Etat de grâce

11 septembre

« Banalité que de rappeler que nous, les gens de plus de 30 ans, nous souvenons exactement de ce que nous faisions, le 11 septembre 2001, lorsque les tours jumelles du World Trade Center de New York ont été attaquées« . Rien à ajouter (ou retrancher) à cet article posté il y a cinq ans : 11 Septembre, vingt ans après

Louis Langrée m’avait rapporté que le soir même des attentats à New York, je ne sais plus si c’est le New York Philharmonic ou le Met, en tout cas des musiciens new yorkais avaient joué le dernier mouvement de la Troisième symphonie de Mahler.

Bucarest et Chicago

Il y a trois ans, à Bucarest, l’émotion m’avait submergé lorsque Klaus Mäkelä avait entamé l’adagio final de la 3e symphonie de Mahler, à la tête de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam (lire sur Bachtrack : Le Concertgebouw en majesté). Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une interprétation aussi aboutie, passionnante de bout en bout, de cette oeuvre-monde.

Je vois sur YouTube cet extrait d’un concert donné cette fois à Chicago, dont le chef finlandais va aussi prendre la direction musicale dans un an.

L’osmose

C’est peu dire que le concert de ce mercredi à la Philharmonie m’a laissé dans le même état de bouleversement que celui de Bucarest, mais avec une dimension supplémentaire. C’était à Paris, le premier concert de la dernière saison de Klaus Mäkelä à l’Orchestre de Paris. Comme je l’ai écrit pour Bachtrack (Mäkelä et l’Orchestre de Paris en état de grâce), on n’a pas fini de regretter la brièveté – un quinquennat – du mandat du jeune chef à Paris.

Une très longue ovation pour l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä après une prodigieuse 3e symphonie de Mahler

C’est un bonheur très rare pour le mélomane que d’entendre d’abord une telle osmose entre un orchestre et un chef, ensuite et surtout une si parfaite adéquation entre une oeuvre et son interprète. J’espère que cette 3e de Mahler a été captée et nous sera restituée très vite en audio et/ou vidéo.

Cadeau

Les larmes me montent aux yeux chaque fois que je revois ce moment fabuleux entre deux monstres sacrés ou que j’entends cette chanson éternelle

Et toujours humeurs du moment dans mes brèves de blog.

Sous les paillettes le travail

Le Met à Paris

On était mardi soir au premier concert des Prem’s 2026 (voir ma brève de blog du 3 septembre). Yannick Nézet-Séguin dirigeait l’orchestre du Met – le Metropolitan Opera de New York – dont il est le chef attitré depuis 2017. J’en ai fait la critique pour Bachtrack : Le Strauss survitaminé de Nézet-Séguin et du Met à la Philharmonie

J’ai un problème avec le chef québécois. Pas du tout en rapport avec sa tenue, en répétition short, débardeur et baskets -ou en concert veste à paillettes, boucles blondes peroxydées et ongles peints, costume dernier cri de couturier. On a quand même l’impression qu’il ne rechigne pas à se faire l’ambassadeur de grandes marques (Rolex et autres). On peut trouver légèrement ridicule qu’à cinquante ans bien passés, il se comporte toujours, dans ses attitudes, ses tenues, ses « narratifs » dans les médias, comme un ado turbulent au look toujours « djeun ».

Mais l’essentiel est bien sûr son art de chef d’orchestre. Contrairement à beaucoup de mes amis ou collègues, je n’ai jamais été pleinement convaincu par YNS, en ce que je suis rarement sorti d’un concert qu’il dirigeait, transporté, bouleversé, impressionné. Et je l’ai tout de même suivi assez souvent – ses débuts avec l’orchestre philharmonique de Berlin en octobre 2010, avec une Symphonie fantastique ratée – Il a beaucoup enregistré. Ce n’est jamais médiocre – ses Beethoven, Schumann – mais jamais non plus exceptionnel. J’espèrais que les Rachmaninov qu’il a enregistrés à Philadelphie, symphonies et concertos, soient le témoignage moderne de ce que fut cette relation si importante entre la phalange si longtemps dirigée par Stokowski et Ormandy, et le compositeur Rachmaninov. C’est bien, le son « Philadelphie » est là, mais il manque le surplus d’inspiration, la transcendance, le mémorable. En fait, tout cela manque de personnalité, d’une personnalité singulière, affirmée.

Il en est de même dans les quelques opéras qu’il a enregistrés.

Le soutier James Levine

Parce que la fin de sa carrière, sa fin de vie aussi, ont été occultées par des problèmes de santé et des procédures judiciaires, on a jeté aux oubliettes James Levine (lire Une vie pour la musique). Comme si ses trente trois années de mandat de directeur musical – un record absolu dans la maison d’opéra new yorkaise – pouvaient être rayées d’un trait de plume. Ce serait sans doute cruel de comparer son héritage considérable tant lyrique que symphonique avec celui de son successeur.

La démonstration

Dans le dernier numéro de Diapason, il faut lire l’implacable réquisitoire de Lionel Esparza sur la déliquescence des politiques publiques de soutien à la culture. Le constat étayé, documenté, qu’il dressait il y a cinq ans dans un essai aussi pertinent que nécessaire, n’a fait que se confirmer…Pas de quoi être optimiste à l’orée d’une nouvelle campagne présidentielle…

Cadeau

Un pianiste – Boris Bloch -que je ne connaissais pas, un disque qui m’a séduit et un Chopin comme je l’aime !

Et toujours mes brèves de blog (sur la rentrée musicale)

Ileana Cotrubas (1939-2026)

Je n’aime pas que ce blog soit un recueil de nécrologies, mais je fais quelques exceptions pour des musiciens qui m’ont touché particulièrement. C’est le cas de la soprano roumaine Ileana Cotrubas, décédée ce 20 août.

Le seul souvenir que j’ai d’elle, ce n’est pas sur scène – elle s’en était retirée en 1990 – mais un appel téléphonique lors de l’émission du 23 décembre 1995 que France Musique avait consacrée à Elisabeth Schwarzkopf pour son 80e anniversaire (lire L’aventure France Musique : Fortes têtes). Elisabeth Schwarzkopf était sur le plateau du studio 104, invitée de Jean-Michel Damian et entourée de plusieurs personnalités qui avaient pu faire le déplacement (Georges Prêtre notamment qui avait dirigé la soprano allemande dans la première française de Capriccio à l’Opéra-Comique de Paris en 1962). Et plusieurs autres amies, collègues, admirateurs ou admiratrices avaient été appelés au téléphone pendant l’émission. L’intervention qui m’a le plus ému, fut celle précisément d’Ileana Cotrubas, qui dans un français parfait, dit sur et d’Elisabeth Schwarzkopf des choses que seule une cantatrice aussi gentille, simple, affectueuse, pouvait dire sans que rien ne ressemble à de la flagornerie. Même Schwarzkopf en était émue.

Quelques années plus tard, interrogeant Armin Jordan sur les chanteurs ou chanteuses avec qui il avait aimé travailler, j’avais compris qu’Ileana Cotrubas était au panthéon – finalement peu peuplé – de ses admirations.

Le 13 octobre 1987, Jacques Lonchampt écrivait dans Le Monde : Armin Jordan dirigeait samedi les Saisons, salle Pleyel. C’était comme si Haydn en personne était là, le petit paysan du Danube jetant un regard naif sur la nature et les travaux des champs dans son village de Rohrau, et le vieux maitre chargé de gloire qui, une dernière fois, contemplait avec quelque mélancolie cette terre si riche avant de se présenter devant les  » portes éternelles « .…Il a choisi pour cela des solistes…d’une profonde humanité qui déborde de leur coeur pour envahir leur chant (le ténor Keith Lewis et la basse Robert Holl), entourant une radieuse fée au timbre diapré de mille couleurs (Ileana Cotrubas).

A l’opéra

Loin de moi l’idée de dresser une sorte de discographie idéale de la soprano disparue. Mais tous les mélomanes ont sûrement dans leur discothèque, la Traviata fameuse de Carlos Kleiber où elle incarne une Violetta touchante et vibrante, ou la Gilda bouleversante du Rigoletto de GIulini.

Dans la Carmen de Claudio Abbado où elle est une Micaela rayonnante de féminité.

Toujours chez Bizet elle est une merveilleuse Leïla des Pêcheurs de perles dirigés par Georges Prêtre.

Michel Plasson en fait sa Manon dans un enregistrement resté célèbre.

Elle est de plusieurs équipes dans les opéras de Mozart, Colin Davis, James Levine, Karajan sans que personnellement je l’y aie jamais vraiment remarquée, à tort sans doute. alors que dans la musique sacrée du Salzbourgeois je l’ai souvent admirée.

Dans Puccini, elle est une irrésistible Lauretta dans le Gianni Schicchi de Lorin Maazel

Il y a surtout une Bohème – dont je découvre l’existence en écrivant cet article, piètre lyricomane que je suis ! – captée à la Scala avec MM. Carlos Kleiber et Pavarotti s’il vous plait !

Il va falloir combler cette lacune vite fait !

On la retrouve sous la baguette de John Pritchard dans L’élixir d’amour de Donizetti.

Plus étonnant sans doute, Cotrubas est dans l’équipe rassemblée par Jean-Claude Malgoire pour un Rinaldo de Haendel qui a fait date.

Raretés

Avec Gary Bertini, elle a chanté La Demoiselle élue de Debussy.

Ileana Cotrubas est de la grande aventure Haydn emmenée par Antal Dorati. Elle chante dans ses Saisons britanniques, dans La fedelta premiata

Elle émeut simplement dans la Rosamonde de Schubert dirigée par Willi Boskovsky.

Et même si ce n’est que par extraits elle n’est pas moins convaincante dans l’opérette viennoise, comme cet air de Giuditta de Lehar capté au Met lors d’une soirée de gala.

Au moment de clore ce bref hommage, je lis ce texte magnifique de Sylvain Fort pour Forumopera : La lumière et la fêlure.

Et toujours mes brèves de blog à dominante brésilienne ces jours-ci !

La musique pour rire (XI) : Victor encore

On n’oublie ni les tragédies du monde, ni les turpitudes de l’actualité, mais il faut – en tout cas moi j’en ai besoin ! – s’en délester à intervalles réguliers en riant de bon coeur aux saillies de talents aussi exceptionnels dans le sérieux que dans l’humour. J’ai déjà évoqué ici la figure de Børge Rosenbaum, plus connu sous le nom de Victor Borge (1909-2000). Depuis mon précédent billet il y a plus de cinq ans, on a vu apparaître nombre d’extraits de concerts, de « performances » d’un artiste qui semblait doté de tous les dons.

Cette interview nous en apprend beaucoup sur un destin hors norme.

Cette compilation en donne une large idée, mais comme toutes les vidéos présentes sur le Net, elles peuvent avoir une durée de vie variable…

Pure virtuosité

Une chanson de circonstance

Il faudra qu’un jour j’évoque plus longuement la figure de Robert Merrill (1917-2004), le baryton star du Met.

L’opéra pour les nuls

La star des Boston Pops

J’aurais pu ajouter à mes articles sur Fiedler et les Boston Pops cet extrait d’une soirée de 1986, mais c’était alors John Williams qui la dirigeait.

Je n’ai malheureusement pas trouvé beaucoup d’extraits qui témoignent de l’art du pianiste qu’était Victor Borge, en dehors de quelques séquences… acrobatiques !

Au lendemain de la tuerie de Sydney, ces pièces jouées par un artiste qui n’a jamais oublié ses origines ni les raisons de son exil aux Etats-Unis en 1940, m’emplissent d’une émotion immense

J’ai en vain cherché la trace d’un biopic annoncé en 2017 sur Victor Borge. Je serais reconnaissant à ceux qui pourraient m’en dire plus sur ce projet.

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog

Carmen est de la revue

Dira-t-on en cette année qui célèbre le sesquicentenaire de la création de Carmen, et subséquemment du décès brutal de son auteur, Georges Bizet, que trop de Carmen tue Carmen ?

C’est bien possible, sinon probable. Je connais des amis qui ne supportent plus ni d’écouter, ni de voir Carmen. Je n’en suis pas, même si je ne cours pas après toutes les Carmen qui se présentent. Après le dossier très complet que consacre Diapason, dans son numéro d’avril, à « l’opéra le plus aimé au monde », je me suis amusé à réexaminer ma discothèque personnelle.

Comme Diapason, je mets depuis longtemps tout en haut de la pile la version Beecham, dont j’avais raconté les aventures et mésaventures (L’impossible Carmen)

Pas loin je place Rafael Frühbeck de Burgos avec un couple Carmen/Don José étonnant

C’est la même Grace Bumbry et les mêmes comparses qui seront du film réalisé à Salzbourg sous la direction de Karajan.

On mettra loin derrière le remake plantureux de Karajan pour DGG avec Agnes Baltsa, tout comme la version de 1964 avec Leontyne Price.

La Carmen de Maria Callas, n’est peut-être pas idiomatique, mais elle est d’abord très bien entourée et dirigée, et elle m’évoque un souvenir très particulier. Au cours de l’été 1973, j’étais au fin fond de la Roumanie dans un camping, avec pour seule liaison avec le « pays », un poste à transistor et en longues ondes France Inter. Un dimanche soir, la radio diffusait Carmen chantée par Callas. Surréaliste mais vrai !

Puis au hasard d’une Tribune des critiques de disques de France Musique, j’ai découvert la version de Georg Solti, à laquelle je n’ai cessé au fil des ans de trouver de plus en plus d’atouts, à commencer par l’incarnation si juste et touchante du rôle-titre par Tatiana Troyanos

Lorin Maazel, qui n’a pas toujours eu la main heureuse dans ses enregistrements d’opéra, réussit parfaitement la bande-son du film de Francesco Rosi. Julia Migenes n’est peut-être pas la plus grande chanteuse, avec ses partenaires elle incarne une Carmen plus que cr’édible

Lorin Maazel, quelques années plus tôt, a gravé une autre Carmen avec une interprète capiteuse à souhait, à laquelle il est difficile de résister, Anna Moffo

On s’étonnera peut-être que je ne place qu’ici, en tout cas pas dans les priorités, la version toujours présentée comme une référence de Claudio Abbado avec Teresa Berganza et Placido Domingo. Je n’ai jamais partagé l’engouement général pour cette version, que je trouve certes bien réalisée, mais trop statique, pas assez vivante. Et des soucis de prononciation rédhibitoires.

Très exotique aussi, mais pour d’autres raisons, la version de Thomas Schippers, grand chef de théâtre s’il en fut, avec une Carmen impossible en la personne de Regina Resnik, caricature de cantatrice et de Carmen en même temps. Rien ne va dans cet album, à part la direction racée de Schoippers et la rigueur de l’Escamillo de Tom Krause.

Je ne suis pas non plus très fan de la version de Michel Plasson, avec une Carmen vraiment peu crédible malgré (ou à cause de) la présence d’une Angela Gheorghiu que je n’arrive pas à me représenter en Carmen. Si Roberto Alagna fait un Don José émouvant, Thomas Hampson (Escamillo) et Inva Mula (Micaela) ne m’ont jamais convaincu.

En bonne dernière, malgré l’admiration qu’on nourrit pour le chef – Leonard Bernstein – et l’interprète principale – Marylin Horne – il faut bien reconnaître le ratage de cette Carmen.

En DVD il y a plusieurs versions qui ne manquent pas d’intérêt. J’en ai 4 dans ma bibliothèque (Karajan/Price), Philippe Jordan avec la blonde Anne-Sofie von Otter à Glyndebourne, Anna-Caterina Antonacci avec John Eliot Gardiner, et la plus surprenante Carlos Kleiber à Munich avec un « cast » étonnant autour de l’éternel Placido Domingo, Elena Obraztsova (!) en Carmen, Isobel Buchanan en Micaela

Et toujours le quotidien sur : brevesdeblog

Les peintres de chez moi selon Van Gogh

Nul besoin de franchir l’Atlantique (voir Les peintres de chez moi) pour, en parallèle de la grande exposition Van Gogh à Auvers au musée d’Orsay à Paris, admirer une belle série de toiles exposées dans le plus modeste musée Daubigny d’Auvers-sur-Oise : Le Musée rêvé de Vincent

Outre la qualité et le nombre des toiles exposées, l’aspect le plus passionnant de cette exposition est que chacune d’elles est présentée, commentée, par Vincent van Gogh lui-même, dont on connaît l’abondante correspondance avec son frère Theo d’abord, mais aussi avec tous ses confrères.

Jules Breton (1827-1906) : La raccommodeuse de filet

Emile Breton (frère de Jules): La Grèle

Van Gogh : « Emile Breton a obtenu des effets qui sont le commencement de quelque chose de nouveau »

Charles-François Daubigny (1817-1878) : Le plateau de Valmondois, près d’Auvers-sur-Oise

Georges Michel (1763-1843): Paysage dans la plaine Saint-Denis

Camille Corot (1796-1875) : Le marais

Van Gogh : « …tout a pris exactement le visage des plus beaux Corot – un silence, un mystère, une paix comme lui seul les a peints »

Jules Dupré (1811-1889) : La mer en vue à Cayeux

Van Gogh : « quelle énorme variété d’atmosphères n’a-t-il pas exprimées en symphonie de couleurs’

Jules Dupré : Paysage

V.G. : « Dupré est peut-être plus coloriste que Corot et Daubigny, encore que Daubigny ait beaucoup d’audace en fait de couleur »

Narcisse Díaz de la Peña (1807-1876) : Une clairière

Gustave Courbet (1819-1877): Puits noir

Constant Troyon (1810-1865) : La rentrée du troupeau

Henri-Joseph Harpignies (1819-1916) : Vue des bords de Loire

Van Gogh (qui n’a pas pu assister au Salon de 1884) : « J’imagine que le Harpignies, avec ce soleil couchant, a dû être magnifique »

Jules Dupré: Le vieux chêne à l’abreuvoir

Jules Dupré : Charpentiers en forêt

Van Gogh : « J’ai toujours raffolé de Jules Dupré/…/ car c’est un véritable coloriste, toujours intéressant avec quelque chose de si puissant et dramatique »

Narcisse Díaz de la Peña : Sous-bois

Théodore Rousseau (1812-1867) : La mare, lisière de bois, Berry

Honoré Daumier (1808-1879) : Les quatre âges du buveur

V.G. : « J »ai toujours considéré Les quatre âges du buveur de Daumier comme une de ses plus belles choses »

Honoré Daumier: Boulevard du Temple à minuit

V.G. parlant de Daumier : « Il est amusant et pourtant plein de sensibilité et de passion »

Armand Guillaumin (1841-1927) : La Seine à Rouen

Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) : La Source

Lucien Pissarro (1863-1944) : Forêt de pins

New York toujours

J’ai un rapport irrationnel avec New York. Depuis que j’ai découvert cette ville monde en 1989 – c’était à l’occasion d’une tournée de l’Orchestre de la Suisse romande dont j’ai déjà raconté plusieurs épisodes ici – j’y suis revenu à plusieurs reprises, seul ou (bien) accompagné, et à chaque fois, j’ai éprouvé une joie presque enfantine.

Toujours plus haut

On a pu croire qu’après les attentats du 11 septembre 2001 qui avaient détruit les deux tours jumelles du World Trade Center, la construction de nouveaux gratte-ciel s’en trouverait ralentie. Non seulement cela n’a pas été le cas, mais depuis ma dernière venue, fin 2017 (lire New York today) , pas moins de trois immeubles dépassant les 400 m de haut ont été achevés, après le One World Trade Center, qui culmine à 541 m, inauguré en 2014.

En traversant Central Park hier, en revenant du Metropolitan Museum, j’ai pu observer ces petits derniers :

Gratte-ciel d’autant plus repérables qu’ils sont effilés comme des flèches :

à gauche les 435 m et 84 étages d’un immeuble achevé en 2021 sur la 57e rue, à droite la Central Park Tower – 98 étages et 472 m – terminée en 2020.

Plus imposant le Hudson Yards (2019), 386 m seulement et 73 étages ! vu de la High Line.

Bien sûr on conserve intacte notre tendresse pour l’Empire State ou le Chrysler Building.

De la High Line au Village

J’ai connu la High Line presque à ses débuts, lorsque, reprenant l’idée parisienne (qui n’était pas celle d’Anne Hidalgo !) de la Coulée verte, la ville de New York décida de remplacer une voie ferrée qui reliait les zones portuaires au quartier des abattoirs (aujourd’hui devenu l’un des quartiers les plus hype de Manhattan, le Meetpacking District). C’était désert, très vintage (avec le Standard Hotel, le plus inconfortable de toute la ville, mais tellement couru qu’il fallait réserver des mois à l’avance !). C’est devenu une promenade très fréquentée, plantée de toutes sortes d’espèces préservées, très dans l’air du temps.

Le fameux Standard Hotel qui a dû être complètement réhabilité pour être écologiquement plus correct !

A quelques encablures – on marche énormément à New York ! – on plonge dans le Village, jadis point de rassemblement des gays, des marginaux, comme le Marais à Paris. L’atmosphère de ce quartier sans gratte-ciel, parcouru de cafés et de boutiques à la mode, n’a pas changé, mais l’affichage militant a disparu.

Un tout petit square sur Christopher Street forme le « Stonewall National Monument pour commémorer les premières manifestations de la communauté homosexuelle en 1969 contre la répression policière autour du Stonewall Bar. Non loin le Washington Square rassemble une population hétéroclite d’étudiants, de vieux hippies et de musiciens de rue plus ou moins inspirés !

« 

Entrant dans un petit magasin de vêtements dont l’enseigne m’est familière à Paris, je suis salué par un « Bonjour monsieur, bienvenue ». Un peu surpris, je demande à mon interpellateur pourquoi il me parle en français. « Parce qu’on voit tout de suite que vous êtes Français… à la manière dont vous êtes habillé ». Je souris en prenant la remarque comme un compliment, peut-être intéressé ! Comme toujours aux Etats-Unis, nous nous présentons l’un à l’autre, il me dit être le « CEO » de la marque à New York, après avoir implanté d’autres enseignes françaises ici. Je suis ressorti sans rien acheter,..

Du Met au Met

A New York, impossible d’éviter le Metropolitan Museum of Art. A condition de savoir quelles salles on veut visiter. C’est comme le Louvre, ou l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. J’y reviendrai dans un prochain billet.

Mais la liaison était trop facile avec ma soirée de jeudi, puisque, après avoir traversé Central Park, je me suis retrouvé devant l’autre Met, le Metropolitan Opera, qui fait partie de ce complexe culturel unique en Amérique qu’est le Lincoln Center.

Mais le concert du New York Philharmonic auquel j’ai assisté se déroulait bien dans le David Geffen Hall

Ce concert, outre un compte-rendu à venir sur Bachtrack, fera l’objet d’un prochain billet.

La présence de Bernstein

Il ne reste malheureusement plus grand chose des formidables documents (affiches, programmes, photos) qui ornaient les alentours de la salle de concert elle-même qui a fait l’objet d’une complète rénovation qui s’est achevée seulement il y a moins d’un an. Sauf un tout petit kiosque où sont rassemblées quelques témoignages de la fantastique aventure que furent les Young People’s Concerts, qui ne sont pas nés et n’ont pas cessé avec lui, mais ont connu un retentissement mondial grâce à Leonard Bernstein.

J’évoquais, en juillet dernier, la mort du grand pianiste américain André Watts – Les disparus de juillet -, en soulignant qu’il avait fait ses débuts, à 16 ans, comme soliste de l’un de ces Young People’s concerts. J’ai retrouvé cette photo émouvante :

Et ces quelques autres photos qui témoignent de l’extraordinaire engouement du public new yorkais pour une aventure parfois imitée, jamais égalée… mais n’est pas Bernstein qui veut !

En ces temps d’horreur absolue, de massacre des innocents, au Proche-Orient comme à Arras, laissons Leonard Bernstein nous rappeler ce qu’est la Musique :

(Jusqu’en 1962, ces séances ont lieu au Carnegie Hall, le Lincoln Center, et l’Avery Fischer Hall – aujourd’hui renommé David Geffen Hall, du nom d’un très généreux mécène, n’ouvrant leurs portes qu’en 1963)

James Levine, une vie pour la musique

On a connu France Musique mieux inspirée dans le choix de ses titres d’actualité : Figure déchue du Met, James Levine est mort. Depuis ce titre mal venu, la chaîne s’est largement rattrapée et ses producteurs ont rendu et continuent de rendre hommage à l’une des personnalités majeures de la vie musicale du XXème siècle. Décrit unanimement comme un « génie », un surdoué, James Levine appartient à cette espèce, en voie de disparition, des monstres sacrés de la direction d’orchestre.

Pour je ne sais quelles raisons, Levine a longtemps été considéré par une partie de la critique européenne comme un second couteau, Quand il enregistrait à Berlin ou à Vienne, excusez du peu, c’est tout juste si on jetait un coup d’oreille à des disques qui ne semblaient pas nécessaires, quand l’écurie Deutsche Grammophon avait déjà Karajan et Bernstein en premier choix ! Quand il dirigeait à Bayreuth ou Salzbourg, même traitement, jamais il n’était digne de comparaison avec ses illustres aînés. J’exagère ? il serait amusant de relire les « reviews » de l’époque.

Je n’ai pas grand chose à rajouter à ce que j’ai déjà écrit sur James Levine :

Le roi est mort (9 décembre 2017) :

« Autre secousse dans le monde musical cette fois: la chute du roi du Met, le chef d’orchestre américain James Levine, qui a été pendant 40 ans, de 1976 à 2016, le très respecté et admiré directeur musical de l’opéra de New York, est accusé, plusieurs décennies après les faits, d’abus sexuels sur de jeunes musiciens (lire James Levine suspendu du Met) 

Je ne connais pas les faits dont on accuse le chef d’orchestre (qui les nie : James Levine nie les allégations d’abus sexuels), je ne peux m’empêcher d’être frappé par la vague de puritanisme qui semble saisir l’Amérique de Trump.

Comprenons-nous bien, si les faits sont avérés, ils ne sont en rien excusables, mais pourquoi les victimes ont-elles attendu si longtemps, le retrait de Levine de la direction du Met et sa santé chancelante, pour se manifester ? Je n’aime pas ceux qui tirent sur une ambulance. Je n’aime pas cette Amérique oublieuse du talent des siens.« 

Dear Jimmy (16 juin 2016)

« La nouvelle est presque passée inaperçue, en dehors de la presse musicale. Le chef américain James Levine, qui fêtera son 73ème anniversaire dans quelques jours, a finalement quitté le poste de directeur musical du Metropolitan Opera de New York, le Met comme disent les initiés, qu’il occupait depuis 40 ans » 

Un essai de discographie

On veut espérer que l’opprobre qui s’était abattu sur le chef américain ne dissuadera pas ses éditeurs (principalement RCA/Sony et Deutsche Grammophon) de nous restituer une discographie assez considérable, tant sur le plan symphonique que dans le domaine lyrique.

Pour qui veut des documents qui attestent du rôle considérable (non, décidément, ce ne fut pas simplement une « figure ») que James Levine a joué au et pour le Met, deux coffrets, que j’avais achetés à la boutique du Metropolitan Opera, la dernière fois que j’ai eu la chance de me rendre à New York :

Je ne me lasse pas de revoir et réentendre ces documents, l’incroyable qualité d’ensemble d’un orchestre, celui du Met – aujourd’hui si martyrisé par la crise sanitaire – que Levine avait hissé à un niveau dont peu d’orchestres lyriques peuvent s’enorgueillir. Et l’aisance stylistique avec laquelle le chef se meut dans des ouvrages, des répertoires aussi divers que Mozart, Tchaikovski, Schoenberg, Berlioz ou Ravel…

En matière d’opéra, je me sens incapable de dresser une discographie sélective. Peut-être sortant d’un lot qui tutoie les sommets, un Eugène Onéguine de Tchaikovski, qui bénéficie d’une somptueuse Staatskapelle de Dresde et d’une fameuse équipe !

En matière symphonique, la branche italienne d’Universal avait publié il y a quelques années un généreux coffret qui donne une vue assez juste du talent de Levine, avec d’immenses réussites

Non Jimmy Levine n’était pas cette caricature d’Américain clinquant, brillant, extérieur. Le souffle qui parcourt ses Brahms, Schumann, Schubert ou Dvorak est irrésistible.

Ce coffret DGG est loin de regrouper tout ce que James Levine a gravé pour le label jaune, qui serait bien inspiré de lui rendre l’hommage qu’il mérite, par exemple en rééditant les 4ème et 5ème symphonies de Sibelius avec Berlin !

Je connais peu de 4ème de Sibelius aussi saisissantes, à part peut-être celle de Karajan en 1964.

La critique qui avait soit négligé soit regardé avec condescendance la seule intégrale des symphonies de Mozart jamais gravée par l’orchestre philharmonique de Vienne s’est heureusement ravisée à l’occasion des reparutions de ce corpus sous la baguette juvénile, ardente, parfois univoque, de James Levine !

Le jeune Levine est plutôt à trouver chez Sony/RCA, notamment pour Brahms ou Mahler, qui sont sans doute moins déterminants.

Passionnante et importante cette somme publiée par Oehms de « live » datant des années bavaroises de James Levine, lorsqu’il dirigea de 1999 à 2004 l’orchestre philharmonique de Munich

Ne pas oublier que James Levine avait été un pianiste prodige, et qu’il n’a jamais longtemps quitté le clavier.

Au festival de Verbier, il adorait animer l’orchestre des jeunes, et retrouver quelques amis (Pletnev, Kissin, Argerich, Angelich, Andsnes, Lang Lang…) pour de délicieuses extravagances pianistiques.

Beethoven 250 (XVIII) : Bouquet final

L’épidémie de Covid-19, la fermeture des lieux de culture, l’annulation des festivals, la mise au chômage de milliers d’artistes, ont éclipsé le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Le génie universel du natif de Bonn n’a, en réalité, nul besoin d’un anniversaire pour être célébré.

En guise de bouquet final, à quelques heures de la fin de cette sinistre année 2020, ces quelques pépites tirées de ma discothèque.

  1. An die ferne Geliebte / Fritz Wunderlich

2. Bagatelle WoO 59 « Für Elise » : Wilhelm Kempff, le pianiste de Positano

3. Concerto pour piano n°2 / Martha Argerich, Claudio Abbado

4. Triple concerto / Richter, Oistrakh, Rostropovitch, Kirill Kondrachine, orchestre philharmonique de Moscou

Les mêmes solistes que dans la célèbre version Karajan, mais sous la baguette moins figée de Kirill Kondrachine à Moscou (une version disponible dans le gros coffret Richter/Melodia: Edition limitée)

5. Quatuor op.59 n°1 « Razumovsky » : Incontournable dans Beethoven le Quatuor Alban Berg

6. Sonate pour piano et violon op.24 « Le Printemps » : Alina Ibragimova, Cédric Tiberghien

L’une des plus réjouissantes intégrales des sonates pour violon et piano.

7. Symphonie n°7 / William Steinberg, Pittsburg Symphony Orchestra

L’intégrale des symphonies réalisée dans les années 60 par William Steinberg à Pittsburgh a ouvert la série de billets consacrée à Beethoven250 : Beethoven (I), Steinberg, Milstein

8. Concerto pour violon / Wolfgang Schneiderhan, Eugen Jochum, orchestre philharmonique de Berlin

L’une des moins connues et pourtant l’une des plus belles versions du concerto pour violon, enregistrée à Berlin en 1962 par Wolfgang Schneiderhan et Eugen Jochum (auteur de trois intégrales des symphonies, comme celle qui a été captée à Amsterdam : Beethoven 250 Jochum Amsterdam)

9. Fantaisie chorale op.80 : Rudolf Serkin, Leonard Bernstein, New York Philharmonic

La version la plus survoltée de cette préfiguration de la 9ème symphonie :

10. Rondo a capriccio « pour un sou perdu » : Evgueni Kissin

Une pièce souriante (il n’y en a pas tant que cela !) de Beethoven, faussement facile, le bis favori du jeune Evgueni Kissin

Montserrat avant Barcelona

 

Depuis qu’on a appris aux petites heures de ce samedi matin le décès de Montserrat Caballé, les médias ont semblé s’ingénier à aligner les pires poncifs : « la dernière diva », le « modèle d’Hergé pour sa Castafiore » (au mépris évident de toute vraisemblance historique) et surtout la « chanteuse devenue populaire depuis son duo avec Freddie Mercury « et la chanson Barcelona.

Sur les sites spécialisés, les éloges se mêlent aux dithyrambes, sans beaucoup de distance par rapport à la réalité d’une carrière qui s’est prolongée au-delà du raisonnable.

Mais on sait, une fois pour toutes, qu’il est malséant d’émettre la moindre critique, la moindre nuance sur un disparu célèbre.

Il est absurde de mettre en avant – comme je l’al lu – les « 50 ans de carrière » de la cantatrice catalane, quand chacun, pour peu qu’il soit doté de deux oreilles en bon état, peut entendre que, depuis la fin des années 80, la voix s’était irrémédiablement durcie, et que ce qui en avait fait la légende (les fameux aigus filés, un legato appuyé sur un souffle long, un timbre liquide) n’était plus que souvenir ou caricature.

Mais il reste tout ce qu’il y a avant le duo avec Freddie Mercury, les premiers enregistrements admirables. Contraste saisissant avec Maria Callas : dans les mêmes rôles, là où l’une incarnait, était le personnage au risque d’une mise en danger vocale, l’autre n’était que pure recherche du beau chant, sans souci excessif de caractérisation.

Quelques piliers de ma discothèque, où j’entends la seule Montserrat Caballé dont je veux garder le souvenir :

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« Un de ses plus beaux disques …
« Parigi o cara », elle y a pourtant si peu chanté, du moins à l’Opéra

La Caballé a 34 ans lorsqu’elle enregistre cette version mythique. Le moelleux de son timbre, son incarnation du rôle, ses sons filés sublimes (L' »Addio del passato », sans les coupures habituelles est beau à pleurer).

Avec la jeune Caballé l’émotion naît du souffle et de la simplicité de la ligne héritée de la tradition belcantiste. Carlo Bergonzi (avec son savoureux accent parmesan) est un Alfredo de rêve au style impeccable.

A la tête de l’Orchestre de la RCA Italienne (composé principalement des musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Rome), Georges Prêtre est un accompagnateur attentif et enthousiaste, constamment à l’écoute de ses chanteurs.
Un pur bonheur.

(François Hudry/QOBUZ)

Rien à rajouter à ces lignes de François Hudry, sauf pour rappeler que lors d’un Disques en Lice consacré à cette Traviata, c’est cette version qui était arrivée en tête.

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Quant à cette Lucrezia Borgia, on connaît l’histoire : en 1965, Montserrat Caballé y remplace Marilyn Horne à Carnegie Hall, où elle fait ses débuts. L’enregistrement suivra, inégalé, inégalable.

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A l’apogée de ses moyens vocaux (1965-1975), RCA lui fait enregistrer, outre ces opéras, une série d’airs peu connus de Donizetti, Rossini, Bellini, regroupés dans un coffret très précieux :

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Je découvrirai plus tard avec elle Les Puritains de Bellini dans l’enregistrement, pour moi insurpassé, de Riccardo Muti

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Plusieurs compilations EMI/Warner donnent un bel aperçu de l’art belcantiste de Montserrat Caballé :

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En cherchant dans les archives du Festival Radio France – où je savais que Montserrat Caballé s’était produite au moins une fois – je suis tombé sur cette vidéo de l’INA : René Koering, surfant sur l’incroyable succès du film Amadeus de Milos Forman, sorti en 1984, avait programmé Les Danaïdes de Salieri, avec dans le rôle-titre… Montserrat Caballé et pour diriger l’orchestre de Montpellier, Emmanuel Krivine !

Voir : Les Danaïdes à Montpellier