L’évidence de la simplicité

IMG_7061Il n’y avait pas foule à Gaveau hier soir, malgré tous les efforts déployés par l’organisateur des Concerts de Monsieur Croche, l’enthousiaste Yves Riesel, et le support de France Musique à cette série de récitals garantis produits « sans subvention ».

Peter Rösel, le pianiste venu de l’Est, 74 ans, bardé de prix, n’avait pas joué à Paris en récital depuis quarante ans. Et il proposait rien moins que les dernières sonates de Haydn, Beethoven, Schubert. Frilosité, manque de curiosité, du public parisien ? Les absents auront eu bien tort… Ils pourront se rattraper bientôt en écoutant France Musique qui a capté le concert.

Quand on est familier d’un interprète, mais qu’on n’a toujours écouté qu’au disque (lire Le piano venu de l’Est), on peut craindre l’expérience du concert. Craintes vite levées hier soir dès l’attaque de la pré-beethovénienne Sonate n° 62 Hob.XVI.52 de HaydnLe son est rond, chaud, le style authentiquement classique, et la technique pianistique infaillible. Aucune esbroufe, pas de forte foudroyants, de pianissimi murmurés, juste un magnifique piano qui chante et un musicien qui dit la partition sans se hausser du col.

Mêmes qualités suprêmes dans la 32ème sonate de Beethoven. 

Peter Rösel a joué et enregistré plusieurs fois les sonates de Beethoven (comme ici au Japon l’an dernier). Peu comme lui, et comme lui hier soir à Gaveau, parviennent à unifier le si complexe second mouvement de cette ultime sonate, comme s’il en avait percé tous les secrets.

Quant à la dernière sonate de Schubert, j’avais, il y a deux mois, exprimé l’admiration que je porte à l’interprétation, pour moi idéale, de Peter Rösel : lire Ma non troppo.

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D’un bout à l’autre de cette longue, très longue sonate, Rösel nous captive, épouse les mouvements d’humeur, les échappées soudaines, les répétitions obsessionnelles d’un Schubert de 31 ans qui mourra moins de deux mois après avoir achevé son ultime sonate. Et toujours cette évidente simplicité, cette absence d’épate.

Trente ans après la chute du Mur de Berlin, cette soirée parisienne venait rappeler que les berceaux de la musique allemande, les grands centres d’enseignement et de diffusion de la musique que sont Dresde, Leipzig, Weimar, Berlin, pour ne citer que les principaux, n’ont pas cessé de vivre et de prospérer dans ce qui a été l’Allemagne de l’Est sous le joug communiste. Mais que les grands artistes qui y sont nés (comme Peter Rösel), y ont grandi et appris, sont, à quelques rares exceptions près, restés confinés dans la sphère orientale de l’Europe.

Au moment de clore ce billet, je vois la critique qu’Alain Lompech vient d’écrire sur Bachtrack : Le chant serein de l’architecte Peter Rösel.

Il me semble qu’avec d’autres mots, lui et moi disons la même chose : admiration.

Une réflexion sur “L’évidence de la simplicité

  1. S’il n’avait pas été né en Allemagne de l’Est, il serait devenu une vedette mondiale et il aurait joué dans une Philharmonie pleine à craquer. Oui, les Parisiens manquent de curiosité et se ruent uniquement aux concerts de Pollini, Argerich ou Barenboim. Cela me fait penser à un concert au TCE où le grand Leif Ove Andsnes remplaça Brigitte Engerer souffrante. Les gens venus pour Engerer faisaient la queue au guichet pour se faire rembourser. Quand je leur disais qu’ils avaient tort et qu’ils allaient rater un très grand pianiste, j’avais droit à quelques sourires condescendants. Deux-trois ans plus tard, Andsnes remplissait leTCE..

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