Maison ronde

Il y a bien deux mois que Lionel Esparza m’avait prévenu : ce jeudi 25 juin il organisait avec son camarade François-Xavier Szymczak une petite fête à la cafétéria de Radio France pour fêter leurs 30 ans de présence à France Musique.

Renonçant au train qui est d’ordinaire mon moyen de transport entre mon village du Val d’Oise et Paris – l’extreme chaleur rendant la circulation aléatoire – j’ai pris ma voiture (en mode électrique) mais je ne pensais pas devoir un jour afficher cette température en région parisienne…

Pas plus que la veille ce ‘selfie » pris place de la Madeleine !

Avant d’assister au concert de l’Orchestre national à 20h, je me réjouissais donc de profiter de la fraicheur (relative) de la Maison ronde, et de découvrir une partie des bâtiments enfin restituée, après plus de vingt ans de travaux, à sa destination d’origine. Pour accéder à la cafétéria, j’ai dû demander à un huissier de m’ouvrir le portillon d’accès, à l’étonnement de l’un de ses collègues qui me croyait encore membre de la maison… C’est ainsi dans cette belle et grande maison ronde, on croise toujours quelqu’un qui vous a connu il y a parfois très longtemps !

En arrivant, j’ai surpris les invitants encore en pleine action

Où il est avéré – ce qui ne me surprend pas ! – que les producteurs de France Musique manient l’économe à merveille (de gauche à droite, Lionel Esparza, Anne-Charlotte Rémond et un peu caché François-Xavier Szymczak)

J’ai à plusieurs reprises ici évoqué « mes » années France Musique (Trente ans passés, les souvenirs restent).

Evidemment le plaisir est intact pour moi de retrouver cette équipe qui a survécu aux changements de direction de la chaîne, et qu’a conservée Marc Voinchet, l’actuel directeur qui lui détient le record absolu de longévité à ce poste – 11 ans ! – Certes les visages ont pris quelques rides, les cheveux ont blanchi, mais l’enthousiasme et la compétence à l’antenne sont toujours aussi vifs. Elles et ils me disent qu’ils me le doivent, c’est vrai parce qu’ils ont fait leurs débuts sur France Musique du temps de ma direction. Mais elles et ils n’auraient pas duré s’ils n’avaient gagné la confiance des auditeurs.

Avec Martin Pénet, qui a succédé avec son émission Tour de Chant au regretté Benoît Duteurtre, nous nous rappelons ses premiers pas sur l’antenne de France Musique. C’était au cours d’une grille d’été, ce grand jeune homme tout timide – mais les idées déjà très claires sur ce qu’il voulait et savait faire – était venu me proposer de revisiter la chanson française à sa manière…

Avec Anne Montaron, parfaite germanophone, nous nous souvenons de l’obligation qui fut longtemps celle de France Musique de diffuser le vendredi un concert franco-allemand, diffusé tour à tour par Radio France et l’une des quatre radios publiques allemandes – c’était l’une des clauses du Traité de l’Elysée signé en janvier 1963, quelques mois avant l’inauguration par le général de Gaulle de la maison ronde ! – Et puis, Anne au fil des grilles a trouvé sa place en proposant des formats tous tournés vers la création, l’improvisation, aujourd’hui elle anime Création mondiale

Arnaud Merlin fait partie de ces personnages qui ne cessent d’épater par une curiosité tous azimuts, le jazz, la musique contemporaine, mais pas que, et une voix authentique de radio, dont la nonchalance naturelle méritait parfois d’être bousculée. Une amitié qui s’est nourrie aussi de sa présence au festival de Radio France à Montpellier

Jérémie Rousseau

Mon homonyme est un cas à part ! Je n’ai aucune responsabilité dans le fait qu’il anime brillamment la Tribune des critiques de disques de France Musique. Je me rappelle juste deux jeunes gens qui m’avaient abordé lors d’un salon Musicora pour m’annoncer qu’ils comptaient lancer un magazine de musique classique… et me demander mon avis sur ce projet. En 1998, Jérémie Rousseau et Bertrand Dermoncourt lançaient Classica !

Max Dozolme

Max et ses histoires de musique, c’est une rencontre plus récente. Comme directeur du festival Radio France, dans le cadre d’un partenariat entre nos institutions, j’étais venu plusieurs fois rencontrer des étudiants du Conservatoire national supérieur de Lyon qui se formaient pas seulement à des disciplines instrumentales mais aussi à toutes les activités qui tournent autour de la musique. Max Dozolme a fait partie de ces étudiants curieux, brillants, qui ont participé à deux ou trois éditions du Festival. On l’a vite repéré, et lorsque le nouveau directeur de France Musique, Marc Voinchet, est venu nous rendre visite à Montpellier, je lui ai recommandé cet oiseau rare. Il a fait un joli bout de chemin depuis…

Anne-Charlotte Rémond

Si Molière n’en avait fait le titre de l’une de ses plus savoureuses comédie, j’aurais volontiers traité Anne-Charlotte Rémond de femme savante, tant elle a de cordes à son arc !

François-Xavier Szymczak

L’imprononçabilité de son patronyme ajoute à son charme (quoique maintenant tout le monde sache cracher dans le micro un vigoureux : Chim-tchak !). Ce grand gaillard à l’allure toujours juvénile ne m’a jamais déçu dans tout ce qu’il a fait sur l’antenne de France Musique depuis… trente ans. C’est un présentateur des concerts hors pair, j’avais obtenu qu’il soit le visage et la voix de France Musique pour présenter ceux du festival Radio France à Montpellier.

Ici FX en grande conversation avec Benjamin Grosvenor en juillet 2022 à Montpellier

Quant à Lionel Esparza il sait mon admiration pour l’homme de radio, et l’homme de plume qu’il est, et l’amitié que je lui porte

Pardon de ne pas citer tous les noms et les visages que j’ai reconnus ou qui ont eu la bonté d’âme de se rappeler que j’avais jadis officié au sens de cette grande maison.

Le bonheur fut aussi de partager avec deux musiciens de l’Orchestre national les souvenirs qu’eux et moi avons de Riccardo Muti (lire Chef émérite), avant que je n’aille les retrouver sur la scène de l’Auditorium pour un concert au programme passionnant, dont je rendrai compte très bientôt pour Bachtrack

L’aventure France Musique (VIII) : Mémoire retrouvée

Dans le cadre de la nouvelle émission  Les Trésors de France Musique de la grille de rentrée de France Musique, proposée chaque soir de 23 h à minuit, Françoise Monteil diffusait jeudi soir des extraits d’une Mémoire retrouvée consacrée au violoniste Isaac Stern.

J’évoquais le concept des grilles d’été que j’avais involontairement introduit sur France Musique à l’été 1994 (L’aventure France Musique : la séparation).

Deux pleins mois pour permettre aux producteurs réguliers de la chaîne, d’abord de prendre leurs vacances, mais aussi d’essayer de nouvelles idées, de nouveaux formats, et bien sûr pour la direction de donner leur chance à des collaborateurs extérieurs, de tester des concepts, d’ouvrir la chaîne, etc. (c’est ainsi que l’animateur de Tour de chant, l’actuelle émission dominicale vouée à la chanson, Martin Pénet, était venu me proposer une mini-série d’été).

Parmi les projets auxquels je tenais le plus, je souhaitais constituer, ou plutôt reconstituer des archives sur les grands interprètes retirés de la vie active. Déjà à l’époque (!) on invitait les artistes au micro en fonction de leur actualité, pour faire la « promo » de leur dernier disque, du concert ou du spectacle auquel ils participaient. Mais les grands entretiens comme ceux que conduisait Claude Maupomé (Comment l’entendez-vous ?) n’existaient plus.

Je me demandais tout simplement, comme beaucoup d’auditeurs, ce qu’ils étaient devenus, tous ces artistes qui nous avaient enchantés. C’était d’ailleurs le premier titre auquel j’avais pensé : « Que sont-ils devenus? ». Finalement nous nous étions arrêtés à un titre à la fois plus neutre et plus explicite : Mémoire retrouvée.

Le principe de l’émission était d’une grande simplicité. Tous les producteurs de la chaîne étaient sollicités, ils choisissaient librement celles et ceux qu’ils allaient interviewer, et, après arbitrage de ma part, on ne fixait la durée et le nombre des émissions qu’après qu’ils eussent rencontré leurs interlocuteurs. Et surtout, l’émission devait échapper au cadre classique de l’interview, questions-réponses, et laisser seulement parler le musicien, l’inviter à se livrer en toute confiance en dehors de toute préoccupation promotionnelle.

C’est peu de dire que ni les producteurs ni les chargés de réalisation n’étaient habitués à pareille liberté (en général, la direction imposait un format, un horaire), et qu’il fallut pas mal de réglages. Mais tous eurent tôt fait de constater que c’était la bonne formule.

Je  me rappelle deux cas en particulier, où cette souplesse fut bienvenue : ce producteur qui s’était rendu au domicile, une petite maison au bord de la Marne,  d’un ténor qui eut son heure (justifiée) de gloire et qui m’avoua qu’il parviendrait avec peine à construire une heure et demie d’émission avec les propos qu’il avait enregistrés (« C‘est terrible, il n’avait rien à dire! »), et à l’inverse, cette productrice qui avait obtenu un rendez-vous avec Renata Tebaldi, en était revenue enthousiaste, avec de la matière pour faire cinq émissions. Le ténor eut ainsi droit à une heure et demie, la concurrente de Maria Callas à sept heures et demie.

Sauf erreur de ma part, cette série d’émissions estivales commença en 1994 et s’acheva en 2000.

Ces Mémoire retrouvée sont, je l’imagine, toutes archivées à l’INA. Elles ont beaucoup servi à Karine Le Bail et à son émission Les Greniers de la mémoire, mais aussi, bien sûr, à chaque fois qu’est survenu le décès de ceux que les micros de France Musique étaient allés chercher au fond de leur retraite.

La grande majorité des artistes sollicités par les producteurs de France Musique avaient répondu avec enthousiasme, souvent avec émotion. Quelques refus cependant : je me rappelle Teresa Stich Randall 

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faisant répondre qu’elle n’avait rien à dire sur sa vie d’avant (les années Aix, erc.), ou Lisa Della Casa disant que ses disques parlaient pour elle.

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Je me réjouis que Françoise Monteil pioche dans ces trésors, dans ces mémoires à jamais vivantes, pour son émission vespérale.

Parmi les extraits disponibles sur le site de l’INA

Roland Petit (1998)

Pierre Schaeffer (1994)

Régine Crespin (1995)

Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otter, qui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulenc, dans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oye. Quel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazade, le cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à Barbara, Hervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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