La nonne et son ténor

IMG_5973

C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.

Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), Thierry Fouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…

IMG_5972

Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans ForumoperaLe Monde.

On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounod pendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.

Et, à l’Opéra-Comique même, que de redécouvertes : Le Comte Ory en décembre dernier, Le Timbre d’argent  en juin 2017, Fantasio, Le Pré aux Clercset bien d’autres sous l’ère Deschamps (Du rire aux larmes)

Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille. 

Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?

Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres (Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra. 

IMG_5986

 

Fantastique Fantasio

On a rarement eu de mauvaises surprises dans la programmation de l’Opéra Comique du temps de Jérôme Deschamps (Du rire aux larmes). 

Olivier Mantei poursuit sur la même lancée victorieuse, il espérait inaugurer le théâtre rénové par ce Fantasio dont nous avions parlé il y a plus de deux ans. Raté pour la salle Favart – mais y a-t-il jamais eu, en France, un chantier terminé à temps ? – mais pari formidablement relevé pour cette nouvelle production qui a trouvé un beau refuge sur la scène du Châtelet (qui doit aussi fermer bientôt pour rénovation, vous suivez ?).

Les spectateurs du Festival de Radio France et les millions d’auditeurs qui, grâce à France Musique, ont pu entendre, dans le monde entier, le concert du 18 juillet 2015, avaient déjà admiré une partition du meilleur Offenbachreconstituée par le grand spécialiste Jean-Christophe Keck, donnée dans une distribution éblouissante…

11219131_10153439694448194_6380105925159628429_n(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa en Fantasio, Omo Bello en Elsbeth le 18 juillet 2015 à Montpellier).

Sur la scène du Châtelet, on retrouve la révélation de cette version de concert, Marianne Crébassa, dans le rôle titre, ainsi que Jean-Sébastien Bou qui chantait déjà le prince de Mantoue, Loic Felix (Marinoni), Enguerrand de Hys (Facio) et toute une fine équipe de chanteurs, admirablement mis en scène par l’inventif et facétieux Thomas JollyDans la fosse, Laurent Campellone tire des sortilèges de poésie de l’orchestre philharmonique de Radio France.

Mention spéciale pour le programme vendu au public. Un parfait exemple de pédagogie intelligente, comme on aimerait en lire plus souvent. D’abord toute l’aventure de la « fabrication » de ce Fantasio, le making of (Chroniques d’un opéra), des textes clairs, sans jargon pour spécialistes, très documentés sur le compositeur, l’ouvrage, Mussetl’Opéra comique, les interprètes… Exactement ce qu’il faut pour enrichir l’expérience du spectacle.

16711510_10155000626068194_6980817307781861333_n

Il faut donc courir voir ce Fantasio, ou le repérer sur CultureBox et sur France Musique !

Les voix de Marianne

Je ne sais pas quel visage aura l’emblème de notre République dans six mois (Primaire : effets secondaires), je sais que, lundi soir, c’est une Marianne rayonnante qui nous a enchantés salle Gaveau à Paris.

L’essentiel du programme de Marianne Crebassa reprenait les airs mozartiens de son premier disque.

71d2cdbaxql-_sl1500_

Marianne Crebassa est une fidèle du Festival de Radio France Montpellier, où elle a fait ses débuts à 21 ans. En 2015, elle était « le » Fantasio d’Offenbach (lire : Le Fantasio de Montpellier), qu’elle sera à nouveau pour la réouverture de la saison de l’Opéra Comique en 2017.

Sa récente interview dans Le Monde témoigne, s’il en était besoin, de l’intelligence et de la réflexion de la jeune musicienne sur son métier, son avenir. On souhaite à notre Marianne une longue et belle vie !

 

Chérubins

Quelle que soit son étymologie, le chérubin (https://fr.wikipedia.org/wiki/Chérubin) est l’exact contraire du personnage de Beaumarchais, Mozart ou Massenet.

Tombeau_du_chanoine_Lucas_Amiens_Ange_pleureur130608

(L’ange dormeur / Cathédrale d’Amiens)

La bonne idée c’est d’ouvrir la saison de l’Opéra de Montpellier avec le Chérubin  de Massenet, si rare à la scène que personne dans le public de la première ne se rappelait l’avoir déjà vu.

Ce n’était pour moi qu’un bel enregistrement, longtemps le seul :

51Fwy80TlqL

Trois beaux rôles féminins, les hommes étant – pour une fois – réduits à l’état de comparses, même si le Philosophe a une fonction honorable. Sur le plateau de l’Opéra Comédie, pas de star, mais un trio très réussi comme Valérie Chevalier sait les composer : Marie-Adeline Henry en pulpeux Chérubin, Cigdem Soyarslan sensuelle et fruitée Ensoleillad et Norma Nahoun, en Nina toute de fraîcheur et de naïveté amoureuse. Tous leurs camarades sont au même niveau, et on apprécie le clin d’oeil à la grande Michèle Lagrange qui caractérise à merveille une Comtesse en pâmoison.

La mise en scène et les décors très sixties de la fille, Juliette Deschamps, et de la mère, Macha Makeieff, n’ont pas fait l’unanimité. Qu’importe ! Tant pis pour ceux qui n’apprécient pas l’humour décalé, les clins d’oeil parfois insistants à une époque. Moi j’ai adoré, d’autant plus que, dramatiquement, l’ouvrage de Massenet peine à retenir l’attention. Qu’on en rajoute un peu ne me gêne pas, bien au contraire !

Massenet, en revanche, c’est toujours bien troussé musicalement. Et exigeant pour les interprètes ! L’orchestre et le chef n’ont pas le temps de bader, Jean-Marie Zeitouni et l’Orchestre national de Montpellier s’en tirent avec tous les honneurs (mention spéciale pour les mandolinistes et percussionnistes additionnels).

Bref une belle soirée, et ce salutaire rappel que le patrimoine lyrique français non seulement mérite d’être joué et diffusé, mais qu’il attire, intéresse un public beaucoup plus curieux que le cercle restreint des mélomanes dits « avertis ». Il n’est que de rappeler le succès, l’été dernier, des ouvrages que le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon a présentés : Don Quichotte chez la duchesse de Boismortier, Fantasio d’Offenbach et La Jacquerie de Lalo et Coquard.

http://www.forumopera.com/fantasio-montpellier-festival-jai-envie-de-prendre-pour-maitresse-une-fille-dopera

http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/festival-radio-france-montpellier-la-jacquerie-de-lalo

La fête continue

S’ils le disent et l’écrivent tous, c’est que ça doit être vrai : les festivals cet été font le plein, selon les observateurs les plus critiques ! Celui qui nous occupe à Montpellier non seulement ne déroge pas à ce constat, mais fait exploser les prévisions les plus optimistes.

Tant mieux ! C’est la meilleure garantie pour l’avenir et sans trahir le secret de leurs délibérations, on est heureux des décisions prises ce lundi à l’unanimité par les parties prenantes et qui ouvrent de belles perspectives. Ce ne sont pas encore les lendemains qui chantent, mais on est conforté dans une stratégie gagnante.

Il faut dire qu’on a été gâtés en émotions fortes ce week-end. Un Fantasio au casting de rêve, une création par un Orchestre National de France en grande forme.

11219131_10153439694448194_6380105925159628429_n(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa, magnifique Fantasio, Omo Bello en Elsbeth virtuose, Friedemann Layer et l’Orchestre National de Montpellier à leur meilleur)

11709610_998630426836334_450192494214077893_n

(Le compositeur René Koering et les interprètes de son concerto pour piano, créé par Yuri Favorin, Alexander Vedernikov et l’Orchestre National de France)

Ce lundi défilé en direct sur France Musique de la « génération 1985 », à laquelle succédait dans un Corum comble le récital de Piotr Anderszewski, un pianiste décidément rare à tous les sens du terme. Ce soir invités pour la première fois au Festival les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine et mon ami Paul Daniel avec la mezzo Sarah Connolly : la 5e symphonie de Mahler, et – clin d’oeil à la Belgique en ce jour de fête nationale – les six Lieder de Zemlinsky sur des poèmes de Maeterlinck !

11745930_1624265984479064_6537288773938186216_n(Il faut toujours une photo pour immortaliser un concert-anniversaire, merci à Marc Ginot ! De g.à dr. René Koering, JPR; Jean-Noël Jeanneney – co-fondateur du Festival en 1985 comme président de Radio France avec Georges Frêche, alors maire de Montpellier -, Damien Alary, président du conseil régional Languedoc Roussillon, Mathieu Gallet et Philippe Saurel, maire, président de Montpellier-Métropole)

Fièvre estivale

« S’il fallait définir la notion de festival, il faudrait prendre pour exemple Radio France Montpellier« . C’est ainsi que commence l’article de Philippe Venturini dans Les Echos du 13 juillet, il se termine par : « Mieux qu’un festival, un festin« .

On est évidemment heureux de tels « papiers », on risquerait le soupçon de flagornerie s’ils ne traduisaient le sentiment du public : http://www.lamarseillaise.fr/culture/festivals/40374-l-emotion-moteur-du-festivalier-radio-france.

Un 14 Juillet voué à l’amour, conclu par une prestation des soeurs Labèque, où l’attendu (une version de West Side Story décoiffante avec 2 pianos et percussions) s’est mêlé à la surprise avec Star Cross’d Lovers de David Chalmin. L’histoire de Roméo et Juliette revisitée par de fabuleux breakdancers comme en écho aux Jets et aux Sharks de la comédie musicale de Bernstein.

Mercredi soir la première d’une série de trois représentations, à l’Opéra Comédie, de Don Quichotte chez la Duchesse de Bodin de Boismortierun spectacle déjà vu à Versailles et à Metz, mais jamais encore à Montpellier, où pourtant les maîtres d’oeuvre, Hervé Niquet et son Concert spirituel, Gilles et Corinne Bénizio (alias Shirley et Dino) n’en sont pas à leur coup d’essai. À entendre, dans et à la sortie de la salle, les réactions du public, et à lire les premières critiques, on se dit qu’on a encore touché juste !

11224152_10153039334642602_3976528105797801206_n 11755191_10153039201622602_5503325679037834084_n

Ce soir on va enfin trouver le temps d’aller voir ce qui remplit l’amphithéâtre du Domaine d’O : le jazz, une « spécialité » Radio France depuis toujours. Demain la rumeur annonce une soirée mémorable avec la redécouverte de Fantasio d’Offenbach. 

Bref on ne sait plus où donner des yeux et des oreilles, la fièvre s’est emparée du festival !

Comble de bonheur, on reçoit en même temps le second volume des rééditions du legs Deutsche Grammophon du grand chef hongrois, Ferenc Fricsay, disparu prématurément d’un cancer à 49 ans en 1963. Après le symphonique et le concertant, c’est le lyrique et le  choral qui font tout le prix de ce coffret.

91s5a7B0kTL._SL1500_

Que de merveilles : des Mozart (Noces, Enlèvement, Don Giovanni, Flûte) où se retrouvent les Seefried, Fischer-Dieskau, Streich, Capecchi, Stader, bref la légende, deux Requiem de Verdi, un de Mozart (avec Grümmer), une Messe en ut du même Wolfgang, qui a mal vieilli – la faute aux dames solistes – une Carmen exotique en allemand, un Fidelio d’anthologie. Indispensable donc !