Concerts de Nouvel an

Si on y inclut la soirée de la Saint-Sylvestre à Dresdeon aura célébré à quatre reprises l’arrivée de l’an neuf. De quoi frôler l’indigestion !

Retour sur le concert de Nouvel an du 1er janvier à Vienne. Petit cru malgré l’affiche. On avait pourtant bien aimé Riccardo Muti dirigeant les Wiener Philharmoniker en 1993, 1997 ou 2004.  Qu’est-il arrivé au fringant chef napolitain de naguère ? Que cette édition 2018 semblait corsetée, laborieuse, à cent lieues de l’élégance et du charme auxquels Muti nous avait accoutumés…

Et ce cérémonial compassé, ces images kitschissimes des châteaux et jardins de Vienne, et ces couples de danseurs filmés en extérieur, l’été dernier ?

Samedi dernier en revanche, c’était une toute autre proposition, au Zénith de Pau. Trois ans après la reprise de Broadway symphoniqueIsabelle Georges, Frederik Steenbrink, retrouvaient l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et Fayçal Karoui, avec des comparses de luxe, Jeff Cohen au piano et Roland Romanelli à l’accordéon, pour un Nouvel an de chanson française, où se mêlaient joie et nostalgie, tendres souvenirs et messages d’espérance.

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Quelle merveille, cet accordéon si poétique du légendaire accompagnateur de Barbaradans une chanson qu’on ne présente plus !

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Hier soir – ce soir en direct sur France-Musique ! – beaucoup mieux qu’une réplique parisienne du concert viennois avec l’Orchestre National de France et Emmanuel KrivineUn menu de fête choisi tout exprès par un chef qui n’a pas son pareil pour composer un programme, et un test imparable pour mesurer le niveau de cohésion, de Zusammenmusizieren, d’une phalange vraiment peu familière de ce répertoire et de son directeur musical. Ceux qui écouteront le concert ce soir en direct ou en podcast sur francemusique.fr partageront l’enthousiasme qui a été le mien et celui d’un Auditorium de Radio France comble hier soir.

Rien n’est plus difficile que ces musiques « légères », les Strauss bien sûr, mais aussi les danses de Dvorak, Brahms, les valses des ballets de Tchaikovski. Emmanuel Krivine et l’ONF nous les ont servies leichtfüssig – d’un pied léger (pour reprendre le titre d’une polka de Joseph Hellmesberger junior)

Emmanuel Krivine qui adore s’adresser au public – il faudrait songer à lui mettre un micro-cravate, une grande partie de la salle ne l’entendant pas ou mal ! – confiait le souvenir qui l’avait marqué du Grand Echiquier de Jacques Chancel : Karajan et le Philharmonique de Berlin en direct toute une soirée à la télévision française en 1980 !

J’ai exactement le même souvenir qu’E.Krivine, en particulier quand Karajan explique, avant de la diriger, comment est construite la Valse des délires de Josef Strauss (le frère de Johann qui disait de lui : « Je suis le plus connu, mais lui est le plus doué« ). On entre dans la valse, et dans ce rythme caractéristique à 3/4, sans même s’en apercevoir. Le public d’hier, et de ce soir, a donc eu droit à cette valse qui était si chère à Karajan.

On était de belle humeur hier soir en sortant de la maison de la radio…

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Dans la famille Järvi, le père

Je n’étais pas sûr d’être rentré à temps de Montpellier pour assister au concert de l’Orchestre National de France, hier soir, à la Maison de la Radio, dirigé par un vétéran, le vénérable Neeme Järvi80 ans depuis le 7 juin dernier.

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J’ai donc écouté la seconde partie du concert sur France Musique (disponible en réécoute ici), la 12ème symphonie « L’année 1917 » de Chostakovitch, que j’évoquais dans mon billet d’avant-hier (Octobre en novembre, la Révolution). Contraste assurément avec la vision du jeune Andris Poga l’été dernier à Montpellier avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse. Comme si le vieux chef s’attachait à gommer les aspérités, les rudesses d’une symphonie qui n’est vraiment pas la meilleure de son auteur (en tous cas bien inférieure à la 11ème symphonie, elle aussi évoquant la Révolution russe, la première, celle de 1905). Mais quelle puissance d’évocation, comme si Neeme Järvi racontait sa propre histoire !

Me sont revenus d’anciens souvenirs de ce chef charismatique, qui m’était apparu fatigué lors d’un concert très inégal en 2011 au Théâtre des Champs-Elysées (Martha Argerich y avait créé un très médiocre concerto du dernier compositeur « officiel » russe, Rodion Chtchedrine.

Lorsque j’étais producteur à la Radio Suisse Romande (entre 1986 et 1993), j’avais la responsabilité de programmer une bonne partie des concerts de l’Orchestre de la Suisse romande, sous l’égide d’un comité de programmation présidé par Armin Jordan. Dans ce cadre, j’avais obtenu que Neeme Järvi, qui n’avait jamais dirigé à Genève, alors que sa réputation, et sa discographie, étaient déjà considérables, , vînt diriger deux programmes différents. Tout fier de moi, je rendis compte de ma prospection à la direction de l’orchestre, à son administrateur de l’époque, l’inamovible Ron Golan, ancien alto solo de l’OSR. L’engueulade ne se fit pas attendre : « Mais comment peux-tu inviter un inconnu à diriger l’OSR et lui confier deux semaines? »  Il ne fréquentait pas beaucoup les disquaires..

Le chef estonien vint donc à Genève, pour la première fois, en juin 1991. Diriger deux programmes à son image : L’un comportant la suite de Karelia de Sibelius, et l’immense 13ème symphonie de Chostakovitch (lire ici : Histoires juives), l’autre, la semaine suivante, la Symphonie concertante pour violoncelle de Prokofiev, avec Antonio Meneses, et la 7ème symphonie de Dvořák.

Après une première journée de répétitions, j’invitai Neeme Järvi à boire un verre pour avoir ses impressions. Il me dit d’emblée : « Avec cet orchestre, je veux enregistrer Stravinsky. Pouvez-vous m’arranger cela ? Mon producteur est d’accord. » (Chandos). J’en fis part immédiatement à Ron Golan, revenu entre-temps à de meilleurs sentiments à l’égard de cet « inconnu ». Deux ans plus tard, cinq CD avaient été mis en boîte.

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Autre souvenir : première répétition au studio Ansermet de la maison de la radio à Genève de la 7ème symphonie de Dvořák

L’OSR ne passant pas pour être l’orchestre le plus discipliné, je m’attendais à une mise en route un peu laborieuse. Järvi fila d’une traite le premier mouvement, puis enchaîna avec les trois autres. Concentration maximum, orchestre parfaitement en place et attentif aux moindres inflexions du chef. Au fond de la salle, j’étais soufflé ! Järvi dit simplement à la fin: Merci Messieurs, c’est parfait. Nous en resterons là !

On a ensuite beaucoup reproché à Neeme Järvi de ne pas assez travailler avec ses orchestres, notamment lorsque, bien plus tard, il est devenu directeur musical de l’OSR – de 2012 à 2015.

Je n’oublie pas non plus cette soirée d’après-concert, en juin 1993, à laquelle Neeme Järvi et sa femme étaient présents. Les Amis et l’administration de l’OSR avaient voulu me témoigner leur attachement, alors que je m’apprêtais à quitter la Radio Suisse romande pour rejoindre France Musique.

Entre-temps, j’ai appris à connaître et apprécier l’art et la personnalité de ses deux fils, Paavo et KristjanBelle dynastie de chefs !

 

 

La fête de l’orchestre

Semaine faste pour les amoureux de l’orchestre à Paris. Et dans les trois salles de concert de la capitale.

Samedi dernier l’orchestre philharmonique de Berlin et Simon Rattle à la Philharmonie de Paris (lire Berlin à Paris)

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Jeudi soir, à l’auditorium de la Maison de la radio, concert doublement inaugural : le premier de la saison 17/18 de Radio France, et surtout le premier d’Emmanuel Krivine comme directeur musical de l’Orchestre National de France. Le public du Festival Radio France avait déjà eu comme un avant-goût de la relation très forte qui s’est nouée entre le chef français et le « National » (Salut les artistes)

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Programme emblématique de la ligne artistique qu’entend promouvoir le premier chef français de l’ONF depuis Jean Martinon. Webern (Passacaille), Richard Strauss (Vier letzte Liederet la Symphonie de Franck.

Un long mariage après la lune de miel décrite par Diapason ? On l’espère, on le souhaite.

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DJJst26WAAAVTbS(Emmanuel Krivine salué par Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Mathieu Gallet, PDG de Radio France à l’issue du concert du 7 septembre)

La fête de l’orchestre se poursuivait hier soir, dans le nouvel auditorium de la Seine Musicalele vaste paquebot arrimé à l’île Seguin à Boulogne, inauguré en avril dernier (voir La Seine Musicale inaugurée)Une salle qui confirme ses qualités acoustiques, précision, chaleur, malgré l’effectif orchestral imposant du programme choisi par Louis Langrée et le Cincinnati Symphony Orchestra pour l’avant-dernier concert de leur triomphale tournée européenne : On the Waterfront de Bernstein, le Lincoln Portrait de Copland (une oeuvre créée par l’orchestre de Cincinnati et donnée ici dans sa version française avec Lambert Wilson comme récitant) et la Cinquième symphonie de Tchaikovski.

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Bonheur évidemment de retrouver Louis Langrée avec « ses » musiciens américains, curiosité aussi. Comment cette phalange si typiquement chaleureuse, dense et ronde, moins brillante – d’autres diraient moins clinquante – que certaines de ses concurrentes, allait sonner sous la houlette d’un chef qu’on a tant fréquenté et entendu avec des formations européennes (Liège, Paris, Berlin, Vienne, Londres, etc.) ? Comme toujours avec Louis Langrée, la partition même la plus connue (Tchaikovski) semble (re)naître, des traits, des lignes mélodiques, des détails rythmiques nous sont révélés, mais insérés dans une grande arche, un mouvement inépuisable, irrésistible.

IMG_2035(Paul Meyer, Pascal Dusapin et Florence Darel impatients de découvrir l’acoustique de l’auditorium de la Seine Musicale et d’entendre le Cincinnati Symphony et Louis Langrée)

Le concert avait commencé par Bernstein, les musiciens américains et leur chef l’ont terminé par Bernstein, et son ouverture de Candide

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Mon choix

Mon choix était fait depuis plusieurs semaines. Je n’aurais pas voulu m’abstenir de participer à l’inauguration de la nouvelle Seine Musicale de l’île Seguin.

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C’était hier soir, et ce fut très réussi (je partage le compte-rendu qu’en a fait Diapason : La Seine musicale inaugurée).

Je me rappelais adolescent avoir visité les usines Renault et avoir éprouvé le choc du bruit assourdissant, des cadences infernales de certains ateliers. Il faut d’ailleurs visiter le petit pavillon qui rappelle dans une excellente pédagogie l’histoire de cette île de la Seine et la présence de Renault de 1929 à 1992.

Bravo au Département des Hauts-de-Seine, à la ville de Boulogne, et au consortium d’entreprises (Sodexho, Bouygues, TF1) qui ont mené à bien ce projet risqué. IMG_8559IMG_8557IMG_8561

Le complexe est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais c’est évidemment l’acoustique de l’auditorium d’une part, l’aspect de la Grande Seine d’autre part qui attisaient toutes les curiosités.

Pour moi, la troisième inauguration en trois ans ! Quelle capitale au monde peut s’enorgueillir d’avoir ouvert coup sur coup trois salles de concert ? D’abord l’auditorium de la Maison de la Radio en novembre 2014, puis la Philharmonie en janvier 2015.

Première impression : on se sent très bien dans l’auditorium de la Seine musicale. Dessin classique pour une salle confortable, toute de bois revêtue. Dès les premiers accords d’Insula orchestra, la formation de Laurence Equilbey, on est séduit par une acoustique quasi idéale, excellent compromis entre la netteté des plans sonores, la chaleur du son, une réverbération ajustée pour éviter saturations et dispersion. Les voix solistes s’entendent bien d’où qu’elles chantent. Bravo à Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey, Anaïk Morel et Sandrine Piau qui ouvraient le bal avec de larges extraits de Die Gärtnerin aus Liebe (la version allemande de La finta giardiniera) de Mozart

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Suivaient des extraits de la version française de Berlioz du Freischütz de Weber (inimitable Sandrine Piau dans la romance d’Agathe).

Et ce premier concert s’achevait avec cet autre hymne à la fraternité universelle, préfiguration de l’Ode à la joie de la 9ème symphonie, qu’est la Fantaisie chorale de Beethoven, Bertand Chamayou jouant un magnifique Pleyel.

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Le « milieu » musical était nombreux, à l’issue du concert commentaires favorables et félicitations unanimes. Reste à savoir comment va vivre et évoluer ce vaste vaisseau : son capitaine artistique, Jean-Luc Choplin, est optimiste, même si tout reste à prouver…

Dans la grande salle, The Avener et The Shoes rassemblaient des milliers de fans…

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Le gala d’ouverture est à (re)voir et (ré)écouter ici : France Musique, concert d’ouverture Ile Seguin

Quand la musique est bonne

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas

Une chanson qui n’a pas vieilli, son message non plus…

Quand la musique est bonne, elle transcende non seulement ses interprètes, mais aussi ses auditeurs. C’est la réflexion que je me faisais une fois de plus hier soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio.

IMG_8128Tout – le programme, la soliste, l’orchestre, le chef – était une promesse. Et les grincheux, ceux qui vous expliquent ce qui plaît au « grand public », les « experts » de la chose culturelle qui ne mettent jamais les pieds dans un théâtre ou une salle de concert, en ont été pour leurs frais. Oui, on peut remplir l’Auditorium de Radio France avec un programme « exigeant », de la musique française (sans Ravel, Debussy ou Berlioz) et même une création ! : Concert du 16 mars 2017, Un bateau ivre de Karol Beffa, Schelomo de Bloch – une oeuvre centenaire – , la 2ème symphonie « Le Double » de Dutilleux et la 2ème suite de Bacchus et Ariane de Roussel.

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Ceux qui me suivent (lire Les Français enfinAu diapason) savent que ce n’est pas une marotte, une obsession de ma part, aussi nobles soient-elles, mais que c’est un enjeu stratégique. Ne rouvrons pas le débat, mais constatons, une fois de plus, que quand on s’adresse à l’intelligence du public, il répond présent !

Un concert à réécouter de bout en bout : Anne Gastinel, Alain Altinoglu et l’Orchestre national de France.

Bonheur pour moi de retrouver des artistes que j’aime et connais depuis longtemps, le chef Alain Altinoglu, la violoncelliste Anne Gastinel

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Souvenir du tout premier disque réalisé à Liège, en juin 2001…

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Quand la musique est bonne… c’est encore ce que je me suis dit en écoutant ces deux disques tout récents.

Un programme audacieux pour le tout jeune Ismael Margainla dernière sonate et les Klavierstücke de Schubert, captés live à Deauville.

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Vanessa Wagner signe un disque miroir hors des sentiers battus : le Mozart de la complexité (Sonate K 570 et Fantaisie en ré min K 397), et un compositeur, Muzio Clementi, injustement négligé, qu’un Vladimir Horowitz admirait.

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Présences

Activité de concert intense cette semaine. Après Yannick Nézet-Séguin mardi à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre National de France rendait hommage jeudi à son ancien directeur musical Kurt Masur, l’Orchestre philharmonique de Radio France ouvrait hier la 27ème édition du Festival Présencesà l’Auditorium de la Maison de la radio.

Kurt Masur a laissé une forte empreinte sur les musiciens de l’Orchestre National, le concert de jeudi en a témoigné doublement, par le programme et la chaleur de la soirée. C’est le fils du chef allemand, David Ken, qui officiait au pupitre, devant une salle comble et sa mère Tomoko.

Festival of Contemporary Music Tanglewood Conductor Kurt Masur gives his son Ken- David Masur a congratulatory hug after the younger Masur conducted  " In Summer" as part of the Festival  ©Michael J. Lutch for The new York Times

L’hommage commençait par le Chant du destin de Brahms, l’une des plus belles pages chorales du compositeur hambourgeois, contemporaine de la Rhapsodie pour contralto : le Choeur de Radio France retrouvant pour la circonstance son ancien chef Matthias Brauerdonnait le ton d’une soirée placée sous le signe du recueillement. La Cinquième symphonie de Schubert rappelait l’attachement de Masur au grand romantisme allemand – Mendelssohn, Schubert, Schumann – qui a fait quelques-unes des grandes heures de son mandat à la tête du National.

En deuxième partie, le public était impatient d’entendre la star de la soirée, la violoniste Anne Sophie Mutterqui a été l’une des partenaires de prédilection de Kurt Masur.

C’est dans une autre longue robe fourreau bleue que la violoniste allemande est apparue sur la scène de l’Auditorium pour d’abord Sur le même accordla pièce que Dutilleux avait écrite pour elle, et qu’elle avait créée à Londres en 2002 avec Kurt Masur !

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Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu Anne Sophie Mutter en concert, je n’avais pas beaucoup aimé ses disques récents dans le répertoire classique, mais toutes mes préventions ont été levées dans le 1er concerto pour violon de Mozart : la très grande classe, la justesse de ton et de style, la pure beauté du son, la souplesse de l’archet, en parfaite osmose avec les musiciens du National. En bis, comme murmuré, l’air de la 3ème suite de Bach.

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Vendredi, c’était l’ouverture du 27ème festival Présences. Quel beau nom pour une manifestation qui donne à entendre la musique qui s’écrit aujourd’hui, les compositeurs vivants, nos contemporains ! Son créateur, Claude Samuelétait là, toujours aussi passionné. Tant de souvenirs partagés. Beaucoup d’acteurs, d’interprètes, de créateurs de la scène contemporaine évidemment, Eric Tanguy – je me rappelle la création de son quatuor à cordes à Présences 1993 ! – Philippe Schoeller, Philippe Manoury, Olivier Latry, Pascal Rophé, Alain Altinoglu, Stéphane Lissner… mais pas de ministre de la Culture – la concurrence des Victoires de la Musique ?.

Une édition qui renoue avec les portraits de grandes figures de la composition, cette année Kaija SaariahoUn Orchestre philharmonique de Radio France très sollicité, à son meilleur dans trois oeuvres contrastées, d’inégal intérêt – mais c’est le propre d’un festival de création que de confronter les esthétiques, les partitions, sans imposer une hiérarchie – sous la houlette du jeune chef russe Dima SlobodenioukDeux partitions de Kaija Saariaho, Graal theatre, un concerto pour violon datant de 1994, partie soliste virtuose et exigeante, transparence orchestrale jouant sur les effets de timbres – un peu long peut-être, en seconde partie un magnifique cycle de mélodies Adriana Songs (2006) sur des textes d’Amin Maalouf, donné en création française par l’excellente Nora GubischJe n’ai pas été le seul à avoir été moins convaincu par la pièce Denkklänge du compositeur français Raphaël Cendo, création d’une commande d’Etat, qui use et abuse de procédés si souvent entendus dans les années 70 à Donaueschingen ou Darmstadt. À réécouter sur France Musique.

img_7646(Nora Gubisch, Kaija Saariaho, Dima Slobodeniouk et les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France)

 

L’orchestre en gloire

On doit à celui qui avait déjà réalisé une impressionnante plongée Au coeur de l’orchestre

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un nouvel ouvrage tout frais sorti des presses, que Christian Merlin a lui-même sous-titré Biographie d’un orchestreL’Orchestre philharmonique de Vienne, ce corps musical glorieux s’il en est, célèbre ses 175 ans d’existence, et mérite bien le travail d’orfèvre auquel s’est livré l’auteur depuis plusieurs années. Résultat : un magnifique ouvrage qui peut passionner le plus grand nombre, et pas seulement les admirateurs inconditionnels des Philharmoniker !

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L’Orchestre Philharmonique de Vienne est une légende. La formation qui a créé la Deuxième Symphonie de Brahms, la Quatrième de Bruckner ou la Femme sans ombre de Richard Strauss est universellement connue à cause du traditionnel Concert du nouvel an. Convaincu depuis longtemps qu’un orchestre existe d’abord par ses membres, Christian Merlin a résolu d’entreprendre ici la biographie des « Wiener Philharmoniker ». Son ouvrage explore ainsi les spécificités qui font de cet orchestre un phénomène unique au monde : le mode de recrutement des musiciens, leur origine nationale ou ethnique, leur forte dimension familiale, pour ne pas dire dynastique, la place des femmes dans cette communauté longtemps exclusivement masculine, la manière dont ils défendent leur autonomie artistique et renversent le rapport traditionnel au chef d’orchestre, qu’ils élisent et peuvent révoquer, tous ces aspects sont mis sans cesse en parallèle avec la grande histoire, celle de l’Autriche et celle de l’Europe. En fil rouge de cette histoire, l’auteur n’a de cesse de s’interroger sur l’existence et la persistance d’un  » style viennois « , revendiqué par ces musiciens se réclamant d’une identité musicale spécifique. Cette exploration est émaillée d’innombrables anecdotes destinées à lui donner vie, notamment grâce aux fortes personnalités des musiciens qui se sont succédé aux différents pupitres. (Présentation de l’éditeur).

En effet, cette phalange unique au monde n’est pas réductible aux viennoiseries qui ont fait sa célébrité mondiale chaque 1er janvier.

Il y a quelques mois, Decca et Deutsche Grammophon avaient proposé deux beaux coffrets (palme tout de même à Decca, partenaire historique des Viennois, pour la variété des répertoires et des artistes et la richesse de l’iconographie)

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J’ai justement croisé Christian Merlin (qui revenait de Hambourg et de l’inauguration de l’Elbphilharmoniehier soir à Radio France, où Emmanuel Krivine dirigeait, pour la seule fois de cette saison, l’Orchestre national de France dont il deviendra le directeur musical à part entière en septembre prochain. Evénement mondain et surtout musical. Tout ce que Paris compte dans le monde de la musique, une belle brochette d’anciens présidents de Radio France, comme une avant-première du mandat du bouillant chef français dans la Maison ronde.

15941361_10154301435707602_4762544916690418968_nAu programme, l’une des symphonies les plus « piégeuses » du répertoire romantique, la 7ème de Dvořák. Qui ne fonctionne au concert que s’il y a plus qu’entente, osmose entre le chef et les musiciens. Ce qu’on a entendu hier augure bien de la relation entre Emmanuel Krivine et l’ONF.

C’était pour moi aussi l’occasion de retrouvailles avec le phénomène Denis Matsuev.

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Le 22 juillet 2016, il livrait l’une de ces performances dont il a seul le secret, un Troisième concerto de Rachmaninov qui ne lui pose aucun problème technique et qu’il joue avec une jubilation toujours renouvelée. C’était à Montpellier avec Valery Gergiev et l’orchestre national des jeunes des USA.

Avec Emmanuel Krivine et le National, même feu d’artifice, même élan vital. Et deux généreux bis que cet athlète du clavier adore offrir au public.

Un concert à revoir et entendre ici : Denis Matsuev, Emmanuel Krivine, Orchestre National de France / ARTE TV / France Musique

Affinités

Ils ne sont plus si nombreux les grands chefs d’une génération qui a vu disparaître, en quelques mois, Neville Marriner, Claudio Abbado, Pierre BoulezC’est dire si la présence de Bernard Haitink  (87 ans) au pupitre de l’Orchestre National de France fait figure d’événement.

Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloria de Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé« symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.

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L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.

En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouwrespect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viotti et Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu…

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On peut heureusement (ré) écouter : Concert ONF/Haitink sur France Musique

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Pour retrouver les heures illustres de Bernard Haitink dans Debussy et Ravel, on recommande ce double CD :

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Débats (f)utiles

Vive le café du commerce mondial ! Tout le monde s’exprime sur tout à tout moment sur tous les réseaux possibles.

Comme par exemple sur les deux événements – sans aucune commune mesure – que j’évoquais hier (La bonne nouvelle).

La tuerie d’Orlando a logiquement déclenché une vague d’émotion, de colère, d’indignation. Mais comme si ce n’était pas suffisant à notre douleur, d’aucuns s’en sont pris au traitement de l’information immédiate, jugeant scandaleuses la prudence des premiers commentaires et la gêne éprouvée, selon eux, par certains médias à évoquer clairement la cible visée : les homosexuels qui faisaient la fête dans une boîte gay. A inévitablement resurgi le débat sans fin sur la visibilité, le sentiment d’appartenance à une communauté, de ceux qu’on regroupe sous un affreux acronyme, les LGBT. Un journal télévisé s’est même fendu d’un reportage dans le Marais, le « quartier gay » – sic – de la capitale. Il doit y avoir longtemps que le journaliste n’est pas venu dans les parages, où les uns après les autres, les bars, boutiques, restaurants ouvertement gay il y a vingt ou trente ans, ont fait place à des magasins de mode,  des enseignes passe-partout. Ne subsistent plus que quelques adresses historiques qui font encore de la résistance…

Mais n’est-ce pas la conséquence logique de la normalité revendiquée par les homosexuels eux-mêmes ? C’est assez paradoxal de reprocher aux médias de « passer sous silence » – pour reprendre une expression lue maintes fois – le caractère anti-homosexuels de l’attaque terroriste d’Orlando, et en d’autres circonstances de revendiquer le droit à l’indifférence.

Gay ou pas, ce sont 49 morts scandaleuses, révoltantes. 49 morts de trop.

Evidemment l’autre débat, ouvert sur Facebook entre autres, est sans commune mesure avec ce qui précède, mais il intéresse une autre communauté, un microcosme, le « milieu » musical : la nomination d’Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France. 

A longueur de colonnes de journaux – au point que c’était devenu un marronnier – on se lamentait depuis des années sur l’absence de chefs français à la direction des grands orchestres parisiens (parce qu’en province, on a tout de même eu Lombard à Strasbourg et Bordeaux, Casadesus à Lille, Baudo et Krivine à Lyon, Plasson à Toulouse, et d’autres encore !). Depuis le départ de Jean Martinon en 1973, plus de Français au National, idem au Philharmonique après la fin du mandat de Gilbert Amy, et à l’Orchestre de Paris depuis la mort de Munch en 1968.

La présence de huit chefs français dans la saison 2016/2017 de l’Orchestre National marque un tournant spectaculaire – qui en parlé ? aucun de nos commentateurs patentés ! La nomination d’Emmanuel Krivine, à la suite d’un processus qu’il ne me revient pas d’évoquer ici, mais dont le chef a lui-même parlé dans certains journaux, est quand même une nouvelle dont on devrait logiquement se réjouir dès lors qu’on s’est si longtemps lamenté. Au lieu de cela, on mélange tout, la personnalité du chef – on a parfaitement le droit de ne pas aimer – des traits de caractère qui appartiennent au passé, la politique (ou l’absence de politique) musicale de Radio France. Et, comme souvent, ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en savent le moins.

Si une saison musicale est l’expression d’une politique musicale, d’une orientation artistique, alors j’invite les plus critiques à découvrir attentivement la prochaine saison 16/17 des quatre formations musicales de Radio France. Tous ceux qui l’ont voulue et préparée peuvent en être fiers, parce qu’elle exprime parfaitement les missions de service public et les identités musicales des deux orchestres, de la Maitrise et du Choeur (La saison 16/17 de Radio France)

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Orgues, lapins et merveilles

Deux sujets qui n’ont vraiment rien à voir l’un avec l’autre, sauf peut-être l’anecdote qu’a livrée Mathieu Gallet hier soir lors de la cérémonie d’inauguration officielle du grand orgue de l’Auditorium de la Maison de la radio.

13166016_10153639226327602_6390561583870009807_n(Michel Orier, directeur de la musique et de la création culrurelle et Mathieu Gallet, président de Radio France, coupent le ruban symbolique de la console du grand orgue).

Le PDG de Radio France raconte que, membre du cabinet de la ministre de la Culture de l’époque, Christine Albanel, il avait reçu en 2007 Jean-Paul Cluzel, son prédécesseur à la tête de la Maison ronde, venu plaider la cause d’un grand orgue à installer dans le futur Auditorium. Jean-Paul Cluzel qui se trouve être le parrain de la fille aînée d’Alain Juppé, dont il sera question plus loin dans ce billet !

Alors ce très grand instrument conçu et construit par les équipes de Gerhard Grenzing ? On l’aura finalement inauguré avec seulement 18 mois de retard sur le calendrier prévu, calendrier que j’avais découvert à mon arrivée à la direction de la musique de Radio France en juin 2014 et qualifié aussitôt d’illusoire, instruit par l’expérience de la rénovation et de la réinstallation des grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique de Liège. Ce que peu de gens savent – et je ne l’ai personnellement appris qu’au contact des facteurs d’orgue qui ont travaillé sur le projet liégeois – c’est que, malgré toutes les technologies modernes, un orgue doit être harmonisé tuyau par tuyau, dans un calme absolu. On peut imaginer le casse-tête que cela a été – plus de 5000 tuyaux ! – dans le cadre d’une part de l’ouverture de l’Auditorium (et de son fonctionnement à plein régime) d’autre part du chantier de réhabilitation de Radio France qui n’en finit pas…

Mais voici donc que nous découvrions enfin la palette de sonorités d’un grand instrument finalement bien accordé à l’intimité de l’Auditorium de la Maison de la radio. Contraste saisissant avec celui de la Philharmonie de Paris !

Quel dommage qu’on ait dû subir un programme inaugural aussi peu tourné vers le public néophyte, qui ne respirait que trop peu l’esprit de fête qui eût du présider à cette soirée !

Rien à voir avec ce qui précède, mais l’anecdote Cluzel me donne l’occasion d’évoquer un bouquin qui a été le compagnon virtuel de mes voyages récents. J’ai hésité à le télécharger, après vu brièvement son auteur, un peu bobo fofolle, faire sa promo à la télévision. Et puis je dois reconnaître que j’ai craqué, et que ce Lapins et Merveilles est un OVNI dans le domaine du livre politique.

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Il y avait déjà eu Yasmina Reza qui avait suivi le candidat Sarkozy en 2007, Laurent Binet François Hollande en 2012, et leurs récits ne manquaient ni d’intérêt ni de (im)pertinence.

Ici on est dans autre chose, Alain Juppé n’est pour le moment que candidat à la primaire de la droite, et Gaël Tchakaloff, sous une apparente désinvolture, parvient à révéler au grand jour une personnalité qui répugne tant à se livrer aux journalistes que c’en est devenu une marque de fabrique. Le plus surprenant c’est que le lecteur n’est jamais dans la position du voyeur ou de l’amateur d’anecdotes croustillantes, alors que le bouquin fourmille de mille faits et gestes. La blonde journaliste nous embarque dans son aventure, dont elle ne nous cache rien, les hauts, les bas, les coups de cafard, avec un authentique talent de plume d’abord, et une connivence bienfaisante avec son sujet autant qu’avec son lecteur… Chapeau !