#RVW 150 (II) : Royal Ralph

Bientôt le cent cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur britannique Ralph Vaughan Williams, deuxième épisode d’une série commencée l’été dernier : #RVW 150 (1) : A Sea Symphony. Le 21 juillet, le Choeur de Radio France, l’Orchestre national de France, le baryton Gerald Finley et la soprano Jodie Devos, remplaçant Lucy Crowe initialement prévue, sous la houlette de Cristian Macelaru donnaient la grandiose première symphonie « A Sea Symphony » de Vaughan Williams lors d’une soirée quelque peu mouvementée du Festival Radio France (lire l’article de Remy Louis : À Montpellier, l’orchestre national de France sur une mer agitée).

RWV et la reine

Depuis la disparition de la reine Elizabeth, on n’a pas manqué de s’interroger sur le rapport de la défunte souveraine avec la musique et les musiciens, on n’a pas trouvé grand chose ! On a évidemment recherché les musiques qui avaient été jouées lors de son couronnement en 1953, la récolte a été un peu plus riche (cf. France Musique). Et l’on retrouve notre sesquicentenaire Ralph Vaughan Williams qui, pour le couronnement du 2 juin 1953, écrit une très pure et simple mélodie : O taste and see

Warner, avec un sens indéniable de l’opportunité, a d’ailleurs republié les musiques jouées lors du couronnement.

Tout Vaughan Williams

Ceux qui n’avaient pas eu l’idée ou la chance d’acquérir le coffret « collector » publié il y a une quinzaine d’années par EMI

ont une nouvelle opportunité d’acquérir cette somme de 30 CD rééditée par Warner. Indispensable évidemment !

Sans détailler le contenu de ce coffret, on peut noter que l’intégrale choisie pour les symphonies est celle, trop peu connue, d’un chef qui a passionnément servi la musique anglaise, Vernon Handley (1930-2008), que j’avais eu la chance d’inviter à Liège en 2001 pour diriger… Les Planètes de Gustav Holst !

Festival d’inconnus

#FestivalRF22 #SoBritish

De Notre-Dame à Montpellier

Les Montpelliérains rencontrés aux abords de la cathédrale Saint-Pierre n’en croyaient pas leurs yeux : de longues files à l’extérieur, des bancs remplis à l’intérieur : ils n’avaient jamais vu autant de monde pour un récital d’orgue. Il faut dire que l’invité du festival Radio France ce mercredi soir n’était pas n’importe qui. Le talentueux et médiatique titulaire de Notre-Dame-de-Paris, l’organiste Olivier Latry

Tant de souvenirs avec lui ! Indspensable réécoute de son récital sur francemusique.fr en particulier de son improvisation flamboyante sur « A la claire fontaine » !

Tempête en mer

La soirée du 21 juillet était très attendue (lire RVW(1) : A Sea Symphony) : l’Orchestre national de France, le Choeur de Radio France, en grand équipage, sous la baguette inspirée de Cristian Macelaru.

D’abord Marianne Crebassa dans les Sea Pictures d’Elgar : une révélation, une voix de contralto qui a encore gagné en densité excessive et en puissance. Rendez-vous mardi prochain pour retrouver la chanteuse agathoise en récital (lefestival.eu).

En seconde partie, une longue croisière en mer grâce à Ralph Vaughan Williams et Walt Whitman, la première symphonie, vaste fresque chorale et vocale, du grand symphoniste britannique du XXème siècle. Les très nombreux spectateurs présents à l’Opéra Berlioz, comme les auditeurs de France Musique, ont pu constater que les voyages en mer ne sont pas toujours sans surprise. Quelques minutes après le début de l’oeuvre, la jeune soprano Jodie Devos – fabuleuse Ophélie de l’Hamlet donné en ouverture de festival le 15 juillet – qui avait accepté de remplacer l’interprète prévue, Lucy Crowe, faisait un malaise, heureusement sans gravité, obligeant à interrompre quelques minutes le concert. Impossible de donner le 1er mouvement en entier. Mais après du repos, après que Cristian Macelaru a dirigé les 2ème et 3ème mouvements avec la seule présence requise du baryton – formidable – Gerald Finley, la soprano rayonne de nouveau dans le tableau final de la Sea Symphony. Et c’est une longue ovation qui salue tous les interprètes d’une oeuvre dont tous, musiciens et public, se demandent pourquoi elle n’est quasiment jamais donnée en France (quelques exceptions, à Strasbourg et à Besançon il y a une trentaine d’années !). Malheureusement, en raison de l’incident survenu, ce concert n’est pas disponible à la réécoute sur France Musique. On peut qu’espérer qu’après montage entre la générale et le concert, il sera à nouveau proposé.

Extrait du finale de la Sea Symphony de Vaughan Williams avec Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru dirige le Choeur de Radio France et l’Orchestre National de France à l’Opéra Berlioz de Montpellier
De gauche à droite : Sibyle Veil, PDG de Radio France, JPR, Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru, Michel Orier, directeur de la musique de Radio France

Eurovision des jeunes musiciens

Ce soir, en direct sur France Musique et sur CultureBox (France Télévisions), une première pour la France et le Festival Radio France, la finale du concours Eurovision des Jeunes Musiciens. Je disais malicieusement à un journaliste de France Inter qu’à la différence de l’Eurovision de la chanson, la France avait peut-être une chance de l’emporter. Ils seront neuf très jeunes artistes à confronter leurs talents sur le vaste plateau de l’Opéra Berlioz de Montpellier, aux côtés de l’Orchestre national de Montpellier conduit par Pierre Dumoussaud. Mais je ne peux rien dire de plus, je suis membre du jury (en bonne compagnie, Müza Rubackyte, Nora Cismondi, Tedi Papavrami et Christian-Pierre La Marca) et donc tenu à un strict devoir de réserve.

(Photo Midi Libre)

Hamlet & Co.

#FestivalRF22 #SoBritish

Hamlet à Montpellier

C’était hier la soirée d’ouverture du Festival Radio France, édition 2022 « So British ». Avec l’opéra d’Ambroise Thomas, Hamlet, dans sa version initiale, reconstituée, pour ténor. Un triomphe on peut le dire.

De gauche à droite : Philippe Talbot, Jodie Devos, Michael Schonwandt, John Osborn, Clémentine Margaine

Richard Martet, dans Opera Magazine, écrit :

« Une « prima donna » est née ! Nous avons toujours senti, chez Jodie Devos, l’étoffe d’une cantatrice d’exception. Elle a littéralement explosé hier, vendredi 15 juillet, dans une somptueuse version de concert d’Hamlet d’Ambroise Thomas, au Festival Radio France Occitanie Montpellier. L’excellente chanteuse que nous connaissons, au timbre frais et à la technique ébouriffante, est passée au niveau supérieur. La voix a gagné en rondeur et en puissance, sans rien perdre de ses qualités virtuoses, trouvant un terrain d’épanouissement idéal dans la redoutable scène de folie d’Ophélie, à l’acte IV. Variant les climats et les couleurs à l’infini, alternant longues phrases rêveuses et véhémentes cascades de vocalises, avec une netteté de diction jamais prise en défaut, la soprano belge a été saluée par une ovation aussi spectaculaire que méritée. Et quelle poésie, quelle émotion dans le passage qui suit, quand Ophélie, accompagnée par le chœur (Montpellier et Toulouse réunis) à bouche fermée, s’enfonce lentement dans le lac ! L’intensité de l’incarnation est telle qu’on en oublie complètement qu’il s’agit d’une version de concert. Jodie Devos a, de plus, la chance d’être remarquablement dirigée (Michael Schønwandt, à la tête de l’Orchestre National Montpellier Occitanie) et entourée : John Osborn en Hamlet (l’opéra est donné dans sa version avec un ténor dans le rôle-titre), Clémentine Margaine en Gertrude (impressionnante), Philippe Talbot en Laërte, Jérôme Varnier en Spectre…« 

Michael Schonwandt me confiait avant le concert combien l’incarnation d’Hamlet par un ténor changeait la couleur, la teneur du drame, et plusieurs des comparses des deux rôles principaux disaient après coup qu’ils préféraient presque cette version à l’habituelle avec baryton dans le rôle-titre. Evidemment Jodie Devos a vraiment triomphé pour sa première Ophélie sur scène – je n’oublie ni Natalie Dessay, jadis à Covent Garden, ni Sabine Devieilhe naguère à l’Opéra Comique, toutes deux sous la direction de Louis Langrée – mais la grâce, le fruité de la voix de la jeune cantatrice belge, en ont fait hier soir une Ophélie de rêve. John Osborn, d’abord par sa diction parfaite, sa prononciation et sa compréhension intime de la langue française, autant dans les élans héroïques que dans les confidences brisées, nous a infiniment touchés. Comme le souligne Opéra Magazine, tous les comparses, à commencer par Clémentine Margaine, les choeurs de l’opéra de Montpellier et du Capitole de Toulouse, l’opulent Orchestre de Montpellier, la direction généreuse et inspirée de Schonwandt, ont fait de cette soirée d’ouverture du festival un événement, bientôt diffusé sur France Musique.

D’autres Hamlet

Shakespeare et son prince du Danemark ont finalement peu inspiré les compositeurs d’opéra. En revanche, musiques de scène ou poèmes symphoniques n’ont pas manqué, même si aucune n’a jamais atteint la célébrité des nombreux Roméo et Juliette mis en musique.

Liszt

Liszt très impressionné par une représentation de Hamlet à Weimar en 1856, écrit un poème symphonique d’une vingtaine de minutes qui « résume » le drame shakespearien. Ici dans une version d’une grande densité, l’Orchestre national de France, enregistré au Théâtre des Champs-Elysées, est dirigé par Daniele Gatti, dont on a appris récemment la nomination à la tête de la Staatskapelle de Dresde.

Tchaikovski

Tchaikovski écrit en 1888 une « ouverture fantaisie » éponyme. De loin moins célèbre qu’une autre « ouverture fantaisie » intitulée.. Roméo et Juliette !

Emotion que de retrouver cette captation dirigée par le grand Evgueni Svetlanov :

Prokofiev une musique de scène

Prokofiev écrit lui une musique de scène à la demande du metteur en scène Sergei Radlov, qui est créée en mai 1938.

Très belle version discographique due au regretté Mikhail Jurowski (1945-2022) :

Chostakovitch

Le jeune Chostakovitch a précédé Prokofiev : c’est un jeune homme de 25 ans qui écrit lui aussi une musique de scène en 1931.

Plusieurs versions russes recommandables, mais la plus étonnante est sans doute celle d’Arthur Fiedler à la tête de ses Boston Pops !

Les Indes furieuses

J’avoue que ma curiosité était à vif ce mardi soir pour la dernière représentation des Indes galantes de Rameau à l’Opéra Bastille.  On avait à peu près lu tout et son contraire dans la critique : « déception » (Télérama), « l’ère du vide » (Forumopera), « la musique remporte la Battle » (ResMusica), « énorme succès public » (Le Monde)… signe qu’il se passait quelque chose.

IMG_6406Sabine Devieilhe dans le prologue.

J’ai rendu les armes dès le prologue. Et jusqu’au bout j’ai « marché » dans la proposition que j’avais sous les yeux et dans les oreilles. Je n’ai pas tout compris, je n’ai d’ailleurs pas cherché à tout comprendre de la mise en scène de Clément Cogitore. Je me suis laissé emporter par l’énergie furieuse, la beauté immobile, les images fortes, même un peu téléphonées, l’engagement des chanteurs, tous plus qu’admirables, les danseurs magnifiques…

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Toute la distribution est parfaite. Eût-on seulement rêvé, il y a vingt ans, de pouvoir confier tous les rôles de ces Indes galantes à des interprètes francophones?

Même si la présence du hip hop dans la chorégraphie réglée par Bintou Dembélé a fait le buzz, et peut-être attiré un public qui ne se serait pas forcément déplacé pour un opéra baroque, ce n’est qu’un élément de la réussite de cette production. L’élément essentiel demeure la formidable direction de Leonardo Garcia Alarcon à la tête de sa Capella Mediterranea (ils seront les invités du prochain Festival Radio France en juillet 2020 !) et de l’excellent Choeur de chambre de Namur.

S’il y a une scène, un moment unique, que je veux retenir entre tous, c’est cette image sublime, cet instant d’intense émotion, d’une Sabine Devieilhe, bientôt maman d’un deuxième enfant, et de son exceptionnel partenaire danseur. D’une beauté irréelle.

 

La nonne et son ténor

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C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.

Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), Thierry Fouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…

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Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans ForumoperaLe Monde.

On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounod pendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.

Et, à l’Opéra-Comique même, que de redécouvertes : Le Comte Ory en décembre dernier, Le Timbre d’argent  en juin 2017, Fantasio, Le Pré aux Clercset bien d’autres sous l’ère Deschamps (Du rire aux larmes)

Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille. 

Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?

Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres (Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra. 

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Monsieur le Comte est (bien) servi

Je n’avais pas gardé un grand souvenir de l’ouvrage lorsqu’il avait été représenté au Festival d’Aix-en-Provence en juillet 1995, je n’étais pas le seul : Le Comte Ory, une sage mécaniqueLes stars de l’époque, Sumi Jo, William Matteuzzi, n’étaient pas en forme, sans parler de leur diction du français…

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Comme on n’a jamais été déçu par la programmation de l’Opéra Comique (lire Fantastique Fantasio), et qu’on n’a que de grands souvenirs des dernières présences de Louis Langrée dans la Salle Favart, on arrivait hier soir à la première du Comte Ory dans les meilleures dispositions.

IMG_3489(Le foyer de l’Opéra Comique, rouvert il y a six mois : Donner sa voix)

Autant le dire sans ambages, on a adoré ce spectacle, la mise en scène de Denis Podalydès collant parfaitement au propos de Rossini (décors, lumières, costumes à l’unisson), une distribution qui réunit la crème du jeune chant français – impensable il y a encore vingt ans ! – Julie Fuchs en ComtessePhilippe Talbot en Comte Ory, Gaelle Arquez en Isolier, Eve-Maud Hubeaux en Dame Ragonde, Patrick Bolleire en Gouverneur, Jean-Sébastien Bou en Raimbaud, Jodie Devos en Alice, l’excellent choeur Les Eléments préparé par Joël Suhubiette, et dans la fosse les timbres fruités de l’Orchestre des Champs-Elysées, et la direction alerte, précise, mozartienne presque, de Louis Langrée, qui, comme toujours, révèle les trésors d’une partition éblouissante à laquelle je n’avais, à vrai dire, jamais porté grande attention.

Le public de cette première a fait un long triomphe à cette belle équipe.

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Avis aux amis belges, l’Opéra royal de Wallonie, dont le directeur était présent hier soir, est co-producteur de ce Comte Ory ! Et pour tout le monde, en direct sur CultureBox le 29 décembre 2017 et en différé sur France Musique le 21 janvier 2018.