La fête à Lenny

Je ne reviendrai pas sur la Fête de la MusiqueJe n’ai rien à changer à ce que j’écrivais il y a deux ans : Fête ou défaite de la musique.

C’est à une tout autre fête que nous convie le numéro de juin-juillet de Diapason : la célébration d’un génie du XXème siècle, dont on commémorera le centenaire de la naissance le 25 août prochain, Leonard Bernstein.

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La une du magazine n’est, en l’occurrence, ni racoleuse, ni mensongère. Le dossier constitué sous l’égide – inattendue – d’Ivan Alexandre, dont on ne savait pas qu’il fût un spécialiste voire un fan de Bernstein, est un must. Pour embrasser toutes les facettes d’un génie protéiforme : pianiste, chef d’orchestre, compositeur qui s’est essayé à tous les genres, pédagogue, une vie personnelle au diapason de ses passions multiples.

Le Festival Radio France propose, cet été, du 16 au 27 juillet, de redécouvrir plusieurs aspects de la personnalité de Bernstein : des extraits de la série légendaire, jamais égalée,  parfois imitée, des Young People’s Concerts, des vidéos de répétitions et de concerts dirigés par Leonard Bernstein.

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Les éditeurs historiques (Sony ex-CBS, Deutsche Grammophon) ont mis le paquet pour célébrer ce centenaire pas comme les autres.

Il y a quelques mois, Sony proposait un coffret de 100 CD – avec pochettes originales, donc minutages chiches – « remastérisés » (voir : Bernstein remastered

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après avoir réédité déjà deux coffrets format 33 tours, comportant, pour le premier, la totalité des symphonies gravées pour l’essentiel à New York (voir Bernstein forever), pour le deuxième les oeuvres orchestrales et concertantes (voir Bernstein Centenary), un troisième et dernier est annoncé pour septembre avec les oeuvres vocales et chorales. Un fabuleux legs !

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Quant à DGG, après avoir imité Sony, en reprenant en 2 coffrets format 33 t. la totalité des CD parus sous l’étiquette jaune (voir Leonard Bernstein Collection), nous est proposé – à un prix relativement modéré pour un objet de cette qualité – un gros coffret reprenant l’intégralité des CD et des DVD – ainsi qu’un DVD Blu-ray audio des symphonies de Beethoven – parus sous étiquette DGG et Decca (y compris les premiers enregistrements Decca américains) :

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Chez Warner, on nous annonce pour septembre un coffret particulièrement bienvenu pour rappeler la collaboration du chef américain avec l’Orchestre National de France 

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(Voir tous les détails de la discographie de Bernstein iciBernstein Centenary)

Les livres aussi – en plus des magnifiques ouvrages contenus dans les gros coffrets DGG et Sony – nous dévoilent les facettes, parfois cachées, d’un personnage unique en son temps.

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Renaud Machart avait déjà consacré une belle monographie à Bernstein dans la collection Actes Sud / Classica. Il annonce pour la rentrée un second opus, qui nous restitue, longuement préfacées par ses soins, les six conférences données par le chef compositeur à Harvard en 1973. Fondamentales pour comprendre en quoi Bernstein fut le plus grand et le meilleur « vulgarisateur » de la musique.

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Intéressant aussi ce petit ouvrage de souvenirs du journaliste Jonathan Cott.

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Parmi les centaines de vidéos, heureusement disponibles sur les réseaux sociaux, il y a l’embarras du choix.

Cette Neuvième de Beethoven, captée quelques mois avant la mort de Bernstein, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin :

Et celle-ci, vue des millions de fois, montrant le showman, le cabotin que Bernstein ne répugnait pas à être (et quelle leçon de direction !)

Et encore cette prodigieuse version de la Symphonie de Franck, avec l’Orchestre National en 1982 :

 

Il y a soixante ans, un Texan conquiert Moscou

13 avril 1958, la date ne dit plus rien à personne. On est pourtant en pleine guerre froide, l’affrontement entre l’Union Soviétique et les Etats-Unis qui culminera en 1961 avec l’érection du Mur de Berlin et en 1962 avec la crise des missiles de Cuba.

13 avril 1958 : un jeune Texan de 21 ans remporte le premier Concours Tchaikovski de Moscou. Harvey Lavan Cliburn plus connu par le diminutif de son prénom Van Cliburn

Je viens de revoir le film-portrait que Peter Rosen a consacré en 2001 au pianiste aussitôt entré dans la légende.

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On a peine à imaginer aujourd’hui ce que ce prix a représenté, pas seulement dans le monde de la musique, mais dans l’histoire politique de l’après-Seconde guerre mondiale. Van Cliburn devient un héros, la parfaite image de l’Amérique – ce grand jeune homme ressemble furieusement à celui qui s’apprête à conquérir la Maison Blanche, un certain JKF – mais il est, à son corps défendant, le symbole de l’ouverture pratiquée par le successeur de Staline à la tête de l’URSS, Nikita Khrouchtchov*, puisque les jurés du Concours Tchaikovski n’auraient jamais osé décerner la plus haute récompense, surtout de cette première édition, à un Américain sans l’autorisation, la décision même, du premier secrétaire du Parti communiste lui-même !

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1958-gilels_cliburn_58(Ici avec Emile Guilels)

cliburn_shosta(Le lauréat est salué par Dmitri Chostakovitch) Images du Concours Tchaikovski à voir sur Medici.tv.

Lorsque Van Cliburn revient en 1972 faire une tournée triomphale en Union soviétique, la télévision russe tourne ce documentaire. Passionnant, malgré un son précaire.

Il y a quelques mois (90+175j’écrivais ceci :

Pour les 70 ans de Mstislav Rostropovitch, ce fut une fête comme Paris en a peu connues à la fin du siècle dernier, un concert hors norme au Théâtre des Champs-Elysées le jeudi 27 mars 1997. Le compte-rendu du New York Times est éloquent. France Musique diffusant la soirée en direct (non sans d’âpres négociations préalables !), j’avais obtenu une petite place au parterre du théâtre (je me rappelle avoir été assis à côté du chroniqueur des têtes couronnées qui n’était pas encore la star des médias qu’il est devenu Stéphane Bern ! il avait fort à faire ce soir-là avec le prince de Galles, la reine Sophie d’Espagne et quelques autres célébrités du Gotha). Tout était too much, à la mesure et à la démesure du héros de la soirée. On n’avait pas encore de smartphone/appareil photo… sinon j’aurais sûrement conservé des instantanés magiques comme cette conversation surprise dans un recoin du théâtre entre Maia Plissetskaia et Van Cliburn  Le pianiste américain nous gratifia d’un Widmung à pleurer…

C’est la seule et unique occasion qui m’a été donnée d’entendre Van Cliburn, qui, comme plusieurs de ses confrères, trop tôt chargés du poids d’une célébrité soudaine et littéralement insupportable (comme Byron Janis), avait interrompu sa carrière.

Heureusement RCA a bien réédité l’héritage d’un pianiste singulier, disponible en plusieurs coffrets. Quand on voit la liste de ses « accompagnateurs » – Leinsdorf, Reiner, Ormandy, et surtout Kondrachine – un immense chef russe qui mériterait une édition à lui seul – on ne peut qu’écouter avec infiniment d’attention et d’intérêt des oeuvres où Van Cliburn préfère toujours la musique à l’épate.

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A l’occasion des 75 ans du pianiste américain (disparu en 2013) Melodia avait publié une belle série de captations des concerts donnés par Van Cliburn pendant le concours Tchaikovski et lors de ses tournées ultérieures.

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*Il n’y a pas d’erreur dans l’orthographe de ce nom, juste la transcription phonétique de Хрущёв !

Artur et Helmut

J’étais en train de préparer un papier enthousiaste sur un de ces coffrets-trésors qui nous restitue l’art d’un très grand chef, un peu disparu des radars, Artur Rodzińskiné à Lviv en 1892, mort à Boston en 1958.

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A propos d’un précédent coffet sur Robert Casadesus, je dénonçais le prix de vente abusivement élevé de ce type de rééditions dans les magasins français. Ai-je été entendu ? Cette nouveauté Scribendum est disponible autour de 40 €. Une aubaine dont il faut d’autant plus profiter qu’un vrai travail de remasterisation permet de redécouvrir, dans leur splendeur originelle, des prises de son magnifiques, les premières stéréo à Londres.

Si l’on devait trouver un qualificatif facile pour décrire l’art de ce chef, on pourrait le situer entre Toscanini et Monteux, pour la précision, l’alacrité rythmique, le sens des couleurs. On aime tout particulièrement les Falla, Albeniz, Kodaly, une 5ème de Chostakovitch âpre et droite, des Tchaikovski idiomatiques (superbe Casse Noisette) …

Tous les détails de ce coffret miracle ci-dessous.

La nouvelle de l’après-midi c’est bien sûr la disparition d’Helmut KohlL’honnête chancelier chrétien-démocrate est entré dans l’Histoire, en se faisant, envers et contre tout et tous, l’artisan résolu d’une réunification de l’Allemagne que personne, à commencer par lui, n’imaginait aussi rapide à l’orée des années 90. Chapeau bas !

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Les détails du coffret Scribendum / Rodzinski

Albéniz:

Navarra

El Corpus Christi en Sevilla (from Iberia, book 1)

Triana (from Iberia, book 2)

Beethoven:

Symphony No. 5 in C minor, Op. 67

Bizet:

Carmen Suite No. 1

Carmen Suite No. 2

Borodin:

Prince Igor: Polovtsian Dances

Dvorak:

Slavonic Dances Nos. 1-8, Op. 46 Nos. 1-8

Slavonic Dances Nos. 9-16, Op. 72 Nos. 1-8

Symphony No. 9 in E minor, Op. 95 ‘From the New World’

Falla:

El sombrero de tres picos – Suite

Ritual Fire Dance (from El amor brujo)

Franck, C:

Symphony in D minor

Le Chasseur maudit

Glinka:

Ruslan & Lyudmila Overture

Granados:

Danza española, Op. 37 No. 5 ‘Andaluza’

Grieg:

Peer Gynt Suites Nos. 1 & 2

Ippolitov-Ivanov:

Caucasian Sketches

Kodály:

Dances of Galanta

Dances of Marosszék

Háry János Suite

Mussorgsky:

Pictures at an Exhibition

A Night on the Bare Mountain

Khovanshchina: Prelude

Prokofiev:

Symphony No. 1 in D major, Op. 25 ‘Classical’

The Love for Three Oranges: Suite Op. 33b

Rachmaninov:

Symphony No. 2 in E minor, Op. 27

Rimsky Korsakov:

Russian Easter Festival Overture, Op. 36

Rossini:

Guillaume Tell Overture

Schubert:

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Shostakovich:

Symphony No. 5 in D minor, Op. 47

Strauss, J, II:

An der schönen, blauen Donau, Op. 314

Kaiser-Walzer, Op. 437

Frühlingsstimmen Walzer Op. 410

Rosen aus dem Süden, Op. 388

Geschichten aus dem Wienerwald, Op. 325

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Der Rosenkavalier – Suite

Salome: Dance of the Seven Veils

Tanzsuite aus Klavierstücken von François Couperin

Tod und Verklärung, Op. 24

Tchaikovsky:

The Nutcracker, Op. 71

Symphony No. 4 in F minor, Op. 36

Symphony No. 5 in E minor, Op. 64

Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

Romeo & Juliet – Fantasy Overture

Wagner:

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Walküre: Ride of the Valkyries

Die Walkure: Magic Fire Music

Götterdämmerung: Siegfried’s Funeral March

Götterdämmerung: Dawn and Siegfried’s Rhine Journey

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Meistersinger von Nürnberg: Overture

Die Meistersinger von Nürnberg: Dance of the Apprentices

Lohengrin: Prelude to Act 1

Tannhäuser: Overture

Chicago Symphony Orchestra

Royal Philharmonic Orchestra

New York Philharmonic

Philharmonia Orchestra

Columbia Symphony Orchestra

Vienna State Opera Orchestra