La mort de JFK, Orlando au musée

Retour sur ce jeudi 23 janvier (lire brevesdeblog)

Le JFK français

J’ai quelquefois brièvement approché et salué Jean-François Kahn, disparu hier. La dernière fois c’était pour célébrer les 25 ans de l’émission de Benoît Duteurtre Etonnez-moi Benoît à Radio France. Je l’avais trouvé physiquement fatigué, mais dès qu’un micro s’ouvrait, le visage, la parole s’animaient comme je les avais toujours connues.

Dans tous les articles qu’on lui a consacrés, on évoque sa passion pour la chanson française, mais JFK avait une connaissance encyclopédique de la musique, et pas seulement de la chanson.

Réécouter absolument cette émission de France Musique du 19 juin 2021 : Jean-François Kahn et Benoît Duteurtre

On veut imaginer que ces deux-là qui s’aimaient se retrouvent maintenant là où ils sont pour poursuivre une complicité que la mort ne peut éteindre.

L’un des très beaux hommages rendus à notre JFK français, est de la plume de l’ami Joseph Macé-Scaron

« Généreux dans tous les domaines, il ne se contentait pas de prodiguer des conseils. D’ailleurs, l’âge venant, il aimait répéter la phrase de Vauvenargues : «Les conseils de la vieillesse éclairent sans réchauffer comme le soleil d’hiver». Il aura influencé tant de journalistes qu’il est impossible de tous les citer (Franz-Olivier Giesbert, Éric Zemmour, Laurent Joffrin, Elisabeth Lévy, Natacha Polony…). Avec bon nombre d’entre eux, il se sera fâché, puis réconcilié, avant de s’engueuler à nouveau. Encore et toujours frotter sa cervelle à celle des autres, sa passion constante« 

J’ai beaucoup lu les essais de Jean-François Kahn, j’ai lu et me suis même abonné à L’événement du jeudi, puis à Marianne, lorsqu’il en était le directeur. Le premier a disparu, le second a mal tourné.

Dois-je verser dans une pré-nostalgie ? Ceux qui comme moi pleurent aujourd’hui Jean-François Kahn ont naguère pleuré celle de Jean-François Revel, et doivent bien constater que lorsque les octogénaires Philippe Labro, Alain Duhamel, Catherine Nay ou Michèle Cotta, et le guère plus jeune Franz-Olivier Giesbert auront disparu (et comme le disait le général de Gaulle lors de l’une de ses célèbres conférences de presse « ça ne manquera pas d’arriver » !), notre paysage culturel, intellectuel, et journalistique, sera bien dépeuplé.

Les nus de Suzanne

J’ai eu la chance de visiter l’exposition que propose le Centre Pompidou, l’une des dernières avant sa fermeture pour (longs) travaux en septembre), autour de la figure de Suzanne Valadon (1865-1938). Je dois bien avouer que l’artiste ne m’avait intéressé qu’occasionnellement et que je n’y avais porté qu’une attention distraite à l’occasion de mes visites de musée. La rétrospective qui est proposée à Beaubourg a, sinon changé ma perception de son oeuvre, du moins actualisé ma connaissance d’une personnalité finalement assez singulière.

Suzanne Valadon : La chambre bleue (1923)

Valadon : Autoportrait

Suzanne Valadon consacré plusieurs toiles à sa famille, sa mère, mais aussi son amant André Uttar, son fils Maurice Utrillo (1883-1955)

Deux toiles à consonance musicale, dont le célèbre portrait d’Erik Satie (1893), avec qui Valadon entretint une brève et tumultueuse liaison, qui laissa le compositeur dévasté et lui fit écrire ses extraordinaires Vexations… qui furent l’une des attractions du festival Radio France en 1995, comme le relate un article du New York Times (on trouve vraiment de tout sur la Toile !)

Suzanne Valadon doit aussi sa réputation et son originalité au nombre de nus féminins qu’elle a peints, des nus éloignés de toute préoccupation esthétique, qui parfois se rapprochent de ceux de Degas ou Toulouse-Lautrec. Seule exception, dans cette exposition, à la profusion de nudité féminine, cette grande toile qui représente le même personnage, en l’occurrence le compagnon de Valadon, André Utter, dans trois postures différentes. On nous dit que la peintre, craignant d’être refusée à un salon, a pudiquement masqué le sexe de son amant derrière le filet de pêche !

Un opéra au musée

Après le Centre Pompidou, direction le Châtelet pour la première d’Orlando de Haendel, dirigée par Christophe Rousset à la tête de ses Talens lyriques, dans une mise en scène de Jeanne Desoubeaux.

À lire ma critique sur Bachtrack : Orlando passe la nuit au musée au Châtelet

Anniversaires

On m’a toujours appris que les anniversaires se fêtent le jour même, ni avant (ça porte malheur) ni après (c’est impoli), mais pour les grandes institutions la règle ne vaut pas ou plus. Le dixième anniversaire de leur inauguration c’était huit jours avant pour l’auditorium de Radio France, et pendant toute une semaine et un long week-end-end pour la Philharmonie de Paris

Sir Simon #70

Avec quelques heures de retard, je souhaite à mon tour un bon anniversaire à Simon Rattle, 70 ans ce 19 janvier, dont 50 ans d’une carrière qui donne le tournis, et dont on ne parvient pas toujours à distinguer les lignes de force. Eclectisme assurément, références plutôt rares dans une abondante discographie à Birmingham comme à Berlin

Il peut encore nous surprendre à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise dont il est le directeur musical depuis 2023 (lire Une suffocante Sixième de Mahler)

Le Russe oublié : Reinhold Glière

Selon le calendrier grégorien, il est né il y a 150 ans, le 11 janvier 1875, mort en 1956. Reinhold Glière est un compositeur indéniablement russe, pas très facile à classer. Il est d’ailleurs rarement cité, pas beaucoup plus d’ailleurs que son presque contemporain Glaznounov. Pourtant la flamboyance de son écriture post-romantique lui a valu l’attention de plusieurs grands chefs : Ormandy, Stokowski ont laissé de magnifiques versions de sa 3e symphonie qui évoque la légende du guerrier Ilya Muromets au service du grand prince de Kiev, Vladimir, au Xe siècle

J’avais programmé au festival Radio France 2017 le très rarement donné Concerto pour colorature avec Alina Shagimuratova (lire le papier de Forumopera)

Messages perso

Il y a vingt ans, ses parents, son frère et sa grand-mère n’étaient pas peu fiers de se mêler à la foule qui se pressait dans l’une des salles du Palais de Justice de Paris pour la prestation de serment de toute une promotion de jeunes avocats. Fierté du brillant avocat qu’il est devenu, et de l’éthique qu’il promeut (Lire privé/public).

Ce 20 janvier est aussi l’anniversaire de Sabine B. à qui me lient tant de souvenirs de mes années liégeoises et une indéfectible affection.

Que sont-ils ou elles devenu(e)s ?

J’ai toujours été intéressé, fasciné parfois, intrigué souvent, par le sort de ceux ou celles qui sont tôt devenus célèbres, qu’il s’agisse d’artistes, de musiciens, de responsables politiques ou autres personnalités. Pourquoi, à un moment donné, disparaissent-ils de nos radars, des réseaux d’information, des véhicules de la notoriété ?

C’est à cette fin que j’avais créé à France Musique la série « Mémoire retrouvée » à l’été 1994. Ma première idée de titre était d’ailleurs… le titre de cet article : Que sont-ils devenus ? Comme me l’avaient fait alors remarquer des collaborateurs de la chaîne, cela risquait d’être vexant, au moins discourtois, pour quelques unes des personnalités que nous allions interroger, qui s’étaient certes retirées de la carrière active, mais qui n’avaient pas forcément disparu de nos mémoires. C’est ainsi que ma chère Mildred Clary avait réalisé en 1997 trois émissions de Mémoire retrouvée avec Renata Scotto, que France Musique a rediffusées en août 2023 lors du décès de la cantatrice italienne (à réécouter ici)

Au gré de mes voyages dans ma discothèque, je retrouve finalement un grand nombre de musiciens, dont je me demande ce qu’ils sont devenus.

Le violoncelliste Julian Lloyd Webber

Il porte un patronyme très familier aux amateurs de comédie musicale, puisque c’est le frère d’Andrew Lloyd Webber, le compositeur entre autres de The Phantom of the Opera, Evita ou Cats. J’ai un seul disque de Julian, que je n’ai jamais entendu en concert.

Comment s’est-il, lui le Britannique, retrouvé à enregistrer à Prague avec l’orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors, Václav Neumann (1920-1995). Mystère ! Mais le disque est beau.. et généreux (avec les concertos de Dvorak et Elgar)

Le ténor Luca Canonici

Ce devait être en janvier 1989, un concert-événement filmé (pour une fois) par la télévision suisse romande, à Genève, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par Armin Jordan. La star de la soirée (la télévision avait fait spécialement confectionner une affiche dont elle tenait toute la place !) était Barbara Hendricks, mais je ne me rappelle plus qui a eu l’idée de lui adjoindre un jeune ténor qui avait remplacé José Carreras dans La Bohème le film que Luigi Comencini avait réalisé à partir de la bande-son enregistrée par James Conlon

Pour tout dire, je ne suis pas le seul, ce jour-là, à être tombé sous le charme de Luca Canonici, beaucoup plus convaincant en Rodolfo que B.H. en Mimi. Et dans tous les autres airs en solo ou en duo dont il nous régala.

Je revis le jeune ténor italien une seule fois, à l’été 1990, à Aix-en-Provence où il chantait dans L’élixir d’amour de Donizetti. J’avais passé une partie de l’après-midi à l’hôtel du Roi René à recueillir les confidences d’un ami que la maladie allait emporter trois ans plus tard… C’est dire si la rencontre inopinée de Luca Canonici dans le hall de l’hôtel fut une distraction bienvenue : nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Je le vis préoccupé – le stress d’avant représentation ? -, il me confia ne pas savoir mettre sa cravate. L’amitié tient parfois à bien peu de choses : je lui refis sa cravate dans un grand éclat de rire. Et depuis lors, je ne l’ai jamais revu. Je n’ai eu que ses rares disques pour garder la trace de ces fugaces souvenirs.

En allant sur sa chaîne YouTube, je découvre qu’un peu à la manière d’un Roberto Alagna, le sexagénaire Luca Canonici, ne dédaigne pas pousser la chanson

La mezzo-soprano Doris Soffel

A Genève, j’ai le souvenir de l’avoir vue et entendue plusieurs fois, dans Mahler, comme dans Rossini. Aussi belle qu’immédiatement sympathique, drôle, ne s’économisant jamais, l’anti-diva !

Je découvre cette mélodie de Massenet magnifiquement dite par Doris Soffel.

Suite à un prochain épisode.

Les audaces de Marianne

J’assistais vendredi soir à la première parisienne du dernier ouvrage lyrique de George Benjamin et Martin Crimp – Picture a Day like this -, à l’Opéra-Comique, un an après sa création au festival d’Aix-en-Provence.

J’en ai rendu compte pour Bachtrack : Marianne Crebassa bouleverse l’Opéra-Comique dans Picture a Day like this.

Discrètement assise à la corbeille de l’Opéra Comique, une spectatrice attentive – ma chère Felicity Lott (Voisine)

Comme je l’écris dans mon article, deux souvenirs m’ont envahi : celui de la création, à laquelle j’avais assisté, en 2012, de Written on Skin à Aix-en-Provence, qui m’avait durablement bouleversé

et, plus récemment, le 21 juillet 2022 à Montpellier, la formidable interprétation des Sea Pictures d’Elgar que Marianne Crebassa chantait pour la première fois.

J’ai d’autant plus de raisons de me rappeler cette soirée, que ce fut la dernière où je vis et entendis notre si regrettée Jodie Devos (lire Jodie dans les étoiles) chanter, malgré quelques péripéties, dans la Première symphonie de Vaughan Williams.

Ce soir-là, Marianne Crebassa nous avait tous convaincus que ce répertoire britannique peut être chanté par d’autres que par les Britanniques. J’ignorais alors qu’elle serait choisie pour créer le quatrième ouvrage lyrique de George Benjamin en juillet 2023 !

J’ai eu la chance de pouvoir inviter Marianne, née à Béziers, restée si attachée à sa région natale, plusieurs fois durant mon mandat de directeur du Festival Radio France de Montpellier.

En 2015, elle « ressuscitait » Fantasio d’Offenbach sous la houlette de Friedemann Layer (1941-2019), en 2018 elle s’associait à Fazil Say pour un récital magnifique, la pandémie et les restrictions sanitaires avaient reporté à 2022 des projets déjà envisagés pour 2020 puis 2021.

J’admire profondément d’abord la personne Marianne Crebassa, qu’on ne peut dissocier de l’artiste hors norme qu’elle est devenue. Elle aurait pu se laisser entraîner sur la voie toute tracée de la « jeune mezzo-soprano française qui monte », de festival en festival, de rôle en rôle dé plus en plus lourd. Il faut réécouter ce qu’elle déclarait au micro de France Musique le 23 octobre dernier. On ne lui souhaite pas une belle carrière, mais une vie de femme, de mère et d’artiste réussie dans toute sa plénitude. :

Musiques de l’intime

Les chambres d’Annie Dutoit

J’ai plusieurs fois cité ici les bonnes affaires que je fais sur le site allemand jpc.de. L’une des dernières en date est ce DVD :

La fille de Martha Argerich et Charles Dutoit, Annie Dutoit, a conçu ces deux documentaires comme des concerts privés, au domicile de Daniel Barenboïm à Berlin, chez sa mère Martha Argerich à Genève. Quelle belle manière d’entrer au coeur de la musique, dans l’intimité des artistes. On aime quand ces immenses musiciens sont ainsi filmés, interviewés, aimés…

44 ans les séparent

C’est l’un des plus grands pianistes russes, c’est parfois un chef inspiré, c’est un immense musicien en tout cas, Mikhail Pletnev (67 ans), qui s’est associé à un violoniste miraculeux de 23 ans, Daniel Lozakovich que, concert après concert (notamment depuis mon invitation à Montpellier en 2019) je ne cesse d’admirer

Daniel Lozakovich, 18 ans, en juillet 2019 aux côtés de Neeme Järvi (assis), Kristjan Järvi et Mari Samuelsen

Cette nouveauté, ce duo, ce dialogue entre le vieux maître et le jeune artiste, sont tout simplement admirables.

Lekeu éternel

Le numéro d’octobre de Classica propose une écoute comparée de la sonate pour violon et piano de Guillaume Lekeu (1870-1894). C’est une excellente idée pour ce qui est un chef-d’oeuvre de la musique de chambre.

Je ne suis pas surpris que le résultat de cette écoute à l’aveugle mette l’inaltérable version de Christian Ferras et Pierre Barbizet en tête de liste.

Retour de Zermatt

J’y suis arrivé sous la pluie (lire Là-haut sur la montagne), j’en suis reparti hier sous la pluie. Et au milieu je me suis gorgé d’images du Cervin et de tous ces sommets alpins qu’on voit, tout proches, sur l’arrête du Gornergrat. J’ai bien fait de suivre le conseil du concierge de l’hôtel qui me disait vendredi matin : allez-y aujourd’hui ! Ici on ne sait jamais comment le temps tourne.

J’étais donc à Zermatt pour suivre les premiers concerts de la Zermatt Music Festival & Academy. J’ai eu vraiment autant de plaisir à découvrir la station du Haut-Valais et son environnement majestueux qu’à entendre d’excellents musiciens, de très bons programmes de concert, dans un festival qui ne se sent pas obligé d’aligner les stars. Un festival comme je les aime…

Je renvoie donc aux comptes-rendus que j’en ai faits pour Bachtrack :

Le Quatuor Chiaroscuro attaque Beethoven par la face Nord ou une relative déception à l’égard d’un ensemble qu’on aime beaucoup dans Mozart

Depuis ce disque, le quatuor a changé de second violon.

Vendredi soir, après le soleil des sommets, on saluait l’originalité d’un programme Brahms, avec le 2e sextuor et la 1ere symphonie : Julian Rachlin et le Scharoun Ensemble éclairent Brahms

Les deux sextuors de Brahms par les formidables musiciens rassemblés par Yehudi Menuhin au festival de Bath au début des années 60 restent ma référence discographique.

Je ne connaissais le violoniste Julian Rachlin, bientôt quinquagénaire, que par ses disques, j’ai été très agréablement surpris de le découvrir comme soliste, chef et leader du sextuor. Une Première symphonie de Brahms allante et allègre, qui laissait bien augurer de la soirée du lendemain, dévolue à Mendelssohn : Julian Rachlin et les couleurs de l’Ecosse.

Sur YouTube je trouve ce témoignage émouvant du tout jeune homme jouant le concerto de Mendelssohn aux côtés de Wolfgang Sawallisch

Les Anglais de Zermatt

Quand on arrive à Zermatt, on entend parler beaucoup de langues, avec une légère dominante anglaise, Le premier soir on repère pour dîner une adresse située dans le « Englischer Viertel » et on a rendez-vous pour le premier concert à l’église anglaise.

On trouve vite l’explication de cette présence britannique sur le site même de la cité : Première ascension du Cervin en 1865.

En contournant l’église Saint-Maurice au centre du village, on découvre un cimetière qui témoigne du triste record que détient le Cervin. Comme l’écrivait le 1er septembre Grégoire Baur dans Le Temps : « Il est des montagnes plus mythiques que les autres. Elles ne sont pas les plus hautes, ni les plus difficiles à gravir, mais elles ont une aura qui les rend singulières. Uniques. Et s’il est bien un sommet qui matérialise cela, c’est le Cervin. Sa face pyramidale quasi parfaite, que l’on admire depuis Zermatt, le rend iconique. Avec ses 4478 mètres, il symbolise la Suisse et incarne les Alpes. Au point d’attirer de nombreux curieux, venus parfois de loin, pour l’admirer ou l’accrocher à leur tableau de chasse. Mais certains d’entre eux n’en redescendent jamais. Le Cervin est le sommet suisse – et l’un des principaux d’Europe – sur lequel le plus d’alpinistes perdent la vie. Depuis sa première ascension, il y a 159 ans – le 14 juillet 1865, le Cervin a été le dernier grand sommet des Alpes à être vaincu –, quelque 600 personnes y sont décédées, certaines d’entre elles n’ayant jamais été retrouvées« 



Il y a tant de morts qu’on n’a jamais retrouvés, que la commune de Zermatt a décidé, en 2015, d’ériger une stèle à la mémoire de « l’alpiniste inconnu »

Là-haut sur la montagne

À peine rentré d’Asie centrale, j’ai repris le chemin des festivals pour le compte de Bachtrack. La semaine dernière c’était à Nîmes pour des « Rencontres musicales » de premier plan : Rencontres au sommet

De gauche à droite : Shuichi Okada, Théo Fouchenneret, Liya Petrova, Grégoire Vecchioni, Aurélien Pascal (Photo JPR)

Ce week-end, c’est l’ouverture de la 20e édition du Festival et de l’Académie de Zermatt, dans le cadre somptueux de la station du Haut-Valais au pied du Cervin. Comptes-rendus à suivre bien sûr sur Bachtrack.

Découvrir Zermatt

Lorsqu’on m’a proposé de « couvrir » ce festival, j’ai sauté sur l’occasion sans réfléchir.

La Suisse, je la connais bien (lire L’été 69), j’y ai mes racines maternelles. Les dernières vacances familiales à l’été 1972, quelques mois avant la mort prématurée de mon père, c’était à quelques encablures d’ici, à Crans Montana : l’été faisait du yoyo. Le 15 août mes soeurs et moi étions allés avec mon père au cinéma voir La folie des grandeurs, en sortant il neigeait ! Le Valais donc, ce canton prospère du sud de la Suisse, bilingue franco-alémanique, je l’avais parcouru en tous sens dès l’enfance, mais jamais – pour quelle raison ? – je n’étais venu jusqu’à Zermatt.

La déception de l’arrivée sous un ciel humide et bas a vite laissé la place à l’émerveillement du réveil ce vendredi : le Cervin fraîchement enneigé surgissant de la nuit devant ma fenêtre d’hôtel

Le nom allemand du sommet est Matterhorn, ce qui explique le nom de la cité, comme le relate excellemment la fiche Wikipedia : « Le toponyme en allemand, Matterhorn, dérive de Matt (« pré » en suisse allemand et en langue walser – cf. le titsch de Gressoney-Saint-Jean Wisso Matto, en allemand Weissmatten, en français « Prés blancs ») ; et de Horn, c’est-à-dire « corne », le nom de la plupart des sommets des Alpes valaisannes et des Alpes valdôtaines limitrophes, situés notamment entre la vallée du Lys et le val d’Ayas (traduits en français par « Tête »). Par conséquent, la vallée de Zermatt, en allemand « Mattertal » est la « vallée des prés », et Zermatt est « le pré » (zerétant l’article contracté défini féminin avec préposition de lieu en langue walser)« 

Je suis resté longtemps saisi par une émotion indescriptible. Les souvenirs d’enfance affluaient à ma mémoire, le souvenir aussi tout récent des quelques heures passées la semaine dernière auprès de ma mère à Nîmes, de plus en plus repliée sur des bribes d’enfance et de passé révolu, le check-in à l’hôtel en schwyzerdütsch et puis ces « madeleines » comme la confiture de cerises noires au petit déjeuner, ou ce cidre brut d’une marque qu’on ne trouve qu’en Suisse, dégusté au Gornergrat.

L’excursion au Gornergrat est une figure obligée pour tout visiteur. Le spectacle au sommet est unique au monde, d’une beauté à couper le souffle. Toutes les photos sur Facebook à voir ici.

Zermatt, outre sa qualité première de village sans voiture, s’est préservée de toute construction anarchique, et prend un soin méticuleux à conserver son patrimoine bâti.

Sergio Mendes forever

Sergio Mendes est mort, et j’avais oublié de le mentionner dans mon billet de l’été 2019 : La découverte de la musique, lorsque son ami Joao Gilberto avait pris congé…

Michel Barnier et puis ?

D’un ami, ancien conseiller présidentiel, j’avais aimé cette formule sans appel : « C’est difficile de choisir un premier ministre quand on n’en a jamais eu » …

Je n’ai pas été mécontent – euphémisme ! – d’être loin de France pendant toute cette séquence surréaliste. J’aurais fini par avoir honte d’être Français.

Honte d’un président de la République qui a méthodiquement détruit tous les espoirs qu’il avait pu susciter et fait le vide autour de lui. Honte d’une gauche définitivement aliénée à ses pires démons. Honte d’un personnel politique à droite comme au centre qui ne comprend plus rien à la réalité du pays. Honte aussi d’une arrogance bien française, alimentée par la plupart des médias, qui consiste à ne jamais regarder ce qui se passe autour de nous – en Allemagne, en Belgique, en Italie – où la formation d’un gouvernement, d’une coalition politique, peut prendre des semaines et des mois.

Alors Michel Barnier ? Pourquoi pas… ça n’arrive pas à tout le monde de débuter comme plus jeune député et de finir comme plus vieux Premier ministre. Faute de mieux !

Bruckner et alors ?

On y est, on l’avait annoncé : Les anniversaires 2024 : Bruckner. Le compositeur autrichien est né le 4 septembre 1824 à Ansfelden près de Linz.

Honnêtement, on n’a rien attendu, ni rien à attendre de ce bicentenaire. Rien à découvrir de caché, aucune nouvelle édition « originale », certes quelques nouveautés discographiques plutôt marginales. Mais une « première » au festival de Salzbourg le 15 août dernier : Riccardo Muti dirigeant la 8e symphonie à la tête des Wiener Philharmoniker ! Peut-être pas indispensable…

Alors pour marquer le coup, indépendamment de mes « références » Jochum, Schuricht (relire mon billet de janvier), quelques versions que je chéris particulièrement des symphonies et de quelques grandes oeuvres chorales de Bruckner :

1ere symphonie (1868) : pourquoi pas l’une des premières gravures du jeune Claudio Abbado avec l’Orchestre philharmonique de Vienne (1970) pour Decca… et la toute dernière à Lucerne en août 2012

Symphonie n°2 (1872)

C’est par Carlo-Maria Giulini et sa version enregistrée, en 1974, avec l’orchestre symphonique de Vienne que j’ai naguère découvert cette 2e symphonie. Je lui garde toutes mes faveurs.

Symphonie n°3 (1874)

Carl Schuricht bien sûr avec les Wiener Philharmoniker, mais aussi le grand Kurt Sanderling et le formidable Gewandhaus de Leipzig ou un « live » de 1978 aux Prom’s.

Signalons aussi un « live » prodigieux à Amsterdam, qu’on trouve désormais dans un coffret issu de la monumentale (et très coûteuse) édition de prises de concerts de l’orchestre amstellodamois.

Symphonie n°4 (1874)

La plus connue, la plus jouée (?) des neuf symphonies, peut-être à cause de son surnom « Romantique », est aussi la plus enregistrée. Il y a pléthore d’excellentes versions. Celle-ci est un peu passée sous les radars : Istvan Kertesz (1929-1973) l’enregistrait en 1966 avec l’orchestre symphonique de Londres.

Symphonie n°5 (1878)

Sans doute impressionné par sa longueur, son aspect monumental, c’est la symphonie de Bruckner que j’écoute le moins. Peut-être est-ce pour cela que j’aime la version du jeune Lorin Maazel à Vienne, parce qu’il ne la traite pas justement comme un monument, peut-être un peu trop « tchaikovskien » ?

On aura bientôt la chance de redécouvrir la somme enregistrée à Cleveland par Christoph von Dohnányi qui fête ses 95 ans (!) ce 8 septembre, en particulier les 6 symphonies de Bruckner qu’il a gravées et qui n’ont jamais été bien distribuées en France

Symphonie n°6 (1881)

A l’inverse de la Cinquième, c’est sans doute la symphonie de Bruckner que j’écoute le plus souvent. Je pourrais citer Klemperer, Rögner, Haitink, Sawallisch dans mes favoris, mais j’ai découvert récemment cette réédition d’un chef magnifique, qui n’a jamais bénéficié de la notoriété de ses contemporains, Ferdinand Leitner (1912-1996)

Je me rappelle avoir programmé cette 6e symphonie à Liège en 2008 avec le chef finlandais Petri Sakari. Grand souvenir !

Symphonie n°7 (1884)

Ici aussi pléthore de grandes versions. Pour l’émotion de ce concert de 2005 – avec en première partie Alfred Brendel dans Beethoven ! – Claudio Abbado au festival de Lucerne.

Symphonie n°8 (1892)

Au disque, définitivement et sans concurrence, Eugen Jochum à Berlin.

Et en vidéo, ce témoignage bouleversant d’un Karajan en fin de vie qui y jette ses dernières forces.

Symphonie n°9 (1887)

Comme Jochum pour la 8e, j’en reviens toujours à Carl Schuricht pour la 9e symphonie, magnifique gravure en stéréo (1961) avec l’Orchestre philharmonique de Vienne. Et un deuxième mouvement qui est véritablement un scherzo…

Pour les oeuvres chorales, en dépit de quelques réussites individuelles, la somme enregistrée par Eugen Jochum reste insurpassée.

PS Je préfère anticiper les commentaires/reproches que la publication de ce billet va inévitablement susciter. Ce sont ici quelques choix très subjectifs, qui ne prétendent aucunement constituer une sorte de « discothèque idéale » de Bruckner encore moins résumer ma propre discothèque en la matière. Inutile donc de me rappeler les mérites de Blomstedt, Celibidache, Karajan, Klemperer, Jochum/Dresde, Masur, Skrowaczewski, Wand et tant d’autres… !

Paris 2024 : les classiques de l’ouverture

Retour sur la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris : tous, même les grincheux et coincés que je brocardais dans mon dernier billet (Hymnes à l’amour), ont noté que Thomas Jolly n’avait pas oublié de faire une place à la musique et aux musiciens classiques. Comment aurait-il pu négliger ce qui fait une part essentielle de son activité de metteur en scène (Macbeth Underworld de Pascal Dusapin, Fantasio d’Offenbach – les deux donnés à l’Opéra-Comique – Roméo et Juliette de Gounod à l’Opéra de Paris, pour ne citer que les plus récentes productions, et bien sûr Starmania à la Seine musicale) !

Mais le plus remarquable, et c’est une vraie différence avec les quelques très rares émissions de télévision dévolues à la musique classique, Thomas Jolly a respecté les artistes, les compositeurs et les oeuvres, même dans la contrainte d’un spectacle d’une telle ampleur qui n’avait certes pas prévu le déluge qui a arrosé la cérémonie ! Il a aussi évité d’inviter les stars habituelles des plateaux télé, on ne citera pas de noms (l’un d’eux, sans doute vexé de ne pas être de la fête, a ostensiblement posté vendredi une photo de lui avec ses deux filles à la plage !). Il a ainsi fait découvrir à des millions de téléspectateurs, en France et dans le monde, des talents qui n’étaient souvent connus que d’un cercle restreint de mélomanes.

Reprenons le fil de la cérémonie

Félicien Brut

Félicien a été un abonné du Festival Radio France, où je n’oublie pas qu’il avait accepté de relever le défi d’un « Festival autrement » à l’été 2020 après que nous avions dû annuler l’édition prévue pour cause de pandémie (voir Demandez le programme) :

Il avait remis cela en 2021 – La fête continue – avec une belle bande de copains, Jordan Victoria, Thomas Enhco, Thibaut Garcia, Édouard Macarez pour un hommage survolté à Piazzolla !

Mais l’image de Félicien Brut (on ne prononce pas le « t » final) juché sur le pont d’Austerlitz, apparaissant après l’écran de fumée tricolore, au tout début de la cérémonie, restera, pour lui, pour les Auvergnats (lire dans La Montagne : Félicien Brut a illuminé la cérémonie d’ouverture), pour nous tous, un moment de grâce poétique.

Marina Viotti

La grande soeur de Lorenzo Viotti, la fille chérie du chef Marcello Viotti (1954-2005) a fait le bonheur des mélomanes parisiens ces deux dernières saisons, après sa nomination aux Victoires de la musique classique en 2023. Dans la cérémonie d’ouverture, elle a fait partie de l’un des tableaux les plus puissants, en interprétant la chanson révolutionnaire Ah ça ira avec le groupe de heavy metal Gojira, et surtout un extrait de Carmen

Jakub Jozef Orlinski

L’apparition de Jakub Józef Orliński, en breakdancer puis chanteur, fut un peu décousue et mal filmée.

Mais cela m’a rappelé combien l’artiste est aussi doué que très sympathique. Souvenir d’une belle soirée au Festival Radio France en juillet 2021.

Alexandre Kantorow ou le piano englouti

On se rappellera longtemps cette image d’Alexandre Kantorow (maintes fois célébré sur ce blog) jouant les Jeux d’eau de Ravel sous le déluge…

La nouvelle Marseillaise

Quelle idée géniale d’avoir confié à l’une des jeunes chanteuses françaises les plus prometteuses, lauréate du concours Voix d’Outre Mer 2023, Axelle Saint-Cirel, le soin de chanter La Marseillaise !

On se souviendra d’elle comme d’une autre de ses illustres aînées, Jessye Norman, sur la place de la Concorde pour le bicentenaire de la Révolution, en 1989.

Il faut évidemment aussi mentionner la Maîtrise, le Choeur de Radio France et l’Orchestre national de France, leur chef Cristian Macelaru… qui n’ont pas non plus échappé à la pluie et qu’on a à peine aperçus…

Musiques olympiques

Le sujet s’impose en cette journée d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024 : quelles musiques ont été inspirées, commandées, exécutées pour les précédentes cérémonies ?

On y ajoutera un chapitre plus historique, qui a résonné récemment de manière vraiment absurde : l’histoire d’une organisation de concerts parisienne.

Olympics

France Musique a, comme d’habitude, bien fait les choses ce matin. À (ré)écouter absolument : Au tempo des JO.

Revue de détail des oeuvres spécialement composées pour les cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques.

Premiers jeux à Paris en 1924

C’est au clarinettiste militaire Francis Popy que revient de composer cette marche.

Les fanfares, les harmonies, n’ont pas oublié le compositeur de musique « légère » qu’était Popy (et qu’affectionnait particulièrement l’ami Benoît Duteurtre, à qui l’on pense encore tout particulièrement à la veille de son inhumation dans sa terre des Vosges).

Los Angeles 1984 et John Williams

À 90 ans (!), John Williams faisait ses débuts avec l’orchestre philharmonique de Berlin. On ne peut évidemment pas comparer les prestations de 1984 et 2023 ! Voir John Williams #90

Rio 2016 : pourquoi le Brésil ?

Soyons honnête, l’oeuvre du compositeur espagnol Lucas Vidal, surtout connu pour ses musiques de film (Fast and Furious 6) ne brille pas par son originalité. En dehors de quelques rythmes brésiliens glissés ici et là, on ne voit guère de différence avec le Hollywood de John Williams

Tokyo 2020 : l’universalisme de Naoki Satō

Rien de très japonais dans cette ouverture à choeur ouvert, un peu moins martiale sans doute.

Pout ce qui est de Paris 2024, il faudra attendre ce soir pour découvrir l’oeuvre de Victor Le Masne, même si on en a déjà un avant-goût

La Loge Olympique

Qui se rappelle, à l’heure des Jeux Olympiques de Paris, l’affaire délirante qui a défrayé la chronique en 2016 ? Alors que Julien Chauvin et la nouvelle formation qu’il avait constituée autour de lui souhaitaient relever le nom de l’une des plus illustres organisations de concert du XVIIIe siècle à Paris – le Concert de la Loge olympique –, ils en furent interdits, malgré toutes les protestations et pétitions, par une décision de justice : Le Concert de la Loge Olympique vs le Comité national olympique : quand Goliath écrase David.

J’appris alors, comme tout le monde, que l’adjectif « olympique » est, depuis 1976, la « propriété » du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) ! Incroyable mais vrai !

Cela n’a heureusement pas empêché Julien Chauvin et son Concert de la Loge xxxxx de grandir et prospérer (en passant notamment par Montpellier) et d’honorer les compositeurs qui furent les hôtes et les inspirateurs de leur ancêtre du XVIIIe siècle, au premier rang desquels Haydn et ses fameuses six Symphonies Parisiennes.

Parmi les nombreuses versions des Symphonies parisiennes (N°82 à 87), j’ai une affection pour un album que je n’ai jamais vu en France, qui n’est jamais cité dans aucun guide, et qui témoigne à tout le moins de l’étendue du répertoire d’un chef infatigable, qui continue de parcourir le monde et les podiums à bientôt 89 ans, Charles Dutoit