Maison ronde

Il y a bien deux mois que Lionel Esparza m’avait prévenu : ce jeudi 25 juin il organisait avec son camarade François-Xavier Szymczak une petite fête à la cafétéria de Radio France pour fêter leurs 30 ans de présence à France Musique.

Renonçant au train qui est d’ordinaire mon moyen de transport entre mon village du Val d’Oise et Paris – l’extreme chaleur rendant la circulation aléatoire – j’ai pris ma voiture (en mode électrique) mais je ne pensais pas devoir un jour afficher cette température en région parisienne…

Pas plus que la veille ce ‘selfie » pris place de la Madeleine !

Avant d’assister au concert de l’Orchestre national à 20h, je me réjouissais donc de profiter de la fraicheur (relative) de la Maison ronde, et de découvrir une partie des bâtiments enfin restituée, après plus de vingt ans de travaux, à sa destination d’origine. Pour accéder à la cafétéria, j’ai dû demander à un huissier de m’ouvrir le portillon d’accès, à l’étonnement de l’un de ses collègues qui me croyait encore membre de la maison… C’est ainsi dans cette belle et grande maison ronde, on croise toujours quelqu’un qui vous a connu il y a parfois très longtemps !

En arrivant, j’ai surpris les invitants encore en pleine action

Où il est avéré – ce qui ne me surprend pas ! – que les producteurs de France Musique manient l’économe à merveille (de gauche à droite, Lionel Esparza, Anne-Charlotte Rémond et un peu caché François-Xavier Szymczak)

J’ai à plusieurs reprises ici évoqué « mes » années France Musique (Trente ans passés, les souvenirs restent).

Evidemment le plaisir est intact pour moi de retrouver cette équipe qui a survécu aux changements de direction de la chaîne, et qu’a conservée Marc Voinchet, l’actuel directeur qui lui détient le record absolu de longévité à ce poste – 11 ans ! – Certes les visages ont pris quelques rides, les cheveux ont blanchi, mais l’enthousiasme et la compétence à l’antenne sont toujours aussi vifs. Elles et ils me disent qu’ils me le doivent, c’est vrai parce qu’ils ont fait leurs débuts sur France Musique du temps de ma direction. Mais elles et ils n’auraient pas duré s’ils n’avaient gagné la confiance des auditeurs.

Avec Martin Pénet, qui a succédé avec son émission Tour de Chant au regretté Benoît Duteurtre, nous nous rappelons ses premiers pas sur l’antenne de France Musique. C’était au cours d’une grille d’été, ce grand jeune homme tout timide – mais les idées déjà très claires sur ce qu’il voulait et savait faire – était venu me proposer de revisiter la chanson française à sa manière…

Avec Anne Montaron, parfaite germanophone, nous nous souvenons de l’obligation qui fut longtemps celle de France Musique de diffuser le vendredi un concert franco-allemand, diffusé tour à tour par Radio France et l’une des quatre radios publiques allemandes – c’était l’une des clauses du Traité de l’Elysée signé en janvier 1963, quelques mois avant l’inauguration par le général de Gaulle de la maison ronde ! – Et puis, Anne au fil des grilles a trouvé sa place en proposant des formats tous tournés vers la création, l’improvisation, aujourd’hui elle anime Création mondiale

Arnaud Merlin fait partie de ces personnages qui ne cessent d’épater par une curiosité tous azimuts, le jazz, la musique contemporaine, mais pas que, et une voix authentique de radio, dont la nonchalance naturelle méritait parfois d’être bousculée. Une amitié qui s’est nourrie aussi de sa présence au festival de Radio France à Montpellier

Jérémie Rousseau

Mon homonyme est un cas à part ! Je n’ai aucune responsabilité dans le fait qu’il anime brillamment la Tribune des critiques de disques de France Musique. Je me rappelle juste deux jeunes gens qui m’avaient abordé lors d’un salon Musicora pour m’annoncer qu’ils comptaient lancer un magazine de musique classique… et me demander mon avis sur ce projet. En 1998, Jérémie Rousseau et Bertrand Dermoncourt lançaient Classica !

Max Dozolme

Max et ses histoires de musique, c’est une rencontre plus récente. Comme directeur du festival Radio France, dans le cadre d’un partenariat entre nos institutions, j’étais venu plusieurs fois rencontrer des étudiants du Conservatoire national supérieur de Lyon qui se formaient pas seulement à des disciplines instrumentales mais aussi à toutes les activités qui tournent autour de la musique. Max Dozolme a fait partie de ces étudiants curieux, brillants, qui ont participé à deux ou trois éditions du Festival. On l’a vite repéré, et lorsque le nouveau directeur de France Musique, Marc Voinchet, est venu nous rendre visite à Montpellier, je lui ai recommandé cet oiseau rare. Il a fait un joli bout de chemin depuis…

Anne-Charlotte Rémond

Si Molière n’en avait fait le titre de l’une de ses plus savoureuses comédie, j’aurais volontiers traité Anne-Charlotte Rémond de femme savante, tant elle a de cordes à son arc !

François-Xavier Szymczak

L’imprononçabilité de son patronyme ajoute à son charme (quoique maintenant tout le monde sache cracher dans le micro un vigoureux : Chim-tchak !). Ce grand gaillard à l’allure toujours juvénile ne m’a jamais déçu dans tout ce qu’il a fait sur l’antenne de France Musique depuis… trente ans. C’est un présentateur des concerts hors pair, j’avais obtenu qu’il soit le visage et la voix de France Musique pour présenter ceux du festival Radio France à Montpellier.

Ici FX en grande conversation avec Benjamin Grosvenor en juillet 2022 à Montpellier

Quant à Lionel Esparza il sait mon admiration pour l’homme de radio, et l’homme de plume qu’il est, et l’amitié que je lui porte

Pardon de ne pas citer tous les noms et les visages que j’ai reconnus ou qui ont eu la bonté d’âme de se rappeler que j’avais jadis officié au sens de cette grande maison.

Le bonheur fut aussi de partager avec deux musiciens de l’Orchestre national les souvenirs qu’eux et moi avons de Riccardo Muti (lire Chef émérite), avant que je n’aille les retrouver sur la scène de l’Auditorium pour un concert au programme passionnant, dont je rendrai compte très bientôt pour Bachtrack

Chef émérite

C’est une distinction plutôt rare en France, assez fréquente dans les pays anglo-saxons pour dire la reconnaissance qu’on éprouve à l’égard d’un chef d’orchestre qui a une longue histoire avec un orchestre.
Riccardo Muti a été nommé chef émérite de l’Orchestre national de France le 18 juin dernier, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’orchestre lors d’un concert dont on lira la chronique sur Bachtrack : Le bel aujourd’hui de Riccardo Muti avec l’Orchestre national

La notice qui accompagne cette nomination rappelle le premier concert que le chef napolitain a dirigé à la tête du National. C’était le 13 mars 1980 au théâtre des Champs-Elysées, et il se trouve que j’y assistais – alors que je n’étais alors pas du tout investi ni dans la radio ni dans la musique – Et je me rappelle ce concert comme si c’était hier : la 34e symphonie de Mozart, la suite du Tricorne de Falla, et la 4e symphonie de Schumann. Un programme « signature » en quelque sorte, Muti n’ayant jamais par la suite proposé du tout venant.

Il y a malheureusement très peu de documents vidéo qui documentent ce concert et les suivants, en dehors évidemment des enregistrements audio de Radio France. Mais on sait que Riccardo Muti est très attentif à ce qui est diffusé, à ce qu’il laisse diffuser.

Il y a surtout, en dehors du disque, peu de témoignages filmés du jeune Muti, qui à 39 ans faisait ses débuts avec le National

Dans le cadre des 80 ans de l’Orchestre national en 2014, j’ai pu participer à l’édition d’un coffret anniversaire dans lequel on avait choisi d’illustrer l’apport du chef par la 39e symphonie en sol mineur de Haydn.

Pour le reste, et notamment la discographie recommandée (et recommandable) de Riccardo Muti, je renvoie à l’article que j’ai publié il y a cinq ans lorsque le chef a fêté ses 80 ans : La quarantaine rugissante

A quoi il faut rajouter si on le trouve encore un coffret « italien » plein de raretés

On y trouve, entre autres, la pièce de Catalani que dirigeait Riccardo Muti jeudi soir.

Et toujours humeurs et rumeurs du moment dans mes brèves de blog !

La légende de la Grange

J’étais passé par hasard devant il y a quelques mois (voir Mémorables), cette fois j’y suis entré et j’ai vérifié que la Grange de Meslay est à la hauteur de son mythe (lire ma brève de blog : Mythique).

Sviatoslav Richter tombe amoureux de cette grange qui se relève tout juste des injures de la guerre, au début des années 60 et décide d’y fonder quelque chose comme un festival. La suite elle est racontée sur le site de la Grange de Meslay. Enfant puis adolescent, étudiant au conservatoire de ma ville de Poitiers, j’étais déjà fasciné par cette histoire, à laquelle je pensais ne jamais avoir accès. Et le fait est qu’il m’a fallu attendre juin 2026 pour enfin découvrir les lieux et vérifier la réalité de la légende. A lire sur Bachtrack : Tiberghien et Arielle Beck entrent dans la légende de la Grange de Meslay

La légende du lieu elle s’est construite bien sûr d’abord avec Richter et ses amis (voir ci-dessous), mais elle a prospéré avec cette cohorte d’artistes, de pianistes essentiellement, qui nous laissent de précieux témoignages, le plus émouvant d’entre eux étant celui de Nicholas Angelich, lors de l’un de ses derniers concerts, en août 2020

Leif Ove Andsnes est un habitué de la Grange

Quand Warner se décidera-t-il à consacrer un coffret au grand György Sebök qui jouait en 1991 à Meslay ?

Trouvé sur YouTube ce film sur Richter à Tours, mais à réserver à ceux qui comprennent l’allemand (la langue maternelle du pianiste russe)

Sur place à Meslay, ou en d’autres lieux tout proches, Sviatoslav Richter a enregistré plusieurs disques Bach et Haendel, réédités au hasard des coffrets publiés en 2015 à l’occasion du centenaire de l’artiste

Richter Bach

Richter Oistrakh

Et toujours mes brèves de blog sur les sujets du moment… et mon week-end à la Grange de Meslay !

Les Mahler de Sir Simon

Dimanche dernier, Simon Rattle et le London Symphony nous ont littéralement coupé le souffle à la Philharmonie de Paris.

C’est ce que j’ai écrit pour Bachtrack : Entre terre et ciel avec Mahler, le LSO et Simon Rattle

Le London Symphony, Lucy Crowe et Simon Rattle à l’issue d’une 4e de Mahler d’anthologie

Il y a plus de deux ans, j’avais déjà assisté à une 6e symphonie de Mahler « suffocante » dirigée par le même chef à la tête de l’Orchestre de la radio bavaroise dont il a pris la direction.

J’ai toujours eu des réticences, ou plus exactement des préventions à l’égard d’un chef, formidablement doué, très souvent admirable et admiré, mais qui me semblait toujours pécher par un souci excessif du détail.

Ce que j’ai entendu dimanche, ce que j’avais entendu en octobre 2023, me fait très sérieusement reconsidérer ma position.

Et toujours pour les humeurs et bonheurs du temps, mes brèves de blog

La fête des mères

S’il y a une figure universelle dans la musique classique, du Moyen-Âge à nos jours, c’est bien celle de la Mère. Je n’ai aucune intention d’en faire une revue même partielle. juste de choisir dans ma discothèque quelques-unes de ces musiques qui m’évoquent non pas la mère que je n’ai plus, mais la mère aimante, consolatrice, fantasmée peut-être…

Parle-moi de ma mère

N’est-il pas touchant ce brigadier stationné à Séville qui voyant apparaitre une frêle jeune fille arrivant du pays, lui demande : « Parle-moi de ma mère« 

C’est l’un des passages les plus célèbres et musicalement réussis de l’opéra de Bizet, Carmen, lorsque Don José est abordé par Micaëla

Donne-moi à manger

Chez Mahler, la figure de la mère peut être tragique, impuissante, comme dans cette mélodie extraite du recueil Des Knaben Wunderhorn.

« Mutter, ach Mutter! es hungert mich,
Gib mir Brot, sonst sterbe ich. » (« Mère, ô mère, j’ai faim / Donne-moi du pain ou je vais mourir »)

Les chansons de ma mère

Tout autre ambiance pour ls quatrième des sept « Chansons tsiganes » de Dvorák dont le titre anglais est Songs My Mother Taught Me (Les chansons que ma mère m’a apprises)

Je ne te quitte pas

Intéressant aussi ce poème de Rückert mis en musique par Schumann, où une future mariée s’adresse à sa mère en lui disant en substance : « Ce n’est pas parce que je l’aime (mon mari) que je vais cesser de t’aimer« 

Mutter, Mutter! Glaube nicht,
Weil ich ihn lieb’ also sehr,
Dass nun Liebe mir gebricht,
Dich zu lieben, wie vorher.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich sehr.
Lass mich an mein Herz dich ziehn,
Und dich küssen, wie mich er.

Mutter, Mutter! Seit ich ihn
Liebe, lieb’ ich erst dich ganz,
Dass du mir das Sein verliehn,
Das mir ward zu solchem Glanz.

La mort de la mère

Schubert fait comme souvent dans la pudeur avec ce Grablied für die Mutter

Quant à Alfred Schnittke (1934-1998) c’est d’abord avec un quintette avec piano, puis un élargissement au grand orchestre sobrement intitulé In memoriam qu’il rend un bouleversant hommage à sa mère disparue en 1972.J’avais eu la chance de réentendre la version initiale il y a quelques semaines à Deauville (lire mon article sur Bachtrack)

A la mère

Une ode à la mère, à sa mère, du compositeur estonien Peeter Vähi, par son illustre compatriote Neeme Järvi

Roses éternelles

Et puis, toujours enfouies au creux de la mémoire, ces chansons éternelles qui ne fanent jamais…

J’ai, à dessein, évité toute la littérature musicale, que j’adore par ailleurs, qui s’adresse à la Mère entre toutes les mères, Marie, la mère de Jésus… Ce n’est pas un article, mais tout un dictionnaire qu’il faudrait lui consacrer.

Et toujours dans mes brèves de blog, le récit d’un drame qui m’a fortement éprouvé.

Les plus beaux quatuors

Lundi dernier, je découvrais un lieu – le Collège des Bernardins, rue de Poissy à Paris – et une partie de la saison de concerts qu’il propose autour de Mozart (voir ma brève de blog du 12 mai). L’affiche annonçait fièrement et tranquillement : Les plus beaux quatuors de Mozart ! Rien que ça !

Cela me rappelait les pubs de ma jeunesse pour des souscriptions de disques : Les plus belles pages de Beethoven, les plus belles symphonies, etc. Et ce n’était pas toujours de la mauvaise publicité. C’est ainsi que j’ai acquis mes premiers coffrets – je me rappelle en particulier un coffret rouge qui devait s’appeler « La magie du violon », où se trouvaient rien moins que les concertos de Beethoven (Oistrakh), Brahms et Paganini (Menuhin), Prokofiev (Milstein)…

En l’occurrence, les responsables du diocèse de Paris qui gèrent le Collège des Bernardins n’ont pas trompé la centaine de spectateurs qui se pressaient pour écouter le Quatuor Tchalik jouer trois quatuors de Mozart, comme je l’ai écrit pour Bachtrack : L’élégance du Quatuor Tchalik dans Mozart au Collège des Bernardins.

Mes plus beaux quatuors

Depuis ce beau concert, je me suis replongé dans ma discothèque en me demandant malicieusement ce que je proposerais comme « les plus beaux quatuors » si j’avais encore la responsabilité d’une programmation. Ou si je devais faire une recommandation… par exemple aux lecteurs de ce blog.

La première des recommandations serait de faire confiance à la jeune génération de quatuors, qui ne cesse de m’épater depuis la vingtaine d’années que je les suis et les écoute.

A commencer par ceux que j’ai eu la chance d’inviter – et souvent de découvrir – au Festival Radio France à Montpellier, comme les Tchalik, les Voce, les Hanson

Le quatuor Hanson jouant Haydn c’est un souvenir très particulier du festival : en 2020 j’avais tenu à ce que le Festival soit maintenu, malgré les restrictions dues à la pandémie de COVID, dans un format et sous une forme très réduits. Le quatuor Hanson était de cette aventure, et je me rappelle comme si c’était hier ce quatuor de Haydn qui peinait à surmonter la chorale très bruyante des cigales du jardin de la Maison des relations internationales où se déroulaient nos concerts.

Il y a les aînés, les Modigliani, les Ebène qu’on suit et qu’on aime quasiment depuis leurs débuts.

Mais je n’oublie pas les géants du passé, avec lesquels j’ai découvert le genre même du quatuor, et pénétré peu à peu un univers si fabuleux.

Liste évidemment non limitative !

Pour les humeurs et les bonheurs du moment, suivre mes brèves de blog

Désuétude

Je n’ai pas été le dernier, naguère, à regretter que le concert classique d’orchestre soit toujours aligné sur le même modèle : ouverture – concerto – symphonie (cf. nombre d’articles sur ce blog). J’ai finalement été entendu au-delà de mes voeux : il n’y a pratiquement plus aucun concert d’orchestre qui pratique ce schéma, L’ouverture, sauf si c’est une pièce contemporaine un peu obligée, a disparu des programmes depuis une bonne dizaine d’années.

Privés d’entrée

J’ai souvent comparé le programme d’un concert à un menu. Comme il y a, chez les bons chefs, un art de composer un menu entre entrée, plat(s) et dessert, il y a, pour les programmateurs et les musiciens un art de composer un programme de concert. C’était le cas, par exemple, pour un récital de Nelson Goerner dont j’ai rendu compte pour Bachtrack : le programme était très séduisant sur le papier, moins convaincant dans sa réalisation.

Mais en matière d’orchestre c’est ceinture. Plus la moindre petite ouverture, Rossini, Weber, Mozart, au placard ! Alors que, de l’aveu même de tous les chefs d’autrefois, c’était le meilleur exercice qui soit pour un chef de prendre le pouls de l’orchestre, et pour celui-ci de démontrer sa cohésion, son image sonore. Il y a parfois quelques exceptions qui maintiennent cette tradition, comme ici le grand Riccardo Muti lors de l’Europakonzert du 1er mai 2025 de l’orchestre philharmonique de Berlin !

Passés de mode

En matière de disques, c’est plus flagrant encore. Lorsque les plus grands chefs mettaient un point d’honneur à montrer leur orchestre sous leur jour le plus virtuose et le plus brillant, avec des disques d’ouvertures de Mozart, Rossini, Verdi, Weber, voire Beethoven, c’est la disette totale depuis une bonne trentaine d’années.

Ne reste plus qu’à rechercher dans sa discothèque ces concentrés de musique, qui ne préludent pas nécessairement à un ouvrage lyrique, qui sont de petits poèmes symphoniques en soi.

Igor Markevitch a gravé quelques ouvertures avec un orchestre Lamoureux gorgé de couleurs françaises au tournant des années 60

Leopold Stokowski nonagénaire donne une formidable dimension épique à l’Ouverture tragique de Brahms trop souvent immobile sous d’autres baguettes

Quant à Carlo Maria Giulini il a signé le plus beau disque d’ouvertures de Rossini de toute la discographie. Incontournable, incomparable !

Tout aussi indispensables les gravures de Georg Solti des ouvertures de Wagner !

Dans mes brèves de blog, ce ne sont pas les bonnes nouvelles qui dominent, mais on retiendra cette exhortation de Felicity Lott : « Ne soyez pas tristes ! »

Des nouvelles du monde (Alloncle, Radio France, Taylor Swift)

L’actualité n’est pas avare de menaces sur la musique et les musiciens, menaces qu’on peut essayer de parer par les bonnes réponses.

Un orchestre en moins ?

Il semble que le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le député ciottiste de l’Hérault, Charles Alloncle, préconise dans son rapport – qui devrait être rendu public le 4 mai – la suppression d’un orchestre de Radio France. Il ne fait que ressortir une vieille lune, j’ai l’impression de me retrouver douze ans en arrière, lorsque Mathieu Gallet, tout nouvellement désigné PDG de Radio France, me proposait la direction de la Musique de Radio France (lire Ma part de vérité).

Cela me rappelle un autre souvenir, plus ancien, qui remonte à la décennie 90, lorsque j’étais directeur délégué de France Musique. J’avais reçu un jeune inspecteur de la Cour des Comptes qui essayait de comprendre le fonctionnement de la musique à Radio France, souci louable ô combien. Mais l’une de ses questions m’avait sidéré : il avait comparé le coût d’achat d’une captation et de diffusion d’un concert d’un orchestre extérieur et le coût d’un concert produit par l’une des formations de Radio France et demandé pourquoi France Musique ne se contentait pas d’acheter des concerts (à 10000 €) au lieu de « supporter » dans tous les sens du terme les quatre formations musicales de RF au coût de revient cent fois plus élevé ?

Mais la « menace » proférée par le rapporteur Alloncle trouve et trouvera un écho de plus en plus large dans la population et même – et c’est plus grave – chez les décideurs politiques ou institutionnels. Il faut dire que, quand les médias, privés comme publics, dressent un piédestal à la « star » du Sofiane Pamart, et négligent les vraies stars du piano. Quand Télérama fait la promotion du dernier film de Philippe Béziat « Nous l »orchestre » et parle de « l’orchestre national de Paris » (sans que personne ne corrige), on peut s’inquiéter…

Je ne suis pas encore allé voir ce film, l’aimerai-je autant que Tár ce film dont Cate Blanchett est l’extraordinaire interprète ?

Je lis des critiques plutôt bonnes sur le film Vivaldi et moi de Damiano Michieletto, dont j’avais vu la mise en scène de Rigoletto, précisément à la Fenice de Venise (lire Rigoletto vénitien)

L’IA chance ou menace

On n’a pas fini de mesurer les conséquences de l’essor de l’Intelligence Artificielle dans tous les domaines de notre vie. Et particulièrement dans le domaine artistique.

J’ai découvert ce matin l’intervention sur France Info d’un avocat spécialisé dans le droit de la propriété interllectuelle à propos de l’intention de Taylor Swift de « protéger » sa voix à l’égard de l’IA. Explications convaincantes non ?

Une stratégie des artistes américains

J »ajoute que la fille de cet avocat, ma petite-fille, est une grande fan de Taylor Swift ! Elle n’a pas vraiment réussi à me convaincre…

Et toujours humeurs et réactions du moment dans mes brèves de blog !

Zubin #90

En dehors de dix années supplémentaires, je n’ai pas grand chose à ajouter à l’article – Zubin 80 – que j’avais consacré au chef d’orchestre d’origine indienne Zubin Mehta.

Je ne suis pas sûr que l’obstination qui est la sienne à continuer à diriger coûte que coûte serve sa cause pour la postérité, mais j’ai moi-même cédé à la nostalgie en le voyant diriger les Wiener Philharmoniker il y a un an au théâtre des Champs-Elysées (lire mon article sur Bachtrack : Zubin Mehta au rendez-vous de la nostalgie

Deauville 30e

Je ne pouvais pas ne pas y être, à cette 30e édition d’un festival à la naissance duquel j’ai assisté en 1997 à Deauville.

Ce 18 avril c’était le 4e anniversaire de la disparition de Nicholas Angelich.

Il faisait le même temps doux que l‘an passé. Entre-temps, l’inamovible Philippe Augier a été réélu maire de Deauville et nous sommes quelques-uns à avoir été heureux et soulagés de revoir Yves Petit de Voize qui résiste avec un courage qui force l’admiration aux ennuis de santé qui l’assaillent.

Le photo ci-dessus c’était hier soir pour l’ouverture de ce 30e festival de Deauville : Julien Chauvin et le concert de la Loge avec Amandine Bré et Anouk Defontenay (compte-rendu à suivre sur Bachtrack)

Pour le reste, je n’ai rien à retrancher ou ajouter à ce que j’écrivais, de mes souvenirs du festival, il y a un an ici même

Le temps retrouvé

J’achève un week-end à Deauville et dans sa région, pour « couvrir » quelques concerts du Festival de Pâques de Deauville qui en est à sa 29e édition (compte-rendu à lire sur BachtrackLes joyeuses Pâques musicales de Deauville)

Le souvenir de Nicholas

Ce 18 avril, je ne pouvais pas ne pas penser à la disparition, il y a trois ans exactement – le 18 avril 2022 – au terme de mois de souffrance, de Nicolas Angelich (lire Sur les ailes du chant). Parce que je retrouvais Deauville et son directeur artistique, compagnon de tant d’aventures musicales et amicales, Yves Petit de Voize, et que c’était précisément pendant la première édition du festival, au printemps 1997, que Nicholas avait joué – et gravé pour toujours dans ma mémoire de mélomane – le Concert de Chausson avec Augustin Dumay au violon, et comme 1er violon du quatuor formé pour l’occasion, un tout jeune violoniste Renaud Capuçon. Cette oeuvre est d’ailleurs devenue une figure obligée du festival : elle était encore donnée le 12 avril dernier… avec Augustin Dumay et de tout jeunes partenaires.

Les souvenirs de Deauville

Depuis 1997, j’ai dû revenir trois ou quatre fois à Deauville pour le festival. Je n’ai jamais beaucoup aimé cette partie de la côte normande, la foule qui l’envahit. Je préfère de loin les alentours, l’intérieur des terres ou des lieux plus authentiques comme Houlgate. Mais une balade sur les célèbres planches est incontournable surtout lorsque les prévisions de la météo sont aussi contredites que ce samedi de Pâques

Mais ce que j’ai toujours aimé ici, c’est l’état d’esprit d’un festival qui fait ce que tout festival digne de ce nom devrait faire : révéler des artistes, des partitions, des compositeurs, et ainsi gagner la fidélité d’un public toujours plus curieux.

Vendredi soir, Justin Taylor et l’ensemble Sarbacanes
Samedi soir, de gauche à droite, Pierre Fouchenneret, Théo Fouchenneret, Lise Berthaud, François Salque

Humeurs et bonheurs toujours dans mes brèves de blog

Actualité : L’Avare, la Création et 130 concertos

Je sais qu’ils le savent, mais l’exercice de la critique n’est pas toujours le plus aisé qui soit pour qui, comme moi, a fréquenté, engagé, suivi, souvent apprécié des musiciens, des formations musicales, durant de longues années de vie professionnelle, et qui se retrouve à devoir parfois écrire des papiers…critiques sur ce qu’il a entendu.

Mais comme je l’expliquais à une amie, connue dans ma vie d’avant, j’essaie justement de m’en tenir à ce que je vois et entends, sans me payer de mots et de formules, et surtout, si je suis déçu ou insatisfait, j’essaie de comprendre, de ne pas blesser inutilement. Peut-être me trompé-je ? Si des lecteurs de ce blog et de cet article veulent me faire part de leur avis, qu’ils ne se privent pas d’ajouter un commentaire…

Ainsi les titres et le contenu des deux derniers concerts ou spectacles auxquels j’ai assisté traduisent bien mes sentiments :

La Création sans surprise du Concert de la Loge au théâtre des Champs-Elysées

L’Avare décousu mais réjouissant du Poème harmonique à l’Athénée

Une anthologie de Titan

Hyperion est l’un des Titans de la mythologie. C’est aussi un label britannique qui fait depuis des lustres un travail absolument exceptionnel notamment pour le répertoire concertant du piano romantique. Au fil des ans, j’avais acheté quelques-uns de ces albums, en particulier ceux de Stephen Hough, l’une des gloires du piano britannique, trop peu connu sur le Continent.

Et tout soudain paraît un coffret de 50 CD récapitulant 130 oeuvres, 59 compositeurs, 19 pianistes, 21 chefs d’orchestre et 14 orchestres.

Je dois bien avouer que j’ignorais jusqu’au nom de pas mal de compositeurs et d’interprètes. Il n’y a pas que des chefs-d’oeuvre, mais ce coffret (lire le détail des oeuvres et des interprètes ici : Hyperion) a l’énorme avantage sur des propositions précédemment parues d’être toujours d’une qualité exceptionnelle tant dans le choix des interprètes que de la présentation éditoriale. Qu’il puisse aider à mieux faire connaitre évidemment des oeuvres mais aussi des pianistes qui méritent mieux qu’une notoriété souvent circonscrite à la sphère britannique.

Et toujours mes humeurs du temps dans mes brèves de blog