Goût et dégoût

La différence entre l’Angleterre et la France ?

Tout ce qui s’est passé ces derniers jours.

Jubilé

Ils sont des millions à aimer leur vieille reine, à avoir attendu ses apparitions au balcon de Buckingham Palace. Ils sont fiers de leur chef de l’Etat, les Britanniques.

Quand on lit le message de remerciements de la reine, on comprend tout. La politique comme une noblesse du coeur.

Pourtant, la fête à peine terminée, le combat politique a repris ses droits : à l’heure où j’écris ces lignes, on ne connaît pas encore le résultat du vote de défiance demandé par les conservateurs envers leur Premier ministre Boris Johnson.

Les pauvres types

En France, l’insulte, l’invective, la spécialité du meilleur copain des dictateurs de la planète – Castro, Chavez, Poutine, il en faut d’autres ?), j’ai nommé le grand leader NUPESien, le sieur Mélenchon. Celui qui a largement et abondamment profité du système (élu sénateur à 35 ans et toujours payé par la politique depuis !) passe son temps à déverser son fiel. Il prétend devenir le prochain Premier ministre et appelle Emmanuel Macron « le gars ». Son séide Bompard apostrophe le président de la République d’un : « oh bonhomme tu feras ce qu’on te dira »…

Et ces types veulent réhabiliter la politique, inciter les citoyens à voter ?

Voilà l’image que JLM twitte hier soir en apprenant la défaite de Manuel Valls à l’élection anticipée des députés des Français de l’étranger.

Haro sur Manuel Valls, il faut s’acharner sur la bête à terre ! Le même soir, Ségolène Royal plastronne sur les plateaux de télévision en soutien à son nouvel ami NUPESien, et personne n’a le courage de rappeler à l’ex-finaliste battue de la présidentielle de 2007 (ça fait quinze ans tout de même !) qu’elle s’est aussi lamentablement ramassée comme candidate à l’élection des sénateurs représentant les Français de l’étranger.

Le pompon est détenu par les dames Simonet et Obono, des insoumises si soumises à leur chef, qui affichent le soutien du plus sulfureux des has been des travaillistes anglais, le bien peu respectable Jeremy Corbin.

Pauvre France !

Monsieur Cinéma

C’est un nom souvent aperçu sur d’admirables disques, de qualité « audiophile », du début des années 60, parus sous des étiquettes variables (RCA, Reader’s Digest, Chesky…) comme une fabuleuse Quatrième symphonie de Brahms, enregistrée par Fritz Reiner à Londres avec le Royal Philharmonic.

Charles Gerhardt (1927-1999) est une figure emblématique de la vie musicale du XXème siècle : producteur, chef d’orchestre, arrangeur. Il grandit à Little Rock (Arkansas), étudie la musique, le piano. Entre 1951 et 1955, il travaille comme technicien pour RCA Victor. Dans un premier temps, son rôle consiste à transférer sur bande des 78 tours d’Enrico Caruso et Artur Schnabel, y compris la suppression du bruit de surface préparatoire à la réédition en 33 tours. Il participe à des séances d’enregistrement de Kirsten Flagstad, Vladimir Horowitz, William Kapell, Wanda Landowska et Zinka Milanov. En 1954, il collabore avec Leopold Stokowski et le NBC Symphony Orchestra pour des enregistrements stéréophoniques expérimentaux des suites du ballet Sebastian de Gian Carlo Menotti, ainsi que Roméo et Juliette de Prokofiev, qui ne sortiront qu’en 1978 !

Il devient également l’agent « traitant » de RCA avec Arturo Toscanini, dans les dernières années du chef d’orchestre. C’est Toscanini qui l’encourage à étudier la direction d’orchestre.

Puis Gerhardt travaille durant cinq ans pour Westminster Records à New York. Westminster étant en difficulté (la société dépose le bilan en décembre 1959), il se tourne vers l’enregistrement de chanteurs pop, dont Eddie Fisher. C’est alors que George R. Marek, le chef du département Red Sceal de RCA Victor, lui offre l’opportunité de produire des enregistrements pour Reader’s Digest en Angleterre.

A partir de 1960, il produit des disques pour RCA Victor et Reader’s Digest avec pour partenaire le légendaire ingénieur du son Kenneth Wilkinson de Decca Records (alors filiale de RCA en Europe). S’ensuivront 4 000 sessions d’enregistrement! Leur premier projet majeur est un ensemble de 12 disques pour Reader’s Digest : A Festival of Light Classical Music, publié en versions mono et stéréophoniques, se vendra à plus de deux millions d’exemplaires. En 1961, il produit pour Reader’s Digest l’intégrale des symphonies de Beethoven avec le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par René Leibowitz.

L’une des productions préférées de Gerhardt est la série parue en 1964 Treasury of Great Music un autre jeu de 12 disques pour Reader’s Digest. À la tête du Royal Philharmonic de Londres, il convie John Barbirolli, Malcolm Sargent, Antal Doráti, Jascha Horenstein, Rudolf Kempe, Josef Krips, Charles Munch, Georges Prêtre et Fritz Reiner, à graver les chefs-d’oeuvre du répertoire symphonique. Tous ces disques (la plupart republiés par Chesky Records) sont restés des références.

Dès 1966, Charles Gerhardt manifeste son goût pour les répertoires non classiques : en témoigne une série d’albums All-Time Broadway Hit Parade, qui comprend 120 chansons de diverses productions musicales telles que Carousel, The Music Man, Guys and Dolls, My Fair Lady, Pal Joey, South Pacific et bien d’autres.

Les projets Reader’s Digest créent une telle activité d’enregistrement qu’il devient nécessaire d’avoir un orchestre et chef d’orchestre dédiés à cette entreprise. Avec le violoniste et entrepreneur Sidney Sax, Gerhardt forme en 1964 un orchestre à partir des meilleurs orchestres londoniens et de musiciens indépendants. L’orchestre prend le nom de National Philharmonic Orchestra en 1970 et Gerhardt lui-même le dirige. Leopold Stokowski réalise certains de ses derniers enregistrements avec orchestre.

Charles Gerhardt réalise de 1972 à 1978 avec le National Philharmonic 14 disques vinyles pour la série Classic Film Scores pour RCA, publiée de 1972 à 1978. Première publication en 1972 The Sea Hawk: The Classic Film Scores of Erich Wolfgang Korngold (lire Les Musiques de l’exil). Toute la série se distingue surtout par une préparation extrêmement soignée des partitions par Gerhardt lui-même.. Les enregistrements sont réalisés au Kingsway Hall à l’acoustique exceptionnelle et conçus par Kenneth Wilkinson. Le producteur de ce premier disque est George Korngold, le fils du compositeur.

La série se poursuit avec des albums consacrés à Max Steiner, Miklós Rózsa, Franz Waxman, Alfred Newman, Dimitri Tiomkin, Bernard Herrmann et John Williams ainsi que des albums consacrés à la musique dans les films de Bette Davis, Humphrey Bogart et Errol Flynn. C’est cet ensemble miraculeux que Sony a réédité il y a quelques semaines dans un coffret indispensable.

On peut suivre le conseil de Tom Deacon, un autre producteur « légendaire », collègue de Charles Gerhardt :

Le regretté Charles Gerhardt était un passionné de musique de film. Pour RCA Victor, il a enregistré des musiques de films extraordinaires des années 1930, 1940 et 1950 par Korngold, Steiner, Waxman, Newman, Rozsa, Herrmann, Tiomkin et d’autres. Ceux-ci ont d’abord été publiés sur Lp puis sur CD sur RCA Victor. Désormais, les 12 CD sont tous contenus dans un coffret Sony. C’est à ne pas manquer. Gerhardt n’était pas seulement un chef d’orchestre doué, mais aussi un fabuleux producteur de disques.  Ce sont des classiques audiophiles. Comme de tels coffrets risquent de disparaître sans préavis, ce n’est pas le moment d’hésiter. Achetez-le!

Théâtres

On ne résiste pas à Feydeaudont les origines, la vie et la mort sont d’invraisemblables scènes de théâtre.

Georges Feydeau est officiellement le fils de l’écrivain Ernest Feydeau et de Léocadie Boguslawa Zalewska, en réalité selon les dires de sa mère, le fils de Napoléon III. Ou du demi-frère de l’empereur, le duc de Morny, lui-même descendant illégitime de Talleyrand  !

G-Feydeau.jpg

Il puise son inspiration de sa vie de noctambule triste, notamment chez Maxim’s, au cours de laquelle il perd beaucoup d’argent au jeu, prend de la cocaïne dans l’espoir de stimuler ses facultés créatrices et trompe son épouse avec des femmes et, peut-être, des hommes. Il écrit plusieurs pièces en collaboration, notamment avec Maurice Desvallières7.

Après le succès de Tailleur pour dames en , Feydeau connaît une autre période difficile. Ses œuvres suivantes, (La Lycéenne, Chat en poche, L’Affaire Édouard…), ne reçoivent au mieux qu’un accueil tiède. La consécration vient en avec le succès retentissant des pièces Monsieur chasse !, Champignol malgré lui et, dans une moindre mesure, Le Système Ribadier, œuvres qui lui valent le titre de « roi du vaudeville ». Dès lors, Feydeau enchaîne les réussites : L’Hôtel du libre échange et Un fil à la patte en , Le Dindon en , La Dame de chez Maxim en , La main passe en , Occupe-toi d’Amélie en 4.

Collectionneur d’art, il fera notamment l’acquisition du tableau La Neige à Louveciennes d’Alfred Sisley lors de la vente Armand Doria par la Galerie Georges Petit en

En septembre 1909, après une violente dispute avec la coquette Marie-Anne, qui a pris un amant, il quitte le domicile conjugal du 148 rue de Longchamp (cette séparation aboutit au divorce en février 1916) et prétextant les embarras d’un déménagement, s’installe pour quelques jours dans un palace tout proche de la gare Saint-Lazare, le Grand Hôtel Terminus, chambre 189, rue de Londres. 

Ce lieu devient son domicile pour une dizaine d’années et les murs de sa chambre accueillent des œuvres d’artistes devenus à la mode comme Van Gogh ou Utrillo mais il a vendu la majeure partie de son importante collection. Dans cet hôtel, il commence à s’intéresser aux petits grooms de service et en fait apparaître dans ses pièces.

À la suite de sa séparation conjugale, Feydeau renouvelle le genre du vaudeville par une étude plus approfondie des caractères dans ses comédies de mœurs en un acte, montrant notamment la médiocrité des existences bourgeoises dont il trouve l’origine dans son propre environnement et qu’il tourne en ridicule : On purge bébé (), Mais n’te promène donc pas toute nue ! (). Il est le plus souvent question d’intrigues tournant autour du trio du mari cocu, de la femme infidèle et de l’amant, dont les turpitudes divertissent les spectateurs.

Très aimé de ses contemporains et des autres auteurs, il est témoin avec Sarah Bernhardt, le , au mariage d’Yvonne Printemps et Sacha Guitry, un ami qui le visitera quand il sera interné pour des troubles psychiques dus à la syphilis contractée par le biais d’une jeune travestie dans la clinique du docteur Fouquart à Rueil-Malmaison, pavillon des Tilleuls

Durant un séjour de deux ans dans ce sanatorium où il est soigné par le docteur Bour, Feydeau est atteint tour à tour de surmenage, de délire, de mégalomanie, de paranoïa, il parle aux objets… On essaie de le traiter avec les moyens de l’époque : douches froides, bromure, chloral, sédatifs. Puis on grillage la fenêtre de sa chambre. Il meurt à l’âge de 58 ans, ses funérailles ont lieu à l’église de la Trinité et il est enterré au cimetière Montmartre auprès de son père.

0x1200x19375-or.jpg

On ne résiste pas à Feydeau, mais Feydeau résiste à l’usure du temps, aux changements d’époque, parfois même aux « adaptations » qu’on lui fait subir.

Le traitement que Zabou Breitman réserve à La Dame de chez Maxim, qui fait salle comble depuis des semaines au théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris, m’a laissé partagé.

D’abord le rôle de la Môme Crevette confié à Léa Drucker ! Un contre-emploi où personne ne l’attendait. Plutôt réussi. Chapeau l’artiste !

77253236_10157688036558194_7963060230835666944_n

On s’interroge, en revanche, sur les coupures qu’aurait pratiquées la metteuse en scène, et surtout sur le recours au travestissement qu’elle opère pour la scène de la noce à la campagne. 74597731_10157688036583194_6477029588261142528_n

Pourquoi rajouter des effets comiques à une mécanique déjà parfaitement réglée par Feydeau lui-même? On ne voit pas ce que cela apporte, en dehors de faire sourire – timidement – la salle.

En revanche, toute la distribution est à louer, à commencer par Anne Rotger, impayable épouse, bigote, trompée, par son grand dadais de mari, Micha Lescot. André Marcon campe un général que sa propre caricature finit par entraîner dans un fou rire communicatif. Tous les autres à l’avenant.

76187676_10157688036733194_8684613491023151104_n

Autre théâtre humain, celui dont la reine Elizabeth est le coeur, celui que dépeint l’excellente série The Crown dont on attendait avec impatience la saison 3.

Il va de soi que The Crown court continûment le risque de verser dans l’élégie ou l’apitoiement à l’égard de personnages que rien ne porte à plaindre a priori. Mais son créateur, Peter Morgan, parvient la plupart du temps à contourner cet écueil, que ce soit par l’humour, la peinture des défaillances des personnages royaux ou, plus encore, au travers du spectre politique britannique que le premier ministre vient dépeindre chaque semaine à la reine. Par ailleurs, la structuration des épisodes et l’intelligence de la mise en scène (notamment dans l’épisode 1) en font une série qui n’innove en rien, mais reste remarquable. (Le Monde, 16 novembre 2019)

RellikL’actrice Olivia Colman incarne Elizabeth II parvenue à la quarantaine.

 

Journal d’Ecosse : Édimbourg, trois décès

La loi des séries se vérifie ces jours-ci avec la disparition coup sur coup de trois vétérans, les chefs d’orchestre Raymond Leppard, Hans Zender et du baryton Rolando Panerai.

Que dire des uns et des autres, hors des souvenirs d’antan ?

Le premier coffret des oeuvres pour orchestre de Haendel que je reçus – c’était un « service de presse » adressé au très jeune « animateur » du Conservatoire de Poitiers que j’étais ! – c’était un coffret Philips dont Raymond Leppard était le héraut. J’ai appris les Royal Fireworks, Water Music et autres concerti a due cori avec lui. Il est ensuite passé de mode, tout le monde a oublié Raymond Leppard. Et c’est bien dommage, parce que, comme ses contemporains Colin Davis et Neville Marriner, il n’a pas peu contribué à « rénover » la musique baroque. Grâces lui en soient rendues au moment de son décès !

81I0ZtfiNOL._AC_SL1426_

Hans Zender (1936-2019), peu l’ont connu de ce côté-ci du Rhin. La rigueur, au risque de la sécheresse, sans la liberté créatrice d’un Michael Gielen, voire d’un Pierre Boulez. Je n’ai jamais été très convaincu par ses « réécritures » des cycles de Lieder de Schubert.

La longévité exceptionnelle du baryton Rolando Panerai(1924-2019) est en soi un exploit. La voix, le timbre, tout en vibrations contenues, rayonnant de mille lumières, restent gravés dans les mémoires.

D’autres feront le bilan discographique de cette voix magnifique. Pour moi, il est le Ford des deux Falstaff de Karajan. À jamais.

71dT8ptjJoL._SL1429_

512aNS6kWDL

Edimbourgc’est une première fois. Comme l’Ecosse. Et pourtant il y avait si longtemps que je le souhaitais. Les récits de mes amis, ou de ma mère partie découvrir les Highlands au début des années 50 avec son futur, mon père.

IMG_6496(La statue d’Adam Smith à côté de la cathédrale Saint-Gilles)

IMG_6513

IMG_6596Le château et la vieille ville

IMG_6537Le château d’Edimbourg où est née Marie Stuart

IMG_6543

IMG_6615

IMG_6557

IMG_6561

IMG_6562

IMG_6569

IMG_6598Le palais royal d’Holyroodhouse, la résidence officielle de la reine en Ecosse.

IMG_6580

IMG_6584

IMG_6573

IMG_6613

IMG_6602

Séjour professionnel aussi. Ce soir un concert du Scottish Chamber orchestra.

 

Ralph l’oublié

Il est mort il y a soixante ans, le 26 août 1958, mais pas plus qu’il y a dix ans, pour le cinquantenaire de sa disparition, rien sur le continent, aucun hommage, aucun concert. Pas le plus petit papier dans la presse même spécialisée. Et pourtant celui dont Mildred Clary (cf. mon billet d’hier) n’aurait jamais écorché le nom est l’un des plus importants compositeurs du XXème siècle : Ralph Vaughan Williams, né le 12 octobre 1872 à Down Ampney, un ravissant village des Cotswolds.

Happy birthday, Sir Ralph !

vaughan_williams_2.jpg

Ils ne sont pourtant pas si nombreux, au XXème siècle, à pouvoir aligner un corpus symphonique de l’importance de celle de RVW : 9 symphonies échelonnées tout au long de sa carrière, de la première en 1910 à la neuvième en 1957. Prokofiev, Chostakovitch, et quelques autres dont la notoriété est moindre.

Jean-Christophe Pucek, qui tient un blog remarquable – Wunderkammern, Trouvailles pour esprits curieux – plus souvent orienté sur la musique ancienne et baroque, n’avait pas oublié, lui, le soixantième anniversaire de la mort de Vaughan Williams, et consacrait un article richement documenté aux premiers chefs-d’oeuvre symphoniques du Britannique, en particulier sa deuxième symphonie (1913) titrée A London Symphony (à lire ici)

En quinze ans de direction de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, je ne serai jamais parvenu à programmer une seule symphonie de RVW. Mais grâce à Paul Danielque j’avais invité à plusieurs reprises, le public liégeois a pu entendre en octobre 2006 la sublime Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis et en novembre 2008 le beau poème pour violon et orchestre The Lark ascending sous l’archet lumineux d’Alina Pogostkina (lire la critique de Sylvain Rouvroy).

« He rises and begins to round,
He drops the silver chain of sound,
Of many links without a break,
In chirrup, whistle, slur and shake.

For singing till his heaven fills,
‘Tis love of earth that he instils,
And ever winging up and up,
Our valley is his golden cup
And he the wine which overflows
to lift us with him as he goes.

Till lost on his aerial rings
In light, and then the fancy sings. »

(George Meredith, The Lark ascending)

A plusieurs reprises, j’ai pu programmer la seule pièce véritablement connue et fréquemment jouée de RVW, sa Fantasia on Greensleeves (1934), une chanson traditionnelle anglaise qui a connu un nombre d’avatars impressionnant…

Et puisqu’on commémorait récemment les 40 ans de la disparition de Jacques Brel, la mélodie initiale d’Amsterdam ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose ?

Dans les rééditions consacrées à Leonard Bernsteinune pépite, un seul disque consacré à Vaughan Williams, mais une référence : la 4ème symphonie et, captée en concert, la magnifique Serenade to MusicRVW a composé deux versions de sa Serenade to Music, d’abord pour 16 solistes vocaux et orchestre, puis pour choeur, évidemment directement inspirée de la dispute sur la musique du Marchand de Venise de Shakespeare. Dans l’une et l’autre version, c’est une oeuvre puissante, profondément émouvante.

51tah55ko2l.jpg

Il y a heureusement une discographie de très grande qualité de l’oeuvre de RVW, notamment de ses symphonies. On conseille sans réserve ce très beau coffret (vendu une bouchée de pain !) de l’un des géants de la direction d’orchestre du XXème siècle, lui aussi bien peu célébré sur le continent, et trop souvent cantonné au rôle de spécialiste de la musique anglaise, Adrian Boult (1889-1983)

51KfSIMzBoL

Il faudra que je revienne sur la personnalité et la carrière exceptionnelles de ce très grand chef…

La reine écolo

Etant peu versé dans les têtes couronnées et très peu assidu aux Secrets d’histoire et autres portraits royaux dont Stéphane Bern s’est fait une spécialité, j’avais certes noté que l’hôtel que j’avais réservé dans cette petite station balnéaire de la Mer Noire était tout proche du Palais de la Reine Marie, mais j’ignorais tout de cette reine et de sa résidence de bord de mer… Et ce n’est pas grâce à un guide du Routard plus lacunaire et imprécis que jamais que je m’en serais débrouillé.

Une matinée nuageuse et ventée – la première depuis le début de ces vacances – et ce fut l’occasion de combler mes lacunes sur les royautés des Balkans et de découvrir, entourant sur huit hectares ce palais d’été, l’un des plus beaux jardins botaniques d’Europe.

IMG_0945

Je suis désormais incollable sur cette reine Marie de Roumanie (1875-1938) petite-fille de la reine Victoria par son père et du tsar Alexandre II par sa mère. Lorsque son mari Ferdinand  accède au trône de Roumanie en 1914, la princesse britannique devient reine consort. C’est au lendemain de la première Guerre mondiale, que Marie jette son dévolu sur Baltchik/Balčik, un petit port au pied de falaises de craie et entreprend d’y édifier un vaste ensemble de jardins et de petites maisons.

C’est une reine écolo avant la lettre puisque l’électricité et le chauffage sont produits par une station alimentée par deux sources.

IMG_0957

La villa de la reine Marie est de style ottoman, le minaret étant purement décoratif, et d’une simplicité extrême quant à son aménagement intérieur.

IMG_0954IMG_0956

IMG_0948

IMG_0960

IMG_0965IMG_0966

Si l’on en croit certaines sources, la reine Marie a été très liée à la danseuse et chorégraphe Loïe Fuller.

IMG_0998

IMG_1011

IMG_0949

IMG_0971

Plusieurs autres villas ont été construites dans l’enceinte du »Palais », accueillant les hôtes ou les membres de la famille.

IMG_0967

IMG_0989

IMG_0996

IMG_0992

IMG_0997

IMG_1014

Le jardin botanique s’enorgueillit d’héberger la plus belle collection de cactées au monde.

IMG_0975

IMG_0976

IMG_0977

IMG_0982

Mais inutile de jouer au jeu des superlatifs, le lieu est beau, harmonieux, sans tape-à-l’oeil.

IMG_0987

IMG_0988

Une modeste chapelle, et dans tous les jardins, plusieurs signes rappellent que Marie de Roumanie n’était pas une dévote au sens habituel du terme, une femme que révoltait l’injustice, mais qui tenait son rang quoi qu’il advienne

IMG_1006

IMG_1007IMG_1004

Et pour les amateurs de destins extraordinaires, le récit de sa propre vie par Marie de Roumanie est à lire, si l’on en juge par la critique enthousiaste qu’en fit Virginia Woolf à sa sortie.

91hLmEnl+VL

 

 

 

Retour au calme

On pouvait en être sûr, il ne suffisait pas à certains que François Hollande déposât les armes, il leur fallait tirer sur l’ambulance et décréter que le Président.. n’avait jamais été Président ! Des éditorialistes qui appliquent à la lettre la définition qu’avait faite Jean-François Kahn du journalisme : Lécher, lâcher, lyncher.

Heureusement on a lu quelques analyses plus pertinentes comme celle-ci : La non-candidature de l’Elysée ou le dossier que Le Monde consacre à l’événement dans son édition du week-end. Et puis le feuilleton présidentiel est loin d’être écrit. Attendons la suite…

J’ai profité de mes derniers voyages – Montpellier, Bruxelles – pour lire et voir. D’abord le dernier Blake et Mortimer

51yitghwt0l

« Nos héros les plus british mènent l’enquête sur le plus british des dramaturges : William Shakespeare of course !
Mais qui est-il vraiment ?
Entre l’Angleterre et l’Italie, Philip Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown, résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres.
Entre-temps, Francis Blake enquête sur une bande organisée de Hyde Park.
Une course contre la montre et des révélations en série : un très grand Blake et Mortimer signé Yves Sente et André Juillard ! »

Un bon cru, un peu lent peut-être, quelques intrigues secondaires peu utiles. Mais les héros créés par Edgar P. Jacobs n’accusent pas la fatigue de leurs 70 ans d’existence !

Relative déception en revanche pour un bouquin qui laisse le lecteur et accessoirement fan de la cantatrice sur sa faim…

41sl2vsa-bl

Je connais bien et admire Felicity Lott, depuis longtemps (1988), j’attendais encore plus de souvenirs personnels et professionnels,  des rôles qu’elle a incarnés et des personnalités qu’elle a côtoyées, de son travail avec Carlos Kleiber, John Pritchard, Armin Jordan, ses accompagnateurs en récital (Graham Johnson), les metteurs en scène, etc.. Frustrant mais bienvenu pour qui veut connaître une artiste incomparable !

Netflix ayant eu – enfin – la bonne idée de proposer le visionnage de ses films et séries hors connexion internet, j’ai pu, entre Montpellier et Paris, découvrir les premiers épisodes d’une série que la rumeur présentait sous le meilleur jour : The CrownLa réalisation est particulièrement soignée, les moyens largement déployés pour raconter l’étonnant destin et la longévité exceptionnelle de l’actuelle souveraine britannique.

 

 

 

Rule Britannia

Nul ne sait à cette heure ce qui va sortir des urnes britanniques : Brexit or Remain ?

L’intéressant dans l’histoire est que les partisans de l’une ou l’autre option ne se rangent pas dans les catégories classiques et dépassent les clivages habituels.

L’éditorialiste du Canard Enchaîné de ce 22 juin écrit: « …Ce qui se passe en Angleterre n’est pas toujours très éloigné de ce qui se passe dans nos contrées. Avec les aspirations protectionnistes de l’extrême droite et de la gauche de la gauche populiste et les débats sur la grande peur des migrants ou la propension à faire porter par Bruxelles la responsabilité de bon nombre de nos calamités »

Alors que tout le monde sait que, depuis 1973, le Royaume Uni a largement plus profité de l’Europe qu’il n’y a contribué, la masse des opposants à l’Europe telle qu’elle est incarnée par la technocratie et la Commission européennes, n’a fait que croître, et pas seulement en Grande-Bretagne.

Et il y a des raisons ! Quand, dans le même numéro du Canard Enchaîné, un article joliment intitulé En voiture, hormones ! indique : « Après sept ans d’expertises, de coupage de cheveux en quatre et de retards à l’allumage, la Commission européenne a enfin fixé des critères pour interdire les perturbateurs endocriniens, ces bébêtes chimiques qui détraquent le système hormonal. Le résultat est renversant : le tamis prévu par Bruxelles a des trous si larges qu’il laissera passer un maximum de susbtances. ».  Après la vraie-fausse valse-hésitation sur l’interdiction du glyphosate, ce puissant herbicide produit par Monsanto, qui peut encore douter que la Commission européenne est sous influence, non pas sous l’influence des politiques, des parlementaires européens, mais bien celle de très puissants lobbies.

À croire que Monsieur Juncker et ses collègues n’ont rien trouvé de mieux pour donner aux extrêmes populistes toutes les raisons de prospérer.

Cela dit, le Royaume-Uni dans ou hors l’Europe, ne cessera pas d’afficher sa singularité dans tous les domaines, c’est même pour cela que j’aime tellement ce pays…

Qui d’autre que les Anglais auraient pu inventer les Prom’s ? Qui d’autre que la Grande-Bretagne aurait pu engendrer autant de compositeurs et de musiciens qui sont restés de parfaits inconnus sur le Continent ? Allez quoi qu’il arrive, on pourra toujours entendre ceci :

 

 

Au service de Sa Majesté

Les 90 ans d’Elizabeth d’Angleterre promettaient une actualité souriante. Et voici le monde entier plongé dans l’affliction : Prince meurt le jour de la Reine, la coïncidence (un complot ?) est troublante. L’histoire se répète (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/). Désolé de ne pas participer à l’émotion générale et de sourire à ce détournement d’image :

13055443_1263073000387432_4186514100675010145_n

Hier donc j’évoquais le rapport de la souveraine britannique avec le monde de la musique (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/21/la-reine-et-la-musique/). De la même manière qu’elle a connu tous les chefs d’Etat, et grands personnages du monde, la longévité de son règne a permis à Elizabeth de connaître une incomparable galerie de compositeurs et de musiciens. Elle a perpétué une tradition semi-millénaire : les Maîtres de Musique de la Reine (ou du Roi).

Depuis deux ans, c’est une femme, la compositrice Judith Weir (1954) qui occupe cette fonction plus honorifique que réelle.

452524430

Sur cette photo, on aperçoit au milieu le prédécesseur de Judith Weir dans la fonction, Peter Maxwell Davies, l’un des grands noms de la musique anglaise – comme tant d’autres méconnu sinon ignoré sur le continent – disparu récemment, le 14 mars dernier.

Remontant le XXème siècle à rebours, on ne trouve pas que des éminences dans la liste de ces Maîtres de musique. J’avoue n’avoir jamais entendu une note du dénommé Malcolm Williamson (1931-2003), Australien nommé à ce poste en 1975 à la surprise générale, et vite tombé en disgrâce parce qu’incapable d’achever la Jubilee Symphony que le Palais lui avait commandée pour le jubilé d’argent de la reine en 1977.

Ce n’est pas à Arthur Bliss (1891-1975) que pareille mésaventure serait arrivée. Nommé à la prestigieuse fonction en 1953, après avoir écrit the Processional for the Coronation – pour la cérémonie de couronnement d’Elizabeth, il a le temps d’achever sa dernière oeuvre, la cantate Shield of Faith, pour célébrer les 500 ans de la Chapelle Saint-Georges du château de Windsor.

Arthur Bliss est un original à tous les sens du terme, son oeuvre mérite vraiment une écoute attentive et curieuse. Je conseille un excellent coffret de la série British Composers, naguère EMI, aujourd’hui Warner

81Jn8YZHTuL._SL1200_

Le prédécesseur de Bliss, Arnold Bax (1893-1953) est tout aussi passionnant. Il est certes l’auteur de la Marche du Couronnement de 1953, mais surtout de poèmes symphoniques et de symphonies qui respirent large les vastes espaces marins, comme ce magnifique Tintagel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Château_de_Tintagel)

C’est au très grand chef Vernon Handley (1930-2008) qu’on doit la meilleure intégrale symphonique de Bax, à découvrir et écouter sans modération !

51YE4yfRkdL516FzPToULL

 

 

La reine et la musique

e1724b429822745b30d484d0fb07c1b5571771261a95c

Difficile d’ignorer que la reine Elizabeth fête aujourd’hui ses 90 ans !

En revanche, il y a peu de chances que les médias traitent un aspect nettement moins people de sa vie et de son règne : son rapport à la musique. Rapport personnel ou officiel. Petite revue de détail, grâce à l’excellent dossier constitué par ClassicFM 😦http://www.classicfm.com/music-news/latest-news/queen-elizabeth-classical-music/)

Dès 1930, le vieil Edward Elgar dédie sa Nursery suite aux deux jeunes princesses, Elizabeth et Margaret.

Le 25 mars 1944, les deux princesses et leur mère sont au Royal Albert Hall pour fêter le 75ème anniversaire du chef d’orchestre Henry Wood, qui a fondé en 1895 les célèbres Promenade Concerts (devenus Prom’s) et arrangé nombre de mélodies traditionnelles (ici sa Fantasia on British sea songs dirigée par mon ami Paul Daniel lors d’une soirée des Prom’s)

En 1951, la future reine participe avec toute la famille royale à l’inauguration du Royal Festival Hall sur Southbank. Avec le Barbican center quelques années plus tard, ce sera l’un des principaux temples de la musique classique de la capitale britannique, la « maison » de plusieurs des grands orchestres londoniens, le London Philharmonic, le Philharmonia entre autres (on y reviendra).

2615688_8e0a47fe

Le 2 juin 1953, le couronnement d’Elizabeth est évidemment accompagné par beaucoup de musique et de nombreuses créations. Le sujet mérite à lui seul tout un billet. Patience !

Quatorze ans  plus tard, la reine inaugure la nouvelle salle de concert de Snape Maltings pour la 20ème édition du festival d’Aldeburgh fondé par Benjamin Britten (à droite sur la photo).

152107438

On découvre en feuilletant l’album réuni par ClassicFM qu’Elizabeth II assiste à un concert à la Scala de Milan en 2000 et y entend l’ouverture d’Elgar In the South dirigée par Riccardo Muti.

81qO-Q-X+wL._SL1500_

En 2005, la reine remet une nouvelle décoration The Queen Medal of Music au vétéran Charles Mackerras, en 2006 c’est le baryton gallois Bryn Terfel qui la reçoit à l’issue d’un concert organisé pour les 80 ans de la souveraine.

Prochain épisode : les « maîtres de musique » de la reine !