différente: il nous faudrait beaucoup beaucoup de patience et de force de persuasion pour que tout finisse par fonctionner.

Le plus gros obstacle, et ce n’était pas le moindre, étant que nous voulions ouvrir grand la Maison de la radio pendant tout le week-end des 14, 15 et 16 novembre 2014… alors que même les antennes, a fortiori tous les services fonctionnaient au ralenti. Mathieu Gallet avait eu une formule heureuse… qui n’avait pas manqué de susciter des remous dans une organisation aussi figée : il souhaitait une Maison de la Radio en format VSD (en référence à l’hebdomadaire éponyme).

Et je dois bien dire que beaucoup doutaient en interne de la réussite d’une opération de « musique classique » avec autant de concerts et d’émissions dans un lieu excentré de Paris, qu’on a toujours décrit comme peu accessible. Les photos prises pendant le week-end en témoignent, les chiffres de fréquentation ont dépassé toutes nos espérances et fait taire les Cassandre.

Quel(s) programme(s) ?

Mais tout ce que je viens de décrire n’était rien par rapport à la programmation des concerts inauguraux. Je pense que Mathieu Gallet, nommé par le CSA PDG de Radio France le 27 février 2014, n’avait pas un seul instant imaginé que ce serait l’un des épisodes les plus compliqués de sa présidence, Nous en avons souri, et même ri après coup, mais les négociations qu’il a fallu conduire avec les chefs des deux orchestres, les représentants des musiciens – des centaines de mails en témoignent ! – ont été himalayesques. Il faut se rappeler que la concurrence entre les deux orchestres (le National et le Philhar’) était à son comble, attisée, il est vrai, par la mise en oeuvre, jugée à l’époque « trop brutale », du projet de réorganisation de la Direction de la Musique que Mathieu Gallet avait présenté devant le CSA et que j’avais entamé dès mon entrée en fonction (Ma part de vérité).

Je peux le dire maintenant, sans trahir de secret professionnel, mais des promesses avaient été faites par le prédécesseur de Mathieu Gallet à Daniele Gatti : ce serait lui et l’Orchestre national qui seraient les premiers et principaux utilisateurs de l’Auditorium et qui donc feraient le concert inaugural. Allez, après cela, expliquer à l’orchestre philharmonique de Radio France et à son chef qu’ils passeraient en second, alors qu’ils avaient la certitude, alimentée par la rumeur d’un certain microcosme parisien, d’être infiniment supérieurs à leurs collègues du National !

On passera toutes les étapes de cette négociation (qui ne s’acheva que la veille de l’inauguration !). Au départ chaque orchestre/chef voulait jouer tout un concert, le même soir, et si possible avec quasiment le même programme (le Boléro de Ravel of course), dans l’Auditorium bien sûr ! Je suggérai qu’on utilise à tour de rôle les deux salles, le Studio 104 et l’Auditorium. On regarda toutes les formules possibles, mais presque jusqu’à la fin, les deux chefs, Gatti et Chung (qui, il faut quand même le relever, ne se sont jamais adressé la parole, ni même serré la main, durant toute la durée de leurs mandats respectifs !) s’en tenaient à leur programme Ravel. Les choses en étaient à un point tel qu’il nous fut impossible de communiquer à la presse, aux invités et au public, le programme de l’inauguration ! Finalement, Mathieu Gallet siffla la fin de la récréation et valida ma proposition, arrachée de haute lutte : il y aurait le 14 novembre 2014 un seul concert dans le tout nouvel Auditorium, en deux parties de moins d’une heure chacune : ouvrant le bal, l’Orchestre national de France et Daniele Gatti avec « Slava’s Fanfare » de Dutilleux, l’ouverture de Tannhäuser de Wagner, la suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss.. et le Boléro de Ravel, puis après l’entracte l’Orchestre philharmonique de Radio France et Myung-Whun Chung, une suite tirée du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, Ave verum corpus de Mozart et la 2e suite de Daphnis et Chloé de Ravel, avec la participation du Choeur de Radio France (qu’on retrouverait pour son propre concert durant le week-end).

(L’émotion d’une première répétition dans le tout nouvel Auditorium !)

On peut réécouter ce concert sur France Musique !

Aujourd’hui plus personne ne doute de la pertinence et de la nécessité des deux salles de concert de la Maison de la Radio et de la Musique. Comme pour la Philharmonie – j’en reparlerai en janvier – ces nouveaux lieux ont attiré de nouveaux publics, profondément renouvelé les modes d’accès à la musique classique.

Paris 2024 : les classiques de l’ouverture

Retour sur la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris : tous, même les grincheux et coincés que je brocardais dans mon dernier billet (Hymnes à l’amour), ont noté que Thomas Jolly n’avait pas oublié de faire une place à la musique et aux musiciens classiques. Comment aurait-il pu négliger ce qui fait une part essentielle de son activité de metteur en scène (Macbeth Underworld de Pascal Dusapin, Fantasio d’Offenbach – les deux donnés à l’Opéra-ComiqueRoméo et Juliette de Gounod à l’Opéra de Paris, pour ne citer que les plus récentes productions, et bien sûr Starmania à la Seine musicale) !

Mais le plus remarquable, et c’est une vraie différence avec les quelques très rares émissions de télévision dévolues à la musique classique, Thomas Jolly a respecté les artistes, les compositeurs et les oeuvres, même dans la contrainte d’un spectacle d’une telle ampleur qui n’avait certes pas prévu le déluge qui a arrosé la cérémonie ! Il a aussi évité d’inviter les stars habituelles des plateaux télé, on ne citera pas de noms (l’un d’eux, sans doute vexé de ne pas être de la fête, a ostensiblement posté vendredi une photo de lui avec ses deux filles à la plage !). Il a ainsi fait découvrir à des millions de téléspectateurs, en France et dans le monde, des talents qui n’étaient souvent connus que d’un cercle restreint de mélomanes.

Reprenons le fil de la cérémonie

Félicien Brut

Félicien a été un abonné du Festival Radio France, où je n’oublie pas qu’il avait accepté de relever le défi d’un « Festival autrement » à l’été 2020 après que nous avions dû annuler l’édition prévue pour cause de pandémie (voir Demandez le programme) :

Il avait remis cela en 2021 – La fête continue – avec une belle bande de copains, Jordan Victoria, Thomas Enhco, Thibaut Garcia, Édouard Macarez pour un hommage survolté à Piazzolla !

Mais l’image de Félicien Brut (on ne prononce pas le « t » final) juché sur le pont d’Austerlitz, apparaissant après l’écran de fumée tricolore, au tout début de la cérémonie, restera, pour lui, pour les Auvergnats (lire dans La Montagne : Félicien Brut a illuminé la cérémonie d’ouverture), pour nous tous, un moment de grâce poétique.

Marina Viotti

La grande soeur de Lorenzo Viotti, la fille chérie du chef Marcello Viotti (1954-2005) a fait le bonheur des mélomanes parisiens ces deux dernières saisons, après sa nomination aux Victoires de la musique classique en 2023. Dans la cérémonie d’ouverture, elle a fait partie de l’un des tableaux les plus puissants, en interprétant la chanson révolutionnaire Ah ça ira avec le groupe de heavy metal Gojira, et surtout un extrait de Carmen

Jakub Jozef Orlinski

L’apparition de Jakub Józef Orliński, en breakdancer puis chanteur, fut un peu décousue et mal filmée.

Mais cela m’a rappelé combien l’artiste est aussi doué que très sympathique. Souvenir d’une belle soirée au Festival Radio France en juillet 2021.

Alexandre Kantorow ou le piano englouti

On se rappellera longtemps cette image d’Alexandre Kantorow (maintes fois célébré sur ce blog) jouant les Jeux d’eau de Ravel sous le déluge…

La nouvelle Marseillaise

Quelle idée géniale d’avoir confié à l’une des jeunes chanteuses françaises les plus prometteuses, lauréate du concours Voix d’Outre Mer 2023, Axelle Saint-Cirel, le soin de chanter La Marseillaise !

On se souviendra d’elle comme d’une autre de ses illustres aînées, Jessye Norman, sur la place de la Concorde pour le bicentenaire de la Révolution, en 1989.

Il faut évidemment aussi mentionner la Maîtrise, le Choeur de Radio France et l’Orchestre national de France, leur chef Cristian Macelaru… qui n’ont pas non plus échappé à la pluie et qu’on a à peine aperçus…

Musiques olympiques

Le sujet s’impose en cette journée d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 : quelles musiques ont été inspirées, commandées, exécutées pour les précédentes cérémonies ?

On y ajoutera un chapitre plus historique, qui a résonné récemment de manière vraiment absurde : l’histoire d’une organisation de concerts parisienne.

Olympics

France Musique a, comme d’habitude, bien fait les choses ce matin. À (ré)écouter absolument : Au tempo des JO.

Revue de détail des oeuvres spécialement composées pour les cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques.

Premiers jeux à Paris en 1924

C’est au clarinettiste militaire Francis Popy que revient de composer cette marche.

Les fanfares, les harmonies, n’ont pas oublié le compositeur de musique « légère » qu’était Popy (et qu’affectionnait particulièrement l’ami Benoît Duteurtre, à qui l’on pense encore tout particulièrement à la veille de son inhumation dans sa terre des Vosges).

Los Angeles 1984 et John Williams

À 90 ans (!), John Williams faisait ses débuts avec l’orchestre philharmonique de Berlin. On ne peut évidemment pas comparer les prestations de 1984 et 2023 ! Voir John Williams #90

Rio 2016 : pourquoi le Brésil ?

Soyons honnête, l’oeuvre du compositeur espagnol Lucas Vidal, surtout connu pour ses musiques de film (Fast and Furious 6) ne brille pas par son originalité. En dehors de quelques rythmes brésiliens glissés ici et là, on ne voit guère de différence avec le Hollywood de John Williams

Tokyo 2020 : l’universalisme de Naoki Satō

Rien de très japonais dans cette ouverture à choeur ouvert, un peu moins martiale sans doute.

Pout ce qui est de Paris 2024, il faudra attendre ce soir pour découvrir l’oeuvre de Victor Le Masne, même si on en a déjà un avant-goût

La Loge Olympique

Qui se rappelle, à l’heure des Jeux Olympiques de Paris, l’affaire délirante qui a défrayé la chronique en 2016 ? Alors que Julien Chauvin et la nouvelle formation qu’il avait constituée autour de lui souhaitaient relever le nom de l’une des plus illustres organisations de concert du XVIIIe siècle à Paris – le Concert de la Loge olympique –, ils en furent interdits, malgré toutes les protestations et pétitions, par une décision de justice : Le Concert de la Loge Olympique vs le Comité national olympique : quand Goliath écrase David.

J’appris alors, comme tout le monde, que l’adjectif « olympique » est, depuis 1976, la « propriété » du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ! Incroyable mais vrai !

Cela n’a heureusement pas empêché Julien Chauvin et son Concert de la Loge xxxxx de grandir et prospérer (en passant notamment par Montpellier) et d’honorer les compositeurs qui furent les hôtes et les inspirateurs de leur ancêtre du XVIIIe siècle, au premier rang desquels Haydn et ses fameuses six Symphonies Parisiennes.

Parmi les nombreuses versions des Symphonies parisiennes (N°82 à 87), j’ai une affection pour un album que je n’ai jamais vu en France, qui n’est jamais cité dans aucun guide, et qui témoigne à tout le moins de l’étendue du répertoire d’un chef infatigable, qui continue de parcourir le monde et les podiums à bientôt 89 ans, Charles Dutoit