Ave César

Ce n’est pas la première fois – loin s’en faut – que j’évoque la figure de César Franck sur ce blog. D’avoir travaillé quinze ans dans sa ville natale, ça vous marque à vie ! Et je ne m’en plains pas, même si j’ai parfois fait une allergie à l’oeuvre la plus célèbre du compositeur né à Liège le 18 décembre 1822, son unique symphonie en ré mineur. Même si j’ai eu la responsabilité de la faire enregistrer deux fois par l’Orchestre philharmonique royal de Liège, par deux de ses directeurs musicaux. Deux versions l’une et l’autre multi-récompensées (un Diapason d’Or pour la plus récente – Christian Arming – une « référence » pour les guides Penguin et Gramophone, pour La Tribune des critiques de disques de France Musique – Louis Langrée)

Nouveautés et redites

Le bicentenaire de la naissance de Franck allait-il être l’occasion de découvertes ou redécouvertes, pour enrichir notre connaissance – et la discographie – d’un compositeur qui ne peut être réduit à une dizaine d’oeuvres ? La réponse, pour le moment, est plutôt négative. Même s’il y a eu quelques belles initiatives du côté de Musique en Wallonie et du Palazzetto Bru Zane (lire De César à Hulda).

Warner (ex-EMI) livre un coffret de 16 CD qui n’est pas à la hauteur de précédentes compilations (on pense au coffret Saint-Saëns) et qui déçoit même dans le choix des versions à quelques exceptions près. Aucun enregistrement récent, les fonds de tiroir (l’oeuvre d’orgue sous les doigts si ennuyeux de Marie-Claire Alain !).

De la symphonie justement, Warner aurait profiter de ce coffret pour proposer plusieurs versions à son catalogue – Karajan, Plasson, Cluytens, Beecham, Muti, Jordan, Klemperer, Martinon, on en passe et des meilleures – au lieu de quoi juste Giulini avec le Philharmonia et l’ancêtre Philippe Gaubert.

Seul véritable intérêt la réédition d’un « live », les Béatitudes, données aux Invalides, comme aboutissement d’un projet des quatre radios publiques francophones (Radio France, Radio Canada, RTBF, Radio suisse romande), avec un chef suisse, Armin Jordan, un orchestre et un choeur français, l’Orchestre philharmonique et le choeur de Radio France, et des solistes belges et canadiens.

Et surtout la version remasterisée de l’intégrale de Psyché, poème symphonique pour choeur et orchestre, dans la vision insurpassée de Paul Strauss et de l’Orchestre de Liège, captée en 1976 pour EMI.

La nouveauté est à chercher du côté de la Belgique et de l’éditeur Fuga Libera qui publie deux coffrets – l’un pour la musique de chambre, on y reviendra – l’autre pour les oeuvres symphoniques.

C’est un projet co-produit avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Il a au moins le mérite de comporter plusieurs nouveautés, et plusieurs inédits, comme des oeuvres concertantes pour piano (sous les doigts exceptionnels de Florian Noack.

C’est à l’actuel chef de l’orchestre, le sympathique Gergely Madaras, qu’a été confié un nouvel enregistrement intégral de Psyché, avec le choeur de Radio France (!) La comparaison entre Paul Strauss (ci-dessus) et son lointain successeur, dans le même extrait, le début de Psyché, n’est pas toujours à l’avantage du jeune chef hongrois,

Autres interrogations : alors que l’OPRL a enregistré, certes sous le label Musique en Wallonie, une intégrale de Rédemption, pourquoi n’en proposer dans ce coffret que l’interlude symphonique ?

Alors que l’Orchestre a enregistré trois versions de la Symphonie (cf. supra), outre Langrée et Arming, celle de Pierre Bartholomée parue en 1977, qui est aussi longtemps restée une référence, pourquoi n’en avoir inclus qu’une seule – Arming – dans ce coffret ? Belle occasion manquée !

#RVW 150 (III) : Happy 150 Sir Ralph

Aucune chance que l’événement fasse les gros titres, sauf peut-être au Royaume-Uni. C’est aujourd’hui le sesquicentenaire (le mot chic pour dire 150ème anniversaire !) de Ralph Vaughan Williams, le grand compositeur britannique du XXème siècle, né le 12 octobre 1872 à Down Ampney, ravissant village des Cotswolds dans le Gloucestershire (prononcer : Glôôst-cheure).

EMI avait édité en 2008 (pour le cinquantenaire de la mort de RVW) un coffret généreux de 30 CD. Warner vient de le « rhabiller » et on le conseille tout autant. Tous les détails du coffret ici.

On ne va pas de nouveau se lamenter que, sur le continent, on ignore quasiment l’oeuvre du plus grand symphoniste anglais – neuf symphonies – l’équivalent au XXème siècle d’un Chostakovitch ou d’un Prokofiev (lire Royal Ralph)

Si seulement cet anniversaire pouvait aussi faire connaître un aspect essentiel de l’oeuvre de RVW, le vocal, le choral, qui plongent leurs racines dans la tradition populaire des nations qui forment le Royaume-Uni.

Lors de l’hommage à Lars Vogt, le 4 octobre dernier, Ian Bostridge, accompagné par le violon de Christian Tetzlaff, en avait donné une illustration éloquente – une découverte pour le public de la Philharmonie et les auditeurs de France Musique. Quatre extraits du cycle de mélodies Along the Field.

Il y a tant à aimer et découvrir dans l’œuvre d’un compositeur finalement assez inclassable, à qui les tenants de l’avant-garde autoproclamée ont reproché de se tenir à l’écart des dogmes de la musique contemporaine post-Seconde école de Vienne. On s’aperçoit vite, dans ses œuvres vocales, que les sources populaires ne sont jamais loin. Et c’est ce qu’on aime chez Ralph Vaughan Williams non ?

Dans l’imposante discographie de Leonard Bernstein à New York, il y a « live » cette version à très grand effectif – on croirait la 8ème symphonie de Mahler ! de Serenade to Music.

Et puis, chez Vaughan Williams, comme chez Mahler, il y a ces cycles de mélodies magnifiques, qui puisent dans les sources populaires, ou les imitent. Les Songs of Travel de RVW font évidemment penser aux Lieder eines fahrenden Gesellen

Impossible d’être exhaustif sur Ralph Vaughan Williams en un seul article. On poursuivra d’ailleurs la série.

Souvenir simplement d’une intense émotion à l’écoute de ce qui est peut-être l’un des chefs-d’oeuvre de Vaughan Williams, sa Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis. Les seules fois où j’ai pu programmer un peu de RVW à l’Orchestre philharmonique royal de Liège, ce fut grâce à mon ami; l’excellent Paul Daniel, l’un des très grands chefs britanniques de notre temps.dont il faut chérir et rechercher les trop rares disques, notamment une intégrale des symphonies parues chez Naxos

Tables d’harmonie : Goebel, Zimmermann

Le CD est mort ? Vive le CD. En gros coffrets de préférence.

On est gâté en cette rentrée. Deux belles boîtes pour deux violonistes d’exception.

Le violon de la main gauche

Reinhard Goebel, rappelez-vous, le violoniste allemand, septuagénaire depuis juillet, est celui qui, à la fin des années 70, a surgi, avec son ensemble Musica antiqua Köln, comme un révolutionnaire dans un univers de la musique baroque déjà défriché par Leonhardt ou Harnoncourt. Ils cassent la baraque avec les concertos brandebourgeois, puis les Suites pour orchestre, de Bach, qui paraissent chez Archiv Produktion. La critique manque de s’étrangler…

Vous avez dit contraste ?

Depuis lors, Reinhard Goebel a construit une somme discographique principalement dédiée à la musique allemande. En 1990 lorsque sa main gauche se paralyse, il change de côté et maniera désormais l’archet du bras gauche, jusqu’à ce que, de nouveau, se manifeste la dystonie de la main gauche et le contraigne à abandonner son instrument en 2006 ainsi que la direction de l’ensemble qu’il avait fondé en 1973.

Cette somme est aujourd’hui rassemblée dans un magnifique coffret, où l’on retrouve des références jamais dépassées, notamment dans Bach et Telemann. Mais Biber (fabuleuses Sonates du rosaire), Hasse, Leclair, Heinichen, tout est admirable !

Frank Peter le Grand

Il est allemand lui aussi, n’a pas encore 60 ans, mais Warner lui offre un coffret absolument justifié. Frank Peter Zimmermann est né en février 1965 à Duisbourg. J’ai eu la chance de l’entendre et de l’inviter plusieurs fois à Liège et avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège : la veille de mon passage devant le grand jury qui allait me choisir comme directeur général de l’orchestre, le 24 septembre 1999, il jouait le concerto de Beethoven sous la direction du très regretté Patrick Davin (Liège à l’unanimité). Quelque temps après, il serait le soliste d’une partie de tournée de l’OPRL en Europe centrale sous la baguette de Louis Langrée (superbe 3ème concerto de Mozart).

Quand nous décidons avec Louis Langrée de consacrer toute une semaine de festival à Mozart, en janvier 2006, pour les 250 ans de la mort du Salzbourgeois, le nom de Frank Peter Zimmermann s’impose naturellement pour la symphonie concertante pour violon et alto. FPZ nous donne le nom d’un altiste dont il a entendu beaucoup de bien mais avec qui il n’a encore jamais joué : Antoine Tamestit.

La rencontre fait des étincelles, Louis Langrée se fera de l’un et l’autre des complices artistiques à vie. Et FPZ formera dès 2007 avec Antoine Tamestit et Christian Poltera un trio à cordes qui nous laissera de pures merveilles :

Warner a donc réuni tout ce que ce magnifique musicien avait enregistré pour EMI.

Puisse cette somme donner envie au public et aux mélomanes français de mieux connaître un musicien trop peu célébré dans l’Hexagone. Je voudrais signaler en particulier le duo formidable que formait FPZ avec le pianiste Alexander Lonquich, lui aussi trop peu connu chez nous.

#RVW 150 (II) : Royal Ralph

Bientôt le cent cinquantième anniversaire de la naissance du compositeur britannique Ralph Vaughan Williams, deuxième épisode d’une série commencée l’été dernier : #RVW 150 (1) : A Sea Symphony. Le 21 juillet, le Choeur de Radio France, l’Orchestre national de France, le baryton Gerald Finley et la soprano Jodie Devos, remplaçant Lucy Crowe initialement prévue, sous la houlette de Cristian Macelaru donnaient la grandiose première symphonie « A Sea Symphony » de Vaughan Williams lors d’une soirée quelque peu mouvementée du Festival Radio France (lire l’article de Remy Louis : À Montpellier, l’orchestre national de France sur une mer agitée).

RWV et la reine

Depuis la disparition de la reine Elizabeth, on n’a pas manqué de s’interroger sur le rapport de la défunte souveraine avec la musique et les musiciens, on n’a pas trouvé grand chose ! On a évidemment recherché les musiques qui avaient été jouées lors de son couronnement en 1953, la récolte a été un peu plus riche (cf. France Musique). Et l’on retrouve notre sesquicentenaire Ralph Vaughan Williams qui, pour le couronnement du 2 juin 1953, écrit une très pure et simple mélodie : O taste and see

Warner, avec un sens indéniable de l’opportunité, a d’ailleurs republié les musiques jouées lors du couronnement.

Tout Vaughan Williams

Ceux qui n’avaient pas eu l’idée ou la chance d’acquérir le coffret « collector » publié il y a une quinzaine d’années par EMI

ont une nouvelle opportunité d’acquérir cette somme de 30 CD rééditée par Warner. Indispensable évidemment !

Sans détailler le contenu de ce coffret, on peut noter que l’intégrale choisie pour les symphonies est celle, trop peu connue, d’un chef qui a passionnément servi la musique anglaise, Vernon Handley (1930-2008), que j’avais eu la chance d’inviter à Liège en 2001 pour diriger… Les Planètes de Gustav Holst !

Frédéric le grand

Il n’y a pas de hasard, juste les coïncidences du cœur.

Je reçois ce matin ce beau coffret, commandé il y a plusieurs semaines :

Et c’est ce mercredi que Frédéric Lodéon fête ses 70 ans, que France Musique lui a consacré une journée spéciale.

À mon tour de souhaiter un joyeux anniversaire à l’ami Frédéric !

Et de nous réjouir de retrouver enfin rassemblés ces formidables enregistrements du jeune Lodéon. Je pensais les avoir tous, j’en découvre que j’ignorais.

Le moment n’est plus à regretter que Frédéric ait lâché trop tôt son violoncelle, il est resté le musicien enthousiaste, le passeur de musique qui a donné envie à des millions d’auditeurs de France Inter puis de France Musique et de téléspectateurs sur France 3 et lors des Victoires de la musique classique. Tous ceux-là vont pouvoir maintenant découvrir ou redécouvrir l’archet vibrant, la chaleur du violoncelle de Frédéric Lodéon, le plus souvent entouré de ses amis ! Quelle bande magnifique, la si regrettée Daria Hovora, Pierre Amoyal, Augustin Dumay, Jean-Philippe Collard…

Et cerise sur le gâteau : c’est Frédéric Lodéon lui-même qui signe le texte du livret à la première personne. C’est évidemment passionnant d’abord parce qu’il décrit les coulisses de cette série d’enregistrements, le choix des répertoires et des partenaires, il présente ainsi chaque disque – on l’imagine le faisant à la radio ! –

Détails du coffret :

Strauss, R: Cello Sonata in F major, Op. 6

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Prokofiev: Cello Sonata in C major, Op. 119

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Haydn: Cello Concerto No. 2 in D major, Hob. VIIb:2 (Op. 101)

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Haydn: Cello Concerto No. 1 in C major, Hob. VIIb:1

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Cello Sonata No. 1 in B flat major, Op. 45

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Mendelssohn: Cello Sonata No. 2 in D major, Op. 58

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Boccherini: Cello Concerto No. 9 in B flat major, G482

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Boccherini: Cello Concerto No. 10 in D major, G483

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Bournemouth Sinfonietta Orchestra
  • Theodor Guschlbauer

Mendelssohn: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 49

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Mendelssohn: Piano Trio No. 2 in C minor, Op. 66

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)

Schumann: Fantasiestücke, Op. 73

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Adagio and Allegro in A flat major, Op. 70

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Stücke im Volkston (5), Op. 102

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Brahms: Clarinet Trio in A minor, Op. 114

  • Frédéric Lodéon (cello), Michel Portal (clarinet), Michel Dalberto (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 1 in D minor, Op. 109

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Cello Sonata No. 2 in G minor, Op. 117

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sicilienne, Op. 78

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Romance in A major for cello & piano, Op. 69

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Papillon, Op. 77

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Sérénade, Op. 98

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Fauré: Piano Trio in D minor, Op. 120

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin)

Fauré: Piano Quartet No. 1 in C minor Op. 15

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano), Augustin Dumay (violin), Bruno Pasquier (viola)

Beethoven: Triple Concerto for Piano, Violin, and Cello in C major, Op. 56

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
  • Orchestre National de l‘Opéra de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Ravel: Piano Trio in A minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Auric: Imaginées II

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Philippe Collard (piano)

Schumann: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 63

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 2 in F major, Op. 80

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Piano Trio No. 3 in G minor, Op. 110

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Fantasiestücke in A minor for Piano Trio, Op. 88

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean Moullière (violin), Jean Hubeau (piano)

Schumann: Cello Concerto in A minor, Op. 129

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Nouvel Orchestre Philharmonique
  • Theodor Guschlbauer

Lalo: Cello Concerto in D minor

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Caplet: Epiphanie

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Philharmonia Orchestra
  • Charles Dutoit

Indy: Concerto for Flute, Cello, Piano and Strings

  • Frédéric Lodéon (cello), Jean-Pierre Rampal (flute), François-René Duchâble (piano)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Boccherini: Cello Concerto No. 3 in G major, G480

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Boccherini: Cello Concerto No. 2 in D major G479

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre de Lausanne
  • Armin Jordan

Chopin: Grand Duo for Cello and Piano (on themes from Meyerbeer’s Robert le Diable)

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Cello Sonata in G minor, Op. 65

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Chopin: Introduction and Polonaise Brillante in C, Op. 3

  • Frédéric Lodéon (cello), François-René Duchâble (piano)

Schubert: Piano Trio No. 2 in E flat major, D929

  • Frédéric Lodéon (cello), Augustin Dumay (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Vivaldi: Cello Concerto in A minor, RV420

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C major, RV 400

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in B minor, RV424

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in G major, RV413

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Vivaldi: Cello Concerto in C minor, RV401

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre de Chambre Jean-Francois Paillard
  • Jean-Francois Paillard

Schubert: Sonata in A minor ‘Arpeggione’, D821

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Shostakovich: Cello Sonata in D minor, Op. 40

  • Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)

Tchaikovsky: Piano Trio in A minor, Op. 50 ‘In Memory of a Great Artist’

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Pascal Rogé (piano)

Saint-Saëns: Cello Concerto No. 1 in A minor, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Tchaikovsky: Variations on a Rococo Theme, Op. 33

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Fauré: Élégie in C minor, Op. 24

  • Frédéric Lodéon (cello)
  • Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
  • Armin Jordan

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 2

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Concerto for cello and orchestra No. 5

  • Frédéric Lodéon (cello), Ensemble Orchestral de Paris (chamber ensemble)
  • Jean-Pierre Wallez

Duport: Cello Duo No. 2 in D Minor

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Duport: Cello Duo No. 3 in G Major

  • Frédéric Lodéon (cello), Xavier Gagnepain (cello)

Schubert: Piano Trio No. 1 in B flat major, D898

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Piano Trio movement in B flat major, D28

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Schubert: Notturno in E flat major for piano trio, D897 (Op. post.148)

  • Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Jean-Philippe Collard (piano)

Saint-Saëns #100 : l’indispensable anthologie

Pour célébrer Saint-Saëns à l’occasion du centenaire de sa mort, peu d’éditeurs pourront concurrencer le très beau coffret que Warner nous offre.

On est loin d’une intégrale, tant Saint-Saëns reste, paradoxalement, un compositeur méconnu, notamment dans le domaine lyrique (heureusement l’Opéra Comique, le Palazzetto Bru Zane, ont commencé à combler notre ignorance dans ce domaine).

Mais ce coffret est très précieux, en ce qu’à partir d’un fonds EMI très riche, il nous restitue quantité de versions reconnues et de raretés oubliées. Une magnifique anthologie, qu’on doit à Philippe Pauly, et qui comblera les plus exigeants comme les nostalgiques des couleurs si typiquement françaises des phalanges hexagonales. Et pour la quasi-totalité de ces disques, des interprètes français ! Cocorico !

Pour les symphonies, c’est l’insubmersible intégrale de Jean Martinon avec le National qui a été retenue, pour les – trop rares – poèmes symphoniques un disque qu’on avait oublié – à tort – un autre grand serviteur de la musique française, Pierre Dervaux (1917-1990) à la tête de l’Orchestre de Paris, le même Dervaux dirigeant le New Philharmonia et le violoniste allemand Ulf Hoelscher (1942-) pour la première intégrale de l’œuvre concertante pour violon.

Les concertos pour piano sont proposés dans deux versions déjà signalées ici (Saint-Saëns #100 : les concertos pour piano) : l’indémodable Jeanne-Marie Darré avec Louis Fourestier en 1955, et l’excellent tandem Jean-Philippe Collard/André Previn)

Quant à la « fantaisie zoologique » – Le Carnaval des animaux – l’oeuvre la plus célèbre de son auteur, qui, une fois l’oeuvre créée à l’occasion d’un carnaval, en interdira toute exécution publique jusqu’à sa mort – elle est proposée en trois versions – pour formation de chambre, pour orchestre… et pour ensemble vocal (savoureux King’s Singers).

Ce coffret propose aussi les deux versions de référence du seul opéra encore joué de Saint-Saëns, Samson et Dalila : difficile (impossible ?) d’égaler les couples légendaires que formaient Rita Gorr et Jon Vickers, et vingt ans plus tôt Hélène Bouvier et José Luccioni.

On entre ensuite dans des zones nettement moins fréquentées de l’oeuvre de Saint-Saëns. On a oublié que le compositeur a occupé plus de vingt ans la tribune de l’orgue de la Madeleine – Liszt le décrit comme « le premier organiste du monde » : l’oeuvre qu’il a laissée pour l’instrument tient en deux forts disques joués par Daniel Roth sur l’orgue de l’église Saint Salomon Saint Grégoire de Pithiviers.

Quatuors, sonates, septuor, quintettes bénéficient des talents d’hier et d’aujourd’hui (Viotti, Hubeau, Charlier, Chamayou…).

On avait oublié que François-René Duchâble avait gravé – superbement – les deux cycles d’études pour le piano, et on retrouve les études pour la main gauche sous les doigts d’Aldo Ciccolini.

Il y a quelques « trous » dans ce coffret : deux versions du premier concerto pour violoncelle (Rostropovitch et Giulini à côté de la plaque), mais pas le second. Absence incompréhensible de la version de référence du 3ème concerto pour violon – celle de Nathan Milstein, alors qu’il y a par ailleurs nombre d’enregistrements historiques (dont le compositeur lui-même au piano)

De nombreuses transcriptions, quelques inédits pour deux pianos, un beau bouquet de mélodies, où l’on ne pensait pas croiser Dietrich Fischer-Dieskau ou Christa Ludwig. L’unique messe de l’organiste de la Madeleine nous ramène à Michel Corboz.

Enfin les quelques vraies raretés orchestrales sont le fait d’un artiste qui voue depuis longtemps une admiration à Saint-Saëns : Jean-Jacques Kantorow qui vient de signer avec Liège la référence moderne des symphonies, avait enregistré avec l’Ensemble Orchestral de Paris, toute une série de premières au disque, comme cette charmante Nuit à Lisbonne

Avec ce coffret, on a toutes les raisons de découvrir et d’aimer un compositeur surdoué, qui n’a cessé toute sa vie de surprendre et d’innover.

Saint-Saëns #100 : les symphonies

Le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns (1835-1921) va-t-il enfin donner lieu sinon à une édition discographique complète du moins à un élargissement substantiel du répertoire enregistré du compositeur français ? On attend de voir, mais on en doute un peu !

Ce week-end débat passionné, et passionnant, sur Facebook, à propos de la sortie prochaine d’une nouvelle intégrale des symphonies de Saint-Saëns par l’Orchestre national de France et son nouveau directeur musical Cristian Măcelaru.

Cinquante ans après la première intégrale réalisée par Jean Martinon à la tête de ce qui était alors l’Orchestre national de l’ORTF !

Certains estiment inutile cette nouvelle intégrale et souhaiteraient que les formations de Radio France explorent un répertoire moins couru…

Sans préjuger de ce que sera cette nouvelle publication, on ne peut pas non plus dire que les intégrales des symphonies de Saint-Saëns encombrent les rayons. Et pour avoir entendu Cristian Măcelaru et l’Orchestre national de France en concert dans trois des symphonies – pour le concert inaugural du chef roumain (Inauguration) il y a un an, en mai dernier toujours à Radio France (Le retour au concert), et en juillet dernier au Festival Radio France (La fête continue), je me réjouis de ce nouvel enregistrement !

Quels sont les autres choix ?

Marc Soustrot et l’orchestre de Malmö (Naxos)

Thierry Fischer et l’orchestre de l’Utah (Hyperion)

Le chef suisse Thierry Fischer a enregistré ces symphonies avec l’orchestre de l’Utah.

Jean-Jacques Kantorow Liège (BIS)

En février 2019, j’écrivais ceci (K. père et fils) :

Mais le bonheur de revoir Jean-Jacques Kantorow mercredi soir a été ravivé, s’il en était besoin, par l’annonce qu’il m’a faite de la réalisation prochaine chez BIS d’un projet que j’avais nourri depuis plus de dix ans, dans la ligne éditoriale qui est la marque de la phalange liégeoise : l’intégrale des symphonies de Saint-Saëns, avec Thierry Escaich sur les grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique pour la 3ème symphonie. Dejà impatient !

Je n’ai pas attendu la perspective du centenaire de sa mort pour m’intéresser à Saint-Saëns. Pendant mes années de direction de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, j’avais imaginé trois projets : l’intégrale des poèmes symphoniques, l’intégrale des cinq symphonies, et l’oeuvre concertante hors piano. Deux des trois sont aujourd’hui réalité.

Le premier CD a été récompensé d’un Diapason d’or (sept.2021)

Hallucinant Prestissimo « pris sur les chapeaux de roue » comme l’écrit François Laurent dans Diapason. Des Liégeois plus valeureux que jamais !

On consacrera un prochain billet à la discographie de la seule 3ème symphonie « avec orgue » dont il doit exister plusieurs dizaines de versions !

Les chefs de l’été (X) : Igor Markevitch et la zarzuela

Dans un billet de… 2015, je regrettais que le centenaire de la naissance d’Igor Markevitch (1912-1983) fût passé inaperçu et je remerciais Warner d’avoir – un peu – rattrapé le coup avec un coffret intéressant. Mais je notais : Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philipset Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Six ans après, j’ai été entendu, puisque l’infatigable Cyrus Meher-Homji (lire La fête de Meher), responsable de la branche classique d’Universal Australie, et à ce titre de la magnifique collection Eloquence, propose dans les semaines à venir de nous restituer la totalité des enregistrements d’Igor Markevitch pour Philips et Deutsche Grammophon.

Dans le coffret Philips il y aura de vraies raretés, que j’avais pu acheter en Espagne, mais jamais revues ailleurs depuis, notamment un disque d’extraits de zarzuelas – le coffret à venir en annonce deux !.

Les chanteurs, les choeurs, et même l’orchestre de la radio-TV espagnole sont parfois fâchés avec la justesse, mais inutile de dire que Markevitch donne l’impression d’être né dans cet univers si particulier de l’opérette espagnole (et même madrilène si on veut être historiquement plus précis).

Du soleil pour clore cette série estivale !

La quarantaine rugissante

Riccardo Muti fête ses 80 ans le 28 juillet prochain.

Pour l’occasion, Warner réédite la totalité de ses enregistrements symphoniques parus sous l’étiquette EMI, 91 CD avec les pochettes d’origine, alors que le chef italien était directeur musical successivement du Philharmonia Orchestra de Londres (1973-1982) et de l’orchestre de Philadelphie (1980-1992)

Voir tous les détails du coffret ici : Muti l’intégrale symphonique

Je pensais avoir acquis, au fil des ans, la quasi-totalité de ces enregistrements, sans y prêter toujours une grande attention. J’ai redécouvert, voire découvert des disques dont je ne me souvenais pas. Et surtout réévalué des versions que j’avais négligées.

Ce qui ressort, de manière presque caricaturale, de ces vingt et quelques années d’enregistrements, c’est l’évolution d’un jeune chef fougueux, cinglant (il n’a pas gagné pour rien le concours Guido Cantelli !), brillant, qui redonne une pleine jeunesse à une formation qui s’était assoupie sous le règne du vieil Otto Klemperer – le Philharmonia de Londres -, qui, la décennie suivante, tout juste quadragénaire, fait briller de tous ses feux Philadelphie, une phalange héritée en ligne directe de son légendaire bâtisseur Eugene Ormandy.

Chez Riccardo Muti, au fil des ans, la silhouette s’est empâtée comme sa direction. Le lendemain du concert de Nouvel an 2021, je le constatais dans ces lignes : Ces vieux qui rajeunissent…et inversement

La baguette affûtée, l’allure élégante ont laissé peu à peu la place à une sorte d’embourgeoisement confortable*, de perfection formelle un peu vaine. Témoin cette Neuvième de Beethoven, captée à Chicago, sans nerf, sans énergie, sans feu intérieur…

J’ai quelques souvenirs parisiens de concerts dirigés par Muti dans les années 80 et 90, c’était alors la sveltesse, l’allant, parfois l’audace. On retrouve tout cela dans une bonne moitié de ce coffret, quelques symphonies de Mozart, sa première intégrale des symphonies de Schumann, de superbes Mendelssohn 3, 4, 5…

Une intégrale des symphonies de Tchaikovski avec le Philharmonia (Muti reprendra les trois dernières symphonies avec Philadelphie quelques années plus tard) que j’ai redécouverte avec ce coffret : on y retrouve le chef napolitain con fuoco !

Faut-il penser que Muti a toujours été et reste d’abord un chef de théâtre, comme en témoigne d’abondance un legs discographique exceptionnel où dominent Mozart (la trilogie Da Ponte captée à Salzbourg), et bien sûr Verdi (à la Scala notamment) ? Dans ce coffret « symphonique » l’éditeur a glissé la quasi-intégrale des messes et requiems de Cherubini dont Muti s’est fait le héraut, ainsi que deux Requiem de Verdi (avec le Philharmonia et avec la Scala)

Mais s’il y a bien un répertoire où Muti, jeune ou moins jeune, semble ignorer le mouvement de « l’interprétation historiquement informée », c’est bien Vivaldi ou Haendel! Quelle étrange idée d’enregistrer à Berlin cette Water Music engluée dans un legato hors de propos (Kubelik avait fait de même avec les mêmes Berlinois pour DG) !

Et si c’était dans le post-romantisme d’un Scriabine, qu’on retrouvait le grand, l’admirable Riccardo Muti ?

* Riccardo Muti détient – selon Diapason – le record des chefs les mieux payés au monde pour son poste de directeur musical du Chicago Symphony !

Menuhin ou le chef oublié

En 2016, à l’occasion du centenaire de sa naissance, on a abondamment célébré Yehudi Menuhin (lire Quelque chose de Menuhin), Menuhin le violoniste.

Et à peu près complètement occulté Menuhin le chef d’orchestre !

Mozart

Dans le numéro de juin de Diapason, c’est pourtant Yehudi Menuhin chef d’orchestre qu’Hugues Mousseau a retenu pour son papier très documenté sur l’interprétation et la discographie d’un tube du répertoire d’orchestre, la symphonie n°41 dite « Jupiter » de Mozart.

Hugues Mousseau écrit ceci : « Menuhin trouve dans le Sinfonia Varsovia (Virgin, 1989) un ensemble servant à merveille l’effervescence de son approche. À un Allegro vivace dont la virulence prend appui sur une imparable pureté de style, répond un Andante cantabile aux contours fuyants, exempt de cette componction dans laquelle l’engluent tant de chefs. Après un Menuetto qui captive par sa rumeur de plein air, le Molto allegro tient toutes les promesses du premier mouvement : il exulte, rayonne, Menuhin y exalte l’esprit des Lumières. »

On retrouve les mêmes qualités, le même esprit dans une série magnifique d’enregistrements (ouvertures, symphonies 35 à 41, concertos) réalisés par Yehudi Menuhin à la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne et du Sinfonia Varsovia. Dans un coffret heureusement disponible.

À 79 ans, Yehudi Menuhin n’avait rien perdu de cette vision lumineuse, juvénile, de Mozart comme en témoigne ce rare document de concert :

Schubert

J’ai déjà évoqué les deux intégrales des symphonies de Schubert, gravées à vingt d’ans d’intervalle, qui, j’en suis sûr à peu près certain, tiendraient les premières places lors d’une écoute comparée à l’aveugle (lire Schubert à Santorin)

« …d’autres pépites de ce coffret ravivent le souvenir d’un musicien – Yehudi Menuhin – qui m’a toujours plus convaincu comme chef.. que comme violoniste (en tous cas dans les trente dernières années de sa carrière). Notamment dans une intégrale des symphonies de Schubert, gravée dans les années 60 avec la crème des musiciens londoniens (réunis sous l’appellation de Menuhin Festival !).
Je possède et connais nombre d’intégrales de ces symphonies (presque toutes ?). Je me demande si celle-ci (à ne pas confondre avec celle que Menuhin a faite, vingt ans plus tard, avec le Sinfonia Varsovia) n’est pas tout simplement idéale : juvénile, tendre, vraiment romantique dans les premières symphonies, et que tout cela chante, dans des tempi parfaitement équilibrés. Qu’on en juge :

Là où tant de chefs plombent la 4ème symphonie – impressionnés par son surnom de Tragique ? Menuhin, des années avant Harnoncourt et ses audaces, fait virevolter le troisième mouvement, un authentique scherzo

Dans la 9ème symphonie, elle aussi trop souvent longue, et si peu divine, sous maintes baguettes illustres (cf. les « divines longueurs » dont l’aurait gratifiée Schumann), on entend ici un 1er mouvement qui chante et vit dès la première phrase du cor et s’anime prodigieusement pour ne jamais laisser retomber l’intérêt.

Retour à la première symphonie, et à son 2ème mouvement, un authentique andante schubertien, qui avance d’un bon pas, danse et musarde dans l’insouciance

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La seconde intégrale avec le Sinfonia Varsovia est du même niveau… elle est devenue introuvable !

Beethoven

Menuhin dirigeant Beethoven, c’est l’un de mes grands souvenirs du Festival Radio France à Montpellier en 1996. Pour les 80 ans du violoniste/chef, invitation lui avait été faite de diriger l’intégrale des 9 symphonies avec le Sinfonia Varsovia.

Intégrale splendide parue d’abord sous étiquette IMG, puis reprise dans la collection Apex. Devenue elle aussi introuvable !

Même pour le 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven (lire Beethoven 250) personne n’a songé à les rééditer

Nielsen, Vaughan-Williams, Wagner…

Mais Lord Menuhin ne s’est pas arrêté aux grands classiques.

Menuhin a laissé des versions – bien entendu jamais citées nulle part ! – éloquentes, creusées, chaleureuses, de deux monuments si difficiles à bien réussir, la Siegfried Idyll de Wagner et la Nuit transfigurée de Schoenberg.

Quand Yehudi Menuhin se met à Dvořák, il donne l’une des versions les plus inspirées – et Dieu sait si les références abondent ! – de la 8ème symphonie (la Sérénade pour cordes n’est pas mal non plus)

Pour celui qui peut se targuer d’avoir enregistré son concerto sous la baguette du compositeur,

Elgar n’a pas de secret. Il donne des deux symphonies des versions puissamment lyriques, mais évitant tout empois victorien.

Alors ? Menuhin chef négligeable, médiocre ?

Peut-on demander à Warner de nous redonner, dans un coffret complet, ces trésors qui, à quelques exceptions près, dorment dans les archives ou ne se trouvent qu’au compte-gouttes chez des vendeurs de seconde main ?

Le beau portrait discographique qui a été réalisé en 2016 pour le centenaire du violoniste serait enfin complété.. et justifié !