Et Offenbach ?

 

La France officielle aurait-elle ses protégés et ses oubliés ? On peut s’interroger lorsqu’on compare le sort réservé à Berliozmort il y a 150 ans, et à Offenbach né il y a 200 ans.

Berlioz a bénéficié déjà, pour le bicentenaire de sa naissance en 2003, d’une sorte de célébration nationale- sans aucun doute justifiée ! – associant un grand nombre de maisons d’opéra, d’orchestres symphoniques, d’institutions culturelles, certains avaient ardemment milité pour qu’il entre au Panthéon ! L’an dernier, la ministre de la Culture avait confié à Bruno Messina « la mission de préparer le cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz ».

Berlioz est honoré par le disque : le coffret Warner (Berlioz Complete works), et d’autres encore, d’inégal intérêt (j’y reviendrai sur bestofclassic)

 

 

Et le sieur Offenbachné Jacob à Cologne le 20 juin 1819, devenu Jacques dès son arrivée à Paris en 1833 et mort dans la capitale française en 1880 ? Pas de comité du bicentenaire ? Pas de commémoration officielle ? Il faut croire qu’un compositeur de musique « légère », un roi de l’opérette, ne mérite pas l’hommage réservé à son aîné « sérieux ».

Sans doute est-il plus compliqué d’envisager une édition discographique des oeuvres complètes d’Offenbach – comme on vient de le faire pour Berlioz – n’est-ce pas Jean-Christophe Keck ? Parce que l’oeuvre d’Offenbach est encore largement à (re)découvrir, que le colossal travail d’édition est un work in progress qui ne paraît pas près de s’achever.

Espérons que, même en l’absence de caution officielle, le bicentenaire de sa naissance permettra à un large public de mieux connaître la personnalité, au moins aussi originale que celle de Berlioz, la diversité du génie d’Offenbach. De le sortir aussi de l’étiquette réductrice d’amuseur franco-français du Second Empire : sait-on que c’est le succès considérable de ses opérettes, chantées en allemand à Vienne (Orphée aux enfers, La belle Hélène, La vie parisienne) qui a poussé Johann Strauss fils (1825-1899) à se mettre à l’opérette et à essuyer ses premiers échecs ?

Espérons que Warner fera un peu plus que ce coffret bienvenu, regroupant les trois versions de référence récentes dirigées par Marc Minkowski.

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Par exemple en regroupant les ouvrages dirigés par Michel Plasson, Manuel Rosenthal, John Eliot Gardiner… le fonds EMI Offenbach étant sans doute l’un des plus riches.

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En attendant l’ouvrage de référence (qui viendra peut-être ?), on peut aborder le personnage avec ces trois petits bouquins :

 

Dans les raretés discographiques à rééditer, un joli bouquet d’ouvertures dirigées par… Hermann ScherchenOffenbach enregistré à Vienne sous une baguette qu’on n’attend pas dans ce répertoire, un modèle !

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Berlin dernier jour

Refus du consumérisme ou respect des traditions, Berlin (comme Dresde l’an passé) ferme boutiques et musées en début d’après-midi le 31 décembre. La chocolaterie Rausch consent à ouvrir jusqu’à 18 h ! Mais les touristes, très nombreux à cette période, en sont réduits à fréquenter les marchés de Noël, voire quelques rares boutiques de souvenirs, en attendant les douze coups de minuit à la porte de Brandebourg !

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Fierté de la chocolaterie Rausch : ces monuments berlinois tout en chocolat !

Même le célèbre magasin Dussmann – où j’ai fait naguère provision de tant de disques et de partitions – n’ouvre plus le dimanche, et fermait ce 31 décembre à 14 h!

Côté musique, en revanche, on serait bien mal venu de se plaindre ! Quelle autre ville au monde est en mesure de proposer chaque soir de cette période de fêtes pas moins de 5 concerts ou représentations d’opéra ?

J’ai boudé, cette fois – privilège du visiteur professionnel ! – la Philharmonie où Daniel Barenboim dirigeait l’Orchestre philharmonique de Berlin dans un programme que je l’avais vu jouer et diriger avec les Wiener Philharmoniker en 2011 (un concerto de Mozart et Ravel en seconde partie), tout comme le Konzerthaus où se donnait – tradition oblige – la IXème symphonie de Beethoven sous une baguette pourtant pas inintéressante, Vladimir Jurowski.

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Mais la curiosité m’a poussé vers deux spectacles de la Komische Oper – dirigée par un talentueux trublion, Barrie Kosky -, jeudi soir Les perles de Cléopâtre une opérette déjantée d’Oscar Straus, et ce lundi Candide de BernsteinLes deux spectacles mis en scène par le maître des lieux, mais quelque chose ne prenait pas dans Candide : beaucoup trop long pour une « opérette » (3 heures et demie), un récitant de luxe en la personne de Franz Hawlatamais de nettes insuffisances du côté des femmes. Quand on a entendu Sabine Devieilhe et Sophie Koch irrésistibles au Théâtre des Champs-Elysées en  octobre dernier, on a un peu de mal à voir et entendre d’honnêtes chanteuses, certes peu aidées par une direction molle et sans fantaisie (malheureusement prévisible dès l’ouverture !)

C’est à la Deutsche Oper – l’opéra de Berlin Ouest – que j’ai vu, pour la première fois La petite renarde rusée de Janacek

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Pas très convaincu par le fait que l’ouvrage est censé s’adresser aux enfants…Mais belle version musicale tant sur scène que dans la fosse.

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Hier soir c’était le premier des deux concerts « de la Saint-Sylvestre » proposés à la Staatsoper Unter den Linden. Comme le maître des lieux – Daniel Barenboim – était occupé à la Philharmonie, il avait confié le programme et la baguette à celui dont j’écrivais il y a deux ans : Le microcosme musical ne parle que de lui depuis deux ou trois ans. Surtout depuis qu’il a remplacé, au pied levé, Philippe Jordan dans une tournée de l’Orchestre symphonique de Vienne il y a quelques mois, ou Franz Welser-Moest avec l’autre phalange viennoise, les Wiener Philharmoniker ! Un surdoué à l’évidence ! Il s’appelle Lahav Shaniil a 30 ans le 7 janvier prochain, et il a amplement confirmé ses dons de pianiste (dans Rhapsody in Blue) et de chef, avec un soliste star en Allemagne, le trompettiste de jazz Till BrönnerDes songs de Kurt Weill, arrangés pour trompette et orchestre. Et en seconde partie un mélange, intéressant, mais qui évacue la magie de la musique au profit d’une suite de numéros, la suite de Casse-Noisette de Tchaikovski et les arrangements qu’en ont fait pour brass band Duke Ellington et Billy Strayhorn :

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Charme et élégance de Lahav Shani et la Staatskapelle Berlin, dans la Valse des fleurs de Casse-Noisette

Je ne voulais pas quitter Berlin sans visiter la maison Mendelssohndans la Jägerstrasse. Là où Joseph et Abraham, les fils aînés de Moses Mendelssohngrand-père du compositeur (Chez Felix) installent en 1815 la banque qu’ils ont fondée vingt ans plus tôt. IMG_0850

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Le temps de surprendre deux tout jeunes frères jumeaux, Hassan et Ibrahim Ignatov, (15 ans !) en train de répéter la Fantaisie en fa mineur de Schubert pour le concert qu’ils donnent sur place le 3 janvier…

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Ne m’appelez pas Maestro !

« S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! »  

C’est ainsi que je commençais mon billet du 10 juin 2016 après le concert d’adieu de Daniele Gatti de ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre National de France. Me revient en mémoire précisément une anecdote à propos de ce terme – maestro – : peu après ma prise de fonction comme directeur de la musique de Radio France en juin 2014 j’avais demandé à rencontrer les directeurs musicaux des orchestres de la Maison ronde. Le premier contact avec Daniele Gatti fut un peu rude, comme je l’ai déjà raconté (Remugles) : je m’adressai à lui en l’appelant « Monsieur Gatti », il me rétorqua « non Maestro Gatti » ! Je lui fis observer qu’on était en France et que je continuerais à m’adresser à lui en français. En bons Latins que nous sommes, nous convînmes finalement de nous appeler par nos prénoms, et peu après, de nous tutoyer !

Ridicule, de surcroît incorrecte, en effet, cette habitude prise de parler du maestro Untel pour désigner un chef d’orchestre, un artiste connu, voire un compositeur. C’est le seul défaut de la traduction française de ce passionnant livre d’entretiens entre deux… maîtres, qui m’a été offert récemment (par celui qui se reconnaîtra et que je remercie à nouveau).

Je doute que Seiji Ozawa – pardon le maestro Ozawa (!!) – désigne, en japonais, ses collègues comme « maestro Karajan » ou « maestro Bernstein »

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Cet ouvrage, enfin paru en français, six ans après sa publication au Japon, eût mérité de conserver le titre original que le grand écrivain mélomane, Haruki Murakami, lui avait donné : J’ai parlé de musique avec Seiji Ozawa. Car c’est bien lui qui a pris l’initiative d’une série d’entretiens avec le chef nippon, lorsque ce dernier a été obligé de ralentir, voire de cesser, ses activités, pour soigner un cancer de l’oesophage dans les années 2010-2011.

Extraits du texte introductif de Murakami :

Je n’avais jamais eu de vraie conversation sur la musique avec Seiji Ozawa avant de commencer la série d’interviews qui figure dans ce livre. Certes, j’ai vécu à Boston de 1992 à 1996, période pendant laquelle il était encore directeur musical du Boston Symphony, et je me rendais souvent aux concerts qu’il dirigeait, mais je n’étais rien de plus qu’un fan anonyme dans le public/…./

Si nous ne nous sommes jamais vraiment épanchés sur le sujet de la musique auparavant, c’est parce que son travail de chef d’orchestre accaparait toute son énergie/…./

On diagnostiqua un cancer de l’oesophage à Ozawa en décembre 2009, et après qu’il eut subi une opération très lourde le mois suivant, il dut réduire sérieusement ses activités/…/ C’est ainsi que nous nous sommes mis à parler de plus en plus de musique. Quoiqu’il soit affaibli, une nouvelle vitalité s’emparait de lui à chaque fois que nous abordions le sujet/…./

Je suis un grand amateur de jazz depuis maintenant un demi-siècle, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier tout autant la musique classique, de collectionner les disques classiques dès mes années de lycée et d’assister à autant de concerts que j’ai pu. C’est surtout pendant ma période passée en Europe, de 1986 à 1989, que mon immersion dans la musique classique a été la plus totale….

Difficile de résumer cet ouvrage, qui n’a pas d’équivalent. Censé être découpé en six chapitres – les différentes versions du concerto n° 3 de Beethoven, Brahms joué au Carnegie Hall, les années 1960, Gustav Mahler, l’opéra et la direction d’orchestre – il relate plutôt un dialogue au fil de l’eau, au gré des souvenirs du chef. Savoureuses digressions, anecdotes sans langue de bois notamment sur les deux aînés auprès desquels le jeune Ozawa a appris son métier, Bernstein et Karajan : l’Américain, tout en énergie communicative, se souciant comme d’une guigne du fini orchestral, l’Autrichien cultivant ce fameux Karajan sound, obsédé de perfection technique.

Même dans la première partie, lorsque l’écrivain et le chef comparent, partitions en main, différentes versions du 1er concerto de Brahms, et surtout du 3ème concerto de Beethovenleurs échanges restent abordables pour le non-spécialiste, et donnent, au contraire, envie d’écouter ou réécouter les versions qu’ils écoutent, et dont ils louent les interprètes.

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Murakami et Ozawa évoquent ce fameux concert du 6 avril 1962 au Carnegie Hall de New York, illustrant le complet désaccord entre le soliste, Glenn Gould, et le chef, Leonard Bernstein, sur l’interprétation de ce 1er concerto de Brahms. Concert enregistré, longtemps indisponible.

Puis le dialogue se poursuit sur plusieurs versions du 3ème concerto de Beethoven – je partage avec Murakami une passion pour ce concerto, qui m’a toujours paru le plus parfait des concertos beethovéniens – : d’abord Gould-Bernstein, où l’entente ici entre chef et soliste contraste avec le désaccord brahmsien.

Puis – l’une de mes versions de référence – l’incroyable énergie du duo Serkin/Bernstein, un tempo qui paraît fou de rapidité à nos deux interlocuteurs.

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Et Ozawa de regretter de n’avoir pas mis la même ardeur, d’être resté trop neutre, lorsque, 25 ans plus tard, il enregistrera les concertos de Beethoven avec le même Serkin

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L’écrivain et le chef s’accordent à reconnaître, à propos de Serkin, puis de Rubinstein, que ce que ces deux immenses pianistes perdent en perfection technique, ils le gagnent en liberté poétique avec l’âge.

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Bref, faites-vous offrir ce livre, et, comme moi, lisez-le pas nécessairement dans l’ordre des chapitres. Vous n’êtes pas au bout de vos découvertes.

Comme, par exemple, cet aveu du grand chef japonais. Lui que la critique internationale a si souvent loué pour ses interprétations de la musique française et russe (qui dominent d’ailleurs sa discographie avec le Boston Symphony) dit finalement préférer, de loin, la musique allemande, Bach, Beethoven, Brahms, Wagner

Une discographie très complète de Seiji Ozawa à retrouver ici : Bestofclassic.

Il faut y ajouter ce coffret qui résulte du travail sur le répertoire germanique auquel le chef nippon a pu enfin s’adonner librement avec l’orchestre Saito Kinenqu’il a fondé en 1984 en hommage à son premier maître Hideo Saito.

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Bine ai venit / Добре дошли / Bienvenue Monsieur le Président

Monsieur le Président de la République,

Tandis que je m’apprête à quitter la Roumanie à la fin de mes vacances, vous y arrivez ce jeudi et serez vendredi en Bulgarie.

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Permettez-moi d’abord de vous féliciter d’avoir choisi ces deux pays, parmi les derniers à avoir intégré l’Union européenne, pour la première tournée des capitales européennes que vous aviez annoncée dès votre élection. La Bulgarie, et plus encore peut-être la Roumanie, nous aiment nous, la France, les Français.

Savez-vous que, lorsque je suis venu pour la première fois en Roumanie, à l’âge où vous découvriez tout à la fois l’amour et le théâtre, la plupart des adultes que je rencontrais parlaient tous français, qu’ils professaient tous une passion pour De Gaulle (c’était trois ans après sa mort, cinq ans après sa visite historique) ? Aujourd’hui les jeunes Roumains parlent à peine l’anglais… Mais Paris, la France, les fait toujours rêver.

Je sais que vous venez à Bucarest et à Sofia y évoquer la réforme de la directive européenne dite « des travailleurs détachés » (Le Monde : Macron mise sur les divisions des pays d’ex-Europe de l’Estet qu’ici beaucoup redoutent votre idée, et craignent que le développement économique que l’arrimage de ces deux vieilles nations à l’Europe a entrainé – la Roumanie a l’une des plus fortes croissances de toute l’Union – ne soit compromis, voire ruiné par de nouvelles règles. Vous avez certainement raison et vos raisons de déclarer ce que vous avez dit dans la ville natale de Mozart il y a quelques heures : « La directive travailleurs détachés telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux. Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’a pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social »
Monsieur le Président, même si votre visite est évidemment beaucoup trop courte et ne vous permettra pas de percevoir les réalités de ces deux peuples frères et cousins, dites leur, je vous prie, combien la France leur est attachée.

Aux Roumains, parce que les liens de culture, de langue – le roumain est une langue latine, si proche de la nôtre – sont de toute éternité. Bucarest était même surnommée le Petit Paris durant l’entre-deux-guerres. Tant de créateurs, d’interprètes ont fait le voyage Paris-Bucarest dans les deux sens, Enesco, Ionesco, Cioran, Istrati… Parce qu’on roule encore beaucoup français dans les villes et sur les routes du pays (Renault et sa filiale Dacia, Peugeot tiennent la dragée haute aux constructeurs allemands). Parce qu’aux abords des centres urbains, ce sont les enseignes françaises – Auchan, Carrefour – qui équipent les nouvelles zones commerciales.

Aux Bulgares, qui ont élu en novembre 2016, un président manifestement plus porté vers la Russie que vers l’Europe, parce que la France représente pour toute une jeunesse en quête d’idéal un phare, une idée d’avenir. C’était évident à chaque fois que l’on me demandait d’où je venais. Paris ville lumière !

La Roumanie, j’y suis venu à quatre reprises depuis 1973Malgré la fuite des cerveaux, des médecins, des mathématiciens, des chercheurs, qui a suivi la chute de Ceausescu le 22 décembre 1989, ce pays a fait des progrès considérables. Sans renier son histoire, le charme de ses traditions – oui, il y a encore des voitures à cheval en Moldavie, en Transylvanie ! – la Roumanie s’est puissamment modernisée. Des villes, encore en triste état, au début des années 2000 se sont refait une beauté. Les infrastructures routières, touristiques et hôtelières ont fait des pas de géant. C’est un élan qu’il faut encourager, soutenir. Pour le bien des Roumains eux-mêmes.

La Bulgarie, je l’ai découverte cet été. J’y ai vu des paysages et des campagnes magnifiques, des sites abandonnés aussi, mais des villes fières, propres, écologiques – Paris et bien d’autres villes françaises pourraient en prendre exemple – Des bords de mer exceptionnels comme à Burgas ou Varna. Et une envie évidente de mettre en valeur un patrimoine archéologique et historique encore largement inexploité, inexploré, comme ces centaines de tombeaux thraces. Qui mieux que la France, en Europe, pourrait y contribuer ?

Monsieur le Président, ce soir vous aurez la chance d’assister au concert que donnent Martha Argerich et Daniel Barenboim dans le cadre du Festival de Salzbourg.

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Vous n’aurez évidemment ni le temps ni même l’opportunité de prendre connaissance de mon message.

Je compte cependant sur vous pour dire haut et fort à nos amis roumains et bulgares qu’ils ne sont pas un problème, ni pour la France ni pour l’Europe, que leurs travailleurs « détachés » ne sont pas de mauvais citoyens européens, que ce qui nous unit à eux est plus fort, beaucoup plus fort qu’une directive mal appliquée ou détournée de ses fins initiales.

Donnez-leur toutes les raisons de croire à l’Europe fraternelle et solidaire que vous avez promue et défendue pendant votre campagne électorale !

Bon voyage Monsieur le Président !

Le Suisse d’honneur

Il faut bien qu’au moins une fois par an le calendrier me rappelle que je suis aussi citoyen helvète. C’est en effet le 1er août qu’est célébrée la Fête nationale de la Confédération helvétique, ce tout petit pays qu’est la Suisse, qui résulte d’une construction démocratique exemplaire. Salut à mes nombreux cousins, cousines, membres de ma famille maternelle, avec qui le lien est maintenu grâce à ce blog !

Hasard ou choix ? C’est en tout cas à la veille de cette fête nationale qu’a été annoncée la grande nouvelle de la nomination à Vienne du plus célèbre chef suisse du moment, Philippe Jordan

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Philippe Jordan dirigera l’Opéra de Vienne

Extrait de l’article du Figaro : 

« Pianiste de formation, Philippe Jordan fait ses armes en tant que répétiteur à l’opéra de la petite ville d’Ulm, en Allemagne. Dans l’ombre, le jeune musicien apprend à diriger. En 1998, le chef d’orchestre de nationalités argentine et israélienne, Daniel Barenboïm, cherche un assistant à Berlin et lui confie la direction de son spectacle.

Le jeune apprenti devient un maître. S’offrent à lui des postes de prestige. De 2001 à 2004, il est directeur musical de l’Opéra de Graz et de l’orchestre Philharmonique de Graz, puis de 2006 à 2010, il est le principal chef invité à la Staatsoper Unter den Linden Berlin. Entre-temps, la consécration: en 2009, Philippe Jordan prend en charge la direction musicale de l’Opéra national de Paris. Cinq ans plus tard, il est nommé chef de l’Orchestre symphonique de Vienne en 2014. À nouveau, l’Autriche lui tend les bras.

Le musicien tient la baguette dans les plus grands opéras et festivals du monde. Pour ne nommer que les plus prestigieux: le Metropolitan Opera de New York, la Scala de Milan, le Royal Opera House de Londres, le Festival de Salzbourg, celui d’Aix-en-Provence. »

Heureusement, Philippe reste à l’Opéra de Paris jusqu’à la fin de son contrat en 2021.

Je ne suis pas objectif, évoquant le fils d’Armin Jordan (Emmanuel Pahud me rappelait, l’autre soir, que c’est à Liège, en mai 2006, qu’il avait joué pour la dernière fois avec le grand chef suisse quelques semaines avant sa disparition).

Tant de souvenirs personnels et musicaux me rattachent à Philippe Jordan. La première fois que je l’ai vu, c’était encore un à peine adolescent, au Victoria Hall à Genève, où il assistait à un concert de son père. Pourtant, les activités du père laissaient peu de place à la vie de famille, et Philippe a fait seul son chemin de musicien, sans renier l’influence, mais sans rester dans l’ombre paternelle. Je tiens d’Armin ce souvenir : Quelques semaines avant de rejoindre Aix, où il dirigeait pratiquement chaque année (comme je l’ai raconté après la disparition de Jeffrey Tate), il s’enquiert auprès de Philippe, qui vient de fêter ses 19 ans, de ce qu’il a prévu pour l’été à venir… Philippe lui répond : Je serai aussi à Aix-en-Provence, j’ai été engagé comme assistant de Jeffrey Tate » !

Depuis lors, le parcours du jeune homme n’a cessé d’être exemplaire. Un parcours « à l’ancienne », comme ses illustres aînés, comme son père, il a fait ses classes, sans brûler les étapes. Souvenir des pelouses de Glyndebourne en 2002, où je m’étais rendu pour un Don Giovanni décapant dirigé par Louis Langréed’un pic-nic partagé avec le chef suisse qui, lui, dirigeait sa première Carmen.

L’année suivante, Philippe Jordan vient diriger à Liège et à St Vith un programme original, une sérénade pour vents de Mozart (la K.388), la sérénade pour cor et ténor de Britten avec le ténor Patrick Raftery et le cor solo de l’OPRL Nico de Marchi, et la 3ème symphonie « Rhénane » de Schumann. Je n’aurai plus d’autre occasion de le réinviter à Liège, tant l’agenda du nouveau directeur de l’opéra de Graz se remplit, et les engagements internationaux du jeune chef explosent.

En 2009, à 35 ans, il est nommé directeur musical de l’Opéra de Paris. On sait ce qu’il est advenu de cette aventure artistique à haut risque, une relation d’une intensité, d’une exigence et d’une confiance exemplaires entre un chef qui sait ce qu’il veut et où il va et un orchestre composé de brillantes individualités qui n’était pas toujours réputé pour sa discipline.

Lorsque Philippe Jordan achèvera son mandat, en 2021, à la tête de l’opéra de Paris, on pourra sans risque inscrire son « règne » en lettres d’or dans l’histoire du vaisseau amiral de l’art lyrique français. Et lui dire notre infinie gratitude. Pour tant de soirées d’exception (comme ces Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie), d’ouvrages lyriques où il nous a fait redécouvrir un orchestre débarrassé de l’empois d’une certaine tradition (que n’a-t-on lu sous la plume de certains spécialistes auto-proclamés : Philippe Jordan « manquait ditalianita » dans Verdi ou Puccini, ou « dirigeait Wagner comme du Debussy » et inversement !).

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En marches

J’étais dans l’avion  quand a retenti la traditionnelle (sempiternelle !) Marche de Radetzky à la fin du concert du Nouvel an dirigé cette année par Gustavo Dudamel.

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Mais Youtube rattrape le temps perdu…(merci à la télévision publique espagnole !)

Tempo parfaitement juste pour ce genre de marche de caractère, qui n’a rien de militaire ni de guerrier. Juste parce que c’est le rythme des chevaux qui défilent, ni trot ni galop. Et puis la marche viennoise doit conserver cette Gemütlichkeit indissociable des grands rassemblements festifs.

J’ai depuis longtemps dans ma discothèque un double album que, même sous la torture, je n’aurais jamais osé avouer posséder. Il y a des plaisirs interdits… Des marches prussiennes et autrichiennes dirigées par un ex-membre du NSDAP. Impensable.

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Et pourtant lors d’un festival de mi-saison de l’Orchestre philharmonique de Liège, en janvier 2010, François-Xavier Roth n’avait pas résisté au plaisir de diriger trois harmonies spectaculairement réunies sur la scène de la Salle Philharmonique, et de faire scander par le public l’une de ces marches prussiennes, devenue un tube dans le monde entier :Alte Kameraden (ou Old Comrades)

Et chaque programme de Nouvel An comporte son lot de marches, certes souvent conçues pour célébrer un événement, un anniversaire, très rarement une victoire militaire ou un appel patriotique. Gustavo Dudamel n’y a pas coupé avec cette marche extraite de l’opérette de Franz LeharWiener Frauen. Prise trop rapidement à mon goût (ci-dessous à 2’20)

Les deux fils du père Strauss ont écrit, à leur tour, une marche « patriotique » (Vaterländischer Marsch)  qui emprunte beaucoup à la Radetzky ! Hommage au fondateur de la dynastie ?

Parfois le compositeur et avisé homme d’affaires qu’était Johann Strauss fils cherchait à s’attirer les bonnes grâces des puissants (qui l’invitaient à prix d’or avec son orchestre), ainsi cette Napoleon Marsch dédiée à Napoléon III (et pas à Napoléon 1er comme le suggère l’illustration de la vidéo ci-dessous)

De nouveau il y a certains codes à respecter, une tradition aristocratique viennoise : Boskovsky sait y faire, et pour cause ! Tandis que le fougueux octogénaire Georges Prêtre lance une attaque de cavalerie…hors sujet !

Zubin Mehta, un habitué des concerts de Nouvel An, a révélé nombre de ces marches de célébration. Comme cet hommage inattendu à la Révolution française, tiré de la dernière opérette de Johann Strauss Die Göttin der Vernunft (La Déesse de la Raison)

Parfois la marche prend une tournure plus martiale, mais ne perd jamais en élégance, comme cette marche de la garde fédérale impériale Auf’s Korn surtout dans sa version chantée.

Si l’on sort de Vienne, il n’est que de penser aux Prom’s à Londres, à nombre de fêtes populaires américaines, ou encore à l’immense concert de la Waldbühne à Berlin. Tous se concluent par des marches reprises par des foules multicolores et de tous âges…

Des cadeaux intelligents

Nous connaissons tous l’horreur de la question rituelle à l’approche des fêtes de fin d’année : que va-t-on pouvoir offrir à X, quel cadeau original faire à Y ? Et affronter la foule des grands magasins ?

Quelques suggestions personnelles… toutes disponibles sur le Net et sans se ruiner !

D’abord une formidable aubaine : 25 ans d’Europakonzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin25 DVD dans un boîtier format CD (un exemple à suivre, svp Messieurs les distributeurs de DVD !), à moins de 50 €. 51hfw6oqkzl-_sl1200_81adiunl5al-_sl1484_L’idée est née en 1991 de proposer, chaque 1er mai, un concert prestigieux des Berliner dans un lieu ou une salle emblématiques d’Europe. L’affiche de ces concerts – chefs, solistes, programmes – parle d’elle-même. Indispensable !

Autre coffret de DVD, même format, mais plus cher et plus hétéroclite, même s’il restitue l’art multi-facettes du pianiste Daniel Barenboim

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Après une discussion passionnée sur Facebook à propos d’une récente réédition de « live » captés à Dresde sur le chef/compositeur italien Giuseppe Sinopoliprématurément disparu en 2001 à 54 ans, je signale deux coffrets formidables (l’un de 16 CD musique orchestrale et chorale, l’autre de 8 CD concertos) à trouver sur www.amazon.ità des prix inversement proportionnels au talent unique du chef disparu :

71cvmcaiirl-_sl1146_5132aldmcdl(Voir détails des deux coffrets à la fin de cet article)

Une nouveauté qui pourrait passer inaperçue : la 4ème symphonie et le concerto pour violon de Weinberg (1919-1996) dans un boîtier au format livre de poche, et à un prix dérisoire. Un très grand compositeur qu’on commence seulement à redécouvrir et à enregistrer, un magnifique concerto pour violon.

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Dans un registre plus traditionnel en ce temps de Noël, deux jolis disques, qui sortent un peu des sentiers balisés, avec la fine fleur des interprètes français de la jeune génération.

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Trouvé hier chez mon libraire de la rue de Bretagne un excellent ouvrage tout ce qu’il y a de plus sérieux sur une musique qui n’a jamais été très prise au sérieux, l’Easy listening !

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La musique easy listening erre au-dessus de tous les styles musicaux qui existent depuis le XVIIIe siècle jusqu’au début des années 1970. C’est une musique large, sans oeillères, qui va puiser son inspiration à des sources bien dissemblables comme les compositeurs de musique classique, les big bands américains des années 1940, les ensembles gamelan balinais folkloriques, les Beatles, la bossa-nova ou la musique hawaïenne traditionnelle. Elle rassemble des personnages aussi différents que l’illustre Burt Bacharach, l’hypnotique pseudo-Indien Korla Pandit, la diva péruvienne Yma Sumac, le Français Roger Roger, auteur de pastilles musicales pour l’ORTF et de son compère Nino Nardini, ou encore Ennio Morricone, c’est dire la difficulté de recenser tous les représentants de cette famille musicale qui a servi de base de données infinie et de source d’inspiration pour des artistes tels que les Beastie Boys, le Wu-Tang Clan, Stereolab, The Avalanches, Portishead, The Cramps etc. Des ascenseurs et supermarchés au salon des clubs lounge, de l’exotica qui envahit l’Amérique d’après-guerre aux bandes-son des films d’exploitation, cet ouvrage définit les contours d’un genre musical omniprésent et pourtant mal connu. (Présentation de l’éditeur).

Il faut saluer ce travail remarquable, et souhaiter qu’il soit complété par tout un pan de ce qui fait bien partie de l’histoire de l’Easy listening, la profusion de grands orchestres américains, souvent issus de phalanges classiques (Boston Pops, Cincinnati Pops, Hollywood Bowl) ou animés par des musiciens charismatiques (MantovaniXavier Cugat, Frederick Fennell, Morton Gould, etc.).

Et comme, pour la plupart d’entre nous, ce 25 décembre ne sera pas blanc, ce potpourri qui réveille en moi tant de souvenirs d’enfance :

 

  • Coffrets Sinopoli /
  • Orchestral Works (16 CD) Beethoven Symph.9 (Dresde) – Brahms Requiem allemand (Phil.tchèque) – Bruckner Symph.4 & 7 (Dresde) – Tchaikovski Symph.6 & Roméo et Juliette (Philharmonia) – Elgar Variations Enigma & Sérénade cordes & In the South – Maderna Quadrivium & Aura & Biogramma (NDR) – Mahler Symph.5 (Philharmonia) – Mendelssohn Symph.4 (Philharmonia) – Schumann Symph.2 (Vienne) – Moussorgski Tableaux d’une exposition (New York) – Ravel Valses nobles et sentimentales (New York) – Ravel Boléro & Daphnis (Philharmonia) – Debussy La Mer (Philharmonia) – Respighi Pins de Rome, Fontaines de Rome, Fêtes romaines (New York) – Schoenberg La nuit transfigurée & Pelléas et Mélisande – Schubert Symph.8&9 (Dresde) – Sinopoli Lou Salomé (Popp, Carreras, Stuttgart) – R.Strauss Ainsi parlait Zarathoustra (New York) Don Juan (Dresde) Danse des sept voiles (opéra Berlin)
  • Concertos (8 CD) Beethoven Concertos piano 1&2 (Argerich, Philharmonia) – Beethoven Conc.violon & Romances (Mintz, Philharmonia) – Bruch conc.vl.1 + Mendelssohn Conc.vl (Shaham) – Elgar Conc.violoncelle + Tchaikovski Variations Rococo (Maisky) – Manzoni Masse Omaggio a Edgar Varese (Pollini, Berlin) + Schoenberg Symph.de chambre op.9 (Berlin) – Mozart Conc.fl.harpe + Symph.conc.vents (Philharmonia) – Paganini Conc.vl.1 + Saint-Saëns Conc.vl.3 (Shaham, New York) – Sibelius & Tchaikovski Conc.vl (Shaham, Philharmonia)