En pénétrant en ce début d’après-midi du 13 juillet dans le cimetière de Poitiers, une évidence m’a sauté aux yeux, et un peu à la gorge que j’avais serrée. La boucle se bouclait, et désormais j’allais vivre le reste de ma vie sans plus personne qui me précède.
Nous étions réunis, avec quelques membres de ma famille, pour, au sens littéral du terme, inhumer ma mère, l’urne contenant ses cendres, dans le caveau où mon père repose depuis le 9 décembre 1972. C’est ce qu’elle avait souhaité quand elle pouvait encore faire part de ses dernieres volontés. La crémation d’abord – qui eut lieu le 6 janvier dernier à Nîmes où elle résidait depuis 1982 – puis le dépôt de ses cendres auprès du seul amour de sa vie, mon père, auquel elle a survécu 53 ans…
Ce ne fut pas triste, chacun dissimulant sans doute le sentiment, l’émotion qui l’étreignaient à ce moment-là. Mais désormais j’ai conscience d’être ce qu’en d’autres pays, d’autres civilisations, on nomme « chef de famille », comme la figure tutélaire des générations montantes.
Ce matin, avec mon second fils tout juste arrivé en gare de Poitiers, j’ai refait une sorte de parcours dans le passé. Il n’était pas revenu à Poitiers depuis l’enterrement de mon oncle en 1995 et ne se rappelait plus guère ni les lieux, ni la ville.
La célèbre façade de Notre Dame la Grande fermée pour travaux jusqu’en 2027
Avec lui j’ai pu visiter le baptistère Saint-Jean, l’un des plus anciens bâtiments chrétiens d’Europe : voir mes photos sur Facebook!
D’autres humeurs, d’autres impressions à suivre dans mes brèves de blog
Je consacre une partie de ce week-end à une sorte de retour aux sources de mon enfance et de mon adolescence, et à revoir ou même découvrir des lieux de mon Poitou natal.
L’ombre de Richter
Il m’est même arrivé de me trouver pour la première fois devant un lieu mythique : eh oui, je n’ai jamais assisté à un concert à la Grange de Meslay et j’ai évidemment trouvé porte close lorsque je suis passé devant l’autre jour en voiture.
C’est ici, ou près d’ici, que le pianiste russe enregistra en 1979 les quelques suites de Haendel jadis éditées par EMI
L’orgue de la cathédrale
J’ai raconté ici (La découverte de la musique : l’orgue) l’un des bonheurs de ma jeunesse, lorsque je découvris tout à la fois l’orgue comme instrument, et singulièrement le somptueux orgue Clicquot de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. Souvenir de récitals exceptionnels dans une nef souvent glaciale. Mais plus jamais entendu sonner l’instrument depuis plus de cinquante ans, et ce matin, à l’occasion d’un office, de nouveau. On peut imaginer l’émotion qui m’envahit
Au sud de Poitiers, il y a deux superbes abbayes, celle de Nouaillé-Maupertuis, où j’assistai jadis à quelques concerts.
Presque cachée, cette pieta de 1652, oeuvre du frère convers Faron Croulière, est exposée dans la nef.
Quant à l’abbaye de Ligugé, elle est notable à plus d’un titre : c’est le premier couvent formé en Europe sous l’égide de Martin de Tours. Des moines y perpétuent encore aujourd’hui l’esprit du fondateur, comme la tradition du chant grégorien.
Les années 70 n’étaient pas loin d’être un désert musical dans ma bonne ville de Poitiers, comme je l’ai raconté ici : La découverte de la musique.
Mais le souvenir reste très vif de deux ou trois concerts dans l’immense salle des Pas Perdus de l’ancien Palais de justice, autrefois Palais des ducs d’Aquitaine, que j’ai pu traverser de nouveau vendredi soir
Je l’ai promis hier : puisque France Télévisions a soigneusement évité de citer les oeuvres jouées durant les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, et surtout d’ignorer les organistes qui ont « réveillé » le grand orgue, je vais tenter de combler ces lacunes (lire Demandez le programme !)
Pour ce faire, je vais emprunter sans vergogne à Renaud Machart la suite de « twitts » qu’il a publiés sur le réseau X.com, non sans avoir rappelé l’ouvrage de base qu’il a signé il y a quelques années avec l’organiste Vincent Warnier
« J’ai lu des propos assez peu informés sur les interventions des quatre organistes de #NotreDameDeParis, regrettant et moquant le style de leurs improvisations.
1. L’improvisation est la partie la plus essentielle de la liturgie. Ce n’est pas pour rien que nous sont parvenues des messes d’orgue et des hymnes qui alternaient avec le chant. Si Rameau n’avait pas tant improvisé à l’église, on aurait un livre d’orgue de lui probablement… Fantasme suprême.
2. Le style harmonique « moderne » pratiqué samedi soir, qu’on peut ne pas aimer, est absolument le même que celui de Pierre Cochereau (1924-1984) dans les mêmes lieux voici plus d’un demi-siècle.
3. De toute évidence le langage dissonant/consonant utilisé reflète la situation de la cathédrale #NotreDameDeParis, passée du chaos à la lumière. On fait cela depuis la nuit des temps
Les organistes n’ont bien sûr pas été nommés. On a de la chance : les commentateurs de France TV n’ont pas osé parler pendant la musique, d’ordinaire leur grande spécialité. Par ordre d’apparition :
1. Olivier Latry, nommé en 1985 au poste d’organiste titulaire du grand-orgue : Réveil sur accord final solaire de Sol M.
2. Vincent Dubois, nommé organiste titulaire du grand-orgue en 2016, a improvisé une Tierce en taille (qui rappelle la partie ancienne de l’orgue) à la manière de Grigny ou de Marchand.
3. Thierry Escaich, ancien organiste. titulaire de Saint-Étienne-du-Mont à Paris de 1996 à 2024 au côté de Vincent Warnier.Nommé le 24 avril Organiste titulaire du grand-orgue de #NotreDameDeParis. Reconnu comme un des plus grands improvisateurs du temps.
4. Thibault Fajoles, Organiste titulaire adjoint du grand-orgue et de l’orgue de chœur, nommé le 24 avril. Il n’a que 21 ans, est encore étudiant (élève de Latry et Eschaich). Mais très pro: il a improvisé un fond d’orgue dans le style ancien Grigny/Marchand des XVIIe et XVIIIe. siècles et il a eu le privilège d’improviser la sortie dans un style de Toccata festive très traditionnel, lui aussi. Yves Castagnet, en poste depuis 1988, demeure titulaire de l’orgue de chœur de la Cathédrale. » (Renaud Machart sur X.com)
Ceci étant dit et clairement dit, on peut comprendre la frustration, l’incompréhension de nombreux téléspectateurs qui ont été privés de pièces connues, comme celles que grava l’illustre Pierre Cochereau – ce fut mon tout premier disque d’orgue.
Pour ce qui est de mes amis Thierry Escaich et Olivier Latry, compagnons d’aventures musicales depuis de longues années, je renvoie aux articles que je leur ai déjà consacrés.
Je suis très attaché à ce disque, le premier consacré à des oeuvres symphoniques de Thierry Escaich (Diapason d’Or 2003) : l’orgue de la Salle Philharmonique de Liège n’était pas encore restauré, et la partie d’orgue du concerto a été ensuite enregistrée… à Notre Dame de Paris.
En 2005, nous avions consacré toute une semaine de fête au « réveil » de l’orgue Schyven de Liège et c’était bien entendu avec Thierry Escaich, qui quelques années plus tard tiendrait la partie d’orgue de la 3e symphonie de Saint-Saëns magnifiquement captée sous la direction de Jean-Jacques Kantorow
Quant à Olivier Latry, c’était l’un des invités de choix de « mon » dernier festival Radio France en juillet 2022. Personne ne se rappelait avoir vu une telle foule pour un récital d’orgue à Montpellier…
Pour en revenir à Notre Dame, il faut réécouter cette formidable improvisation d’Olivier Latry qui se mêle aux cloches de la cathédrale à l’issue de la première messe célébrée dimanche.
Inutile de comparer les talents d’improvisateur des titulaires de Notre Dame : mais Thierry Escaich est toujours surprenant quand il s’empare d’un thème connu et qu’il nous emmène en terre inconnue.
J’ai mis à profit le week-end du 11 novembre pour visiter une région pourtant proche de la mienne, où je n’ai longtemps fait que passer sans m’arrêter. Quatre étapes : le château de Diane de Poitiers à Anet, malheureusement non visitable, puis la « Maison de Tante Léonie » autrement dit le Musée Marcel Proust à Illiers-Combray , le château de Maintenon, sur les traces de l’épouse morganatique de Louis XIV, et bien sûr Chartres.
Le château de Diane
Je m’étais toujours demandé pourquoi la favorite du roi Henri II était nommée Diane de Poitiers, alors qu’elle est originaire du Dauphiné. J’ai eu la réponse en lisant l’excellente notice Wikipedia qui lui est consacrée : la Maison de Poitiers-Valentinois tire son nom non de la capitale du Poitou, mais d’une déformation du lieudit Peytieux à Châteauneuf-de-Bordette dans l’actuel département de la Drôme.
C’est donc pour cette Diane dauphinoise qu’Henri II fait construire le château d’Anet, un magnifique ensemble Renaissance (voir l’album photos complet ici
L’enfance de Marcel Proust
Je ne suis un lecteur intermittent de Proust, je me fais régulièrement la promesse de reprendre La Recherche. Après cette visite, je vais peut-être finir par l’honorer ! J’ai en fait suivi les aventures du très actif président de la Société des Amis de Marcel Proust, Jérôme Bastianelli, dont je connais surtout les casquettes musicales, qui ne s’est pas ménagé pour faire rénover et rouvrir cette fameuse « Maison de Tante Léonie« , que le jeune Marcel visitait enfant, à Illiers-Combray.
Il ne faut pas s’arrêter à Illiers-Combray, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Chartres, pour ses bonnes tables. Il n’y en a que de médiocres. En revanche, tout est fait pour qu’on se passionne pour ce musée qui n’est pas réservé, loin s’en faut, aux seuls lecteurs de Proust. Voir l’album complet ici
Comme la musique n’est jamais loin de Proust, j’ai trouvé ce roman que j’ai hâte de lire :
Jérome Bastianelli invente une biographie de l’auteur de cette fameuse sonate, si souvent évoquée par Proust. On veut bien croire l’éditeur qui la présente comme un premier roman brillant et surprenant, qui, si on n’a pas lu Proust, peut se lire comme la biographie imaginaire d’un grand musicien et qui, si on l’a lu, se révèle comme une délicieuse interprétation critique d’un des plus grands romans du XXe siècle,
La marquise et sa nièce
A quelques kilomètres à l’est de Chartres, c’est une autre résidence d’une autre célèbre favorite, qui se visite, et qui vaut vraiment le détour. C’est le château qu’acquiert en 1674 Françoise d’Aubigné, plus connue comme marquise de Maintenon, d’abord gouvernante des enfants illégitimes de Louis XIV et de Madame de Montespan, puis épouse morganatique du monarque après la mort de la reine Marie-Thérèse. Le château porte surtout la marque de la famille de Noailles, descendante de la nièce de Madame de Maintenon, Françoise.
La marquise de Maintenon et sa nièce Françoise, devenue duchesse de Noailles
Il faut absolument visiter le château et ses nombreuses pièces meublées avec goût (pour l’essentiel au XIXe siècle à l’initiative du maréchal Paul de Noailles), et de somptueux jardIns. Voir l’album photos complet ici.
On a évidemment repéré ce superbe clavecin Albert Dellin (Tournai 1768) laissé en dépôt par le grand claveciniste canadien Kenneth Gilbert (1931-2020)
Un millénaire à Chartres
Le chef-lieu du département d’Eure-et-Loir célèbre cette année le millénaire des fondations de sa célèbre cathédrale.
La restauration/rénovation dont a bénéficié la cathédrale depuis vingt ans laisse imaginer ce que nous découvrirons à Paris dans l’autre Notre-Dame. Très impressionnant ! Voir les photos ici.
Le centre ville n’est pas grand et malgré les bombardements de 1944 conserve quelques beaux témoignages de la ville ancienne, notamment dans sa partie basse.
La collégiale Saint-AndréL’ancien moulin de Ponceau devenu une excellente table
C’était d’ailleurs assez amusant d’être au Portugal, et même dans les lieux les plus reculés de l’Alentejo, et d’y voir des centaines, des milliers de jeunes déjà présents sur place pour les Journées mondiales de la jeunesse. C’est ainsi que visitant la cathédrale de Portalegre dimanche dernier, on y a surpris un groupe de jeunes Français répétant pour la messe qui allait suivre…
La jeunesse, elle irriguait tout le festival de Marvão, comme on a pu le constater durant tout le week-end dernier.
J’aimerais m’arrêter sur trois des artistes qui m’ont particulièrement intéressé, et qui méritent vraiment d’être mieux connus, en particulier en France où ils semblent ignorés.
L’Orquestra XXI et Dinis Sousa
Créé en 2013, Orquestra XXI est un projet qui rassemble de jeunes musiciens portugais vivant à l’étranger – souvent membres de grandes phalanges – avec le double objectif de maintenir un lien fort entre ces jeunes et leur pays d’origine.
Ce que j’ai entendu samedi dernier je l’ai écrit ici : Un grand Mahler. Mon seul regret est de n’avoir pas connu plus tôt cet excellent orchestre et de n’avoir donc pu l’inviter au Festival Radio France, où pendant huit ans, j’avais instauré la tradition d’inviter à Montpellier chaque été un orchestre de jeunes .
J’ espère que les grandes salles européennes, en dehors du Portugal, inviteront ces musiciens dans leurs saisons Ils le valent bien !
L’archet de Leia
C’était la plus jeune soliste du concert de clôture du festival de Marvao. A 16 ans, la jeune Britannique Leia Zhu (prononcer « joue ») – ses parents, tous deux d’origine chinoise se sont rencontrés en Angleterre où ils se sont établis – a déjà tout d’une grande, reconnue comme telle au Royaume-Uni – débuts à 12 ans aux Prom’s -, et rien d’un phénomène de foire. Elle-même comme sa mère, avec qui j’ai pu converser à l’issue du concert, sont extrêmement sereines et réalistes quant aux perspectives de carrière, aux risques d’une célébrité trop vite acquise. Leia continue ses études en pension à Oxford. Mais elle comme sa mère sont surprises que la France ne lui ait encore rien proposé (sauf m’ont-elles dit une invitation à… Reims pendant les Jeux olympiques de 2024 !);
Simon Rattle n’avait pas hésité, lui, à l’inviter avec le London Symphony il y a deux ans !
Tout comme Paavo Järvi en avril dernier à la Tonhalle de Zurich :
Ceux qui me suivent savent que je me laisse difficilement séduire par les sirènes de la pub (ou de la com c’est pareil) lorsqu’il s’agit de « vendre » un nouveau talent. Mais je crois savoir reconnaître quelqu’un d’authentiquement musicien. Cette jeune violoniste ne se la joue pas, son attitude sur et hors scène, son sourire disent la tête bien faite, la belle personnalité.
Gabriel Pidoux le hautbois chantant
Même si ce ne fut pas dans les meilleures conditions acoustiques – le plein air peut parfois s’avérer impitoyable – j’ai été heureux d’entendre le hautboïste français Gabriel Pidoux (26 ans) jouer le concerto de Richard Strauss (lire Le triomphe de la jeunesse). Tiens encore un artiste qu’on avait invité au Festival Radio France il y a deux ans après qu’il eut été désigné « Révélation soliste instrumental » par les Victoires de la musique classique en 2020. Le jeune homme a de la branche : père Raphaël (le trio Wanderer) et grand-père Roland violoncellistes renommés.
Un ami musicien à qui je racontais mes nouvelles aventures de critique musical me disait mi-sérieux mi-moqueur : « Tu vas pouvoir balancer ! »… Comme si j’avais des comptes à régler, des vengeances à assouvir. C’est mal me connaître. Il n’y a que les aigris, les jaloux, les envieux (et il y en a quelques-uns – euphémisme -dans le milieu artistique) qui puissent nourrir de tels sentiments. J’ai eu la chance d’approcher, parfois de faire jouer, de très grands artistes, qui étaient aussi, pour l’immense majorité, de magnifiques êtres humains. De quoi et pourquoi devrais-je me « venger » ? Sans doute me priverai-je moins de dire ce que je pense, de dégonfler certaines baudruches, mais c’est tellement mieux, plus rassurant, de dire du bien…
Retour à Laon
Mais je peux raconter mes visites du week-end. Gothiques à plein. Grâce à de beaux concerts : Laon, Royaumont.
Pas des inconnues. Mais Laon ça faisait un sacré bail: un concert à la mi-octobre il y a une vingtaine d’années avec l’Orchestre philharmonique de Liège, George Pehlivanian à la baguette et Pierre Amoyal au violon. Il avait failli jouer avec des mitaines tant il faisait cru dans la haute nef de la cathédrale Notre Dame. Quant à l’orchestre ils n’étaient pas loin de faire jouer la clause du règlement de travail interdisant de jouer à moins de 18 degrés de température ambiante. Plus lointain encore, 1997 je crois, un Requiem allemand de Brahms avec lOrchestre philharmonique de Radio France, un chef que je n’aimais vraiment pas – Marek Janowski – mais ce soir-là je baissai la garde. Il avait invité le choeur du Singverein de Vienne (on avait encore les moyens à Radio France !). J’en ressens encore l’émotion.
Ci-dessus Les Siècles et l’ensemble Aedes dirigés par Mathieu Romano vendredi soir dans la cathédrale Notre-Dame.
L’abbaye de Royaumont, ce que c’est devenu depuis bientôt quarante ans, grâce à la volonté, l’énergie inlassable de Francis Maréchal, un centre de formation, de création voué à l’art vocal et à la danse. Dans un site exceptionnel. Deux concerts ce week-end, beaucoup de bonheur avec quatre jeunes duos (lire La relève à Royaumont) et une chanteuse qui me bouleverse toujours, Véronique Gens.
Les Montpelliérains rencontrés aux abords de la cathédrale Saint-Pierre n’en croyaient pas leurs yeux : de longues files à l’extérieur, des bancs remplis à l’intérieur : ils n’avaient jamais vu autant de monde pour un récital d’orgue. Il faut dire que l’invité du festival Radio France ce mercredi soir n’était pas n’importe qui. Le talentueux et médiatique titulaire de Notre-Dame-de-Paris, l’organiste Olivier Latry
Tant de souvenirs avec lui ! Indspensable réécoute de son récital sur francemusique.fr en particulier de son improvisation flamboyante sur « A la claire fontaine » !
Tempête en mer
La soirée du 21 juillet était très attendue (lire RVW(1) : A Sea Symphony) : l’Orchestre national de France, le Choeur de Radio France, en grand équipage, sous la baguette inspirée de Cristian Macelaru.
D’abord Marianne Crebassa dans les Sea Pictures d’Elgar : une révélation, une voix de contralto qui a encore gagné en densité excessive et en puissance. Rendez-vous mardi prochain pour retrouver la chanteuse agathoise en récital (lefestival.eu).
En seconde partie, une longue croisière en mer grâce à Ralph Vaughan Williams et Walt Whitman, la première symphonie, vaste fresque chorale et vocale, du grand symphoniste britannique du XXème siècle. Les très nombreux spectateurs présents à l’Opéra Berlioz, comme les auditeurs de France Musique, ont pu constater que les voyages en mer ne sont pas toujours sans surprise. Quelques minutes après le début de l’oeuvre, la jeune soprano Jodie Devos – fabuleuse Ophélie de l’Hamlet donné en ouverture de festival le 15 juillet – qui avait accepté de remplacer l’interprète prévue, Lucy Crowe, faisait un malaise, heureusement sans gravité, obligeant à interrompre quelques minutes le concert. Impossible de donner le 1er mouvement en entier. Mais après du repos, après que Cristian Macelaru a dirigé les 2ème et 3ème mouvements avec la seule présence requise du baryton – formidable – Gerald Finley, la soprano rayonne de nouveau dans le tableau final de la Sea Symphony. Et c’est une longue ovation qui salue tous les interprètes d’une oeuvre dont tous, musiciens et public, se demandent pourquoi elle n’est quasiment jamais donnée en France (quelques exceptions, à Strasbourg et à Besançon il y a une trentaine d’années !). Malheureusement, en raison de l’incident survenu, ce concert n’est pas disponible à la réécoute sur France Musique. On peut qu’espérer qu’après montage entre la générale et le concert, il sera à nouveau proposé.
De gauche à droite : Sibyle Veil, PDG de Radio France, JPR, Jodie Devos, Gerald Finley, Cristian Macelaru
Eurovision des jeunes musiciens
Ce soir, en direct sur France Musique et sur CultureBox (France Télévisions), une première pour la France et le Festival Radio France, la finale du concours Eurovision des Jeunes Musiciens. Je disais malicieusement à un journaliste de France Inter qu’à la différence de l’Eurovision de la chanson, la France avait peut-être une chance de l’emporter. Ils seront neuf très jeunes artistes à confronter leurs talents sur le vaste plateau de l’Opéra Berlioz de Montpellier, aux côtés de l’Orchestre national de Montpellier conduit par Pierre Dumoussaud. Mais je ne peux rien dire de plus, je suis membre du jury (en bonne compagnie, Müza Rubackyte, Nora Cismondi, Tedi Papavrami et Christian-Pierre La Marca) et donc tenu à un strict devoir de réserve.
Je ne suis pas sûr qu’à part son fameux « pont », synonyme de long week-end et d’éventuels congés, l’on sache encore ce qu’est l’Ascension et le pourquoi d’un jour férié un jeudi !
Le calendrier chrétien
Rappelons donc que l’Ascension est une fête chrétienne célébrée le quarantième jour à partir de Pâques. Elle marque la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples après sa résurrection et son élévation au ciel. Elle exprime un nouveau mode de présence du Christ, qui n’est plus visible dans le monde terrestre, mais demeure présent dans les sacrements. Elle annonce également la venue du Saint-Esprit dix jours plus tard et la formation de l’Église à l’occasion de la fête de la Pentecôte. Elle préfigure enfin pour les chrétiens la vie éternelle.
Le jeudi de l’Ascension est jour férié dans plusieurs pays et célébré chaque année entre le 30 avril et le 3 juin pour le calendrier grégorien. Pour les catholiques et les protestants, en 2022, l’Ascension est le jeudi 26 mai et en 2023 elle aura lieu le 18 mai. Pour les orthodoxes, c’est respectivement le 2 juin et le 25 mai. (Source Wikipedia).
L’Ascension en musique
De manière certes moins abondante ou spectaculaire que Noël ou la période pascale, l’Ascension a inspiré les compositeurs.
On pense en premier lieu à Jean-Sébastien Bach et à sa cantate BWV 11 Lobet Gott in seinen Reichen, souvent nommée Oratorio de l’Ascension (17 mai 1735)
L’un des fils Bach, Carl Philip Emanuel (1714-1788), écrit un oratorio qui réunit deux épisodes : la Résurrection (à Pâques) et l’Ascension du Christ (1774)
Le prolifique Telemann (1681-1767) avait fait de même en 1770, quelques années avant C.P.E.Bach, sur le même livret de Karl Wilhelm Ramler.
et écrit plusieurs cantates pour ces fêtes religieuses du printemps.
Incontournable Messiaen
Au XXème siècle, le plus religieux des compositeurs français, Olivier Messiaen (1908-1992) consacre à l’Ascension deux recueils, en 1932 pour orchestre symphonique, puis en 1933 pour orgue, composés de quatre mouvements :
Majesté du Christ demandant sa gloire à son Père
Alleluias sereins d’une âme qui désire le Ciel
Transports de joie d’une âme devant la gloire du Christ qui est la sienne
Prière du Christ montant vers son Père
Deutsche Grammophon a eu la bonne idée de réunir en un coffret anniversaire (Olivier Latry vient de fêter ses 60 ans) les enregistrements de l’organiste à la tribune de Notre Dame de Paris, en particulier une intégrale de l’oeuvre d’orgue de Messiaen qui fait référence.
J’en profite pour rappeler qu’Olivier Latry est l’un des invités prestigieux de l’édition 2022 du Festival Radio France pour un récital sur les orgues de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier le 20 juillet prochain, qui rendra, entre autres, hommage à César Franck à l’occasion de son bicentenaire : lefestival.eu.
J’ai quitté Liège il y a sept ans, et depuis j’y suis revenu régulièrement, deux fois par an. Parce qu’on n’oublie pas quinze ans de sa vie, quinze ans de compagnonnage avec un bel orchestre et bien des amis. La pandémie a rompu le rythme de ces visites. Ma dernière venue remonte à février 2020, juste avant le premier confinement.
(La rue Léopold)
Les amis m’avaient prévenu : « Tu vas voir, le centre ville est en travaux » La galère pour circuler et se garer. À quoi j’avais répondu – c’est fou ce que la mémoire est oublieuse ! – que c’est exactement la ville que j’avais découverte, au moment de mon recrutement comme directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, en septembre 1999 (Liège à l’unanimité). Toutes les rues du centre éventrées, l’actuelle place Saint-Lambert encore à l’état…d’inachèvement. Bref rien qui pût m’affoler !
(La place Saint-Lambert aujourd’hui et le Palais des Princes-Evêques)
En revanche, j’ai trouvé une ville en pleine transformation – pas seulement les travaux du tram – Des rues, des bâtiments, des monuments, si longtemps laissés à l’abandon, noircis, salis par les ans, sans que cela parût préoccuper qui que ce soit ! Je me rappelle des conversations avec les élus, dont l’actuel bourgmestre (maire), moi le Français qui m’étais mis à aimer cette ville et qui râlais des occasions manquées de la mettre en valeur. J’avais participé à des comités, associations, qui se remuaient pour qu’au moins le fabuleux patrimoine historique soit restauré, rendu à sa splendeur initiale.
Ainsi de la cathédrale et de sa place au coeur de la cité. Si longtemps, cette superbe nef gothique ne montra que saleté et grisaille extérieures aux touristes et visiteurs et la « place Cathédrale » – comme l’appellent les Liégeois – était ceinte de bâtiments d’une laideur assez exceptionnelle, et servait tantôt de patinoire l’hiver, tantôt de lieu de rendez-vous pour les clochards! La métamorphose est impressionnante.
L’ancienne poste, édifiée en 1905, était une coquille vide depuis des années. Après l’échec de plusieurs projets, le retrait de plusieurs investisseurs, c’est aujourd’hui un bâtiment superbement restauré, constitué de bureaux, d’espaces de réception, d’une brasserie (je n’ai pas goûté à la bière qu’on y produit) et d’un « food court ».
Mais ce changement est visible partout en coeur de ville. Il témoigne à tout le moins de la constance d’une politique dont il y a vingt ans et plus bénéficièrent les deux écrins de la musique à Liège, la Salle Philharmonique – siège de l’Orchestre philharmonique royal de Liège – et l’Opéra royal de Wallonie. C’est lent, ça prend du temps – la ligne de tram qui est en cours d’installation devait initialement être prête pour l’exposition internationale que Liège prétendait organiser… en 2017 ! -. Mais tout finit par arriver !
J’avoue, j’avais de Gênes une image assez floue – grande ville portuaire, la République de Gênes, Simon Boccanegra, la catastrophe du pont autoroutier en 2018 –
(Le nouveau pont autoroutier inauguré au début de l’été, conçu par l’architecte Renzo Piano, né à Gênes en 1937, plus connu en France pour le Centre Pompidou(en duo avec Richard Rodgers) et le nouveau Palais de justice de Paris)
Une visite un dimanche matin du mois d’août, le rêve pour découvrir les secrets de l’autre « cité des doges » !
Le coeur de Gênes
On arrive à Gênes en longeant la côte à partir de Sestri Levante(on n’a donc aperçu le nouveau pont que de loin). Larges avenues majestueuses, bordées de hauts immeubles fin XIXème début XXème…
Après le dédale de la vieille ville, il faut prendre de la hauteur pour admirer la cité et son port.
À l’écart du coeur de la cité médiévale, la Strada Nuova, aujourd’hui Via Garibaldi, est bordée de palais plus imposants les uns que les autres. Trois d’entre eux hébergent de fabuleux musées.
Les plus belles pièces de ces musées sont à découvrir ici : l’album photoLes trésors de Gênes.
Paganini le Génois
Le grand musicien natif de Gênes est Niccolo Paganini (1782-1840). Inutile de chercher sa maison natale, elle a été détruite en 1970 !
Il y a bien (à gauche sur la photo) cette Casa Paganini qui n’est rien d’autre qu’un hôtel.
Pour trouver la trace du célèbre virtuose, violoniste, guitariste et compositeur, il faut la chercher au fond du Palazzo Doria-Tursi deux pièces où sont conservés guitares et violons, le portrait de Paganini par George Patten.
Paganini avait légué ce violon à la ville de Gênes, à la condition que celle-ci s’engage à le conserver perpétuellement et à ne jamais le céder. Il s’agit du célèbre Cannone, fabriqué en 1743 par le luthier Giuseppe Antonio Guarneri. Paganini lui avait donné ce surnom, en raison de l’éclat et de la projection de sa sonorité.
Dans la même pièce se trouve la copie qu’en avait réalisée en 1833 le luthier français Jean-Baptiste Vuillaume copie si parfaite que même Paganini eut d’abord du mal à distinguer l’original de la copie. Il finit par donner celle-ci à l’un de ses rares disciples, Camillo Sivori.
En 1997, Shlomo Mintz put jouer le violon de Paganini lors d’un concert à Maastricht. L’histoire ne dit pas si le violoniste star originaire de la ville méridionale des Pays-Bas (on veut parler d’André Rieu bien sûr !) assistait à cette soirée !
On conseille vivement ce coffret où s’expriment le feu et la sensibilité du violoniste israélien.