La musique « contemporaine » (suite)

Je ne les avais pas réentendus depuis trois ans et une mémorable tournée en Chine et en Inde (lire Nouveaux publics). Les musiciens de l’Orchestre de la Suisse romande étaient hier soir à la Seine musicale – le nouveau vaisseau musical parisien, inauguré il y a deux ans, amarré sur l’île Seguin

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J’avais deux raisons supplémentaires d’assister à ce concert : la présence de l’ami Emmanuel Pahud

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et la première française du concerto pour flûte Memento vivere– créé la veille à Genève – d’Éric Montalbetti

Eric Montalbetti qu’on a bien connu comme directeur artistique de l’Orchestre philharmonique de Radio France, de 1996 à 2014, s’adonne depuis cinq ans à une passion restée secrète mais qui l’a toujours nourri, la composition (Journal intime)Et avec un succès manifeste.

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On entendra d’ailleurs Tedi Papavrami jouer sa sonate pour violon seul le 16 juillet prochain dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Hier soir, on attendait de voir et d’entendre comment ce nouveau concerto allait sonner dans l’acoustique généreuse de la Seine musicale, sous la direction d’un expert, le chef Jonathan Nott, actuel directeur musical de l’OSR, et bien connu à Paris pour avoir dirigé l’Ensemble Intercontemporain de 1995 à 2000.

Comme je l’ai déjà raconté ici (La musique « contemporaine ») toute création est une aventure, pour les interprètes comme pour le public. Une évidence : Montalbetti sait orchestrer « à la française », jouer des transparences du grand orchestre comme Ravel ou Debussy. La flûte, qui se maintient dans les registres grave ou médian, est superbement soutenue, jamais écrasée, par un orchestre scintillant, qui ne cherche ni l’effet gratuit ni le conflit avec le soliste. Emmanuel Pahud y est évidemment à son affaire, on ne sait plus quel superlatif utiliser à son endroit ! Le public, malheureusement trop peu nombreux, a fait une ovation méritée à l’oeuvre, au compositeur et à ses interprètes.

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Me revient un souvenir, qui montre qu’une création n’est pas toujours réussie du premier coup et peut évoluer. Je suis à Genève, le 13 octobre 2005, lorsque le même Orchestre de la Suisse romande, crée, sous la baguette de Pascal Rophéune oeuvre concertante du compositeur suisse  Michael Jarrell avec pour solistes un trio de choc, Emmanuel Pahud déjà, le clarinettiste Paul Meyer et le hautboïste François Leleux. À l’issue du concert, les trois solistes me demandent ce que j’ai pensé de l’oeuvre et de leur prestation. Je leur réponds sans détour : Je ne vous ai pas entendus ! Lorsque je me trouve face à Michael Jarrell, je lui dis à peu près la même chose : Dommage d’avoir un tel trio et de ne pas l’avoir mieux mis en valeur. Il est toujours délicat de dire ces choses à un compositeur, mais ce n’est pas rendre service à un créateur que de ne pas dire ce qu’on pense !

Ces critiques n’ont sans doute pas été inutiles, puisque, lorsque l’oeuvre a été redonnée, cette fois, à Liège et à Bruxelles (dans le cadre d’Ars Musica), en avril 2008, avec les mêmes solistes, le même chef… et l’Orchestre philharmonique royal de Liège dont Pascal Rophé était entre temps devenu le directeur musical, l’impression fut tout autre. Jarrell avait retouché l’orchestration, les tessitures de ses solistes, bref avait redonné de l’air à son prestigieux trio, sans dénaturer évidemment le sens de ses Sillages…

On signale ce coffret « anniversaire » publié à l’occasion du centenaire de l’OSR (lire Suisse et centenaire, un peu chiche (5 CD), c’est un euphémisme, pour célébrer une aussi riche histoire, mais quelques « live » qui ne sont pas sans intérêt.

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L’aventure France Musique (VI) : un Premier janvier au Grand Hôtel

Devenu directeur de France Musiqueje me suis retrouvé de facto interdit d’antenne, selon une règle non écrite, mais strictement appliquée par les gardiens du temple : le responsable de la chaîne n’avait pas le droit de priver les producteurs d’un précieux temps d’antenne… Pourtant lorsque je voulus faire des journées spéciales pendant les fêtes de fin d’année, les volontaires ne se bousculaient pas au portillon, sauf à faire une antenne entièrement pré-enregistrée !

Heureusement il y avait quelques exceptions, des producteurs toujours prêts au direct, à la musique vivante ! Comme Arièle Butaux, à qui j’avais proposé d’animer avec moi toute une journée autour de la Valse (lire Capitale de la nostalgie). Arièle n’était pas vraiment emballée à l’idée de passer toute une journée en studio, même pour commenter le concert de Nouvel an en direct de Vienne.

C’est alors qu’elle vint me trouver avec une idée lumineuse, qui lui était venue de la lecture d’un article sur le Bal des débutantes : le Grand Hôtel, voisin de l’Opéra Garnier à Paris, dispose d’une splendide salle de bal conçue par Charles Garnier.

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Pourquoi ne pas y organiser une grande après-midi en direct, ce 1er janvier 1995, avec tous les artistes qui voudraient tenter l’aventure, et bien sûr en public ?

Rendez-vous fut pris avec les responsables du Grand Hôtel, très flattés que France Musique veuille créer un événement de ce genre. Il fallait ensuite convaincre les équipes techniques de Radio France de s’engager dans l’aventure un jour férié, en rupture avec toutes les habitudes de la maison. Il n’y aurait pas de répétition ni de « balance » préalables, alors même qu’on ignorait le programme de ces trois heures de direct ! Le principe avait été établi avec les artistes : vous venez seul ou accompagné, vous proposez ce que l’humeur du jour vous suggère. Du complet direct, sans filet !

Et pour être sans filet, ce le fut pendant trois heures. D’abord l’affluence du public ! Le Grand Hôtel dut appeler en urgence du personnel de sécurité. Les musiciens, même ceux qui ne s’étaient pas annoncés, se pressaient pour jouer. D’autres – je pense à Paul Meyer qui s’était coupé un doigt en voulant sabrer littéralement le champagne ! – s’étaient fait porter pâles. Eric Le Sage, pour remplacer le clarinettiste défaillant, me mit au défi de faire le récitant de l’Histoire de Babar de Poulenc, comme ça sans répétition et en direct ! Arièle accepta de partager le rôle. Et, en lecture à vue, sans même avoir le temps de sentir monter le trac, nous y allâmes de bon coeur. J’avais déjà connu des directs hasardeux, mais celui-ci fut sans doute le plus périlleux de ma vie de radio !

Je ne pouvais pas me douter, alors, qu’Eric Le Sage viendrait, huit ans plus tard, enregistrer à Liège, avec Stéphane Denève, Frank Braley et l’Orchestre philharmonique de Liège, la version qui fait toujours référence des concertos de Poulenc.

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Je n’ai pas retrouvé, dans les archives de l’INA, l’enregistrement de ce 1er janvier si spécial. Il doit pourtant exister…

Autre souvenir de ce jour de l’An 1995, une séquence de valses inconnues, pour sortir des  viennoiseries : je me rappelle la surprise et l’émotion qui avaient gagné Arièle Butaux et les techniciens en studio lorsqu’on diffusa cet extrait de la symphonie In Memoriam de Schnittke, dont j’avais eu le bonheur d’entendre la création française quelques années plus tôt à Evian

Ému je le suis maintenant de découvrir, sur Youtube, la version de la création, celle du grand chef disparu cette année, Guennadi Rojdestvenski (lire L’imprononçable géant).

Un mot du concert de Nouvel an 2019, dirigé hier par Christian ThielemannLe chef allemand a ses partisans, même dans ce répertoire. Beaucoup d’autres, dont je suis, l’ont trouvé lourd, raide, ennuyeux (ces ralentis, ces rubatos incessants, qui cassent la ligne, coupent les jambes aux danseurs), là où Carlos Kleiber faisait pétiller et valser… Mais il y a bien longtemps qu’on n’a plus atteint les sommets de 1989 et 1992…

On annonce, pour le 1er janvier 2020, la présence au pupitre des Wiener Philharmoniker, du jeune Andris Nelsons… Du renouveau en perspective ?

En approche

J’aime bien ce titre du Metropolitain : Festival Radio France, en approche

Mardi dernier, une actualité qui faisait le grand écart entre l’attaque terroriste de Liègele récital de Sonya Yoncheva, la visite de François Hollande à la librairie Sauramps et un rendez-vous avec le public et la presse au Gazette Café de Montpellier.

J’avais bien entendu quelques remarques, plus amicales que critiques, sur le choix qui avait été fait d’annoncer l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM) le 16 mai, lors d’un rendez-vous parisien exceptionnel, puisque organisé au siège de la Garde républicaine ! (lire : Conférence de presse)

Mais Paris n’excluait pas Montpellier, bien au contraire. Et j’avais réservé pour cette rencontre du 29 mai une surprise pour les présents au Gazette Café : Paul Meyer, ami et complice de tant d’aventures musicales et humaines.

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Extraits du papier du Métropolitain sur cette présentation du #FestivalRF18

« Le directeur du festival a laissé libre cours à sa folie pour mettre sur un pied un programme à la fois dense (175 concerts, souvent gratuits, dans 60 lieux à travers le territoire languedocien), varié (opéras, concerts symphoniques, musique de chambre, récitals et jazz, sans oublier le festival Tohu-Bohu) et surtout un peu déjanté, ou original, c’est selon… 

La chanson française à l’honneur

L’originalité commence avec ce drôle d’intitulé, « Douce France » ? Parce que, d’abord, ce 34ème festival reprend le titre d’une célèbre chanson de Charles Trenet pour faire la part belle à la chanson française, du Fou Chantant à Jacques Brel, en passant par Barbara, Aznavour, Gainsbourg, Legrand ou encore Stromae.

Deux grands spectacles dédiés à la chanson françaises sont programmés les 15 et 16 juillet à Montpellier et au Garric (Tarn). Mais aussi parce que le festival 2018 rend hommage à des compositeurs étrangers qui ont vécu en France : Chopin, Liszt, Offenbach… « Satie, Poulenc, Chausson, Saint-Saëns, Ravel, Fauré ou encore bien évidemment Claude Debussy sont également au programme lors d’une soirée « mélodie française », avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa et le pianiste Fazil Say », précise le directeur.

La Garde Républicaine a du choeur… « J’avais envie de faire venir la Garde républicaine à Montpellier. C’est fait ! (rires). Elle sera l’hôte d’honneur du festival 2018 avec 140 musiciens et choristes sur scène ! Elle ouvrira le bal dès le 10 juillet à Montpellier pour 6 dates. Et parmi celles-ci, une création : le 26 juillet proposera un spectacle particulier avec la symphonie humoristique Les cris de Paris, de Jean-Georges Kastner, contemporain de Berlioz, sous la direction d’Hervé Niquet »….

Focus sur la nouvelle génération

« Mais le rôle du Festival Radio France est aussi de soutenir la musique contemporaine », reprend Jean-Pierre Rousseau. A Montpellier, des compositeurs représentant la nouvelle génération seront à l’honneur : Sophie Lacaze, Benjamin Attahir, Karol Beffa, Guillaume Connesson et Éric Tanguy. « La force d’un festival, c’est aussi la prise de risque et la volonté de faire découvrir des œuvres », ajoute le directeur : « Nous proposerons trois recréations d’œuvres françaises des 18ème et 19ème siècles. Outre les Cris de Paris, le festival présentera Issé et Kassya ».

Chemin faisant vers Compostelle

Toujours pour les mélomanes, de la folie encore avec le programme spécial « Chemin de Saint Jean de Compostelle », comme un hommage à l’Occitanie. Le festival proposera 6 concerts le même soir (le mercredi 25 juillet à 21h) le long du célèbre chemin dans des villes étapes célèbres : Montpellier, Villeuneuve d’Aveyron, Saint Gilles, Cahors, Conques et Arles-sur-Tech. « C’est aussi l’occasion de fêter le 20ème anniversaire de l’inscription du Chemin de Saint Jean de Compostelle au patrimoine mondial de l’Unesco »

555 sonates, presque démoniaque

Enfin, on ne peut pas passer sous silence le pari dingue de Marc Voinchet, le directeur de France Musique… Durant toute la durée du festival, l’intégralité des 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti seront interprétées dans 13 lieux différents en Occitanie, soit 35 concerts avec 30 instrumentistes, parmi lesquels Lars-Ulrik Mortensen, Paolo Zanzu, Frédérick Haas et Arnaud de Pasquale… (Metropolitain31 mai 2018).

Le mal aimé de l’orchestre

C’est l’instrument qui a toujours suscité le plus d’ironie et de blagues dans l’orchestre, c’est l’instrument presque toujours dans l’ombre, dans l’entre-deux, et pourtant sans lui le quatuor – le coeur vibrant de l’orchestre – n’existe pas : l’alto

On trouve même plusieurs sites recensant tout ce que cet instrument a nourri comme petites et grandes histoires, comme cette Grande anthologie des blagues d’altiste.

C’est la première fois (!), sauf erreur de ma part, que tout un coffret est consacré à cet instrument et à l’un de ses serviteurs les plus emblématiques, le magnifique Gérard Caussé

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Le titre du coffret pourrait tromper sur la nature de ce musicien. Gérard Caussé c’est le contraire d’une star – à la différence par exemple du flamboyant Yuri Bashmet, c’est le parfait collègue, complice, ami, c’est la générosité faite musique. J’ai eu la chance de l’accueillir plusieurs fois à Liège, pour des concerts ou pour des enregistrements auxquels il venait prêter la voix si sensuelle et profonde de son alto.

Ce coffret Warner/Erato est d’autant mieux venu, qu’il nous permet de redécouvrir des versions et des artistes qu’on avait perdus de vue, je pense au pianiste François-René Duchâble ou au violoniste Pierre Amoyal. Quelle émotion aussi de retrouver ce beau disque, paru chez Mirare, de sonates russes avec la si regrettée Brigitte Engerer (lire Pour Brigitte!

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Ce coffret-anthologie, pour généreux qu’il soit, est évidemment loin d’embrasser la carrière discographique de Gérard Caussé, mais il en donne un bel aperçu.

 

Victoires jubilaires

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Alors que j’avais émis quelques réserves l’an dernier (lire Quelles victoires ?) je dois saluer la réussite des 25èmes Victoires de la musique classique qui ont eu lieu hier soir dans le cadre magique de la Grange au Lac d’Evian.

Sans doute parce que tant de souvenirs m’attachent à ce lieu, à l’inauguration duquel j’avais assisté. J’ai déjà évoqué ici l’âme et l’instigateur de cette Grange au Lac (lire Anniversaires 90 + 175 :

« Evian d’abord où le grand patron d’industrie Antoine Riboud s’était entiché de Slava, dont il avait fait, en 1987, le président et l’âme des Rencontres Musicales d’Evian (fondées en 1976 par Serge Zehnacker) et à qui il avait offert une salle de concert hors norme dans le parc de l’hôtel Royal, la Grange aux Lacs.

Beaucoup de souvenirs pas seulement musicaux de ces retrouvailles annuelles, auxquelles j’assistais en voisin. J’y reviendrai, tant il y en eut d’émouvants, d’agaçants ou de cocasses. L’un me revient à propos de Pierre Bouteiller : celui-ci n’était jamais le dernier à courir les cocktails d’après-concert, surtout lorsqu’ils avaient lieu au Royal. A l’heure où la plupart des convives rassasiés partaient se coucher, Pierre se mettait au piano près du bar et jouait des standards de jazz…

Autre souvenir lié à l’inauguration devant un parterre très people de la Grange aux Lacs. La soirée avait été particulièrement pluvieuse, les abords immédiats de la salle n’étaient pas achevés, et c’est sur des chemins de terre détrempés que les invités devaient rejoindre le dîner au Royal en contrebas. Sortant par hasard de la salle à côté de Raymond Barre, j’entendis l’ancien Premier ministre s’exclamer : « Ce n’est pas la Grange aux lacs ce soir, c’est la grange aux flaques » !

La soirée d’hier était aussi mieux rythmée, plus courte (relativement, puisque terminée à 23h30). Leila Kaddour-Boudadi a de loin surclassé ses consoeurs stars de la télé qui s’étaient naguère essayées avec nettement moins de bonheur à l’exercice délicat de la présentation de cette soirée et bien entendu Frédéric Lodéon nous a encore servi des anecdotes dont il a le secret, après avoir avoué que ce serait la « der des der » et qu’il était temps pour lui de transmettre le flambeau après 17 ans de présentation des Victoires de la musique classique.

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Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière.

IMG_4503(Bruno Philippe en pleine discussion avec le pianiste Jérôme Ducros)

IMG_4512Que Sabine Devieilhe ait raflé deux Victoires n’aura étonné personne !

On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition, mais on est heureux qu’après Thierry Escaich l’an passé, ce soit Karol Beffa qui ait été honoré hier soir.

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Et puis il faudrait remercier Paul Meyer, Nelson Goerner, Anna Vinnistakaia, Lucas Debargue, et tous les autres, des moments rares de musique qu’ils nous offerts, exercice particulièrement périlleux dans ce genre de soirée télévisée. On me pardonnera d’avoir à mon tour succombé – après plus de 2 millions de personnes qui l’ont vu sur les réseaux sociaux – à la voix, au talent, au charme du contre-ténor polonaos Jakub Józef Orlinski

Toute la soirée est à revoir/réentendre sur francemusique.fr25èmes Victoires de la musique classique (mais contrairement à ce qu’indique le site de France Musique, ce n’est pas l’Orchestre national mais celui de l’Opéra de Lyon qui officiait hier soir)

28276254_1477216289072764_142791242358761763_n(Nelson Goerner après un Clair de lune de Debussy gorgé de poésie)

IMG_4511(Paul Meyer jouant un extrait du concerto de Thierry Escaich).

Enfin nul n’oubliera la prestation survoltée de Barbara Hannigan, chef et soliste d’un arrangement de Girl crazy de Gershwin

Tous les détails du palmarès de ces 25èmes Victoires ici : Le palmarès des 25èmes Victoires de la musique classique

 

La fête de l’orchestre

Semaine faste pour les amoureux de l’orchestre à Paris. Et dans les trois salles de concert de la capitale.

Samedi dernier l’orchestre philharmonique de Berlin et Simon Rattle à la Philharmonie de Paris (lire Berlin à Paris)

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Jeudi soir, à l’auditorium de la Maison de la radio, concert doublement inaugural : le premier de la saison 17/18 de Radio France, et surtout le premier d’Emmanuel Krivine comme directeur musical de l’Orchestre National de France. Le public du Festival Radio France avait déjà eu comme un avant-goût de la relation très forte qui s’est nouée entre le chef français et le « National » (Salut les artistes)

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Programme emblématique de la ligne artistique qu’entend promouvoir le premier chef français de l’ONF depuis Jean Martinon. Webern (Passacaille), Richard Strauss (Vier letzte Liederet la Symphonie de Franck.

Un long mariage après la lune de miel décrite par Diapason ? On l’espère, on le souhaite.

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DJJst26WAAAVTbS(Emmanuel Krivine salué par Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Mathieu Gallet, PDG de Radio France à l’issue du concert du 7 septembre)

La fête de l’orchestre se poursuivait hier soir, dans le nouvel auditorium de la Seine Musicalele vaste paquebot arrimé à l’île Seguin à Boulogne, inauguré en avril dernier (voir La Seine Musicale inaugurée)Une salle qui confirme ses qualités acoustiques, précision, chaleur, malgré l’effectif orchestral imposant du programme choisi par Louis Langrée et le Cincinnati Symphony Orchestra pour l’avant-dernier concert de leur triomphale tournée européenne : On the Waterfront de Bernstein, le Lincoln Portrait de Copland (une oeuvre créée par l’orchestre de Cincinnati et donnée ici dans sa version française avec Lambert Wilson comme récitant) et la Cinquième symphonie de Tchaikovski.

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Bonheur évidemment de retrouver Louis Langrée avec « ses » musiciens américains, curiosité aussi. Comment cette phalange si typiquement chaleureuse, dense et ronde, moins brillante – d’autres diraient moins clinquante – que certaines de ses concurrentes, allait sonner sous la houlette d’un chef qu’on a tant fréquenté et entendu avec des formations européennes (Liège, Paris, Berlin, Vienne, Londres, etc.) ? Comme toujours avec Louis Langrée, la partition même la plus connue (Tchaikovski) semble (re)naître, des traits, des lignes mélodiques, des détails rythmiques nous sont révélés, mais insérés dans une grande arche, un mouvement inépuisable, irrésistible.

IMG_2035(Paul Meyer, Pascal Dusapin et Florence Darel impatients de découvrir l’acoustique de l’auditorium de la Seine Musicale et d’entendre le Cincinnati Symphony et Louis Langrée)

Le concert avait commencé par Bernstein, les musiciens américains et leur chef l’ont terminé par Bernstein, et son ouverture de Candide

 

Du bon usage des anniversaires

Les anniversaires me rasent en dehors du cadre strictement privé. Dans le domaine public, ils font office de politique – les sorties de livres, disques, films sont désormais rythmées par les commémorations et anniversaires en tous genres. Le reste du temps, morne plaine ou presque.

Mais l’amitié commande parfois qu’on se plie au rituel, et de bonne grâce lorsque la musique est au rendez-vous. Ce fut le cas à deux reprises ces derniers jours, et pour un anniversaire « rond » : deux nouveaux jeunes sexagénaires.

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Michel Dalberto, sur qui les ans semblent n’avoir aucune prise, se et nous surprenait à improviser avec ses jeunes compères (Ismaël Margain et Thomas Enhco sur la photo) et bien d’autres musiciens invités par Dominique O. dans la chaleur d’un beau soir d’été. Depuis son succès au concours Clara Haskil en 1975, Michel tient une place éminente et singulière dans un univers musical qui n’aime rien tant qu’étiqueter et classer. Une demande, une supplique à Warner : pourquoi ne pas justement saisir l’opportunité de cet anniversaire pour rééditer ces merveilleux Mozart, Schubert, Schumann parus sous label Erato ? (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/04/11/grand-piano/)

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L’autre jeune sexagénaire est Pascal Dusapin : ses 60 ans sont abondamment fêtés dans toute l’Europe (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/04/04/premieres/). Mais la soirée d’hier, il ne l’avait pas prévue : ses amis compositeurs, artistes, musiciens, son éditeur, la SACEM, s’étaient donné le mot en grand secret. Ce 22 juin, nous devions tous nous retrouver au théâtre des Bouffes du Nord et faire la surprise à Pascal.

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C’est peu dire qu’il fut submergé par l’émotion, après avoir vu défiler compagnons et amis de longue date : Geoffrey Carey, Karen Vourc’h, Paul Meyer, Diego Tosi, François Girard, Christophe Manien, Vanessa Wagner, Juliette Hurel, Olivier Cadiot, Françoise Kubler, Armand Angster, Alain Planès, Nicolas Hodges, Georg Nigl, et last but non least, Lambert Wilson et la nouvelle Madame Dusapin à la ville, Florence Darel, dans un extrait de Fin de partie de Becket, et surtout le formidable Anssi Karttunen offrant sur son violoncelle 60 notes pour Pascal Dusapin, une « suite » commandée à une dizaine de compositeurs, dont la plupart étaient présents (Eric Tanguy, Alexandre Desplat, Kaja Saariaho, George Benjamin, Philippe Schoeller, Magnus Lindberg, Michael Jarrell, etc.).

Ce fut comme on aime, très peu officiel, surtout pas mondain, simplement amical.

Voyant Michel Orier, aujourd’hui directeur général de la Création artistique au Ministère de la Culture, à l’époque directeur de la Maison de la Culture MC2 Grenoble, et Laurent Bayle, patron de la Philharmonie, alors directeur de la Cité de la Musique de Paris, je ne pouvais manquer de me rappeler le pari fou qu’ils avaient fait l’un et l’autre de proposer en concert l’intégrale des 7 Solos d’orchestre de Pascal Dusapin avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et Pascal Rophé. C’était les 27 et 28 mars 2009 (http://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=5477) quelques semaines avant la sortie d’un double CD dont le compositeur avait été le directeur artistique aussi attentif qu’exigeant.

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Beaucoup plus personnel, ce 23 juin c’est un double souvenir : il y a trois ans, au matin du jour du mariage de mon fils aîné, j’apprenais le décès d’une autre amie de longue date, Brigitte Engerer