La grande porte de Kiev (III) : prières pour l’Ukraine

Je crains que je ne doive poursuivre encore quelque temps ces chroniques amoureuses de l’Ukraine martyre, ouvertes le 25 février dernier (La grande porte de Kiev.)

Les abeilles grises

Il y a dix jours, chez l’unique libraire d’Auvers-sur-Oise, j’ai découvert un auteur et acheté son dernier roman : Les Abeilles grises. Sans alors imaginer qu’ils revêtiraient si vite une tragique réalité.

Andrei Kourkov est peut-être l’écrivain ukrainien de langue russe le plus lu. Né en 1961 en Russie, il vit depuis son enfance à Kiev, et en partie à Londres, il préside l’Union des écrivains ukrainiens.

Ce roman, paru en 2019, qui vient de sortir en français, prend pour cadre cette fameuse « zone grise », qui a servi de prétexte à Poutine pour déclencher l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe :

« Dans un petit village abandonné de la «zone grise», coincé entre armée ukrainienne et séparatistes prorusses, vivent deux laissés-pour-compte : Sergueïtch et Pachka. Désormais seuls habitants de ce no man’s land, ces ennemis d’enfance sont obligés de coopérer pour ne pas sombrer, et cela malgré des points de vue divergents vis-à-vis du conflit. Aux conditions de vie rudimentaires s’ajoute la monotonie des journées d’hiver, animées, pour Sergueïtch, de rêves visionnaires et de souvenirs. Apiculteur dévoué, il croit au pouvoir bénéfique de ses abeilles qui autrefois attirait des clients venus de loin pour dormir sur ses ruches lors de séances d’«apithérapie». Le printemps venu, Sergueïtch décide de leur chercher un endroit plus calme. Ayant chargé ses six ruches sur la remorque de sa vieille Tchetviorka, le voilà qui part à l’aventure. Mais même au milieu des douces prairies fleuries de l’Ukraine de l’ouest et du silence des montagnes de Crimée, l’oeil de Moscou reste grand ouvert… «  (Présentation de l’éditeur)

Ou quand l’affliction submerge la réalité !

L’Ukraine sacrée

Pour prolonger notre évocation des artistes, compositeurs, musiciens ukrainiens, deux figures me viennent à l’esprit. La première est celle de Dmitri Bortnianski, né à Gloukhov (Hloukhiv en ukrainien) en 1751 et mort en 1825 à Saint-Pétersbourg où il a étudié puis exercé son activité de musicien et de compositeur. Compositeur d’opéras à la mode italienne en vogue à l’époque. Mais surtout compositeur d’un répertoire admirable de « concertos sacrés ».

Répertoire qui rappelle – ô combien – ce que cette guerre a d’absurde entre deux peuples nourris aux mêmes sources de l’histoire, de la langue et de la religion.

Prière pour l’Ukraine

Valentin Silvestrov (né en 1937) est l’un des rares compositeurs ukrainiens à avoir acquis une renommée internationale, à être joué régulièrement non seulement dans le cadre de festivals spécialisés, mais aussi par des interprètes comme Hélène Grimaud. Tenant, promoteur, d’une avant-garde radicale, Silvestrov a suivi une évolution comparable à celle d’un Penderecki. En 1970, son oeuvre Drama marque une charnière : « J’ai essayé ici de sortir du ghetto de l’avant-garde, comme d’autres le faisaient aussi à l’époque. ».

En 2014, au début de la guerre du Donbass, Silvestrov écrit cette Prière pour l’Ukraine, qui a malheureusement gardé toute son actualité.

La grande porte de Kiev (II)

Après la sidération, les manifestations de solidarité – foules impressionnantes au coeur même des villes russes – l’organisation de la résistance du peuple ukrainien, on peut aussi essayer de mieux comprendre l’histoire millénaire de l’Ukraine, sa culture. Pour contredire la désinformation de Poutine.

Le plus vaste Etat d’Europe

Au IXème siècle Kiev est prise aux Khazars par le varègue Oleg le Sage, fondateur d’un « État des rameurs » ou Rodslagen, en proto-slave Rous’. Le territoire de la Rous’ couvrait le nord de l’actuelle Ukraine ainsi que la Biélorussie et l’Ouest de la Russie. De Rous’ viennent la dénomination des « Russes », mais aussi celle des « Ruthènes » ou « Russins » désignant les Ukrainiens occidentaux. Le nom d’ »Ukraine », qui signifie « pays frontalier » en russe, est venu avec l’expansion de la Moscovie, bien plus tard.

Au xie siècle, la Rus’ de Kiev est géographiquement le plus vaste État d’Europe. En 988, sous le règne de Volodymyr le Grand, un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne (surtout varègue) et la majorité de la population au christianisme. Sous le règne de Iaroslav le Sage, le prestige de l’État kiévien atteint son apogée : il s’étend de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates septentrionales. Iaroslav est un grand bâtisseur, c’est lui qui fait construire la célèbre cathédrale Sainte-Sophie à Kiev, et un grand législateur. Le droit, l’éducation, l’architecture et l’art kiévien connaissent un apogée sous son règne.

La succession au trône de Kiev n’est pas héréditaire en ligne directe : le pouvoir va au membre le plus âgé de la famille princière. Le territoire est divisé en apanages dévolus par le prince aux familles de boyards, hiérarchisés selon leur étendue, et qui vont au membre le plus âgé de chaque dynastie. Le décès de cet aîné entraîne de nombreux conflits et, à terme, favorise la fragmentation de l’État. Kiev est saccagée par le prince de Vladimir (1169). Les convoitises extérieures en profitent : Kiev est pillée par les Coumans, puis par les Tatars et Mongols en 1240.

L’ami Kirill

Le chef d’orchestre Kirill Karabits, actuel directeur musical de l’orchestre de Bournemouth, est né à Kiev en 1976. C’est un ami, auquel je pense plus intensément ces derniers jours.

Lire ce qu’il déclarait hier à un quotidien anglais : BSO Kirill Karabits on Russian invasion of Ukraine.

Les publics de l’Orchestre philharmonique royal de Liège et du Festival Radio France ont eu plusieurs fois la chance d’applaudir Kirill Karabits : Belles rencontres à Liège. Le 24 juillet 2018, Kirill Karabits dirigeait un orchestre de jeunes musiciens venus de l’Est de l’Europe avec le violoniste Nemanja Radulovic.

On est particulièrement ému de découvrir cette vidéo d’un concert donné le 31 décembre 2020 à Kiev pour célébrer le 275ème anniversaire de la naissance du compositeur Maxime Berezovski (1745-1777)

La paix triomphera de la guerre

La Troisième symphonie de Boris Liatochinski (1895-1968), le grand compositeur ukrainien contemporain de Chostakovitch, dirigée ici par Kirill Karabits à la tête de l’orchestre symphonique de Bournemouth vient tragiquement rappeler, par son titre et par les circonstances de sa création, que l’histoire peut se répéter…

Cette symphonie est créée le 23 octobre 1951 par l’orchestre philharmonique de Kiev sous la direction de Nathan Rakhline, lors du plenum de l’Union des compositeurs d’Ukraine (pour rappel l’Ukraine fait partie de l’Union soviétique jusqu’en 1991 !). Le public de cette première ovationne la symphonie, mais les représentants de l’Union des compositeurs de l’URSS condamnent l’oeuvre, en particulier son finale intitulé La paix triomphe de la guerre comme « anti-peuple » et en qualifient les éléments de « déchets formalistes qui doivent être brûlés ». Le thème de ce finale, en effet, au lieu d’être victorieux, est tragique, lugubre même. Le compositeur est accusé d’agir « non pas comme un partisan soviétique de la paix, mais comme un pacifiste bourgeois ». Liatochinski est donc contraint de réécrire ce finale, la nouvelle version sera créée par Mravinski à Leningrad en 1955, et sera la seule à être jouée jusqu’à la dissolution de l’URSS.

Un mot sur la prononciation de la capitale martyre Kiev. Pour une fois la transcription anglaise est plus proche de la réalité que la française : Ky-iv. Il faut, en effet, accentuer et allonger la première syllabe Ki. Ce faisant la seconde – ev ne sonne pas comme êffe, mais plutôt comme if.

La grande porte de Kiev

Depuis l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, les prises de position, les manifestations de solidarité se multiplient, notamment de la part des artistes, des musiciens. Et beaucoup d’illustrer leur propos par de la musique, des oeuvres, des compositeurs qui se réfèrent à l’Ukraine. Ce faisant, ils ajoutent involontairement du crédit à Poutine qui s’appuie précisément sur l’histoire de la grande Russie pour nier l’existence de l’Ukraine.

Un peu d’histoire

Dès le lycée, puis à l’Université, je me suis passionné pour la langue, la culture, l’histoire russes, et j’ai encore, très présent dans ma mémoire, ce que nous avions appris de la Russie primitive. J’invite à lire l’excellente notice Wikipedia sur la Russie de Kiev !

Tous les mélomanes connaissent le dernier des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, intitulé : La grande porte de Kiev.

Il s’agit d’un monument construit en 1018, la Porte dorée, plusieurs fois détruite, et reconstruite en 1982 à l’occasion du 1500ème anniversaire de la fondation de Kiev.

Le tableau de Viktor Hartmann, ou plutôt l’esquisse du peintre ami de Moussorgski :

Comme on le sait, Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski sont d’abord une série de pièces pour piano. Ici le final La grande porte de Kiev est jouée par le plus illustre des pianistes russes, né… à Kiev en 1903 !

Ou ici par un autre illustrissime pianiste russe, Sviatoslav Richter, né à Jytomyr en Ukraine en 1915.

C’est évidemment dans l’orchestration de Ravel que ces Tableaux ont acquis les faveurs de tous les grands orchestres, des chefs et du public.

On trouve sur YouTube toutes sortes de témoignages. Celui qui suit date de 2011 : l’Orchestre philharmonique de Berlin est dirigé par le plus grand chef russe actuel, qui est depuis hier mis au ban de la communauté musicale internationale à cause de sa proximité avec Poutine, Valery Gergiev (mise en demeure du maire de Milan, concerts du Philharmonique de Vienne au Carnegie Hall de New York où Yannick Nezet-Seguin remplace le Russe).

Il faudrait bien plus qu’un billet pour illustrer tout ce que la musique russe doit à l’Ukraine. Tchaikovski bien sûr et sa Deuxième symphonie, surnommée « Petite Russie ». Parce que c’était le nom affectueux par lequel on désignait l’Ukraine dans l’empire russe. Et bien sûr, s’agissant de Tchaikovski, parce que le compositeur s’inspire très largement de thèmes populaires ukrainiens. Mais il en utilise aussi dans beaucoup d’autres oeuvres, comme dans sa Quatrième symphonie !

Je découvre cette version captée au Concertgebouw d’Amsterdam sous la baguette d’un chef que je n’attendais absolument pas dans ce répertoire, John Eliot Gardiner

Aujourd’hui, et depuis trente ans, et la chute de l’Union Soviétique, l’Ukraine est un pays indépendant, souverain, qui a élu démocratiquement ses dirigeants. Rien, et surtout pas les allusions au passé de l’empire russe, ne justifie la guerre que le maître du Kremlin a déclenchée pour asservir, neutraliser, un Etat et un peuple dont il va jusqu’à nier l’existence.

En solidarité avec tous ceux qui sont aujourd’hui durement éprouvés, ce témoignage musical d’un immense artiste, né lui aussi en Ukraine, à Odessa, en 1903, le grand Nathan Milstein :

Beethoven 250 (XIII) : Une « étoile » centenaire, Isaac Stern

Isaac Stern est né, il y a cent ans, le 21 juillet 1920 à Kremenets (dans l’actuelle Ukraine) et mort en 2001 à New York. Sa famille s’installe à San Francisco lorsque le petit Isaac a un an. Il y étudie au Conservatoire de la ville avec Louis Persinger et Nahum Blinder et donne son premier concert, à 16 ans, avec Pierre Monteux qui dirige alors le San Francisco Symphony. Il joue le 3ème concerto pour violon de Saint-Saëns, qu’il enregistrera plus tard avec Daniel Barenboim et l’Orchestre de Paris.

Sony qui avait déjà réalisé dans les années 90 plusieurs rééditions, compilations des enregistrements du violoniste américain (A Life in Music) propose, pour célébrer ce centenaire, un coffret de 75 CD, copieux mais incomplet.

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Certes le coffret annonce « The Complete Columbia analogue recordings ».  Mais où sont passées par exemple les sonates pour violon et piano de Beethoven avec Eugene Istomin certes déjà rééditées en un boîtier « super éco » ? Alors que les trios du même Ludwig avec le violoncelle de Leonard Rose figurent en juste et bonne place !

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Où sont passés les « premiers enregistrements mondiaux » des concertos de Peter Maxwell Davies et Henri Dutilleux (l’Arbre des songes) ? Eliminés parce qu’ils ne sont pas analogiques ?

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Deux souvenirs me reviennent d’Isaac Stern :

Le premier justement à propos du concerto de Dutilleux, créé le 5 novembre 1985 à Paris par son dédicatoire… Isaac Stern et l’Orchestre National de France dirigé par Lorin Maazel. Le 2 décembre 1987, Stern en donnait la première suisse à Genève avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par David Zinman. J’y étais, et comme producteur à la Radio suisse romande j’avais évidemment décidé de diffuser ce concert en direct. Je savais que le violoniste s’était enquis plusieurs fois auprès des techniciens de la radio des conditions de diffusion du concert, ceux-ci étaient restés dans le flou. Je voulais éviter d’entrer dans d’interminables discussions, connaissant le caractère de « dur en affaires » d’Isaac Stern. Le soir du concert l’événement était considérable au Victoria Hall. Surtout grâce à la star du violon, qu’on n’avait plus reçue à Genève depuis longtemps.

Le moins qu’on puisse dire était que cette « création » m’est apparue bien approximative, balbutiante même, décevante pour tout dire. Stern et Zinman sont néanmoins applaudis comme il se doit. Au troisième rappel, Isaac Stern s’adresse au public et lui dit : « Comme vous avez aimé cette oeuvre, nous allons la bisser« …  Cette seconde version fut incomparablement meilleure, plus assurée, plus rayonnante, comme s’il avait fallu au violoniste un tour de chauffe pour entrer pleinement dans l’oeuvre et entraîner le public.

À l’issue de cette double performance, à l’entracte, je m’en fus saluer Isaac Stern dans sa loge, et me présenter à lui : « Vous n’étiez pas en direct ce soir n’est-ce pas? – Si, bien sûr, pour un tel événement, mais je vous rassure, lui répondis-je, nous ne garderons que la seconde version après les montages éventuels. »

Je rencontrerai Isaac Stern quelques années plus tard dans les studios de France MusiqueIl participait à une émission aujourd’hui disparue, Le matin des musiciens, où le violoniste américain s’exprimait dans un français parfait. J’étais descendu dans le studio pour le saluer, il m’avait remercié de m’être « dérangé » pour cela. Puis me dévisageant, me dit que ma tête lui disait quelque chose. Je lui rappelai alors l’épisode genevois, et c’est alors qu’il me confia la raison de ses questions sur les conditions de diffusion du concert de décembre 1987. Ce n’était pas tant à cause de la première de Dutilleux que d’une mésaventure survenue une décennie plus tôt.

On sait qu’Isaac Stern avait posé comme principe de ne jamais jouer en Allemagne, ni avec un chef allemand après la Seconde Guerre mondiale. Or, à Genève, où il avait souvent joué à l’invitation de l’Orchestre de la Suisse romande et de son administrateur Ron Golan, il lui était arrivé de jouer sous la direction de Wolfgang Sawallisch, directeur musical de l’OSR de 1970 à 1980. Le concert avait, bien entendu, été enregistré par la Radio suisse romande… et proposé aux radios membres de l’UER (Union européenne de Radio-Télévision). C’est ainsi qu’un jour, dans une chambre d’hôtel londonienne, Isaac Stern entendit le présentateur de la BBC annoncer avec un peu d’ironie que le célèbre violoniste avait rompu sa promesse de ne jamais jouer avec un chef allemand, puisque le concert diffusé ce soir-là était dirigé par… un chef allemand !

Emouvante vidéo captée en 2000, un an avant sa mort, lors de la remise du Polar Music Prize qu’Isaac Stern avait reçu conjointement avec Bob Dylan.

Détails du coffret Sony (enregistrements réalisés de 1947 à 1980)

CD 1: Tchaikovsky · Wieniawski: Violin Concertos I Hilsberg · Kurtz

CD 2: Mozart: Violin Sonata No. 26 · Mendelssohn: Violin Concerto I Zakin · Ormandy

CD 3: Violin Favorites I Zakin · Levant · Waxman

CD 4: Prades Festival – Bach I Tabuteau · Schneider · Casals · Wummer · Istomin

CD 5: Mozart: Violin Concerto No. 3 · Beethoven: Violin Sonata No. 7 I Zakin

CD 6: Bartók: Violin Sonata No. 1 · Franck: Violin Sonata I Zakin

CD 7: Brahms · Sibelius: Violin Concertos I Royal Philharmonic Orchestra · Beecham

CD 8: Mozart: Sinfonia concertante · Piano Quartet I Primrose · Casals · Istomin

CD 9: Vignettes for Violin I Zakin

CD 10: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Thomas · Tortelier · Hess

CD 11: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Thomas · Foley · Casals

CD 12: Casals Festival at Prades I Schneider · Katims · Tortelier · Casals

CD 13: Casals Festival at Prades I Hess · Casals

CD 14: Prokofiev: Violin Sonatas I Zakin

CD 15: C. P. E. Bach · J. S. Bach · Handel · Tartini: Violin Sonatas I Zakin

CD 16: /17 Brahms: Violin Sonatas Nos. 1, 2 & 3 · F.A.E Sonata I Zakin

CD 18: Vivaldi · Bach: Violin Concertos I Oistrakh · Ormandy

CD 19: Lalo: Symphonie espagnole · Bruch: Violin Concerto No. 1 I Ormandy

CD 20: Bernstein: Serenade I Symphony of the Air · Bernstein

CD 21: Wieniawski: Violin Concerto No. 2 · Saint-Saëns · Ravel I Ormandy

CD 22: Prokofiev: Violin Concertos I Mitropoulos · Bernstein

CD 23: Bartók: Violin Concerto No. 2 I New York Philharmonic · Bernstein

CD 24: Tchaikovsky · Mendelssohn: Violin Concertos I Ormandy

CD 25: Beethoven: Violin Concerto I New York Philharmonic · Bernstein

CD 26: Franck · Debussy: Violin Sonatas I Zakin

CD 27: Brahms: Violin Concerto · Double Concerto I Rose · Ormandy · Walter

CD 28: Vivaldi: Concertos for 2 Violins I Oistrakh · Ormandy

CD 29: Bartók: Violin Concerto No. 1 · Viotti: Violin Concerto No. 22 I Ormandy

CD 30: Stravinsky: Concerto in D · Symphony in 3 Movements I Stravinsky

CD 31: Bartók: Rhapsodies Nos. 1 & 2 · Berg: Violin Concerto I Bernstein

CD 32: None but the Lonely Heart I Columbia Symphony Orchestra · Katims

CD 33: Brahms: Violin Sonatas Nos. 1 & 3 I Zakin

CD 34: Mozart: Violin Concertos Nos. 1 & 5 “Turkish” I Szell

CD 35: Prokofiev: Violin Concertos I The Philadelphia Orchestra · Ormandy

CD 36: Barber · Hindemith: Violin Concertos I New York Philharmonic · Bernstein

CD 37: Schubert: Piano Trio No. 1 I Istomin · Rose

CD 38: Bloch: Baal Shem · Violin Sonata No. 1 I Zakin

CD 39: Brahms: Double Concerto · Beethoven: Triple Concerto I Rose · Istomin · Ormandy

CD 40: Dvořák: Violin Concerto · Romance I The Philadelphia Orchestra · Ormandy

CD 41: Bach: Violin Concertos · Concerto for Oboe and Violin I Gomberg · Bernstein

CD 42: /43 Brahms: Piano Trios Nos. 1, 2 & 3 I Istomin · Rose

CD 44: Lalo: Symphonie espagnole · Bruch: Violin Concerto No. 1 I Ormandy

CD 45: haTikvah on Mt. Scopus I Friedland · Davrath · Tourel · Bernstein

CD 46: Mozart: Violin Concerto No. 3 · Sinfonia concertante I Trampler · Szell

CD 47: Schubert: Piano Trio No. 2 · Haydn: Piano Trio No. 10 I Istomin · Rose

CD 48-51 Beethoven: The Complete Piano Trios I Istomin · Rose

CD 52: Sibelius: Violin Concerto · Karelia Suite I Ormandy

CD 53: Mozart: Flute Quartets I Rampal · Schneider · Rose

CD 54: Bartók: Violin Sonatas · Webern: 4 Pieces I Zakin · Rosen

CD 55: Isaac Stern – Romance I Columbia Symphony Orchestra · Brieff

CD 56: Mozart · Stamitz: Sinfonias concertantes I Zukerman · Barenboim

CD 57: Brahms: Violin Sonata No. 2 · Clarinet (Violin) Sonata No. 2 I Zakin

CD 58: Copland: Violin Sonata · Duo · Nonet I Copland · Columbia String Ensemble

CD 59: Enescu: Violin Sonata No. 3 · Dvořák: 4 Romantic Pieces · F.A.E. Sonata I Zakin

CD 60: Mozart: Concertone · Pleyel: Symphonie concertante I Zukerman · Barenboim

CD 61: Mozart: Divertimento for Violin, Viola and Cello I Zukerman · Rose

CD 62: Beethoven: Violin Concerto I New York Philharmonic · Barenboim

CD 63-64 Concert of the Century I Bernstein · Rostropovich · Horowitz · Fischer-Dieskau

CD 65: Saint-Saëns: Violin Concerto No. 3 · Chausson: Poème I Barenboim

CD 66: Vivaldi: Le quattro stagioni · Concertos for Violin and Flute I Rampal

CD 67: Mozart: Violin Concertos Nos. 2 & 4 I English Chamber Orchestra · Schneider

CD 68: Tchaikovsky: Violin Concerto · Méditation I Rostropovich

CD 69: Brahms: Violin Concerto I New York Philharmonic · Mehta

CD70: Rochberg: Violin Concerto I Pittsburgh Symphony Orchestra · Previn

CD 71: Penderecki: Violin Concerto I Minnesota Orchestra · Skrowaczewski

CD 72: Mendelssohn: Piano Trios I Istomin · Rose

CD 73: The Classic Melodies of Japan I Yamamoto · Hayakawa · Fuju · Naitoh

CD 74: Isaac Stern – 60th Anniversary Celebration I New York Philharmonic · Perlman · Zukerman · Mehta

CD 75: Tchaikovsky: Violin Concerto · Bach: Violin Concertos I Bernstein · Schneider

Le compositeur maudit

Je l’écrivais hier (La maison de Georgeles magasins de disques semblent avoir disparu de Roumanie, à moins que je les aie mal cherchés. Dans l’une des boutiques du château de Bran (L’horreur Draculaj’ai trouvé un seul et unique CD du label roumain Electrecord d’un compositeur dont j’ignorais le nom comme l’oeuvre : Ciprian Porumbescu

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La photo de couverture n’a rien de très séduisant, le détail des plages et des interprètes m’interpellait déjà plus favorablement. Ce Ciprian Porumbescu a toutes les caractéristiques du compositeur maudit, romantique et romanesque.

Né en 1853, il meurt la même année que Wagner (1883) à 29 ans d’une tuberculose qu’une santé fragile dès l’enfance et une vie mouvementée sur le plan personnel et politique n’ont évidemment pas arrangée.

Ciprian a cependant laissé près de 250 oeuvres. Né en Bucovine ukrainienne, il étudie à Suceava et Cernăuți (aujourd’hui Tchernivtsi en Ukraine, arrosée par une rivière au doux nom de Prout!). Mais c’est à Vienne auprès d’Anton Bruckner et Franz Krenn que le jeune homme se perfectionne en même temps qu’il étudie la philosophie. Il enseignera brièvement le chant choral à BrașovÀ Vienne il observe avec intérêt le succès des opérettes d’Offenbach, Strauss, Suppé, Porumbescu écrit la première opérette roumaine, sur des thèmes moins frivoles que celles qu’il a entendues à Vienne, la création à Brasov en 1882 de Crai Nou/La Nouvelle lune est un triomphe. Ci-dessous un extrait délicieusement vintage d’un film à la gloire du jeune compositeur.

Mélodies et rythmes traditionnels roumains font revivre la légende populaire de la fête de la Nouvelle Lune censée exaucer les voeux de bonheur des amoureux.

L’inspiration populaire est tout aussi évidente dans cette charmante Ballade pour violon et orchestre datant de 1880.

(Stefan Ruha est accompagné par l’orchestre symphonique de Cluj-Napoca – la ville des débuts de Julia Varady – dirigé par Emil Simon)

Lorsque la version orchestrale de sa Rhapsodie roumaine – initialement écrite pour piano – fut créée, sous sa direction, en 1882, on ne manqua pas de trouver des parentés avec le Liszt des Rhapsodies hongroises.

Porumbescu est un fervent nationaliste, membre d’une assemblée d’étudiants en pointe dans la résistance à la domination austro-hongroise, Arboros. En 1877, pour avoir soutenu publiquement une manifestation à la mémoire du prince Ghica, exécuté un siècle plus tôt par l’occupant ottoman, le jeune compositeur subit trois mois de cachot, qui seront fatals à sa santé.

(Une courte danse, la hora de Brașov)

Millénaire

En contrepoint d’une actualité tragique, quelques images prises il y a trois ans au coeur de la Russie millénaire, dans les hauts lieux de la liturgie orthodoxe :

Il y a trois ans exactement, je découvrais – enfin – les villes historiques de l’Anneau d’Or et Moscou  – lire : http://lemondenimages.me/2013/12/14/bulbes-bell-towers/.

Petit retour  sur ce fabuleux voyage en Russie profonde.

À une vingtaine de kilomètres de Rostov Veliky, à 80 km de la capitale régionale Iaroslavl, à l’écart des circuits touristiques, comme hors du temps, on découvre le petit village et le monastère de Borisoglebski… dans un état qui est celui de tout le patrimoine de ce type quand il n’est pas sous le regard des visiteurs étrangers ! Pour l’anecdote – émouvante – des moines nous apercevant dans l’enceinte du monastère firent sonner les cloches, un jour de semaine à 16 heures, juste pour nous. Le visiteur est si rare…

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J’ai demandé par la suite au jeune violoniste, plusieurs fois invité à LiègeNikita Boriso-Glebski, si sa famille avait un lien avec ce village et ce monastère. Il n’en sait rien, mais l’homonymie l’a interpellé !

Sur la route, des paysages comme ceux-ci :

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En revenant vers Moscou, on ne peut que faire halte à Sergiev Possad /Сергиев Посад, connue sous le nom de Zagorsk (de 1918 à 1991), haut lieu, épicentre de la Russie orthodoxe dès le XVIème siècle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serguiev_PossadImageImageImage