Le silence de la musique

Je ne peux qu’inviter à la lecture de cette tribune parue hier sur liberation.fr : Le silence des orchestres, jusqu’à quand ?

Une tribune, signée Mathieu Schneidervice-président de l’Université de Strasbourg, historien de la musique :

« La santé de la population est une chose, l’hystérie normative en est une autre. Et elle a de quoi inquiéter de nombreux secteurs d’activité.

Les ensembles musicaux, instrumentaux ou vocaux, risquent d’en faire les premiers les frais. Il est urgent de trouver aujourd’hui le juste équilibre entre prévention et acceptation du risque, et de redonner du sens à la responsabilité individuelle. A vouloir se prémunir collectivement de tout, on arrêtera de vivre.

Ce n’est qu’à ce prix qu’en cette année 2020 où nous fêtons les 250 ans de la naissance de

Beethoven, nous redonnerons sa voix à la musique et et son sens à la civilisation. » 

(Lire ici la totalité de l’article)

 

img_2022(L’Orchestre National de France dans l’auditorium de la Maison de la Radio à Paris)

À rapprocher d’un édito – au ton nettement plus polémique – d’Etienne Gernelle dans Le Point du 7 mai dernier : La civilisation de la pétoche.

Dans cet article du 25 avril  – Le coeur lourd – j’expliquais la décision que j’avais dû prendre d’annuler l’édition « physique » du Festival Radio France 2020.

Un mois plus tard, je constate que les parcs d’attraction vont rouvrir, que les grands spectacles comme Le Puy du Fou reprennent. Que quelques festivals amis ont maintenu, contre la pression médiatique, tout ou partie de leur édition, et qu’à l’inverse l’une des plus touristiques régions de France, l’Occitanie, n’aura à offrir à ses citoyens, et ses visiteurs, qu’un désert culturel et musical…

Tout le monde a pu voir sur Facebook cette photo prise par le baryton Michael Volle sur un vol long-courrier, archi-plein et l’indignation qui est la sienne, partagée par tant de ses collègues, comme Sonya Yoncheva ou Anna Netrebko, relayée par DiapasonAvions pleins à craquer, salles de concert vides

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Au nom de ces principes de « précaution » dénoncés par Mathieu Schneider et Etienne Gernelle, de la crainte qui s’est emparée de tous les responsables politiques de devoir répondre des conséquences de leurs décisions devant la justice, on laisse tout un éco-système culturel dans un brouillard total.

Pourrait-on au moins laisser les organisateurs, les patrons d’orchestres, de salles de concert, expérimenter, essayer, de nouveaux formats de concert ou de représentations d’opéra, avec le concours d’un public volontaire… et bien sûr des artistes pour qui ce serait toujours mieux que le rien actuel ?

Je ne parviens pas à me résoudre à ce que, désormais, la musique doive ressembler à cela :

J’emprunte à Mathieu Schneider la conclusion de son article :

«O Freunde, nicht diese Töne !» (O amis, pas ces notes !) Que l’anathème portée par le baryton de la Neuvième de Beethoven contre la petitesse de la société bourgeoise des années 1820 soit pour nous aussi une exhortation à imaginer un idéal ! Les règles ont toujours été bénéfiques pour l’art, car il s’en est joué. Les normes, elles, brident la création et obstruent le regard. Ce regard doit aujourd’hui, plus que jamais, être collectif. Les orchestres, ce ne sont pas que de grandes institutions publiques, ce sont aussi des milliers d’associations d’amateurs par le monde, pour lesquelles jouer de la musique est d’abord un plaisir.

Ce plaisir ne doit aujourd’hui pas être tabou. C’est lui qui nous donne envie, c’est lui qui fait communauté. N’est-ce pas un hasard si les sons que le baryton nous exhorte à écouter sont précisément ceux de l’Ode à la joie de Schiller ? Cette joie, Schiller et Beethoven l’ont chantée sur le mode de la fraternité, celle qui seule pourra redonner, par-delà les frontières, sa voix à Beethoven et son sens à notre civilisation (Libération, 21 mai 2020)

Le tralala de Suzy

Suzy Delair qui avait fêté ses 100 ans le 31 décembre 2017 s’est éteinte doucement ce dimanche à 102 ans.

Je reprends ici l’hommage autorisé et ému que lui rend l’ami Benoît Duteurtre dans Le Point :

Voici quelques années, un de ses admirateurs avait cru bon de la saluer dans un article intitulé La Doyenne. Oubliant l’hommage, Suzy Delair s’était fâchée, elle qui, à 90 ans passés, demeurait une femme extraordinairement vive. En 2017, après la disparition de Danielle Darrieux, elle est pourtant devenue, bel et bien, la doyenne du cinéma et du music-hall français. Elle vient de s’éteindre dimanche 15 mars à l’âge de 102 ans, mais son nom figure déjà dans l’Histoire, notamment pour le rôle de Jenny Lamour dans Quai des Orfèvres(1947), souvent classé parmi les chefs-d’œuvre du cinéma ; ou pour sa merveilleuse interprétation de La Vie parisienne d’Offenbach dans la célèbre version de la compagnie Renaud-Barrault. Et on éprouve un léger vertige en songeant que cette femme qui vient de nous quitter avait joué le premier rôle féminin… du dernier Laurel et Hardy ! Quant à tous ceux qui la connaissaient, ils ne sont pas près d’oublier le tempérament de cette Parisienne à l’esprit rapide, aux mots bien trouvés, à l’amitié exigeante et fidèle, et à la mémoire extraordinaire qui résumait un siècle d’histoire du spectacle.

Peut-être était-elle, d’ailleurs, la dernière représentante d’un type de Parisienne populaire, piquante, insolente, vivant pour la scène mais aussi pour l’amour, comme l’avaient été Mistinguett ou Yvonne Printemps. Fille d’un artisan et d’une couturière, Suzette Delaire (de son nom d’état civil) avait grandi dans cette ville où elle avait commencé dès les années trente, encore adolescente. « Petite femme » d’opérette, aux Bouffes Parisiens et au Châtelet, elle avait cultivé son double talent d’actrice et de chanteuse. Elle partageait alors une chambre avec la jeune Darrieux, sa presque jumelle ; mais celle-ci était devenue vedette à quatorze ans, tandis que Delair enchaînait les petits rôles. Sa rencontre avant-guerre avec Henri-Georges Clouzot allait tout changer. Devenue sa compagne, elle passe en haut de l’affiche dans Le Dernier des six en 1941, puis L’Assassin habite au 21 en 1942. Cette même année, elle figure parmi les invités du très contesté voyage officiel des artistes en Allemagne où elle accompagne Darrieux, Albert Préjean ou Viviane Romance.

La fin des années quarante et le début des années cinquante voient culminer sa carrière cinématographique avec des films comme Quai des Orfèvres (et sa fameuse chanson du « tralala »), Pattes blanches de Jean Grémillon (1949), Lady Paname d’Henri Jeanson (1950), Le Couturier de ces dames en duo avec Fernandel (1955), Gervaise de René Clément (1956), et même Rocco et ses frères de Visconti (1960) où son apparition est aussi brève que remarquée. Elle se sépare de Clouzot, mais poursuit activement sa carrière musicale (celle qu’elle préfère peut-être), enchaînant tours de chant, disques et opérettes. C’est ainsi qu’à Nice, en 1948, elle interprète devant Louis Amstrong C’est si bon – chanson qui n’a pas encore connu le succès et que le trompettiste reprend pour en faire un tube mondial. Elle est également tête d’affiche de revues à l’ABC, Bobino ou l’Européen. Et quand elle joue en 1958 le rôle de Métella dans La Vie parisienne, puis dix ans plus tard La Périchole au théâtre de Paris, tous s’accordent pour la désigner comme une offenbachienne hors pair.

20158503lpw-20158534-embed-libre-jpg_6980707Suzy Delair et Miou-Miou dans Les aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1973)

Suzy Delair était une artiste exigeante, traqueuse, perfectionniste, au caractère parfois difficile ; c’est pourquoi elle a préféré, progressivement, s’éloigner de la scène et des plateaux. Sa tonicité n’a rien perdu pour autant, comme on le voit dans Rabbi Jacob, son dernier rôle marquant d’épouse dentiste et survoltée. Elle n’a pas eu d’enfants mais elle demeurait pour ses proches une amie incomparable par sa personnalité, son intelligence et sa mémoire capable de restituer mille anecdotes précises sur le music-hall d’avant-guerre. En 2006, Renaud Donnedieu de Vabres l’avait promue Officier de la Légion d’honneur. En 2007, avec tous ses amis, elle fêtait ses 90 ans au Fouquets. Dommage que les César ne lui aient jamais rendu l’hommage que sa carrière méritait. Depuis quelques années, très fatiguée, elle s’était retirée dans une maison de retraite du 16e arrondissement où ses proches ont fêté ses 100 ans, le 31 janvier 2017, avant qu’elle s’éteigne peu à peu dans la discrétion, mais toujours lucide. » (Benoît Duteurtre, Le Point, 16 mars 2020)

Benoît Duteurtre avait reçu Suzy Delair dans son émission sur France Musique, à réécouter ici : Etonnez-moi Benoît, Spéciale Suzy Delair.

Universal France avait publié il y a quelques années une jolie série de disques qui illustrent parfaitement l’art incomparable de diseuse et de chanteuse de Suzy Delair.

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En ces temps de confinement sanitaire, l’occasion nous est redonnée de revoir l’actrice, d’écouter la chanteuse, de revivre une sorte d’âge d’or dont Suzy Delair était la dernière représentante.

Cadeaux de Noël

Je suis, au choix, ou resté un enfant ou devenu un vieux ronchon, mais je ne supporte plus la marchandisation, qui me paraît chaque année plus accentuée, de la fête de Noël. Début novembre, le rayon « décos de Noël » était déjà installé chez mon pépiniériste, et à la mi-novembre, la plupart des villes étaient déjà « enguirlandées » !

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IMG_7353(Place de la Comédie à Montpellier)

J’aime me rappeler que, dans ma famille – avant le sinistre hiver 1972 (Dernière demeure)  le sapin de Noël et la crèche n’étaient installés, décorés, qu’au tout dernier moment, pour la veillée du 24 décembre, et que mes soeurs et moi les découvrions émerveillés, avec l’odeur des bougies et un disque de Christmas carols sur l’électrophone du salon.

Mais c’était il y a longtemps…

À un ami qui m’interrogeait il y a une semaine sur mes courses de Noël, je répondis que, comme chaque année, j’avais refusé de me prêter à cette course à la surconsommation dans des magasins bondés, et que je trouverais en temps utile les petits cadeaux qui feraient plaisir à mes proches.

Ce que j’ai fait avec un peu d’anticipation ce samedi pour mes petits-enfants, qui avaient émis le voeu – par écrit ! – d’assister à une représentation du Lac des cygnes.

Billets réservés depuis quelques semaines, au prix (très) fort – les organisateurs de spectacles de fin d’année « pour enfants » savent très bien comment plumer les parents et grands-parents ! – pour un spectacle décevant.

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Mon premier Lac des cygnes au théâtre Mogador à Paris est présenté comme « un spectacle conté et dansé en deux actes de 40 minutes entrecoupés par un entracte, où l’histoire du « Lac des Cygnes » a été simplifiée pour devenir accessible aux plus jeunes.
Il est interprété par une troupe de danseurs professionnels emmenée par Karl Paquette, ancien danseur étoile de l’Opéra National de Paris. » 

Spectacle conté ? En voix off (!!) le comédien-français Clément Hervieu-Léger fait une très brève introduction au début de chaque partie, sans aucune explication du déroulement de l’histoire et des scènes qui vont se succéder. Ma petite-fille, 4 ans et demi, qui, elle, connaît par coeur l’histoire du Lac des cygnes, faisait remarquer qu’on s’était moqué de nous !

Quant aux danseuses et danseurs, emmenés par Karl Paquettedanseur étoile tout frais retraité de l’Opéra de Paris, on ne peut pas dire qu’ils se signalaient par leurs qualités d’ensemble et leur homogénéité. Je ne sais ce que l’ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris qui était dans la salle en a pensé…

IMG_7672Pour oublier ce Lac médiocre, nous nous en fûmes découvrir les Champs-Elysées (question du garçon « Il n’y a pas de gilets jaunes aujourd’hui? » « Ils font grève? »).

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Alors quid des cadeaux de Noël cette année ?

Je veux d’abord signaler l’initiative du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui met en vente dès maintenant des places – les meilleures ! – pour deux des événements  lyriques de son édition 2020, via le site de la FNAC (les billets sont donc accessibles partout !).

D’abord Fedora, l’opéra de Giordano, en version de concert, le 17 juillet 2020, qui marquera le retour à Montpellier de Sonya Yoncheva et de son mari, le chef Domingo Hindoyan (billets en vente ici)

I-FRFM-2016-309(Domingo Hindoyan eSonya Yoncheva en juillet 2017 à Montpellier après Siberia de Giordano)

Et comme c’est la spécialité du festival depuis l’origine, une résurrection, l’un des derniers ouvrages de Massenet, son opéra Bacchus (1909), le 25 juillet 2020, sous la houlette de Michael Schonwandt, avec, en tête de distribution, Catherine Hunold et Jean-François Borras (billets en vente ici)

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Si vous êtes encore en panne d’idées, quelques conseils de livres ou de disques qui ne devraient pas décevoir…

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Ils sont de retour. Encore mieux habillés, encore plus déconnectés. Mais attention : «  Tu crois que je suis à côté de la plaque mais ce n’est pas toi qui décides où est la plaque  »  ! Les poètes du hors-sol. Les timbrés du premier rang des défilés de mode. Tout un monde souvent parisien, toujours à la pointe, jamais épuisés. Loïc Prigent revient avec le dernier bulletin de santé de ses petits camarades du monde de la mode. 

On avait adoré le précédent opuscule, dont Catherine Deneuve avait donné un savoureux aperçu sur scène.

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Deux ans après sa mort, on lira avec gourmandise le portrait nuancé, fourmillant d’anecdotes, que Sophie des Déserts avait dressé de Jean d’Ormesson. Qui vient de paraître en poche.

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Pendant près de trois ans, « le dernier roi soleil » ouvre ses portes à la journaliste Sophie des Déserts. Elle s’approche. Il s’habitue. Ils s’apprivoisent. Une amitié
se noue, dans la vérité des derniers temps. Sophie des Déserts voit aussi ses amis, son majordome, sa famille, les femmes de sa vie. Avec l’approbation de
« Jean », tous lui parlent. Se livrent. Racontent. Ainsi apparaît Jean d’Ormesson, dans toutes ses facettes, au fil de ces pages lumineuses et sombres parfois,
piquantes, drôles, tendres, où se révèle enfin l’homme.

On se précipitera aussi sur le dernier Plantu.

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On reste fidèle à Blake et Mortimer et à leurs dernières aventures :

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Quant à offrir de la musique, deux propositions qui sortent des sentiers battus.

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Le Point du 19 décembre fait, sous la plume du vétéran André Tubeuf, l’éloge d’un musicien de 23 ans, Valentin Tournet, « beau et grand garçon, d’un blond tirant sur le roux, qui déjà, de sa taille (1m94) domine le champ de bataille où son arrivée fait quelque bruit ». Laurent Brunner lui a ouvert grand l’opéra et la chapelle de Versailles, et ça donne un premier disque enthousiasmant !

Avant que le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven ne déferle sur 2020empressez-vous d’acquérir ou d’offrir la moins chère (env. 20 €) des intégrales des symphonies du maître de Bonn, due au plus méconnu des grands chefs est-allemands du XXème siècle, Herbert Kegel.

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La grande Catherine

On sait ma dilection pour les mémoires des acteurs ou des témoins de l’Histoire.

J’avais suivi avec gourmandise l’impressionnante somme publiée par Michèle Cotta :

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Je me régale depuis quelques jours d’un livre dont la banalité du titre et de la couverture dissimule mal la richesse, la qualité d’écriture, le fourmillement de détails et de témoignages, ces Souvenirs, souvenirs de Catherine Nay

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 » Je serai journaliste « , se promet très tôt la jeune provinciale de Périgueux. Pourquoi ce métier ? Par goût de l’écriture ? Pour partir en reportage et raconter le monde ? Non, pour être libre.
Après une enfance heureuse au sein d’une famille aimante et protectrice, Catherine Nay accomplit peu après son arrivée à Paris un rêve qui fut celui de tous les journalistes débutants dans les années 1960 : entrer à L’Express, la meilleure école de presse à cette époque, sous la double houlette de Jean-Jacques Servan-Schreiber et, surtout, de Françoise Giroud. Elle y trouve une sorte de seconde famille. La figure de Françoise Giroud, dont elle nous révèle ici des aspects inattendus, domine ces années. Elle incarne pour elle un modèle à la fois d’observatrice des moeurs de son temps et de femme de caractère.
Catherine Nay a obéi dans sa propre existence à ce même désir de liberté et d’indépendance. Elle évoque ici pour la première fois sa rencontre en 1968 avec l’un des grands acteurs de la Ve République, Albin Chalandon, resté cinquante ans plus tard le grand amour de sa vie.
Devenue familière des coulisses du monde politique, elle nous offre dans le premier volume de ses mémoires, entre portraits à vif et anecdotes savoureuses, un récit original et perspicace, plein d’humour, d’intelligence et de vivacité, des règnes successifs de Pompidou, Giscard et Mitterrand, jusqu’à l’élection de Jacques Chirac, une chronique intime de cet univers de passions où s’affrontent des personnages hors normes dont elle recueille les confidences, décrypte les facettes les plus secrètes ou les mieux dissimulées.
Sous le regard de cette enquêtrice aguerrie, le pouvoir apparaît tel qu’il est, avec ses rites, ses pratiques, ses grandes et petites rivalités : une comédie romanesque faite de sensibilités particulières, par-delà les idées et les convictions. Catherine Nay la raconte sans cacher ses coups de coeur ni ses partis pris.
Librement ! (Présentation de l’éditeur).

Catherine Nay, c’est un style, une plume (même si Françoise Giroud, qui l’avait recrutée à L’Express, avait confié à Etienne Mougeotte, qui allait faire entrer la journaliste à Europe 1, qu’elle ne « savait pas écrire » !). C’est surtout une capacité à restituer des moments d’histoire tels qu’enfant, adolescent, étudiant, et plus tard engagé en politique, j’ai vécus, avec un effet de zoom sur des événements, des situations, des personnages que j’avais approchés. C’est souvent croustillant, bien envoyé, jamais blessant ni méchant.

On attend avec impatience la suite de ces Souvenirs !

Quand les sondages ont tort

Les soirées électorales se suivent… et se ressemblent.

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À entendre la grande majorité des intervenants sur les plateaux de télévision, c’est toujours la même musique : les électeurs ont quand même un culot incroyable, puisqu’ils démentent les sondages !

Et toutes les analyses de se faire non pas à partir de la réalité sortie des urnes, mais en rapport avec les sondages. On parle ainsi de victoire « inespérée », « inattendue » des Verts – mais par rapport à quoi? à ce qu’annonçaient les fameux sondages ! -, d’effondrement des Républicains – mais, pire encore, par rapport aux espérances trompettées par les soutiens de M. Bellamy, avec le soutien de médias importants !

Et puis bien sûr le « triomphe » de Marine Le Pen, « l’échec » d’Emmanuel Macron, etc. Résultat final, l’écart entre les deux listes n’est que de 0,9 % !

En politique, il vaut mieux éviter d’avoir la mémoire courte. La comparaison des résultats de 2014 et 2019 est édifiante et devrait inciter les responsables politiques et ceux qui font profession de journalisme à un peu plus d’exigence et de rigueur :

2014 :
François Hollande est président de la République
Abstention 57,57 %
Votants 42,43%

Front National 24,86%  24 sièges
UMP 20,81    20
Union de la Gauche 13,98  13
Union du Centre 9,94 7
Europe Écologie – Les Verts 8,95 6
Front de Gauche 6,33 3
Divers gauche 3,18 1
Total sièges 74

2019
Abstention 49,27 %
Votants 50,73

Rassemblement national 23,31% 23 sièges
La République en marche, Modem  22,41 23
Europe Écologie – Les Verts 13,47 13
Les Républicains (LR) 8,48 8
La France Insoumise (LFI) 6,31 6
Parti socialiste 6,19 6
Total sièges 79 (après que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne !)

De même, lorsqu’on voit la composition du prochain parlement européen, il y a de quoi se réjouir que, dans la plupart des pays européens, les électeurs aient déjoué les prévisions des sondages… Les pro-européens ont gagné cette élection, les extrêmes sont loin de triompher !

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Il y a cinq ans, j’écrivais ceci : Changer

Je n’ai pas reconnu ma France hier soir.

Mais je ne me sens pas le droit d’insulter ces compatriotes qui ont mis beaucoup d’ombre sur le bleu de notre drapeau tricolore. Ni d’insulter qui que ce soit d’autre d’ailleurs. À un choc pareil, très largement irrationnel, dé-raisonnable, on n’oppose pas l’invective ou le mépris. On essaie de comprendre, et je ne suis pas loin de penser, comme plusieurs analystes l’ont fait remarquer hier soir, que depuis le 21 avril 2002 – pour rappel, l’élimination du candidat socialiste Lionel Jospin au 1er tour de l’élection présidentielle, et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen face au président sortant Jacques Chirac –  on n’a tiré aucun enseignement, on n’a rien changé au logiciel politique français. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, comment s’étonner que triomphe la seule parole qui s’adresse à ces millions d’électeurs déboussolés, désarçonnés, révoltés, en leur promettant des lendemains qui chantent ? L’invocation de l’Histoire, la mémoire de ses horreurs, n’ont aucun poids, quand on n’a pour horizon que son malheur quotidien.

La parole publique doit changer, les hommes et les femmes de culture doivent changer, les politiques doivent  changer. Sortir de leur entre-soi, de leurs conventions, de leurs lamentations.

Il y a bientôt 25 ans, tous nos frères d’Europe orientale ont cru de toutes leurs forces que la liberté était possible, pour peu qu’on la veuille, que le changement était possible, pour peu qu’on le veuille. A-t-on déjà oublié la dernière Révolution du siècle passé ? (26 mai 2014)

Le seul changement intervenu depuis cinq ans, c’est effectivement l’éparpillement façon puzzle – pour paraphraser Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs – qu’a provoqué l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Mais les raisons du succès de l’extrême droite, elles, n’ont pas changé…

 

 

 

Le grand désamour

« Certaines fractures expliquent sans doute pourquoi notre pays demeure viscéralement attaché à l’égalité. Cet attachement nous distingue de certaines sociétés occidentales. Nous ne sommes pas prêts à tout sacrifier dans la course à la croissance économique ou sur l’autel de l’individualisme. Nous recherchons un mode spécifique de liberté -une autonomie adossée à la solidarité…. Vouloir la France, c’est à mes yeux lutter contre tout ce qui fracture notre pays, le renferme, nous fait courir le risque d’une guerre civile« 

« Autour de cette France des métropoles et des grandes agglomérations, existe une France souvent qualifiée de « périphérique« . Le mode de déplacement y est la voiture individuelle, ce qui pose problème d’un point de vue écologique et complique la vie de ses habitants au fur et à mesure que s’allongent les trajets domicile-travail dans des itinéraires de plus en plus chargés…. Cette France périphérique manque souvent d’équipements publics de base, de moyens de transport, de crèches, de lieux culturels. Les conditions d’existence peuvent y être de piètre qualité… On connaît le problème que posent certaines zones pavillonnaires aujourd’hui très dégradées, ou ces zones dans lesquelles avec les entrepôts et les petites entreprises.

Avec Internet, désormais, tout le monde voit tout, commente tout, se compare avec le reste de la planète. Cela donne le sentiment libérateur que tout est possible. Cela nourrit en même temps les névroses et révèle avec cruauté les injustices sociales, les différences de niveau de vie. Cela montre aux plus pauvres le style de vie des plus riches, ce qui nourrit la frustration, voire la révolte« 

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Le Point de cette semaine a eu la bonne idée, sous la plume de Saïd Mahrane, de revenir aux sources, de relire l’ouvrage fondateur d’une aventure politique inédite. Oui, les lignes ci-dessus sont tirées de Révolution, un livre publié le 24 novembre 2016 et signé d’un ex-ministre de l’Economie qui allait devenir le 7 mai 2017 le huitième et le plus jeune président de la Vème République, Emmanuel Macron.

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Et le journaliste d’ajouter, parlant du candidat qu’il avait rencontré après la publication de ce manifeste : « Il était convaincant et précis dans ses analyses. Même s’il affichait une grande inquiétude pour les quartiers, il n’oubliait pas la France dite périphérique et des campagnes. Il parlait « d’insécurité culturelle, économique et sociale » …. »Comment expliquer, dès lors, que le même homme passe aujourd’hui pour un président arrogant et méprisant, qui ne connaît rien de ces réalités » ?

Nous avons été abreuvés de toutes sortes d’analyses sur l’origine, les motivations de ce mouvement des Gilets jaunes. Ce qu’on a beaucoup vu et entendu, c’est l’expression d’une déception, ou pire d’une détestation, voire d’une haine, à l’endroit du président de la République. Même ceux qui crient « Macron démission ! » savent bien que cela n’a aucune chance de se produire, et ne résoudrait aucun des problèmes. Ce sont souvent les mêmes qui attendent tout de l’allocution que ce même président va prononcer ce lundi soir !

Cela ressemble, à s’y méprendre, à un grand désamour. Ils étaient nombreux – une majorité d’électeurs en tout cas – à croire à ce jeune président qui avait si bien analysé les maux de la France et des Français et qui s’engageait à les résoudre enfin. Dix-huit mois plus tard, ils le honnissent et lui reprochent tout, ce qui a été fait comme ce qui ne l’a pas été.

L’article du Point se conclut ainsi : Que le président relise, et vite, le candidat !

 

 

Mises au poing

Dès l’adolescence, a fortiori pendant mes années estudiantines, j’ai été un lecteur assidu des hebdomadaires qui faisaient poids dans le paysage politique français, L’Express de JJSS et Françoise Giroud, Le Nouvel Obs de Jean Daniel, plus épisodiquement du Point de Georges Suffert.

Inutile de verser dans la nostalgie d’un supposé âge d’or du journalisme, les grandes plumes, qui faisaient la fierté, la réputation et souvent la ligne de ces journaux, ont disparu, à quelques rares exceptions près. Giroud, Imbert, Revel… 

Au Nouvel Obs, devenu L’Obs, on laisse encore, par intermittences, le cacochyme Jean Daniel (bientôt 98 ans !) soliloquer avec lui-même. Je n’ai jamais aimé les prêches du vieil homme… mais il n’a jamais été remplacé comme éditorialiste, comme le souligne cruellement Aude Lancelin dans son essai-règlement de comptes au vitriol : Le Monde libre

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L’Express, j’ai fini par laisser tomber, j’aimais bien, de temps à autre, les saillies de Christophe Barbier, nettement moins bon dans son vrai-faux feuilleton de la Macronie.

Marianne, je n’ai jamais accroché au style, à la mise en pages, quelque amitié que j’aie pour Joseph Macé-Scaron, qui en fut un temps le directeur de la rédaction.

Finalement retour au Point, Franz-Olivier Giesbert survit dans le désert éditorial de la presse hebdomadaire. Le Point qui ose encore afficher des positions discordantes (cf. l’affaire récente de sa une : Quand les soutiens d’Erdogan s’en prennent au Point)

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Le numéro de cette semaine est particulièrement riche.

Deux entretiens décapants, l’un avec l’ex-secrétaire général de Force OuvrièreJean-Claude Mailly, l’autre avec le penseur allemand Peter Sloterdijk (prononcer Slo-ter-daille-k).

Du premier, des confessions cash sur sa centrale syndicale, les politiques qu’il a côtoyés, rencontrés pendant quinze ans, aucune langue de bois dans ses portraits de Hollande, Macron, Sarkozy… et de ses collègues de la CGT ou de la CFDT. Des éléments intéressants, inédits même, sur les lois El-Khomry et les ordonnances Macron sur le travail…

Et du second, pas une ligne, pas une réflexion qui ne mérite d’être lue, digérée, considérée. Sur l’Europe, sur la politique, une analyse, des perspectives, décoiffantes et nécessaires. A lire absolument…

« L’Europe est un centre de réadaptation où l’on apprend à 500 millions de perdants comment exister, se redresser dans un monde post-héroïque »…. Le problème de la politique, aujourd’hui, c’est qu’elle est mue par l’idée compulsive, enfantine, du remplacement ».

Et puisque je citais Jean-François Revel, qui m’a beaucoup nourri avec ses divers essais, une belle réédition dans la collection Bouquins de ses Mémoires. Pour qui veut comprendre les tenants et les aboutissants de l’histoire mouvementée du XXème siècle, une somme.

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Dictionnaire amoureux

On connaît cette collection déjà très fournie de pavés publiés par Plon, une vénérable maison d’édition naguère installée rue Garancière à Paris, à quelques mètres du Sénat et que j’ai un temps fréquentée pour préparer la sortie d’un ouvrage fondamental (!!) auquel j’avais contribué comme assistant parlementaire – je n’ai pas dit nègre ! – de l’auteur.

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La collection Dictionnaire amoureux (lancée en 2000) n’existait pas encore à l’époque…

L’idée qui a présidé à cette collection a donné quelques pépites.. et quelques ratés, la célébrité des auteurs n’étant pas toujours une garantie de qualité littéraire ou scientifique.

Ainsi le tout dernier paru m’enchante, d’abord par une qualité d’écriture qui transparaissait déjà dans ses précédents ouvrages, ensuite par la précision d’anecdotes et de souvenirs vécus au plus près de l’événement. Qui mieux que l’ancien tout-puissant Délégué général puis président Gilles Jacob pourrait nous faire aimer le festival de Cannes ?

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« Il y a les films, les évènements, les palmarès. Il y a l’air du temps.
Les stars que j’ai aimées et dont je tire le portrait – personnel, artistique, réel, rêvé.
Il y a les metteurs en scène venus de partout, et qui me sont proches. Les pays, les
écoles, les genres. La presse. Les photos.
Les jurys, les discussions, les rires. Les pleurs aussi.
Il y a la palme d’or.
Il y a les fêtes, les surprises, les polémiques, les excentricités.
Il y a les festivaliers, tout ce monde mystérieux du cinéma que le public envie et
auquel chacun voudrait appartenir.
Ce dictionnaire amoureux conte le roman vrai du plus grand festival de cinéma au
monde, et en révèle quelques secrets.
Tour à tour historien, romancier, diariste, commentateur, j’ai souhaité témoigner de
ces moments tragi-comiques qui forment la folle aventure du Festival.
J’aimerais que le lecteur se coule dans l’esprit d’un sélectionneur, d’un juré, d’un
critique, d’un cinéaste, et suive en coulisses le spectacle inouï de ces années éblouissantes. » (Gilles Jacob)

En revanche, on peut se demander qui a eu l’idée de confier un Dictionnaire amoureux de Mozart à une auteure qui, certes, a réussi à laisser accroire qu’elle était une spécialiste de musique classique, mais dont la compétence et la rigueur scientifique restent à démontrer. Une chose est de raconter des histoires dans le poste, une autre est de ne pas écrire n’importe quoi, formules à l’emporte-pièce, clichés en abondance, sur un compositeur qui a déjà été largement – et excellemment – vulgarisé.

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Parmi les « dictionnaires » de ma bibliothèque, je voudrais en citer beaucoup, auxquels je reviens souvent. Ceux qui connaissent mon amour des langues ne seront pas surpris que je cite celui-ci :

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Personne n’est indifférent aux langues humaines, dont l’apparition, aux aurores de notre espèce, est ce qui a permis à ses membres de nouer des relations sociales qu’aucune autre espèce animale ne connaît. Ceux et celles qui n’aiment pas les langues, parce que la difficulté d’apprendre certaines d’entre elles les rebute, trouveront dans ce Dictionnaire, sinon des raisons de les aimer, du moins assez de matière pour rester étonnés devant tout ce que les langues nous permettent de faire, de dire, et de comprendre sur notre nature. Partout apparaît avec éclat l’ingéniosité infinie des populations humaines, confrontées au défi de dire le monde avec des moyens très limités.
 » Comme tout dictionnaire, celui-ci ne requiert pas de lecture d’un bout à l’autre : il est inspiré par l’amour des langues, qui est peut-être un des aspects de l’amour des gens. « (Claude Hagège)

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Le titre du « dictionnaire » d’André Tubeuf peut être trompeur pour qui n’est pas familier du style, du personnage, de l’érudition de l’auteur. Qui explique lui-même ce qu’il a entendu fixer dans ce Dictionnaire :

Cet ouvrage est le livre d’une vie. Une vie d’écoute et donc de passion. D’aussi loin que je me souvienne, la musique fut pour moi comme une évidence. Du coté de ma mère, tout le monde avait chanté, joué du piano, été à l’opéra. Du coté de mon père, il y avait eu deux très bons professionnels. Enfin, les Sœurs m’ont fait un don, entre tous inestimable : elles m’ont appris à poser ma voix sur mon oreille. L’enfant solitaire que j’ai été n’a pas eu de mal à apprendre du Chérubin de Mozart et, quand on n’a personne pour qui chanter (ou même à qui parler), eh bien, on chante aux brises. Enseignant je fus, ce qui oblige à mieux savoir ce qu’on sait et mieux aimer ce qu’on aime.
Rassure-toi donc, lecteur : de Glyndebourne à Salzbourg, de Bach à Dutilleux, tu trouveras ici tout ce qu’il faut pour te plaire tant le vagabondage de l’auteur est insatiable.

 

Le français est un combat

Il n’y a bien qu’en France qu’on peut s’enflammer pour ce genre de combat, qu’on peut en faire un sujet d’actualité, la une d’un hebdomadaire et une flopée de bouquins : la langue, celle qu’on parle, celle qu’on écrit, notre langue française !

Je ne suis pas en reste sur ce blog, dernier article en date : Inclusif intrusif.

Le Point  en faisait sa une la semaine dernière : Qui en veut à la langue française ?

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Il faut croire que l’heure est grave pour que l’Académie française, d’ordinaire plutôt taiseuse et discrète, se fende d’une déclaration adoptée à l’unanimité  : Déclaration de l’Académie française sur l’écriture dite inclusive.

« On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs. »

Hier soir, France Inter consacrait son émission Le téléphone sonne (#TelSonne) à la même polémique, avec deux invités particulièrement éloquents. Une émission qu’on peut, qu’on doit réécouter ici : Prêt.e.s pour l’écriture inclusive ?

« Si on fait autant d’histoires autour d’elle, c’est sans doute une bonne nouvelle. On parle d’attachement à une langue. « Non à l’écriture inclusive, volontairement machiste, rendue machiste par les hommes » disent certaines et certains… « Une langue mise en péril. La langue française parle d’histoire et d’héritage. Y toucher, c’est la mettre en péril » disent les autres, comme l’Académie française pour qui le masculin est neutre. . 

Nous adorons, nous les français* (Dommage d’avoir laissé cette faute sur le site de France Inter : nous les Français, et pas les français !), les querelles linguistiques et historiques. Nous en faisons des débats qui tournent souvent au vinaigre. La réforme de l’orthographe il n’y a pas si longtemps… L’écriture inclusive depuis quelques semaines, depuis que Hatier a introduit, dans un manuel scolaire, ce point milieu qui met sur le même niveau féminin/masculin : Auditeur.trice.s ou encore agriculteur.trice.s. Quelle histoire et bien parlons-en ! »

Je dois reconnaître que le président de l’Académie Goncourt, le toujours vert Bernard Pivot est bien plus convaincant qu’Eliane Viennot

Au-delà de cette question, que je trouve parfaitement ridicule et surtout inopérante – en quoi cette déformation de la langue française favoriserait-elle l’égalité hommes-femmes ? – demeurent de vraies interrogations sur l’évolution du français (cf. le remarquable dossier du Point la semaine dernière). Dans l’entreprise, sur les réseaux sociaux, dans les médias.

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Tous les jours, que ce soit dans les journaux, à la télévision, mais aussi dans la publicité ou au supermarché (sans parler des réseaux sociaux), l’orthographe et la grammaire sont maltraitées… Il est temps que cela cesse ! Je t’apprends le français bordel ! se propose de rétablir les vérités les plus évidentes (par exemple, connaître l’utilité des accents : « DSK à la barre » ne signifie pas la même chose que « DSK a la barre ») aux plus subtiles (la différence entre « apporter » et « emmener », ou entre « censé » et « sensé », les noms à double consonne, l’accord des adjectifs et des couleurs).

Tel un justicier de l’orthographe, l’auteur (Julien Szewczykillustre dans un style ironique et grinçant, avec de vrais exemples à l’appui, toutes ces fautes que nous ne voulons plus jamais voir, comme ces « comme même » au lieu de « quand même », ces « en dirait » au lieu de « on dirait », ou ces « entre guimets » au lieu de « entre guillemets », mais aussi ces étiquettes de supermarché faites à la va-vite qui promeuvent fièrement des « tronches de pastèque », des « merguez de beauf », des « jambons péchés en Côte d’Ivoire », ou des « qui oui ».

L’humour n’est pas de trop dans un combat qui est tout sauf rétrograde ou réactionnaire, mais un combat pour la richesse et la diversité d’une langue qu’on aime, qu’on admire, et qu’on pratique dans le monde entier.

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La cavalcade d’Edmonde

Une de plus au tableau mortuaire de janvier, oui mais pas n’importe qui !

Ce n’est pas tous les jours que, pour une fois, les médias sont unanimes dans le registre de l’admiration et de l’hommage… plutôt que dans les larmes de crocodile ou les louanges convenues.

Sacrée bonne femme, cette Edmonde Charles-Roux !

Extraits choisis de l’interview que Christophe Ono-Dit-Biot avait recueillie pour Le Point il y a dix ans (http://www.lepoint.fr/culture/deces-d-edmonde-charles-roux-la-femme-est-l-egale-de-l-homme-pour-ne-pas-dire-l-avenir-21-01-2016-2011615_3.php)

La vie est une cavalcade, jeune homme, le tout, c’est de ne pas perdre les étriers !

J’ai mené une vie qui laisse à penser que je considère que la femme est l’égale de l’homme, pour ne pas dire l’avenir !

Je n’aime pas trop l’idée de choisir une femme parce qu’elle est une femme. Moi, je me suis débrouillée sans, mais peut-être que j’ai eu la chance de tomber sur des hommes exceptionnels et, on peut le dire, féministes.

Pour moi, avoir une vraie politique féministe, c’est réfléchir à ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire quand on est une femme. Et surtout être féministe tout en restant une femme, en sachant s’affranchir du regard de l’homme.

La lutte contre les injustices est une idée immortelle, même si la révolution russe a été assassinée par Staline. 

Sur Marseille : Tout ce que j’ai fait, c’était militer pour la culture dans une optique de gauche en favorisant la création du Festival d’Aix, de l’École de danse de Marseille, et en faisant venir énormément d’intellectuels pour élever le niveau culturel de la ville et satisfaire pleinement la curiosité des Marseillais.

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Je n’ai pas connu personnellement Edmonde Charles-Roux, mais je peux témoigner que le Festival d’Aix-en-Provence c’était son affaire. Elle a dû agacer plus d’un directeur, manier plus d’une fois les armes de l’ironie contre tel(le) élu(e) local(e), mais elle a couvé son festival jusqu’au bout. J’ai souvent croisé sa silhouette sévère en tailleur Chanel et chignon haut, jusqu’à cet été 2013 où je l’ai à peine reconnue, toute recroquevillée, le chignon en déroute, les lunettes de traviole. Un pincement, comme on en éprouve quand on pressent la fin, la déchéance d’une personne qu’on a admirée. Mais elle avait sans doute tenu à ne pas rater la première de l’un des plus beaux spectacles de toute l’histoire du Festival, l’Elektra testamentaire de Patrice Chéreau, magnifiée par l’incandescence de la direction d‘Esa-Pekka Salonen. 

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Hommage Madame !