Le 10 octobre 2017, j’intitulais mon billet La mort d’un gentilhomme : On aimerait tellement croire immortels ceux que nous aimons. Jean Rochefort on l’aimait – les médias, pour une fois, sont unanimes – parce qu’il était en somme tout ce qu’on aimerait être soi-même…
L’avant-dernier de cette prodigieuse équipe (il reste Belmondo), l’inimitable – et pourtant si souvent imité – Jean-Pierre Marielleest parti les rejoindre. Les hommages affluent, à la mesure de ce que le comédien laisse comme beaux souvenirs à chacun de nous. Très beau portrait dans Le Mondesigné Véronique Cauhapé : Jean-Pierre Marielle est mort à 87 ans
Comme pour Jean Rochefort, je n’ai rien vu, ni retenu de Marielle qui soit banal, médiocre.
Mais, comme tant de mélomanes ou de ceux qui le sont devenus grâce à ce film, c’est son incarnation de Monsieur de Sainte-Colombe dans Tous les matins du monde, le chef-d’oeuvre d’Alain Corneau (1991) qui m’a durablement marqué.
À vous revoir, Monsieur Marielle, dans ce film et dans tous les autres que vous nous laissez et qui nous consolent de votre départ !
L’autre grande voix disparue cette semaine est celle de la soprano irlandaise Heather Harper (8 mai 1930 – 22 avril 2019). Même génération que Marielle, mais bien moindre célébrité, sauf dans le coeur de mélomanes qui, comme moi, ont eu l’impression de l’avoir toujours eue dans leur famille d’artistes.
Ma première version du Messie de Haendel, c’était elle
Ma première version du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, c’était elle
Et puis dès que j’ai abordé les compositeurs britanniques, d’abord Britten (mais pas que), ce fut elle, toujours, ardente et magnifique, non pas à « défendre », mais à promouvoir, à aimer chanter ces oeuvres qui, à quelques notables exceptions près, resteraient méconnues sur le Continent.
On se rappelle les circonstances qui lui ont valu de chanter la création du War Requiemde Britten en mai 1962 à Coventry : Galina Vichnievskaia – qui gravera ensuite le disque – n’avait pas eu son visa de sortie d’Union soviétique !
Puis j’ai retrouvé Heather Harper chez Beethoven, Mahler, Richard Strauss…
(Extraordinaire Missa Solemnis « live » sous la direction d’un très grand chef)
Sesquicentenaire de sa mort oblige Berliozfait l’actualité : c’est le 8 mars 1869 que le French revolutionary meurt à Paris…
Une longue interview de « Monsieur Berlioz » alias Bruno Messina dans Le Monde de ce jour, au titre intrigant : Berlioz a cessé d’être ringard. Singulier, original, révolutionnaire oui, mais ringard vraiment ?
On ne se plaindra pas de l’abondance de nouveautés et de rééditions discographiques (voir Berlioz Complete works).
Par exemple de cette oeuvre si singulière qu’est Harold en Italie, « Symphonie en quatre parties avec alto principal »
Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires
« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »
Dernière nouveauté, Tabea Zimmermann, qui avait déjà gravé Harold deux fois avec Colin Davis
On avait croisé Antoine Tamestità la Côte Saint-André la veille de son concert avec John Eliot Gardiner. L’altiste français explique, de façon lumineuse, son rapport à l’oeuvre (Bachtrack, 11 février 2019)
« Harold en Italie est parfois mal compris, comme peut l’être la musique de Berlioz. Mais c’est un chef-d’œuvre où le génie inventif et créatif du compositeur se donne libre cours. À mes débuts, cette œuvre n’emportait pas totalement ma conviction. Je la trouvais un peu lourde et longue… le comble pour un altiste soliste français ! Mais les rencontres avec les chefs que sont Marc Minkowski, Valery Gergiev et surtout Sir John Eliot Gardiner ont fait évoluer mon approche : j’ai commencé à l’aborder comme un opéra, où je devrais apprendre à incarner un rôle, celui d’un voyageur inspiré, sensible et profond, à l’image de Berlioz peut-être….
Quand j’ai été conduit à l’interpréter, plusieurs facteurs m’ont fait évoluer : l’entendre jouée sur des instruments d’époque – ce qui provoque un changement profond de toute la couleur et donc de l’expression – a d’abord modifié ma perception. L’effet est réellement différent chez les cuivres mais aussi pour le son des cordes les plus aiguës. Les cuivres naturels et les cordes en boyau pur apportent plus de douceur, ce qui aide l’équilibre général, et donne une sonorité gagnant en couleur ce qu’elle perd en lourdeur. Berlioz maîtrise l’orchestration et provoque des mariages d’instruments inattendus, créant une atmosphère à ce point nouvelle qu’il me semble presque y voir l’apparition de l’impressionnisme…
Ma compréhension du rôle de l’alto solo a, elle aussi, beaucoup évolué. Bien sûr nous n’avons pas là un concerto romantique traditionnel, mais ce que Paganini n’a peut-être pas su comprendre, c’est que l’altiste est Harold (qui est Hector lui-même ?) et doit jouer un rôle prépondérant dans cette fresque dramatique qui retrace le séjour artistique si décisif de Berlioz en Italie. Il m’a fallu du temps pour ressentir les expressions cachées derrière chaque intervention de l’alto, et même ses sentiments pendant les tutti durant lesquels il se tait ! Il évolue de la mélancolie au bonheur, à la joie et même la fierté, en passant par la spiritualité et la foi, l’enthousiasme, l’amour et même l’angoisse et la peur, avant de finir bienheureux au sein d’un… quatuor ! »
Adolescent, j’ai découvert l’oeuvre avec une version vinyle que j’ai toujours trouvée exceptionnelle, idiomatique, alors qu’elle était a priori très éloignée des canons établis par les chefs estampillés « berlioziens »…J’ai longtemps déploré que ce disque soit devenu introuvable. Il n’a été édité qu’assez récemment et un peu en catimini en CD :
L’alto de Rudolf Barchai(1924-2010) y est incroyablement poétique, il « est » littéralement le personnage de Harold, et la direction de David Oïstrakh continue de m’éblouir à chaque écoute. Dommage que cette version admirable ne soit jamais et nulle part citée comme référence, ni même citée tout court…
La France officielle aurait-elle ses protégés et ses oubliés ? On peut s’interroger lorsqu’on compare le sort réservé à Berlioz, mort il y a 150 ans, et à Offenbachné il y a 200 ans.
Berlioz a bénéficié déjà, pour le bicentenaire de sa naissance en 2003, d’une sorte de célébration nationale- sans aucun doute justifiée ! – associant un grand nombre de maisons d’opéra, d’orchestres symphoniques, d’institutions culturelles, certains avaient ardemment milité pour qu’il entre au Panthéon ! L’an dernier, la ministre de la Culture avait confié à Bruno Messina« la mission de préparer le cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz ».
Et le sieur Offenbach, né Jacob à Cologne le 20 juin 1819, devenu Jacques dès son arrivée à Paris en 1833 et mort dans la capitale française en 1880 ? Pas de comité du bicentenaire ? Pas de commémoration officielle ? Il faut croire qu’un compositeur de musique « légère », un roi de l’opérette, ne mérite pas l’hommage réservé à son aîné « sérieux ».
Sans doute est-il plus compliqué d’envisager une édition discographique des oeuvres complètes d’Offenbach – comme on vient de le faire pour Berlioz – n’est-ce pas Jean-Christophe Keck ? Parce que l’oeuvre d’Offenbach est encore largement à (re)découvrir, que le colossal travail d’édition est un work in progress qui ne paraît pas près de s’achever.
Espérons que, même en l’absence de caution officielle, le bicentenaire de sa naissance permettra à un large public de mieux connaître la personnalité, au moins aussi originale que celle de Berlioz, la diversité du génie d’Offenbach. De le sortir aussi de l’étiquette réductrice d’amuseur franco-français du Second Empire : sait-on que c’est le succès considérable de ses opérettes, chantées en allemand à Vienne (Orphée aux enfers, La belle Hélène,La vie parisienne) qui a poussé Johann Strauss fils (1825-1899) à se mettre à l’opérette et à essuyer ses premiers échecs ?
Espérons que Warner fera un peu plus que ce coffret bienvenu, regroupant les trois versions de référence récentes dirigées par Marc Minkowski.
Par exemple en regroupant les ouvrages dirigés par Michel Plasson, Manuel Rosenthal, John Eliot Gardiner… le fonds EMI Offenbach étant sans doute l’un des plus riches.
En attendant l’ouvrage de référence (qui viendra peut-être ?), on peut aborder le personnage avec ces trois petits bouquins :
Dans les raretés discographiques à rééditer, un joli bouquet d’ouvertures dirigées par… Hermann Scherchen. Offenbach enregistré à Vienne sous une baguette qu’on n’attend pas dans ce répertoire, un modèle !
Il n’a pu échapper à personne d’un tant soit peu impliqué dans la vie musicale que 2019 marque le sesquicentenaire* de la mort d’Hector Berlioz, né le 11 décembre 1803 à La Côte Saint André mort à Paris le 8 mars 1869.
Warner publie un coffret de 27 CD annoncé comme l’intégrale de l’oeuvre de Berlioz
Quant à moi, j’ai retrouvé un précieux document, qui m’avait été offert lors de mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège (Merci), une lettre d’Hector Berlioz à son fils Louis.
On n’imagine pas a priori Berlioz en père de famille, soucieux du devenir de son fils Louis(1834-1867) !
Je reçois ta lettre et j’y réponds à l’instant. Tu m’annonces à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Te voilà donc obligé d’aller dans la Baltique… mais quoi faire donc ? puisque tu me dis que vous ne vous trouverez pas dans la bagarre. Je ne le devine pas. Enfin j’espère que hors du théâtre de la guerre tu pourras continuer de t’y être utile et à mériter l’estime de ton nouveau commandant. Je t’autorise à faire toucher chez M. Rety au Conservatoire les cent francs qu’il devait te remettre pour le cas où tu serais allé chez ta tante. Tu lui enverras le billet ci-joint, et tu m’écriras ensuite pour m’accuser réception de la somme quand Alexis° te l’aura fait parvenir.
Mais prends garde, il me semble que tu recommences à gaspiller ton argent. Je t’en ai envoyé deux fois le mois dernier. Achète une montre de peu de prix, mais excellente.
Je n’ai pas touché un sou depuis que je suis en Allemagne. On devait m’envoyer ici une somme de quatre cents francs de Hanovre, avec la croix que le Roi m’avait fait annoncer, je n’ai rien, ni croix ni argent. J’ai écrit à ce sujet à trois personnes; aucune ne m’a répondu. Cela me fait partir la tête d’impatience. Je trouve tout le monde ici parfaitement disposé; on espère faire un grand riche concert. C’est une ville splendide, immense, et animée comme Paris. Tous mes anciens amis s’y trouvent encore.
Adieu cher enfant, écris moi toujours le plus souvent possible surtout quand tu auras quitté la France. Ne manque aucune occasion de me donner de tes nouvelles en m’indiquant bien où je devrai t’envoyer mes lettres.
Je t’embrasse de tout mon coeur,
H. Berlioz
Cette lettre est datée de Dresde, Louis a juste vingt ans, il s’est engagé dans la Marine à 16 ans, il s’apprête à rejoindre un bâtiment sur la mer baltique. Il mourra jeune, à 33 ans, deux ans avant son père, de la fièvre jaune à La Havane. Ses relations avec son compositeur de père n’ont pas été un long fleuve tranquille, on s’en serait douté :
J’ai enfin compris ceci ; tu m’aimes, mais d’une façon étrange. Je suis certain que tu souffrirais atrocement si demain on t’annonce ma mort ; mais je suis aussi certain que si tu as à diriger un festival après-demain, après-demain je serai oublié. Je sens que tes enfants se nomment Roméo et Juliette, Faust … etc. Je comprends que tes chefs d’œuvre, représentant des années de jouissance et devant faire ta gloire plus tard, doivent passer bien avant moi qui ne représente qu’une ou deux secondes d’abandon ou d’oubli, et 27 années de charge. Tu es un homme de génie ; tu aimes, tu souffres, tu vis comme un homme de génie peut aimer, souffrir et vivre. (dans une lettre de 1861)
Mais aussi ceci, plus tardivement : Tu es mon Dieu, tu es tout ce qu’il est possible à l’homme de cœur et d’intelligence d’aimer. Il me semble que notre nos existences sont liées, elles sont les torons d’une corde, si l’un se brise l’autre se brisera ; ils ne peuvent exister l’un sans l’autre, ils forment un tout.
Le grand berliozien que fut Colin Davisa laissé quelques beaux enregistrements avec la Staatskapelle de Dresde, qu’il dirigea régulièrement de 1981 à 2012, et dont il avait été nommé « chef honoraire » à vie en 1991.
Une précision liminaire : mon article d’hier (Le revers des gilets) m’a été reproché parce qu’il n’aurait pas sa place dans un blog « consacré à la musique classique » (sic). Le sous-titre de mon blog indique pourtant : La Musique, la Vie, les Idées en liberté. Je n’ai pas l’intention de renoncer à cette liberté…
Autre précision : oui j’ai apprécié – ça faisait un bien fou après ces dernières folles semaines ! – ce vrai, ce long débat, inédit dans l’histoire de la Vème République, entre le président de la République et les 600 élus rassemblés pendant presque 7 heures d’affilée à Grand Bourgtheroulde dans l’Eure. La franchise des questions, des interpellations, la franchise des réponses. Qui peut désormais prétendre que ce « Grand débat » ne va servir à rien, que les jeux sont faits d’avance ?
Et comme en écho de cette ouverture du Grand Débat, France 2 avait programmé hier soir l’excellent documentaire de Patrice Duhamel : La Vème République : au coeur du pouvoir. A voir ou à revoir absolument !
Pendant ce temps-là, la Chambre des Communes rejetait à une écrasante majorité le compromis sur le Brexit âprement négocié avec l’Union européenne par Teresa May !
Laissons les Britanniques se dépêtrer d’une situation qu’ils ont eux-mêmes créée…
Le Brexit, brutal ou négocié, va-t-il changer quelque chose dans la vie musicale ? Rien probablement, ni en bien ni en mal.
Musicalement, le Royaume-Uni est bien une île, à bien des égards et depuis des siècles, singulière par rapport au Continent : j’ai souvent évoqué ici la méconnaissance, l’ignorance que subissent compositeurs (Ralph l’oublié), interprètes (Plans B)à quelques rares exceptions près…Si l’on demandait à brûle pourpoint, à la sortie d’un concert de la Philharmonie de Paris ou du Festival de Radio France, à des spectateurs de citer ne serait-ce qu’une dizaine d’oeuvres de compositeurs britanniques, je ne suis pas sûr qu’ils y parviendraient !
A l’inverse, les Britanniques ont toujours été de grands amateurs et promoteurs de la musique française. Le moins qu’on puisse dire est que la réciproque n’est pas vraie !
Tenez, puisqu’on va commémorer le sesquicentenaire* de la mort de Berlioz, quel a été le premier chef à réaliser une quasi-intégrale de l’oeuvre du natif de La Côte Saint André ?
Colin Davis(1927-2013), qui s’y est repris à deux fois.
Dans quelques jours, paraît un coffret regroupant les enregistrements réalisés par John Eliot Gardiner, encore un infatigable amoureux de la musique française (qu’il a particulièrement bien servie et illustrée pendant son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon de 1983 à 1988.
Ce n’est pas d’hier que les chefs d’outre-Manche révèrent les Français. Y a-t-il meilleur chef « français » que Sir Thomas ? Est-ce un hasard si la version de Beechamde Carmenreste indétrônée ?
Quel bonheur, toujours renouvelé, d’écouter Lalo, Franck, Fauré, Berlioz, Bizet sous sa baguette !
Et même le fantasque John Barbirollis’est livré, certes parcimonieusement, dans Ravel et Debussy, et c’est à écouter absolument.
Leipzig, c’est promis, je reparlerai en détail de ses musiciens, orchestres, compositeurs ! Et de Dresde aussi, le sujet est inépuisable (La Florence du nord)
Mais Dresde déjà, quelques disques ou coffrets mythiques, indispensables ! Si vous cherchez encore à faire des cadeaux pour cette Saint-Sylvestre, ou juste à des personnes que vous aimez, tout ce qui suit est à écouter/acheter/offrir les yeux fermés.
Günther Herbig m’avait raconté que cet enregistrement des douze symphonies dites « londoniennes » de Haydn tenait du miracle. Tout le monde avait oublié la date de l’enregistrement de ces douze symphonies. Le jour dit, en plein hiver, les micros de l’unique entreprise de disques de la RDA se posaient dans la salle de la Philharmonie de Dresde pour capter les 12 dernières symphonies de Haydn. Personne n’était prévenu, ni chef, ni orchestre. Triomphe de la bureaucratie ! Malgré tout, il fallait respecter les ordres. C’est ainsi, toujours selon le chef allemand, que certains de ces enregistrements résultent d’une seule prise… sans répétition ! Et dans une prise de son magnifique, comme l’étaient presque toujours celles de l’Allemagne de l’est.
Evidemment, la Staatskapelle de Dresde est l’orchestre « straussien » par excellence. L’intégrale de l’oeuvre concertante et orchestrale de Richard Strauss que grava Rudolf Kempe dans les années 70 fait toujours figure de référence, tant la souplesse, la transparence et la sensualité de l’orchestre saxon s’y déploient.
L’intégrale Schumann de Sawallisch réalisée à peu près à la même époque reste indétrônée. Tout comme les dernières messes de Schubert.
Eugen Jochum a enregistré une deuxième intégrale des symphonies de Bruckner. Sans renier la première, on revient toujours avec bonheur à celle-ci.
Pour qui aime Beethoven, deux visions assez singulières et contrastées des symphonies, l’une, méconnue, oubliée, d’un grand chef qui fit beaucoup pour la musique de son temps, le Dresdois Herbert Kegel, l’autre gravée par le vénérable Herbert Blomstedt(qui vient de récidiver avec Leipzig, on en reparlera !), avec les deux orchestres concurrents de la ville. Deux coffrets à tout petit prix !
On aime bien aussi cette intégrale des symphonies de Schubert par Blomstedt (comme celle que réalisera ultérieurement avec la même Staatskapelle Colin Davis).
Justement du passage de Colin Davisà la direction de la phalange saxonne nous sont restés beaucoup de beaux disques. Ce coffret de prises de concert en est une belle illustration.
Il faudrait aussi citer tout ce qu’a laissé Giuseppe Sinopoli, chef de la Staatskapelle de 1992 à sa mort brutale en 2001.
Pour qui aime les concertos de Mozart, une intégrale très bien captée autour d’une artiste demeurée complètement inconnue à l’Ouest, la pianiste Annerose Schmidt, accompagnée par Kurt Masur, du temps où il dirigeait la Philharmonie de Dresde (avant le Gewandhaus de Leipzig)
Enfin pour ceux qui voudraient un « digest » de la monumentale édition de « live » de la Staatskapelle entreprise par Hänssler, un double CD qui voit défiler les plus grands chefs du moment.
Et puisque nous sommes le 31 décembre, ce gala de la Saint-Sylvestre 2011 s’impose
Enfin pour plaire aux fans de Jonas Kaufmann... et du prestigieux orchestre, cette soirée d’hommage à Wagner, dont le nom et l’oeuvre sont si intimement liés à Dresde :
J’avais déjà une bonne partie des coffrets édités au fil des ans par la radio néerlandaise de fabuleux concerts de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (Koninklijk Concertgebouworkest).L’un des trois orchestres que je préfère au monde (avec Vienne et Berlin) ce qui n’a rien d’original. J’évoquerai demain le premier disque que j’achetai de cet orchestre et de son chef d’alors, Bernard Haitink.
Pour célébrer son 125ème anniversaire, le Concertgebouw a fait les choses en grand. Toute une histoire, des « live » plus passionnants les uns que les autres, captés par la radio néerlandaise, rassemblés en deux coffrets magnifiques, que j’avais renoncé à racheter en raison d’un prix, certes justifié par la qualité des enregistrements, mais dissuasif – comme l’étaient d’ailleurs les premiers coffrets partiels. J’ai finalement trouvé les deux précieux boîtiers à un prix beaucoup plus raisonnable sur www.amazon.co.uk. Je m’empresse d’en télécharger le contenu en prévision de mes vacances est-européennes.
La liste des oeuvres, des solistes, des chefs, donne le vertige. Evidemment les directeurs musicaux successifs, Eduard van Beinum, Bernard Haitink, Riccardo Chailly, MarissJansons, tant de grands chefs associés, Monteux, Szell, Dorati, Giulini, Sawallisch, Colin Davis, Kondrachine…et cette acoustique miraculeuse.
Une très large place à la musique du XXème siècle, à des compositeurs et artistes hollandais bien peu connus hors des frontières bataves, de grands chefs, Boulez, Jochum, Krips, dans des répertoires qu’ils n’ont jamais servis au disque, des gravures historiques au sens premier du terme, Mengelberg, Furtwängler, Klemperer, Ormandy, Ancerl, des rencontres soliste-chef parfois inattendues, bref ces 152 CD méritent tous qu’on s’y arrête et qu’on parcoure, grâce à eux, la fabuleuse histoire de l’une des plus belles phalanges du monde.
On croyait que la monumentale Edition Mozart de Philips, publiée en 1991 pour le bicentenaire de la mort de Mozartavait fait le tour de la question.
Et que le succès populaire du coffret Brilliant Classics en 170 CD avait étanché la soif des mélomanes…
C’était sans compter avec les progrès dans la recherche – sous l’égide du Mozarteum de Salzbourg– et l’interprétation. Universal propose, 25 ans après l’édition Philips, un pavé de 200 CD à l’occasion, le 5 décembre prochain, du 225ème anniversaire de la mort du plus célèbre enfant de Salzbourg. Luxueusement constitué, deux forts ouvrages explicitant toute l’oeuvre de notre cher Amadeus, le catalogue Köchelactualisé et complété.
Côté interprétations, ne subsistent de l’édition 1991 que des pièces qui n’ont pas été réenregistrées (les premières messes, des airs de concert, toute la série des danses, menuets surtout). Mais le choix a été clairement fait de privilégier les versions « historiquement informées » – la quasi totalité des symphonies se partage entre Pinnock et Hogwood, idem pour les concertos pour clavier, les opéras sont tous récents (comme le Don Giovanni de Nézet-Seguin). Le coffret est organisé en quatre cubes d’environ 50 CD chacun – musique instrumentale, symphonique et concertant, opéras, musique sacrée – qui proposent néanmoins quelques versions historiques ou de grands classiques (Haskil, Grumiaux).
Un très beau travail qui fait honneur à ce grand label. Un cadeau de fin d’année idéal (les prix varient assez sensiblement d’un site ou d’un magasin à l’autre !). Et quelques très longues heures d’écoute, dont il n’y a pas à craindre de se lasser.
Si l’on s’en tient aux seules comédies écrites par Shakespeare sous le règne d’Elizabeth I, leurs avatars musicaux sont nombreux. Après Beaucoup de bruit pour rien et Les joyeuses commères de Windsor, arrêtons nous au Marchand de Venise (1597) et à la musique de scène – Shylock– qu’a composée Gabriel Fauré pour la représentation de la pièce à l’Odéon en 1889.
En revanche, A Midsummer Night’s Dream / Le songe d’une nuit d’été (1595) a eu une descendance musicale exceptionnelle et inspiré les plus grands compositeurs.
Moins d’un siècle plus tard, Purcell met en scène The Fairy Queen.
En 1826, Carl Maria von Weber et Felix Mendelssohn livrent, l’un et l’autre, un chef-d’oeuvre, un opéra pour Weber, Oberon, une musique de scène pour Mendelssohn.
Hommage au passage à Nikolaus Harnoncourt, expert en féerie mendelssohnienne.
Ambroise Thomas signe, en 1850, un opéra-comique très lâchement inspiré de la comédie de Shakespeare et resté largement méconnu (une seule version discographique de 1956, due à Manuel Rosenthal)
Mais Benjamin Britten, en 1960, nous offre l’un des plus beaux hommages qui soient au génie de Shakespeare. J’ai encore le souvenir intact d’une représentation magique à Aix-en-Provence en 1991 (dans la cour de l’Archevêché, sous un ciel d’été et d’étoiles qui constituait le plus beau décor de la mise en scène de Robert Carsen, reprise l’année dernière)
Plusieurs belles versions au disque, dont celle du compositeur lui-même, mais on a une tendresse pour celle de Colin Davis, qui permet de retrouver le contre-ténor Brian Asawa tout récemment disparu
Ce n’est pas l’histoire d’une reine nonagénaire et de son arrière-petit-fils telle qu’elle est saisie sur cette photo d’Annie Leibowitz.
Mais d’une autre Elizabeth, la première du nom, et du plus célèbre poète et dramaturge anglais, mort il y a 400 ans, le 23 avril 1616, dans sa ville natale Stradford-upon-Avon, William Shakespeare.
Loin de moi la prétention d’évoquer dans ce simple billet la contribution considérable de la souveraine et du dramaturge à la musique. Je me demande si Shakespeare ne détient pas le record d’ouvrages qui ont inspiré les compositeurs de toutes nationalités et cultures depuis quatre siècles…
Much ado about nothing / Beaucoup de bruit pour rien (https://fr.wikipedia.org/wiki/Beaucoup_de_bruit_pour_rien) : Berlioz s’en inspire librement pour son opéra Béatrice et Bénédict. Le grand Colin Davis a laissé trois enregistrements de l’oeuvre, tous avec le London Symphony, le dernier en date capté en concert quelques mois avant sa mort.
En décembre 2009, Sir Colin avait reçu la Queen’s Medal for Music des mains de la reine.
LONDON, ENGLAND – DECEMBER 08: HM Queen Elizabeth II presents the Queen’s medal for music to conductor Sir Colin Davis at Mansion House on December 8, 2009 in London, England. The Queen was at Mansion House to see a performance by the London Symphony Orchestra and to present The Queen’s medal for Music to Sir Colin Davis. (Photo by Chris Jackson/Getty Images)
Le tout jeune Erich-Wolfgang Korngold (1897-1957) écrit en 1919 une musique destinée au Burgtheater de Vienne, il la transformera en suite pour grand orchestre :
The Merry Widows of Windsor / Les joyeuses commères de Windsor est une comédie qui résulte d’une commande d’Elizabeth qui souhaitait retrouver le personnage truculent de Falstaff déjà présent dans Henri IV. Les deux plus célèbres avatars lyriques sont évidemment le dernier opéra de Verdi, mais aussi l’ouvrage éponyme d’Otto Nicolai, dont on ne donne souvent que l’ouverture.
Pour le Falstaff de Verdi , les références sont légion. On jettera une oreille plus qu’attentive à un « live » assez extraordinaire de 1993 où l’on retrouve Solti à la tête de l’orchestre philharmonique de Berlin, et dans le rôle-titre le grand José Van Dam
Quant à l’ouvrage de Nicolai, le choix est plus restreint, une belle version Kubelik (Decca), et une récente réédition de la collection Electrola avec le Falstaff immense de Gottlob Frick et le Fenton lumineux de Fritz Wunderlich.
Suite demain de ce panorama de la comédie shakespearienne mise en musique…