Des chefs étoilés

Je me dis, à l’occasion de la parution du Guide Michelin 2023, qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas évoqué ici les bonnes tables que j’aime fréquenter. Promis c’est pour bientôt, surtout que les deux étoilés du Val d’Oise, où j’ai mes pénates, ont conservé leur macaron (pour ne pas les citer, le Chiquito à Méry-sur-Oise et L’Or Q’idée à Pontoise).

Je veux ici parler de deux très grands chefs… d’orchestre, qui sont depuis longtemps au firmament de nos amours musicales, à qui leurs éditeurs viennent de rendre un bel hommage discographique.

Abbado et la marque jaune

Comme naguère Deutsche Grammophon/Universal l’avait fait pour Karajan et Bernstein, le célèbre éditeur a réuni dans une grosse boîte très bien agencée la totalité du legs discographique pour Decca et DG de Claudio Abbado (1933-2014). Même s’il s’agit d’une édition limitée, le coffret n’est pas donné : plus de 700 € sauf sur Amazon.fr où il est accessible à 629 €.

L’éditeur a bien fait les choses: 257 CD et 8 DVD. Présentation par ordre alphabétique de compositeurs. Un beau livre richement illustré. Aucun inédit : tout ce qu’Abbado a enregistré depuis les premiers disques pour Decca au milan des années 60 jusqu’aux derniers avec son orchestre « Mozart » de Bologne ou le festival de Lucerne. Deux intégrales des symphonies de Beethoven (avec Vienne et Berlin, mais avec les Berliner seulement les captations faites en Italie, et non celles faites en studio à Berlin qu’Abbado avait finalement interdites), idem pour Brahms, pour Mahler quasiment trois intégrales partagées entre Berlin, Vienne et Chicago). La partie, pour moi, la plus intéressante, la plus émouvante aussi, est cette ultime série d’enregistrements réalisés à Bologne avec la formation fondée par le chef italien en 2004. Beaucoup m’avaient échappé, notamment ces Mozart si allègres, vif-argent. On ne peut s’empêcher d’être étreint par l’émotion lorsqu’on revoit les derniers concerts d’un homme dont le visage avait revêtu le masque de la mort qui allait finalement l’emporter au début de 2014.

Haitink et le Concertgebouw

Le lien entre l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam et le chef néerlandais Bernard Haitink (1929-2021) ne se réduit pas à la période, déjà considérable, pendant laquelle le second fut le directeur musical du premier, de 1964 à 1988. Les premiers enregistrements datent de 1959, les derniers des années 2010.

C’est ce que Decca a rassemblé dans un coffret luxueux – beaucoup moins cher qu’Abbado ! – Tous les détails ici : Bernard Haitink l’intégrale Concertgebouw

Comme je l’indique sur bestofclassic, le coffret regroupe tout ce que Bernard Haitink a enregistré avec la prestigieuse phalange amstellodamoise, et lorsqu’une intégrale comme les symphonies de Chostakovitch a été partagée entre Amsterdam et le London Philharmonic, l’éditeur a eu le bon goût de tout conserver !

Ce qui intéresse ici, c’est un grand nombre d’inédits en CD ou sur le marché international, comme des Dvorak, des Mendelssohn, c’est aussi, dans le cas de Bruckner et Mahler, l’ensemble des versions captées par le chef et l’orchestre, pas seulement celles retenues dans le cadre d’une intégrale. Et le cadeau des DVD – que j’avais déjà depuis longtemps achetés aux Pays-Bas- des concerts de Noël consacrés à Mahler.

Evoquant Bernard Haitink, je ne peux oublier les concerts qu’il a dirigés ces dix dernières années à la tête de l’Orchestre national de France. Je me rappelle en particulier celui du 23 février 2015, quelques semaines après l’inauguration de l’Auditorium de la Maison de la radio. J’étais bien sûr allé saluer le chef dans sa loge, qui était restée fermée un long moment, parce que, avec l’aide de son épouse, le vieil homme tenait à se changer et à se présenter « dans une tenue décente » (selon les mots de Madame !) à ceux qui venaient le féliciter. La modestie et la gentillesse de Bernard Haitink n’étaient pas feintes. C’est lui qui nous remerciait de l’avoir invité et écouté !

Hommages (Père et fils, L’oncle Tom, Burt et Marlene)

Les Pregardien, père et fils

Le concert auquel on était convié ce jeudi soir était un – magnifique – prétexte pour l’Orchestre de chambre de Paris de dire au revoir à celui qui fut, durant dix ans, son directeur général, Nicolas Droin, qui rejoint Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique.

Mais ce fut, musicalement, émotionnellement, un nouvel hommage à Lars Vogt, qui avait conçu un programme d’un seul tenant – pas d’entr’acte, bravo ! – composé d’ouvertures de Beethoven et de Lieder de Schubert orchestrés, à deux exceptions près. Un programme qui honorait deux fabuleux artistes, père et fils, les ténors Christoph et Julian Pregardien.

Beethoven  Les Créatures de Prométhée, ouverture
Schubert-Reger  Prometheus D. 674
Schubert-Brahms  Greisengesang D. 778
Schubert  Der Vater mit dem Kind D. 906
Schubert-Reger  Erlkönig D. 328
Beethoven  Coriolan, ouverture
« Meine Seele ist erschüttert», air extrait de Christus am Öhlberge op. 85
Schubert  « Lied vom Wolkenmädchen », air extrait de Alfonso und Estrella D. 732
Schubert-Webern  « Der Wegweiser », extrait de Winterreise D. 911
Schubert  Totengräbers Heimweh D. 842 
« Der Doppelgänger », extrait de Der Schwanengesang D. 957, 
Nacht und Träume (orchestration de Clara Olivares)

Une totale, complète réussite, d’autant que le jeune chef britannique, 25 ans, Harry Ogg, que je ne connaissais pas, a été pour moi une révélation, menant un OCP en magnifique forme.

Accessoirement, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance et d’échanger avec un chef que j’admire depuis longtemps – il était assis à côté de moi- Thomas Hengelbrock.

Plus d’une fois, le père ou le fils, ou les deux ensemble, m’ont tiré des larmes, notamment dans la version orchestrée par…. du Roi des aulnes / Erlkönig. Ici des extraits du bis :

L’oncle Tom

Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, un peu comme moi, il était comme un vieil oncle d’Amérique, en l’occurrence du Canada. Comme son ami l’a confirmé hier sur Facebook, Tom Deacon est mort dimanche dernier.: I am Tom’s partner, Stuart. As you all know Tom has been mostly absent from Facebook for many months due to his declining health. I am sorry to have to tell you that Tom died on Sunday morning February 5. He had been in hospital since mid December. His health had been declining over the past six months and declined rapidly in the last month.

Je sais peu de choses finalement sur un personnage d’abord connu dans le monde de la musique comme l’auteur de cette fabuleuse collection publiée par Philips : Great Pianists of the 20th Century.

Nous avions commencé à correspondre, via Facebook, il y a une douzaine d’années, Tom vivait au Canada, où il avait longtemps travaillé à la radio nationale (la CBC), mais il s’intéressait à la vie musicale partout. Il avait des avis souvent tranchés, toujours fondés, qui lui avaient valu pas mal d’inimitiés de la part de « professionnels de la profession » et des fâcheries d’abord avec les pianistes qu’il n’avait pas retenus dans sa collection (!!), ensuite avec des artistes vivants, des critiques – parmi eux plusieurs amis ! -.

Au cours de l’un de ses voyages en Europe, en 2016, j’avais réussi à trouver une date pour dîner ensemble à Paris. Je l’avais emmené au Boeuf sur le toit, pour le cadre, qu’il avait aimé, pas pour la cuisine que j’avais trouvée bien médiocre.

Extraits de notre « correspondance » :

T.D. :Could not agree more with your comments about the need for a « frisson » from music. Mostly it is what is missing. Starting a website soon dedicated to the  » great pianists of the 21st C ( yes, I have found some! ). I’ll let you know when it is up and running. (5/2/2010)

Après m’avoir félicité en mai 2014 pour ma nomination à la direction de la Musique de Radio France, Tom m’avait entrepris sur la situation de France Musique (il était remarquablement informé !) : Mon cher ami. Je suis navré à propos de tous ces virements chez FM. Quelle façon de changer de style! Je pense que cela aurait éte mieux que la nouvelle directrice de FM prenne un peu de temps avant de virer des tas de gens. Détruire avant de construire? Cela se fait dans la construction de maisons, mais dans une éntreprise comme Radio France, ce n’est pas vraiment conseillé. Je le dis après 20 ans d’expérience à la CBC au Canada. Ce genre de « human resources management », comme on dit, tourne joujours au mal, Jean-Pierre, quelque soit les soi-disant raisons données pour le faire. En tout cas, toi, tu auras de quoi faire en ce qui concerne le moral du personnel « non-viré ». Je te souhaite de la chance, mon ami. » (15/08/2014)

Lorsque j’avais évoqué Nelson Freire, en particulier ce disque (un « live » du 25 mars 1984 au Thomson Hall de Toronto) Tom m’avait envoyé ce précieux témoignage :

« Mon cher ami, je ne te raconte rien de nouveau sans doute en te disant que le récital de NF chez Alpha n’est autre que le récital que j’ai produit de ce grand pianiste à Toronto (Roy Thomson Hall) lorque je travaillais à la CBC. Le programme: Live from RTH. Nelson partageait la scène avec Gilels, Arrau, Leontyne Price et d’autres musiciens de ce genre. 2 saisons seulement, hélas. 72 concerts dont les bandes vivent toujours chez la CBC. J’ai fait le nécessaire pour que la bande de Nelson fût disponible à la maison de disques Alpha, et éventuellement à Philips pour l’édition des Grands Pianistes. Nelson a toujours dit que ce récital le captait à son mieux. Je ne dirais pas le contraire. On s’est connu à College Park, Maryland, en 1982. Nous étions tous les deux membres du jury du Concours William Kapell. Depuis nous sommes restés de grands amis, Jean-Pierre, autant pour sa gentillesse que pour son pianisme. Je te remercie infiniement pour ce petit mot sur Nelson, qu’il mérite énormément, bien sûr,« 

Comme on peut le voir sur sa photo, Tom Deacon était un bon vivant. Nous échangions souvent sur nos bonnes tables, lorsqu’il me voyait voyager, il ne manquait jamais de me recommander telle adresse et à l’inverse quand il venait en Europe, il prenait moult renseignements. En 2021, il avait manifesté le souhait de passer par Montpellier, s’enquérant du nouvel hôtel des frères Pourcel, de leur restaurant Le jardin des sens, et finalement, déjà très fatigué, y avait renoncé.

Beaucoup d’échanges à propos des disques et des concerts, et de ce penchant qu’a une certaine critique de toujours considérer le passé, l’ancien, comme plus intéressant que le présent.

« En tout cas tu as bien fait de signaler le problème de nos éternels Rückblicken. Moi, je fais de mon mieux de rester concentré sur les jeunes (musiciens et auditeurs). Moi, je suis vieux, mais l’avenir de la musique classique ne dépend pas de moi ni de mes contemporains. L’avenir appartient aux jeunes dans tous les cas. Pourquoi penser à Glenn Gould lorsqu’on peut écouter la jeune Rana. Pourquoi évoquer Schnabel lorsqu’on peut écouter le jeune Gorini* (, entre nous, J-P, tu devrais l’inviter à Montpellier) Et cetera. Les boîtes de tout ce qui a jamais été enregistré qui nous enchantent de nos jours sont séduisantes justement parce qu’elles nous présentent notre passé. On aime follement le familier. On déteste et soupçonne le nouveau. Naturellement il est bon que les jeunes apprennent ce qui fût, mais pas que ce même passé les étouffe, les empêche de suivre une nouvelle voie, de repenser tou. Je ne sais pas si je me suis bien exprimé, mais j’applaudis ton courage de dire ce qu’il faut dire et à haute voix en plus. Bravo! » (22/09/2017)

(* Suivant le conseil de Tom, j’avais bien invité Filippo Gorini au festival Radio France 2021. Mais le jeune pianiste italien nous a fait faux bond, prétextant une invitation plus « intéressante » pour sa carrière aux Etats-Unis !)

A propos d’un coffret qui constitue un pilier de ma discothèque

ce commentaire qui en dit long sur la personnalité du disparu : Cher Jean-Pierre! Je suis tellement satisfait de ton commentaire sur la boîte Beethoven Schmidt-Isserstedt. Je me souviens d’avoir créé cette compilationn CONTRE les conseils de mon collègue, qui ne voulait pas mélanger les concertos et les symphonies. Mais, comme il m’arrive souvennt dans la vie, je pousse en avant suivant mon propre chemin contre les conseils d’autrui. Un ancien collègue de Vancouver à la CBC sortait souvent les symphonies de S-I. Il les nommait “brown bread Beethoven”. Du Beethoven qui ressemble au pain complet, tu comprends. Je suis d’accord. Un Beethoven sans manières, sans chichi, etc. Enfin, merci de ton commentaire, J-P. Stay safe. Stay well. Tom » (26/05/2020)

Adieu Tom ! Je garde encore nombre de tes messages (après la mort de Nelson Freire par exemple), que je publierai un jour, et d’autres que je garderai pour moi, parce qu’ils relèvent de ce lien mystérieux qu’on appelle amitié.

Burt et Marlene

Burt Bacharach est mort à 94 ans. L’article de Bruno Lesprit dans Le Monde dit tout :

Avec ses mélodies scintillantes comme du cristal, Burt Bacharach, mort le 8 février à Los Angeles (Californie) à l’âge de 94 ans, fut un des compositeurs qui ont le plus divisé dans la musique populaire. Pour ses contempteurs, souvent des intégristes du rock’n’roll, son nom est associé au easy listening, qui renvoie à la musique d’ascenseur et de hall d’hôtels internationaux. Expression impropre, d’ailleurs, pour Bacharach, car sa production, certes « facile » et plaisante à l’oreille, est d’une rare complexité. Pour ses admirateurs, il restera comme un génie de la pop, notamment dans le pays où cet Américain fut prophète : le Royaume-Uni/…/Comme pour les plus grands compositeurs, sa marque est aussitôt repérable : des mélodies légères comme des bulles de champagne, avec toujours une larme de mélancolie, des progressions harmoniques subtiles en accords de septième diminuée et de neuvième, des changements de tonalité et de métrique renversants. Insensible à la fureur du rock’n’roll, Bacharach agit sous l’influence du jazz, de la bossa-nova et de ses percussions. Ses orchestrations comprennent généralement un piano conducteur, des cordes soyeuses ou emphatiques, des cuivres chaloupés, sans oublier sa signature, le gimmick de trompette, ou plus précisément de bugle. Parfois remplacé par un sifflement désinvolte, mains dans les poches. Un air de Bacharach doit se siffloter sous la douche.(Le Monde, 11 février 2023)

J’y reviendrai plus longuement. Pour saluer l’artiste, cette « apparition » de Marlene Dietrich, dont Bacharach avait paré les chansons de subtiles orchestrations.

Post scriptum : Stuart Henderson a publié, ce 16 février, sur la page Facebook de Tom Deacon cet obituaire que je reproduis ici intégralement :

TOM DEACON

« On September 6th, 1941 at 6:45 in the morning, Tom Deacon began this miraculous thing we call life. On Sunday, February 5th, 2023, that came to end. It is for us now to bear witness to that life and rejoice in the memories of a life well lived.

How do you describe someone like Tom Deacon? A force of nature. Larger than life. If you look at what he left behind – 25,000 LPs, 15,000 CDs, 3,500 bottles of wine, boxes of recipes and receipts from Michelin three star restaurants and friends, lots of friends and colleagues who looked to him as a mentor, a collaborator and a sparing

partner – you see a seeker. All his life he sought out the best. The best performance, the best recording, the best meal, the best Burgundy and the best in people. He loved the hunt.

Tom attended Lakefield Preparatory School and Upper Canada College. He went on to study French at Trinity College, Toronto, continuing his studies at the University of Illinois before writing his Ph.D comprehensives at University College, Toronto. In 1967 he left for Paris to study at the Sorbonne and research his never to be completed thesis. It was here he found and explored his first of many loves, France: the country, the food, the wine and its music.

In 1971 he returned to Canada to take up a teaching position at the University of Manitoba. He was well respected by his colleagues and liked by his students, although they found him a little intimidating because he had a witty but sharp sense of humour. He can be remembered saying at the end of one especially trying day, “If I have to teach the verb ‘to be’ one more time …” Teaching was perhaps not one of his great loves. But Tom loved to cook and it was in Winnipeg that he started his tradition of lavish dinner parties often with wine and cocktails leaving the guests with little memory of the previous evening. One year inexplicably a few of his classes were cancelled. Tom was practicing madly for a piano recital. Yes, his first love was music and he found his way into making that his life through the CBC. In 1975, while still at the university, he started working freelance, writing concert reviews from Winnipeg. It blossomed quickly.

In 1977 he put teaching behind him and left Manitoba. He took up residence in the idyllic family cottage on Hay Island, off Gananoque, Ontario and continued to work freelance for CBC, travelling to Leeds and Moscow to cover the international piano competitions until he was hired as a producer on the new morning program Stereo Morning. He always talked about how much he learned there, both in tradecraft and management. Tom often told the story of being handed an envelope by his mentor and executive producer with numerous tiny pieces of magnetic tape. These were the edits (editing was done with a razor blade in those days) of intrusive pauses he had made in an interview; a mistake he never made again.

It was also at this time that he met the person he called the love of his life, his partner Stuart. Their first vacation was, of course, to France. Fifteen Michelin starred restaurants in ten days, with copious notes of everything eaten and all the wines. He wanted to share the best of everything, the fruits of his hunt.

In 1982 he became the producer of his own programme, Live from Roy Thomson Hall. Two glorious seasons broadcasting across the country everything from Anna Russell to Leontyne Price to Emil Gilels to Claudio Arrau. He revelled in being able to share his musical idols, his musical bests, with the rest of Canada.

In 1984, with Roy Thomson Hall’s budget exhausted, the CBC moved Tom to Vancouver. There he hired Jurgen Gothe as host of his concert programme but something else happened. The synergy of passions and creativity gave birth to DiscDrive, the CBC’s afternoon drive programme that dominated the airwaves for more than two decades.

In 1989 as DiscDrive moved into maturity Tom looked south for a new challenge as Program Director at KUSC, a classical music station in Los Angeles. Ever restless for new challenges, in 1992 he moved to the Netherlands and began his career with Polygram.

At Polygram his life long hunt for the musical best paid off. Here he put his encyclopedic knowledge of classical music repertoire and recordings into creating legendary CD compilations of legendary artists. Since his great musical love was the piano, the realization of his life long hunt for the best was as the Executive Producer of Great Pianists of the Twentieth Century Edition, 250 hours of music on 200 discs – the largest CD edition ever released and he got to release it to the world. The New York Times said “It would be hard to imagine a more representative example of the piano in the 20th century.”

In 1998 Polygram was acquired by Universal Music and Tom became Vice-President Catalogue Development. In 2001 he returned to Canada but remained working for Universal Music, until he retired in 2005. He served on a number of international piano juries and continued to follow the development of the young generation of pianists very closely.

He will be greatly missed by his much loved and inseparable older brother John (Evie), his younger brother Bob (Janice) and Stuart Henderson, his partner, lost in a sea of CDs with Nelson and Martha, his two cats. In lieu of a memorial or flowers, have a nice meal and raise a glass to Tom ».

Hauts et bas

Indifférence

L’écrivain Christian Bobin est mort, et je ne sais qu’en penser. Si ses livres ont fait du bien, ils auront rempli leur office. Comme ceux de Paolo Coelho… Et puis j’ai lu sur Facebook ce portrait qu’en fait Augustin Trapenard, le ci-devant animateur de Boomerang sur France Inter, aujourd’hui aux manettes de La Grande Librairie sur France 5 : « Je me souviens de ses éclats de rire qui faisaient trembler le studio tellement ils étaient forts. Ce rire si contagieux, si communicatif, qui semblait surgir de nulle part et qui prenait tout le monde de court, jusqu’à ma réalisatrice de l’autre côté de la vitre du studio. Je me souviens que dans ce rire, il y avait de la bonté, de la générosité, mais aussi une bonne dose d’autodérision. Il s’amusait surtout de lui : d’une repartie, d’un bon mot ou de son incapacité à répondre dans le temps imparti. Ce rire était si sonore qu’il rendait plus intenses, étrangement, les moments d’émotion. Il y en avait eu à foison. Quand sa voix s’était brisée en parlant de ces tableaux qui nous regardent autant qu’on les observe. Quand elle s’était mise à trembler en évoquant la ville de son enfance qu’il n’a jamais vraiment quittée et qui a changée plus vite que lui. Quand elle avait carrément trébuché en commentant une variation de Bach interprétée par Glenn Gould. Je me souviens qu’il disait que notre mission sur terre était peut-être de devenir des anges. J’avais trouvé ça d’autant plus beau qu’on avait commencé et terminé en parlant de résistance.« 

Je vais peut-être réessayer Bobin.

Dérives

J’avais, il y a un an ou deux, écrit ici même un article, que j’ai finalement supprimé, parce qu’il avait été surabondamment relayé par des gens qui ne l’avaient pas lu, et que j’étais alors « en responsabilité ». J’y défendais plutôt deux frères savoyards, Renaud et Gautier Capuçon, que j’ai connus et invités l’un et l’autre à leurs débuts. Aujourd’hui, ils ne jouent plus ensemble, ils font carrière chacun de leur côté, mais en usant et abusant de toutes les armes du marketing, quitte à dévier de l’idéal artistique qu’ils ont toujours brandi comme étendard.

Gautier sort un nouveau CD – à grand renfort de passages télé et d’articles de complaisance (une page entière dans Le Monde : Violoncelliste populaire), enfonçant toujours les mêmes portes ouvertes : lui rend la musique accessible au plus grand nombre. Blabla habituel. On se demande si, avec les titres de ses « albums » – Emotions, Sensations, bientôt Vertiges ?, il ne se place pas dans la filiation d’un André Rieu plutôt que d’un Rostropovitch ?

Renaud, quant à lui, semble saisi du syndrome de Karajan, qu’on appelait dans les années 60 le Generalmusikdirektor de l’Europe, tant il cumulait de fonctions et d’honneurs (Vienne, Berlin, la Scala, Salzbourg). Musicien quasi-officiel – il est de toutes les cérémonies, hommages, réceptions à l’Elysée – créateur/animateur du festival de Pâques d’Aix-en-Provence, professeur à Lausanne et depuis peu chef de l’Orchestre de chambre de Lausanne, il s’occupe aussi du festival de Gstaad, et annonce maintenant s’occuper des Rencontres Musicales d’Evian. Le violoniste français, dans ce langage bienséant et formaté qui fait son charme, déclare à Sylvie Bonier, dans le journal Le Temps : «Plus j’en fais, moins je suis stressé, déclare le violoniste entrepreneur. C’est le grand paradoxe de ma vie. Je suis de plus en plus zen au fil des nouvelles aventures. La scène et l’organisation figurent dans mon ADN depuis toujours. Cela me donne un plaisir fou et je pense avoir acquis une certaine expérience, en plus de 25 ans de pratique. Pourquoi, alors, me priver d’élargir encore les partages avec les immenses musiciens qui jalonnent ma vie professionnelle et amicale, les jeunes qui vont faire la leur, dans ce métier exigeant, et le public qui les suit tous?»

Sauf que non, cher Renaud, on ne la fait pas à ceux qui ont connu les Rencontres d’Evian à leurs débuts, puis sous la houlette de Rostropovitch. Les découvertes, l’audace étaient de tous les programmes. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler ceux des concerts auxquels j’ai assisté dans les années 80 et 90. Quand je vois ce qui est proposé l’été prochain et qui est présenté comme une « mutation », j’hallucine : Mozart et Beethoven pour les soirées les plus audacieuses ! Le Philharmonique de Berlin annoncé avec ce pauvre Zubin Mehta, 87 ans, qui ne tient plus debout, certes avec le soutien d’une mécène d’autant plus généreuse qu’elle dépense l’héritage de son mari mort l’an dernier. Et toujours les mêmes invités… Les petits jeunes ont droit aux concerts de 11h du matin.

S’ił fallait en rajouter, que penser d’un artiste qui, depuis le début de sa carrière, a été soutenu, supporté – dans tous les sens du terme – par Warner et son patron Alain Lanceron, et qui, en pleine « promo » d’un nouveau CD des Quatre saisons de Vivaldi, passe avec armes et bagages chez Deutsche Grammophon, sans même un mot à son mentor ?

Il ne faut pas oublier de lire le papier très argumenté d’Alain Lompech dans le numéro de décembre de CLASSICA

L’avenir du côté d’Alexandre

On oublie vite ces combines pas très glorieuses, quand on écoute, comme ce fut le cas jeudi soir à la Philharmonie de Paris, des musiciens à qui la – récente – célébrité n’a pas encore fait perdre le sens des réalités : le pianiste Alexandre Kantorow, le violoncelliste Aurélien Pascal – entendu trois fois dans trois formations différentes lors du Festival Radio France 2021 – et la violoniste Liya Petrova. Aujourd’hui musicienne reconnue et confirmée, la jeune Bulgare avait participé à l’un des derniers projets discographiques que j’avais conduits à Liège ; l’intégrale des oeuvres concertantes pour violon et violoncelle de Saint-Saëns

C’était dans le triple concerto de Beethoven, avec l’Orchestre de Paris, dirigé par Stanislav Kochanovsky. Et c’était magnifique !

Bios

Les anniversaires, on sait faire, les institutions culturelles, les médias, les maisons de disques, il n’y a plus que ça. Quand ce n’est pas le 80ème anniversaire de Daniel Barenboim (lire Barenboim #80), c’est le centenaire de la mort de Proust aujourd’hui (qu’on se rassure, je n’ai rien d’original à en écrire, sauf à conseiller l’excellent essai de l’ami Jérôme Bastianelli, président de la Société des Amis de Marcel Proust)

Sans parler de certains qui préfèrent s’auto-célébrer – livre, disque, concerts, émissions de radio, articles de presse – de crainte peut-être que ledit anniversaire passe inaperçu ! Ou de faire état des hochets à eux généreusement distribués par telle ex-ministre de la Culture ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas

Bios dégradées

En revanche, fournir une information de qualité sur les artistes, en l’occurrence les musiciens, qu’on va écouter en concert ou sur un enregistrement audio ou vidéo. c’est normalement le job des organisateurs, des impresarios – pardon c’est un mot désuet, ringard, on dit maintenant « agent », c »est tellement plus poétique ! c’est une autre paire de manches. Dans notre jargon, on appelle ça une « bio ».

En général, ces « bios » d’artistes censées nous conter par le menu leur enfance, leur formation, les éléments importants de leur carrière, sont à peu près toutes faites sur le même modèle, avec les mêmes mots-valises, les mêmes superlatifs : « Anton von der Schmoll est généralement considéré comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération » – ça pour les débutants – Pour les plus confirmés, on monte d’un cran dans la formule creuse : « Est internationalement reconnu comme le chef le plus charismatique de son époque »… etc..

Mais au lieu de donner envie à l’auditeur ou au spectateur d’en connaître plus sur l’artiste en question, d’en révéler les traits marquants, ces « bios », en général fournies en anglais – parce que les plus grandes agences sont à Londres ou en Allemagne – ressemblent aux menus des restaurants de l’époque soviétique : une liste d’autant plus impressionnante et longue qu’inexistante.

Ainsi d’un soliste, dont vous n’avez jamais entendu parler, on vous dira qu’il a joué avec les plus grands chefs, et les plus grands orchestres, oubliant juste de mentionner que c’était pour des remplacements au sein des dits orchestres. Ou alors l’énumération des lieux est en soi irrésistible de drôlerie.

Dans tous les cas c’est ridicule et souvent contre-productif.

Je m’explique : si un « agent » a besoin de placer ses artistes auprès d’organisateurs, de directeurs, il s’adresse à des professionnels à qui on ne la raconte pas, il apporte un éclairage, une information sur l’évolution de la carrière de son protégé, sur ses projets, ses souhaits. Donc la liste et les superlatifs interminables… aucun intérêt !

Quant au public qui vient écouter et/ou voir un artiste, croit-on vraiment qu’il va se taper des pages de lecture indigestes ?

J’ajouterai une catégorie de « bios » entourloupes : celles où, ridicule coquetterie, on cache soigneusement l’origine, l’âge (surtout !) des gens. Pas plus tard qu’hier soir impossible d’avoir des informations… réellement biographiques sur un chef d’orchestre dont je sais seulement qu’il est anglais et qu’il va succéder à Santtu-Matias Rouvali à la direction musicale de l’orchestre philharmonique de Tampere (Finlande).

Barenboim #80 : complexité, perplexité, admiration

À un homme malade, sérieusement malade selon ses propres déclarations, on doit d’abord adresser des vœux de meilleure santé, avant même de fêter son quatre-vingtième anniversaire.

Daniel Barenboim est né le 15 novembre 1942 à Buenos Aires, un an après sa compatriote Martha Argerich.

Le titre de ce billet reflète ce que l’on peut penser d’une personnalité de tout premier plan, un premier plan que Barenboim n’a pas toujours occupé ni conquis par ses seules qualités musicales.

Comme l’écrit Sylvain Fort sur Forumopera : « Le New York Times, dans un long article intitulé « Illness puts maestro on pause » rappelle l’ampleur de l’empire Barenboim. Son absence se fait d’autant plus cruellement sentir qu’il préside aux destinées de la Staatskapelle de Berlin, de l’orchestre du Divan, de la Staatsoper de Berlin – autant de formations pour lesquelles à travers le temps il a obtenu de généreuses subventions et des concours privés considérables. A la lecture de cet article, l’on comprend que Daniel Barenboim, s’il indique lui-même avoir vécu par ou pour la musique, aura aussi joué un rôle politique considérable dans l’univers culturel au sens large. »

Argentinian-born Israeli conductor Daniel Barenboim is pictured as he conducts the Vienna Philharmonic Orchestra during the New Year concert on January 1, 2009 in Vienna. AFP PHOTO/DIETER NAGL (Photo by DIETER NAGL / AFP)

Mais soyons clair: l’admiration l’emporte de loin sur la critique. Ne serait-ce que sur ce blog, les occurrences « Barenboim » se comptent par dizaines. Et ce n’est pas parce que, le 1er janvier dernier, il n’était plus que l’ombre de lui-même – un concert de Nouvel an crépusculaire – que ses derniers disques chez Deutsche Grammophon n’ajoutent vraiment rien à sa gloire (voir Le difficile art de la critique), qu’on doit oublier tout ce que le pianiste et chef d’orchestre nous a donné.

Je renvoie aux deux articles que j’avais consacrés à Daniel Barenboim… il y a cinq ans : Barenboim 75 ou l’artiste prolifique, Barenboim 75 première salve. Rien à changer dans mes choix de discophile, ni dans mes souvenirs de jeunesse. Les concertos et les sonates de Mozart, les concertos de Beethoven, les symphonies de Franck et Saint-Saëns, la 4ème symphonie de Bruckner, ce sont mes premiers disques… avec Barenboim.

Pour terminer sur un message heureux en lien avec la ville où Daniel Barenboim s’est établi depuis des lustres, j’avais aussi découvert par hasard – un CD trouvé dans un magasin d’occasions en Allemagne – l’équivalent à Berlin de la Marche de Radetzky à Vienne, le Berliner Luft du bien trop méconnu compositeur berlinois Paul Lincke… grâce à Daniel Barenboim, qui, au lieu de courir la poste comme nombre de ses confrères, adopte le tempo giusto d’une marche, dansée, chantée et sifflée.

Ici une vidéo que je ne connaissais pas, la fin d’un concert la Saint-Sylvestre 1997, dans la grande salle de la Staatsoper.

Tout Roger

J’ai à plusieurs reprises évoqué ici mes quelques rencontres avec le chef anglais Roger Norrington (88 ans !). Extraits choisis :

Avec l’Orchestre de chambre de Paris (28 mai 2015)

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger NorringtonIan BostridgePurcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisiede Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

Beethoven, Haydn et Disques en Lice

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven

Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

Roger Norrington et François Hudry (Photo F.H.)

Sans attendre son 90ème anniversaire, et parce que le chef a lui-même annoncé mettre un terme à sa carrière, Erato (Warner) réédite tout ce que Norrington a enregistré avant qu’il ne prenne la direction de l’orchestre de la radio de Stuttgart (et qu’il regrave une grande partie de son répertoire pour Hänssler avec des bonheurs plus fluctuants !)

Rien d’inconnu dans ce coffret, mais des versions qu’on avait parfois oubliées. La presque totalité enregistré avec l’ensemble London Classical Players, fondé par Roger Norrington en 1978 et dissous en 1997, regroupant des musiciens participant à d’autres formations, comme The Orchestra of the Age of Enlightenment.

Contenu du coffret Warner/Erato :

Beethoven : Symphonies + concertos clavier (Melvyn Tan)

Berlioz : Symphonie fantastique + Ouverture Les Francs-juges

Brahms : Symphonies + Variations Haydn + Ouverture tragique + Requiem allemand

Bruckner : Symphonie 3

Haendel : airs d’opéras (David Daniels) + Water Music, Royal Fireworks

Haydn : Symphonies 99-104

Mendelssohn : Symphonies 3 et 4

Mozart : Symphonies 38-41 + concertos 20/23/24/25 (Melvyn Tan), concerto 16 (Knauer) + Requiem

Mozart : Don Giovanni

Mozart : la Flûte enchantée

Purcell : The fairy queen

Gala Rossini + ouvertures

Schubert : Symphonies 4,5,6,8,9, ouverture Die Zauberharfe

Schumann : Symphonies 3,4, ouverture Genoveva

Smetana : Ma Patrie

Wagner : ouvertures

Weber : Symphonies 1 et 2, Konzertstück (Melvyn Tan)

Tables d’harmonie : Goebel, Zimmermann

Le CD est mort ? Vive le CD. En gros coffrets de préférence.

On est gâté en cette rentrée. Deux belles boîtes pour deux violonistes d’exception.

Le violon de la main gauche

Reinhard Goebel, rappelez-vous, le violoniste allemand, septuagénaire depuis juillet, est celui qui, à la fin des années 70, a surgi, avec son ensemble Musica antiqua Köln, comme un révolutionnaire dans un univers de la musique baroque déjà défriché par Leonhardt ou Harnoncourt. Ils cassent la baraque avec les concertos brandebourgeois, puis les Suites pour orchestre, de Bach, qui paraissent chez Archiv Produktion. La critique manque de s’étrangler…

Vous avez dit contraste ?

Depuis lors, Reinhard Goebel a construit une somme discographique principalement dédiée à la musique allemande. En 1990 lorsque sa main gauche se paralyse, il change de côté et maniera désormais l’archet du bras gauche, jusqu’à ce que, de nouveau, se manifeste la dystonie de la main gauche et le contraigne à abandonner son instrument en 2006 ainsi que la direction de l’ensemble qu’il avait fondé en 1973.

Cette somme est aujourd’hui rassemblée dans un magnifique coffret, où l’on retrouve des références jamais dépassées, notamment dans Bach et Telemann. Mais Biber (fabuleuses Sonates du rosaire), Hasse, Leclair, Heinichen, tout est admirable !

Frank Peter le Grand

Il est allemand lui aussi, n’a pas encore 60 ans, mais Warner lui offre un coffret absolument justifié. Frank Peter Zimmermann est né en février 1965 à Duisbourg. J’ai eu la chance de l’entendre et de l’inviter plusieurs fois à Liège et avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège : la veille de mon passage devant le grand jury qui allait me choisir comme directeur général de l’orchestre, le 24 septembre 1999, il jouait le concerto de Beethoven sous la direction du très regretté Patrick Davin (Liège à l’unanimité). Quelque temps après, il serait le soliste d’une partie de tournée de l’OPRL en Europe centrale sous la baguette de Louis Langrée (superbe 3ème concerto de Mozart).

Quand nous décidons avec Louis Langrée de consacrer toute une semaine de festival à Mozart, en janvier 2006, pour les 250 ans de la mort du Salzbourgeois, le nom de Frank Peter Zimmermann s’impose naturellement pour la symphonie concertante pour violon et alto. FPZ nous donne le nom d’un altiste dont il a entendu beaucoup de bien mais avec qui il n’a encore jamais joué : Antoine Tamestit.

La rencontre fait des étincelles, Louis Langrée se fera de l’un et l’autre des complices artistiques à vie. Et FPZ formera dès 2007 avec Antoine Tamestit et Christian Poltera un trio à cordes qui nous laissera de pures merveilles :

Warner a donc réuni tout ce que ce magnifique musicien avait enregistré pour EMI.

Puisse cette somme donner envie au public et aux mélomanes français de mieux connaître un musicien trop peu célébré dans l’Hexagone. Je voudrais signaler en particulier le duo formidable que formait FPZ avec le pianiste Alexander Lonquich, lui aussi trop peu connu chez nous.

Ce qu’il nous reste d’eux

La camarde fauche large chez les pianistes ces derniers mois : Nelson Freire, Radu Lupu, Nicholas Angelich, avant-hier Lars Vogt. Les deux derniers au même âge, la cinquantaine juste passée, l’un et l’autre après avoir courageusement affronté la maladie, les poumons pour Nicholas Angelich, le foie pour Lars Vogt. Au-delà de leur talent et de leurs qualités pianistiques, c’est aussi, sûrement, cette tragique condition humaine, qui nous a profondément émus. Il n’est que de voir, comme l’a constaté France Musique, la pluie d’hommages qui, dans le monde entier, a salué la mémoire de Lars Vogt.

L’Orchestre de chambre de Paris, dont Lars était devenu le directeur musical, a diffusé hier l’extrait d’un concert donné au début de l’été dans la cour de l’Hôtel de Sully à Paris, le dernier sans doute de Lars Vogt. Je vois dans le choix de ce limpide et tendre second mouvement du 2ème concerto pour piano de Chostakovitch, comme une prémonition, comme un adieu au monde…

Alain Lanceron, le président de Warner Classics & Erato, rappelait hier que Lars Vogt avait beaucoup enregistré pour EMI, à la suite de son succès au concours de Leeds en 1990. Notamment ces disques avec Simon Rattle. On veut imaginer que Warner rassemblera ce legs dans un généreux coffret, on le souhaite !

Lars Vogt a beaucoup enregistré pour plusieurs labels. Difficile d’établir une discographie exhaustive. De Mozart à Janacek, de Beethoven à Brahms, en solo, en concerto, il y a abondance. Une sélection de coeur dans ses derniers disques pour Ondine :

J’ai une affection particulière pour ces disques enregistrés avec les amis de toujours du pianiste, le violoniste Christian Tetzlaff et la violoncelliste Tanja Tetzlaff. Le 9 janvier 2015, ils avaient joué à Radio France d’abord le Triple concerto de Beethoven puis le Kammerkonzert de Berg avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Daniel Harding (lire Le silence des larmes).

Nelson Freire inédit

Decca annonce la sortie d’un double CD d’inédits de Nelson Freire :

Gluck: Orfeo ed Euridice: Mélodie

Bach, J S: Jesu, bleibet meine Freude (from Cantata BWV147 ‘Herz und Mund und Tat und Leben’)

Beethoven: Andante Favori in F, WoO 57

Beethoven: Piano Concerto No. 4 in G major, Op. 58

  • Nelson Freire (piano)
  • Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR
  • Uri Segal

Beethoven: Bagatelle Op. 119: No. 11 in B flat major

Strauss, R: Burleske for Piano and orchestra in D minor, AV85

  • Nelson Freire (piano)
  • SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
  • Zoltán Peskó

Debussy: La plus que lente

Villa-Lobos: Bachianas Brasileiras No. 4 for piano or orchestra: Preludio No. 1

Bartók: Piano Concerto No. 1, BB 91, Sz. 83

  • Nelson Freire (piano)
  • Frankfurt Radio Symphony Orchestra
  • Michael Gielen

Brahms: Piano Concerto No. 2 in B flat major, Op. 83

  • Nelson Freire (piano)
  • Frankfurt Radio Symphony Orchestra
  • Horst Stein

Brahms: Intermezzo in A major, Op. 118 No. 2

On ne va pas bouder son plaisir même si on peut penser qu’il y a beaucoup d’autres inédits qui dorment dans les archives des radios européennes. Rappelons cet autre coffret – des bandes radio – qui est un indispensable de toute discothèque :

Pour ce qui est de Radu Lupu, Decca avait déjà réédité tout ce qu’il avait enregistré en solo et en concerto. On espère que Nicholas Angelich bénéficiera, lui aussi, d’une belle réédition d’une discographie malheureusement incomplète.

Ici capté dans ce qui fut sans doute l’un de ses derniers récitals, chez l’ami René Martin à la Grange de Meslay en 2020.

Vacances 2022 : Napoléon et l’île d’Elbe

Quatre jours en bord de mer à Punta Ala, et juste en face de nous l’île d’Elbe. Une visite s’imposait.

La fascination Napoléon

J’ai, à l’égard de Napoléon, ou j’ai eu jusqu’à présent, une attitude que les spécialistes de l’âme humaine pourraient qualifier de fascination/répulsion. J’ai peu lu sur lui – c’est une erreur que je répare peu à peu – je ne lui voue pas un culte comme pas mal de mes amis, et pourtant le personnage, ce qu’il a été, ce qu’il a laissé, ne laisse pas de m’intriguer.

L’île d’Elbe au moins je savais que c’était le premier exil de l’empereur (lire l’excellente notice de la Fondation Napoléon) du 4 mai 1814 au 26 février 1815. Il y avait au moins deux lieux liés à la présence de Napoléon sur l’île à visiter, mais j’avais oublié que les musées italiens évitent de travailler lorsque l’affluence touristique est la plus forte. Tout est fermé le week-end à partir du samedi 13h ! Je n’ai donc pu visiter que l’une des résidences napoléoniennes, à San Martino, dans la montagne à quelques kilomètres du chef-lieu de l’île Portoferraio : la Villa Napoleonica.

Impossible de visiter l’autre résidence de Napoléon sur les hauteurs de Portoferraio, sur la Piazza dei Mulini. Mais on aura pû gouter l’excellente eau minérale de la source Napoléon !

Napoléon et la musique

Contrairement à mes précédents billets, aucun rapport ici avec la musique – y a-t-il même un compositeur né sur l’île ? -. Pour ce qui est de Napoléon et la musique, je renvoie à l’article que j’avais publié lors du bicentenaire de la mort de l’empereur.

Dans cet article, j’ai oublié les deux oeuvres les plus spectaculaires et bruyantes écrites respectivement par Beethoven – la Victoire de Wellington – et Tchaikovski – l’Ouverture 1812 – inspirées à leurs auteurs par de cuisantes défaites napoléoniennes…

On sait pourtant l’admiration que portait Beethoven au général Bonaparte, au point d’avoir songé lui dédier sa Troisième symphonie, pour finalement rayer rageusement sa dédicace lorsque Bonaparte devint Napoléon 1er. La Victoire de Wellington, qui n’est franchement pas un chef-d’oeuvre, célèbre la victoire du duc de Wellington sur les troupes napoléoniennes le 21 juin 1813 à Vitoria-Gasteiz en Espagne.

Quant à l’ouverture solennelle 1812 (« L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. » dixit Tchaikovski lui-même !), écrite en 1880, pour « célébrer » le désastre de la campagne de Russie en 1812, avec la fameuse citation de la Marseillaise !

Le coeur léger

Je pars le coeur léger et le bagage pas si mince* que ça, chargé de souvenirs heureux. C’est ce que je disais hier soir, dans la nuit étoilée du jardin de la Maison des relations internationales de Montpellier, à toutes les équipes du Festival Radio France, à la fin du dernier concert de l’édition 2022.

(Photo Luc Jennepin/Festival Radio France)

Le coeur léger, bien sûr par allusion à l’incident de novembre dernier, mais aussi parce que, pour la première fois depuis que j’ai commencé à travailler (à 17 ans !), je suis déchargé du fardeau des responsabilités inhérentes aux fonctions que j’ai occupées.

Mais trève de considérations. Dès aujourd’hui je suis en vacances. Ce blog en épousera le rythme. Il sera toujours temps de revenir sur le passé récent ou plus lointain.

Marianne, Serge et Gabriel

Dans mon dernier billet j’annonçais un bouquet final – Semaine 3 et fin . On n’a pas été déçu !

Mardi soir, Marianne Crebassa triomphait, toujours à l’Opéra Comédie de Montpellier, dans un récital proche de l’idéal, comme le soulignait Pierre Gangiobbe sur Ôlyrix

Ces deux récitals seront diffusés sur France Musique le week-end prochain, ce qui ne sera malheureusement pas le cas des trois dernières soirées du Festival. Je n’ai pas bien compris pour quelle raison les équipes techniques de Radio France avaient plié bagage en milieu de semaine. Les fameuses restrictions budgétaires ?

Dommage en tout cas que n’ait pas été capté le très singulier concert de mercredi, où le compositeur britannique Gabriel Prokofiev (1975) faisait entendre deux de ses oeuvres – le concerto pour platines n°2 avec le DJ Mr. Switch, et Beethoven9 Remix – et réservait aux spectateurs de Montpellier la surprise de dire, dans un français qui parfois lui résistait, le texte du célébrissime conte pour enfants de son grand-père Serge, Pierre et le Loup. Dernière prestation aussi pour l’Orchestre national de Montpellier, très sollicité cet été, élégamment dirigé par Christopher Warren-Green.


Doublé final : Benjamin, Maxim et les Ecossais

Vraiment il y a de quoi râler sur l’absence de micros pour les deux concerts finaux: une affiche pourtant exceptionnelle, le Scottish Chamber Orchestra venu tout exprès à Montpellier, Maxim Emelyanychev qui réinvente tout ce qu’il dirige, sans céder aux excès de certains de ses contemporains plus médiatisés (Prétention) et Benjamin Grosvenor qui, dans les 4ème (jeudi) et 3ème (vendredi) concertos de Beethoven, nous fait rendre les armes. Dans le 4ème, il jouait de surcroît les cadences de Saint-Saëns, plutôt inattendues.

Extraits du 3ème concerto pour piano de Beethoven : Benjamin Grosvenor, le Scottish Chamber Orchestra dirigé par Maxim Emelyanychev

En bis, Benjamin Grosvenor annonçait un « Irish song », le très célèbre – au Royaume Uni ! – O Danny Boy transcrit par Percy Grainger.

Une conclusion en beauté du Festival 2022 : Bilan à la hausse (le détail ici)

* Les premiers mots de la chanson de Charles Aznavour « Je m’voyais déjà«