Je l’aimais bien parce que c’était une authentique musicienne, et parce que c’était l’accordéon, un instrument qui m’a toujours ému, dans quelque répertoire que ce soit.
J’ai un souvenir merveilleux du Casse Noisettede Maurice Béjartdonné au Châtelet à Paris en 2000, dans lequel Yvette Horner était la « Fée marraine »(elle apparaît à 41′)
Tchaikovski lui-même intégrait, dès 1883, quatre petits accordéons (des bayans) à sa Suite n°2 pour orchestre (à partir de 24′)
Et l’accordéon, onirique, poétique, on l’entendra encore, le 15 juillet prochain, au Festival Radio France,sous les doigts de Roland Romanelli, aux côtés d’Isabelle Georges, Frederik Steenbrink et de l’orchestre de Pau dirigé par Fayçal Karoui. (à 2’03 sur cette vidéo)
Mardi dernier, une actualité qui faisait le grand écart entre l’attaque terroriste de Liège, le récital de Sonya Yoncheva, la visite de François Hollande à la librairie Sauramps et un rendez-vous avec le public et la presse au Gazette Café de Montpellier.
J’avais bien entendu quelques remarques, plus amicales que critiques, sur le choix qui avait été fait d’annoncer l’édition 2018 du Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM)le 16 mai, lors d’un rendez-vous parisien exceptionnel, puisque organisé au siège de la Garde républicaine ! (lire : Conférence de presse)
Mais Paris n’excluait pas Montpellier, bien au contraire. Et j’avais réservé pour cette rencontre du 29 mai une surprise pour les présents au Gazette Café : Paul Meyer, ami et complice de tant d’aventures musicales et humaines.
Extraits du papier du Métropolitain sur cette présentation du #FestivalRF18
« Le directeur du festival a laissé libre cours à sa folie pour mettre sur un pied un programme à la fois dense (175 concerts, souvent gratuits, dans 60 lieux à travers le territoire languedocien), varié (opéras, concerts symphoniques, musique de chambre, récitals et jazz, sans oublier le festival Tohu-Bohu) et surtout un peu déjanté, ou original, c’est selon…
La chanson française à l’honneur
L’originalité commence avec ce drôle d’intitulé, « Douce France » ? Parce que, d’abord, ce 34ème festival reprend le titre d’une célèbre chanson de Charles Trenet pour faire la part belle à la chanson française, du Fou Chantant à Jacques Brel, en passant par Barbara, Aznavour, Gainsbourg, Legrand ou encore Stromae.
Deux grands spectacles dédiés à la chanson françaises sont programmés les 15 et 16 juillet à Montpellier et au Garric (Tarn). Mais aussi parce que le festival 2018 rend hommage à des compositeurs étrangers qui ont vécu en France : Chopin, Liszt, Offenbach… « Satie, Poulenc, Chausson, Saint-Saëns, Ravel, Fauré ou encore bien évidemment Claude Debussy sont également au programme lors d’une soirée « mélodie française », avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa et le pianiste Fazil Say », précise le directeur.
La Garde Républicaine a du choeur… « J’avais envie de faire venir la Garde républicaine à Montpellier. C’est fait ! (rires). Elle sera l’hôte d’honneur du festival 2018 avec 140 musiciens et choristes sur scène ! Elle ouvrira le bal dès le 10 juillet à Montpellier pour 6 dates. Et parmi celles-ci, une création : le 26 juillet proposera un spectacle particulier avec la symphonie humoristique Les cris de Paris, de Jean-Georges Kastner, contemporain de Berlioz, sous la direction d’Hervé Niquet »….
Focus sur la nouvelle génération
« Mais le rôle du Festival Radio France est aussi de soutenir la musique contemporaine », reprend Jean-Pierre Rousseau. A Montpellier, des compositeurs représentant la nouvelle génération seront à l’honneur : Sophie Lacaze, Benjamin Attahir, Karol Beffa, Guillaume Connesson et Éric Tanguy. « La force d’un festival, c’est aussi la prise de risque et la volonté de faire découvrir des œuvres », ajoute le directeur : « Nous proposerons trois recréations d’œuvres françaises des 18ème et 19ème siècles. Outre les Cris de Paris, le festival présentera Issé et Kassya ».
Chemin faisant vers Compostelle
Toujours pour les mélomanes, de la folie encore avec le programme spécial « Chemin de Saint Jean de Compostelle », comme un hommage à l’Occitanie. Le festival proposera 6 concerts le même soir (le mercredi 25 juillet à 21h) le long du célèbre chemin dans des villes étapes célèbres : Montpellier, Villeuneuve d’Aveyron, Saint Gilles, Cahors, Conques et Arles-sur-Tech. « C’est aussi l’occasion de fêter le 20ème anniversaire de l’inscription du Chemin de Saint Jean de Compostelle au patrimoine mondial de l’Unesco »
555 sonates, presque démoniaque
Enfin, on ne peut pas passer sous silence le pari dingue de Marc Voinchet, le directeur de France Musique… Durant toute la durée du festival, l’intégralité des 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti seront interprétées dans 13 lieux différents en Occitanie, soit 35 concerts avec 30 instrumentistes, parmi lesquels Lars-Ulrik Mortensen, Paolo Zanzu, Frédérick Haas et Arnaud de Pasquale… (Metropolitain, 31 mai 2018).
Je n’ai pas recensé les chroniques de ce blog, où j’évoque le français, la langue française, mon amour des langues, et de cette langue en particulier. Et même si je peste contre cette mode contemporaine des « journées », je dois reconnaître que la Journée internationale de la Francophoniece 20 mars, couplée à une Semaine de la langue française, a été illustrée de belle manière, en particulier par le président de la République sous la coupole de l’Académie française.
Je n’ai pas pu suivre l’allocution présidentielle. J’étais au même moment retenu au cimetière du Père-Lachaise par les obsèques d’une belle personne, la grand-mère maternelle de mes petits-enfants, née au Cambodge, victime avec sa famille des persécutions de Pol Pot, atterrie un jour de 1976 à Roissy alors qu’elle pensait rejoindre les Etats-Unis. La France devient sa nouvelle patrie, le français la langue qu’elle partagera exclusivement avec son mari et ses trois enfants, puis ses petits-enfants, la langue de l’amour familial.
Parmi quantité de concerts où le chanté français sera mis à l’honneur, une soirée qui promet d’aussi belles émotions que ce disque, avec Marianne Crebassa et Fazil Say :
Mais pour illustrer le propos présidentiel, faut-il rappeler que le « bien chanter » français n’est pas l’apanage des seuls artistes francophones ? Nous en avons eu encore la preuve lors de la Table d’écoutede Musiq3 du 25 février dernier consacrée aux Quatre poèmes hindous de Maurice Delage. Les deux chanteuses « vainqueuses » de l’écoute anonyme sont… Felicity Lott et Anne-Sofie von Otter !
J’ai encore un souvenir très lumineux de la tournée qu’avait faite il y a dix ans, en août 2008, l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud, sous la direction de Pascal Rophé, avec une soliste magnifique, dans un répertoire qui n’allait pas de soi même devant les publics cultivés de Sao Paolo, Montevideo ou Buenos Aires : Susan Grahamchantait les Nuits d’été de Berlioz. À la perfection, et si j’osais, mieux quant à la précision du texte, de la diction, que nombre de ses consoeurs francophones ! Car, en dehors de la scène, Susan Graham ne parlait pas un mot de français…
Dans une riche discographie, où tout est à écouter, je retiens, pour les conseiller vivement, ces deux albums
Autre preuve de la qualité du français chanté par une non-francophone, ce célèbre air de Louise de Charpentier – le plus érotique de la littérature lyrique française – chanté par celle qui fit les beaux soirs mozartiens d’Aix-en-Provence, l’inoubliable Sophie du Rosenkavalier de Karajan, l’Américaine Teresa Stich-Randall. A-t-on jamais mieux évoqué l’émoi amoureux ? Et comme pour ne pas faire oublier que le français n’était pas sa langue native, l’auditeur attentif relèvera juste une coquetterie de prononciation « l’âme encore – prononcée comme Angkor – grisée »… mais combien d’illustrissimes chanteurs ont trébuchéé sur ces diphtongues qui sont l’un des charmes et des difficultés du français, les on, en, in, an…
Si on y inclut la soirée de la Saint-Sylvestre à Dresde, on aura célébré à quatre reprises l’arrivée de l’an neuf. De quoi frôler l’indigestion !
Retour sur le concert de Nouvel an du 1er janvier à Vienne. Petit cru malgré l’affiche. On avait pourtant bien aimé Riccardo Muti dirigeant les Wiener Philharmoniker en 1993, 1997 ou 2004. Qu’est-il arrivé au fringant chef napolitain de naguère ? Que cette édition 2018 semblait corsetée, laborieuse, à cent lieues de l’élégance et du charme auxquels Muti nous avait accoutumés…
Et ce cérémonial compassé, ces images kitschissimes des châteaux et jardins de Vienne, et ces couples de danseurs filmés en extérieur, l’été dernier ?
Samedi dernier en revanche, c’était une toute autre proposition, au Zénith de Pau. Trois ans après la reprise de Broadway symphonique, Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, retrouvaient l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et Fayçal Karoui, avec des comparses de luxe, Jeff Cohen au piano et Roland Romanellià l’accordéon, pour un Nouvel an de chanson française, où se mêlaient joie et nostalgie, tendres souvenirs et messages d’espérance.
Quelle merveille, cet accordéon si poétique du légendaire accompagnateur de Barbara, dans une chanson qu’on ne présente plus !
Hier soir – ce soir en direct sur France-Musique! – beaucoup mieux qu’une réplique parisienne du concert viennois avec l’Orchestre National de France et Emmanuel Krivine. Un menu de fête choisi tout exprès par un chef qui n’a pas son pareil pour composer un programme, et un test imparable pour mesurer le niveau de cohésion, de Zusammenmusizieren, d’une phalange vraiment peu familière de ce répertoire et de son directeur musical. Ceux qui écouteront le concert ce soir en direct ou en podcast sur francemusique.frpartageront l’enthousiasme qui a été le mien et celui d’un Auditorium de Radio France comble hier soir.
Rien n’est plus difficile que ces musiques « légères », les Strauss bien sûr, mais aussi les danses de Dvorak, Brahms, les valses des ballets de Tchaikovski. Emmanuel Krivine et l’ONF nous les ont servies leichtfüssig – d’un pied léger (pour reprendre le titre d’une polka de Joseph Hellmesberger junior)
Emmanuel Krivine qui adore s’adresser au public – il faudrait songer à lui mettre un micro-cravate, une grande partie de la salle ne l’entendant pas ou mal ! – confiait le souvenir qui l’avait marqué du Grand Echiquier de Jacques Chancel : Karajan et le Philharmonique de Berlin en direct toute une soirée à la télévision française en 1980 !
J’ai exactement le même souvenir qu’E.Krivine, en particulier quand Karajan explique, avant de la diriger, comment est construite la Valse des délires de Josef Strauss (le frère de Johann qui disait de lui : « Je suis le plus connu, mais lui est le plus doué« ). On entre dans la valse, et dans ce rythme caractéristique à 3/4, sans même s’en apercevoir. Le public d’hier, et de ce soir, a donc eu droit à cette valse qui était si chère à Karajan.
On était de belle humeur hier soir en sortant de la maison de la radio…
Isabelle Georges (voir Isabelle au Bal) y reprenait le spectacle créé avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège le 31 juillet 2014 au Concertgebouw d’Amsterdam et repris à Liège à la veille de Noël 2014. Avec les mêmes partenaires Frederik Steenbrink (chant), Guillaume Naud (piano), Gilles Barikosky (saxophone), Jérome Sarfati (contrebasse), David Grebil (batterie), et à la baguette Fayçal Karoui qui, ce jeudi soir, dirigeait l’Orchestre de chambre de Paris. Un triomphe, une fois de plus !
Juste avant le spectacle, j’avais fait un saut à l’exposition Gauguin au Grand Palais
Avec l’impression de me retrouver dans les salles du Metropolitan Museum of Art de New York (voir Les trésors du Met) où Gauguin et tous ses illustres camarades occupent presque tout un étage…
(Gauguin, Autoportrait au chapeau, 1893, Musée d’Orsay)
Déjeuner ce vendredi dans une excellente table du centre de Paris, pour évoquer le festival Radio France 2018 avec une complice de toujours. Assis par le hasard des réservations à côté d’un pianiste jadis célèbre, qui a toujours soigneusement cultivé son accent russe.
Et dans la soirée, alors que la concurrence était forte (Noël à Broadwayà Radio France), j’avais choisi l’anti-« spectacle de fête » par excellence : Patrick Timsit, à l’exact opposé de son personnage d’amuseur public, dans un beau monologue d’extraits du Livre de ma mèred’Albert Cohen, mis en scène par Dominique Pitoiset. Au théâtre de l’Atelier.
Les premières vingt minutes sont parfois laborieuses, comme si le comédien avait besoin de s’imprégner de la gravité du texte face à un public qui n’attend qu’une occasion de rire. Puis Timsit trouve son rythme, le ton juste, et c’est alors l’émotion qui gagne tous les spectateurs. Je n’ai personnellement jamais été un lecteur de Cohen, il faudrait peut-être que je m’y mette après ce spectacle, à conseiller à ceux qui veulent échapper à la fête obligatoire.
Le Concertgebouw d’Amsterdam, le Festival d’Edimbourg, le Musikverein de Vienne, le Festival Radio France, et tant d’autres scènes, où se déploie le talent unique d’une artiste – musicienne, chanteuse, danseuse – qu’on aime et qu’on admire – la répétition d’un compliment n’est pas complaisance, mais simple et rassurant constat -, Isabelle Georgesétait hier soir à Paris, dans un lieu chargé d’histoire qui vient de ressusciter par la volonté d’un homme et d’une équipe, le Bal Blomet.
Pour cette première française du spectacle Oh Là Là écrit pour et créé au Festival d’Edimbourg 2016. Isabelle Georges était bien entourée, de formidables musiciens comme Adrien Sanchez (clarinette et saxophone), Samuel Domergue (batterie), Edouard Pennes (guitare), Jérome Sarfati (contrebasse), et le complice de toujours Frederik Steenbrink (piano et chant).
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La presse écossaise a comparé Isabelle Georges à des monstres sacrés comme Judy Garland, Lisa Minnelli ou Barbra Streisand. On ne la démentira pas…
On se réjouit de retrouver Isabelle et plusieurs de ses complices au Théâtre des Champs-Elysées le 21 décembre prochain pour un programme qui m’est cher à plus d’un titre (les Liégeois s’en souviennent) : Broadway symphonique. Et comme l’avait quittée le 17 juillet dernier à Montpellier, il se dit, dans les milieux autorisés, qu’on pourrait bien la retrouver dans un tout nouveau projet pendant l’été 2018 en Occitanie…
L’actualité d’Isabelle Georges c’est aussi la sortie d’un disque, qu’on n’a pas encore écouté, mais qui reflète plusieurs des concerts/récitals qu’elle a donnés ces derniers mois notamment à Radio France.
D’abord salut respectueux à un artiste parfait, admirable et admiré dans tout ce qu’il a joué, Claude Rich.
Retour sur une première partie de Festivalqui, depuis son ouverture polyphonique à Pibrac (Révolution) semble séduire des publics de plus en plus nombreux. Et salut à tous ces amis musiciens qui, de concert en concert, enchantent nos oreilles et…frustrent le directeur que je suis et qui n’a pas le temps de suivre tous ces concerts, surtout lorsqu’ils se déroulent simultanément en plusieurs lieux du grand territoire de l’Occitanie.
Un trio de choc et de grâce avec Marc Bouchkov, Christian-Pierre La Marca et Philippe Cassard (ici un extrait du mouvement lent du 1er trio de Mendelssohn)
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(Répétition du poème symphonique (1912) Aux Heures de la nouvelle lune de Nikolai Roslavets) Alexandre Blochaux commandes de l’Orchestre National de Lille en grande forme dans un programme idéal pour le Festival : De Moscou à Rome.
Tous les concerts du festival à écouter ou réécouter sur Francemusique.fret toutes les vidéos du Festival à retrouver sur la chaîne Youtube #FestivalRF17
Jeudi dernier, j’étais l’invité de midi de France Bleu Héraultet de ses très sympathiques animateurs Agnès Mullor et Hervé Carrasco.
Nous n’avons pas vraiment donné dans la mélancolie ni le sérieux de circonstance. Finalement c’est comme ça que j’aime (qu’on devrait toujours ?) parler de musique.
Sans me prévenir, mes interlocuteurs avaient préparé un petit quizz musical. Je m’attendais, à tort, à quelques pièges.
Je ne sais qui leur a inspiré le choix des extraits, mais ce fut un bonheur d’évoquer les artistes et les concerts qu’ils avaient choisis, tous évidemment programmés dans le tout proche Festival Radio France
D’abord, reconnue dès les premières notes, la Troisième symphonie de Mahler (programmée le 16 juillet avec l’Orchestre des Jeunes de Catalogne – JONC). Puis, avec une émotion toujours renouvelée, la merveilleuse Isabelle Georgeschantant Bei mir bist du shein,qui propose, le 17 juillet, un programme original intitulé Happy End avec le pianiste Frederik Steenbrink.
Enfin, le début du concerto en ré mineur de Bach, j’ai (bien) supposé qu’il pouvait s’agir de Justin Taylor– un récital programmé le 24 juillet à 12h30.
Gainsbourg, Brassens, Brel, Barbarac’est la nostalgie d’un âge d’or de la chanson française, exploitée avec plus ou moins de bonheur par les interprètes d’aujourd’hui (au risque même de la trahison dans le cas de Patrick Bruel).
Quand Lambert Wilsona conçu l’idée d’un hommage à Yves Montand, certains ont dû penser qu’il s’y mettait à son tour. L’ambition était tout autre, comme l’exprime ce texte :
« Pourquoi Yves Montand? Pourquoi aujourd’hui? Vingt-cinq ans après sa disparition, que nous reste-t-il de lui?
Une silhouette longiligne et souple, vêtue de noir, les échos d’une voix reconnaissable entre mille, un vibrato particulier, un répertoire considérable, des rencontres avec les plus grands poètes et compositeurs de son temps, une longue carrière d’acteur de cinéma, un engagement politique, des femmes, Simone Signoret, Edith Piaf, Marilyn Monroe, une popularité immense.
J’ai demandé à Christian Schiaretti, le directeur du TNP de Villeurbanne de concevoir et de mettre en scène un spectacle en chansons autour de cette icône du XXème siècle. À partir des personnages qui l’auront accompagné, des rencontres qu’il aura faites pendant toute sa vie, nous tenterons d’esquisser, entre textes, poésies et musique, le portrait d’un homme qui, issu du monde ouvrier, et par la seule force de son ambition et de son talent, a su laisser derrière lui une réelle oeuvre : ce répertoire, précisément, dont il a été à l’origine.
Une trentaine de chansons arrangées par Bruno Fontaine, six musiciens sur scène, et un acteur qui chante évoquant, sans jamais vouloir l’imiter, un chanteur devenu acteur ». (Lambert Wilson, mars 2016)
J’étais dimanche soir à la première des trois soirées parisiennes de la tournée Wilson chante Montand. Dans la salle mythique du Trianon au pied de la butte Montmartre.
Salle comble pour deux heures sans pause d’une performance époustouflante. Performance scénique d’un chanteur/acteur capable de tout, jouer, chanter, danser, dire (les beaux textes de Semprun sur Montand) à un rythme qui ne lui laisse aucun répit.
Performance artistique, à aucun moment Wilson ne singe, n’imite Montand, il l’interprète, l’incarne, le fait vivre. La performance est aussi celle certes du metteur en scène Christian Schiarettimais plus encore de l’homme-musique qu’est Bruno Fontaine(qui récidive après ses hommages à Barbara – Des histoires d’amour – et Bécaud – Nathalie et ses guides)
Chapeau bas les artistes ! Un spectacle à voir encore ce soir à Paris, puis en tournée.
La dernière fois que j’étais venu à Vienne, c’était le 22 juin 2014, pour les débuts – il remplaçait Mariss Jansons malade – de Mikko Franck à la tête des Wiener Philharmoniker. Deux mois plus tôt c’était l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait, pour la troisième fois en dix ans, dans la célèbre salle dorée du Musikverein sous la houlette d’un Viennois pur jus, Christian Arming (Les soirées de Vienne).
Une ville que je crois bien connaître, et que pourtant je redécouvre à chaque fois dans son ambiguïté, sa duplicité même. Freud, Zweig, Schoenberg, Mahler, Schnitzler, et en même temps la complaisance avec le nazisme, l’antisémitisme rampant, et hier l’extrême-droite aux portes de la présidence de la République.
Le spectacle que donnaient hier soir dans cette même salle dorée du Musikverein, IsabelleGeorges, le Sirba Octet, le Tonkünstler-Orchester de Vienne et Yutaka Sado, dans ce cadre, prenait un relief particulier : donner Yiddish Rhapsodyétait une manière de défi, comme l’a fièrement annoncé la chanteuse française au début du spectacle.
J’avais déjà aimé ce spectacle à Liège en décembre 2015, mais il y avait dans l’air, et dans cette salle dorée, vendredi soir, une ardeur, une authenticité, quelque chose d’infiniment bouleversant. Vienne ne laisse jamais indemne…
Hasard du calendrier, au Volksoper, se donnait hier soir la dernière d’une série de représentations de l’opérette Die Zirkusprinzessin du compositeur juif hongrois Imre Koppstein plus connu sous son nom viennois Emmerich Kálmán, né en 1882 à Slotok (Hongrie), fuyant Vienne en 1938 d’abord pour Paris puis les Etats-Unis et revenant s’installer à Paris où il mourra en 1953. La France l’a complètement oublié qui ne programme jamais ses opérettes (en dehors de La Veuve Joyeuse et Lehar ou de La Chauve-Souris et Strauss aucune chance pour le répertoire viennois, sauf divine exception comme à Lyon en décembre dernier : Une nuit à Venise).
Pourtant les ouvrages de Kalman valent largement ceux de Lehar, même si les sujets et les livrets ne brillent pas par l’originalité – toujours des histoires d’amour contrariées – mais l’inspiration mélodique – Kalman n’oublie jamais ses origines – et le raffinement de l’écriture orchestrale (le Korngold de Die tote Stadt n’est jamais loin) sont un bonheur de tous les instants.
Ce qui manque à Kalman ? Des airs, des duos plus individualisés, qu’on retient immédiatement, ces mélodies qu’on fredonne dès la sortie du théâtre. Ce que j’ai entendu hier, j’ai l’impression que j’aurais pu l’entendre dans Princesse Czardas ou Comtesse Maritza.
On retrouvera avec bonheur le grand ténor récemment disparu Nicolai Geddadans les deux ouvrages les plus connus de Kalman :
J’ai une affection particulière pour La Duchesse de Chicago, dont la partition a été reconstituée et brillamment remise au jour par l’infatigable Richard Bonynge