Producteurs

Je suis allé voir hier un spectacle très réjouissant : Les Producteurs au Théâtre de Paris (l’un des plus beaux théâtres privés de Paris).

L’accueil dans la salle laisse déjà augurer de la belle qualité des deux heures qui vont suivre.

Je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais d’expliquer, expliciter cette notion de « Producteur » dans le champ de la culture et de la communication.

Radio-actifs

Commençons par la radio et les chaînes publiques (France Musique, France Culture par exemple), où le producteur/la productrice occupe une position éminente, mais dont le titre, la dénomination n’ont rien à voir avec la définition communément admise du producteur (dont on verra les variantes ci-après.

En l’occurrence le producteur de radio n’investit aucun argent personnel, n’encourt aucun risque… et ne perçoit a fortiori aucun retour sur investissement. Tout au plus anime-t-il une toute petite équipe qui prépare les émissions dont il est chargé. Et il est soumis à une hiérarchie, la direction du service, de la chaîne ou de l’entreprise qui l’emploie. Disant cela, je me remémore, avec un petit sourire, les réactions de certains producteurs de France Musique, lorsque j’arrivai à la direction des programmes de la chaîne en 1993 (Lire L’aventure France Musique). Nombre d’entre eux se considéraient comme propriétaires de leur case, et seuls maîtres du contenu de leurs émissions, et n’entendaient pas qu’un autre, fût-il le patron de la chaîne, s’en mêle. Ce n’est plus le cas depuis longtemps, en tout cas sur France Musique. Mais le titre est resté, plus noble sans doute qu' »animateur » ou « présentateur »…

Boîtes de prod

En télévision, en dehors des journaux télévisés, toutes les émissions, dans le public et a fortiori plus encore dans le privé, dépendent de producteurs, de « boîtes de prod » privées. Toutes les figures du petit écran ont leurs boîtes de prod, qui emploient parfois des dizaines de collaborateurs. Ces boîtes vendent donc des prestations all inclusive, animateurs compris, aux télévisions. Il suffit de regarder le générique des émissions pour voir apparaître la mention de ces « producteurs ». On peut trouver cela étrange s’agissant par exemple des chaînes publiques, mais le calcul est vite fait : entre toutes les obligations d’un employeur pour chaque catégorie de personnel, et un « package » tout compris même plus cher, on sait vers où penche la préférence.

On.a oublié les affaires du passé qui ont, pour certaines, coûté leur poste à des dirigeants de l’audiovisuel public : Jean-Pierre Elkabbach blanchi

« il n’y a  PAS lieu à poursuivre » : ainsi a conclu le ministère public de la cour de discipline budgétaire et financière de la Cour des comptes, à propos de l’affaire des animateurs-producteurs de France 2 dans laquelle Jean-Pierre Elkabbach, alors président de France Télévision, avait été mis en cause. Président des chaînes publiques entre 1993 et 1996, Jean-Pierre Elkabbach avait été contraint de démissionner à la suite de la campagne menée contre les contrats passés en 1994 et 1995 entre France 2 et les animateurs-producteurs (Arthur, Jean-Luc Delarue, Nagui, Mireille Dumas ou Jacques Martin). Révélés par un rapport du député (UDF) Alain Griotteray, qui avait estimé que « la redevance payée par les usagers de la télévision a assuré à quelques vedettes des rémunérations individuelles parmi les plus élevées de France », ces contrats avaient aussi été critiqués par la Cour des comptes.

Dans son rapport de 1997, celle-ci avait estimé qu’il y avait des irrégularités dans ces contrats, notamment en matière d’avances de trésorerie. Alors que celle de France 2 était déficitaire, la trésorerie de la société de Jacques Martin s’élevait en 1995 à 62,3 millions de francs, celle de Jean-Luc Delarue à 51,5 millions, celle de Michel Drucker à 50,1 millions et celle d’Arthur à 21,8 millions de francs. Les magistrats avaient transmis l’affaire à la cour de discipline budgétaire et financière, qui décide s’il y a lieu de sanctionner les fautes personnelles des dirigeants. Jean-Pierre Elkabbach avait toujours affirmé que ces contrats « n’étaient pas des cadeaux et n’avaient rien d’illégal ». (Le Monde, 12 juillet 2001).

Producteur de musique

Evidemment le sujet que je connais le mieux est celui des producteurs de musique classique. C’est une espèce rare, de plus en plus rare. On les trouve dans des organisations, des festivals, qui ont dépassé les quarante ans d’âge : Janine Roze, André Furno, Pascal Escande, pour ne citer que quelques exemples de passionnés qui ont révélé au public des générations de musiciens. On doit ajouter à la liste l’incontournable René Martin qui, pour être dans les affres de procédures accusatoires, ne doit pas être oublié comme le fondateur et/ou l’âme de la Folle journée de Nantes, du festival de La Roque d’Anthéron ou de Fontevraud. Les uns et les autres ont bénéficié de subventions directes ou indirectes, mais sans leur ardeur, leur envie initiales, leurs entreprises eussent été vaines ou très brèves.

Comme responsable durant quinze ans d’un orchestre et d’une salle de concert, j’ai aussi été un « producteur » de centaines d’événements, de concerts (lire Merci Liège). Certes je bénéficiais de subventions publiques mais, comme je ne cessai de l’expliquer aux ministres et politiques que je rencontrais, les subsides perçus par l’Orchestre philharmonique royal de Liège couvraient tout juste les salaires de l’orchestre, mais jamais l’activité, les concerts, les festivals qu’il fallait financer par des recettes propres, essentiellement la billetterie. De ce point de vue, on était sur le même plan qu’un producteur privé. Un mauvais choix de programme et/ou d’artistes et c’était une billetterie médiocre, un programme et des interprètes qui attiraient l’attention, et c’était une recette appréciable. Je suis bien placé pour savoir que c’était la condition nécessaire mais jamais suffisante du soutien des pouvoirs publics.

Mais j’ajoute surtout la fierté, le bonheur qui furent les miens de pouvoir révéler des répertoires et des interprètes aux publics de Liège, Paris, Montpellier.

je suis toujours bouleversé de revoir, réentendre Nicholas Angelich, que j’ai si souvent entendu, et invité à Liège, ici à la grange de Meslay (lire L’ombre de Richter) un an avant que la maladie de lui interdise la scène avant de l’emporter…

Au cinéma comme au théâtre ou dans la comédie musicale, les producteurs, à l’instar de ceux que décrit Mel Brooks revu et corrigé par Alexis Michalik, sont bien sûr les financiers qui prennent les risques, misent sur tel ou tel talent, se plantent parfois, gagnent le gros lot – rarement – mais sont surtout des détecteurs et des promoteurs de talents.

Et toujours mes brèves de blog où je parlerai bientôt des 30 ans d’un festival, du courage d’un directeur, et de quelques autres sujets d’actualité

Personnalité

Certains me reprochent d’être trop sévère dans les critiques que j’écris pour Bachtrack.

Cherchez le chef !

Dernier exemple en date : la Walkyrie donnée actuellement à l’Opéra Bastille. (La Walkyrie de Calixto Bieito pète un câble à l’Opéra Bastille).

De gauche à droite : Stanislas de Barbeyrac (Siegmund), Elza van den Heever (Sieglinde), Tamara Wilson (Brünnhilde), Christopher Maltman (Wotan), Eve-Marie Hubeaux (Fricka), Günther Groissböck (Hunding) / Photo JPR

Extrait :

« La direction de Pablo Heras-Casado ne sortira jamais d’une platitude soporifique, d’une lecture sans relief que ne compensera pas la qualité d’ensemble de l’orchestre« .

D’autres consoeurs et confrères trouvent que la direction du chef espagnol s’est améliorée depuis L’Or du Rhin, ou même qu’après un début timide, elle a trouvé ses marques en cours de représentation (c’était la première de la Walkyrie ce 11 novembre).

J’ai été rassuré de lire sous la plume de Christian Merlin dans Le Figaro, un titre et un constat que je partage totalement : La Walkyrie à l’Opéra Bastille à bâiller d’ennui.

« S’ennuyer à l’acte I de La Walkyrie, l’heure de musique la plus incandescente et l’heure de théâtre la plus torrentielle jamais écrites, était-ce donc possible ? Pressenti un temps comme directeur musical de l’Opéra de Paris, Pablo Heras-Casado sait maintenant qu’il ne le sera pas. Sage décision, tant l’éclectique et talentueux chef espagnol peine à imprimer une marque et une ligne directrice à sa direction linéaire, sans ces reliefs et contrastes qui font ressembler l’orchestre wagnérien à un oscillographe« .

En effet, chez Wagner plus que chez tout autre compositeur d’opéra, c’est le chef d’orchestre qui est le personnage le plus important. Quand on compare les versions, par exemple, de la Tétralogie, on parle de celles de Böhm, Karajan, Solti, Sawallisch, etc. Dans le cas de celle qui nous occupe à Paris, on ne peut pas simplement dire que les chanteurs sauvent la mise.

Le son du violon

Le 2 septembre dernier, j’assistais au premier concert d’une nouvelle série proposée par la Philharmonie de Paris, les Prem’s (référence évidente aux célèbres Prom’s londoniennes). Le titre de mon article est éloquent : Succès total pour la première des Prem’s avec le Gewandhaus de Leipzig.

Mais, à propos du concerto pour violon de Dvořák  qui y était joué, je notais :

« C’est Isabelle Faust qui officie. C’est bien, c’est très bien, techniquement irréprochable, mais dans cette œuvre hybride il manque le grain de folie, la liberté rhapsodique, un son de violon plus personnel.« 

La violoniste allemande joue partout, fait des disques, et pourtant je serais incapable de dire et décrire en quoi elle est remarquable, singulière.

Ce n’est pas affaire de génération, on ne peut pas toujours se référer aux gloires du passé. La preuve avec deux autres concerts que j’ai chroniqués récemment :

María Dueñas (22 ans) était, pour moi, une découverte, en octobre dernier, avec l’Orchestre national de France et Manfred Honeck : « La jeune violoniste espagnole s’impose par une sonorité qui nous captive, une technique qui nous éblouit, et plus encore par une personnalité qui nous subjugue par sa lumineuse simplicité, le rayonnement d’un jeu qui transcende la difficulté avec un naturel confondant.« 

Quant à Anne-Sophie Mutter, ce n’est plus une révélation, mais la confirmation que, cinquante ans après ses débuts sous l’égide de Karajan, elle a un son, un jeu, une personnalité reconnaissables entre tous, comme elle en témoignait encore en trio avec Pablo Ferrandez et Yefim Bronfman le 23 octobre dernier (Un trio radieux à la fondation Vuitton) : « On va enfin retrouver le son si chaleureux, reconnaissable entre tous, d’Anne-Sophie Mutter, ce vibrato serré dont elle usait parfois jadis avec excès« 

Je n’ose même pas évoquer les mânes de Milstein, Ferras, Menuhin, Heifetz, et d’autres, tous ces glorieux archets qu’on reconnaît à première écoute.

De la personnalité svp !

De quelques années (!) d’expérience comme directeur d’un orchestre et d’une salle de concert (Liège), puis des forces musicales de Radio France et enfin du Festival Radio France à Montpellier, je tire toujours la même conclusion. Le public n’adhère qu’aux véritables personnalités, chefs, solistes, chanteurs, celles qui projettent ce quelque chose d’indéfinissable et pourtant de très perceptible qu’on nomme charisme, aura ou rayonnement. Contrairement à ce qu’on croit – surtout quand on ne fréquente pas les salles de concert ! – le public n’aime pas l’esbroufe et l’artifice.

J’ai en mémoire deux souvenirs parallèles de deux stars du piano : un concert à Londres il y a une douzaine d’années, où Lang Lang jouait le concerto de Ravel (avec Daniel Harding et le London Symphony, avant un départ en tournée asiatique). Après une interprétation complètement hors sujet du Ravel, Lang Lang revient jouer un « bis » genre romance chinoise à l’eau de rose avec force expressions et contorsions. La réponse du public est sans appel : le pianiste a juste le temps de regagner les coulisses avant que cessent les maigres applaudissements qui « saluent » sa prestation. Il n’est que de le comparer à sa compatriote Yuja Wang, qui, indépendamment de ses tenues , suscite toujours la sympathie immédiate du public, parce qu’elle est époustouflante certes, mais surtout parce qu’elle a un tel plaisir communicatif de jouer et de rejouer (lire Le phénomène Yuja)

Et toujours humeurs et bonheurs du jour dans mes brèves de blog

Scènes d’automne

J’ai évoqué brièvement (c’est le principe de mes brèves de blog !) mes sorties récentes au théâtre et au concert :

Le Canard enchaîné de ce 29 octobre a trouvé plus de qualités que moi à La Jalousie de Guitry, jouée et mise en scène par Michel Fau au théâtre de la Michodière (cf. ma brève du 27.10).

La lecture de cet article me rappelle qu’Yvonne Printemps – qui fut l’une des épouses de Sacha Guitry – fut longtemps la directrice de ce théâtre qui célèbre son centenaire.Yvonne Printemps l’inoubliable créatrice de ces Chemins de l’amour de Poulenc

Valérie Lemercier, la déception

J’avais acheté mes places il y a six mois – ce que je ne fais jamais – mais je me doutais que le retour de Valérie Lemercier au One Woman show lui vaudrait une affluence record. Hier soir au théâtre Marigny, il n’y avait plus un strapontin de libre. Que dire quand on a assisté au premier spectacle de la comédienne, à deux reprises, une fois en France, une fois en Suisse – où la différence de perception de l’humour de V.L. était flagrante ! -, qu’on a aimé ses prestations décalées, loufoques, dans certaines émissions, quand on a aimé ses films (Aline) ?

Comme on nous a seriné de toutes les manières, humour compris, qu’on ne pouvait prendre aucune photo, aucune vidéo du spectacle, j’en déduis que c’est motus aussi sur le contenu de ce qu’on a vu. De toute façon, les aficionados, dont je suis, le resteront, quelque déception qu’on ait éprouvée devant un spectacle, certes bref- 1h15 – mais assez distordu, avec des séquences qui prennent leur temps, d’autres très brèves – qui ne sont pas les moins réussies !- En fait, c’est du pur Valérie Lemercier qui hésite entre le remake, actualisé, de scènes cultes, quelques sketchs bien tournés, mais avec un sentiment d’inabouti, d’inachevé, comme si elle n’avait pas osé creuser, et se renouveler avec plus de distance. Bref, on est comme un amoureux déçu de ne pas avoir complètement retrouvé celle qu’on a adorée il y a trente ans…

La foule pour Napoleon

Je ne sais combien de dizaines de fois je suis passé en voiture devant le dôme des Invalides, place Vauban, me disant à chaque fois que je devrais tout de même m’y arrêter. Faire le touriste quoi !

J’ai enfin mis ce projet à exécution hier, oubliant qu’on est encore en période de vacances scolaires. J’ai été sidéré du nombre de familles et donc d’enfants qui visitaient les lieux.

D’abord le tombeau de Napoléon, sous l’impressionnante coupole :

..

Ils sont peu nombreux à entourer Napoléon ici : Vauban, Turenne, Lyautey, et le maréchal Foch

Ce tombeau – très impressionnant – est l’oeuvre du sculpteur Paul Landowski, qui doit toute sa célébrité au célébrissime Christ rédempteur (Corcovado) qui domine la baie de Rio de Janeiro. Ce qui nous intéresse aussi c’est le lien du sculpteur avec la musique : c’est le père de Marcel Landowski, compositeur qui n’a pas laissé en tant que tel une trace considérable dans le XXe siècle, mais à qui l’on doit l’organisation de la musique en France (cf. l’excellent ouvrage de Maryvonne de Saint-Pulgent que j’évoquais dans Du Bach et des livres). Paul Landowski, et cela je l’ignorais, est aussi le petit-fils du côté maternel d’Henry Vieuxtemps, un grand compositeur, lui, que je suis fier d’avoir pu honorer durant mes années liégeoises, par l’enregistrement intégral de ses concertos pour violon sous la baguette de mon très regretté Patrick Davin, brutalement disparu il y a cinq ans déjà !

Des Invalides je ne connaissais bien sûr la Cour d’Honneur et surtout l’église Saint-Louis-des-Invalides où se déroule une belle saison de concerts. Mais j’eus le privilège de m’y recueillir hier seul à l’écart de la foule,

Avant de visiter le Musée de l’Armée, que j’ai véritablement découvert, au milieu certes de la foule, mais souvent ému par l’intérêt, l’attention, que portaient les très nombreux enfants et adolescents présents, à ce qui leur était montré, notamment dans les deux étages consacrés aux deux guerres mondiales.

A propos de Napoléon, je suis demandeur de l’avis de mes lecteurs : j’aimerais voir et donc acheter le DVD du film que Sacha Guitry a consacré en 1955 au premier empereur des Français, avec une distribution éblouissante. Je lis des avis très contrastés sur la seule édition qui existe en DVD à ma connaissance, sur ses qualités techniques…Recommandé/recommandable ou non ?

Humeurs et bonheurs toujours à lire dans mes brèves de blog

Ceux qu’on aime

Hector Magotte (1934-2025)

Je pense souvent à Liège, on n’oublie pas quinze ans de vie et de travail. Je me demande ce que deviennent les uns ou les autres, que j’ai de près ou de loin connus. C’était le cas récemment pour un personnage qui a beaucoup compté pour moi : il était le presque inamovible échevin de la Culture (adjoint au maire) de Liège et surtout président de l’Orchestre philharmonique de Liège, lorsque j’ai été recruté comme directeur général il y a exactement 26 ans, le 1er octobre 1999 (lire Liège à l’unanimité) Hector Magotte est décédé le 26 septembre dernier à l’âge de 91 ans. Ses obsèques ont lieu aujourd’hui à Liège.

Je retrouve un article de La Libre Belgique de 2001 qui décrit bien la personne que j’ai connue, échevin de la Culture pendant 18 ans, profondément humaniste, amoureux de culture et d’histoire, un homme de bien comme il n’en existe plus guère. Il n’a jamais été remplacé, même s’il a eu des successeurs dans cette fonction.

Meurtre à Tours ?

Je connaissais Denis Raisin-Dadre évidemment de réputation – j’aurais pu le citer dans mon récent article Les défricheurs pour tout ce qu’il a fait pour nous restituer des pans entiers de répertoire de la Renaissance. Il est mort ce 29 septembre à Tours, dans des circonstances suspectes, puisque le procureur de la République a déclenché une enquête pour meurtre…

Brigitte Engerer rééditée

Il y a des rééditions aussi bienvenues qu’incompréhensibles. Je me réjouissais de voir Harmonia Mundi regrouper dans un coffret les enregistrements que la toujours si regrettée Brigitte Engerer (1952-2012) avait donnés au label français – après une très belle série pour Philips (lire Pour Brigitte).

CD1 Moussorgski Les Tableaux d’une exposition + pièces pour piano

CD2 Beethoven  Rondos, Variations sur Les Ruines d’Athènes, Lettre à Elise, Sonate 31

CD3/4 Chopin Nocturnes

CD5 Schumann Scènes d’enfants, Carnaval / Schumann-Liszt Er sit’s, Frühlingsnacht, Liebeslied / Clara SchumannGeheimes Flüstern

Beau texte d’hommage d’Alain Lompech !

On peut imaginer l’émotion que je ressens encore aujourd’hui à revoir et réécouter justement cette mélodie de Schumann transcrite par Liszt, Liebeslied, jouée par Brigitte Engerer à Liège lors de la Nuit du piano que je lui avais demandé de parrainer, et même d’organiser. 

Mais pourquoi diable si Harmonia Mundi voulait rendre à Brigitte le juste hommage qui lui est dû, pourquoi ne pas avoir intégré à ce coffret les six disques de musique de chambre qu’elle a aussi enregistrés et qui sont mentionnés dans le livret du coffret ? Question sans réponse…

PS Il faut regarder jusqu’au bout cette vidéo de la Nuit du Piano : on y voit et entend un duo unique, qui ne s’est jamais reformé depuis, entre les fabuleux Severin von Eckardstein et Benedetto Lupo, donnant une extraordinaire version de la Suite pour 2 pianos de Rachmaninov !

Les raretés de l’été (VIII) : les dernières mélodies

En redécouvrant le coffret Zinman (voir Zinman chez les Suisses), j’ai aussi redécouvert l’une des… 33 versions que je compte dans ma discothèque de l’ultime chef-d’oeuvre de Richard Strauss (1864-1949), ses Vier letzte Lieder.

J’aime beaucoup Melanie Diener, une belle artiste que j’ai eu le bonheur d’accueillir à Liège.

Une fois de plus, le dernier article du blog de Joseph Zemp est une mine d’informations : Richard Strauss en Suisse, notamment sur les circonstances, les lieux et les dates de composition de ces quatre dernières mélodies, écrites en 1948 entre Montreux et l’Engadine. Avec bien entendu partition et poèmes de Hermann Hesse (1877-1962) et Josef von Eichendorff (1788-1857). Je ne peux jamais écouter ces quatre Lieder, surtout le dernier (Im Abendrot) sans être saisi d’un bouleversement intérieur, qui fait sans doute écho à des souvenirs, à ce que seul le mot allemand Erlebnis – qu’on traduit imparfaitement par « expérience personnelle » – exprime.

Une fois que j’ai redit ma faveur de toujours pour deux versions immortelles,

je propose quelques raretés de ma discothèque, sans aucun ordre de préférence(*)

Evelyn Lear (1926-2012)/ Karl Böhm

Tout ou presque sur ce disque et cette chanteuse ici : La reine Lear

Charlotte Margiono / Edo de Waart

Souvenir très particulier de l’une des chanteuses préférées de Nikolaus Harnoncourt, Charlotte Margiono, que j’avais invitée pour la Neuvième symphonie de Beethoven qui marquait la fin du mandat de Louis Langrée à Liège en juin 2006.

Nina Stemme / Antonio Pappano (2007)

Lisa della Casa / Karl Böhm (1953)

Teresa Stich-Randall / Laszlo Somogyi (1964)

L’inoubliable Sophie du légendaire Rosenkavalier de Karajan (1956) avec Schwarzkopf, Ludwig et Edelmann, Teresa Stich-Randall (1927-2007) a gravé ces Vier letzte Lieder en 1964.

Felicity Lott/Neeme Järvi (1987)

Ai-je besoin de rappeler l’admiration que j’ai pour elle, l’amitié qui nous lie depuis 1988. On cite rarement Felicity Lott comme interprète de ce cycle, alors qu’elle est chez elle dans Richard Strauss (une Maréchale d’anthologie !). Et j’aime la manière fluide, presque allégée, de Neeme Järvi qui ne surcharge pas le sublime écrin orchestral de ces Lieder.

Kanawa/Solti (1991)

C’était de notoriété publique la chanteuse préférée de Georg Solti. La voix de miel de Kiri Te Kanawa séduit toujours, même si on peut préférer des interprètes plus engagées.

Trois ans après ses débuts au Carnegie Hall de New York (lire Varady 80 ) Julia Varady donnait ces Vier letzte Lieder en 1992 à Leipzig. Incroyable que personne n’ait jamais songé à les lui faire enregistrer…

(*) Voici la liste des 33 versions que j’ai dans ma discothèque :

Arroyo/Wand, DellaCasa/Böhm, Diener/Zinman, Flagstad/Furtwängler, Fleming/Eschenbach, Harteros/Jansons, Isokoski/Janowski, Janowitz/Haitink, Janowitz/Karajan, Janowitz/Stamp, Jurinac/Sargent, Kanawa/A.Davis, Kanawa/Solti, Kaune/Oue, Kühmeier/Nott, Lear/Böhm, Lott/Järvi, Margiono/de Waart, Mattila/Abbado, Müller/Eschenbach, Norman/Masur, Pieczonka/Haider, Popp/Tilson-Thomas, Popp/Tennstedt, Rothenberger/Previn, Schwarzkopf/Ackermann, Schwarzkopf/Karajan, Schwarzkopf/Szell, Söderström/Haitink, Stemme/Pappano, Studer/Sinopoli, Tomowa-Sintow/Karajan, Voigt/Masur.

Et toujours les humeurs du jour dans mes brèves de blog

Les raretés de l’été (VII) : Zinman chez les Suisses

Je ne pourrai pas cette année non plus souhaiter une joyeuse Fête nationale à ma mère, mais je peux le faire à cette grande famille éparpillée de cousins, cousins et autres descendants de la branche maternelle des Zemp, et en particulier à mon cousin Joseph, auteur prolifique d’un blog passionnant (dernier article paru sur Arthur Honegger !)

En ce 1er août, honneur donc à la Suisse et à l’un de ses orchestres – je n’ai pas écrit « le meilleur » parce que la discussion s’envenime toujours lorsque, à Genève, Bâle, ou Zurich, il s’agit de s’attribuer le titre ! – Mais l’orchestre de la Tonhalle – qui, comme celui d’Amsterdam, porte le nom de la salle de concert où il se produit – compte dans le paysage musical européen : je lui avais d’ailleurs consacré tout un article (Tonhalle) à l’occasion de son 150e anniversaire en 2018.

Pour peu que vous soyez un peu collectionneur, de disques, de livres, de DVD, vous savez ce que c’est : vous achetez un coffret, vous l’écoutez en tout ou partie, et vous le posez dans votre bibliothèque, le destinant parfois à un repos éternel. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec le bien mal intitulé coffret qui regroupe tous les enregistrements réalisés pour les labels américains RCA / Arte Nova / Sony par le chef américain David Zinman avec la Tonhalle dont il fut le directeur musical, vingt ans durant, de 1995 à 2014.

Pourquoi avais-je délaissé ce coffret ? et du coup, perdu de vue l’originalité, la qualité, l’intelligence de la démarche interprétative de ce chef dans un répertoire où la concurrence est vive : des intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schubert, Schumann et Mahler et un admirable bouquet de poèmes symphoniques de Richard Strauss.

Quand on célèbre – ou pas – son successeur (Paavo Järvi) dans les mêmes répertoires, quand on rappelle les mérites de feu Roger Norrington dans son intégrale Beethoven, on doit absolument se replonger dans ce legs prodigieux, où on a le sentiment que Zinman réinvente ce qu’il dirige, subtilement, sans grands effets de manche : l’articulation, l’impulsion, le phrasé, et un travail sur les rythmes internes à un mouvement.

Trois exemples éloquents :

La toute première phrase de la 8e symphonie de Beethoven est vraiment un « allegro vivace con brio », qui donne furieusement envie de poursuivre l’écoute.

La comparaison avec un autre chef que j’admire, Karl Böhm, est, comment dire, bien peu convaincante.

Même choc à l’écoute de la si rabâchée symphonie « inachevée » de Schubert. David Zinman n’en fait pas, comme tant de ses confrères, un monument brucknérien. Le 2e mouvement est une pure poésie, et surtout écoutez bien ce que font le hautbois et la clarinette, leurs ornements subtils qui ôtent à ce mouvement la dimension tragique qu’on y entend trop souvent :

Pour être tout à fait honnête, j’avais laissé de côté les symphonies de Mahler – une intégrale – de David Zinman. Quelle erreur ! En commençant par la 9e, j’ai vraiment très envie de découvrir tout le corpus, parce que j’ai l’impression qu’en suivant à la lettre les indications du compositeur – très précises et nombreuses dans ses partitions – Zinman en restitue parfaitement l’esprit.

Et puisque mon cousin évoque aujourd’hui Arthur Honegger, compositeur aussi français que suisse (et inversement !), je signale ce très beau disque… de David Zinman et la Tonhalle.

L’une des premières oeuvres que j’ai programmées à Liège était la Pastorale d’été. C’était en juin 2001, j’avais invité Stéphane Denève et Sophie Karthäuser, l’une et l’autre à l’orée d’une carrière formidable, dans un programme qui comprenait outre la Pastorale d’été, les Nuits d’été de Berlioz, la suite de Pelléas et Melisande de Fauré et la 2e suite de Bacchus et Ariane de Roussel !

Je vais évoquer la figure de Bob Wilson, disparu hier, sur mes brèves de blog

Les raretés de l’été (I) : ténors mozartiens

Nouvelle série pour cet été 2025, que je nourrirai au gré de mes humeurs et de ma fantaisie.

Le récent décès de deux grands ténors mozartiens me donne l’occasion d’ouvrir cette série. Je précise, à nouveau, qu’il ne s’agit ici que de mes inclinations personnelles, pas d’une revue exhaustive des chanteurs étiquetés comme mozartiens. Même si je reconnais le talent indéniable de certaines voix très célèbres, je n’aime pas leur manière de chanter Mozart, je ne trouve pas mon bonheur dans leur timbre, leur interprétation. De gustibus…

Stuart Burrows (1932-2025) / Luigi Alva (1927-2025)

Les deux grands ténors mozartiens de la deuxième moitié du XXe siècle sont morts à quelques semaines d’intervalle, le Gallois Stuart Burrows le 29 juin, le Péruvien Luigi Alva le 15 mai. Ils sont de tous les grands enregistrements d’opéras de Mozart des années 60 à 70 avec Colin Davis, Georg Solti, Giulini ou Karajan, pour ne citer que les plus illustres.

József Réti, un centenaire (1925-1973)

J’ai déjà raconté – Chanter Mozart – quand et comment j’avais découvert ce chanteur hongrois qui continue de m’émouvoir comme au premier jour. Cette vibration et cette plénitude dans la voix ! Je m’aperçois qu’il est né il y a 100 ans, le 8 juillet 1925, je doute évidemment que quiconque célèbre ce centenaire. Si vous voyez, trouvez ce disque, précipitez-vous

Kenneth Tarver

Il y a aussi ce ténor américain qui, par coquetterie, ne mentionne pas sa date de naissance dans ses biographies, Kenneth Tarver. Je l’avais convié à Liège pour chanter la Messe en ut de Mozart sous la direction de Louis Langrée, en décembre 2001 (aux côtés de Sophie Karthäuser et Céline Scheen !). Le chef, étant comme moi séduit par ce timbre si idéalement mozartien – je précise que je ne connaissais pas ce ténor auparavant ! – nous avions prévu le mercredi précédent – le 18 décembre 2001 – un récital d’airs de Mozart. Je ne sais comment et par qui des extraits de ce concert se sont retrouvés sur YouTube… mais on est bien heureux d’avoir ces témoignages.

On retrouve Kenneth Tarver dans les enregistrements de René Jacobs.

Abel Zamora, Stanislas de Barbeyrac

Dans la jeune génération française, voici quelques années déjà que Stanislas de Barbeyrac (lire Les airs du bonheur) s’est imposé sans mal dans Mozart.

A sa suite, le tout jeune Abel Zamora fait mieux que promettre. Il était de l’équipe du génial Don Giovanni dirigé par Julien Chauvin à l’Athénée en novembre 2024, dans ma critique pour Bachtrack, j’écrivais : « Mais c’est sans doute avec Abel Zamora qu’on éprouve les plus belles émotions : le jeune ténor compose un Don Ottavio dont le tempérament contredit le physique frêle et romantique, il a déjà une science du chant mozartien, cette légère vibration dans une tessiture admirablement tenue. On n’est pas près d’oublier son miraculeux « Dalla sua pace ».« 

Les grands anciens

Bien sûr il y a tous ces grands chanteurs du passé, souvent cités comme des références. J’ai une tendresse particulière pour deux d’entre eux : Fritz Wunderlich et Leopold Simoneau. Ce qui ne veut pas dire que ceux que je ne cite pas ne sont pas aussi admirables, mais leur voix, leur timbre, leur chant ne me touchent pas au même point.

Fritz Wunderlich (1930-1966)

Leopold Simoneau (1916-2006)

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Jupiter

Les symphonies de Mozart ne sont quasiment plus au répertoire des orchestres symphoniques traditionnels. C’est dire si, comme je l’ai écrit pour Bachtrack, la présence de la 41e symphonie dite « Jupiter » de Mozart au programme de l’Orchestre national de France dirigé par Simone Young le 19 juin dernier faisait figure d’événement.

La conception de Simone Young, ici à Munich en 2018, n’a pas foncièrement changé. C’est l’illustration même de ce que je décris dans mon article : Soir de fête pour Simone Young et l’Orchestre national

Je crois me souvenir que la dernière fois que j’ai entendu la Jupiter en concert, c’était à Liège avec Louis Langrée en janvier 2006 ! Je me rappelle surtout une séance pédagogique où il avait réparti le public de la Salle Philharmonique en cinq groupes suivant chacun l’une des cinq « phrases » fuguées par Mozart dans le dernier mouvement. On peut voir quelques extraits du grand festival Mozart dans ce film à 26′

L’ultime chef-d’oeuvre symphonique de Mozart a évidemment bénéficié d’un grand nombre d’enregistrements. J’en ai distingué quelques-uns dans ma discothèque, parfois surprenants ou inattendus

Les grands classiques

Josef Krips, Amsterdam (1971)

Souvent réédité le bloc des symphonies 21 à 41 enregistrées par le chef viennois Josef Krips à Amsterdam au début des années 70, garde son statut de référence, même si les réussites y sont très inégales. Mais la 41e symphonie a fière allure

L’autre inévitable est Karl Böhm, auteur de la première intégrale des symphonies de Mozart, très inégale elle aussi, mais on retrouve bien dans la 41e symphonie ce mélange d’apparente rigueur et d’élan qui a souvent caractérisé l’art de ce chef

Karl Böhm, Berlin (1962)

Pour des raisons commerciales probablement, on a confié peu de Mozart à Eugen Jochum, qui pourtant dans Haydn, Mozart, Beethoven, était en terrain de connaissance et de liberté

Eugen Jochum à Boston (1973)

James Levine a gravé une autre intégrale des symphonies de Mozart à Vienne.

La 41e commence à 28′

Autre intégrale remarquable, globalement la plus réussie, celle de Charles Mackerras avec l’orchestre de chambre de Prague (il a réengistré les six dernières symphonies avec le Scottish chamber orchestra). C’est pour moi la plus recommandable globalement.

Les inattendus

On n’attend pas vraiment Zubin Mehta dans ce répertoire. Pourtant, formé à Vienne auprès des meilleurs, le chef indien se coule sans peine dans la peau du chef mozartien…

Zubin Mehta à Vienne

Autre chef inattendu dans ce répertoire, et surtout le seul à avoir officiellement enregistré la 41e symphonie, alors âgé de 28 ans, avec l’Orchestre national de l’époque. Et ça sonne vraiment bien…

Lorin Maazel avec l’ONF (1958)

Quelques mois avant sa mort, le chef américain se retrouve invité (à grands frais certainement) en Galice en 2012.

Lorin Maazel en Galice (2012)

Sur YouTube, on trouve dette étonnante captation d’un concert où le vieux chef soviétique Evgueny Svetlanov épouse la grandeur du compositeur, donnant une version fascinante.

Evgueni Svetlanov à Moscou (1992)

Yehudi Menuhin, Sinfonia Varsovia

Pour rappel, Yehudi Menuhin était aussi un excellent chef d’orchestre (lire Le chef oublié) et Hugues Mousseau dans Diapason avait justement distingué sa version de la Jupiter de Mozart

La nouvelle génération

Maxim Emelyanychev, Il Pomo d’Oro

J’écrivais, il y a trois ans, après les deux concerts finaux du Festival Radio France : « Maxim Emelyanychev réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés« . Je me réjouis infiniment de retrouver le jeune chef russe, actuel chef principal du Scottish Chamber Orchestra, à la tête de l’Orchestre national de France ce jeudi au Théâtre des Champs-Elysées.

Il a commencé un projet Mozart enthousiasmant :

Julien Chauvin et le Concert de la Loge

J’ai le même enthousiasme pour le parcours de Julien Chauvin et son Concert de la Loge. Je me rappelle la jubilation éprouvée avec le Don Giovanni « implacable et génial » donné à l’Athénée en novembre 2024, qui vient d’être distingué par le Prix 2025 du syndicat de la critique Théâtre, Musique et Danse.

Plus radicales certes, mais passionnantes, les démarches de Mathieu Herzog et Riccardo Minasi

Mathieu Herzog, Appassionato

Riccardo Minasi, Resonanz

PS Je précise, une fois de plus, à l’intention de certains lecteurs – qui ne manquent jamais une occasion de me reprocher mes choix, mes oublis, voire mon ignorance – que, dans ce type d’articles, je n’ai, d’abord, aucune prétention ni volonté d’exhaustivité, et que je fais un choix tout à fait subjectif. En plus de celles déjà citées, je n’ignore pas les versions d’Abbado, Barbirolli, Barenboim, Beecham, Bernstein, Blech, Blomstedt, Boult, Brüggen, Davis, Dorati, Adam Fischer, Fricsay, Gardiner, Giulini, Glover, Harnoncourt, Hogwood, Jacobs, Jordan, Karajan, Keilberth, Klemperer, Koopman, Krivine, Kubelik, Leibowitz, Leinsdorf, Manacorda, Marriner, Monteux, Munch, Muti, Oistrakh, Pinnock, Reiner, Rhorer, Sawallisch, Schmidt-Isserstedt, Schuricht, Solti, Suitner, Tate,Tennstedt, Vegh, Walter… pour ne citer que celles que j’ai dans ma discothèque !!

Et toujours mes brèves de blog !

Jonas et les coffrets de juin

Jonas 55

On ne sait si c’est pour célébrer son 55e anniversaire le 10 juillet prochain ou pour clore un partenariat de plusieurs lustres* entre Decca et le ténor star Jonas Kaufmann, toujours est-il que paraît un coffret de 15 CD à prix très doux qui récapitule les grandes années du chanteur, avec quelques pépites qui méritent d’être signalées.

Je ne sais qui a choisi la photo de couverture, légèrement too much non ? Mais le fan club ne sera pas déçu !

CD 1 Sehnsucht Mozart, Schubert, Beethoven, Wagner (Claudio Abbado / Mahler Chamber Orchestra)

CD 2 Verismo Arias (Antonio Pappano / Accademia Nazionale di Santa Cecilia)

CD 3 Romantic Arias (Marco Amiliato / Prague Philharmonic Orchestra)

CD 4-5 Wagner Airs d’opéras + commentaires de J.K.

CD 6 Schubert, Die schöne Müllerin (Helmut Deutsch)

CD 7-8 Weber Oberon (en anglais) (John Eliot Gardiner, Orchestre révolutionnaire et romantique, Hillevi Martinpelto, Steve Davislim)

CD 9-10 Beethoven Fidelio (Claudio Abbado, Lucerne Festival Orchestra, Nina Stemme)

CD 11-13 Humperdinck Königskinder (Armin Jordan, Orchestre national Montpellier)

CD 14-15 Verdi Requiem (Daniel Barenboim, Scala, Anje Harteros, Elina Garanca, René Pape)

J’éprouve un attachement particulier pour le dernier enregistrement d’Armin Jordan un an avant sa mort en 2006. C’était à Montpellier, du temps où le Festival Radio France faisait, chaque année, découvrir au moins un ouvrage lyrique inconnu ou oublié. Un ténor de 35 ans, qui était encore loin d’être la star qu’il est devenu, participait à l’aventure de ces Königskinder / Les enfants du roi d’un compositeur qui n’est resté dans les mémoires que pour son « tube » Hänsel et Gretel, Engelbert Humperdinck (1854-1921).

Souvenir amusant à propos de ce « live ». En contact avec les responsables de la branche française (Accor) d’Universal – pour les disques réalisés avec l’OPRL et Louis Langrée – je leur avais suggéré, au moment où la notoriété de Kaufmann montait en puissance, de mettre en valeur la participation de ce dernier à ces Enfants du roi. Quelques mois plus tard on voyait ressortir l’enregistrement dans un nouvel habillage (lire la critique qu’en fit Forumopera). Le coffret Decca a repris la pochette d’origine.

(*lustre = période de cinq ans)

Le piano des antipodes

Je n’ai pas évoqué ici les résultats du dernier Concours Reine Elisabeth de Belgique : j’ai, en son temps, écrit tout ce que je pensais de ce concours en particulier, et plus généralement des concours pour jeunes musiciens : De l’utilité des concours. Mon ami Michel Stockhem qui ne peut pas être suspecté d’être défavorable au CMIREB (acronyme de Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique) a écrit le 1er juin sur Facebook un billet que je pourrais signer et que j’invite vivement à lire.

Jiaxin Min, éliminée du palmarès final !

Apparemment les résultats du dernier Concours Van Cliburn ont été plus convaincants. Le nom du vainqueur, Aristo Cham, me fait irrésistiblement penser aux… Aristochats et à cette séquence

Je veux évoquer ici un coffret de 11 CD proposé à moins de 50 € sur le site anglais prestomusic.com, qui dresse un passionnant panorama d’un concours de piano, qui est l’un des plus importants de l’hémisphère sud, celui de Sydney. L’édition de ce coffret est due au responsable de la collection Eloquence, lui-même australien, Cyrus Meher-Homji (lire Des chefs éloquents) La plupart des noms de lauréats me sont inconnus, et c’est justement l’occasion de sortir de « l’européocentrisme » dénoncé par Michel Stockhem, Et en regardant la liste, on a la surprise d’y retrouver le 1er prix du concours Reine Elisabeth 1999, le pianiste ukrainien Vitaly Samoshko, que j’ai eu le bonheur d’inviter plusieurs fois à Liège. Le monde est petit !

Liste des pianistes représentés dans ce coffret :

Albright · Arimori · Bogdanov · Bolla · Broberg · Cazal · John Chen · Moye Chen · Cominati · Cyba · Del Pino · Deng · Fung · Fushiki · Gifford · Gillham · Gortler · Goto · Gough · Grigortsevich · Gugnin · Ham · Hill · Janssen · Joamets · Jurinic · Kameneva · Khairutdinov · Kim · Kitamura · Kolesova · Kolomiitseva · Jianing Kong · Xiang-Dong Kong · Kudo · Kurbatov · Kuzmin · Lakissova · Lee · Leske · Li · Liu · Lopatynskiy · Malikova · Malmgren · Masliouk · Melnikov · O’Callaghan · Owen · Pegoraro · Rashkovsky · Samoshko · Samossoueva · Sato · Scott · Shamray · Sim · Soo Rhee · Takada · Takao · Tarasevich-Nikolaev · Tarasov · Tsvetkov · Uehara · Ukhanov · Urassin · Vetruccio · Volodin · Wallisch · Wisniewski · Wright · Xie · Yemtsov · Young · Yu · Zabaleta · Zheng

Le Beethoven des Lindsay

Autre coffret proposé par prestomusic.com, l’intégrale des quatuors de Beethoven par les Britanniques du quatuor Lindsay (1966-2005). Il ne va pas dépareiller ma discothèque où se trouvent déjà, sans ordre de préférence, les Amadeus, Artemis, Hongrois, Italiano, Berg, Cleveland, Emerson, Ysaye, pour ne citer que les intégrales.



Et toujours mes brèves de blog, comme ce beau souvenir de ma soirée du 12 juin :

Sonya Yoncheva et Jean Pierre Rousseau / Auvers-sur-Oise / 12 juin 2025 / @Bachtrack

Comment naît-on à la musique ?

Sur ce blog j’ai consacré toute une série d’articles à ma/mes découverte(s) de la musique (La découverte de la musique de I à XVI), aux concerts, aux rencontres, aux disques qui m’ont fait aimer la musique et les musiciens.

Mais la vraie question, qu’on me pose d’ailleurs fréquemment – à moi qui serais devenu (sourire) quelqu’un d’important dans la musique classique (re-sourire !) – est : comment suis-je venu à la musique ? comment et pourquoi ma mémoire a-t-elle emmagasiné autant de sons, autant de notes ?

Naissance à la musique

Dans un article consacré aux chefs d’orchestre (Pères et fils) mais que j’aurais pu étendre aux musiciens en général, je relevais une évidence : quand on naît dans une famille de musiciens, on a mécaniquement plus de chances de développer une appétence pour la musique. Dans la chanson, la musique classique, plus rarement à l’opéra, on connaît des générations de musiciens. Mais il y a quantité de contre-exemples, où le milieu social ou familial n’a eu aucune influence sur le développement du goût voire de la pratique de la musique. On se rappelle cette séquence de l’émission « La France a un incroyable talent » où un adolescent de 15 ans, hébergé dans un foyer, avait surpris et ému tout le jury en répondant d’abord que ses idoles étaient Liszt et Beethoven et en jouant le finale de la sonate « au clair de lune » de Beethoven : Rayane Hechmi.

Je ne sais pas si ce garçon qui s’est depuis inscrit au Conservatoire Paul Dukas à Paris fera ou non une carrière de pianiste concertiste. Mais pour lui et sans doute pour beaucoup de ceux qui l’ont regardé à la télévision ou écouté dans les gares où il jouait, la musique est devenue indispensable, vitale.

Education et intérêt pour la musique

Je suis en revanche beaucoup plus circonspect quant à la relation éducation à la musique => goût pour la musique. Je ne sais pas moi-même si mon goût puis ma passion pour la musique ont pour origine mes années au Conservatoire de Poitiers (solfège, piano, trois ans de violon, ensemble vocal), alors que mes deux soeurs, elles aussi inscrites dans le même établissement, ont choisi d’autres voies, même si elles sont comme on dit « sensibles » à la musique.

Parenthèse, j’ai été ému de retrouver dans les archives numérisées de l’INA les deux émissions de France Musique « Les jeunes Français sont musiciens » qui avaient été enregistrées fin mars et diffusées en avril 1973 à Poitiers. J’aimerais bien récupérer une copie…

Au fil des années et de mes responsabilités dans le domaine musical, je suis allé de surprise en déception en constatant chez nombre de professionnels, en particulier les musiciens d’orchestre, un manque de culture musicale, une absence d’intérêt pour la substance même de leur métier. Comment peut-on étudier dur pendant des années, passer des concours très difficiles pour accéder à des postes de titulaires, et rester indifférent, voire ignorant, aux répertoires joués, à la vie musicale, aux artistes invités ? Il y a heureusement beaucoup d’exceptions, mais c’est resté pour moi une énigme.

Je me rappelle aussi avoir dû, tout au long de ma vie professionnelle, rechercher, recruter des collaborateurs, pour travailler, qui dans une chaîne de radio musicale, qui dans un orchestre, qui dans un festival ou la direction de la Musique de la radio… Quand je posais comme pré-requis au moins une connaissance certaine de la musique classique, je voyais parfois/souvent poindre l’étonnement chez les DRH et lorsque nous en arrivions à l’entretien avec des candidats pré-sélectionnés d’après leur CV, nous n’étions pas toujours au bout de nos surprises… J’ai en revanche un souvenir encore très vivace de l’expérience que j’avais proposée à la direction de la chaîne culturelle de la Radio Suisse romande – Espace 2 – en 1991, pour faire face à la pénurie de producteurs/animateurs : un recrutement complètement ouvert ! En deux temps : après inscription, les candidats étaient soumis à une épreuve écrite destinée à cerner leurs connaissances musicales et leurs goûts. Des questions à choix multiples, presque conçus comme des jeux. Puis, à partir de ces réponses, des entretiens individuels. Il en résulta l’engagement de six producteurs. Quatre d’entre eux ont depuis lors été des voix reconnues et admirées de la radio suisse, jusqu’à leur retraite récente, comme l’ami Charles Sigel, l’une des meilleures plumes de Forumopera.

Encyclopédisme et gourmandise

J’ai longtemps fait un complexe – que certains appellent le syndrome de l’imposteur – du fait que, dans les fonctions qui m’ont été successivement confiées, je ne me sentais pas à ma place, parce que je n’avais pas le savoir musicologique, les diplômes, voire le « niveau » a priori requis pour la fonction, ou parce que je côtoyais des personnages infiniment plus cultivés et/ou expérimentés que moi. Je me rappellerai jusqu’à mon dernier souffle mon premier contact avec l’Orchestre de la Suisse romande, dont j’allais être le producteur à la Radio suisse romande, de 1986 à 1993. Totalement inconnu dans le milieu musical genevois, je succédais à quelqu’un qui était lui-même musicien, sorti d’un conservatoire romand, organisateur de concerts, etc. Je n’étais rien de tout cela (et c’est peut-être pour cela qu’on m’avait choisi comme « outsider »). Je jouai la franchise, en leur disant que j’allais apprendre à leurs côtés et que je m’efforcerais de les servir de mon mieux. J’ai la faiblesse de penser qu’ils n’ont pas gardé un trop mauvais souvenir de mon passage à la RSR…

J’ai beaucoup d’admiration pour les musicologues, les spécialistes qui savent faire partager non seulement leur science mais surtout leur passion, leur gourmandise. Ce sont en général d’excellents pédagogues, des « transmetteurs » recherchés (je me rappelle deux rencontres avec le célèbre musicologue américain H.C. Robbins Landon, dont les travaux sur Haydn et Mozart ont fait date. C’était l’incarnation de l’honnête homme du XVIIIe siècle, infatigable narrateur et pourvoyeur d’histoires, petites et grandes, et surtout bon vivant). J’ai plus de réticences – euphémisme – à l’égard de professeurs – je ne citerai pas de noms – qui sont de bien piètres communicants.

Aujourd’hui heureusement, on est sorti de ces vieux clivages. Nos Conservatoires produisent non seulement d’excellents musiciens, qui pourront être d’excellents enseignants, mais aussi de formidables médiateurs – puisque c’est le terme usité -, je les nommerais plutôt « passeurs ». Pendant quelques années, nous avions noué, avec le Festival Radio France et le Conservatoire supérieur de Lyon, des contrats permettant à quelques étudiants du CNSMDL de participer au festival notamment pour y animer des séances avec le public – présentation d’oeuvres, d’artistes, entretiens, etc. – J’allais moi-même à Lyon animer des échanges avec ces étudiants, pour les inciter à se former, se perfectionner à cet exercice indispensable. Ils sont plusieurs à avoir poursuivi dans cette voie avec succès, le plus connu d’entre eux étant Max Dozolme qui officie sur France Musique.

Enfin, pour grandir dans l’amour de la musique, il y a la critique, les critiques – cf. les articles que j’ai consacrés au sujet -, ceux qui, sans être nécessairement ni spécialistes ni musicologues, ont le don de donner envie, de donner à aimer.

Je l’ai cité une seule fois il y a longtemps (Les arbitres des élégances). J’ai repris ces jours derniers un ouvrage qu’on déguste comme un merveilleux livre de souvenirs : Jacques Lonchampt

Une mine d’or !

Et dans mes brèves de blog à découvrir quelques pépites (Argerich, Barenboim, Maria Tipo, etc.)