La découverte de la musique (XIV) : Saint-Saëns

On va beaucoup parler de Camille Saint-Saëns cette année, et ce n’est que justice ! Le compositeur français, né en 1835, est mort il y a cent ans, le 16 décembre 1921.

Le magazine Classica de décembre/janvier lui consacrait sa une et un important dossier, très documenté

Le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier lui consacrera tout un ensemble de concerts. On sait déjà qu’il y aura de bonnes surprises discographiques (dans le droit fil de la « résurrection » il y a quatre ans du Timbre d’argent).

Saint-Saëns, je l’ai découvert de deux manières, d’abord au bac, l’épreuve « musique ». Parmi les oeuvres imposées figurait Le rouet d‘Omphale, l’un des poèmes symphoniques de Saint-Saëns. Je me souviens l’avoir analysé de long en large (pour rien, puisque je n’ai pas été interrogé là-dessus), et encore plus, de ne l’avoir jamais entendu en concert. Il est vrai que, dans les cinquante dernières années, il n’était pas de bon ton de programmer un compositeur si souvent présenté comme académique – dans la pire acception du terme – conservateur, voire réactionnaire.

Les versions discographiques ne se bousculent pas non plus. Le beau disque de Charles Dutoit est l’un des rares qui soient consacrés aux poèmes symphoniques de Saint-Saëns.

L’autre découverte, moins originale, à peu près à la même époque est celle du Deuxième concerto pour piano, mais dans une version bien particulière, liée à ma passion adolescente pour Artur Rubinstein (lire Un amour de jeunesse). Je ne sais plus à quelle occasion (une Tribune des critiques de disques sur France Musique ?) j’ai entendu pour la première fois ce qui allait rester ma version de référence, le premier des deux enregistrements stéréo d’Artur Rubinstein du 2ème concerto, en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein.

Tout l’esprit de Saint-Saëns, de ce deuxième concerto qui selon George Bernard Shaw, « commence comme Bach et finit comme Offenbach » et particulièrement dans le deuxième thème de ce mouvement. Rubinstein y est inimitable.

Depuis lors, j’ai entendu souvent cette oeuvre en concert, mortellement ennuyeuse (oui certains pianistes et non des moindres y parviennent !) ou follement débridée.

Comme cette prestation de Fazil Say, qui aurait normalement dû déboucher sur un disque… qui ne s’est pas fait.

Mais sans aller chercher dans les versions historiques, on peut se féliciter des complètes réussites de Bertrand Chamayou et Jean-Philippe Collard, qui confirment que Saint-Saëns, joué avec le panache, l’imagination et la virtuosité qui sont les leurs, n’a rien d’un vieillard ennuyeux.

La nonne et son ténor

IMG_5973

C’est le spectacle à ne pas manquer, en ce début juin, à Paris. La Nonne sanglante, le deuxième opéra de Gounod, ressuscité à l’Opéra-Comique.

Deuxième représentation hier soir, devant une salle comble et à l’enthousiasme généreux, devant une brochette rare de directeurs et anciens directeurs d’opéra – on a vu ou salué Alain Surrans (Angers-Nantes Opéra), Jean-Louis Grinda (Monte-Carlo, Chorégies d’Orange), Hugues Gall, Jean-Paul Cluzel (ex-Opéra de Paris), Thierry Fouquet (ex-Opéra-Comique, ex-Bordeaux), mais aussi Philippe Meyer, Michel Fau, Bertrand Tavernier…

IMG_5972

Evidemment attirés, comme moi, par une rumeur très favorable, confirmée par les premières critiques parues dans ForumoperaLe Monde.

On connaît le travail du Palazzetto Bru Zane qui s’est attaché cette année à célébrer le bicentenaire de Charles Gounod pendant tout ce mois de juin à Paris. La liste est déjà longue des ouvrages – et des compositeurs – que l’enthousiasme inaltérable de l’équipe du Palazzetto a permis de remettre au jour.

Et, à l’Opéra-Comique même, que de redécouvertes : Le Comte Ory en décembre dernier, Le Timbre d’argent  en juin 2017, Fantasio, Le Pré aux Clercset bien d’autres sous l’ère Deschamps (Du rire aux larmes)

Mais toutes ces redécouvertes ne sont pas d’égal intérêt pour le mélomane, alors qu’on se demande, après la soirée d’hier, pourquoi on n’a jamais remonté cette Nonne sanglante, qui n’égale peut-être pas les chefs-d’oeuvre de Gounod, Faust et Roméo et Juliette, mais que je trouve nettement plus intéressante que Mireille. 

Pas de longueurs, de tunnels, de tournures creuses, une veine mélodique qui semble inépuisable, de très beaux airs, un choeur souvent sollicité, que demander de plus ?

Honneur d’abord au magnifique Rodolphe de Michael Spyres (Ceci n’est pas un opéra), dont on ne finirait pas de tresser les louanges, mais aussi à tous les autres rôles (la Nonne de Marion Lebègue, l’Agnès de Vannina Santoni, l’Arthur de la pétillante Jodie Devos, l’impressionnant Ermite de Jean Teitgen, l’impeccable Enguerrand de Hys, etc.), le choeur Accentus et l’Insula orchestra. 

IMG_5986

 

Timbres d’or et d’argent

L’amateur de raretés lyriques est gâté en ce mois de juin à Paris. Entre Versailles, le Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra Comique, impossible (pour moi) de céder à toutes les tentations.

On attendait évidemment avec curiosité l’ouvrage de jeunesse de Saint-Saëns Le Timbre d’argentexhumé par François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles, à l’instigation du Palazzetto Bru Zane.

IMG_9778On avait déjà eu la chance de redécouvrir la Salle Favart, l’Opéra Comique, dans sa splendeur retrouvée. La fosse nous semble plus sonore que par le passé, parfois à la limite de la saturation.

LE TIMBRE D'ARGENT
LE TIMBRE D’ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique francaise

Que dire de ce Saint-Saëns de jeunesse ? Ce Timbre d’argent a précisément les qualités et les défauts d’un premier jet. Trop long sans doute, une histoire à dormir debout – que le metteur en scène Guillaume Vincent transforme habilement en spectacle de music-hall -, plein de jolies trouvailles d’orchestration – même si l’ouverture est un tunnel – et, ce qui explique sans doute l’oubli qui a recouvert l’ouvrage, quasiment pas d’air, de mélodie ou d’ensemble facile à mémoriser. Une équipe de chanteurs inégale, mais parfaitement francophone. Et un maître d’oeuvre tout à son affaire avec un orchestre pulpeux, s’adaptant avec une souplesse époustouflante aux incessants changements d’atmosphères et de rythmes d’une partition patchwork, sans oublier l’excellent choeur Accentus.

Autre soirée, autre bonheur dans le mélange des timbres de deux belles artistes, dans le cadre du 37ème Festival d’Auvers-sur-Oise, samedi dans la bibliothèque du château de Méry-sur-Oise.

 

 

 

IMG_9748

Bonheur d’entendre Karine Deshayes, comme un prélude au #FestivalRF17 – l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier – dans lequel elle chantera le 15 juillet, le rôle-titre des Puritains de Bellini, puis le 24 juillet dans L’Opéra imaginaire conçu par Hervé Niquet ! Bonheur d’entendre sa voix mêlée à celle de Delphine Haidan, dans un magnifique programme de duos de Mendelssohn, Schubert, Offenbach, Humperdinck…

IMG_9767

Et puisque j’évoque les timbres, plaisir toujours renouvelé de retrouver ceux, uniques, doux et soyeux, du Philharmonique de Vienne, capté par les micros de Decca dans les années 60, dans une quasi-intégrale bien oubliée des Symphonies de Schubert. due à Karl Münchinger

51NvCxqhJrL

Et puisque j’évoque l’or et l’argent, je ne résiste pas à donner à entendre ici la célèbre valse de Lehardans l’enregistrement que le grand Rudolf Kempe considérait comme son plus réussi,  avec les sonorités capiteuses (ces cors de légende !) des Wiener PhilharmonikerL’esprit viennois à son plus subtil !