La bande des quatre

Je n’ai pu suivre que partiellement, et à la radio (merci France Musique) le concert-événement qui réunissait avant-hier soir à Orange les quatre formations musicales de Radio France, l’Orchestre National de France, l’Orchestre philharmonique de Radio France, le Choeur et la Maîtrise de Radio France sous la baguette de Jukka-Pekka Saraste pour la Huitième symphonie de Mahler (à réécouter ici).

Et j’ai entendu les propos du Ministre de la Culture, Franck Riester, sur France Musique : « C’est important de dire que nous avons une richesse musicale exceptionnelle à Radio France, une richesse que nous souhaitons pérenniser. (…) L’ambition musicale de l’audiovisuel public passe par deux orchestres, par une maîtrise et par un chœur (…) Il doit y avoir des économies, des transformations »

L’occasion me semble venue de livrer ma part de vérité à ce sujet.

Nommé par Mathieu Gallet à la direction de la musique de Radio France en mai 2014, j’en suis parti un an plus tard en mai 2015, après la longue grève qui avait affecté la Maison ronde. Nul n’a jamais donné d’explication à ce départ, ni l’ancien président de Radio France, ni moi. Quatre ans après, le temps est venu de la dire.

Car c’est bien à propos des formations musicales de Radio France, dont j’avais la responsabilité comme Directeur de la musique, que s’est creusée la divergence entre Mathieu Gallet et moi.

Un mot personnel d’abord

De tous les directeurs de la Musique qui se sont succédé à Radio France, je suis le seul à avoir eu l’expérience de la direction, de la gestion de plusieurs orchestres (de 1986 à 1993, à la Radio Suisse romande, je participais à la gestion artistique et budgétaire d’une partie des activités de l’Orchestre de la Suisse Romande, et de 1999 à 2014 j’ai été le directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège). Ce qui, je peux le dire, m’a donné un avantage décisif dans la relation avec les syndicats et les « représentations permanentes » des formations musicales de Radio France.

Nous parlions le même langage, je connaissais de l’intérieur l’univers des musiciens, les règles et les usages, souvent hermétiques pour les non initiés. Cette connaissance intime des rouages avait un revers : on ne pouvait pas « me la faire » et faire passer certaines habitudes pas très orthodoxes pour des règles établies !

C’est cette connaissance intime, ajoutée au respect réciproque qui a toujours présidé à mes relations avec les musiciens et leurs représentants, qui m’ont, je crois, permis de faire avancer durablement, en dépit de la brièveté de mon mandat, la cause des quatre formations musicales de Radio France.

Fusion, confusion

Pendant la « campagne » qui a précédé l’élection par le CSA du PDG de Radio France, début 2014, on a vu refleurir dans la presse un « marronnier » qui a la vie dure : Faut-il deux orchestres à Radio France ? Lire Les orchestres de Radio France en crise

Débat encore ravivé par le dernier rapport de la Cour des Comptes : « En 2018, comme en 2014, les formations musicales de Radio France sont au nombre de 4. La décision du fusionner les orchestres n’a pas été prise, en dépit des recommandations de la Cour »:« Il n’est ni dans la vocation ni dans les moyens de Radio France de conserver en son sein deux orchestres symphoniques »

Si le général de Gaulle affirmait en 1966, à propos de la Bourse : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille », on renverrait bien la formule aux magistrats de la rue Cambon : « La politique culturelle de la France ne se fait pas à la Cour des Comptes« .

Lorsque Mathieu Gallet m’a sollicité pour la direction de la musique de Radio France, nous avons eu plusieurs longs échanges, destinés à fixer le cap de la politique musicale qui serait la sienne et que j’aurais, selon les statuts mêmes de Radio France, à mettre en oeuvre (car, contrairement à ce que l’on croit, et à une pratique dévoyée pendant trop d’années, ce ne sont pas les chefs, les directeurs musicaux, des orchestres qui définissent la ligne artistique de Radio France et de leurs formations).

Dans une note très argumentée que je lui avais remise et qu’il avait acceptée comme base de notre collaboration, je disais deux choses très simples :

  • Le mot même de « fusion » n’a aucun sens, s’agissant de formations musicales. Dans certains cas, en Allemagne notamment, il y a eu des regroupements, des réorganisations (par exemple à Berlin, à la suite de la chute du Mur, ou dans certains Länder, comme le Bade-Wurtemberg), dans malheureusement beaucoup d’autres cas, notamment aux Etats-Unis, des suppressions pures et simples. La fusion est une notion économique, technocratique, en rien transposable à la situation des orchestres.
  • A la question : « Faut-il deux orchestres à Radio France ? » j’avais répondu très clairement : Si c’est pour jouer les mêmes répertoires, se faire une concurrence ridicule, refuser les missions normalement dévolues à des orchestres de radio, NON ! Si c’est pour revenir aux objectifs qui ont présidé à la fondation des deux orchestres, redéfinir deux projets artistiques originaux et complémentaires, dans le respect des missions de service public de Radio France, OUI !

Autrement dit, si on ne corrigeait pas une trajectoire qui, depuis trente ans, avait laissé se développer une rivalité féroce entre les deux orchestres de Radio France et leurs chefs respectifs, on offrait aux partisans de la « fusion » ou de l’élimination d’un des deux orchestres, tout comme aux comptables de Bercy ou de la Cour des Comptes, et à une grande partie de la classe politique, toutes les raisons de persévérer dans leurs idées funestes.

La vocation de chaque orchestre

C’est très exactement le discours que je tins, dès ma prise de fonction début juin 2014, à tous mes interlocuteurs, musiciens, équipes administratives, et un peu plus tard à Daniele Gatti, patron de l’Orchestre National, et Mikko Franck, directeur musical désigné de l’Orchestre philharmonique (Myung Whun Chung, le chef « sortant » de cet orchestre considérant, lui, qu’il n’avait de comptes à rendre à personne, et surtout pas à moi !).

Si nous n’étions pas capables, en interne, de nous réformer, de justifier artistiquement l’existence des deux orchestres, d’autres, à l’extérieur, ne manqueraient pas de s’en charger, et sans états d’âme.

À l’Orchestre National de France la défense et illustration de la musique française, du grand répertoire, servi de préférence par des chefs français – dont la presse rappelle régulièrement qu’ils sont quasiment tous en poste à l’étranger ! -, et une présence beaucoup plus forte dans les salles de concert de l’Hexagone. Les premiers résultats de cette orientation se concrétiseraient dès la saison 2015/2016 et de manière spectaculaire en 2016/2017 (lire Les Français enfin). Du jamais vu depuis plus de quarante ans : 8 chefs français invités, Emmanuel Krivine, Louis Langrée, Stéphane Denève, Alain Altinoglu, Jean-Claude Casadesus, Fabien Gabel, Jérémie Rorher, Alexandre Bloch !

J’ajoute que, pour la deuxième édition du Concert de Paris – le 14 juillet sous la Tour Eiffel – il était indispensable de conforter la place de l’Orchestre National (du Choeur et de la Maîtrise), d’autres formations, comme l’Orchestre de Paris, pouvant légitimement prétendre à cet honneur. La discussion que j’eus, quelques heures avant le concert, sur la pelouse du Champ de Mars avec la Maire de Paris, dut assez la convaincre pour qu’elle conserve, au fil des ans, sa fidélité aux forces musicales de Radio France

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(Photo historique ! Sur les cinq personnes visibles ici, quatre ne sont plus en fonctions : de gauche à droite, Anne Hidalgo, Maire de Paris, Bruno Juilliard, ex-premier adjoint, François Hollande, JPR et Manuel Valls, le 14 juillet 2014)

À l’Orchestre philharmonique de Radio France, les missions dans lesquelles il excelle et qu’il peut assumer grâce à sa « géométrie variable » : la musique du XXème siècle, la création, les productions lyriques, la comédie musicale, les projets radiophoniques, pédagogiques, qui n’excluent pas le grand répertoire. Mikko Franck le Finlandais, né, grandi dans un pays tout entier voué à promouvoir sa musique, sa création, ses talents, comprit très vite la nécessité de « franciser » la programmation de l’orchestre dont il allait devenir le chef.

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La réforme, malgré tout

« Le National pourrait se recentrer sur la musique française, y compris les répertoires et compositeurs méconnus, tandis que le Philharmonique aurait un répertoire plus large, plus audacieux à certains égards « , suggère Jean-Paul Quennesson (Sud), lui-même corniste au National (France Musique1er avril 2015)

Au-delà de la réaffirmation de ces principes, et de leur (ré)activation, qui finalement recueillirent un assentiment quasi-général, une fois certains « réglages » opérés (cf. la déclaration ci-dessus) le véritable enjeu était notre capacité à réformer vraiment et durablement un système, une organisation devenus hors de contrôle. Parce que, en position de force face à des PDG ou des directeurs de la musique qui voulaient la paix, les syndicats, les représentants des musiciens, géraient de fait la planification, l’organisation des « services », les recrutements, et finalement l’administration des orchestres.

C’est peu dire que la réforme du système, pourtant clairement annoncée par le nouveau PDG de Radio France (choisi à l’unanimité par le CSA), ne fut pas une partie de plaisir, comme le rappelait Christian Merlin dans Le Figaro du 2 octobre 2014. Je fus taxé d’une excessive rapidité dans la mise en oeuvre de la réforme…

Et pourtant, malgré les vagues, les préavis de grève, les postures, le patient mais nécessaire travail de fond s’engagea, sous une double contrainte : une perspective budgétaire très « contrainte » pour Radio France, et la renégociation de la convention collective, notamment pour l’annexe qui concerne les musiciens. Avant que la longue grève du printemps 2015 ne vienne interrompre les processus en cours, je dois reconnaître – pour leur rendre hommage – que tous les syndicats présents autour de la table de négociations, y compris la CGT, finirent par accepter de discuter de toutes les dispositions que nous avions incluses dans le projet de nouvelle convention collective, comme celle qui consiste pour une formation à « prêter » certains de ses musiciens à l’autre, lorsque l’effectif requis exige le recours à des musiciens « supplémentaires ». Ce « nouvel accord collectif » sera finalement signé deux ans plus tard, en mars 2017 *!

La divergence

Pendant toute cette période, une grande part de mon temps et de mon énergie fut requise, comme membre du Comité exécutif de Radio France (j’avais insisté auprès de Mathieu Gallet pour que le directeur de la musique fasse partie de cette instance nouvelle de gouvernance), par d’innombrables réunions internes et externes visant à la « finalisation » du Contrat d’objectifs et de moyens (COM) qui devait fixer les moyens que l’Etat consentirait à Radio France pour les cinq années à venir. Le même Etat imposant un retour à l’équilibre budgétaire en deux ans, alors même que les travaux de réhabilitation de la Maison ronde pesaient lourdement sur les comptes et la trésorerie de la maison !

J’avais préparé plusieurs scénarios de « reconfiguration » – comme on dit pudiquement pour parler de restrictions ! – de la direction de la musique, et donc des quatre formations musicales, des plus pessimistes aux plus réalistes. Je n’avais jamais cessé de penser que, bien négociée, bien préparée, cette « reconfiguration » devait permettre le maintien des deux orchestres, du choeur et de la maîtrise. Il n’y avait aucune raison ni artistique, ni politique, ni budgétaire, ni philosophique même, d’envisager de se séparer de l’une de ces formations.

Pourtant Mathieu Gallet, influencé ou « conseillé » par quelques visiteurs du soir (qui ne devaient pas lui vouloir que du bien !) se mit en tête, dès la fin décembre 2014, d’éloigner l’Orchestre National, de le « céder » à la Caisse des Dépôts et Consignations propriétaire du Théâtre des Champs-Elysées, qui avait été le lieu de résidence du National, jusqu’à l’ouverture de l’Auditorium de la Maison de la radio le 14 novembre 2014. CQFD. Des contacts furent pris en secret par le jeune PDG, que nous ne cessions de mettre en garde contre les risques d’une opération aussi hasardeuse et « explosive » dans un contexte déjà très tendu. Une fuite (organisée ?) dans les pages éco du Figaro en février 2015 mit le feu aux poudres, contribuant à déclencher l’un des plus longs mouvements de grève à Radio France.

« La direction avait estimé la semaine dernière que « Radio France n’a pas les moyens de financer deux orchestres symphoniques, un choeur et une maîtrise pour un coût de 60 millions d’euros, ne générant que 2 millions de recettes de billetterie « . Le PDG Mathieu Gallet avait évoqué la piste de se séparer de l’Orchestre national de France et de le transférer au Théâtre des Champs Elysées, proposition rejetée par la Caisse des dépôts, propriétaire majoritaire de la salle parisienne. » (France Musique, 1er avril 2015)

Le conflit avec l’actionnaire prit une tournure publique, lorsque la ministre de la Culture de l’époque, Fleur Pellerin, exigea sur un mode comminatoire que Mathieu Gallet lui envoie son projet stratégique, que celui-ci réitéra, contre toute vraisemblance, son projet « d’externaliser » l’Orchestre National, et que la Ministre lui répondit sèchement, s’inspirant des positions défendues tant par les directions compétentes du ministère que de Radio France et connues de tous, que le futur de Radio France s’inscrirait avec deux orchestres et un choeur reconfigurés, confirmés dans leurs objectifs et leur vocation (Crise à Radio France : Mathieu Gallet le dos au mur)

Je ne pouvais pas soutenir M. Gallet dans son entêtement, il ne pouvait pas accepter que son directeur de la Musique soit sur une position qui lui semblait être celle de son « adversaire » du moment, le Ministère de la Culture. Le divorce était consommé, je devais partir… (Jean-Pierre Rousseau quitte la direction de la musique,21 mai 2015).

Divergence, divorce mais pas rupture puisque je conservais la direction du Festival Radio France et la confiance de son co-président… Mathieu Gallet – qui, jusqu’à son départ forcé de la présidence de Radio France en janvier 2018, n’a jamais ménagé son soutien au Festival !

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(En juillet 2015, de gauche à droite, René Koering, fondateur et directeur du Festival jusqu’en 2011, J.P.R., Jean-Noël Jeanneney, PDG de Radio France en 1985, René Alary, président de la Région Languedoc-Roussillon, Mathieu Gallet, Philippe Saurel, maire de Montpellier)

img_0059(le 28 juillet 2017, à Marciac, avec Katia et Marielle Labèque)

Ironie de l’histoire, mon successeur, nommé au printemps 2016, sera Michel Orier, qui un an plus tôt était le tout puissant et actif Directeur général de la Création artistique du Ministère de la Culture ! Depuis lors, Michel Orier – qui a mis tout son poids dans la réalisation de l’idée de concert Mahler voulue par le nouveau directeur des Chorégies d’Orange, Jean-Louis Grinda, ami et complice d’aventures liégeoises – a non seulement mené à bien les réformes engagées dès 2014, mais il a conforté le rôle irremplaçable des quatre formations musicales de Radio France dans le paysage musical français et international. Et démontré que la Maison de la radio pouvait battre des records de fréquentation de son Studio 104 et de son Auditorium !

* Extraits du « Nouvel accord d’entreprise » de Radio France

Le Nouvel accord d’entreprise vise à mettre en adéquation les conditions de travail des Musicien-nes avec les nouveaux modes de création, de diffusion et d’exploitation de la musique pour faire de Radio France un acteur majeur du secteur de la musique.

Ainsi le Nouvel accord d’entreprise permettra de :

Développer le paritarisme artistique en associant davantage les Musicien-nes à l’élaboration des programmes par la redéfinition du rôle des représentations permanentes artistiques des orchestres et du choeur ;
Gagner en flexibilité dans la gestion des plannings en prévoyant plus en amont la programmation des saisons tout en permettant la tenue de projets exceptionnels afin d’améliorer le service aux antennes ;
Garantir la qualité artistique des formations musicales en optimisant la programmation des Musicien-nes de Radio France au sein des productions des orchestres et du choeur, notamment en cas de défaillance pour maladie ;
Développer la collaboration entre les formations musicales, notamment entre les orchestres en permettant aux Musicien-nes de porter des projets artistiques communs ou de travailler, avec leur accord, dans l’une ou l’autre des formations de Radio France pour répondre à des besoins de nomenclature ;
Renouveler les formats de concerts notamment en permettant la divisibilité de l’ensemble des formations musicales ;
Renouveler les publics en développant les tournées et les offres de concerts les samedis et dimanches pour les familles, l’enfance et la jeunesse ;
Simplifier le système des décomptes et des pauses afin de pouvoir mettre en oeuvre des programmes courts, de créer et d’enregistrer des musiques de film, des projets numériques etc.
Mettre à niveau et simplifier le système de rémunération des Musicien-nes.

(Source : Radio France Espace presse 31 mars 2017)

 

 

 

 

 

 

La découverte de la musique (VIII) : Joao, Vinicius, Tom etc.

Joao Gilberto est mort et je ne suis pas triste, parce que je lui dois, à lui et à ses copains Vinicius de Moraes, Antonio Carlos dit Tom Jobim la découverte d’une musique que je ne nommais pas encore bossa nova lorsque, étudiants à Poitiers, nous passions avec A. des soirées, des nuits entières à les écouter.

Véronique Mortaigne, dans Le Monde, en fait le portrait le plus complet et sensible : Lire Un touche-à-tout de génie

Je n’ai pas eu la chance de voir ou d’entendre sur scène ces géants, mais ils ne sont jamais loin de mes oreilles.

En deux occasions, pendant le carnaval 2006, et en août 2008, au cours d’une tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud (lire Un début en catastrophej’ai approché les lieux, les atmosphères, qui ont donné naissance à la bossa nova, mais j’ai manqué cet émouvant récital de Joao Gilberto :

Il y a quelques années, j’avais trouvé à petit prix ce formidable coffret. Tout y est de ce qu’on aime et que la disparition de Joao Gilberto rend plus vivant que jamais.

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Les héros de Notre Dame et Sainte-Colombe

Retour sur une actualité, dont le traitement médiatique me désespère : les suites de l’incendie de Notre-Dame, la disparition de Jean-Pierre Marielle.

Naguère, j’aurais encore consacré des lignes à dénoncer – en vain – les travers apparemment irrémédiables des médias de masse qui en sont réduits à s’aligner sur les réseaux sociaux : tous les points de vue se valent, on tend un micro à n’importe qui… Je n’en ai plus le goût ! Mais quand je lis l’article exceptionnel d’Elsa Freyssenet  dans Les Echos, je reprends espoir et j’oublie le monceau de conneries entendu sur tous les médias le soir de l’incendie de Notre Dame : Le secret de la victoire des pompiers contre le feuLire l’intégralité de cet article à la fin de ce billet !

Je ne participerai pas plus au débat sur la reconstruction de la cathédrale, encore moins sur l’argent récolté à cette fin.

J’ai encore le souvenir des épreuves écrites et orales que j’avais passées, et réussies à ma grande surprise,, à Poitiers, pour être Guide-conférencier des monuments historiques. S’il est bien une ville d’une exceptionnelle richesse monumentale, et en particulier d’édifices religieux, c’est bien Poitiers. Je me rappelle avoir constamment expliqué aux visiteurs que les églises qu’ils avaient devant eux, Notre-Dame-la-Grande, la Cathédrale Saint-Pierre, Sainte-Radegonde, etc… avaient subi, au cours des siècles, nombre de transformations, d’ajouts, de reconstructions, et que plus personne n’était choqué de voir autour d’une nef romane des chapelles Renaissance ou XVIIème, encore moins du gothique flamboyant édifié au-dessus d’une première église romane (voir Revoir Poitiers). 

Alors faut-il reconstruire Notre-Dame de Paris à l’identique ? mais à l’identique de quoi ? du visage que lui a donné Viollet-le-Duc au XIXème siècle (la flèche c’est lui !) ? On n’a pas fini de s’entre-déchirer sur le sujet…

J’ai quant à moi ressorti de ma discothèque ce coffret qui restitue l’art inimitable de Pierre Cochereau, notamment ses improvisations.

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Quant à Jean-Pierre Marielleje veux revenir un instant sur le formidable hommage qu’ARTE a rendu hier soir à l’acteur disparu, en diffusant un film qui a formé des générations de mélomanes, qui leur a fait découvrir un univers – et un instrument – jusqu’alors connus d’un cercle restreint d’amateurs.

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Tous les matins du monde a révélé au plus large public la viole de gambe, et les personnages de Sainte-Colombe et Marin Marais. Comme le soulignait hier Renaud Machart dans Le Monde :

« Jean-Pierre Marielle y incarnait l’ombrageux violiste M. de Sainte-Colombe (ca. 1640-ca. 1700), sur lequel on sait assez peu de choses, sinon qu’il écrivit des pièces d’une rare profondeur pour son instrument et qu’il fut le professeur de Marin Marais (1656-1728) – interprété dans le film, pour ses jeunes années, par Guillaume Depardieu (1971-2008), et, pour celles de sa maturité, par Gérard Depardieu.

Le scénario fut adapté du court roman éponyme de Pascal Quignard, qui réinventait dans une langue choisie et goûteuse la relation conflictuelle de ces deux musiciens que tout opposait : l’austère, colérique et obstiné Sainte-Colombe, qui n’écrivit que pour son instrument ; Marin Marais le mondain qui céda aux sirènes de la gloire en écrivant des tragédies lyriques, mais qui laissa aussi ce que le répertoire français pour l’instrument compte de plus beau – avec la musique de Sainte-Colombe.

Ainsi que l’écrivait Jacques Siclier dans nos colonnes, le 19 mars 2000 : « Alain Corneau a mis en scène le mystère d’une âme et d’un art, à l’ombre austère du jansénisme, dans des images presque toujours en plans fixes évoquant les tableaux de Philippe de Champaigne et les méditations des adeptes de Port-Royal. » Ce beau film, qui donna à Jean-Pïerre Marielle un rôle grave, inquiétant jusqu’à l’effroi, rendit, dans les semaines qui suivirent sa sortie, la viole de gambe célébrissime.

Au point que de nombreux jeunes musiciens voulurent apprendre cet instrument ancien rare, à une époque où la musique baroque commençait tout juste à être reconnue par les instances pédagogiques officielles : le département de musique ancienne du Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, pionnier en la matière, venait d’être créé, en 1988, sur le modèle de celui de la Schola Cantorum de Bâle (Suisse).

C’est là, quelques lustres plus tôt, que le violiste catalan Jordi Savall – conseiller et directeur musical du film, interprète des pièces de viole – avait fait ses études, avant de devenir le plus grand spécialiste de cet instrument. Les amateurs de musique ancienne connaissaient ses enregistrements (pour EMI puis le label français Astrée), mais son renom ne dépassait pas le cercle des initiés. Après la sortie du film, et la publication de sa bande-son (chez Auvidis, qui avait racheté Astrée) Jordi Savall est devenu une vedette internationale.

On lisait, dans Le Monde du 11 janvier 1992 : « A l’issue de sa troisième semaine d’exploitation, Tous les matins du monde, d’Alain Corneau, totalise plus de 700 000 entrées pour toute la France et vient de rafler (…) la première place au box-office. Ce n’est pas la première fois qu’un film austère trouve un large public. Mais qui aurait pu imaginer que la bande-son du film (…) entrerait au “Top 30” de RTL-Virgin ? » Ce furent 70 000 exemplaires vendus en quelques semaines, puis un disque d’or : du jamais-vu pour un tel répertoire de « niche ».

Le film est un régal pour les yeux mais aussi pour les oreilles, avec de très beaux moments musicaux, dont cet extrait de la Troisième leçon de ténèbres de François Couperin qu’on entend chantée par celle qui fut l’épouse et la muse de Jordi Savall, la si inspirante et regrettée Montserrat Figueras (1942-2011). (Renaud Machart, Le Monde, 29 avril 2019.

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Notre Dame : le secret de la victoire des pompiers contre le feu

« Pour venir à bout de l’incendie de Notre-Dame de Paris, dans la nuit du 15 avril 2019, il a fallu bien plus que le courage et la ténacité des pompiers. Leur victoire contre le feu qui menaçait de détruire la cathédrale est le fruit d’une organisation millimétrée, d’une formation d’élite et d’une chaîne de commandement où la responsabilité et la confiance sont des maîtres mots.

« Qui est cet homme ? » La question a trituré les méninges des complotistes sur les réseaux sociaux. Cet homme était une silhouette sombre vêtue, pensaient-ils, d’une chasuble claire et filmée sur une coursive de Notre-Dame,  la nuit de l’incendie . Un djihadiste ? Un « gilet jaune » ? La rumeur courait et les pompiers de Paris ont dû lui faire un sort : cet homme était l’un des leurs. Et pas n’importe lequel : il s’agissait du général Jean-Marie Gontier, qui commandait les opérations de secours.

Le deuxième plus haut gradé présent sur site cette nuit-là effectuait alors son « tour du feu ». C’est-à-dire qu’il allait, à proximité des flammes, vérifier l’état de l’incendie, l’efficacité de ses décisions et le risque pris par ses hommes. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître – il y a bien des professions où les grands chefs ne vont pas sur le terrain – ce « tour du feu » est une routine. Une règle à laquelle s’astreint, à chaque incendie, la personne qui commande les opérations de secours. « C’est dans notre culture, il faut se rendre compte par soi-même et c’est important pour les hommes de voir le chef », explique Gabriel Plus, le porte-parole de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP). Le général Gontier est monté au front « au moins cinq ou six fois dans la soirée ». Une semaine après  l’incendie géant à Notre-Dame , il y a encore des choses à apprendre et à comprendre de la bataille victorieuse menée par les soldats du feu dans la nuit du 15 au 16 avril.

Le pays entier les a acclamés, tout ce que la France compte d’autorités leur a rendu hommage et  même leurs homologues de New York ont salué leur « bravoure ». Ils le méritent. La clairvoyance des gradés et la ténacité de leurs troupes, le miracle de la volonté… Tout cela est vrai mais ne suffit pas à leur rendre justice. Les pompiers eux-mêmes se méfient du « sentiment de toute-puissance » qui peut altérer leur jugement. « Ne faites pas de nous des héros », a-t-on entendu au cours de cette enquête.

Pour venir à bout de l’incendie de Notre-Dame, il a fallu d’abord une organisation millimétrée, des gestes si souvent répétés qu’ils sont devenus des réflexes, une capacité à anticiper, une chaîne de commandement fluide et la confiance absolue des pompiers en leurs chefs qui les fait accepter de mettre leur vie en danger. Tout cela se prépare et s’entretient. La victoire de Notre-Dame n’est pas seulement le fruit d’un combat hors norme, c’est un aboutissement. Celui d’une formation et d’une expérience, un métier dans ce qu’il a de plus noble.

Dix minutes de sidération

Un métier où même les « dix minutes de sidération » qui frappent les premiers pompiers arrivés sur les lieux ont été anticipées et théorisées. « Au départ, on est un peu incrédules car on ne peut pas imaginer que la cathédrale puisse brûler, a raconté, lors d’une conférence de presse, l’adjudant-chef Jérôme Demay, patron de la caserne la plus proche de la cathédrale. Et après on revient dans un système professionnel. » Il s’assure alors que le bâtiment a été évacué, il positionne les premières lances à incendie et envoie des troupes – hommes et femmes – en haut des tours pour arroser la toiture en feu, puis il demande des renforts.

« La phase de sidération sert à constater que la situation est anormale, qu’il faut mobiliser toute la cavalerie et que cela va durer longtemps. C’est aussi la phase des actes réflexes », explique Gabriel Plus. Le porte-parole de la BSPP va nous aider à décrypter les décisions prises, les choix techniques et humains faits cette nuit-là.

La machine est lancée autour de 19 heures, lorsque la demande de renforts arrive au QG des sapeurs-pompiers de Paris, porte de Champerret. L’heure est grave car la charpente de la cathédrale, en flammes, est vieille de huit cents ans et construite d’un seul tenant, sans séparation coupe-feu pour contenir la propagation. Et la fin du message laisse augurer du pire : « Poursuivons reconnaissance. »C’est un code pour dire que la situation est à ce moment-là hors de contrôle.

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REUTERS/Gonzalo Fuentes – RC1F535EA560REUTERS

Comme les bouches à incendie ne sont pas si nombreuses sur l’île de la Cité, décision est prise au QG de faire venir deux bateaux-pompes qui puiseront l’eau de la Seine. Les rues sont étroites autour de Notre-Dame et seuls 18 bras élévateurs pourront être positionnés : ils viennent des casernes parisiennes mais aussi de la grande couronne (dont une vingtaine de pompiers se joindront aux forces de la BSPP). La jonction est faite avec la police pour acheminer le matériel au plus vite, puis organiser un périmètre de sécurité autour de l’église. Les employés du gaz et de l’électricité sont mobilisés (pour veiller à la résistance des réseaux).

Plan d’évacuation de l’Hôtel-Dieu

Une formidable opération multidimensionnelle, à laquelle se joignent la Croix-Rouge et la protection civile. Cela n’a pas été dit jusqu’à présent mais la BSPP avait préparé, s’il y avait eu propagation du sinistre aux bâtiments alentour, un plan d’évacuation partielle de l’Hôtel-Dieu concernant les 50 lits situés dans l’aile la plus exposée. « La première demi-heure est cruciale car il faut demander tout de suite tout ce dont on peut avoir besoin »,souligne Gabriel Plus.

Les sapeurs-pompiers de Paris ne sont pas des militaires pour rien. La première brigade a été créée par Napoléon en 1811 à partir d’une troupe de fantassins. Depuis, ils envisagent un incendie comme un champ de bataille où il faut anticiper les mouvements de l’ennemi, le feu, dont ils parlent comme d’un corps vivant.

Tradition militaire

A Notre-Dame, le poste de commandement est d’apparence sommaire : une tente adossée à un camion équipé de liaisons radio. Mais il est organisé comme un état-major de campagne : on y voit un plan de Notre-Dame divisé en quatre secteurs, des colonels expérimentés sont en lien avec chaque responsable de secteur et notent l’évolution de la situation et des besoins en temps réel, un capitaine synthétise les informations et les communique au commandant des opérations de secours.

S’y ajoutent un expert du bâtiment, le lieutenant-colonel José Vaz de Matos (pompier détaché au ministère de la Culture), un « dessinateur opérationnel » (un pompier qui parcourt le site et ramène des croquis des points névralgiques) et le porte-parole, Gabriel Plus. Tous doivent aider le commandant des opérations à visualiser au mieux le champ de bataille, à enrichir (voire à les suppléer, en cas de panne) les images fournies par le drone de la police qui survole la cathédrale.

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Notre Dame de Paris, CSTC POISB. Moser/BSPP

Tandem de commandement

Cette douzaine de personnes est placée, cette nuit-là, sous la direction d’un tandem : le général Jean-Claude Gallet, commandant de la BSPP, et son adjoint, le général Jean-Marie Gontier. Compte tenu de l’enjeu, les deux hommes se sont partagé le travail : Jean-Marie Gontier dirige les opérations, indique les endroits à attaquer en priorité et analyse les mouvements du feu. Il établit un plan pour les contrer qu’il propose à Jean-Claude Gallet, seul responsable et décisionnaire en dernier ressort. Ce dernier fait aussi le lien avec les autorités, préfet de police, maire de Paris, Premier ministre et président de la République.

Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Ils se disent les choses clairement et se comprennent d’une phrase, ils sont en confiance. Mais durant la première heure, ils sont en proie au doute, graves et économes de leurs mots, les traits marqués par l’amertume : les lances crachent de l’eau à plein régime mais le feu ne cesse de s’intensifier, poussé vers les tours par un fort vent d’est. « Il faut sauver Notre-Dame », répète Jean-Marie Gontier, comme pour se convaincre que c’est possible.

Les attentats du 13 novembre en mémoire

Le moment est suffisamment traumatisant pour que plusieurs gradés fassent la comparaison avec les attentats du 13 novembre 2015 (même s’il n’y a finalement pas eu de victimes à Notre-Dame). Les pompiers en première ligne ne cessent de reculer. Ils sont environ 150 à attaquer les flammes à l’intérieur de la nef et depuis les tours.

« On a entendu un gros bruit, on ne voyait pas ce qui se passait à l’extérieur et apparemment c’était la flèche qui était tombée », a raconté à Brut la caporale-chef Myriam Chudzinski, présente dans les tours à ce moment-là. La flèche, haute de 93 mètres, constituée de 500 tonnes de bois et 250 tonnes de plomb, vient effectivement de s’abattre, perçant la toiture dans sa chute. Tous ceux qui combattent le feu à l’intérieur de l’édifice ont ordre de sortir et tous le font, sauf les dix pompiers partis en éclaireurs à la recherche des reliques. Ils sont dans la salle du trésor. Le temps se suspend quelques minutes… jusqu’à ce qu’ils réapparaissent, sains et saufs.

En tombant, la flèche a déplacé le feu de la toiture à l’intérieur de la nef. Du métal en fusion tombe du toit. Le robot Colossus prend le relais pour asperger l’intérieur de la cathédrale, tandis qu’une centaine d’hommes vont chercher les oeuvres d’art.

Deux exercices à Notre-Dame en 2018

Beaucoup a été écrit sur ce sauvetage. Et l’histoire est belle de ces pompiers qui extraient la couronne d’épines du coffre et récupèrent la tunique de Saint-Louis, de cette incroyable chaîne humaine composée de soldats du feu, de religieux, de fonctionnaires de la Ville de Paris et du ministère de la Culture qui, toute la nuit, transportent les trésors vers une salle de l’Hôtel de Ville, de l’aumônier catholique des pompiers enfin qui tient à emmener les hosties hors du brasier. Et pourtant, là n’est pas l’action la plus mise en valeur par les pompiers eux-mêmes : il y avait du danger, certes, mais les pompiers des casernes alentour avaient exécuté deux exercices dans la cathédrale en 2018, ils connaissaient les passages.

La décision la plus grave a consisté à tout faire pour arrêter l’incendie au niveau des tours. A ce moment-là, le feu se propage dans tous les sens, nourri par les courants d’air, les gaz chauds et les fumées inflammables. Quand la charpente du beffroi nord commence à être touchée, vers 21 heures, la voix de José Vaz de Matos résonne sous la tente de l’état-major : « Si les 8 cloches tombent, elles emporteront toute la voûte et la cathédrale s’effondrera comme un château de cartes ! » Jean-Claude Gallet et Jean-Marie Gontier pensent à la même chose : il faut renoncer à sauver la toiture pour positionner un maximum d’engins au niveau des tours et tenter de les sauver. Il s’agit de « faire la part du feu ». Gontier : « Le risque, c’est que le feu gagne en intensité, il faut l’arrêter rapidement. » Gallet : « Oui, on l’arrête au niveau des tours et on engage des gens. »

Peu de possibilités de repli

Sur le papier, c’est logique ; dans la vraie vie, cela suppose de mettre des hommes en danger. Car les bras élévateurs situés à l’extérieur de la cathédrale ne suffiront pas à créer un rideau d’eau suffisamment important. Il faut envoyer à nouveau des pompiers en haut des tours, pour renforcer le rideau d’eau et pour éteindre le feu dans le beffroi nord. Un « commando de choc » d’une vingtaine de personnes devra gravir en courant, sur 60 mètres de hauteur, des escaliers en colimaçon larges d’à peine 60 centimètres avec plus de 20 kilos d’équipement sur le dos. Et ce, sans possibilité de repli facile.

J’ai déjà perdu deux hommes sur opération au début de l’année et notre devise c’est « Sauver ou périr ».

La brigade parisienne a déjà perdu deux des siens, en janvier dernier, dans l’explosion de gaz de la rue de Trévise. Vers 21 h 30, Jean-Claude Gallet présente ainsi sa décision à Emmanuel Macron qu’il a rejoint dans les bureaux de la préfecture de police, toute proche : « J’ai déjà perdu deux hommes sur opération au début de l’année, et notre devise c’est ‘Sauver ou périr’. Je vais en réengager à l’intérieur, cela présente un risque pour eux mais il faut que je le fasse. » Selon un témoin de la scène, quelques questions sont posées – « Le risque est-il mesuré ? » – puis le président de la République acquiesce. D’autant que Jean-Claude Gallet a précisé : « Cela se joue dans la demi-heure. »

Son adjoint, Jean-Marie Gontier, a déjà réuni les chefs de secteur. Il leur a fait mesurer l’enjeu – sauver la cathédrale – et le risque : ceux qui iront dans la tour nord marcheront sur un plancher instable posé sur une charpente en flammes et ils n’auront pas le temps de s’amarrer pour amortir une chute éventuelle. Puis il a demandé : « On y va ou pas ? » Question purement rhétorique ? Oui et non. « Je n’ai jamais vu un pompier dire non mais il est important que les chefs de secteur adhèrent à la décision du commandant », explique Gabriel Plus. Afin qu’eux-mêmes évaluent sans cesse le risque pris par leurs subordonnés.

Et puis, « si le risque n’est pas consenti, il y a perte de confiance dans la hiérarchie, la peur s’installe et fait faire des erreurs techniques graves », poursuit Gabriel Plus. A Notre-Dame, le consentement est facilité par le parcours du tandem décisionnaire : « Le risque que le général demande, il l’a pris quand c’était son tour de le prendre, donc il sait de quoi il parle. » Le mérite de la promotion par le rang.

Les premières images de l’intérieur de Notre-Dame après l’incendie

Créer un pack

Au-delà de l’excellente condition physique des soldats du feu, les entraînements quotidiens dans les casernes servent à créer des réflexes de travail en commun, des gestes partagés qui accélèrent l’attaque. « Comme pour une équipe de foot », note un gradé. Tous les pompiers fonctionnent en binôme : le plus jeune, qui dirige la lance au plus près du feu et peut être aveuglé par la fumée, est guidé par un aîné qui règle le débit de la pompe. Et ce dernier reçoit les consignes de son chef de secteur qui a une vue d’ensemble. Une organisation certes pyramidale, mais où chaque niveau hiérarchique est juge de la meilleure manière d’accomplir sa mission.

Le commando rendu en haut des tours, tout s’enchaîne très vite. Au bout d’un quart d’heure, les flammes faiblissent. Jean-Marie Gontier repart faire son « tour du feu » et revient à 22 heures : « Elle est sauvée. » Elle, c’est Notre-Dame.

La relève toutes les quarante minutes

Le travail n’est pas terminé pour autant : il faut éteindre le feu de la toiture. De l’extérieur, des pompiers perchés sur des nacelles arrosent le toit. Ils sont à un mètre des murs, exposés à une chaleur de « 100 à 200 degrés ». Il faut les relever toutes les quarante minutes, le temps de vie de leur bouteille d’air (ce qui explique la mobilisation de 600 pompiers cette nuit-là).

L’usage de la lance est très technique. Un jet à haut débit a un effet mécanique d’écrasement du feu mais peut faire des dommages. Ordre est donc donné de passer au-dessus des rosaces pour les préserver. Ceux qui sont postés plus loin du centre du brasier utilisent, eux, un jet diffus destiné à inonder les parties de l’édifice encore intactes afin qu’elles résistent au feu. Mais là encore, l’eau peut faire des dégâts. Alors, une fois l’incendie circonscrit, l’arrosage est modéré afin de protéger les tableaux pas encore décrochés.

Notre Dame de Paris, CSTC POIS
Notre Dame de Paris, CSTC POISB. Moser/BSPP

Technique de précision et facteur chance

Technique de précision, maîtrise d’un savoir-faire… Au milieu de tout cela, il a fallu aussi compter sur le facteur chance : l’échafaudage qui entourait la flèche et les deux ogives croisées qui tenaient la voûte entre la flèche et les tours ont résisté. S’ils avaient flanché, tout s’écroulait.

Alors que le feu est maîtrisé mais pas éteint, les officiels, dont Emmanuel Macron, demandent à entrer dans la cathédrale. Tous se tournent vers l’expert du ministère de la Culture, José Vaz de Matos, qui ne s’y oppose pas : il n’y a plus de risque d’effondrement.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a loué « l’intelligence des situations et le courage » du général Jean-Claude Gallet. Sait-il que pour acquérir cette « intelligence des situations », l’équipe de commandement de la BSPP s’entraîne chaque samedi matin à la prise de décision au cours d’un jeu de rôle sur un scénario de risque majeur ? Le samedi 20 avril, la simulation a exceptionnellement été annulée. »

(Elsa Freyssenet, Les Echos, 23 avril 2019)

Le piano poète

 

Sa mort, comme sa vie, sont passées inaperçues, en dehors de ceux, parmi les mélomanes , qui lui ont toujours voué une admiration, une affection sans bornes : Jörg Demus, né le 2 décembre 1928 à Sankt Pölten est mort le 16 avril dernier à Vienne.

Cherchez sa discographie, vous aurez du mal : des enregistrements certes nombreux mais épars, sous diverses étiquettes, où prédominent son rôle d’accompagnateur dans le répertoire de la mélodie allemande avec Fischer-Dieskau par exemple et son duo de pianos avec Paul Badura-Skoda, son aîné de quelques mois.

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Ce nom m’est devenu familier dans mon adolescence pour deux raisons inattendues.

J’ai raconté le seul concert dans lequel je me sois jamais produit sur scène, à Poitiers au printemps 1973 (Les jeunes Français sont musiciens). Outre quelques Danses hongroises de Brahms que je partageais au piano avec une autre élève du Conservatoire de Poitiers, j’avais accompagné deux excellents camarades clarinettistes dans une transcription pour deux clarinettes du Lied de Schubert Der Hirt auf dem Felsen (Le pâtre sur le rocher). À l’époque où nous préparions ce concert, je n’avais aucun disque de la version originale (pour soprano, clarinette et piano) à ma disposition. Ce n’est que bien après, en Suisse, que je trouverai cet enregistrement qui ne m’a plus jamais quitté, avec la céleste Elly Ameling, la clarinette un peu rustaude de Hans Deinzer… et au pianoforte Jörg Demus

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Quelques années après, parcourant les environs de Poitiers, dans ce département de la Vienne dont on m’avait dit qu’il était riche de… 400 châteaux, je m’arrêtai, pour je ne sais plus quelle raison, près du château de Rochemeau ou Rochemaux à Charroux. J’appris qu’il était la propriété d’un pianiste, un « original », un étranger ! Jörg Demus ! Eût-il été présent ce jour-là que je n’aurais jamais osé sonner à la porte du château, j’étais bien trop timide…

pa00105384-chateau-rochemauxJ’ai découvert en lisant l’article nécrologique de Marie-Aude Roux dans Le Monde (Le pianiste Jörg Demus est mortque sa fantaisie et sa francophilie avaient conduit Demus à acquérir un deuxième château, sans doute pour abriter son impressionnante collection de pianos, clavecins, pianoforte et autres Hammerflügel. 

Et depuis, sans que je l’aie jamais vu jouer, j’ai collectionné les disques de lui que je trouvais au hasard de mes fouilles dans les magasins de seconde main.. parfois en ligne.

J’ai « appris » le concerto en ré majeur de Haydn (et son finale alla ungarese) par les deux versions de Jörg Demus (où seule une Martha Argerich lui dame le pion en matière de liberté et de fantaisie) l’une sur pianoforte, l’autre sur un instrument moderne.

 

 

 

 

 

Puis ma première version de La Truite de Schubert

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ou du Voyage d’hiver

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Puis j’ai un peu oublié ce tendre pourvoyeur de mes premières émotions schubertiennes. J’ai négligé ses Schumann, ses Debussy, même ses Schubert à 4 mains (à cause de son partenaire qui ne m’a jamais séduit ?). Et, il y a quelques années, un disque Franck

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Et puis on trouve sur Youtube des merveilles comme ce récital donné au Japon : on ne sait de ses Bach, Beethoven, Chopin, Debussy ce qu’il faut admirer le plus…

Fort heureusement, un éditeur a eu la bonne idée de rassembler une grande partie du legs discographique de Jörg Demus dans un coffret « anniversaire »…

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En cherchant bien sur plusieurs sites, j’ai trouvé un double CD sous le titre passe-partout de Famous Piano Pieces qui ne mentionne même pas le nom de l’interprète sur sa couverture, et qu’on découvre en tout petit au dos : Jörg Demus ! Indispensable aussi !

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Femmes de théâtre

 

Même si, par un effet de sidération collective, au demeurant compréhensible, on ne parle plus, depuis lundi soir, que de l’incendie de Notre Dame de Paris et de ses suites, j’aimerais évoquer un film et une pièce, vus récemment, qui ont en commun d’avoir été mis en scène par deux femmes dont on aime le parcours et le talent.

D’abord le dernier film d’Anne Fontaine : Blanche comme neige :

Je ne me rappelle pas avoir été déçu par un film d’Anne Fontaine. Il y a un style, une touche, un art de filmer, qui ne sont qu’à elle et qui me la font aimer.

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Une version moderne du conte des frères Grimm ? L’allusion est évidente. Même si le scénario – de Pascal Bonitzer – paraît un peu téléphoné et dépourvu de tout suspense dès le début de l’intrigue. « Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants… Un, deux, et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme ! Pour elle, c’est le début d’une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale… » 

Claire c’est Lou de Laâge – la moue de Jeanne Moreau jeune -, la belle-mère Isabelle Huppert, impériale comme toujours, juste un peu trop lisse, rides comblées, rictus figé, et un casting masculin surprenant où les stars Benoît Poelvoorde et Charles Berling font presque figure d’intrus. Claire les affole tous dans ce village de montagne, ces sept hommes qu’elle séduit sont tous attachants, dans leur maladresse, leur pudeur. Paysages et personnages somptueusement filmés par la caméra amoureuse d’Anne Fontaine…

Au lendemain de l’incendie de Notre Dame, on avait rendez-vous avec Molière et ses Femmes savantesrevisitées et mises en scène par l’excellente Macha Makeieff.

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C’est à la Scala... de Paris, cette salle qu’on a adoré découvrir en septembre dernier et qui confirme toutes les qualités qu’on lui avait trouvées (on conseille l’excellent restaurant à l’étage, prix doux, discrète originalité, service impeccable et rapide).

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C’était la première fois que je voyais cette pièce au théâtre ! Tout arrive…

Fantastique galerie de personnages :

  • Chrysale, le père. (Le rôle que Molière jouait lui-même à la création en 1672) Il se prétend le maître de la maison et affirme que les femmes ne doivent s’occuper de rien d’autre que des tâches ménagères ; cependant, il a du mal à contredire sa femme quand celle-ci prend ses décisions.
  • Philaminte, la mère. C’est elle qui dirige la petite « académie » et qui a découvert Trissotin. Parce que celui-ci flatte son orgueil, elle le considère comme un grand savant au point qu’elle pense réellement qu’il peut faire un bon parti pour sa fille. Elle milite également pour la « libération » des femmes et s’attache à diriger la maisonnée, même si c’est en dépit du bon sens.
  • Armande, la fille aînée. Autrefois courtisée par Clitandre, elle l’a rejeté et celui-ci est alors tombé amoureux de sa sœur Henriette. Elle prétend que cela la laisse indifférente, mais elle est jalouse de sa sœur et n’a qu’un but : empêcher les deux amoureux de se marier.
  • Henriette, la fille cadette. C’est la seule femme de la famille qui ne fasse pas partie des « femmes savantes » : à leur galimatias pédant, elle préfère les sentiments qui la lient à Clitandre.
  • Bélise, la tante. Sœur de Chrysale, c’est une vieille fille, et l’on devine que c’est en partie par dépit qu’elle a rejoint les « femmes savantes ». Elle se croit cependant irrésistible et s’invente des soupirants ; elle s’imagine en particulier que Clitandre est amoureux d’elle et qu’Henriette n’est qu’un prétexte.
  • Ariste, l’oncle. Frère de Chrysale, il n’accepte pas de voir celui-ci se laisser mener par le bout du nez par sa femme, et apporte son soutien à Clitandre et Henriette.
  • Trissotin, un pédant (« trois fois sot »). Bien qu’il se vante d’être un grand connaisseur en lettres et en sciences, il est tout juste bon à faire des vers que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. S’il s’intéresse aux « femmes savantes », c’est semble-t-il davantage pour leur argent que pour leur érudition. Ce personnage est inspiré de l’abbé Charles Cotin, dans les œuvres duquel Molière est allé chercher les poèmes que lit le personnage à la scène 2 de l’acte III.
  • Vadius, un pédant comme Trissotin. Il est tour à tour son camarade et son rival. Sa querelle avec Trissotin sur leurs poèmes respectifs met en relief la petitesse d’esprit de ce dernier. Ce personnage est inspiré du grammairien Gilles Ménage. Une telle dispute est d’ailleurs réellement arrivée entre Charles Cotin et Gilles Ménage à l’époque de l’écriture de la pièce
  • Clitandre, le soupirant d’Henriette. Autrefois amoureux d’Armande, il fut éconduit par celle-ci.
  • Martine, la servante. Au début de la pièce, elle est renvoyée par Philaminte pour avoir parlé en dépit des règles de la grammaire. Elle revient à la fin pour défendre les arguments de Clitandre et d’Henriette.

L’esthétique Deschiens n’est jamais loin, chaque personnage est campé par des acteurs/actrices que Macha Makéieff pousse dans tous leurs retranchements.

On n’est pas toujours d’accord avec elle, mais on souscrit totalement à ce qu’écrivait Fabienne Darge dans Le Monde : Avec ce « Trissotin ou Les Femmes savantes », la directrice du Théâtre de la Criée, à Marseille, offre un spectacle totalement réussi, dont le succès ne se dément pas depuis sa création en 2015. Le talent visuel et plastique de Macha Makeïeff est ici particulièrement éclatant, de même que son sens du burlesque, mais ils s’accompagnent d’une lecture de la pièce on ne peut plus fine et pertinente. Ce qui est beau ici, c’est la manière dont le talent formel de Macha Makeïeff et son propos se nouent indissolublement. À ce théâtre-là, qui requiert une précision du corps comme du maniement de l’alexandrin moliérien, il faut des interprètes hors pair. Ils le sont, les premiers rôles en tête ».

Mentions spéciales pour Jeanne-Marie Lévy, excellente chanteuse et impayable Bélise nymphomane et pour le Trissotin métrosexuel de Philippe Fenwick, quelque chose entre Conchita Wurst et Francis Lalanne !

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Bref, si vous n’avez pas encore vu ces Femmes savantes à la sauce Makeieff, courez-y. Elles sont à la Scala de Paris jusqu’au 10 mai !

P.S. La musique est très présente dans le film d’Anne Fontaine comme dans la mise en scène de Macha Makeieff. Dans Blanche comme Neige, l’un des hommes que rencontre Claire dans la maison de montagne joue des suites de Bach au violoncelle, tandis que sur les bords du Rhône (?) on aperçoit au début du film une silhouette jouer Bach au violon (je crois avoir reconnu Laurent Korcia, mais il n’est pas crédité au générique..) Dans la pièce de Molière, les inserts musicaux sont nombreux, du très classique a capella à des arrangements plus pop et l’ouvrage s’achève… en chanson entonnée par toute la troupe.

L’orgue spectacle

Comme par une loi des séries morbide, les disparitions se sont enchaînées ce week-end : après Michel Legrand (Tristesse), l’écrivain Eric Holder (Mademoiselle Chambon), le journaliste et animateur Henry Chapieret l’organiste, compositeur, improvisateur Jean Guillou.

J’évoquais il y a peu l’excellent « guide » des organistes co-écrit par Vincent Warnier et Renaud Machart (Les bons tuyaux)

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C’est Renaud Machart qui avait « traité » le musicien, titulaire de l’orgue de Saint-Eustache à Paris de 1963 à 2015 (!).

img_1125(Saint-Eustache à Paris, le 22 janvier 2019)

C’est encore Renaud Machart qui signe, ce soir, dans Le Monde,, le portrait contrasté d’un organiste atypique, d’un musicien qui ne laissait personne indifférent. Extraits :

« Après Marie-Claire Alain (1926-2013), André Isoir (1935-2016) et Michel Chapuis (1930-2017), c’est le dernier grand organiste français de renommée internationale issu de cette formidable génération qui disparaît. Jean Guillou, titulaire de la tribune de l’église Saint-Eustache, à Paris, de 1963 à 2015, est mort à Paris samedi 26 janvier, le même jour que Michel Legrand. Il avait 88 ans…

Comme Legrand, qui travailla avec des artistes aux pedigrees divers, Guillou aura sans cesse voulu faire sortir l’orgue de l’église, travaillant avec le mime Marceau, s’intéressant aux chants des baleines, au théâtre nô, à la musique d’Extrême-Orient, à l’orgue de Barbarie, pour lequel il avait une tendre affection. La télévision devait lui consacrer de nombreux reportages et portraits où il témoignait de ces dilections…

...Guillou fut un improvisateur de génie, constituant des mondes sonores aux couleurs et miroitements qui pouvaient donner souvent l’impression d’une fresque sonore dépeignant l’Apocalypse, des abîmes de lave, des mondes surnaturels….

Peu sensible au jeu « historiquement informé « qui intéressa vite ses contemporains…, Jean Guillou n’était pas non plus affidé aux traditions de l’école d’orgue symphonique ou néo-classique. Il développera un style personnel, clair, incisif, détaillé, parfois surprenant dans ses choix de registration, mais d’une personnalité et d’une intelligibilité telles qu’il finissait par convaincre par sa logique propre, y compris dans d’étonnantes transcriptions dont il était l’auteur. »

Jean Guillou avait beaucoup enregistré pour Philips (un coffret avait été réédité il y a quelques années) puis pour d’autres labels.

Brilliant Classics avait édité un triple album, à très petit prix, toujours disponible, qui propose un panorama plutôt réussi de l’art du musicien disparu :

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Un premier CD enregistré sur les orgues de Saint-Eustache : Bach, Mozart, Widor, Liszt et Guillou lui-même, un deuxième capté sur l’orgue de Notre-Dame des Neiges de l’Alpe d’Huez à la conception duquel il avait directement participé, toute une série de transcriptions plus spectaculaires les unes que les autres, un troisième enfin avec des versions tout aussi enthousiasmantes des tubes de l’orgue avec orchestre, la 3ème symphonie de Saint-Saëns et la symphonie concertante de Jongen.

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Le piano venu de l’Est (I) : Peter Rösel

C’est Alain Lompech, spécialiste ès piano, auteur d’un ouvrage de référence sur Les Grands pianistes du XXème siècle (on attend avec impatience un deuxième tome)

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débatteur infatigable, qui, sur Facebook, braquait avant-hier le projecteur sur lui : Voici ce qu’on appelle un maître ! Peter Rösel (prononcer : Reu-zeul), pianiste allemand formé à Moscou, assurément scandaleusement négligé par le milieu musical. 

Et, à propos d’une autre vidéo, Lompech ajoutait : Où l’on voit que l’on peut jouer vite, clair et articulé sans lever les doigts au plafond ! Peter Rösel, grand, grand artiste et pianiste… Le minimum de gestes pour le maximum de résultat. Et son Mendelssohn avec Masur est splendide.

Voilà bien longtemps que, pour ma part, j’admire ce très grand musicien, sans malheureusement l’avoir jamais entendu en concert. Il fait partie de cette cohorte d’artistes de grande envergure qui, par choix ou par obligation, n’ont jamais pu ou voulu faire carrière en dehors du bloc soviétique. Heureusement pour nous mélomanes, les remarquables micros de la VEB Deutsche Schallplatten Berlin, dans des prises de son remarquables de précision et d’aération, ont capté tous ces musiciens, et le label Berlin Classics, qui a pris le relais d’Eternanous a restitué la majeure partie de cet inestimable legs discographique.

Pour ce qui est de Peter Rösel, deux beaux coffrets ont documenté ses jeunes années. Tout y est admirable, avec des sommets comme ses concertos de Rachmaninov avec Kurt Sanderling, les Weber avec Blomstedt, le 2ème concerto de Prokofiev évoqué par Alain Lompech, son anthologie Brahms, mais aussi des Beethoven, Schumann, Debussy, d’exceptionnels Tableaux d’une exposition, etc.

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Peter Rösel est toujours en activité, sa discographie s’est enrichie ces dernières années d’une intégrale des Sonates de Beethoven notamment.

Pour ce qui est des coffrets ci-dessus, on les trouve facilement sur le site allemand d’Amazon (amazon.de).