Mes préférés (I) : Fazil Say

A quelques jours d’un Festival (#FestivalRF17) qui me laissera peu de temps pour nourrir ce blog, j’entame une série, un feuilleton, pour cet été. Mes disques préférés, quelques souvenirs marquants, des lectures à conseiller, en rapport le plus souvent avec les artistes invités de cette édition 2017. Choix personnels, assumés, non exhaustifs, dictés par la seule passion de la musique et de ces musiciens.

Premier de la liste – ce qui ne préjuge en rien de l’ordre de mes préférences ! -, le pianiste turc Fazil Say. 

Découvert au Festival il y a une vingtaine d’années, invité dès 2002 à Liège – un ébouriffant 2ème concerto pour piano de Saint-Saëns . Depuis lors, un compagnonnage jamais interrompu.

Déjà dans Alla turca, je disais mon admiration pour une intégrale où j’ai l’impression d’entendre Mozart lui-même au piano

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Auto-citation : Alain Lompech a fait une critique enthousiaste dans Diapason mais, à lire les nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, la vision de Mozart de Fazil Say est loin de faire l’unanimité. Comme s’il y avait une norme, des règles, qui définissent ce que doit être l’interprétation de ce corpus pianistique. J’ai acheté ce coffret, intrigué par la polémique qu’il a suscitée. Ce n’est jamais un Mozart extravagant ou déjanté, encore moins vulgaire ou anachronique. Comme Lompech, j’entends une approche d’une fraîcheur bienfaisante, comme celle d’un explorateur qui s’émerveille devant ce qu’il découvre, même si le cadre formel des sonates de Mozart est nettement plus contraint, « classique » que celles de Haydn. De surcroît, Say rompt avec le classement chronologique, et s’appuie sur les proximités de tonalité.

Un coffret peu orthodoxe certes, mais tellement revigorant dans un paysage musical où l’uniformité tend trop souvent à gommer les vraies personnalités.

Mais ne me demandez pas de choisir dans la discographie de Fazil Say. Rien n’est indifférent, conforme.

Pour Brigitte

Tout a été dit, écrit, sur Brigitte – pardon, je ne parle pas de l’épouse très médiatique du nouveau président de la République, que je n’ai pas l’heur de connaître, mais d’une amie chère disparue il y a cinq ans, le 23 juin 2012, à la veille de son soixantième anniversaire, la pianiste Brigitte Engerer. Le temps passe mais n’atténue ni la tristesse ni le regret. J’ai l’impression que la Nuit du piano que nous avions organisée à la Salle Philharmonique de Liège, et confiée à Brigitte Engerer, à l’automne 2010, c’était hier. Tant sont vivaces chacun des moments de pure grâce que la pianiste française et ses partenaires nous avaient prodigués.

Et pourtant Brigitte affrontait déjà la maladie à répétition qui allait l’emporter quelques mois plus tard. Mais elle semblait s’en moquer, se refusant à modérer un goût prononcé pour la cigarette, le bon vin et le jeu (je lui avais naguère fait découvrir le casino tout proche dans la station thermale de Valkenburg).

Brigitte était chez elle à Liège depuis son prix au concours Reine Elisabeth de Belgique en 1978. Je l’admirais, la connaissais de loin, avant d’arriver à la direction de l’orchestre philharmonique de Liège puis ce furent douze ans de compagnonnage ininterrompu. En 2003, elle fut la reine du festival de mi-saison « Piano Roi », un 1er concerto de Tchaikovski à couper le souffle. En 2006 elle jouait le quintette avec piano de Chostakovitch avec le quatuor Danel, en 2009 c’était Saint-Saëns à Anvers, et cette incroyable Nuit du piano d’octobre 2010 à Liège. Comme cette Valse de Ravel, âpre et sensuelle, avec l’immense Nicholas Angelich

    La Valse de Ravel à 2 pianos : Nicholas Angelich et Brigitte Engerer  

Elle tenait à jouer le 1er concerto de Brahms en novembre 2012 avec Christian Arming, qui venait de prendre ses fonctions de directeur musical de l’OPRL. La rencontre n’aura jamais lieu…

J’aurai encore une pensée pour Brigitte Engerer en entendant son inséparable partenaire des dernières années, le 20 juillet prochain au Festival Radio France, Boris Berezovsky

Rappel non exhaustif d’une discographie qui reflète la générosité, le tempérament, le grand art d’une personnalité qui nous manque…

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Musique sans protection

L’an dernier, je titrais Fête ou défaite de la musique ? Extrait : « …la dimension festive de la musique…tient justement à ce qu’on la découvre, l’entend, l’aime dans la réalité des sons produits, dans la ferveur et la joie de ses interprètes amateurs ou non. Pas dans la déformation artificielle d’un son saturé »

Sur Facebook hier j’écrivais ceci, qui n’a pas laissé sans réaction :

La Fête de la Musique ça rend sourd ?
J’ai mauvais esprit, c’est évident, mais comment prendre cet avertissement dans un document vantant la Fête de la Musique à Montpellier : « la Fête de la Musique est l’occasion de s’amuser et de faire la fête. C’est pourquoi il est important de se protéger à l’aide de protections auditives (sic) ». Et on rajoute : » La musique doit être un plaisir durable et ne pas détériorer notre audition« . On allait le dire !
Question bête : pourquoi ne pas réduire (un peu, un peu plus même) le nombre de décibels envoyés dans les tympans des pauvres auditeurs (et de tous les autres alentour d’ailleurs) ?

J’en conviens, tout cela fait un peu vieux ronchon rabat-joie, mais ce n’est pas d’hier que je refuse la dictature des décibels, qui est tout sauf musique ! Quand on en est à distribuer des protections auditives, qu’on m’explique où est le plaisir du partage, d’une vibration en commun ?

Ma fête de la Musique, je l’ai vécue en deux épisodes, sans protection d’aucune sorte, jouissant pleinement des sonorités des instruments joués devant moi.

Samedi, dans le cadre du Festival d’Auvers-sur-Oise,

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c’était l’improbable mariage entre un grand piano de concert et un marimba

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et l’extraordinaire duo formé par le pianiste français Thomas Enhco et la percussionniste bulgare Vassilena Serafimova.

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Lundi soir, cruel dilemme : des amis chers se produisant, au même moment, dans deux lieux différents. Tedi Papavrami et Nelson Goerner au théâtre des Bouffes du Nord

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et Michel Dalberto à la Salle Gaveau. J’avais promis à ce dernier d’y être, et je n’ai pas regretté, comme des centaines d’autres, d’avoir affronté la canicule naissante pour assister à un récital magnifiquement construit… et réalisé.

IMG_9843En ouverture la sonate « Clair de lune » de Beethoven, suivie du Prélude, choral et fugue de Franck – une rumeur insistante annonce un enregistrement prochain du piano de Franck par Michel Dalberto dans un lieu qui m’est très familier -, puis après l’entracte la Ballade (sans orchestre) et le 6ème Nocturne de Fauré.

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Après une Appassionata souveraine, fiévreuse, extrême, Michel Dalberto refermait cette magistrale leçon de grand piano avec sa transcription de Morgen de Richard Strauss.

Dans la salle, nombre d’amis du pianiste, son collègue Philippe Cassard, deux de ses plus brillants élèves, Jean-Paul Gasparian et Ismael Margain.  Ils seront tous les trois du Festival Radio France (#FestivalRF17) qui s’ouvre le 10 juillet prochain !

Doublé

Tombé par hasard hier sur la deuxième partie de La tribune des critiques de disques de France Musique consacrée au Concerto pour deux pianos de Poulenc.

Une oeuvre créée le 5 septembre 1932 par l’auteur lui-même et son complice Jacques Février au piano… à La Fenice à Venise.

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Je me demandais si j’allais reconnaître les versions en compétition, et ma favorite en particulier. Exercice compliqué par le fait de prendre l’émission en cours de route, et après que des versions ont déjà été éliminées après le 1er mouvement.

Pas très difficile de reconnaître la patte, la griffe même de Martha Argerich, captée en concert à Lugano, avec Alexander Gurning au second piano. Brillant, mais plus Prokofiev que Poulenc.

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Le trouble s’installe chez les participants à la Tribune et chez moi lorsque deux versions retiennent l’attention jusqu’au bout, sans qu’on puisse vraiment les départager. Dans les deux, il y a forcément « la » version de référence, consacrée par la critique internationale et plusieurs émissions de comparaison discographique, comme une précédente Tribune, depuis sa parution en 2004.

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Une version enregistrée en décembre 2003 à Liège avec l’Orchestre philharmonique de Liège et un tout jeune chef, dont ce fut le premier disque : Stéphane Denève. Et deux amis de longue date, les pianistes Eric Le Sage et Frank Braley. Une version sans cesse rééditée, comme dans ce nouveau coffret rassemblant toute l’oeuvre de Poulenc avec piano.

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Mais l’autre version ?  Jérémie Rousseau fait durer le suspense jusqu’au bout. Et finit par dévoiler les interprètes de cette version mystère si proche dans l’esprit du disque Le Sage/Braley. Et pour cause : c’est le même chef, treize ans plus tard, Stéphane Denève à la tête d’un orchestre du Concertgebouw aussi somptueux que transparent, et deux jeunes pianistes qu’aucun critique de la Tribune ne semble connaître, deux frères néerlandais, Arthur et Lucas Jussen, 21 et 24 ans.

Je ne suis pas surpris, j’avais déjà repéré le duo il y a presque dix ans, et leur premier concert en dehors de leur Hollande natale avait eu lieu… à la Salle Philharmonique de Liège !

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La discographie des deux frères n’est pas encore considérable, mais de très haute qualité.

Quant à Stéphane Denève, il confirme concert après concert, disque après disque, tout ce qu’on aime de lui (lire Les nouveaux modernes).

Le génie de Genia

Les Russes ont le génie des diminutifs. Tous les prénoms, tous les membres de la famille, père, mère, grand-mère, enfants, sont appelés par leurs diminutifs, et plus ceux-ci sont longs, plus le lien d’affection est fort. Dans le domaine musical, on connaît Slava pour (Mstislav) Rostropovitch, ou Petrouchka (petit Pierre), le ballet de Stravinsky.

Je fus pour le moins surpris d’entendre, lors d’un après-concert mémorable à Montpellier, le président de Radio France de l’époque, Michel Boyon, s’adresser au chef d’orchestre en ces termes : « Cher Genia…« . Cela nous changeait du sempiternel (et ridicule) « Maestro » mais cette familiarité involontaire avec un géant de la direction d’orchestre au physique de premier secrétaire du Politburo n’était pas pour me déplaire. Evgueni Svetlanov* (1928-2002) prit les compliments du PDG sans trahir la moindre émotion. Un bloc. Impressionnant.

J’eus ensuite le privilège de souper avec lui et son épouse, qui veillait à ce qu’il respecte un régime très strict. Le chef avait failli succomber quelques mois plus tôt à tous les excès dont les Russes sont coutumiers et c’est un chirurgien parisien qui l’avait « sauvé » (c’étaient ses propres termes). J’avais devant moi un monument que j’admirais depuis très longtemps – et mes premiers disques russes – que j’avais vu plusieurs fois en concert (à Colmar, à la salle Pleyel). Je voulais lui poser mille questions, mais je me retins de l’importuner.

Rodolphe Bruneau Boulmier et Emilie Munera ont consacré cette semaine sur France Musique une séquence quotidienne à Evgueni Svetlanov et au projet fou, sans équivalent discographique, qui fut le sien d’enregistrer toute la musique symphonique russe. Les collectionneurs, dont j’étais évidemment, avaient patiemment rassemblé les doubles CD que BMG en association avec Melodia avaient publiés au fil des années 80.

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Mais comme l’éditeur historique l’avait fait pour Richter (Edition limitée) et Gilels (Un jeune centenaire) Melodia a entrepris de rééditer ce patrimoine discographique considérable, avec un travail magnifique de remastering. Un premier coffret de 55 CD vient de sortir, classé par ordre chronologique (de Glinka à Liapounov)

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Un mot de la présentation, coffret cartonné (Richter était en blanc, Gilels en rouge, Svetlanov est en gris souris). Chaque CD est dans un bel étui avec mentions quadrilingues. Et surprise en ouvrant le coffret :

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Un livret un peu pauvre en iconographie, mais avec un bonus non négligeable, Svetlanov pianiste jouant Medtner. Pour une entreprise de ce niveau, Melodia aurait pu se payer les services d’un traducteur compétent, la partie française du livret oscillant entre l’incompréhensible et le comique involontaire. Exemple : « La possibilité de l’enregistrement précis du folklore sonore (avec l’aide du phonographe) est devenue simultanément le précurseur de sa disparition – et voilà les artistes tâchent de reproduire sous son aspect originel ce que leurs descendants peuvent ne plus entendre en live » Le premier qui comprend cette phrase… gagne toute mon estime !

On attend déjà avec impatience la suite (les compositeurs russes du XXème siècle).

Détails de ce coffret sur bestofclassic.skynetblogs.be.

*Sur l’orthographe et la prononciation du prénom de Svetlanov : le russe Евгений (Eugène) se dit Iev-gué-ni. D’où toutes sortes de transcriptions : Yewguenij, Evgeny, Ievguenyi…

Lili et le piano revolver

On ne pouvait imaginer parutions plus dissemblables que ces deux coffrets proposés par Sony Classical. Du piano dans les deux cas, et deux artistes un peu oubliés.

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Le moins qu’on puisse dire est que la vie et la carrière de Lili Kraus ont été aventureuses. J’aime depuis longtemps ses Schubert et ses Mozart – lire Alla turca – mais je pensais pas trouver un jour, aussi bien réédités, cette intégrale des concertos de Mozart réalisée au Konzerthaus de Vienne en quelques sessions en 1965 et 1966.

Il y a une injustice dans la présentation de ce coffret : on ne trouve qu’à l’intérieur du livret trilingue la mention du chef et de l’orchestre, comme s’ils étaient des comparses secondaires. Le nom du chef américain Stephen Simon est complètement inconnu en Europe, sinon des quelques mélomanes qui se rappellent l’interprète éclairé de Haendel qu’il fut aux Etats-Unis. Quant à l’orchestre du « Festival de Vienne », il s’agit d’une formation de circonstance réunie pour les besoins de la foison d’enregistrements réalisés   dans la capitale autrichienne dans les années 50 et 60.

La pianiste hongroise et le chef américain s’entendent à merveille pour donner des versions heureuses, imaginatives, extraordinairement libres et élégantes, de ces concertos où les références ne manquent pas. Un coffret indispensable à la discothèque de l’honnête homme !

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C’est peu dire que le pianiste américain John Browning (1933-2003) ne joue pas dans la même catégorie que Lili Kraus. Même s’il partage avec elle un déficit de notoriété  sur le continent européen. Son patronyme évoque plus les armes que le clavier ! Contemporain et concurrent de Van Cliburn, il n’a jamais eu la célébrité du premier vainqueur américain du célèbre Concours Tchaikovski en pleine guerre froide.

Ce coffret de 12 CD est évidemment beaucoup plus composite que celui de Lili Kraus, et reflète la variété du répertoire de l’Américain. Les cinq concertos pour piano de Prokofiev – technique étincelante – avaient déjà réédités dans un

coffret Leinsdorf (la première intégrale de ces concertos réalisée par un pianiste américain). On trouve aussi le Concerto de Barber, que Browning créa pour l’ouverture du Lincoln Center en 1963, dans les deux versions gravées par le pianiste d’abord avec George Szell en 1964 puis avec Leonard Slatkin en 1990.Mais aussi Beethoven (Variations Diabelli, Sonate op.110), Schumann (Etudes symphoniques), Ravel, Debussy, les Etudes de Chopin, etc.

 

 

 

Musique balnéaire

Deauville n’est pas ma tasse de thé. La petite cité normande est prise d’assaut certains week-ends comme celui de Pâques, les encombrements de Paris transposés en bord de mer. Mais depuis qu’une poignée d’inconscients – de vrais amoureux de musique – a décidé, il y a vingt-deux ans, d’y montrer quelques-uns des meilleurs talents en devenir de la scène classique, j’y reviens par intermittences et toujours pour mon bonheur.

C’était le premier week–end du festival Pâques à Deauville (photos). Programmes originaux comme toujours. On aime… ou pas. Peu importe, les nouveaux talents trouvent à s’éclore devant un public qui ne redoute pas d’être bousculé. Maxime Pascal et Le Balcon sont passés maîtres dans l’exercice.

IMG_8466(La merveilleuse Julie Fuchs et Maxime Pascal)

A1uoDGHf-eL._SL1500_Le dimanche de Pâques, d’abord un formidable hommage à Ligeti par la crème des chambristes français, animé par le compositeur Karol Beffa,

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Et le soir deux chefs-d’oeuvre de la musique de chambre, plutôt rares au concert. L’énigmatique 2ème quintette avec piano de Fauré, qui refuse le confort harmonique et mélodique. L’air et le feu.

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En attendant le « live » de Deauville, c’est à l’intégrale de la musique de chambre avec piano – en partie enregistrée à Liège – qu’on reste fidèle. D’autant qu’une partie de la fine équipe rassemblée par Eric Le Sage était à la salle Elie de Brignac : François Salque et Lise Berthaud.

IMG_8528(Pierre Fouchenneret, Guillaume Bellom, Guillaume Chilemme; François Salque, Lise Berthaud)

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Et comme en écho, le dense et intense 2ème sextuor à cordes de Brahms.

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Le Festival de Pâques à Deauville se poursuit les deux prochains week-ends !

Photos : lemondeninmages.me

Faut-il être sexy pour avoir du talent ?

J’avais choqué bien des beaux esprits en titrant Faut-il être sexy pour être un grand chef ? à propos d’un coffret consacré à Karl Böhm (Bestofclassic). L’humour n’est pas toujours la chose la mieux partagée…

Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.

En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…

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Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.

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Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja Wang. En concert, c’est autre chose…

Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvili n’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne

La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?

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Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique  (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagner dénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».

Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste  américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…

Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamer d’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?

Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…

clarinotts-home(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette  de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)

Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star. 

Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipatti, né il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.

Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…

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Quand la musique est bonne

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas

Une chanson qui n’a pas vieilli, son message non plus…

Quand la musique est bonne, elle transcende non seulement ses interprètes, mais aussi ses auditeurs. C’est la réflexion que je me faisais une fois de plus hier soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

IMG_8128Tout – le programme, la soliste, l’orchestre, le chef – était une promesse. Et les grincheux, ceux qui vous expliquent ce qui plaît au « grand public », les « experts » de la chose culturelle qui ne mettent jamais les pieds dans un théâtre ou une salle de concert, en ont été pour leurs frais. Oui, on peut remplir l’Auditorium de Radio France avec un programme « exigeant », de la musique française (sans Ravel, Debussy ou Berlioz) et même une création ! : Concert du 16 mars 2017, Un bateau ivre de Karol Beffa, Schelomo de Bloch – une oeuvre centenaire – , la 2ème symphonie « Le Double » de Dutilleux et la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel.

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Ceux qui me suivent (lire Les Français enfin, Au diapason) savent que ce n’est pas une marotte, une obsession de ma part, aussi nobles soient-elles, mais que c’est un enjeu stratégique. Ne rouvrons pas le débat, mais constatons, une fois de plus, que quand on s’adresse à l’intelligence du public, il répond présent !

Un concert à réécouter de bout en bout : Anne Gastinel, Alain Altinoglu et l’Orchestre national de France.

Bonheur pour moi de retrouver des artistes que j’aime et connais depuis longtemps, le chef Alain Altinoglu, la violoncelliste Anne Gastinel. 

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Souvenir du tout premier disque réalisé à Liège, en juin 2001…

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Quand la musique est bonne… c’est encore ce que je me suis dit en écoutant ces deux disques tout récents.

Un programme audacieux pour le tout jeune Ismael Margain, la dernière sonate et les Klavierstücke de Schubert, captés live à Deauville.

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Vanessa Wagner signe un disque miroir hors des sentiers battus : le Mozart de la complexité (Sonate K 570 et Fantaisie en ré min K 397), et un compositeur, Muzio Clementi, injustement négligé, qu’un Vladimir Horowitz admirait.

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Et alors ?

Et alors ? La réplique restera dans les annales !

Le petit côté rebelle, le « je fais ce que je veux » de l’adolescent pris en défaut, prêteraient à sourire si les circonstances n’étaient aussi sérieuses. Laissons le candidat Fillon à ses démêlés…Comme l’écrivait Françoise Giroud, dans un article d’une cruauté acérée (lire : L’Express 24 avril 1974) à propos d’un autre candidat à la présidentielle, qui se réclamait lui aussi du général de Gaulle : « On ne tire pas sur une ambulance » !

Et alors ? C’est une formule que j’emploie souvent, non comme une bravade, mais pour ne jamais considérer une opinion, un avis, comme définitifs, surtout dans le domaine de la musique, de la culture en général. Il suffit qu’une plume « autorisée » ait émis un jour un jugement péremptoire sur tel interprète, tel enregistrement, pour que la simple contestation de cette position passe pour outrecuidante.

Et alors ? je n’ai jamais aimé qu’on m’impose du prêt-à-penser, ce n’est pas maintenant que je vais me mettre à la « conformité ».

Par exemple, une discussion sur Facebook il y a quelque temps sur le pianiste suisse Karl Engel m’a convaincu de racheter ses enregistrements des sonates et des concertos de Mozart, dont je m’étais séparé, lors d’un déménagement, les considérant comme non indispensables – ils n’étaient jamais cités comme des « références » -.

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Au cours de cette « discussion », je vois réapparaître le cliché sur le bon pianiste desservi par un accompagnement au choix terne, poussif, banal… Remarquez j’avais lu ou entendu la même chose – un avis expédié en deux lignes – sur la première intégrale des concertos de Mozart réalisée par Geza Anda avec la formation salzbourgeoise soeur, qu’on appelait alors Camerata academica. 

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C’était le temps où la critique ne jurait que par Murray Perahia, paré de toutes les vertus de l’interprète mozartien par excellence. Moi je n’ai jamais osé dire que ce Mozart gracieux et perlé m’indiffère, et que je lui préfère de cent coudées le piano charnu, charnel, humain de Geza Anda ou Karl Engel…

Autre « vérité »établie : Otto Klemperer est un chef lent, désespérément lent. On évoque donc à son sujet une vision marmoréenne, granitique, hiératique – on a le choix -. Et puis on s’avise de réécouter sa Missa solemnis, et on entend l’une des interprétations les plus incandescentes de l’histoire du disque !

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Pour en revenir à Mozart, pourrait-on imaginer que cette version toute de fougue et de fièvre de la 25ème symphonie est due au vieux Klemperer, en 1956, bien des années avant la révolution harnoncourtienne ?

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Autre certitude : Karajan, à la fin de sa vie, n’était qu’hédonisme sonore, legato moelleux, au détriment du respect de la partition. Et alors ? que dire de cette gravure de 1982 de la 94ème symphonie de Haydn ? en particulier le deuxième mouvement (à 9’30), un andante presque allegro. 

Frans Brüggen, en comparaison, semble avoir des pieds de plomb !

Et alors donc ? Ne jamais rien tenir pour acquis, et écouter d’une oreille neuve et fraîche même ce qu’on croit connaître par coeur. C’est la différence entre musique et politique : il y a souvent de bonnes surprises !