La reine des neiges

C’est une tradition avant Noël, on prévoit une sortie avec les petits-enfants. Ce dimanche on avait réservé un spectacle très couru de la Comédie-Française au théâtre du Vieux-Colombier, la Reine des Neiges. On ne pouvait pas savoir alors que la finale de la coupe du monde de football aurait lieu au même moment… Quel calme dans les rues de Paris !

Il y a trois ans, avant la longue parenthèse pandémique, nous étions allés, avec les mêmes, dans une grande salle des Champs-Elysées, voir La reine des neiges 2, qui ne m’avait pas laissé un grand souvenir (j’en suis resté aux premiers Disney !)

Mais trois ans après, G. et L. avouent avoir préféré le théâtre, la performance « en vrai » sur scène (le garçon fait partie d’un atelier-théâtre). Nous partageons l’avis du Monde : La Reine des neiges à la Comédie-Française délivrée de Disney : Pour leur adaptation du conte initiatique d’Andersen, Johanna Boyé et Elisabeth Ventura ont restitué toute l’ambivalence et le mystère du texte originel. Un retour aux sources très éloigné du blockbuster du studio américain.

La reine des neiges en musique

Le conte d’Andersen ne semble pas avoir beaucoup inspiré les compositeurs « classiques ».

En 1913 le Slovène Lucijan Marija Škerjanc écrit un opéra qui sera perdu et jamais joué ! En 1980 le Russe Sergei Banevitch raconte « l’histoire de Kay et Gerda », créée au Marinski le jour de Noël. En 1993 le Canadien John Greer compose une Snow Queen pour la Canadian Children’s Opera Company. En 2010 c’est une version italienne du conte, due à Pierangelo Valtinoni qui est créée à la Komische Oper de Berlin !. Le Suédois Benjamin Staern s’y met à son tour et sa Snödrottningen est donnée le 17 décembre 2016 à l’opéra de Malmö. La plus récente version est due au compositeur danois (le premier compatriote d’Andersen à s’en emparer !) Hans Abrahamsen (70 ans dans trois jours!), créée d’abord en octobre 2019 à l’Opéra de Copenhague, puis en décembre à Munich et en première française à l’Opéra national du Rhin à Strasbourg et à Mulhouse à l’automne 2021.

La figure de l’héroïne légendaire existe dans d’autres littératures nordiques, on pense évidemment à la Snegourotchka, La fille des neiges, la pièce du dramaturge russe Alexandre Ostrovski, pour laquelle Tchaikovski avait écrit une musique de scène, et qui a donné son nom à l’opéra de Rimski-Korsakov, qu’on avait tellement aimé à l’Opéra Bastille il y a cinq ans (lire La fille de neige)

Bon cinéma et mauvais théâtre

Pour Bertrand T.

Sa mort, il y a plus d’un an, m’avait touché (Coup de torchon). Thierry Frémaux évoquait Bertrand Tavernier sans discrétion excessive dans son journal (Sélection officielle) paru en 2017, l’annonce d’un cancer, l’hospitalisation et ses suites qui avaient frappé Tavernier en 2015. Le patron du Festival de Cannes rend à son aîné et ami disparu un bel exercice d’admiration. Pas indispensable, mais bienfaisant.

Des Innocents à L’Innocent

En 2003, il jouait dans un pas très bon film signé Bernardo Bertolucci – Innocents : The Dreamers – prétexte pour le cinéaste à montrer complaisamment la nudité de ses jeunes acteurs. En 2022, Louis Garrel signe un film L’Innocent, qu’on a adoré voir ce week-end, « un film comme on n’en avait pas vu depuis un certain temps : divertissant, drôle, intelligent, touchant, doté en un mot de toutes les qualités requises pour passer un moment qui nous soustrait l’espace d’une heure trente à la fin du monde en cours. L’auteur de ce cadeau royal se nomme Louis Garrel qui, avec son quatrième long-métrage, L’Innocent, s’en va puiser dans ses souvenirs d’adolescent afin d’en proposer une version singulièrement burlesque et attachante » (Jacques Mandelbaum, Le Monde, 12 octobre 2022).

Rarement constaté pareille unanimité des avis de la presse comme des spectateurs. D’ailleurs celui qui en parle le mieux c’est Louis Garrel lui-même ! Et on l’aime encore plus…

Triste Salomé

Pas envie de m’appesantir sur une nouvelle production de l’Opéra de Paris, dont toute la presse a déjà parlé : la Salomé de Richard Strauss, mise en scène par la nouvelle coqueluche de la scène lyrique, l’Américaine Lydia Steier, « entre Rocky Horror Picture Show et esthétique post-punk » (Bachtrack.com). Vulgaire, scabreux, surtout ridicule. Cette dame semble d’ailleurs appliquer les mêmes ingrédients à tous les spectacles qu’elle a mis en scène ces dernières années (Semele à la Komische Opera à Berlin, La fête enchantée au Festival de Salzbourg).

Si au moins la musique avait été sauve, on se serait consolé des bêtises de la scène. S’il y a un ouvrage de Richard Strauss, où le chef est au moins aussi important que le rôle-titre, c’est bien Salomé. Un orchestre vénéneux, sensuel, érotique même (écouter ou réécouter ce qu’en ont fait Karajan ou Solti au disque !). Désolé de dire qu’avec Simone Young on n’y est pas, et même l’orchestre de l’Opéra de Paris, pourtant formé à ce répertoire par Philippe Jordan, ne sort pas d’une honnête routine. Reste Elza van den Heever qui impressionne vocalement à défaut de séduire scéniquement, dans un accoutrement qui la prive de toute féminité et dans des postures humiliantes (la jeune cantatrice a avoué qu’elle aurait rêvé d’autre chose pour sa première Salomé ! Pourquoi n’a-t-elle pas refusé de se plier aux fantasmes éculés de la metteuse en scène ?).

Le noir sublime

Au moment de boucler ce billet, j’apprends la mort de Pierre Soulages.

Rien à dire d’original, si ce n’est la permanence de longue date d’une fascination pour une oeuvre qu’on a traquée dans tous les musées visités dans le monde. Ne pas manquer les salles qui lui sont consacrées au Musée Fabre à Montpellier.

Berlin dernier jour

Refus du consumérisme ou respect des traditions, Berlin (comme Dresde l’an passé) ferme boutiques et musées en début d’après-midi le 31 décembre. La chocolaterie Rausch consent à ouvrir jusqu’à 18 h ! Mais les touristes, très nombreux à cette période, en sont réduits à fréquenter les marchés de Noël, voire quelques rares boutiques de souvenirs, en attendant les douze coups de minuit à la porte de Brandebourg !

IMG_0955

IMG_0956

Fierté de la chocolaterie Rausch : ces monuments berlinois tout en chocolat !

Même le célèbre magasin Dussmann – où j’ai fait naguère provision de tant de disques et de partitions – n’ouvre plus le dimanche, et fermait ce 31 décembre à 14 h!

Côté musique, en revanche, on serait bien mal venu de se plaindre ! Quelle autre ville au monde est en mesure de proposer chaque soir de cette période de fêtes pas moins de 5 concerts ou représentations d’opéra ?

J’ai boudé, cette fois – privilège du visiteur professionnel ! – la Philharmonie où Daniel Barenboim dirigeait l’Orchestre philharmonique de Berlin dans un programme que je l’avais vu jouer et diriger avec les Wiener Philharmoniker en 2011 (un concerto de Mozart et Ravel en seconde partie), tout comme le Konzerthaus où se donnait – tradition oblige – la IXème symphonie de Beethoven sous une baguette pourtant pas inintéressante, Vladimir Jurowski.

IMG_0864

Mais la curiosité m’a poussé vers deux spectacles de la Komische Oper – dirigée par un talentueux trublion, Barrie Kosky -, jeudi soir Les perles de Cléopâtre une opérette déjantée d’Oscar Straus, et ce lundi Candide de BernsteinLes deux spectacles mis en scène par le maître des lieux, mais quelque chose ne prenait pas dans Candide : beaucoup trop long pour une « opérette » (3 heures et demie), un récitant de luxe en la personne de Franz Hawlatamais de nettes insuffisances du côté des femmes. Quand on a entendu Sabine Devieilhe et Sophie Koch irrésistibles au Théâtre des Champs-Elysées en  octobre dernier, on a un peu de mal à voir et entendre d’honnêtes chanteuses, certes peu aidées par une direction molle et sans fantaisie (malheureusement prévisible dès l’ouverture !)

C’est à la Deutsche Oper – l’opéra de Berlin Ouest – que j’ai vu, pour la première fois La petite renarde rusée de Janacek

IMG_0745 2

IMG_0756 2

Pas très convaincu par le fait que l’ouvrage est censé s’adresser aux enfants…Mais belle version musicale tant sur scène que dans la fosse.

61wfMpptY7L

Hier soir c’était le premier des deux concerts « de la Saint-Sylvestre » proposés à la Staatsoper Unter den Linden. Comme le maître des lieux – Daniel Barenboim – était occupé à la Philharmonie, il avait confié le programme et la baguette à celui dont j’écrivais il y a deux ans : Le microcosme musical ne parle que de lui depuis deux ou trois ans. Surtout depuis qu’il a remplacé, au pied levé, Philippe Jordan dans une tournée de l’Orchestre symphonique de Vienne il y a quelques mois, ou Franz Welser-Moest avec l’autre phalange viennoise, les Wiener Philharmoniker ! Un surdoué à l’évidence ! Il s’appelle Lahav Shaniil a 30 ans le 7 janvier prochain, et il a amplement confirmé ses dons de pianiste (dans Rhapsody in Blue) et de chef, avec un soliste star en Allemagne, le trompettiste de jazz Till BrönnerDes songs de Kurt Weill, arrangés pour trompette et orchestre. Et en seconde partie un mélange, intéressant, mais qui évacue la magie de la musique au profit d’une suite de numéros, la suite de Casse-Noisette de Tchaikovski et les arrangements qu’en ont fait pour brass band Duke Ellington et Billy Strayhorn :

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Speak low(K.Weill)

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

Charme et élégance de Lahav Shani et la Staatskapelle Berlin, dans la Valse des fleurs de Casse-Noisette

Je ne voulais pas quitter Berlin sans visiter la maison Mendelssohndans la Jägerstrasse. Là où Joseph et Abraham, les fils aînés de Moses Mendelssohngrand-père du compositeur (Chez Felix) installent en 1815 la banque qu’ils ont fondée vingt ans plus tôt. IMG_0850

IMG_0852

Le temps de surprendre deux tout jeunes frères jumeaux, Hassan et Ibrahim Ignatov, (15 ans !) en train de répéter la Fantaisie en fa mineur de Schubert pour le concert qu’ils donnent sur place le 3 janvier…

IMG_0854

L’île berlinoise

C’est devenu une tradition. Entre mon anniversaire, le 26, et la Saint-Sylvestre, je m’échappe vers une ville où je peux faire le plein de musique et de musées, l’an dernier Leipzig et Dresde, que je ne connaissais pas, cette année Berlin où je suis venu si souvent en coup de vent pour un concert ou un congrès professionnel.

Première visite à la Alte Nationalgallerie, où j’ai enfin vu le tableau qui manquait à ma galerie de l’Île des morts de Böcklin. Il y a longtemps, à Bâle, en 2012 à New York, en 2013 à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg – avec cette énigme L’île mystérieuse,et l’an dernier à Leipzig en majesté dans ce fabuleux Museum der bildenden Künste

IMG_0517

Tableau toujours aussi fascinant…

Pour rappel, deux compositions également fascinantes, le poème symphonique éponyme de Rachmaninov, et la tétralogie symphonique de Reger, dans d’immenses versions :

815o92UdZLL._SL1500_Version/vision légendaire de Fritz Reiner captée en 1957 à Chicago, reprise dans la sélection de Diapason

41I--npuRRL

 

 

81XbbBGvTgL._SL1410_

Lecture éminemment inspirée de la fresque symboliste de Reger due au grand Schmidt-Isserstedt, à qui j’ai promis de consacrer bientôt un portrait…

En attendant de trier les photos prises à la Alte Nationalgallerie (toute une salle dédiée à Caspar David Friedrich !) ces quelques toiles ou sculptures liées à la musique :

IMG_0523

L’un des célèbres portraits de Wagner par Franz von Lenbach (1832-1904)

Buste de Wagner par Lorenz Gedon.

Quant à ce portrait de groupe, il vaut plus pour la qualité de ceux qui sont représentés que pour son intérêt artistique :

IMG_0465

De Joseph Danhauser (1805-1845), l’un des représentants de la période Biedermeierce tableau de 1840 montrant Liszt au clavier. Face au buste de Beethoven, sa compagne d’alors, la comtesse Marie d’Agoult à ses pieds, le virtuose est bien entouré : assis à gauche, Alexandre Dumas et George Sand. Au second plan, debout, de gauche à droite, le jeune Victor Hugo, Paganini et Rossini !

Mais puisqu’on est venu à Berlin pour la musique, première étape hier soir à la Komische Operpour un spectacle qui tenait tout à la fois du cabaret Chez Michou, de l’opérette viennoise, des Folies Bergère, Les Perles de Cléopâtre d’Oscar Straus (qui décida lui-même d’ôter un S à son nom, pour ne pas être confondu avec le reste de la dynastie Strauss, avec laquelle il n’avait pas lien de parenté).

On a bien ri, on s’est bien amusé, une partition bien troussée, même si elle n’approche ni Strauss (Johann) ni Lehar.

IMG_0555