De tristesse et d’espoir

Tous au paradis

Encore un coup monté ! Jean-Loup Dabadie dimanche dernier, Guy Bedos hier. La camarde a fauché large cette semaine dans le camp du bonheur.

Tout a été dit sur ces deux-là, que je n’ai pas connus autrement que comme auditeur et spectateur, les scénarios, les chansons, les sketches de l’un et l’autre, de l’un pour l’autre souvent.

Le hasard a voulu que j’achève la lecture de ces souvenirs, ou plutôt de ces bribes, de Guy Bedos juste au début du confinement.

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Départ et retour à Radio France

Au moment où Michel Orier, le directeur de la musique et de la création de Radio France, annonçait sur l’antenne de France Musique, hier matin, une excellente nouvelle, la reprise dès le 9 juin des concerts, entre autres, de l’Orchestre National de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France à l’Auditorium de la Maison de la radio,

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Emmanuel Krivine, directeur musical de l’Orchestre National depuis le 1er septembre 2017, annonçait sa démission à effet immédiat « pour raisons personnelles », alors que son mandat courait jusqu’à 2021.

Je regrette cette décision, même si elle ne me surprend pas tout à fait. Je connais le chef français depuis 1987, à qui m’unit un lien particulier. J’ai été fier d’avoir pu contribuer à sa nomination à la tête de l’Orchestre National, de l’avoir fait revenir diriger cet orchestre dès septembre 2015 dans le cadre du festival de Montreux, j’ai été heureux de l’accueillir à Montpellier à trois reprises en 2017, 2018 et 2019 (quel souvenir cette Seejungfrau de Zemlinsky). Nous avions encore un beau projet pour l’été 2020…  Reste l’amitié, l’admiration pour l’un de nos plus grand chefs.

Les Métamorphoses de Renaud Capuçon

Je ne regrette pas le billet que j’ai écrit avant-hier (Les frères Capuçon sont-ils détestables ? ) même s’il m’a valu, comme c’était prévisible, des commentaires plus ou moins obligeants, venant – et le phénomène ne me surprend malheureusement pas ! – de lecteurs qui appliquent leur propre prisme à un texte dont ils ne retiennent que ce qui va dans ou contre leur sens ! Ainsi mon billet ne serait qu’une suite de gentillesses, de compliments à l’endroit de Renaud et Gautier, et l’expression de ma complaisance à l’égard de leurs initiatives médiatiques. J’invite chacun à relire, sans lunettes déformantes, ce que j’ai écrit !

Comme je n’ai nulle part écrit que Renaud Capuçon était le plus grand violoniste du siècle, que je sais son talent et ses limites, je n’en suis que plus à l’aise pour dire combien j’ai été touché, ému, profondément, par le magnifique concert que la pub de la Philharmonie de Paris a présenté comme celui de « Renaud Capuçon and Friends ».

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à voir absolument ici :

https://www.arte.tv/fr/videos/097996-002-A/renaud-capucon-friends-jouent-les-metamorphoses-de-strauss/

Les Métamorphoses, pour 23 cordes solistes, de Richard Straussont été achevées en avril 1945. Sublime tombeau et hommage à la civilisation allemande anéantie par la Seconde guerre mondiale et le nazisme.

Et message d’espérance tout autant, après la sinistre période que nous venons de traverser, qui semble prendre fin avec les annonces du Premier ministre hier.

 

 

 

 

 

L’héritage d’un chef

Depuis la disparition de Mariss Jansons (lire La grande traditionje me suis replongé dans ma discothèque pour y retrouver non seulement les grandes références laissées par le chef letton (voir Mariss Jansons une discographiemais aussi quelques CD plus rares ou moins souvent cités comme représentatifs de son art.

De précieux « live »

D’abord un enregistrement précieusement conservé depuis le début des années 90, lorsque, au lieu des traditionnelles et lourdes bandes magnétiques, la BBC avait fait parvenir aux radios membres de l’UER, un double CD du concert donné par Mariss Jansons et l’orchestre philharmonique de Saint-Petersbourg dans le cadre des Prom’s, le 31 août 1992 au Royal Albert Hall de Londres.

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Programme des plus classiques : Ouverture de La pie voleuse de Rossini, le Deuxième concerto de Rachmaninov (avec Mikhail Rudy en soliste), et une Cinquième symphonie de Chostakovitch où chef et orchestre se couvrent de gloire.

Avec trois bis qui ne pouvaient manquer d’enflammer le public du Royal Albert Hall de Londres, dont le fameux menuet de Boccherini (déjà évoqué dans mon précédent billet)

D’Elgar, la danse des ours sauvages de la 2e suite de The Wand of youth

Avec Oslo, Jansons réalisera d’ailleurs un disque de « bis » (des Encores comme on dit en anglais !)  comme plus personne n’en fait plus, qui sort vraiment des sentiers battus (et qui se négocie aujourd’hui sur certains sites à plus de 30 € !)

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Autre disque qui est une vraie rareté, par son programme et les circonstances de son enregistrement (un disque naguère trouvé en Allemagne à petit prix, aujourd’hui proposé à près de 100 € !)

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Dans le cadre de cette académie d’été au bord de l’Attersee, le plus grand lac d’Autriche situé dans le Salzkammergut, où les jeunes musiciens sont coachés par leurs aînés des Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons dirigeait, le 31 août 2002 au Grosses Festspielhaus de Salzbourg,  des oeuvres qu’il n’enregistrera jamais au disque, le Double concerto de Brahms et la Sinfonietta de Zemlinsky.

Haydn et Schubert

Quant aux répertoires, en dehors de Beethoven et Brahms, on ne s’attend pas à entendre Jansons dans Haydn, Schubert et même Gounod (la messe de la Sainte-Cécile).

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Mariss Jansons aborde les symphonies de Schubert sur le tard, la 3ème est de belle venue, sans bouleverser la discographie, mais la surprise – la mienne ! – vient de la 9ème symphonie, donnée en concert en mars 2018, comme propulsée par une énergie, une vitalité qui font défaut à d’autres gravures de cette période.

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Incursions limitées mais pas négligeables dans la Seconde école de Vienne (Im Sommerwind de Webern et La Nuit transfigurée de Schoenberg)

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(Schönberg, Verklärte Nacht)

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Requiem

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Le XXème siècle

En dehors de Chostakovitch, les compositeurs du XXème siècle sont rares, mais bien choisis, dans le répertoire de Mariss Jansons, comme en témoignent quelques beaux enregistrements de concert.

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Concerto pour orchestre de Lutoslawski, la superbe 3ème symphonie de Szymanowski, et la 4ème symphonie, chorale elle aussi, du complètement inconnu compositeur russe, Alexandre Tchaikowsky (né en 1946).

814TfnPZVXL._SL1500_Dans ce coffret censé dresser un portrait de celui qui fut le directeur musical de l’orchestre de la Radio bavaroise de 2004 à sa mort, on trouve par exemple Amériques de Varèse

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On note que le premier CD – Haydn – de ce coffret a été inexplicablement amputé : pourquoi le seul menuet de la symphonie n°88 qui figurait en entier dans le disque original (cf. ci-dessus), mais que les CD 4 et 5 dépassent 80 minutes.

Poèmes symphoniques

J’ai déjà évoqué les Honegger, Kurt Weill, Varèse, Bartok, Hindemith, abordés par Jansons pour la plupart en concert (Mariss Jansons une discographie). Il est d’autres oeuvres que le chef avait dirigées pour le disque, mais jamais reprises en concert (en tous cas pas dans ceux qui ont été édités !). Panorama quelque peu hétéroclite, mais le plus souvent passionnant.

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Mariss Jansons a très peu dirigé à l’opéra. Exception, cette belle version de La Dame de pique de Tchaikovski.

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Comme accompagnateur, on le retrouve au côté de solistes qui ont en commun avec le chef le refus de l’épanchement facile – Leif Ove Andsnes, Frank Peter Zimmermann, Midori, Truls Mork (on doit citer aussi Mikhail Rudy dans Rachmaninov, Tchaikovski, Chostakovitch, pas très intéressant). Sur le dernier disque du clarinettiste star Andreas Ottensamer, Mariss Jansons lui offre le plus romantique des écrins dans le 1er concerto pour clarinette de Weber.

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Démiurge

Je déteste les adjectifs excessifs, passe-partout, qui ne veulent plus rien dire tant ils sont galvaudés.

Mais, pour une fois, je vais qualifier le concert auquel j’ai assisté hier soir de fabuleux, fantastique, historique même !

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Un programme d’une belle intelligence d’abord : sur le papier, rien ne semble rapprocher Brahms et sa Troisième symphonie d’Harold en Italie de Berlioz.

Hier soir, l’enchaînement entre ces chefs-d’oeuvre paraissait évident, comme allant de soi !

Grâce, il faut le dire ici haut et fort, à celui qui préside aux destinées musicales de l’Orchestre National de France depuis bientôt deux ans, Emmanuel Krivine. Plutôt que chef d’orchestre, il faudrait le nommer démiurge ou alchimiste. Parce que c’est lui l’artisan de ce lustre retrouvé, de cette cohésion de chaque instant des pupitres, de ce bonheur collectif de jeu d’une phalange que j’ai personnellement toujours aimée pour sa singularité, ses couleurs, ses qualités individuelles…. et ses défauts !

Je ne crois pas avoir jamais entendu au concert la difficile Troisième symphonie de Brahms, avec cette allure, cette souplesse, l’écoute miraculeuse entre les pupitres, et, passé un premier mouvement encore corseté, cette liberté qui est le propre des grands attelages chef-orchestre. Sublime deuxième mouvement, avec son balancement idéal, ni pesant ni trop rapide, et les interventions magiques de la clarinette de Patrick Messina, du cor d’Hervé Joulain – pardon de ne pas citer les autres ! –

Et en seconde partie, une autre oeuvre finalement rare au concert, Harold en Italie de Berlioz, dont je parlais déjà dans mon billet du 8 mars dernier : Harold en Russie.

Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires

« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »

L’alto solo de l’ONF, Nicolas Bône, incarne à la perfection le « rêveur mélancolique » dont parle Berlioz, au milieu d’un orchestre brillant de mille feux, galvanisé par un chef qui lâche la bride à ses troupes en conservant une maîtrise confondante sur les incessants changements de rythmes et d’humeurs dont regorge la partition.

Salle en délire, longue ovation au soliste, à des musiciens visiblement heureux et à Emmanuel Krivine qui nous avouait que peu de chefs ont envie de diriger cette oeuvre, si complexe, exigeante dans la mise en place. Il aurait bien eu tort de s’en priver.. et de nous en priver.

Un concert exceptionnel à réécouter et revoir sur France Musique !

L’occasion de réécouter aussi l’une des grandes versions au disque de la 3ème symphonie de Brahms, l’enregistrement de 1963 d’Herbert von Karajan

et cette version – qui m’a fait découvrir Harold au disque ! – de Rudolf Barchai… dirigée par David Oistrakh !

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J’en profite pour rappeler que l’Orchestre National de France et Emmanuel Krivine sont à Montpellier le 19 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France, pour un programme choisi sur mesure : le Double concerto de Brahms et ma Seejungfrau bien-aimée de Zemlinsky !

Réservations très vivement conseillées : lefestival.eu

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Chefs en boîtes

Ils n’ont en commun que leur proximité sur les rayons des disquaires en cette fin d’année. Deux chefs, deux générations, et des visions aussi éloignées que possible des répertoires qu’ils ont l’un et l’autre abordés.

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J’ai eu la chance de voir une fois Sergiu Celibidache (1912-1996 / prononcer : Tché-li-bi-da-ké) en répétition et en concert à Lucerne en 1974 (La découverte de la musique). Impressionnant.

A l’époque où Karajan, Bernstein, Maazel enregistraient à tour de bras, Celibidache faisait figure d’exception, en refusant le studio. C’est dire si lorsque, au mitan des années 2000, EMI commença à éditer, avec l’accord du fils du chef d’orchestre, les bandes radio des concerts captés avec l’orchestre philharmonique de Munich, ce fut vécu comme un événement. Puis cet héritage fut regroupé en plusieurs coffrets, et voici que Warner propose la totalité de ces publications en un seul boîtier élégant et bon marché.

Je suis personnellement beaucoup revenu de l’excitation éprouvée à découvrir ces enregistrements à leur publication. Certes le travail d’orchestre est admirable – c’est peu dire que Celibidache se montrait tout aussi passionnant qu’intraitable en répétition, comme on peut le voir ci-dessous -, certes l’invraisemblable étirement des tempi peut séduire dans Bruckner ou Les Tableaux d’une exposition. Mais c’est souvent insupportable dans des oeuvres qui devraient pétiller, bouger, avancer (les classiques Haydn, Beethoven, les ouvertures de Rossini, Mendelssohn, etc.)

Détails du coffret à voir sur bestofclassic : Celibidache à Munich.

Autre chef à l’honneur en cette veille de Noël, Riccardo Chailly, 65 ans cette année.

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Un copieux coffret de 55 CD qui reprend la quasi-totalité des enregistrements symphoniques faits pour Decca par le chef italien. A ce prix (moins de 100 €) c’est une aubaine ! Détails à voir ici : Chailly symphonique

Comment exprimer un point de vue sur ce chef ? En concert, comme au disque, je n’ai jamais éprouvé le grand frisson, celui qui vous saisit lorsqu’on a le sentiment d’être en présence d’une interprétation, d’un interprète d’exception, unique, incomparable. Je connais les Beethoven, les Brahms (la 2ème version avec Leipzig), les Mendelssohn, je n’ai jusqu’alors prêté qu’une oreille et un intérêt distraits à ses cycles Mahler ou Bruckner. Je n’ai pas non plus le souvenir que la critique ait été, sauf exceptions, beaucoup plus enthousiaste que moi.

Le cercle oublié

L’Opéra de Lyon ne redoute pas l’originalité. Il y a un peu plus d’un an déjà, on avait beaucoup aimé Une Nuit à Venisequi n’est pas l’opérette la plus fréquente sur les scènes françaises.

Cette semaine, on a vu une rareté absolue, puisque c’était la création française du Cercle de craie (Der Kreidekreis) – 85 ans après sa création à Zurich ! – de Zemlinsky

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Ce n’est pas l’interview absconse – tutoiement de rigueur – du metteur en scène Richard Brunel, distribuée avec le programme de salle, qui éclairera la lanterne du spectateur. Pas sûr non plus que la « modernisation » du contexte soit plus éclairante…

On partage le point de vue du critique de Diapason : La première française du Cercle de craie

Dans un décor tout blanc, le metteur en scène modernise la fable, pour nous dire sans doute qu’elle est de tout temps et de tout pays, sans craindre d’en souligner la cruauté – en montrant par exemple une exécution par voie létale. Bannissant les changements d’atmosphère, cette esthétique minimaliste ne rend que partiellement justice à la structure dramatique d’un ouvrage long (sept tableaux clairement différenciés), la direction d’acteurs s’en tenant, pour sa part, à un premier degré loyal, mais sans grande originalité.

C’est musicalement que l’ouvrage se singularise par rapport à la production lyrique de Zemlinsky. En ce début des années 30, le beau-frère de Schoenberg cherche manifestement à faire autre chose que Der Zwerg/Le Nain (1922) ou Eine florentinische Tragödie / Une tragédie florentine (1917), les deux ouvrages qui sont régulièrement représentés. Economie de moyens, orchestre chambriste jouant sur les timbres plus que sur le volume, Sprechgesang. Difficulté évidente pour le spectateur non germanophone.

Et pourtant l’opéra de Lyon fait salle comble en ce soir de deuxième, et le public ne retient pas ses applaudissements à l’égard d’une distribution sans faille, où s’est distinguée la jeune soprano belge Ilse Eerensqu’on se rappelle avoir conviée presque à ses débuts avec l’Orchestre philharmonique de Liège il y a quelques années… Le monde est petit !

Reste le problème ZemlinskyUn compositeur de l’entre-deux, qui, comme beaucoup de ses contemporains, est resté dans l’ombre des géants qui avaient pour noms Richard Strauss, Mahler, Schoenberg, Berg ou Webern. Heureusement la postérité… et la curiosité de certains programmateurs et musicologues (même s’il manque toujours un ouvrage de référence en français sur Zemlinsky !), ont réévalué cette génération oubliée, les Zemlinsky, Schreker, Korngold, et consorts.

La discographie de Zemlinsky est longtemps restée étique, et limitée à la seule Symphonie lyriqueElle reflète mieux aujourd’hui la belle diversité d’une oeuvre toujours inspirée.

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J’ai du mal à départager deux versions de référence de la Symphonie lyrique, Maazel et Jordan.

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Festival d’orchestres (III) : Cincinnati/Järvi, Londres/Jurowski

Paavo Järvi (lire La famille Järvi) a précédé Louis Langrée à la direction musicale de l’Orchestre symphonique de Cincinnati pendant dix ans, de 2001 à 2011.

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Il y a enregistré une très belle série de disques, aux programmes plus originaux que le mainstream de la production américaine. Pour le label Telarc qui a malheureusement disparu, en 2009, comme producteur classique indépendant, réputé pour ses prises de son. Il était devenu difficile, sauf dans certains magasins ou certains sites spécialisés, de trouver les disques de l’orchestre.

Un généreux coffret de 16 CD nous permet de retrouver l’intégralité des enregistrements de Paavo Järvi à Cincinnati (on signale une offre très intéressante sur jpc.de … à moins de 33 € !)

714jbCFTHBL._SL1000_(Détails du coffret ici : Järvi à Cincinnati)

Ce sont aussi 10 ans de collaboration que célèbre un coffret de 7 CD qui vient de paraître (de nouveau les prix sont très variables d’un pays à l’autre, du simple au double ! on recommande amazon.de

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Cela fait dix ans en effet qu’un autre grand chef, comme Paavo Järvi inscrit dans une illustre lignée, Vladimir Jurowski, est le patron assez peu orthodoxe du London Philharmonic.

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L’intérêt de ce coffret, c’est qu’au lieu de compiler une discographie déjà bien fournie, essentiellement Tchaikovski, Rachmaninov, mais aussi les symphonies de Brahms (que j’avais beaucoup aimées), il ne propose que des inédits qui illustrent la variété des répertoires qu’aborde le jeune chef russe avec son orchestre londonien.

Deux coffrets, deux belles illustrations de ce que donne une collaboration artistique au plus haut niveau entre un orchestre et son chef.

Et puisque j’évoque Cincinnati – souvenir encore vif de leurs concerts à la Seine Musicale début septembre : La fête de l’orchestre -, un salut amical à celui qui préside aux destinées de cette belle phalange américaine depuis 2013, Louis Langrée, et cette vidéo qui m’avait échappé. Et comme l’impression que ce devait être la création en Amérique de l’Hymne à la justice d’Albéric Magnard ?

L’été meurtrier

Même tout entier absorbé par un festival très dense, je ne peux faire abstraction d’une actualité qui semble s’emballer depuis la tragédie de Nice. Plus un jour sans l’annonce macabre d’une tuerie, d’une attaque, en Allemagne, en Floride, en Afghanistan, au Japon… Je crains que la météo ne soit pas la seule, cet été, à battre des records.

Mais comme s’il fallait conjurer le sort, repousser la menace, préférer la vie à la peur, je fais le constat, réconfortant, à la veille de la clôture de la 32ème édition du Festival de Radio France Montpellier Occitanie, d’un regain de présence, de fréquentation des concerts et des rencontres. Comme si, plus que jamais, les citoyens que nous sommes, sans doute un peu dégoûtés des polémiques qui ont suivi les attentats de Nice, avaient un besoin urgent, vital, de partager de l’émotion musicale, de vibrer intensément et ensemble grâce à la musique.

13731002_1313160952067786_7137969878825149455_o(Jeudi soir, Bertrand Chamayou et John Neschling avec l’Orchestre National de France  dans le 5ème concerto pour piano de Saint-Saëns / Photo Luc Jennepin)

Il paraît que le programme du concert de l’Orchestre National de France était « exigeant »: ce serait donc encore risqué d’oser la Symphonie Lyrique de Zemlinsky ? Risque assumé… et public conquis. Comme il l’avait été la veille par une Quatrième symphonie de Prokofiev, au moins aussi rare au concert (Les miracles de Valery Gergiev). Quand on a sur le plateau un chef de la trempe de John Neschling et des chanteurs aussi exaltants que Marlin Hartelius et Christian Immler, et un Orchestre National des grands soirs…on se doit de réécouter ce concert sur Francemusique.fr)

Sans doute avons-nous eu moins de mal à promouvoir le concert d’hier, dans le bel amphithéâtre de plein air du Domaine d’O à Montpellier, mais j’y ai vu tant de visages en état de découverte et de bonheur, que je me suis dit que Carmina burana pouvait encore conquérir et toucher de nouveaux auditeurs.

13767332_1313163948734153_625509906534752041_o(Le Choeur de Radio France dirigé par Sofi Jeannin / Photo Marc Ginot)

Ce dimanche c’était aussi le moment idéal, entre générale et concert demain soir, pour profiter d’une jolie table de Montpellier (Le Grillardin) et de l’amitié si simple et chaleureuse d’un couple d’artistes que j’admire et suis depuis longtemps.

IMG_3979(Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan qui font la clôture du Festival demain soir avec l’étonnant opéra Iris de Mascagni, à suivre en direct sur France Musique !)

Revoir ce que Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan disent de cet ouvrage rare sur France 3 (à 12’50)