Le piano qu’on aime

Crise du disque ? crise du classique ? pas pour le piano semble-t-il.

Quelques pépites repérées dans les dernières sorties, des pianistes, des amis que j’admire depuis longtemps.

Benjamin et Chopin

Faut-il que je redise ici tout le bien que j’entends, pense et écris de Benjamin Grosvenor ? Le pianiste anglais, qui fête ses 30 ans le 8 juillet, revient à Montpellier les 28 et 29 juillet, dans le cadre du #FestivalRF22, jouer les 3ème et 4ème concertos de Beethoven (il est recommandé de réserver au plus vite : lefestival.eu) avec ses complices du Scottish Chamber Orchestra.

J’ai profité du week-end dernier pour écouter un disque remarqué évidemment dès sa sortie il y a un an, dont je remettais l’écoute à des moments plus favorables. Et, comme toujours, avec ce diable d’artiste, le choc. Ces deux concertos de Chopin qu’on croit connaître par coeur, sous les doigts de Rubinstein, Clara Haskil (pour le second), Martha Argerich, et tant d’autres illustres, je les ai redécouverts avec Benjamin Grosvenor.

Foin d’un romantisme de jeune fille phtisique, du piano puissant, charnel, éloquent, virtuose mais une liberté souveraine dans le choix des tempi, des phrasés, un nuancier sans limite, une jeunesse enivrante.

Et puis la découverte, pour moi, d’une jeune cheffe d’orchestre chinoise, Elim Chan, qui ne se contente pas du service minimum, loin de là, pour accompagner son génial soliste.

Cédric et Ravel

Gramophone en a fait son « disque du mois » de juin. Alain Lompech ne tarit pas d’éloges sur les réseaux sociaux. C’est le dernier disque de Cédric Tiberghien et de François-Xavier Roth (je n’oublie pas la présence de Stéphane Degout, j’y reviendrai plus loin) :

« Ecouté, réécouté avec une attention soutenue, chaque fois plus soutenue devrais-je dire, ce disque est une merveille à laquelle je ne fais qu’un reproche : le choix d’un grand patron Pleyel de 1892 en lieu et place du Erard qui s’imposait ici : c’était l’instrument de Ravel, celui dont son imaginaire sonore s’est nourri, et le grand Erard cordes parallèles 90 notes en cadre serrurerie ou le rarissime cordes parallèles avec cadre en fonte s’imposaient ici d’un point de vue historique et musical.
Ceci dit, le Pleyel joué par Cédric Tiberghien est une merveille et joué par lui une splendeur dont bénéficient les mélodies qu’il accompagne de façon magistrale, et je pèse mes mots, à Stéphane Degout qui chante d’une façon directe, sans apprêt, d’une façon qui vise juste en chaque mot, chaque accent…
Les deux concertos se hissent tout en haut de mon panthéon en raison de la façon si précise, si fulgurante parfois dont Thibergien les joue, en raison aussi de la sensibilité sans la moindre sollicitation dont il fait preuve: le deuxième mouvement du concerto en sol est à couper le souffle tant il sait le tenir en apesanteur, comme sa joie conquérante dans le finale et son allant si swinguant dans le premier mouvement. Le même pianiste réussit le Concerto de la main gauche au-delà de toute espérance, car il n’est pas si fréquent que le même pianiste réussisse les deux de façon également convaincante. Tiberghien joue dents serrées, taille dans le vif du clavier et chante sa cadence finale admirablement sur un piano qui tient le choc et rend les textures plus transparentes… François Xavier Roth et les Siècles sont vraiment exemplaires : la saveur des couleurs des instruments d’hier et le caractère précis, analytique et inspiré de la direction apportent vraiment beaucoup à ces deux oeuvres…
(Alain Lompech sur Facebook, 27 juin 2022).

L’une des merveilles de ce disque est la présence de plusieurs mélodies de Ravel, où l’on retrouve Stéphane Degout et Cédric Tiberghien.

J’en profite pour rappeler que Stéphane Degout est l’un des invités de choix du prochain Festival Radio France (lefestival.eu), d’abord parce qu’il donne le 25 juillet le cycle La Belle Maguelone de Brahms, quasiment sur les lieux mêmes de la légende (lire La légende de la belle Maguelone) mais aussi parce qu’il anime une Masterclass les 26,27 et 28 juillet.

Eric et Mozart

L’ami et compagnon de tant d’aventures Eric Le Sage se lance au disque dans Mozart.

Une surprise ? Pas pour ceux qui suivent le pianiste français depuis longtemps (souvenir personnel d’un concerto de Mozart avec Armin Jordan à Liège !) Celui qui a été unanimement reconnu, et souvent récompensé, pour ses Schumann, Poulenc en solo, ses Fauré et Brahms en musique de chambre, trouve pour ces deux concertos un partenaire de choix en la personne de François Leleux et de son orchestre suédois.

Je n’ai pas encore pu entendre tout le disque – le mouvement lent du 24ème sur Idagio – et ce matin une partie du 17ème concerto sur France Musique (à réécouter ici). J’aime l’allégresse, le mouvement allant, voire très allant, qu’adoptent Eric Le Sage et François Leleux. Et la grande et belle allure de ce Mozart franco-suédois.

Les raretés du confinement (IV)

S’il y a bien un terme tout à fait abusif pour décrire ce qui s’est passé ce 15 décembre en France, c’est bien celui de « déconfinement ». Certes, les autorisations pour se déplacer ont disparu, mais comment peut-on oser parler de déconfinement, lorsque la vie culturelle – et sportive – reste interdite, lorsque les lieux de vie et de convivialité essentiels que sont les cafés et les restaurants sont fermés pour plusieurs semaines encore ?

Cette série n’est donc pas près de s’arrêter !

Résultat peut-être du premier confinement ? la naissance hier de mon troisième petit-enfant, une jolie princesse prénommée Adèle. Ses grands frère (7 ans) et soeur (5 ans et demi) sont déjà impatients de jouer les nounous.

6 décembre

Le 6 décembre 1917 le parlement finlandais votait l’indépendance de la Finlande, durant des siècles tantôt rattachée au royaume de Suède tantôt dominée par la Russie tsariste. Le 6 décembre marque la fête nationale finlandaise.Une curiosité – peu connue – dans l’abondante discographie du chef japonais Seiji Ozawa (85 ans) : tout un disque d’hymnes nationaux du monde entier enregistré avec le NEW JAPAN PHILHARMONIC, orchestre qu’il fonda en 1972 et que Christian Arming dirigea de 2003 à 2013. Dans ce disque évidemment l’hymne national finlandais !

7 décembre

L’Orchestre Philharmonique Royal Liège fête ses 60 ans. On se rappelle les concerts exceptionnels donnés le 7 décembre 2000 pour ses 40 ans et surtout le 7 décembre 2010 pour ses 50 ans (lire: Anniversaires privé/public). Dans le coffret de 50 CD publié pour les 50 ans de l’Orchestre, il y a plusieurs raretés : comme ce 2ème concerto pour piano d’Erwin Schulhoff (1894-1942), ici sous les doigts de Claire-Marie Le Guay et sous la baguette de #LouisLangrée

8 décembre

Formidable nouvelle que cette nomination de mon amie Nathalie Stutzmann comme « Principal Guest Conductor » du Philadelphia Orchestra.

Souvenir du tout premier disque acheté de Nathalie Stutzmann chanteuse, après une écoute comparée d’un Disques en Lice, la défunte émission de critique de disques de la RADIO TELEVISION SUISSE (RTS), à laquelle participait Gérard Lesne : lui comme moi étions envoûtés par la beauté et le mystère de cette voix androgyne.

9 décembre

Envie d’évoquer aujourd’hui l’une des grandes chanteuses françaises, la soprano Andréa Guiot (née en 1928), originaire de Nîmes; qui n’a pas la notoriété, la célébrité même, que mériteraient son talent et la splendeur de sa voix. J’avais eu la chance de la rencontrer au début des années 90 dans une émission – Disques en Lice – de la Radio Suisse romande, à laquelle l’avait conviée François Hudry. Nous avions passé un merveilleux moment et beaucoup sympathisé. Quelques mois plus tard, je me trouve au festival d’Aix-en-Provence dans la cour de l’Archevêché, assis juste derrière elle. Nous nous saluons comme des amis qui se seraient quittés la veille, et me voilà incapable, de toute la soirée, de me rappeler son nom et de la présenter à la personne qui m’accompagnait ce soir-là… Ici, c’est peut-être la meilleure Micaela de toute la discographie au côté de l’impérial Don José de Nicolai Gedda : la Carmen de Maria Callas était décidément bien entourée !

10 décembre

Je ne me suis jamais rangé dans la catégorie des admirateurs absolus de celle qu’on appelle « la » Callas J’ai même souvent été agacé par la surexploitation médiatique, discographique, d’une légende qui a fini par occulter la vraie personnalité et l’art singulier de la chanteuse » C’est ce que j’écrivais – lire Callas intime – à l’occasion des 40 ans de la disparition de la cantatrice. J’évoquais hier Andréa Guiot (et Nicolai Gedda) partenaires de Maria Callas dans l’enregistrement de Carmen dirigé par Georges Prêtre

Je (re)découvre pas à pas l’artiste exceptionnelle, la voix si singulière, l’incroyable charisme qui se dégage de sa présence sur scène, comme dans cet extrait de Médée de Cherubini, capté le 10 décembre 1953 à la Scala, avec un Leonard Bernstein de 35 ans dans la fosse ! Inouï !

11 décembre

Cette rubrique est malheureusement appelée à se prolonger, si l’on en croit les dernières annonces gouvernementales ! Une si longue, trop longue, attente pour la musique vivante,qu’aucune vidéo, aucun disque, ne remplacera jamais.Soutien et solidarité avec tous les artistes, tous ceux qui font vivre la culture !

Puisque nous sommes encore dans l’année Beethoven, une découverte pour moi, une rareté de ma discothèque :

#Beethoven250 C’est par hasard que j’ai redécouvert quelques symphonies de Beethoven, enregistrés par Karl Münchinger à la tête de l’orchestre de la radio (et non de son orchestre de chambre) de Stuttgart. Depuis que j’ai pu acquérir les symphonies 2, 3, 6, 7 (en attendant d’en trouver d’autres ?), je vais de bonne surprise en émerveillement. Lire la suite : Beethoven 250 : Karl Münchinger, la grandeur classique.

12 décembre

Ne pas désespérer malgré tout…Cette célèbre chanson de LeoncavalloMattinata – écrite en 1904 pour la Gramophone Company, ancêtre d’EMI, dédiée à Caruso, qui en fait le premier enregistrement avec le compositeur au piano, fait partie d’un disque du ténor Franco Bonisolli (1938-2003) dont les frasques firent autant que sa voir d’or pour sa réputation. Un disque réédité dans un coffret Orfeo intitulé : Legendary Voices (lire Légendaires)

13 décembre

La Sainte-Lucie (Sankta Lucia en suédois, Lucia en raccourci) est célébrée le 13 décembre en l’honneur de sainte Lucie de Syracuse. Elle marque, avec l’Avent, le début de la saison de Noël. Traditionnellement une fête importante dans toute la Chrétienté occidentale, elle est aujourd’hui célébrée en Scandinavie et en Europe méridionale, particulièrement en Suède, au Danemark, en Norvège, en Finlande, en Italie, en Islande et en Croatie.La fête correspond au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille dans l’hémisphère nord. Le dicton « à la sainte-Luce, le jour avance du saut d’une puce » correspond à cette observation (la forme Luce est employée pour la rime).La fête de Sainte-Lucie est attendue par les petits et les grands au coeur de l’hiver scandinave (lire Etoiles du Nord )

Santa Lucia c’est aussi l’une des plus célèbres chansons napolitaines, écrite en 1849 par Teodoro Cottrau – elle évoque la vue sur le golfe de Naples du haut du Borgo Santa Lucia. Il est assez savoureux de l’entendre ici chantée en suédois !

14 décembre

Le jour où l’on devient grand-père pour la troisième fois et qu’on pense déjà à ce qu’on chantera doucement pour endormir la petite princesse née cet après-midi, on se remémore un disque précieux de sa discothèque et cette sublime Berceuse de Brahms chantée par Victoria de Los Angeles, accompagnée par Rafael Frühbeck de Burgos et le Sinfonia of London (EMI, 1964)

15 décembre

On célèbre en ce mois de décembre les 60 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège. L’un de mes meilleurs souvenirs, et une fierté aussi, de mes années passées à la direction de l’orchestre, est incontestablement la discographie construite au fil des ans, comme par exemple cette intégrale de l’oeuvre concertante d’Edouard Lalo (ce compositeur que j’avais décrit jadis, dans une pochette de disque, comme L’éternel second).

De Lalo on ne connaît vraiment que sa populaire Symphonie espagnole ou son concerto pour violoncelle. Ce beau coffret est l’occasion de redécouvrir le charme de son Concerto russe, ici sous l’archet sensible d’Elina Buksha, tout juste 30 ans, passée par la Chapelle musicale Reine Elisabeth et la direction idiomatique de Jean-Jacques Kantorow.

Le parcours d’une vie

Le 13 septembre dernier avait lieu, à Londres, la cérémonie des Gramophone Classical Music Awards 2018, sans doute les récompenses les plus attendues dans le milieu de la musique classique, une quinzaine, cette année, qui ont honoré plusieurs artistes et labels français (voir le palmarès ici : Gramophone Awards 2018). 

C’est au grand chef estonien, Neeme Järvi, 81 ans, qu’a été décerné une sorte de Grammy d’honneur, a Lifetime Achievement Award.

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J’ai déjà raconté comment et quand j’ai rencontré Neeme Järvi et travaillé avec lui (lire : Dans la famille Järvi, le père)

Je pense qu’il détient le record absolu, sinon du nombre de disques, en tous cas de la variété des répertoires et des compositeurs enregistrés, pour trois labels qui l’ont suivi dans son insatiable appétit de découverte.

lifetimeachievement_specialawards2018_gramophone« Je me demande parfois si Neeme Järvi n’est pas plus intéressé par le studio d’enregistrement que par la salle de concert. Par curiosité, j’ai passé une heure à lister les compositeurs dont Järvi a enregistré la musique, un total de 111 ! Le décompte est extraordinaire, plus de 400 CD (Karajan ne doit pas être loin en nombre de disques, Svetlanov non plus en nombre de compositeurs russes et soviétiques) mais personne n’a jamais embrassé un répertoire aussi vaste.

Neeme Järvi est apparu sur la scène musicale à peu près en même temps que le CD. Avec BIS et Chandos, il trouvait des maisons de disques qui étaient prêtes à sortir des sentiers battus. Plutôt que d’imiter les Karajan et Solti dans le coeur du répertoire symphonique, ils ont choisi d’explorer des répertoires peu, voire pas du tout abordés par les majors. Ce furent donc les symphonies de Sibelius et de Prokofiev plutôt que Beethoven et Brahms, Stenhammar plutôt que Schumann. Et avec Järvi, ils avaient un chef d’orchestre qui s’épanouissait dans le studio d’enregistrement. Son modus operandi consistait à dire à ses musiciens, alors qu’ils affrontaient une musique inconnue, «Regardez-moi. Suivez-moi – et ils l’ont fait, jouant souvent mieux qu’ils ne le pensaient. Comme l’indique le fils de Neeme, Paavo, «ses musiciens lui font confiance parce qu’il est un chef d’orchestre fiable, jamais ennuyeux. S’il a besoin changer quelque chose dans la minute, il peut le faire plus rapidement que quiconque, car il a la technique. Une autre chose est que je ne connais pas un seul musicien qui veut simplement faire le travail aussi efficacement que possible. Ils veulent faire de la musique et se sentir au milieu d’un processus créatif.

Revenons à 1985 et à son enregistrement avec l’Orchestre National Écossais de la Sixième Symphonie de Prokofiev pour Chandos, et vous êtes confronté à la plus grande perfection musicale (emblématique des valeurs de production de Chandos). Les cordes ont de l’intensité et de la puissance, mais elles ont aussi une souplesse qui donne l’impression d’être sculptée dans l’instant par le chef d’orchestre. Comme Robert Layton l’a écrit lors de la distinction de l’Orchestral Award en 1985, «un orchestre de second rang jouant avec un engagement total peut souvent être plus passionnant qu’un pilote de luxe à bord d’une phalange en roue libre». Neeme Järvi deviendrait un acteur clé de ce Brave New World, défendant le rare et l’inconnu et livrant toujours d’excellentes performances (un jeune chef d’orchestre m’a récemment demandé s’il était vrai que Neeme Järvi pouvait ouvrir une partition et, plus ou moins à première vue, en donner une bonne lecture. Je pense que la réponse est «oui»!).

Que ce soit en Écosse, en Suède, aux Pays-Bas, en Suisse, aux États-Unis ou dans son pays natal, l’Estonie – tous des pays dans lesquels il a été directeur musical – Järvi a continué à explorer et à défendre les plus vastes répertoires.. Sa série de BIS consacrée aux 10 symphonies d’Eduard Tubin, a été une formidable découverte pour beaucoup d’entre nous, une des premières sources de l’extraordinaire richesse musicale de l’Estonie

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À 81 ans, Neeme Järvi reste une source d’inspiration. Les orchestres adorent travailler avec lui car il fait ressortir le meilleur de chaque joueur. Les jeunes musiciens l’aiment parce qu’il connaît parfaitement son métier; ce n’est pas pour rien qu’il a appris son métier à Leningrad, observant et absorbant le talent de chefs d’orchestre comme Sanderling et Mravinski. Pour ses deux fils chefs d’orchestre, Paavo et Kristjan, il est le père dont tout musicien en herbe doit rêver » (James Jolly, in Gramophone)

Chandos chez qui Järvi a constitué l’essentiel de sa considérable discographie publie un coffret de 25 CD, qui certes témoigne de l’incroyable variété des répertoires abordés par le chef estonien, mais ne donne qu’une image très partielle d’un corpus discographique unique au monde…

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Détails du coffret à voir sur Bestofclassic

(On trouve ce coffret à prix réduit sur : Presto Classical)

 

Les nuits de La Côte

Je connais depuis longtemps, de réputation, le Festival Berlioz, surtout depuis que le très actif Bruno Messina en assume les destinées, mais je n’y étais jamais venu, mes vacances ou les obligations liées à la rentrée coïncidant avec les dates du festival.

J’avais trois bonnes raisons de venir cette année à La Côte Saint-André, la ville natale de Berlioz,  trois concerts qui se succédaient judicieusement, me permettant d’entendre trois programmes passionnants sous des baguettes tout aussi passionnantes.

IMG_8947(Le château Louis XI de La Côte Saint-André)

Mardi soir, Hervé Niquet, tout juste sorti des affres de la re-création des Cris de Paris au Festival Radio France, il y a un mois, dirigeait, comme de juste, l’illustre contemporain de Georges Kastner, l’enfant du pays, Hector Berlioz et sa Messe solennelle, sorte de coup de génie juvénile, où tout ce qui fera la singularité du compositeur de la Symphonie fantastique se trouve déjà affirmé, alors même que le jeune Hector – 20 ans – n’est pas encore passé par le Conservatoire ! En première partie, un étrange Requiem « à la mémoire de Louis XVI et Marie-Antoinette » de Martini, qui n’est pas que l’auteur de la célèbre romance Plaisir d’amour.

 

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Coïncidence, mercredi soir, j’allais applaudir celui qui avait fait le premier enregistrement mondial de cette Messe solennelle, John Eliot Gardiner, mais dans un programme de cantates de Bach.

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IMG_8959Le concert était donné à une trentaine de kilomètres de La Côte Saint-André, dans l’église abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.

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Quatre cantates très différentes, BWV 20 : O Ewigkeit, du Donnerwort BWV 34 : O ewiges Feuer, o Ursprung der Liebe, et en deuxième partie, saisissant contraste entre la BWV 12 : Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen et la BWV 103 : Ihr werdet weinen und heulen.

Les mots me manquent pour dire l’émotion qui m’a saisi dès les premières notes et qui ne m’a plus lâché jusqu’au dernier choral. Je n’avais jamais entendu Gardiner dans ce répertoire – en dehors bien sûr du disque – et avec ces fabuleux musiciens. Y a-t-il aujourd’hui interprète plus inspiré, inspirant, de Bach, après qu’ont disparu les Harnoncourt, Leonhardt, Brüggen ?

 

 

 

 

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John Eliot Gardiner dirige ce soir un programme tout Berlioz (Légendes sacrées du Sudauquel participe l’ami Antoine Tamestitavec qui nous avons échangé, hier soir, quelques beaux souvenirs d’aventures liégeoises : une symphonie concertante de Mozart (avec Louis Langrée en 2006) – Antoine m’a confié que, de cette date et sa rencontre avec le violoniste Frank-Peter Zimmermannétait née l’idée du trio à cordes qu’il forme avec le violoniste allemand et le violoncelliste Christian Poltera

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et l’enregistrement avec l’autre Zimmermann, Tabea, du concerto pour deux altos de Bruno Mantovani.

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Hier soir, c’était au tour de François-Xavier Roth et de son ensemble Les Siècles – qui viennent d’être distingués par les Gramophone Classical Music Awards – de se produire sous le velum (excellente acoustique) de la cour du château Louis XI de La Côte Saint-André.

Une brève pièce chorale de 1861 de Berlioz Le Temple universel écrite pour « double chœur pour deux peuples, chacun chantant dans sa langue. Les Anglais chanteront en anglais, les Français en français » et exaltant une Europe visionnaire : « Embrassons-nous par-dessus les frontières, L’Europe un jour n’aura qu’un étendard » précédait un autre hymne à l’humanité fraternelle, la 9ème symphonie de Beethoven. Avec de belles forces chorales (Spirito, Jeune Chœur symphonique, Chœur d’oratorio de Lyon), un jeune quatuor de solistes Jenny Daviet, Adèle Charvet, Sébastien Droy, Laurent Alvaro, et un orchestre fruité – F.X.Roth me dira qu’il jouait l’oeuvre pour la première fois ! – un concert longuement applaudi par un public qui vient de loin pour suivre une programmation exigeante !

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IMG_8945Les fameuses cloches de la Symphonie fantastique fondues tout exprès à la demande du Festival Berlioz.

Toutes les photos de la maison natale de Berlioz à voir ici : Chez Berlioz (lemondenimages.wordpress.com)

 

 

C’était mieux avant ?

C’est l’histoire d’un texte écrit trop vite, publié hier matin et retiré. Et maintenant corrigé, ou plutôt remanié.

D’abord parce que, sans le savoir, le titre de ce billet plagie celui de l’éditorial de Franz-Olivier Giesbert dans Le Point de cette semaine, qui lui-même évoque un petit bouquin coup de gueule de Michel Serres

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« Dix Grands Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : « C’était mieux avant ». Or, cela tombe bien, avant, justement, j y étais. Je peux dresser un bilan d’expert.
Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’Etat laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts.
Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. » Michel Serres

Je me référais, beaucoup plus modestement, aux discussions souvent passionnées, parfois passionnantes, que je vois sur Facebook – il m’arrive d’y participer ! – entre critiques éminents, discophiles invétérés, collectionneurs incollables, à propos du disque classique ou de témoignages audio ou vidéo de l’art de grands musiciens. La tonalité générale témoigne d’une nostalgie d’un âge d’or révolu, et, en effet, sans que ce soit péjoratif, d’un « C’était mieux avant » !

Sur ce blog, je ne suis pas le dernier à céder à cette tentation (lire Le génie de Genia)

En même temps, que de découvertes ou redécouvertes grâce à ces débats, notamment sur des pages dédiées (comme Conductors Orchestra Historical) ou grâce à des photos et documents exceptionnels (merci Remy Louis, Jean-Charles Hoffelé et bien d’autres que je devrais citer).

Dans ce même papier, je citais, maladroitement sans doute puisque d’aucuns y ont vu une critique, voire une attaque, les coffrets publiés par Diapason dans une collection intitulée La Discothèque idéale de Diapason

« Vous en rêviez… nous l’avons fait. Quoi donc ? La Discothèque idéale de Diapason. De quoi s’agit-il ? D’une forme nouvelle d’encyclopédie sonore, à la fois histoire de la musique et de l’interprétation, qui vous permettra, en collectionnant ses coffrets d’une dizaine de CD, d’avoir accès aux chefs-d’œuvre des grands compositeurs dans leurs plus incontestables versions de référence.

A l’origine de cette initiative, une tête pensante : Gaëtan Naulleau qui assume la direction artistique du projet. Et un double constat. D’abord, la quasi-disparition des disquaires qualifiés capables de vous guider dans vos choix. A cela nous remédions, en sélectionnant pour vous la crème de la crème avec la caution de notre expertise critique – et les mêmes scrupules que nous mettons à séparer le bon grain de l’ivraie dans le flot de nouveautés qui nous arrivent chaque mois. »

 

 

Je relevais, ce que ne dit pas ce texte de présentation, que, pour des raisons juridiques qui échappent aux non-initiés, ces très beaux coffrets, magnifiquement composés, font l’impasse – à quelques rares exceptions près – sur la production discographique des 50 dernières années. Et que présenter cet ensemble comme une discothèque de référence peut induire en erreur un jeune mélomane désireux de se constituer sa propre discothèque. D’autant plus que les guides Fayard ou Laffont dus à J.C.Hoffelé et Piotr Kaminski et Ivan Alexandre (pour le baroque) qui nous guidaient et nous éclairaient il y a vingt ou trente ans ont disparu de la circulation et n’ont jamais été remplacés.

Certes, le lecteur assidu de Diapason a, chaque mois, nombre de rubriques, en plus de la critique des nouveautés et rééditions, qui le guident, l’informent, l’éclairent. Mais je ne suis pas le seul à être en manque d’ouvrages récapitulatifs, qui sont aujourd’hui trop coûteux à réaliser (même Gramophone et Penguin ont abandonné la partie).

Précision me concernant : Je me suis essayé, durant deux saisons, à un exercice que je n’avais jusqu’alors pas pratiqué, celui de la critique écrite de disques – qui ne ressortit pas du tout au même genre que la critique radiophonique, j’en atteste (lire Le difficile art de la critique). Je reste très reconnaissant aux responsables de Diapason, en particulier Gaëtan Naulleau, de m’avoir ouvert leurs colonnes, de m’avoir supporté – parfois dans les deux acceptions du terme -, et in fine de m’avoir fait prendre conscience de la difficulté de l’exercice. Difficulté accrue par l’ambiguïté de ma position : on ne peut définitivement pas être juge et partie, et si j’ai eu la grande joie de pouvoir chroniquer le très beau coffret d’hommage à Armin Jordan, j’ai été plus d’une fois très mal à l’aise lorsque je devais écrire, avec ma franchise habituelle, sur des artistes, des chefs bien vivants, que je suis amené à fréquenter, voire à engager, dans mon activité professionnelle…

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L’insupportable Jean-Luc G.

Je n’ai lu les critiques qu’après avoir vu le film. Ceux du Monde ou de Télérama n’ont pas dû voir le même que moi…

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Moi j’ai bien aimé Le Redoutable, affiché, à juste titre, comme une comédie de Michel Hazanavicius.

D’abord parce que j’avais lu les trois livres de souvenirs (lire Des livres pour rentrerd’Anne Wiazemskypetite-fille de François Mauriacéphémère épouse de Jean-Luc Godard dont Un an après qui sert de trame à ce film :

À Paris, en 1967. Le célèbre réalisateur Jean-Luc Godard tourne son film La Chinoise. La tête d’affiche n’est autre que la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 17 ans sa cadette. Ils se sont rencontrés peu de temps avant, sur le tournage du film Au hasard Balthazar de Robert Bresson en 1966. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient.

À sa sortie, La Chinoise reçoit un accueil assez négatif et cela déclenche chez Jean-Luc une profonde remise en question. À cela vont s’ajouter les évènements de Mai 68. Cette crise que traverse le cinéaste va profondément le transformer. Il va passer d’un statut de réalisateur « star » à celui d’un artiste maoïste hors du système autant incompris qu’incompréhensible

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« La traque des étudiants se poursuivait boulevard Saint-Germain et rue Saint-Jacques. Des groupes de jeunes, garçons et filles mélangés, se battaient à mains nues contre les matraques des policiers, d’autres lançaient différents objets ramassés sur les trottoirs. Parfois, des fumées m’empêchaient de distinguer qui attaquait qui. Nous apprendrions plus tard qu’il s’agissait de gaz lacrymogènes. Le téléphone sonna. C’était Jean-Luc, très inquiet, qui craignait que je n’aie pas eu le temps de regagner notre appartement. « Ecoute Europe numéro 1, ça barde au Quartier latin !« Nous étions le 3 mai 1968. » (A.W.)

D’abord la composition de Louis Garrel. Etonnante ! Il n’imite pas, il est Jean-Luc Godard, chuintement caractéristique et imperceptible accent suisse compris. Je suis moins convaincu par l’évanescente Stacy Martin qui peine à restituer les ambiguïtés de la jeune fille qu’était Anne Wiazemsky. Surtout j’aime, sans me poser de questions métaphysiques, le style décalé, irrespectueux, d’Hazanavicius (que j’appréciais déjà dans les deux OSS 117). On l’a compris, ce n’est en rien un biopic, oui le cinéaste suisse n’est pas toujours présenté sous son meilleur jour. Il n’en apparaît que plus attachant.

Excellente bande-son, et un mystère non résolu : peu avant la fin du film – que je ne vais pas dévoiler – on entend le dernier des Vier letzte Lieder de Richard Strauss, Im Abendrot. Mais je n’en ai pas reconnu l’interprète, ni trouvé la mention sur les sites que j’ai visités…

En attendant d’élucider cette voix mystère, voici la version de Kiri Te Kanawaqui a annoncé prendre sa retraite lors des récents Gramophone Awards à Londres.

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Je ne sais pourquoi, j’ai toujours préféré l’anglais Obituary au français Nécrologie  (qui m’évoque trop la nécrose ?) 

C’est l’une des rubriques que je consulte avec intérêt lorsque je reçois le mensuel britannique Gramophone

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Dans le numéro de juin reçu hier, ce n’est pourtant pas cette rubrique qui a attiré mon attention mais des photos récentes et la métamorphose d’un chef d’orchestre qui n’annonçaient rien de bon.

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Pressentiment confirmé aujourd’hui par le même magazine : Jiří Bělohlávek* est mort ce matin des suites d’un cancer qui l’avait conduit à renoncer à ses engagements ces derniers mois.

Jean-Charles Hoffelé s’enthousiasmait pour le tout dernier enregistrement du chef tchèque disparu à 71 ans, sa troisième version du Stabat Mater de Dvořák.

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Je dois à l’honnêteté de dire que je n’ai jamais été très emballé par les (rares) concerts auxquels j’ai assisté ni par les enregistrements les plus récents de ce chef. Tout est bien fait, bien dirigé, mais – encore une fois c’est un sentiment personnel – je trouve que Bělohlávek est en-deça de ses illustres aînés dans leur répertoire natal (Ancerl, Talich, Neumann mais aussi Šejna ou Košler), moins intéressant que la génération montante (Jakub Hrůša, Tomáš Netopil).

Ce coffret Dvořák n’est pas indispensable.

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et si l’on veut se rappeler l’indéniable talent de ce chef, on trouvera de bien meilleures versions (par exemple le Stabat Mater) dans ces belles anthologies Supraphon

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Autre disparition cette semaine, celle de la claveciniste Elisabeth Chojnacka*

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La musicienne avait un peu disparu des scènes et des écrans depuis une vingtaine d’années, mais elle les avait occupés avec un panache, une ardeur irrésistibles dès son installation en France (lire Une longue série de créations). Je me rappelle sa visite à mon bureau de France Musique il y a au moins vingt ans : rien dans son allure, sa tenue, sa coiffure ne pouvait laisser indifférent. Je l’avais sentie un peu triste de ne plus être la star de la musique contemporaine qu’elle avait été à juste titre. Je l’avais découverte, et du coup aimé sa manière de toucher un instrument qui ne m’a jamais beaucoup séduit, le clavecin, lors de concerts des Jeunesses Musicales de France dans ma bonne ville de Poitiers.

 

*Comment prononcer ces noms imprononçables ? Jiří Bělohlávek = Yirji Bé-lokh (comme Loch en allemand)-la-vièk  et Elisabeth Chojnacka = H (aspiré)-oï-na-ts-ka

 

 Mes petits bonheurs

Tempus fugitl’âge avance, mais je ne suis blasé de rien, surtout pas dans le domaine de la musique.

Comme Jean Gabin…  Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge 
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge.. La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses…On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses 

Bref, je n’ai pas beaucoup changé depuis mes 20 ans et mes enthousiasmes de jeunesse.

Je fréquente toujours assidûment les quelques bonnes adresses qui restent en activité, à la recherche de quelque trésor caché, d’une édition rare, d’un inédit. Chez Melomania38 bd St Germain à Paris – l’adresse incontournable ! – qui a le bon goût de proposer quantité d’imports japonais, je suis tombé sur une petite merveille, un CD Denon au programme a priori banal, deux concertos de Beethoven, mais avec des interprètes peu banals…

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Monique de la Bruchollerieun peu comme Yvonne Lefébure (Clavier pas tempéré), c’était pour moi un nom, entouré de mystère (privée de l’usage de ses mains à 40 ans après un grave accident de la route, morte à 47 ans). Et ici je l’entends, je la découvre plutôt, fulgurante, incandescente, passionnée dans mon concerto préféré de Beethoven (le 3eme)  une captation stéréo de concert de 1966, à Budapest, avec le grand Janos Ferencsik dirigeant son orchestre d’Etat hongrois. Il y a bien quelques notes à côté, des traits un peu boulés, mais quelle ardeur, quel son, quelle autorité ! Et c’était sans doute l’un des derniers concerts de la pianiste avant son terrible accident.

Quant à Jacob Gimpel, j’avais déjà dans ma discothèque un très précieux 1er concerto de Brahms, enregistré en 1967 avec Rudolf Kempe et l’orchestre philharmonique de Berlin. Un CD prodigieux naguère éditée dans une collection éphémère Royal Classics (puisée dans le fonds EMI) aujourd’hui impossible à trouver ! Mais disponible sur Youtube :

Sur le CD Denon, il s’agit d’un enregistrement de studio – 1964 – du 4ème concerto de Beethoven réalisé à Berlin avec le vénérable Artur RotherDu grand piano dans la grande tradition allemande.

Toujours chez Melomania, je me laisse tenter par une « occasion », même si j’ai toujours du mal avec ce type de voix (Paroles de star), et je tombe sous le charme. Surtout du récital de mélodies (Schubert, Mendelssohn, Johann Strauss !) et d’airs de soprano du répertoire sacré qui se trouve sur le 3e CD de ce coffret-compilation. Max Emanuel Cenčić ne réalise pas seulement une performance, il fait de la musique, et de la très belle !

Et puis voilà qu’un long article du dernier numéro de Gramophone revient sur l’enregistrement d’un choix de sonates de Scarlatti réalisé en 1994 par Mikhail Pletnev, et me donne envie de m’y replonger. Et de retrouver l’un des musiciens, pianiste et chef, les plus insolemment doués, l’un des plus originaux aussi, que la Russie ait produits au XXème siècle.

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Ce double CD est bien un must !

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Préférence nationale

Je relevais dans un précédent billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/21/frontieres/) les étranges frontières qui subsistent dans un univers musical et culturel qu’on pourrait croire mondialisé. Des carrières florissantes dans un pays, piteuses dans un autre. Des célébrités à Londres ou Bruxelles, des inconnus à Berlin ou Paris.

J’observe depuis longtemps – et c’est sans doute plus légitime – le phénomène d’une sorte de préférence nationale, d’autres diraient chauvinisme, dans la presse et la critique musicales. C’était flagrant dans les gros guides discographiques que publiaient naguère Penguin, Gramophone, Diapason, Fayard ou Laffont.

Même si j’ai aujourd’hui une raison supplémentaire d’avoir une préférence pour un mensuel français – Diapason pour ne pas le nommer – je lis toujours plusieurs magazines, anglais, français, allemands. Pour le plaisir de comparer, de découvrir des approches, des points de vue différents.

J’aime beaucoup nos amis anglais, il est rare que leur compétence, leur expertise souvent encyclopédique de tel ou tel domaine, puissent être prises en défaut. Mais assez systématiquement ils privilégient les interprètes britanniques, toujours mieux notés à critères comparables que des musiciens continentaux. Le flagrant délit de mauvaise foi est parfois caractérisé, comme pour cette parution récente d’une phalange londonienne, qui bénéficie de la note maximum de la part de ce critique de BBC Music Magazine, alors que rien, vraiment rien, ne justifie une telle cotation.

Je me doute qu’on pourrait trouver à redire à certaines critiques d’interprètes français, dans des journaux français, certains musiciens étant systématiquement encensés, d’autres tout aussi systématiquement ignorés ou négligés. Le phénomène s’est largement estompé ces dernières années.

Une belle occasion nous est fournie, en ce mois de novembre, de confronter les visions, les options, de deux grands magazines, de part et d’autre du Channel, sur un même sujet : Beethoven. BBC Music Magazine consacre un dossier très complet, didactique et argumenté, aux symphonies, à leurs interprètes (les choix sont plutôt inattendus, et ne se limitent pas aux traditionnelles « références ») ainsi qu’à l’unique opéra du grand sourd, Fidelio – là le résultat des courses est très nettement différent de celui du mensuel français. En supplément du magazine, un CD Beethoven avec un pianiste, John Lill, un septuagénaire célèbre au Royaume-Uni, inconnu en France…

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Diapason publie un nouveau coffret « idéal » de l’oeuvre de Beethoven (après les Symphonies), confrontation des versions, des interprètes, regard critique des musiciens d’aujourd’hui sur leurs collègues d’hier.

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http://www.diapasonmag.fr/actualites/a-la-une/beethoven-concertos-ouvertures-fidelio-messes.-le-vol.-v-de-la-discotheque-ideale-de-diapason-est-arrive

Le numéro de novembre comporte une discographie très complète de Fidelio, qui ne ressemble que de très loin à ce que préconise le magazine britannique, sauf sur un point qui fait l’unanimité des deux côtés de la Manche : le raté Rattle (EMI)