Il est né un 3 juillet…1930, et mort un 13 juillet…2004. Il manque tellement à la Musique, à notre monde sans grâce. Heureusement, Carlos Kleibervit toujours par des enregistrements, des documents, qui n’ont pas pris une ride et qui le restituent comme le génie de la direction d’orchestre qu’il fut au XXème siècle.
Quelle émotion de découvrir hier cette photo rarissime de vacances (publiée sur la page Facebook du groupe Conductors ORCHESTRA Historical) des deux géants Carlos Kleiber et Leonard Bernstein !
J’ai plusieurs fois évoqué Carlos Kleiber sur ce blog (fantastiques répétitions à voir ici : Vingt fois sur le métier). Rien de ce que le grand chef a enregistré n’est négligeable, même si certains éditeurs ont parfois raclé les fonds de tiroirs . Deutsche Grammophon annonce pour cet été une réédition d’un précieux coffret regroupant tous enregistrements officiels de Kleiber pour le label jaune.
ainsi que l’édition en Blu-Ray de sa version légendaire de La Traviatade Verdi.
J’ai hésité sur le titre de ce billet, je pensais à : L’érotisme de la pureté.
Il y a deux ans, pour l’évoquer (Légendes vives), j’écrivais : « la voix séraphique, et pourtant charnelle, lumineuse, et pourtant tendue, de Gundula Janowitz. »La cantatrice autrichienne fête le 2 août prochain, selon l’expression consacrée, ses 80 printemps.
(Gundula Janowitz, ici avec une autre légende du chant, son aînée Christa Ludwig)
Deutsche Grammophon lui rend, pour l’occasion, le plus beau des hommages avec un coffret de 14 CD très soigneusement élaboré. Il ne s’agit pas d’une simple compilation – même sous pochettes d’époque – mais d’une véritable récapitulation non seulement des enregistrements « officiels » que Gundula Janowitz a faits sous d’illustres baguettes pour la marque jaune mais aussi de « live » bienvenus, même s’ils étaient déjà disponibles ailleurs.
J’emprunte à un « commentateur » de ce coffret sur Amazon.frces quelques lignes qui traduisent parfaitement mon sentiment : « Un timbre d’une pureté incomparable, au vibrato scintillant, immédiatement reconnaissable et intemporellement admirable. Un phrasé magique sur une voix de lumière, de cette « beauté lunaire » comme on l’a souvent qualifiée, qui exerce sur l’auditeur une attraction irrésistible et une fascination béate. On n’adhère pas à la voix de Gundula Janowitz : on s’éprend, on succombe, on s’abandonne.
Cette Autrichienne aujourd’hui jeune de quatre fois vingt printemps, se faisait remarquer (par Walter Legge) en fille-fleur à Bayreuth en 1960, sous la direction de Knappertsbusch (on la retrouvera d’ailleurs deux ans plus tard dans la captation légendaire de 1962). Elle fait alors ses débuts pour Karajan à Vienne en 1960 dans la Barberine des Noces de Figaro; durant les trois décennies suivantes elle sera l’une des voix favorites de Karajan et de Karl Böhm, tant à la scène qu’aux studios. »
J’ai grandi avec Gundula Janowitz dans mon apprentissage des opéras de Mozart, puis des Vier letzte Lieder de Richard Strauss (concurremment avec Elisabeth Schwarzkopf). Ce coffret renferme deux versions des mélodies de Strauss, en studio avec Karajan et en concert avec Bernard Haitink au Concertgebouw.
Je n’ai malheureusement jamais entendu la cantatrice en scène ou au concert…
(des extraits de la production légendaire de Giorgio Strehler des Noces de Figaro à l’Opéra de Paris)
On se précipitera évidemment – pour ceux qui ne l’auraient pas entendue – sur l’émission Lirico Spinto que Stéphane Grant consacrait dimanche sur France Musique à La Voix de Gundula.
Pour les germanophones, cette interview/autoportrait de Gundula Janowitz
Un coffret indispensable ! Avec un peu d’avance je souhaite à mon tour einen wunderschönen 80. Geburtstag à Madame Janowitz !
J’évoquais hier (Quelle histoire !) le courageux pied-de-nez que Chostakovitch avait fait à Staline au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. On attendait de l’auteur des monumentales et dramatiques 7ème (1941) et 8ème (1943) symphonies une oeuvre en forme de célébration grandiose de la victoire de l’Armée rouge sur l’Allemagne nazie. Et on a eu tout le contraire, une symphonie presque modeste, ironique, malgré un poignant mouvement lent.
Pourtant Chostakovitch comme bien d’autres compositeurs a commis des oeuvres « de circonstance » qui sont le plus souvent très en deçà du génie de leurs auteurs. Le fait qu’elles soient souvent jouées ne corrige pas leur banalité.
Petite revue non exhaustive de quelques-uns de ces ratages :
L’Ouverture de fête op.96 de Chostakovitch, qui reçoit en 1954 la distinction d’Artiste du Peuple de l’URSS. Plus creux et ronflant que ça… difficile, et pourtant si souvent enregistré !
Toujours chez les Russes, autre « tube » irrésistible des concerts de plein air, l’Ouverture 1812de Tchaikovski. Le compositeur lui-même avouait : « L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. »
Très souvent jouée dans sa seule version orchestrale, avec canons de pacotille, je dois reconnaître que cette Ouverture a une tout autre allure dans sa version primitive avec choeurs :
Pas grand chose à sauver en revanche dans cette pièce bruyante et creuse écrite pour le couronnement du tsar Alexandre III.
Il arrive, en revanche, qu’une oeuvre de circonstance libère le compositeur du carcan dans lequel il pourrait se trouver enfermé. Quand Johannes Brahms est fait docteur honoris causa de l’université de Breslau, l’actuelle Wroclaw, on lui fait comprendre qu’une oeuvre de sa main serait bienvenue : ce sera son Ouverture pour une fête académique. Rien d’académique justement, ni de chantourné ou de guindé dans cette joyeuse collection de chansons estudiantines.
Juste pour s’amuser au jeu du « qui a copié qui ? », cette ouverture vraiment très peu connue de Suppé, Flotte Bursche. Après avoir écouté l’ouverture académique de Brahms, écoutez celle-ci à partir de 3’15″…. comme un air de parenté évidemment puisque Suppé cite aussi Gaudeamus igitur, cet hymne des étudiants.
Pour en revenir aux musiques « officielles », et en particulier aux hymnes nationaux, les réussites sont très inégalement réparties.
Il n’a échappé à personne qu’Emmanuel Macron avait choisi dimanche soir d’apparaître devant la pyramide du Louvre sur fond d’hymne européen.
Ce que peu savent, c’est que cet extrait célébrissime de la 9ème symphonie de Beethovena été arrangé, à la demande du Conseil européen, par un chef d’orchestre – Herbert von Karajan – dont les compromissions avec le régime nazi n’étaient un mystère pour personne…
Pas de commentaire sur La Marseillaise, sauf le frisson qui me parcourt à chaque fois que je l’entends.
Il y a de quoi faire tout un billet sur les hymnes nationaux et leurs sources d’inspiration. Pour mes amis belges par exemple, savent-ils que leur Brabançonneest citée par Debussy dans sa Berceuse héroïque, écrite en 1914 « pour rendre hommage à S.M. le Roi Albert Ier de Belgique et à ses soldats » ?
Il paraît que les concours d’éloquence qui étaient naguère l’apanage des jeunes avocats, ou des apprentis comédiens, rencontrent aujourd’hui un succès aussi considérable qu’inattendu. Comme en Seine Saint-Denis : Faire entendre sa voix.
Tant mieux ! C’est bien la preuve que la culture, la langue commune, sont partageables par tous et sont les meilleurs moteurs du dépassement de soi, du refus de ce qu’Emmanuel Macron appelle justement « l’assignation à résidence« . Dans la logique de mon billet d’hier (Une idée folle).
Mais l’Eloquence que je veux évoquer ici n’a rien à voir avec cette belle actualité culturelle. Il s’agit d’une collection de disques, dont tous les mélomanes guettent les nouvelles publications avec gourmandise, une collection à double branche si on peut dire.
D’abord très répandue en Allemagne et d’une distribution limitée auxpays germaniques, Eloquence propose, à prix « super budget », de magnifiques rééditions issues des fonds Deutsche Grammophon, Decca et Philips.
Et puis il y a une autre branche… australienne d’Eloquenceque les amateurs – comme moi- trouvaient au hasard de leurs voyages en pays anglo-saxons ou en les commandant à un prestataire australien. Aujourd’hui heureusement cette collection est disponible couramment en Europe.
Australian Eloquence is one of the most critically-acclaimed classical reissue series in the world today. Drawing on the vast catalogues of Decca, Philips, Deutsche Grammophon and ABC Classics, the series presents music for the casual buyer as well as for the connoisseur. The series has received the highest international critical praise for its imagination and inventiveness and is noted for resurrecting several analogue recordings hitherto unreleased on CD
C’est peu dire que c’est une malle aux trésors, d’abord par le soin apporté à ces rééditions, ensuite par la qualité et l’originalité des interprétations qui nous sont restituées, pour beaucoup jamais publiées en CD. Jean-Charles Hoffelé, qui, à mon grand regret, ne chronique plus de disques dans Diapason, ne manque aucune des belles sorties de cette collection sur son blog Artalinna.com.
Je viens, pour ma part, de reconstituer, grâce à trois doubles CD, ce qui pourrait bien être mon intégrale idéale des symphonies de Tchaikovski.
Les premières explorations tchaikovskiennes du tout jeune Michael Tilson Thomasen 1970 à Boston – la 1ère symphonie la plus poétique, la plus juvénile de la discographie, magnifiquement captée – du tout jeune Claudio Abbadoen 1967 à Londres – une 2ème symphonie toute gorgée de mélodies populaires ukrainiennes (à entendre cet été à Montpellier!), le même Abbado jamais aussi imaginatif que dans cette 4ème symphonie viennoise, et un chef aujourd’hui bien oublié, Ferdinand Leitner, qui nous offre une version idiomatique de la suite de Casse-Noisette.
La 3ème symphonie de Tchaikovski est un peu la mal-aimée des six, elle est rare au concert, encore plus au disque hors intégrales. Je ne connaissais pas cette version du chef israëlien, lui aussi bien oublié, Moshe Atzmon: une splendeur très bien enregistrée avec l’autre orchestre viennois, les Wiener Symphoniker.
On retrouve Claudio Abbado dans une lumineuse 5ème londonienne, et deux formidables témoignages d’un chef polonais bien trop négligé Witold Rowicki, des versions vraiment idéales des deux suites du Lac des cygnes et de La belle au bois dormant.
Last but not least, encore le jeune Abbado dans deux réussites, sa première « Pathétique », la plus réussie avec le grain inimitable des Viennois, et son premier Roméo et Julietteà Boston. Et une version haute en couleurs, qu’on avait complètement oubliée, de Manfred, cette symphonie qui ne dit pas son nom, due à un chef inspiré, Youri Ahronovitch.
Un Tchaikovski… vraiment éloquent sous ces belles baguettes, qu’on redécouvre avec infiniment de bonheur.
Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.
En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…
Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.
Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja Wang. En concert, c’est autre chose…
Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvilin’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne
La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?
Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagnerdénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».
Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…
Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamerd’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?
Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…
(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)
Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star.
Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipatti, né il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.
Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…
Les photos qui suivent sont des photos volées, ou plus exactement faites en cachette. En contravention avec des règles ridicules. C’était au musée du Belvédère à Vienne, vendredi dernier. S’y trouvent exposés quelques-uns des chefs-d’oeuvre que la capitale autrichienne héberge dans ses grands musées publics, notamment la fameuse série des Klimt. Mais le fameux portrait d’Adele Bloch-Bauer, qu’on avait vu ici en 2005, n’y figure plus, puisqu’il a été restitué à la descendante du modèle.
Je me réjouissais donc de revoir, outre une exposition temporaire d’intérêt limité, les belles salles du palais du Belvédère, et des toiles qu’on ne se lasse jamais d’admirer, et même d’y découvrir un vaste panneau, le grand oeuvre de Max Oppenheimer, Die Philharmoniker, représentant les Wiener Philharmoniker et Gustav Mahler, le testament du peintre exilé à New York.
Ai-je abîmé ce tableau en le photographiant avec mon smartphone ? Non évidemment, pas plus que tous les visiteurs du Louvre, d’Orsay, des musées parisiens qui ne doivent plus subir des règles antédiluviennes… depuis que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, s’en était affranchie en mars 2015 (lire L’instagram de Fleur Pellerin).
Les musées publics sont les dépositaires des chefs-d’oeuvre de l’humanité, auxquels d’ailleurs tout un chacun a accès par internet. En vertu de quel raisonnement le visiteur, qui paie son ticket d’entrée (cher, très cher en Autriche), devrait-il avoir moins de droits que l’internaute installé dans son canapé, et être privé du plaisir de prolonger l’émotion ressentie devant un tableau ou une sculpture ? Une exposition temporaire peut-être et encore… Une galerie privée, pourquoi pas.
La Fondation Vuitton montre le bon exemple avec un droit d’entrée de 10 € prix fort et le libre accès photographique à toute la collection Chtchoukine!
Les jeunes gardiens du musée du Belvédère avaient beau répéter que la règle était ce qu’elle était, ils étaient bien conscients de son obsolescence.
(Josef Capek, mort à Bergen Belsen en 1945 / La Forêt, 1912)
La dernière fois que j’étais venu à Vienne, c’était le 22 juin 2014, pour les débuts – il remplaçait Mariss Jansons malade – de Mikko Franck à la tête des Wiener Philharmoniker. Deux mois plus tôt c’était l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait, pour la troisième fois en dix ans, dans la célèbre salle dorée du Musikverein sous la houlette d’un Viennois pur jus, Christian Arming (Les soirées de Vienne).
Une ville que je crois bien connaître, et que pourtant je redécouvre à chaque fois dans son ambiguïté, sa duplicité même. Freud, Zweig, Schoenberg, Mahler, Schnitzler, et en même temps la complaisance avec le nazisme, l’antisémitisme rampant, et hier l’extrême-droite aux portes de la présidence de la République.
Le spectacle que donnaient hier soir dans cette même salle dorée du Musikverein, IsabelleGeorges, le Sirba Octet, le Tonkünstler-Orchester de Vienne et Yutaka Sado, dans ce cadre, prenait un relief particulier : donner Yiddish Rhapsodyétait une manière de défi, comme l’a fièrement annoncé la chanteuse française au début du spectacle.
J’avais déjà aimé ce spectacle à Liège en décembre 2015, mais il y avait dans l’air, et dans cette salle dorée, vendredi soir, une ardeur, une authenticité, quelque chose d’infiniment bouleversant. Vienne ne laisse jamais indemne…
Hasard du calendrier, au Volksoper, se donnait hier soir la dernière d’une série de représentations de l’opérette Die Zirkusprinzessin du compositeur juif hongrois Imre Koppstein plus connu sous son nom viennois Emmerich Kálmán, né en 1882 à Slotok (Hongrie), fuyant Vienne en 1938 d’abord pour Paris puis les Etats-Unis et revenant s’installer à Paris où il mourra en 1953. La France l’a complètement oublié qui ne programme jamais ses opérettes (en dehors de La Veuve Joyeuse et Lehar ou de La Chauve-Souris et Strauss aucune chance pour le répertoire viennois, sauf divine exception comme à Lyon en décembre dernier : Une nuit à Venise).
Pourtant les ouvrages de Kalman valent largement ceux de Lehar, même si les sujets et les livrets ne brillent pas par l’originalité – toujours des histoires d’amour contrariées – mais l’inspiration mélodique – Kalman n’oublie jamais ses origines – et le raffinement de l’écriture orchestrale (le Korngold de Die tote Stadt n’est jamais loin) sont un bonheur de tous les instants.
Ce qui manque à Kalman ? Des airs, des duos plus individualisés, qu’on retient immédiatement, ces mélodies qu’on fredonne dès la sortie du théâtre. Ce que j’ai entendu hier, j’ai l’impression que j’aurais pu l’entendre dans Princesse Czardas ou Comtesse Maritza.
On retrouvera avec bonheur le grand ténor récemment disparu Nicolai Geddadans les deux ouvrages les plus connus de Kalman :
J’ai une affection particulière pour La Duchesse de Chicago, dont la partition a été reconstituée et brillamment remise au jour par l’infatigable Richard Bonynge
Après les Beethoven, Mahler, Bruckner de Michael Gielen(lire L’inconnu de la baguette), ce sont des coffrets composites, mais extraordinairement passionnants, qui nous sont proposés.
D’abord parce qu’ils illustrent l’étendue du répertoire de ce contemporain de Pierre Boulez, à qui il a souvent été comparé et dont il partageait plus d’un trait commun. Mais à la différence du Français, Gielen l’Autrichien n’a jamais oublié les racines de la musique qui l’a nourri, et a toujours dirigé le répertoire classique, en même temps qu’il défendait et promouvait la création contemporaine. Et, sans qu’il ait eu besoin de le dire et de l’afficher, dans le même état d’esprit qu’Harconcourt ou Gardiner : le respect du texte, de l’Urtext. Ses Haydn manquent un peu de la fantaisie qu’y mettait un Jochum. Mais tout le reste paraît simplement évident, justesse des tempi, des phrasés, sens de la ligne (cf. les vidéos ci-dessous).
Le 4ème volume de cette Michael Gielen Editionest peut-être encore plus exceptionnel : le Requiem de Berlioz, les Scènes de Faust de Schumann– qui rappellent combien Gielen était un maître des grandes architectures (sa Huitième de Mahler, les Gurre-Lieder, la Missa solemnis, etc.), mais, plus inattendus, Weber, Suk,Tchaikovski ou Dvorak – et un magnifique témoignage de l’art du grand violoncelliste Heinrich Schiffdisparu le 23 décembre dernier.
Et cerise sur le gâteau, une prodigieuse Kaiserwalzer – un bis – qui nous fait regretter que Gielen n’ait jamais été invité à diriger le concert de Nouvel an à Vienne. Pas assez médiatique, un look trop austère sans doute. Et pourtant quelle leçon de style, d’élégance, tout simplement du respect du texte…
On espère encore plusieurs volumes qui devraient rendre justice à ce grand chef… et à l’orchestre qu’il a dirigé et qui a maintenant fusionné avec Stuttgart !
J’ai un, peut-être deux points communs avec François Fillon. J’étais son voisin d’étage entre 1980 et 1981 dans le bâtiment annexe de l’Assemblée Nationale : il était l’assistant parlementaire de Joël Le Theule, plusieurs fois ministre, député de la Sarthe, décédé brutalement en décembre 1980. J’étais celui de Jean-Pierre Abelin, député de la Vienne.
Je peux attester que, nous étant croisés et salués plusieurs fois, lui comme moi n’occupions pas un emploi fictif, et qu’entre les circonscriptions de nos députés et nos bureaux parisiens, nous ne manquions pas d’activité, surtout à l’approche de l’élection présidentielle et des élections législatives de 1981 !
J’ai déjà raconté (Réhabilitation) ces premières années d’activité professionnelle comme attaché parlementaire auprès d’un sénateur et de deux députés. J’y ai appris plus qu’un métier, une expérience de la vie et des réalités, à nulle autre pareille.
Déjà, à « mon » époque, les postes d’assistant parlementaire – de création récente – pouvaient servir à rémunérer les collaborateurs des groupes politiques du Sénat ou de l’Assemblée Nationale, voire des partis eux-mêmes. Déjà à « mon » époque, les enveloppes de frais mis à disposition des parlementaires étaient utilisées par ces derniers comme bon leur semblait, et possiblement pour arrondir leurs fins de mois. Mais j’ai connu de nombreux cas de députés qui n’étaient pas maires d’une commune importante et qui ne pouvaient donc s’appuyer sur les services et moyens de cette collectivité, et qui parvenaient tout juste à assumer les frais de leurs permanences et de leur secrétariat.
Je n’ai jamais connu de parlementaire de terrain, d’attaché parlementaire comme nous étions des centaines à Paris ou en province, qui se soit enrichi par ses fonctions. Les salaires étaient corrects, mais loin d’être mirifiques pour la charge de travail qui était notre lot commun, soirées, week-ends, campagnes électorales, etc.
Dans le cas qui défraie la chronique, c’est moins la régularité des contrats dont Madame Fillon aurait bénéficié que la réalité de leur contenu qui est en cause (mais l’enquête préliminaire dira ce qu’il en est).
C’est évidemment beaucoup plus grave sur le plan politique pour un candidat qui se targuait de n’avoir jamais été condamné (Juppé) ni mis en cause par la justice (Sarkozy)… et d’incarner la probité dans un univers où les coups bas et les « boules puantes » pour reprendre son expression sont légion. Le Pointsuggère une hypothèse réaliste sur l’origine de l’affaire révélée par le Canard Enchaîné : Quand Dati demandait à Fillon de s’expliquer…
Le même Harnoncourt quelque vingt ou trente ans plus tôt avec un orchestre professionnel – l’Orchestre de chambre d’Europe – est tout aussi passionnant et pédagogue dans son approche de la symphonie beethovénienne.
Le tout dernier enregistrement d’Harnoncourt et son intégrale Beethoven avec l’orchestre de chambre d’Europe (Warner)
On a beaucoup évoqué Georges Prêtre, disparu en ce début d’année. La Radio suisse romande vient de publier une précieuse archive du chef français répétant Debussy avec l’Orchestre de la Suisse romande en 1972.
Autre disparu de 2016, Pierre Boulez, sur qui les témoignages ne manquent pas. Je suis tombé par hasard sur une masterclass donnée par le chef/compositeur en 2009 aux élèves de la classe de direction du Conservatoire de Paris.
La bienveillance naturelle de Boulez envers les jeunes musiciens n’exclut pas le franc-parler, voire une pointe d’agacement. Cette vidéo démontre aussi une évidence : certains sont faits pour être chefs, même maladroits ou hésitants, d’autres non. Amusant de voir parmi ces étudiants, Alexandre Bloch, qui vient de prendre les rênes de l’Orchestre National de Lille.
L’art irremplaçable du (grand) chef n’est jamais mieux mis en valeur que dans le travail d’une pièce particulièrement difficile, comme le sont les redoutables Pièces op.6de Berg.
Simon Rattledéçoit parfois au concert, jamais en répétition. C’est ce que disent les musiciens qui ont travaillé avec lui, à Birmingham, à Berlin. C’est éloquent ici avec tous ces jeunes musiciens berlinois…