Funérailles etc.

Lundi j’ai fait comme tout le monde, même ceux qui s’en sont défendus, j’ai regardé cette cérémonie de funérailles comme on n’en avait jamais vu et comme on n’en reverra probablement plus. Les Britanniques savent faire le grand spectacle.

Les plus mélomanes des téléspectateurs auront remarqué la qualité des musiques jouées et chantées lors des obsèques d’Elizabeth II. Le chant choral est consubstantiel à la nation britannique. C’est ce qu’on expliquait en présentant la dernière édition So British du Festival Radio France. C’est ce que le monde entier a pu constater lundi, et depuis l’annonce du décès de la reine.

En revanche, rien, pas un mot, pas une mention des oeuvres jouées lors de la cérémonie à Westminster. Il y avait pourtant deux créations. Venant de deux des compositeurs les plus importants du Royaume-Uni.

Judith Weir maîtresse de musique

Judith Weir, née en 1954, était depuis 2014 le « maître de musique » de la reine. Choix audacieux, à l’époque, de la part d’une souveraine décrite comme conservatrice que de choisir une femme pour succéder à Peter Maxwell-Davies (1934-2016). En l’occurrence, Judith Weir qui a beaucoup composé pour la voix et le choeur, a repris, sans grande audace, le psaume 42.

James McMillan, l’Ecossais catholique

James McMillan, 63 ans, est sans doute le compositeur vivant le plus joué du Royaume-Uni. Le Scottish Chamber Orchestra donnait la première française de sa pièce Eleven le 29 juillet dernier à Montpellier. il est régulièrement à l’affiche des grandes formations britanniques. C’est sans doute son patriotisme écossais qui lui a valu d’être commandité par la défunte reine pour ce chant qui était bien le seul de toute la cérémonie d’obsèques à revêtir une apparence de modernité.

Par charité, on passera sur tous les commentaires, reportages, dont on nous a gavés pendant la décade qui séparait le décès de la souveraine de ses obsèques. L’insistance sur le « visage marqué », les signes visibles de « l’émotion » de Charles III, confinaient au ridicule absolu : en effet le nouveau roi n’assistait pas à une surprise party !

L’invention de nos vies

Après cette longue séquence britannique, qui ne m’a pas empêché de sortir, l’ouverture du Festival de Laon jeudi dernier (et l’exercice difficile de ma première critique de concert : Ainsi chantait Caligula), l’envie d’aller au théâtre voir une pièce donnée à Avignon l’été dernier : L’invention de nos vies, une adaptation du roman de Karine Tuil par Johanna Boyé, qui fait aussi la mise en scène, et Leslie Menahem.

« Quand Sam Tahar a emprunté l’identité de Samuel, son ex meilleur ami, pour partir à New-York, faire une brillante carrière dans un prestigieux cabinet d’avocats, épouser la fille du principal associé et intégrer ainsi une des familles juives les plus puissantes du pays, il n’imaginait pas que son passé d’enfant des cités, révolté, violent, sans repères ni avenir, franchirait l’océan pour le rattraper et révéler le fragile château de cartes de son existence, au sein duquel il se croyait pourtant à l’abri… »

Une pièce « chorale » comme on le dit d’un film qui brasse les situations, les personnages, six excellents acteurs – Mathieu ALEXANDRE, Yannis BARABAN, Nassima BENCHICOU, Brigitte GUEDJ, Kevin ROUXEL, Elisabeth VENTURA qui endossent plusieurs rôles selon les séquences conduites à un rythme haletant – et au milieu d’eux, le charismatique Valentin de Carbonnières, Molière de la révélation 2019, qui porte superbement le personnage central, ambigu à souhait, Sam (ou Samir) Tahar.

C’est au théâtre Rive Gauche, rue de la Gaîté à Paris. Et cela mérite d’être vu !

Le coeur léger

Je pars le coeur léger et le bagage pas si mince* que ça, chargé de souvenirs heureux. C’est ce que je disais hier soir, dans la nuit étoilée du jardin de la Maison des relations internationales de Montpellier, à toutes les équipes du Festival Radio France, à la fin du dernier concert de l’édition 2022.

(Photo Luc Jennepin/Festival Radio France)

Le coeur léger, bien sûr par allusion à l’incident de novembre dernier, mais aussi parce que, pour la première fois depuis que j’ai commencé à travailler (à 17 ans !), je suis déchargé du fardeau des responsabilités inhérentes aux fonctions que j’ai occupées.

Mais trève de considérations. Dès aujourd’hui je suis en vacances. Ce blog en épousera le rythme. Il sera toujours temps de revenir sur le passé récent ou plus lointain.

Marianne, Serge et Gabriel

Dans mon dernier billet j’annonçais un bouquet final – Semaine 3 et fin . On n’a pas été déçu !

Mardi soir, Marianne Crebassa triomphait, toujours à l’Opéra Comédie de Montpellier, dans un récital proche de l’idéal, comme le soulignait Pierre Gangiobbe sur Ôlyrix

Ces deux récitals seront diffusés sur France Musique le week-end prochain, ce qui ne sera malheureusement pas le cas des trois dernières soirées du Festival. Je n’ai pas bien compris pour quelle raison les équipes techniques de Radio France avaient plié bagage en milieu de semaine. Les fameuses restrictions budgétaires ?

Dommage en tout cas que n’ait pas été capté le très singulier concert de mercredi, où le compositeur britannique Gabriel Prokofiev (1975) faisait entendre deux de ses oeuvres – le concerto pour platines n°2 avec le DJ Mr. Switch, et Beethoven9 Remix – et réservait aux spectateurs de Montpellier la surprise de dire, dans un français qui parfois lui résistait, le texte du célébrissime conte pour enfants de son grand-père Serge, Pierre et le Loup. Dernière prestation aussi pour l’Orchestre national de Montpellier, très sollicité cet été, élégamment dirigé par Christopher Warren-Green.


Doublé final : Benjamin, Maxim et les Ecossais

Vraiment il y a de quoi râler sur l’absence de micros pour les deux concerts finaux: une affiche pourtant exceptionnelle, le Scottish Chamber Orchestra venu tout exprès à Montpellier, Maxim Emelyanychev qui réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés (Prétention) et Benjamin Grosvenor qui, dans les 4ème (jeudi) et 3ème (vendredi) concertos de Beethoven, nous fait rendre les armes. Dans le 4ème, il jouait de surcroît les cadences de Saint-Saëns, plutôt inattendues.

Extraits du 3ème concerto pour piano de Beethoven : Benjamin Grosvenor, le Scottish Chamber Orchestra dirigé par Maxim Emelyanychev

En bis, Benjamin Grosvenor annonçait un « Irish song », le très célèbre – au Royaume Uni ! – O Danny Boy transcrit par Percy Grainger.

Une conclusion en beauté du Festival 2022 : Bilan à la hausse (le détail ici)

* Les premiers mots de la chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà« 

Semaine 3 et fin

#FestivalRF22 #SoBritish

And the winner is…

J’évoquais dans mon dernier billet (Festival d’inconnus) la finale du concours Eurovision des jeunes musiciens qui a eu lieu samedi soir à Montpellier. Diffusée sur Culturebox et France Musique. On peut tout revoir ici : Eurovision Jeunes Musiciens 2022.

Beaucoup de moments heureux :

Fier d’avoir réuni ce jury : Tedi Papavrami, Nora Cismondi, Christian-Pierre La Marca, JPR, Muza Rubackyté

Le premier prix sans discussion pour un talent déjà avéré, le jeune violoniste tchèque Daniel Matejča.

La classe d’un maître

On attendait – c’était une première pour la presque totalité du public – le récit des aventures de la Belle Maguelone, telles que Brahms les a mises en musique. C’était hier soir à l’Opéra Comédie de Montpellier (diffusion le 8 août sur France Musique). Que dire que je n’aie déjà écrit sur Stéphane Degout ? Magistrale interprétation, à laquelle il faut associer ses comparses Marielou Jacquard, mezzo-soprano, Alain Planès, piano et Roger Germser, conteur et lumières

Stéphane Degout anime à partir d’aujourd’hui une Masterclass qu’on sera bien inspiré de suivre de bout en bout : détails sur lefestival.eu.

Marianne, Gabriel, Benjamin, Maxim…

Troisième et dernière semaine donc pour l’édition 2022 du Festival Radio France. Si on ne craignait le cliché, on parlerait de bouquet final ! Marianne Crebassa ce soir, Gabriel Prokofiev demain, Benjamin Grosvenor et Maxim Emelyanychev jeudi et vendredi.

Actualité

Michel Schneider est mort le 22 juillet. J’ai prévu de lui rendre hommage, comme Sylvain Fort l’a fait dans L’Express. J’ai commencé à relire son essai La Comédie de la Culture paru il y une trentaine d’années et qui lui avait valu une invitation de Bernard Pivot (à revoir ici) Un ouvrage d’une extrême qualité d’écriture qui n’a pas pris une ride !

Pour ceux qui se soucient de mon propre sort (patience… juillet n’est pas terminé !), cette interview sur Forumopera : « Jean-Pierre Rousseau : je n’ai aucun regret« 

Feu sacré

#FestivalRF22 #SoBritish

Barry l’Irlandais

Je l’ai voulu so British, le Festival Radio France est entré samedi de plain pied dans sa thématique, après le succès de la version ténor d’Hamlet… d’Ambroise Thomas (lire l’excellent papier de Clément Mariage sur Forumopera : Être Hamlet), c’était la présence remarquable et remarquée de mon cher Barry Douglas, natif de Belfast, qui inaugurait les diffusions en direct du Festival sur France Musique.

Sur francemusique.fr on peut en effet réécouter un récital dont le programme avait été spécialement composé pour le festival : deux nocturnes de John Field, inventeur d’un genre que Chopin a porté à la perfection, la première française de Clandeboye Overture (2021) du jeune compositeur irlandais Sean Doherty présent au concert, les quatre impromptus D 935 de Schubert, et en seconde partie les dix pièces pour piano reprises par Prokofiev lui-même de son ballet Roméo et Juliette.

de gauche à droite Sean Doherty, JPR, Barry Douglas.

Royaux chanteurs

Les King’s Singers, c’est un mythe. Les spectateurs de Montpellier ne s’y sont pas trompés, on n’était pas loin de la salle comble à l’Opéra Berlioz du Corum lundi soir. Et quelle ambiance !

C’est une chose d’avoir souvent entendu au disque l’ensemble vocal britannique le plus célèbre au monde

c’en est évidemment une toute autre de les entendre – enfin – en vrai (et de pouvoir les réécouter intégralement sur francemusique.fr ! merci France Musique !).

De gauche à droite, Patrick Dunachie, Edward Button, Julian Gregory, Christopher Bruerton, Nick Ashby, Jonathan Howard

Admirables, adorables, ces super professionnels sont d’exquises personnes, généreuses de leur talent, de leur temps consacré au public, et de leur répertoire qui semble sans limite. Ils sont encore ce soir à l’Abbatiale de Saint-Gilles (Gard)…

Le Sacre méditerranéen

Hier soir, toujours en direct et en réécoute sur France Musique, un autre événement du #FestivalRF22, le jeune chef anglais Duncan Ward et surtout l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée (OJM), formidable rassemblement de musiciens de 16 à 26 ans de 22 nationalités différentes du pourtour de la Méditerranée.

Avant ce concert, un Tea Time auquel on avait convié Lionel Esparza, l’auteur d’un très remarqué Stravinsky. Prélude à la seconde partie du concert qui devait nous offrir un Sacre du printemps plus sauvage que jamais !

L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et Duncan Ward avaient choisi, en première partie, l’élégant D’un matin de printemps (1917) de Lili Boulanger (1893-1918), puis une surprise, une création collective à laquelle participaient Adriana Bignagni Lesca, mezzo-soprano Jawa Manla, chant, oud, Fabiana Manfredi, chant, Islem Jemaï, chant, oud, Omar Ababji, chant, luth, Panagiotis Lazaridis, clarinette, Matteo Nicolin, guitare.

Adriana Bignani Lesca, l’OJM et Duncan Ward terminaient la première partie par les Cinco Canciónes negras du Catalan Xavier Montsalvatge.

Et puis un Sacre du printemps qui restera longtemps dans la mémoire de cette centaine de jeunes musiciens et d’un public qui les a longuement applaudis.

Retours

On a appris cette semaine deux bonnes nouvelles.

La comète Alexia

Alexia revient. Sylvain Fort signait dans Forumopera un billet plein d’espoir : Alexia Cousin, un retour plein d’usage et de raison.

J’ai plusieurs fois évoqué Alexia Cousin dans ce blog et de précédents. Je l’avais entendue en 1998 à la maison de la Radio lorsqu’elle remporta le concours Voix Nouvelles à 18 ans, et de 2000 à 2005 je l’ai suivie, engagée, entendue à Genève, Liège, Paris…

Dans ce documentaire produit pour marquer le mandat de Louis Langrée comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, il y a de précieux extraits d’Alexia Cousin en concert : à 2’09 dans Ravel et à 14’30 dans Beethoven.

alexiacousin.com

Réhabilitation

Les musiciens de la Staatskapelle de Dresde ont choisi celui qui succèdera en 2024 à leur actuel directeur musical Christian Thielemann : ce sera Daniele Gatti. Et pour le chef italien une réhabilitation définitive et éclatante après sa bien peu glorieuse éviction d’Amsterdam en 2018 (Remugles). Lire le papier d’Hugues Mousseau pour Diapasonmag : Daniele Gatti à Dresde, une logique d’excellence

Daniele Gatti en février dernier à la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France au Théâtre des Champs-Elysées.

Grâce à YouTube, je retrouve un grand souvenir d’il y a huit ans presque jour pour jour. J’avais entraîné Mathieu Gallet, alors PDG de Radio France, au concert que donnaient l’Orchestre national et le choeur à la Basilique de Saint-Denis, le 27 juin 2014, sous la direction de Daniele Gatti pour une rareté au concert : l’oratorio Elias de Mendelssohn. Il faisait chaud, nous étions bien mal assis sur les chaises bien raides de l’église, mais quel souffle, quelle grandeur !

Offenbach et Stravinsky

Le rapprochement des deux noms peut surprendre. Il n’est que circonstanciel.

J’ai donné récemment deux chroniques à Forumopera, deux manifestations d’enthousiasme (relire Ardeurs et pudeurs de la critique). Les voici :

Embarquement pour la lune

Avignon, Clermont-Ferrand, Compiègne, Limoges, Marseille, Massy, Metz, Montpellier, Nancy, Nice, Reims, Rouen, Toulon, Tours, Vichy : ce sont les quinze villes françaises où l’on a vu ou verra bientôt ce Voyage dans la Lune. Une impressionnante coproduction initiée par l’ex-Centre français de promotion lyrique, aujourd’hui Génération Opéra, avec le concours du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, jamais à court d’une aventure éditoriale. C’est à ce dernier qu’on doit d’avoir entre les mains le 44e livre-disque d’une collection devenue incontournable dans un paysage discographique lyrique où les nouveautés sont rares.
Cet opéra-féerie d’Offenbach écrit en 1875, le cinquième et dernier d’une série commencée en 1872 avec Le Roi Carotte, s’inspire plutôt librement de Jules Verne (De la terre à la lune), se déroule en 4 actes et 23 tableaux.
Pour ce qui est de l’intrigue et de la féerie, on renvoie aux précieuses Cinq clés pour Le Voyage dans la Lune que Christophe Rizoud et L’Avant-Scène Opéra nous fournissaient ici même au début de ce périple sur les scènes de France. On renvoie aussi aux comptes rendus contrastés qu’en ont donnés les critiques de Forumopera , à MarseilleNiceLimoges.
L’enregistrement de ce Voyage dans la lune résulte… d’une annulation pour cause de crise sanitaire ! En effet, c’est à Montpellier que devait commencer la tournée de ce Voyage en décembre 2020. Représentations en public impossibles ! C’était sans compter sur l’obstination de la directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, Valérie Chevalier, qui tenait à ce que le travail des chanteurs et de l’équipe réunie autour du metteur en scène Olivier Freidj et du jeune chef Pierre Dumoussaud (assisté de Chloé Dufresne) aille à son terme et que les générales (deux puisque double distribution) aient lieu… mais sans public ! On imagine que le Palazzetto avait prévu, comme c’est souvent le cas, un enregistrement « live ». Manqué ! Mais personne ne pouvait imaginer renoncer à graver ce « premier enregistrement mondial intégral ». Il fallut attendre la levée des restrictions sanitaires et tout le monde se retrouva début septembre 2021 dans la salle Béracasa du Corum de Montpellier.
Comme nous n’avons pas encore vu ce Voyage dans la Lune sur scène, nous nous contenterons de ce que nous entendons sur ce double CD, non sans avoir lu l’avertissement d’Alexandre Dratwicki sur les conditions de l’enregistrement : « Le spectacle élaboré par Olivier Fredj et son équipe fut un temps paralysé puis reformulé à cause du Covid : il a fallu opérer plusieurs coupures dont le désagrément musicologique est relativisé par la nouvelle dynamique des enchaînements. Le présent enregistrement permet d’entendre l’intégralité de la musique et les principales scènes dialoguées, raccourcies pour favoriser la fluidité de l’écoute musicale ».
Et ce qu’on entend est fort réjouissant !

Un grand chef
Une fois n’est pas coutume dans une critique d’opéra, on va commencer par le chef. Car c’est bien d’abord celui que les Victoires de la musique classique ont désigné, il y a quelques semaines, comme « Révélation chef d’orchestre », le jeune trentenaire Pierre Dumoussaud, qu’il faut saluer comme le maître d’œuvre d’une vraie réussite.
On le sait, mais on le répète, rien n’est plus difficile à diriger que la musique dite « légère », d’illustres baguettes ne se sont jamais risquées à l’opérette viennoise ou française. A écouter ce Voyage, où les pages d’orchestre sont tout sauf négligeables – deux ballets tout de même, celui des Chimères, et, plus développé, celui des Flocons de neige, avec moult pièces de genre, mazurkas, valses, variations, polkas, galops – on mesure la formidable capacité du jeune chef à parfaitement restituer l’esprit d’Offenbach, l’humour, la vivacité, la tendresse, l’élégance d’une musique faussement simple. L’orchestre de Montpellier brille de tous ses feux (le Chœur de l’Opéra de Montpellier préparé par Noëlle Gény n’est pas en reste) et répond tout en souplesse aux moindres inflexions de Pierre Dumoussaud. Une leçon de style, une baguette déjà confirmée qui ira loin !
La réussite du chef est d’autant plus probante que la partition qu’il a sous les yeux n’est pas toujours d’un chef-d’œuvre. Offenbach reprend, emprunte, réassemble des thèmes, des idées musicales qu’il a déjà utilisés, sans toujours un souci de cohérence. Dès l’ouverture on reconnaît l’air de Dapertutto « Scintille diamant » des Contes d’Hoffmann, la polka du ballet des Flocons de neige sonnera familièrement aux oreilles des amateurs de la Gaîté parisienne de Manuel Rosenthal, et tout au long de ce Voyage, plus d’une fois on se dira que tel air, tel duo, tel ensemble est du déja entendu dans Offenbach.

Jeunes voix
La réussite de cet enregistrement tient aussi à l’homogénéité d’un cast où les jeunes voix sont encadrées par des aînés (relatifs, pas des barbons !) qui sont comme poissons dans l’eau dans ce répertoire.
Le prince Caprice est incarné par Violette Polchi : la jeune mezzo parisienne passée par la Maîtrise de Radio France a été repérée par le Palazzetto Bru Zane dès 2018 et s’est déjà frottée à l’opérette française. On la sent parfois embarrassée par un vibrato généreux et une diction qui peut certainement s’améliorer. Son amoureuse, dans Le Voyage, Fantasia, est délicieusement chantée par la jeune soprano bruxelloise Sheva Tehoval, timbre clair et sourire dans la voix. Leur « duo des pommes » à la fin du deuxième acte est irrésistible et devrait figurer dans toute bonne compil d’Offenbach !
Le roi Vlan, le père de Caprice, ne pourrait trouver meilleur interprète que le toujours fringant Matthieu Lécroart, tout récemment entendu dans Hulda au théâtre des Champs-Elyséees (tout comme Ludivine Gombert qui chante ici, tour à tour, Flamma, Adja, une bourgeoise ou une forgeronne !). L’autre Belge de la distribution, le ténor namurois Pierre Derhet, confirme, dans le personnage de Quipasseparla (sic), les espoirs que sa promotion comme lauréat de l’Académie de chant de La Monnaie avait fait naître en 2016. Le Microscopedu ténor gracieux de Raphaël Brémard ne déçoit pas ceux qui l’ont déjà entendu dans Offenbach. 
On ne sera pas étonné que Marie Lenormand, qu’on avait applaudie en irrésistible nonne dans Le Testament de la tante Caroline de Roussel, soit une parfaite PopotteCompliments à partager avec Thibaut Desplantes, le barytonnant Cosmosà moins qu’il ne soit le Commissaire ou Cosinus, avec l’expérimenté Christophe Poncet de Solages dans les brefs rôles de Cactus et Parabase.
La réussite de cet album tient aussi à la qualité des textes de Jérôme Collomb (Offenbach et la féerie), du spécialiste ès-Offenbach Jean-Claude Yon (Jacques Offenbach et Jules Verne : rendez-vous manqués) et d’Alexandre Dratwicki (Le Voyage… dans la presse). 
 
https://www.youtube.com/watch?v=ymls9DaGf34

(Forumopera, 8 juin 2022)

Le prince Igor

Auteur d’un remarquable essai, aussi pertinent qu’historiquement étayé (Le génie des Modernes – La musique au défi du XXIe siècle)  l’une des voix les plus familières et cultivées (l’un n’empêche pas l’autre !) de France Musique, Lionel Esparza, dresse, en 218 pages, un portrait savoureux du « père de la modernité au XXe siècle », le « flamboyant, complexe, autoritaire, inspiré » Igor Stravinsky (1882-1971).
Esparza, l’agrégé de musicologie, n’oublie jamais l’animateur de radio qu’il est depuis plus d’une vingtaine d’années : les mots-valises, les concepts fumeux, le jargon des spécialistes auto-proclamés, ce n’est pas son truc. Mais le sens de la formule, le récit palpitant d’un génie en mouvement perpétuel, toujours à court d’argent et de reconnaissance, la galerie de portraits qui ne s’embarrasse d’aucune prudence, oui !
« Cosmopolite tant dans son art et ses mœurs, Stravinsky, Russe d’origine, adopte la France pendant les Années folles, s’installe aux Etats-Unis à la fin de sa vie… Après les débuts scandaleuxc du Sacre du printemps, il entreprend un itinéraire musical en perpétuelle réinvention, il badine avec les styles, théâtralise sa création, en revendique l’insouciance. » 
Stravinsky compositeur lyrique ?
Le nom même de Stravinsky n’est pas spontanément associé à l’art lyrique ou vocal. Il est définitivement lié aux trois ballets qui firent sa gloire et fondèrent la modernité du XXe siècle : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps.
Pourtant son premier grand ouvrage, commencé avant l’Oiseau de feu, est un opéra, Le Rossignol, d’après le conte d’Andersen Le Rossignol et l’Empereur de Chine. Esquissé dès 1908, le Rossignol ne sera créé que le 26 mai 1914 à l’Opéra de Paris, sous la direction du fidèle Pierre Monteux, mais ne rencontre pas le succès attendu : Diaghilev, voulant surfer sur le succès des ballets précédents, avait imaginé de placer les chanteurs dans la fosse et de faire danser leurs rôles. Le public et la critique en sont décontenancés.
Au début des années 20, Stravinsky fait tout à la fois son deuil de la mère patrie (il a quitté la Russie en 1914 un mois avant le début de la Première Guerre mondiale et n’y retournera qu’en 1962 !) et s’engage, presque à contre-courant de la modernité qu’il incarne, dans une période « néo-classique » qui va durer trente ans. En 1922 il s’attèle à son deuxième ouvrage lyrique, Mavra, un opéra bouffe en un acte inspiré de La petite maison dans la forêt de Pouchkine. Succès d’estime lors de la création à l’Opéra de Paris le 3 juin 1922.
Un Don Giovanni petits bras
Il faudra attendre 1951 et la création du troisième opéra de Stravinsky – The Rake’s progress, pour que le compositeur renoue avec les triomphes des débuts. Installé aux Etats-Unis depuis 1940, c’est là que l’auteur du Sacre a rencontré le poète et dramaturge Wystan Hugh Auden (plus connu comme W.H. Auden), qui sera, avec son compagnon Chester Kallman, le librettiste de ce Rake’s progress, mais aussi celui de Britten ou Henze, pour ne citer que les plus connus. 
Le succès de l’ultime ouvrage lyrique de Stravinsky tient aussi aux circonstances et à la distribution de la création : celle-ci a lieu à la Fenice de Venise le 11 septembre 1951, avec Elisabeth Schwarzkopf dans le rôle d’Anne Trulove, Jennie Tourel, Hugues Cuénod entre autres. « Autant un résumé de deux siècles d’art lyrique qu’un adieu à sa période néo-classique » selon Lionel Esparza, « The Rake’s progressest donc un pur opéra à numéros, comme chez Mozart ou Rossini, avec cavatines et cabalettes, et le héros Tom Rakewell n’est rien de plus qu’un Don Giovanni à petits bras égaré dans une comédie de Broadway ».

https://www.youtube.com/watch?v=NB0Z9RKP3SI

La voix dans tous ses éclats
L’œuvre de Stravinsky consacrée à la voix, en dehors du genre lyrique, n’est pas mince, mais reste largement méconnue, sans doute parce qu’elle ne s’inscrit ni dans un projet déterminé (comme l’était la collaboration avec Diaghilev) ni dans une période donnée, ni surtout dans des catégories reconnues.
Ainsi Renard (1916), « histoire burlesque chantée et jouée », ou Les Noces (1917)  « scènes chorégraphiques russes avec chant et musique »(et 4 pianos!) témoignent d’abord d’une formidable nostalgie de la terre natale. A l’inverse, les deux oratorios, Oedipus Rex (1927) puis Perséphone (1934) épousent l’air du temps et s’inscrivent dans une lignée d’ouvrages inspirés de l’Antiquité, de la mythologie, où s’illustrent à peu près tous les contemporains de Stravinsky durant l’entre-deux-guerres. 
Pour ce qui est de l’art choral, la Symphonie de psaumes (1930) est l’arbre qui cache un bosquet de bouleaux. Au gré des commandes et des rencontres, suivront une Messe (1948) d’une aridité qui en rebutera plus d’un, le Canticum sacrum (1955) écrit pour Venise, les Threni de 1958, une cantate pour contralto, ténor et récitant (A Sermon, a Narrative and a Prayer), l’Introitus à la mémoire de T.S. Eliot (1965) et les Requiem canticles de 1966. Et ce Roi des Etoiles de 1904 d’une brièveté inversement proportionnelle à l’effectif orchestral et choral considérable qu’il requiert.
Moins important, quantitativement, encore est le répertoire que Stravinsky a consacré à la mélodie : en 1913 les Trois poésies de la lyrique japonaise, puis jusqu’en 1919 Trois petites chansonsQuatre chants russes, toujours la nostalgie et l’inspiration du pays perdu. Et puis plus rien jusqu’en 1953 et les Trois chants de Shakespeare, au début de la période dite « sérielle » du compositeur, qui orchestrera plusieurs de ses mélodies de jeunesse. 

Les leçons d’une vie
Impossible de faire tenir une vie aussi longue et riche que celle de Stravinsky en deux cents et quelques pages. Ce n’était pas assurément l’ambition de Lionel Esparza, mais celui-ci aura réussi son pari : donner envie à son lecteur, et en particulier à l’auteur de ces lignes, de revenir à ces « Chroniques de ma vie » de Stravinsky lui-même qui commençaient à prendre la poussière, et surtout de réécouter, voire de découvrir des pans entiers d’une oeuvre qui ne se résume pas à quelques « tubes ».
On aime, en particulier, le dernier chapitre de ce Stravinsky, « Les leçons d’une vie », où, en une dizaine de pages, Lionel Esparza fait une admirable synthèse des révolutions et évolutions stylistiques opérées par l’un des génies universels du XXème siècle. 

(Forumopera, 1er juin 2022)

Questions diverses

« Questions diverses » c’est la mention qu’on trouve en fin d’ordre du jour d’une assemblée, d’une réunion, quand on ne souhaite pas s’appesantir sur tel sujet, ou l’aborder rapidement sans creuser le raisonnement. C’est ce que je vais faire avec ce qui suit.

Réac ?

Pasolini et son sulfureux Salo dans la Tosca que j’ai vue à Montpellier le 11 mai dernier ? Je n’avais rien compris au propos du metteur en scène Rafael Villalobos, et je n’étais visiblement pas le seul. Forumopera se fait l’écho du clash survenu du fait du refus de Roberto Alagna et Alexandra Kurzak de participer aux représentations du Liceu à Barcelone : Passe d’armes entre Peter de Caluwe et Roberto Alagna autour de la Tosca pasolinienne .

Forumopera toujours – une mine d’informations ! – n’y va pas de main morte pour dézinguer La Forza del destino présentée à Francfort : Déconstruction à marche forcée.

J’avoue que je me range sans vergogne du côté des réacs, si respecter une oeuvre, la servir plutôt que s’en servir, respecter un auteur, un compositeur – ce que je considère comme une valeur cardinale pour ceux qui prétendent faire oeuvre de culture – doit vous placer dans ce camp.

Un Tarfuffe à Montpellier

Toujours à Montpellier la semaine dernière, je ne voulais pas manquer le début du Printemps des comédiens, qui de l’avis général est devenu le grand frère du Festival d’Avignon sous la conduite de Jean Varela.

A Paris, je ne réussis pratiquement jamais à avoir des places à la Comédie française, soit à cause de la complexité du système de réservation, soit parce que certains spectacles sont vite complets. C’est bien sûr le cas des Molière programmés pour les 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin. C’est donc à l’Amphithéâtre du Domaine d’O que j’ai pu voir Tartuffe ou l’hypocrite mis en scène par Ivo Van Hove. La critique du Monde, Fabienne Darge, qui, elle, ne passe pas pour une réac, dit pourtant clair et net que : En ouverture de la saison Molière, le Belge Ivo van Hove s’empare de la version non censurée de la pièce dans une mise en scène efficace mais sans mystère à force d’effets faciles. « Un Tartuffe plus choc et chic que moderne ».

Je n’étais donc pas le seul, là encore, à ne pas bien comprendre pourquoi ce Tartuffe s’ouvre une scène d’effeuillage d’un joli garçon à qui l’on fait prendre un bain, pourquoi la superbe Dominique Blanc est distribuée en Dorine, accoutrée en surveillante générale d’un pensionnat de jeunes filles (le « cachez ce sein que je ne saurais voir » fait flop puisque de poitrine il n’y a pas, et qu’elle est soigneusement cachée !), pourquoi, à l’inverse, Marina Hands (Elmire) et Christophe Montenez (Tartuffe) nous font du porno soft, comme si nous n’avions pas compris le sujet de la pièce !

Je ne déteste pas Ivo Van Hove, loin de là. Mais Molière lui résiste. Il a résisté à tout, même au passage du temps. C’est pour cela qu’il se suffit à lui-même.

No foot

Je n’ai pas de honte à l’avouer : j’ai dû assister quatre ou cinq fois dans ma vie à un match de football dans un stade, parce que j’y étais invité. J’ai, un peu plus souvent, regardé quelques grands matchs à la télévision. Ce ne sont pas les incidents de samedi soir au Stade de France – dont on parle toujours trois jours après – ni tous ceux qu’on nous relate à longueur de journaux télévisés, ce ne sont pas les montants faramineux payés aux stars si bien pensantes (on l’aime bien Kylian Mbappé, mais à ce prix-là il peut l’aimer la France et le PSG !), rien de tout cela ne va me convaincre de changer d’avis. Encore moins la coupe du monde au Qatar, dans des stades climatisés au moment où la planète est en péril. Plus personne ne proteste, plus un seul politique pour dénoncer cette absurdité. C’est le foot…

En attendant Borne I

Qu’est-ce que c’est agaçant ce président, cette nouvelle première Ministre, qui s’obstinent à faire durer le supplice ! Que, dans les pays voisins – Belgique, Allemagne – il ait fallu plusieurs semaines voire mois pour constituer le gouvernement fédéral, peu nous chaut à nous les Français.

Qu’accessoirement l’on tienne compte des erreurs du passé – des ministres obligés de démissionner sitôt nommés, parce que en délicatesse avec les règles de transparence de la vie publique ou avec les impôts, voire cités dans des procédures – qu’on prenne donc du temps pour vérifier que les nouvelles/nouveaux ministres sont blancs comme neige, et voilà que la machine médiatique s’emballe et reproche à l’exécutif tout à la fois indécision, procrastination, voire mépris pour le peuple français !

Mais, à l’heure où j’écris ces lignes, on nous annonce cela pour cet après-midi !

Les chariots de Vangelis

Peut-être moins célèbre que son contemporain Jean-Michel Jarre, Vangelis Papathanassiou est mort hier à 79 ans. J’ai comme beaucoup d’autres écouté sans déplaisir ses bandes son de films comme Les Chariots de feu ou 1492, qui sont la signature d’une époque, ce qui n’est déjà pas si mal pour laisser une trace dans l’histoire !

Une demoiselle rajeunie

Heureux de saluer, sur Forumopera, un disque bienvenu, qui témoigne d’affinités électives évidentes entre Debussy et le chef finlandais de l’Orchestre philharmonique de Radio France : Lignes claires

Le piano irlandais

Je n’encombre pas mon blog de pub pour le prochain Festival Radio France, ça viendra peut-être ! Pourtant je suis fier que, pour parler comme les techno, dans un contexte budgétaire contraint, on offre au public une édition 2022 très British : lefestival.eu

Fier en particulier du récital qu’y donne l’un des pianistes les plus intéressants, l’Irlandais Barry Douglas, le 16 juillet prochain.

Devoirs de vacances

Enfin quelques jours de vacances, les premières depuis mon expérience singulière de novembre dernier.
J’ai fait ce qu’il faut pour que ma voix s’exprime demain lors de ce premier tour capital de l’élection présidentielle.

En attendant, menu classique pour des vacances : lectures, écoutes toujours remises, balades, rencontres, lieux inédits.

D’abord lire en détail le numéro d’avril de Diapason et l’excellente interview que Camille de Rijck a faite d’Alexandre Kantorow. Et se dire qu’on a bien eu de la chance de croiser et d’inviter cet artiste dès 2016.

Ecouter un coffret qui rassemble les enregistrements réalisés pour EMI (maintenant Warner) par la pianiste française Cécile Ousset (lire Frontières). Au risque de la déception. Mais attendons de confirmer ou infirmer certaines impressions.

Réécouter aussi une intégrale des symphonies de Sibelius, qui a suscité pour le moins le débat… et peut-être prouvé, une fois de plus, que l’univers du compositeur finlandais autorise des explorations, des visions, extrêmement différentes, divergentes même.

Plus encore que dans n’importe quel répertoire symphonique, je me garderai bien de comparer avec les contemporains ou les aînés du jeune chef finnois, tant apprécié récemment à la tête de l’Orchestre de Paris (Klaus Mäkelä);

Moins couru, mais procédant d’une démarche qui m’intéresse depuis plusieurs années, le travail de l’organiste et chef autrichien Martin Haselböck, pour partie rassemblé dans un passionnant coffret.

Et puis, pour la bonne humeur et le souvenir d’un spectacle très réussi (Le mois de l’opérette), lire la critique parue sur Forumopera (Un joyeux drille nommé Albert Roussel) et surtout écouter l’unique opérette d’Albert Roussel : Le Testament de la tante Caroline:

Cendrillon à la Bastille

C’est l’une des nouvelles productions de la saison de l’Opéra de Paris : Cendrillon, l’opéra de Massenet.

On est allé voir cette Cendrillon vendredi dernier, avec quelques réticences : les premières critiques n’étaient pas très flatteuses (Cendrillon rate le coche), on craignait d’être déçu par rapport au souvenir qu’on avait d’un spectacle très réussi il y a une dizaine d’années, à l’Opéra Comique, mis en scène par Laurent Pelly.

Crainte injustifiée : la mise en scène de Mariame Clément est astucieuse et poétique, les impressionnants décors de Julia Hansen composent un spectacle très plaisant (Forumopera : La machine féerique). Certes, la diction française des principaux rôles est encore perfectible, mais Tara Erraught en Lucette/Cendrillon, Anna Stephany (qu’on avait applaudie l’été dernier au Festival Radio France) en prince charmant, Daniella Barcelona en marâtre, tout comme la fée de Kathleen Kim, incarnent parfaitement leurs personnages, et tous leurs comparses sont dignes d’éloge. On se demande, en revanche, ce qui a motivé le choix de Carlo Rizzi, d’ordinaire abonné à l’opéra italien, pour diriger un Massenet méconnu.

D’autres Cendrillon

Il faut lire l’article remarquablement documenté de Wikipedia sur Cendrillon. J’avoue que je ne connaissais guère que les « versions » de Charles Perrault et des frères Grimm de ce conte très très ancien !

En musique, on connaît bien l’opéra-bouffe de Rossini, la Cenerentola, dont le livret repose sur le conte de Perrault.

Eblouissante Agnes Baltsa sous la direction d’un chef inattendu dans ce répertoire et qui a signé plusieurs réussites rossiniennes, Neville Marriner

Il faut évidemment connaître l’une des rares versions au disque de la Cendrillon de Massenet, malgré la diction marshmallow de Federica von Stade

On doit aussi citer le grand ballet de Prokofiev, que le théâtre Marinski de Saint-Pétersbourg presse d’écrire, après le succès de Roméo et Juliette. Prokofiev entreprend sa Cendrillon en 1941, mais ne l’achève qu’en 1944. La première a lieu le 21 novembre 1945 au Bolchoi à Moscou.

Une autre Cendrillon est, elle, beaucoup moins connue, et tout à fait contemporaine de celle de Massenet. Il s’agit d’un ballet dû au roi de la valse, compositeur de La Chauve-Souris, Johann Strauss fils, connu sous son titre allemand Aschenbrödel, la dernière oeuvre du maître, qui meurt en 1899.