La collection St-Laurent : les bons plans (II)

Je l’avais annoncé dans un premier article : suite de mes découvertes dans la collection de cet amoureux de vieilles cires et de concerts « historiques », parfait homonyme du grand couturier français, Yves St-Laurent : La collection St-Laurent : les bons plans.

Honneur aux Russes !

Le legs Medtner

D’abord l’exploit qui a fait beaucoup pour la réputation internationale de ce modeste éditeur : la réédition en 7 CD d’un trésor, les enregistrements réalisés par le pianiste et compositeur russe Nikolai Medtner (1880-1951) de ses propres oeuvres.

Les enregistrements de Medtner furent parrainés par le Maharadjah de Mysore, grand admirateur du compositeur russe. Réalisés à partir de magnifiques exemplaires de ces disques rarissimes (pressages HMV anglais), ces transferts nous dévoilent des prises de son d’une dynamique phénoménale pour le piano comme pour l’orchestre, inexistante dans les précédents transferts CD, trop filtrés. Le pianisme miraculeux de Medtner nous est finalement révélé : une pâte sonore et une maîtrise technique égalant Rachmaninov lui-même, une puissance dans le jeu qui contredit justement la légende d’un musicien fatigué, diminué par la maladie au moment de ces enregistrements.

« Jusque là seulement effleuré par Testament ou Lys, le legs complet de la Medtner Society, est enfin publié intégralement en CD par le Studio St. Laurent. Un ensemble d’une importance historique considérable qui nous renseigne autant sur des œuvres complexes mais envoûtantes que sur le jeu d’un pianiste considéré par Rachmaninov comme son égal. Tout y est, y compris l’ample bouquet de mélodies avec Schwarzkopf, les partitions chambristes (1ére sonate de violon, quintette), les concertos, les Märchen irréels de subtilité digital, et même un plein CD de séances d’essais restées inédites jusque là. Les reports sans filtres abusifs donnent l’impression que ce piano tout en timbres est dans la pièce. »

C’est ce qu’écrivait Jean-Charles Hoffelé dans Diapason en novembre 2012.

Leonid Kogan

Voici un prince de l’archet, Leonid Kogan (1924-1982), dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a guère été récompensé de sa fidélité au régime soviétique: aucune réédition d’envergure (comme en ont connue Gilels, son beau-frère, ou Richter) de la part de Melodia, quelques disques épars à chercher du côté d’EMI ou RCA – on y reviendra !

Bonheur donc de retrouver Leonid dans le catalogue St.Laurent :5 CD indispensables pour se remémorer un art violonistique moins placide que celui de son glorieux aîné David Oistrakh, comme venu des steppes de l’Asie centrale.

Kirill l’incandescent

Ce n’est pas faute d’avoir râlé (en vain!) sur ce blog : on attend toujours une édition du legs considérable de l’un des plus grands chefs russes du XXème siècle, Kirill Kondrachine (1914-1981) – lire Le Russe oublié.

Yves St-Laurent a, pour le moment, trois galettes dans sa malle aux trésors. D’autres suivront peut-être ?

Ce concert de novembre 1974 au théâtre des Champs-Elysées (cf. ci-dessus) avec Leonid Kogan en soliste justement, et une Deuxième symphonie de Sibelius d’une folle intensité.

On ne peut que se réjouir que l’ORTF de l’époque ait eu la bonne idée d’inviter régulièrement le chef russe ! Il est vrai que c’est aussi la période où Bernstein, Celibidache, le jeune Ozawa, Maazel fréquentaient les studios de la maison ronde et les scènes de Pleyel et du Théâtre des Champs-Elysées…

Vingt ans après

Il y a vingt ans commençait pour moi une aventure qui allait en durer quinze : Liège à l’unanimité.

J’aurais pu raconter mes premières semaines à Liège, mon installation dans un petit appartement, près du pont de Fragnée, en face de l’église Saint-Vincent, un automne qui fut particulièrement gris et pluvieux, dans une vie et une ville où la solitude était ma compagne la plus régulière.

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À la fin de ce premier trimestre en terre wallone, la très bonne surprise allait venir de l’Opéra royal de Wallonie et de son directeur de l’époque, Jean-Louis Grinda (aujourd’hui grand maître de l’opéra de Monte-Carlo et des Chorégies d’Orange). Pour la première – mais pas la dernière ! – fois, l’ami Grinda se lançait dans la mise en scène d’un musical si connu, si célèbre – le film de Stanley Donen (1952) Singin’ in the rain ayant fixé pour toujours dans les mémoires l’histoire du difficile passage du cinéma muet au cinéma parlant.

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Et ce fut, d’emblée, une totale réussite. Rien qu’en décembre 1999, je vis trois fois le spectacle, toute ma famille m’ayant rejoint à Liège. C’est à ce moment-là que je tombai « en amour » de celle qui incarnait Kathy Selden, Isabelle Georges.

Jean-Louis Grinda rappelait, il y a quelques jours, le trac qui l’avait saisi au moment de la première de ce spectacle dans « son » opéra. Le succès serait total, tel d’ailleurs qu’un an plus tard il allait être repris en 2000 à Paris, au théâtre de la Porte Saint-Martin et qu’il obtiendrait le Molière du meilleur spectacle musical en 2001.

Vingt ans après, je n’ai rien oublié de l’émerveillement qui avait saisi les miens et moi devant un spectacle qui ne cherchait pas à se distinguer du modèle, mais qui, au contraire, faisait un merveilleux écho à un film culte.

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Le chef du Nouveau monde

Pas de méprise sur l’objet de ce billet : je me suis promis de ne jamais prononcer le nom de l’actuel locataire de la Maison Blanche, encore moins de commenter ses faits et gestes. L’humour de Plantu est assez éloquent pour que j’en reste à mes résolutions.

Lorsque je titre « Le chef du Nouveau monde » c’est évidemment en pensant à un tout autre personnage, éminemment respectable et respecté !

Comme chaque fois que je pars en vacances je télécharge sur mon IPhone des disques, voire des coffrets que je veux réécouter plus attentivement, sans craindre d’être interrompu. Cette fois ci, j’ai jeté mon dévolu sur Rudolf Kempe, l’un de ces chefs qui n’ont jamais eu le statut de stars de la baguette comme Furtwängler, Toscanini, Karajan et quelques rares autres. Mais plus j’écoute et réécoute ses enregistrements, croissant va mon admiration pour cet immense chef, né à Dresde en 1910, disparu à 65 ans seulement à Zurich en 1976.

On connaît ses miraculeux enregistrements de l’œuvre symphonique de Richard Strauss au début des années 70 avec l’orchestre de sa ville natale, magnifiquement « remasterisés ».

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Mais il y a dans ces deux coffrets

des trésors qui valent d’être redécouverts absolument.

Dernièrement sur Facebook un fil de discussion avait été lancé sur la 3ème symphonie de Brahms, qui a échappé à plus d’une glorieuse baguette, qui est le point faible de l’intégrale gravée par Kertesz. Plusieurs participants à cette discussion avaient donné leurs (p)références, aucun – moi non plus – n’avait cité Kempe et son enregistrement exceptionnel avec les Berliner Philharmoniker. Tout y est, la grandeur mais pas marmoréenne, un parfait usage du rubato, une animation du discours qui ne laisse jamais l’attention de l’auditeur en berne. Exaltant !

En fait, j’avais et j’ai toujours une réticence par rapport aux Beethoven de Kempe. Très étrangement, ses symphonies sont trop sages, placides même, à mes oreilles. Le contraire de ce qu’il fait dans Brahms.

Autre exemple, cette phénoménale Première symphonie de Brahms, captée avec les Münchner Philharmoniker dont Rudolf Kempe fut le chef de 1967 à sa mort.

Mais il y a une oeuvre en particulier qu’il a trois fois parfaitement réussie au disque, la 9ème symphonie de Dvořák, plus connue sous son titre de « Nouveau monde« .  En 1958 avec l’orchestre philharmonique de Berlin, en 1972 avec le Royal Philharmonic, puis en 1975 avec la Tonhalle de Zurich, la première étant dans le coffret Icon, les deux autres dans le coffret Scribendum. Je ne sais plus dans quelle tribune de critiques (Disque en Lice ?), lors d’une écoute à l’aveugle, la version Kempe/RPO était arrivée en tête.

Cette vidéo d’un concert avec le BBC Symphony paraît presque en retrait des performances du chef à Berlin et avec le Royal Philharmonic, où il ose tous les contrastes, la grandeur et la tendresse, l’épopée et l’élégie, comme il le fait si bien dans Brahms.

Dans ce court poème symphonique, le Scherzo capricciosoaux humeurs et aux rythmes si changeants, Kempe donne la pleine mesure de ses qualités narratives, de la souplesse de sa baguette.

Il faudrait tout citer dans ces deux coffrets qui sont loin de refléter la carrière et l’art de ce grand chef, notamment dans le domaine lyrique. Mais j’ai, pour ma part, redécouvert cet été deux extraordinaires versions des Quatrième et Cinquième symphonies de Bruckner

J’avoue avoir toujours un peu de mal avec cette monumentale Cinquième. Rien de tel ici, Kempe nous tient en haleine du début à la prodigieuse coda du dernier mouvement.

Dans le coffret Scribendum d’autres pépites moins attendues et d’autant plus remarquables : Des Pins de Rome de pleine lumière, avec le Royal Philharmonic somptueusement capté, contrastant avec les alanguissements hédonistes d’un autre K. et surtout une 2ème suite de Daphnis et Chloé bavaroise, sommet de poésie des timbres et de sensualité orchestrale.

Et puis l’amateur de viennoiseries que je suis (Wiener Blut) ne peut que conseiller l’écoute de l’un des plus parfaits disques de valses et ouvertures viennoises, chic, tenue, élégance, capté en 1958/9 dans une superbe stéréo à Vienne. Témoin cette valse L’Or et l’Argent de Franz Lehar dont la veuve du chef dira qu’il la considérait comme son plus bel enregistrement ! Il gravera dix ans plus tard une autre superbe version avec la Staatskapelle de Dresde !

Alexandre Nevski et le lac gelé

Ma récente visite de Tallinn (voir Tallinn en mai et Tallinn au printemps) m’a permis de rafraîchir une mémoire historique un peu effacée depuis mes années d’étude.

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La cathédrale Alexandre Nevski, inaugurée en 1900, domine la vieille ville de Tallinn, face au château de Toompea, siège du Riigigoku, le Parlement estonien.

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IMG_2906L’intérieur et la façade de la cathédrale orthodoxe.

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En visitant le château de Catharinenthal, aujourd’hui Kadriorg,construit en 1718 par le tsar Pierre le Grand en l’honneur de sa seconde épouse, Catherine, j’ai retrouvé le lien entre Alexandre Nevski et l’Estonie.

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C’est en effet sur le lac Peïpous, qui fait aujourd’hui la frontière entre l’Estonie et la Russie,

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qu’a eu lieu la fameuse « bataille sur la glace » qui opposa, le 5 avril 1242, les chevaliers teutoniques aux troupes menées par Alexandre Nevski

Une bataille illustrée – et avec quel génie ! – par Sergei Eisenstein (1898-1948) dans son film Alexandre NevskiOn comprend bien pourquoi Staline et le pouvoir soviétique avaient passé commande d’un tel sujet à Eisenstein : le héros national et sacré, Alexandre Nevski, avait stoppé en 1242, par son courage et son sens tactique, l’avancée qui paraissait inexorable des troupes germaniques et danoises vers le coeur de la Russie – à l’époque Novgorod -. Le signal envoyé à Hitler serait éclatant, et le peuple soviétique galvanisé par ce rappel d’une date et d’un héros historiques. Le film allait sortir le 25 novembre 1938 à Moscou… quelques mois avant la signature du Pacte germano-soviétique

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Prokofiev compose la musique du film et la transforme, en 1939, en une Cantate pour mezzo soprano, choeur et orchestre, l’une de ses partitions les plus réussies, les plus bouleversantes aussi.

La dernière fois que j’ai eu la chance de l’entendre en concert, c’était en juin 2016, à l’occasion des adieux de Daniele Gatti à l’Orchestre National de FranceLe chef italien, le Choeur de Radio France et l’orchestre s’étaient couverts de gloire !

Au disque, je pourrais citer nombre de versions admirables (Reiner, Previn, Chailly, etc.) qui ont pour seul défaut d’avoir des ensembles choraux qui ne sont malheureusement pas idiomatiques dans leur prononciation de la langue russe. Alors autant privilégier des versions qui chantent dans leur arbre généalogique slave.

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Extraordinaire Ancerl !

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Svetlanov rugueux, douloureux, immense

Gergiev plus lyrique mais tout aussi engagé !

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Etoiles du nord

J’ai aimé retrouver l’atmosphère si particulière de la Finlande (lire Au coeur de la Finlande), tout ce que j’avais découvert en décembre 2005, lorsque, à l’invitation du gouvernement finlandais, j’avais pu passer une semaine à Helsinki à l’occasion du Concours Sibelius (dont la lauréate, cette année-là, fut la jeune violoniste russe Alina Pogostkinaque j’aurais le bonheur d’inviter à trois reprises à Liège : en 2008 avec Paul Daniel, Beethoven et Vaughan Williams « The Lark ascending », en janvier 2011 pour les 50 ans de l’OPRL, et en novembre 2011 avec Domingo Hindoyan et le concerto de Korngold)

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Helsinki en décembre, c’est tout au plus quatre heures de lumière du jour, nuit noire dès 15 h, dîner de très bonne heure, et plus personne dehors le soir venu. Le fonctionnaire du ministère des affaires étrangères qui me « pilotait », avait organisé mon planning de rencontres et de visites, me disait, pince-sans-rire : « Vous pouvez constater que les distractions sont rares ici : si on ne veut pas boire de la bière, il nous reste le chant choral. Dans mon bâtiment au ministère, il y a une chorale par étage ».

Il avait oublié la distraction nationale : le sauna (le seul mot finnois qui a fait florès dans toutes les langues du monde). En face de mon hôtel se trouvait la magnifique piscine art déco Yrjönkatu, plusieurs bassins entourés de plusieurs saunas et hammams à différentes températures. Après les journées chargées qu’on m’avait concoctées, et avant les concerts du soir, je visitais avec plaisir l’établissement, où j’eus la surprise de retrouver, transpirant sur le même banc de sauna, le grand danseur et chorégraphe, longtemps directeur du Ballet national de Finlande, Jorma Uotinenrencontré vingt ans plus tôt à Thonon-les-Bains à l’occasion d’un concours international de Danse organisé par la regrettée Roselyne Gianola, dont il était l’hôte d’honneur. Le monde est petit…

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Et puis il y a la langue finnoise, sa musique si particulière, qui rappelle, en plus doux, le hongrois, les deux idiomes se rattachant au groupe dit des langues finno-ougriennes, qui ont leurs racines en Asie centrale, et qui ont très peu en commun avec les autres langues européennes. Impossible de comprendre une conversation simple, même de demander son chemin ou de commander un menu au restaurant (qui se dit ravintola). C’est un puissant stimulant pour apprendre, s’imprégner d’une langue…

Six mois après ce séjour hivernal à Helsinki, je revins dans ce pays, la capitale bien sûr mais surtout la Caréliel’été et ses nuits blanches, la maison et les paysages de Sibelius… J’y reviendrai.

Atterrissant jeudi à Tampere, un petit aéroport aménagé avec ce goût caractéristique des designers scandinaves, je retrouvai instantanément les sensations éprouvées treize ans plus tôt à Helsinki. Nuit noire à 16 h, ciel plombé chargé de bruine, Un hôtel moderne, une tour de 25 étages.

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La directrice générale de l’orchestre de Tampere s’excuse presque de cette triste météo, à cette époque de l’année c’est plutôt la neige et le manteau de lumière qui recouvre la ville. Après la répétition (voir Le Goncourt et la Finlande), nous partons dîner – il est plus de neuf heures du soir ! – dans un restaurant tournant resté ouvert tout exprès pour nous, au sommet de la tour Nasinneula, à 125 m de haut. Atmosphère irréelle, la ville en-dessous émerge par intermittences de la brume. Saumon, civet de renne, genièvre. Cuisine roborative, relevée. On a chaud au corps et au coeur.

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Vendredi soir, le concert est à 19 h (18 h heure de Paris), les deux soirées du 9 et du 10 novembre sont hors abonnement, elles ont été prises d’assaut. Carmina Burana fait partie de ces oeuvres si populaires qu’elles remplissent systématiquement sur les salles… sur un malentendu.

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IMG_0033Ce public nouveau, nombreux, très jeune ce soir dans la superbe salle de concert de Tampere, ne connaît de l’oeuvre de Carl Orff que le début et la fin.

Il va découvrir une oeuvre qui, sous la simplicité apparente de ses rythmes et de ses mélodies, est plus complexe et difficile qu’on ne l’imagine, en particulier pour les forces chorales – vendredi soir ils étaient près de 200 sur scène, trois choeurs et un choeur d’enfants rassemblés – et un challenge pour le chef. Avec Santtu-Matias Rouvali, j’ai eu le sentiment d’entendre d’une oreille neuve une oeuvre que le jeune chef finlandais dirigeait pour la première fois.

Autre surprise pour le public, les mélodies avec orchestre de Richard Strauss programmées en première partie, avec le baryton et la soprano solistes de Carmina Burana. Une formidable idée de Santtu-Matias Rouvali et une belle occasion d’entendre les moirures, les couleurs chaudes et la parfaite homogénéité des pupitres de l’orchestre philharmonique de Tampere. Bonheur sans mélange.

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Deux beaux doubles CD à conseiller :

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Les images de Tampere, la deuxième ville de Finlande, à voir ici : Le monde en images : Tampere

Yannick à Rotterdam

Belle surprise que cette publication estivale : un coffret de 6 CD composé d’inédits, de prises de concert, et proposé à petit prix. Pour célébrer les dix ans de direction musicale du chef québécois Yannick Nézet-Séguin à l’orchestre philharmonique de Rotterdam…et le centenaire de la phalange néerlandaise !

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Des enregistrements plutôt récents qui ne reflètent que partiellement la décennie YNZ à Rotterdam (mais il est vrai que les premiers enregistrements du jeune chef ont été réalisés pour EMI/Warner)

CD 1 Chostakovich: Symphonie n° 4 (déc. 2016)                                                                           CD 2 Mahler: Symphonie n°10 / éd. Deryck Cooke (avr. 2016)

CD3 Beethoven: Symphonie n° 8 (fév.2016) / Tchaikovski: Francesca da Rimini (nov. 2015) / Turnage: Concerto pour piano – Marc-André Hamelin – (oct. 2013)

CD 4 Bartók: Concerto pour orchestre (juin 2011)

Dvorak: Symphonie n°8 (déc. 2016)

CD 5-6 Bruckner: Symphonie n°8 (fév. 2016)

Debussy: Trois Nocturnes (déc. 2014)

Haydn: Symphonie n°44 « funèbre » (nov. 2012)

Tout a été dit et écrit sur le phénomène Nézet-Séguin (lire Eveil d’impressions joyeuses), une carrière prodigieuse, les postes les plus exposés (il prend les rênes du Met un an plus tôt que prévu, en raison du « scandale » Levine).

On se réjouit de découvrir ce coffret à tête reposée pendant les vacances qui approchent.

Le coffret est accompagné d’un bref livret trilingue (anglais, français, allemand). On aurait pu imaginer qu’un label aussi prestigieux que Deutsche Grammophon d’une part confie l’écriture et les traductions de ses textes de programme à des auteurs compétents, d’autre part qu’avant publication ces textes soient relus et éventuellement corrigés.

Apparemment, malgré la mention d’un nom de traducteur, on a dû faire appel à Google Trad pour le texte français. Le résultat est digne de figurer dans les meilleurs bêtisiers. Tout simplement illisible… qui rime avec risible !

Extraits : « Dès le départ, Nézet-Séguin donnait la sensation galvanisante que ses qualités spéciales réflétaient les propensions uniques de l’orchestre lui-même »….

La Huitième de Beethoven est une symphonie compacte, soigneusement équilibrée, qui porte son érudition avec légèreté »

Le reste à l’avenant…

Sous les pavés la musique (I) : Eugen sans gêne

La tendance de l’automne est aux gros pavés. Coup sur coup, les majors du disque nous proposent de superbes rééditions (à des prix presque cassés). Jochum, Munch, Harnoncourt…

Commençons par Eugen Jochum (1902-1987), incontournable figure et héraut de la culture germanique, toujours demeuré, quant à la notoriété, dans l’ombre des Böhm, Karajan ou Kubelik, pour ne citer que ses contemporains.

Deutsche Grammophon a, semble-t-il, entrepris de rééditer l’important legs discographique du chef allemand (ce que EMI/Warner a déjà fait pour les dernières gravures réalisées pendant la dernière décennie de sa carrière – cf.ci-dessous). Premier coffret dévolu au répertoire symphonique et concertant.

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42 CD reprenant des intégrales souvent célébrées des symphonies de Bruckner, de Brahms ou Beethoven (la première des trois que Jochum a gravées, partagée entre les orchestres de Munich et Berlin). Détail ci-dessous.

Alors pourquoi faut-il (ré)écouter Jochum ? Il ne faut surtout pas se fier à son look austère, voire sévère, très chapeau bavarois et culotte de peau.

Dans Bruckner, Brahms ou Haydn il fuit la grandeur hiératique, la solennité empesée, il est mobile, inventif, n’hésitant jamais à bousculer un tempo, à traquer l’humour du dernier Haydn. Plus « classique » dans Mozart ou Beethoven, il rappelle néanmoins les vertus d’une direction fluide, vivante. Dommage qu’on n’ait pas plus de témoignages enregistrés de Richard Strauss ou Wagner. Dommage encore qu’Universal n’ait pas inclus dans ce coffret les quelques enregistrements parus sous étiquette Philips, notamment les Symphonies et ouvertures de Beethoven gravées pour le bicentenaire du maître de Bonn (1970) avec le Concertgebouw d’Amsterdam.

 

Beethoven:

Symphonies Nos. 1-9 (complete) BRO*, BPO*

Violin Concerto in D major, Op. 61 (2 versions 1958 et 1962 avec Wolfgang Schneiderhan BPO

Piano Concerto No. 1 in C Major, Op. 15 (Pollini, VPO*)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 19 (Pollini, VPO)

Fidelio Overture Op. 72c

The Ruins of Athens Overture, Op. 113

The Creatures of Prometheus Overture, Op. 43

Brahms:

Symphonies Nos. 1-4 (Complete) (Hamburg, BPO)

Piano Concerto No. 1 in D minor, Op. 15 (Gilels, BPO)

Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 83 (Gilels, BPO)

Violin Concerto in D major, Op. 77 (Milstein, VPO)

Variations on a theme by Haydn for orchestra, Op. 56a ‘St Anthony Variations’

Bruckner:

Symphonies 1-9 (complete) BRO, BPO

Elgar:

Enigma Variations, Op. 36 LSO*

Handel:

Organ Concerto No. 4 in F major, HWV292, Op. 4 No. 4

Haydn:

Symphony No. 88 in G major BRO

Symphony No. 91 in E flat major + 98 BPO

Symphonies Nos. 93 – 104 (the London Symphonies) LPO*

Höller, K:

Symphonische Phantasie über ein Thema von Gerolamo Frescobaldi Op. 20

Sweelinck-Variationen, Op. 56

Mahler:

Das Lied von der Erde (Merriman, Haefliger, Concertgebouw)

Mozart:

Symphony No. 33 in B flat major, K319

Symphony No. 36 in C major, K425 ‘Linz’

Symphony No. 39 in E flat major, K543

Symphony No. 40 in G minor, K550

Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’

Violin Concerto No. 4 in D major, K218 (Martzy, RBO)

Serenade No. 13 in G major, K525 ‘Eine kleine Nachtmusik’

Serenade No. 10 in B flat major, K361 ‘Gran Partita’

Schubert:

Symphony No. 5 in B flat major, D485

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Symphony No. 9 in C major, D944 ‘The Great’

Sibelius:

The Tempest, Op. 109

The Oceanides, Op. 73

Night Ride and Sunrise, Op. 55

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Waltz Sequence No. 1 (from Der Rosenkavalier)

Schlagobers, Op. 70: Waltz

Wagner:

Parsifal: Prelude to Act 1

Lohengrin: Prelude to Act 1

Parsifal: Good Friday Music

RBO* = orchestre symphonique de la Radio Bavaroise / BPO* = orchestre philharmonique de Berlin / VPO* = orchestre philharmonique de Vienne / LSO* = orchestre symphonique de Londres / LPO* = orchestre philharmonique de Londres.

La comparaison entre les symphonies de Bruckner gravées de 1958 à 1964 pour Deutsche Grammophon, et celles enregistrées à la fin des années 70 avec la Staatskapelle de Dresde (dans le coffret ci-dessous) est passionnante. L’art d’un très grand chef à son apogée.

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La découverte de la musique (I): carnet tchèque

Ce blog va prendre un rythme estival, ce mois de juillet risquant d’être très chargé pour le directeur de festival que je suis – et comme je m’interdis d’être juge et partie, ce n’est pas ici qu’on trouvera la moindre critique des concerts à l’organisation desquels j’aurai participé. Je ne m’interdirai certes pas d’exprimer émotions et enthousiasmes, mais on s’arrêtera là.

Au fil de mes connexions, et comme le sujet revient souvent chez ceux, proches ou professionnels, qui m’interrogent, je reviendrai sur les grands moments de découverte de répertoires, de musiciens, d’oeuvres, d’interprètes, qui ont jalonné mon adolescence et… le reste de ma vie. Mon approche de la musique a toujours été d’abord sensible, avant d’être intellectuelle, littéraire ou musicologique. C’est ce que, faute de mieux, j’appelle « l’émotion première ».

J’ai passé les vingt premières années de ma vie à Poitiers. Un bon conservatoire, une excellente organisation des JMF (Jeunesses Musicales de France) qui m’a permis tant de découvertes – j’y reviendrai ici -, mais jusqu’à la création des Rencontres Musicales de Poitiers au début des années 70, très peu de concerts classiques. Souvenirs d’autant plus vifs de ceux auxquels j’ai pu assister.

Ainsi la découverte de la 8ème symphonie de Dvořák, avec un orchestre de Berlin-Est je crois, dirigé par Rolf Reuter, dans l’acoustique improbable du Parc des Expositions de la Couronnerie (il n’y avait aucun autre lieu apte à accueillir un orchestre symphonique !).

Quel choc ! La toute première fois que j’entendais en vrai un grand orchestre qui sonnait large et puissant. Je n’étais pas en mesure de porter un jugement critique sur ce que j’entendais, mais j’ai été suffisamment bouleversé par cette symphonie de Dvořák, pour aussitôt la commander à un club de disques suisse (Ex Libris), qui proposait en « nouveauté » la version de Rafael Kubelik et de l’Orchestre philharmonique de Berlin.

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J’ai depuis lors découvert bien d’autres versions, mais j’ai toujours gardé un attachement particulier à celle-ci, et à l’intégrale des symphonies que le chef tchèque a gravée à Berlin.

Mon trio de tête :

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Débats (f)utiles

Vive le café du commerce mondial ! Tout le monde s’exprime sur tout à tout moment sur tous les réseaux possibles.

Comme par exemple sur les deux événements – sans aucune commune mesure – que j’évoquais hier (La bonne nouvelle).

La tuerie d’Orlando a logiquement déclenché une vague d’émotion, de colère, d’indignation. Mais comme si ce n’était pas suffisant à notre douleur, d’aucuns s’en sont pris au traitement de l’information immédiate, jugeant scandaleuses la prudence des premiers commentaires et la gêne éprouvée, selon eux, par certains médias à évoquer clairement la cible visée : les homosexuels qui faisaient la fête dans une boîte gay. A inévitablement resurgi le débat sans fin sur la visibilité, le sentiment d’appartenance à une communauté, de ceux qu’on regroupe sous un affreux acronyme, les LGBT. Un journal télévisé s’est même fendu d’un reportage dans le Marais, le « quartier gay » – sic – de la capitale. Il doit y avoir longtemps que le journaliste n’est pas venu dans les parages, où les uns après les autres, les bars, boutiques, restaurants ouvertement gay il y a vingt ou trente ans, ont fait place à des magasins de mode,  des enseignes passe-partout. Ne subsistent plus que quelques adresses historiques qui font encore de la résistance…

Mais n’est-ce pas la conséquence logique de la normalité revendiquée par les homosexuels eux-mêmes ? C’est assez paradoxal de reprocher aux médias de « passer sous silence » – pour reprendre une expression lue maintes fois – le caractère anti-homosexuels de l’attaque terroriste d’Orlando, et en d’autres circonstances de revendiquer le droit à l’indifférence.

Gay ou pas, ce sont 49 morts scandaleuses, révoltantes. 49 morts de trop.

Evidemment l’autre débat, ouvert sur Facebook entre autres, est sans commune mesure avec ce qui précède, mais il intéresse une autre communauté, un microcosme, le « milieu » musical : la nomination d’Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France. 

A longueur de colonnes de journaux – au point que c’était devenu un marronnier – on se lamentait depuis des années sur l’absence de chefs français à la direction des grands orchestres parisiens (parce qu’en province, on a tout de même eu Lombard à Strasbourg et Bordeaux, Casadesus à Lille, Baudo et Krivine à Lyon, Plasson à Toulouse, et d’autres encore !). Depuis le départ de Jean Martinon en 1973, plus de Français au National, idem au Philharmonique après la fin du mandat de Gilbert Amy, et à l’Orchestre de Paris depuis la mort de Munch en 1968.

La présence de huit chefs français dans la saison 2016/2017 de l’Orchestre National marque un tournant spectaculaire – qui en parlé ? aucun de nos commentateurs patentés ! La nomination d’Emmanuel Krivine, à la suite d’un processus qu’il ne me revient pas d’évoquer ici, mais dont le chef a lui-même parlé dans certains journaux, est quand même une nouvelle dont on devrait logiquement se réjouir dès lors qu’on s’est si longtemps lamenté. Au lieu de cela, on mélange tout, la personnalité du chef – on a parfaitement le droit de ne pas aimer – des traits de caractère qui appartiennent au passé, la politique (ou l’absence de politique) musicale de Radio France. Et, comme souvent, ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en savent le moins.

Si une saison musicale est l’expression d’une politique musicale, d’une orientation artistique, alors j’invite les plus critiques à découvrir attentivement la prochaine saison 16/17 des quatre formations musicales de Radio France. Tous ceux qui l’ont voulue et préparée peuvent en être fiers, parce qu’elle exprime parfaitement les missions de service public et les identités musicales des deux orchestres, de la Maitrise et du Choeur (La saison 16/17 de Radio France)

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Suites et conséquences : les Français enfin

Ce n’est pas la durée qui fait l’importance d’une fonction ou d’une responsabilité, c’est les changements qu’on imprime, les initiatives qu’on prend.

Rappelez-vous, la critique musicale n’a eu longtemps de cesse de dénoncer l’absence de musique française et de chefs français dans les programmes des orchestres parisiens, et particulièrement ceux de Radio France. Certes les tubes de Ravel, Debussy, Berlioz et basta.

J’aurai au moins réussi à convaincre les directeurs musicaux et les équipes artistiques des formations de Radio France de se réapproprier des répertoires parfois négligés durant de nombreuses années.

Tout récemment Mikko Franck dirigeait un mémorable concert composé de L’enfant et les sortilèges de Ravel et de l’Enfant prodigue de Debussy (Mikko Franck Ravel et Debussy). 

Mais, compte-tenu des délais de préparation d’une saison, c’est naturellement à partir de la saison 16/17 que les décisions prises de faire une place beaucoup plus importante – et légitime ! – à la musique française notamment dans la programmation de l’Orchestre National de France, produisent leurs effets (La saison 2016/17 de Radio France). Et pour la première fois depuis très longtemps, 6 chefs d’orchestre français sont invités à l’ONF dans une même saison, les mêmes qui font de brillantes carrières dans le monde entier et qui étaient encore rares dans leur pays natal.

A Stéphane Denève l’honneur d’ouvrir le ban avec deux magnifiques programmes exclusivement français (Ibert, Schmitt,  Saint-Saëns, Ravel, Milhaud, Connesson, Poulenc…)

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Stéphane Denève qui avait signé avec Eric Le Sage, Frank Braley et l’orchestre philharmonique de Liège la référence moderne des concertos de Poulenc, qui reste un bestseller souvent réédité par Sony.

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Deux semaines après Stéphane Denève, c’est un autre jeune chef français, Fabien Gabel qui dirige Debussy, Berlioz et Richard Strauss au théâtre des Champs-Elysées (Fabien Gabel / ONF).

Jean-Claude Casadesus continuera de fêter ses 80 printemps avec un programme emblématique (Jean Claude Casadesus / ONF)

Lui succèdera un autre octogénaire, Bernard Haitink, qui a lui-même composé son programme. Eloquent ! Gloria de Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé de Ravel !

HAITINK Bernard @Clive Barda

Emmanuel Krivine peut bien se permettre des échappées orientales, lui qui a si souvent et excellemment servi la musique française (Krivine / Rachmaninov / Dvorak) et qui continuera, on l’espère de toutes ses forces, à s’en faire le héraut avec l’ONF.

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Au printemps c’est Alain Altinoglu qui avec Anne Gastinel, proposera Prokofiev, Bloch, Dutilleux et Roussel (Altinoglu / ONF / Gastinel).

Puis un beau doublé pour Louis Langrée : une série de représentations de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Elysées (Pelléas et Mélisande / Louis Langrée), et un concert avec Nelson Freire (dans le 4ème concerto de Beethoven) et, en écho à Debussy, le poème symphonique de Schoenberg... Pelléas et Mélisande (Schoenberg / Pelléas / Langrée)

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Du côté de l’Orchestre philharmonique de Radio France, le répertoire français et notamment les compositeurs du XXème siècle ne seront pas négligés, bien au contraire. Et on peut faire confiance à Sofi Jeannin, la cheffe des deux formations vocales de Radio France, le Choeur et la Maîtrise, pour exciter la curiosité du public et lui livrer Fauré, Duruflé, Messiaen, et tant d’autres.

Comme je l’écrivais hier (Suites et conséquences), il faut parfois croire que l’impossible est possible….