Il est né le 15 avril 1924, il y a cent ans, il est mort le 1er octobre 2016, à l’âge respectable de 92 ans : Neville Marriner est sans doute le chef anglais qui détient le record des disques enregistrés. J’avais déjà presque tout dit dans cet article : Sir Neville.
A l’occasion de ce centenaire, ses éditeurs – il en fallut plusieurs et pas des moindres pour étancher la soif enregistreuse du chef – ont plutôt bien fait les choses, même si une intégrale semble hors de portée et pas forcément indispensable.
On avait déjà brièvement évoqué le coffret Warner de 80 CD :
La critique a souvent traité Marriner avec une certaine condescendance, notamment dans le répertoire baroque et classique, où il ne devait pas être assez radical, audacieux, au goût de certains. Les messes de Haydn, les symphonies de Mozart de ce coffret sont, au contraire, des leçons de style, de goût, d’élégance, vertus dont le chef a fait preuve jusqu’au bout, comme l’illustre cette vidéo captée pour son 90e anniversaire :
Comme souvent dans ce genre de sommes, ce sont les raretés qui sont intéressantes : les ouvertures de Cherubini, les musiques légères de Wolf-Ferrari
quelques pépites un peu oubliées comme ces Illuminations de Britten avec la merveilleuse Heather Harper (1930-2019)
Decca publie, dans la collection Eloquence – à des prix beaucoup trop élevés pour des rééditions ! – des. coffrets thématiques qui ne contiennent rien d’inédit.
Au fil de mes activités professionnelles, j’ai beaucoup déménagé, emportant dans des cartons de précieux souvenirs enregistrés sur des cassettes audio et vidéo. Et puis lorsque je me suis fixé il y a quelques années dans une jolie maison près de la dernière demeure de Vincent et Theo Van Gogh, j’ai posé ces cartons dans ma cave, en attendant, en repoussant plutôt, le jour où j’aurais et prendrais le temps de les ouvrir. Ce jour est enfin venu, et j’ai trouvé près de chez moi un professionnel qui a accepté de numériser une série de vidéos qui ont plus ou moins bien résisté à l’usure du temps, à l’humidité, aux déménagements successifs.
Premier de ces documents exceptionnels, la soirée d’anniversaire que la radio et la télévision suisse romande avaient concoctée pour les 90 ans du plus illustre des Veveysans, le ténor Hugues Cuénod (1902-2010).
J’ai eu l’immense chance de rencontrer plusieurs fois ce merveilleux personnage qui avait coutume de dire, quand on s’étonnait de sa forme vocale à un âge avancé « Je n’ai pas perdu ma voix, je n’en ai jamais eu ». C’est grâce à François Hudry et à l’émission Disques en Lice de la Radio suisse romande que je fis sa connaissance : je me rappelle en particulier une émission exceptionnelle sur Pelléas et Mélisande , pour laquelle François avait convié deux immortels interprètes de l’unique opéra de Debussy, Irène Joachim et Jacques Jansen… ainsi que leur aîné Hugues Cuénod.
Et il y eut bien d’autres occasions, radiophoniques ou privées, l’octogénaire ténor nous éblouissant à chaque fois par sa forme de jeune homme, ses souvenirs et ses réparties d’une drôlerie insolente. J’ai retrouvé dans mes cartons le joli livre d’entretiens que François Hudry avait réalisés avec lui… et une dédicace qui m’a profondément ému et que je garde pour moi.
Et comme on le constate dans cette vidéo, notre chanteur, mort à 108 ans dans le manoir qu’il a toujours habité à Vevey, est, à 90 ans, dans une forme exceptionnelle. Cette vidéo est aussi très émouvante parce qu’elle montre un autre géant du XXe siècle, le pianiste Nikita Magaloff (1912-1992), un voisin de Cuénod, tout juste octogénaire… quelques mois avant sa mort. C’est l’ultime témoignage dont on dispose de cet immense musicien, au piano bien sûr, mais aussi de son parler si particulier qui insistait sur ses origines russes; On remarquera aussi un tout jeune Michel Dalberto, et un autre « collègue » et voisin d’Hugues Cuénod, le ténor Nicolai Gedda (lire Le tsar Nicolai) à l’époque âgé de seulement 67 ans (!).
Et puis, bien entendu, le plus spectaculaire ce sont les prestations de Cuénod lui-même, dans des extraits du Bestiaire et de L’histoire de Babar de Poulenc, et la conclusion magnifique de l’émission, que je laisse découvrir.
Soirée d’hommage à Hugues Cuénod pour ses 90 ans / Juin 1992 / Droits réservés JPR
D’autres souvenirs suivront : Karajan, Martha Argerich, etc.
J’ai été surpris par l’annonce de sa disparition le 14 mars dernier, je le pensais déjà mort et enterré… un peu comme son compatriote Abbey Simon (lire Le pianiste oublié), mort quelques semaines avant son centième anniversaire. Et je m’aperçois que je n’ai jamais consacré une seule chronique sur ce blog à l’un des plus admirables pianistes du XXe siècle: Byron Janis (1928-2024). Il est plus que temps de me rattraper !
Un génie empêché
L’histoire de Byron Janis est celle d’un pianiste qui n’aurait jamais dû l’être, comme il le déclarait à Alain Lompech (Le Monde) à La Roque d’Anthéron en 1997 : « Tout jeune, j’ai eu nerfs et tendons du petit doigt sectionnés. Tout le monde pensait que je ne deviendrais jamais pianiste« . A part un disque Chopin en 1990, sa carrière, fulgurante à ses débuts, a connu une longue, très longue éclipse, comme il le racontait dans le même article : « Il y avait trente-quatre ans que je n’avais pas enregistré de disque, car je ne pouvais réaliser ce que je voulais à cause d’une arthrite. J’ai donné encore des concerts, puis plus du tout. Cette période de ma vie a été très douloureuse ; j’ai été opéré d’un pouce et je me suis remis petit à petit, alternant des phases euphoriques et d’autres de découragement«
Mais l’ami Lompech commence malicieusement son papier en rappelant que Byron Janis « est le pianiste qui aura été le plus souvent entendu en France et par le public le plus nombreux« . En effet, » de la première à la dernière d’« Apostrophes », l’Américain aura été à l’affiche du générique : c’est son enregistrement du Premier concerto de Serge Rachmaninov qui ouvrait et fermait l’émission de Bernard Pivot. Rééditée par Philips/Mercury, cette interprétation est légendaire pour d’autres raisons : c’est l’une des plus accomplies et survoltées d’une oeuvre qui vaut mieux que ce qu’en disent les détracteurs du compositeur russe. C’est aussi l’une des mieux enregistrées » (Le Monde, 1er août 1997).
L’art unique de Byron Janis ne se décrit pas, il s’écoute. Et on comprend immédiatement pourquoi le pianiste est devenu une légende : la virtuosité est phénoménale, mais jamais démonstrative, jamais cognée ni brutale. Janis a un son, un discours qui se reconnaissent tout de suite.
On a la chance de disposer depuis longtemps de la totalité de ses enregistrements, réalisés à l’ère pionnière de la première stéréo pour des labels eux aussi légendaires, Mercury et RCA.
Le label « super éco » Brilliant Classics avait réédité une grande partie de ce legs :
J’ai un mètre-étalon à l’aune duquel j’ai coutume de « mesurer » les interprètes de Chopin – la Première Ballade op.23 – J’ai longtemps été fasciné – et je le suis toujours – par Arturo Benedetti-Michelangeli dans cette oeuvre, j’ai découvert plus tard la version de Byron Janis. Je ne connais pas plus parfaite interprétation : il n’y a pas une phrase qui ne soit chantée éperdument, pas un passage bousculé ou précipité (comme on l’entend trop souvent), rien qui mette les doigts avant la musique. Bouleversant !
Pour se remémorer l’art unique de ce grand seigneur du piano, les disques bien sûr, mais aussi – heureusement – tous les témoignages qu’on peut trouver sur YouTube, comme cette Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, captée en 1968 à Paris :
Et cette fabuleuse captation d’un concert du 30 janvier 1960 au Carnegie Hall de New York, où Byron Janis joue – magnifiquement – un répertoire où on ne l’attend pas – Mozart et son 23e concerto. Il n’est que d’écouter la suprême simplicité de sa diction dans le mouvement lent.
Ainsi l’ultime ballet de Tchaikovski – Casse-Noisette -créé à Saint-Pétersbourg quelques mois avant la mort du compositeur est-il programmé partout en cette période de Noël (la liste publiée par Bachtrack est éloquente !). En France et à Paris, on n’y échappe pas.
Je me réjouissais d’assister jeudi au concert de l’Orchestre national de France, qui annonçait l’intégrale de la musique du ballet (alors que l’Orchestre de Paris et son chef Klaus Mäkelä n’avaient programmé que le 1er acte, à la grande satisfaction certes d’Alain Lompech sur Bachtrack). J’attendais aussi le jeune chef tchèque Petr Popelka, pour des raisons qu’on n’a pas pris la peine de nous expliquer il a été remplacé par Fabien Gabel (une ressemblance capillaire ?)
Petr PopelkaFabien Gabel
Mais je m’attendais surtout – puisqu’on était à la Maison de la radio et de la musique – à la présence des voix de la Maîtrise de Radio France dans la merveilleuse valse des flocons de neige qui clôt le deuxième tableau du 1er acte. C’était l’occasion ou jamais de présenter une intégrale… vraiment intégrale. La présence au premier rang de la présidente de Radio France et de sa famille n’aura pas suffi. Dommage !
Sachant la redoutable difficulté d’une partition qu’on connaît par coeur, je veux rester indulgent à l’égard d’un chef et d’un orchestre qui d’évidence auraient eu besoin de plus de répétitions ne serait-ce que pour mieux caractériser chaque scène, chaque épisode, où Tchaikovski fait preuve d’une invention mélodique, d’un traitement de la matière orchestrale, absolument extraordinaires (c’est dans Casse Noisette qu’on entend pour la première fois le célesta comme instrument soliste dans la fameuse Danse de la fée Dragée). Jeudi j’avais encore le souvenir très vif d’une soirée inoubliable du festival d’Aix-en-Provence 2009, où Simon Rattle et l’orchestre philharmonique de Berlin avaient donné (comme Mäkelä et l’Orchestre de Paris !), l’ouverture et le 1er acte de Casse-Noisette avant Le Sacre du printemps de Stravinsky. C’est avec émotion que je retrouve la critique qu’en avait faite dans Télérama le regretté Gilles Macassar, disparu en 2015 (lire son beau portrait de Fabienne Pascaud).
La Valse des flocons de neige… avec les voix d’enfants !
La Chauve-Souris
Autre « marronnier » des fins d’année, Die Fledermaus / La Chauve-Souris, l’opérette la plus populaire de Johann Strauss, qu’on programme à cette époque parce qu’elle s’inspire d’une pièce française de Meilhac et Halévy… le Réveillon ! (lire Revue de Chauves-Souris)
Je n’avais pas vu la vidéo de présentation de ce concert, je partage non seulement tout ce que Marc Minkowski dit de l’oeuvre et de cette musique, mais je constate avec plaisir que le chef français a très exactement fait ce qu’il a dit. J’espère que cette production est ou sera enregistrée dans le cadre de sa tournée européenne.
Quant à mes versions favorites au disque ou en DVD, j’invite à relire Revue de Chauves-Souris.
J’invite, en particulier, à lire ce que Louis Langrée dit de la vie musicale américaine et du poids de la cancel culture qui a conduit, par exemple, les responsables du Lincoln Center de New York à supprimer Mozart de leur vocabulaire, parce que le nom même est jugé élitiste !! Heureusement la contamination reste limitée en Europe, et le travail exemplaire que font les équipes de l’Opéra Comique est de nature à nous rassurer !
(Louis Langrée dans son bureau de directeur général à l’Opéra Comique devant une affiche-programme de 1950)
L’actualité du chef est aussi ce nouveau disque dont le soliste est Alexandre Tharaud. Pour ne blesser personne, je me contenterai de remarquer que Louis Langrée trouve, dans Ravel et plus encore dans Falla, des couleurs admirables grâce à un Orchestre national en grande forme. Bravo pour le couplage inédit au disque !
Solti suite et fin
Il y a deux ans, j’avais reçu juste avant un séjour involontaire à l’hôpital, le deuxième des coffrets que Decca a consacrés à son chef star, Georg Solti (1912-1997) : Solti à Londres. Après un premier fort volume regroupant les enregistrements faits à Chicago durant un quart de siècle. Cette fois la boucle est bouclée avec un troisième coffret regroupant tout ce que le chef britannique a enregistré ailleurs qu’à Londres ou Chicago, pour la plupart à Vienne. Et ce sont, pour moi, de loin les meilleurs disques de Solti.
Les chauvins y retrouvent le seul disque enregistré avec l’Orchestre de Paris – dont Solti fut brièvement le « conseiller musical », des poèmes symphoniques de Liszt… et les 2e et 5e symphonies de Tchaikovski avec l’ancêtre de l’Orchestre de Paris, la société des Concerts du Conservatoire.
Je ne résiste pas au plaisir de citer encore la version la plus hallucinée des célèbres ouvertures de Suppé, captées en 1957 avec des Wiener Philharmoniker complètement survoltés : ici une Cavalerie légère au triple galop !
Braderie russe
Sur le site allemand jpc.de, je trouve régulièrement, à tout petit prix soldé, des disques dont j’ignorais même l’existence, parce qu’ils n’ont jamais ou très inégalement été distribués en Europe occidentale, publiés par le label Melodia, jadis le seul et unique éditeur officiel de l’URSS. Je viens de recevoir – et d’écouter – quatre albums assez incroyables.
D’abord Evgueni Svetlanov (1928-2002) dont on sait qu’il ne limitait pas son horizon à la seule musique russe, dont il a pourtant enregistré une quasi-intégrale symphonique. Ici c’est Ravel, et beaucoup moins attendu, le grand oratorio d’Elgar, The Dream of Gerontius. Grandiose vraiment !
Autres surprises, un double album consacré à Wagner (édité en 2013 à l’occasion du bicentenaire de sa naissance) et un époustouflant « live » de 1965 où Charles Munch dirige l’orchestre de Svetlanov (le symphonique d’URSS) dans une Mer de Debussy absolument déchaînée (au même programme: la 2e symphonie d’Honegger, la suite de Dardanus de Rameau et la 2e suite de Bacchus et Ariane de Roussel)
(Debussy, la Mer extrait, Charles Munch, Orchestre symphonique de l’URSS, Moscou 1965)
Le bonheur de Mahler
Passant avant-hier chez le libraire de la rue de Bretagne à Paris, je tombe sur un livre de poche au rayon « Musique ». Jamais entendu parler du bouquin à sa sortie en 2021, encore moins de son auteur, Évelyne Bloch-Dano.
« »On ne connaît pas Natalie Bauer-Lechner. Et pour cause : le nom de cette talentueuse altiste a été effacé par l’entourage de Mahler. Avant-gardiste, membre d’un quatuor de femmes réputé, c’est aussi elle qui, la première, a cru en Gustav Mahler. Jusqu’au mariage du compositeur, elle fut sa confidente, la première lectrice de ses compositions… son âme sœur, dans une Vienne aux codes étouffants, ivre d’art et de musique. Évelyne Bloch-Dano nous emmène à la rencontre de trois personnages, un génie, une artiste et une ville, dans une époque euphorique et impitoyable que balaya la Première Guerre mondiale. Le récit d’une intimité hors normes qui a le souffle d’un roman ». (Présentation de l’éditeur)
Un feuilletage rapide donne l’impression d’un ouvrage sérieux, même si écrit comme une biographie romancée. En tout cas, l’idée n’est pas mauvaise de raconter Mahler par le biais de cette amitié particulière avec une authentique féministe, la musicienne Natalie Bauer-Lechner
Il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, j’avais cherché à avoir des nouvelles d’un chef d’orchestre que je suis et admire depuis longtemps, le Russe Youri Temirkanov. J’ai la réponse aujourd’hui en apprenant sa disparition à l’âge de 84 ans.
J’avais raconté la première fois, le 23 septembre 1995, que je l’avais entendu dans la ville et avec l’orchestre- où il avait succédé à l’immense Evgueni Mravinski : Première à Saint-Pétersbourg. Ce n’était pas rien que de prendre la suite d’une telle personnalité qui, durant cinquante ans, avait forgé l’un des plus beaux orchestres du monde au prix d’une discipline de fer.
Depuis lors, j’ai vu plusieurs fois Temirkanov diriger, surtout à Paris, avec des bonheurs variables. Tout le monde savait que le chef avait quelques problèmes avec l’alcool – mais il était loin d’être le seul dans ce cas parmi les grands chefs ! Disons, pour simplifier, qu’il y avait des concerts plutôt en service minimum et d’autres où le côté chef besogneux vissé à sa partition cachait bien l’ampleur de la vision et le grand souffle qui traversait son interprétation.
Comme ces deux captations récentes à la Philharmonie de Saint-Pétersbourg, la densité parfois suffocante de la 2e symphonie de Rachmaninov et le tragique tempêtueux qui parcourt une 4e de Tchaikovski au final diabolique. Et quel orchestre fabuleux, malgré les vagues d’émigration qui ont suivi la chute de l’Union Soviétique !
Intéressante aussi cette captation réalisée à Annecy d’une oeuvre – Alexandre Nevski de Prokofiev – où Temirkanov était souverain.
Une discographie éparpillée
On espère, sans trop y croire, que les labels qui ont édité les disques de Temirkanov proposeront des coffrets, des rééditions.
Si on le trouve encore, il faut se précipiter sur les 10 CD édités il y a une vingtaine d’années par Brilliant Classics, des archives « live » de concerts donnés en Union soviétique (en vente sur jpc.de).
Il y a des pépites formidables, qui montrent un chef fringant, dans la lignée de son maître Mravinski – qu’il a côtoyé à Leningrad à l’époque où il était le patron du Kirov, aujourd’hui Marinski.
Les enregistrements de Temirkanov de la « Pathétique » de Tchaikovski ou de la 2e de Rachmaninov sont époustouflants, les Prokofiev tout autant comme une extraordinaire 2e de Sibelius. Notez la présence plus étonnante de Debussy, Beethoven ou Jacques Ibert dans un coffret vraiment indispensable
Tchaikovski: Symphonie n°6; Romeo et Juliette Chostakovitch Symphonien Nr. 1, 5, 13 Chtchedrine: Konzert für Orchester « Chimes »; Suite « Not Love Alone » Prokofiev: Symphonie n° 1; Romeo et Juliette (extraits); Lieutenant Kije Suite Khachaturian: Symphonie n° 2 Scriabine: Poeme de l’Extase Rachmaninov: Symphonie n°2 Ibert: Paris Beethoven: Symphonie n° 8 Rossini: oui.Le Barbier de Séville Haydn: Symphonie n° 104 Dvorak: Symphonie n°9 Ravel: Rapsodie Espagnole Sibelius: Symphonie n°2 Britten: The Young Person’s Guide to the Orchestra Debussy: Nuages; Fetes; La Mer; Petite Suite Enesco: Rhapsodie roumaine n° 1
Kirov Theatre Orchestra, State Academy Symphony Orchestra of USSR, Moscow PO, USSR State SO,
1966-1985
Chez RCA il y a beaucoup de Russes, captés avec Saint-Pétersbourg, le Royal Philharmonic ou même New York, à commencer par deux coffrets indispensables Chostakovitch et Tchaikovski.
On est moins enthousiaste à la série récente de CD parus chez Signum Classics.
En revanche, on ne peut qu’aimer le couplage retenu par Warner pour ce « live » du 23 mai 2005. L’interprétation du grand Dmitri Hvorostovsky – trop tôt disparu il y a six ans déjà (lire Le combat perdu de Dmitri H) est bouleversante, et s’il n’égale pas Kondrachine dans les Danses symphoniques de Rachmaninov, Temirkanov sait en exalter la puissante nostalgie.
En écrivant ce papier, je trouve des raretés sur YouTube comme ces Danses de Rachmaninov captées en 1989 à Philadelphie…
Ou encore une toute récente Shéhérazade de Rimski-Korsakov captée à Tokyo, où le vieux chef inspire manifestement un orchestre en état de grâce
Puisqu’on est en pleine célébration des 150 ans de la naissance de Rachmaninov, ce disque inconnu en France, d’un immense pianiste anglais, Philip Fowke, où Yuri Temirkanov fait mieux qu’accompagner le 2e concerto pour piano, à la tête du Royal Philharmonic (dont il fut le chief conductor de 1992 à 1998)
J’ai su, dès les premières images, que j’allais plonger sans réserve dans le flot somptueux de ce film : La Femme de Tchaikovski est un grand, très grand film de Kirill Serebrennikov.
Le réalisateur russe, aujourd’hui temporairement réfugié à Berlin, s’exprime dans Le Monde d’aujourd’hui :
A la question « Pourquoi un projet envisagé dès 2013 n’a-t-il pas abouti plus tôt? » K.S. répond
« Parce que le projet endommageait le monument du musicien tel que le désire aujourd’hui le gouvernement russe. On préfère les monuments aux êtres humains dans mon pays. En vérité, le personnage – et le statut – de Tchaïkovski en Russie est tellement complexe, il a tellement évolué avec le temps, qu’il peut nourrir non pas un mais dix films. Le mien n’offre qu’un angle de vision, celui de ses rapports tourmentés avec sa femme en raison de son homosexualité. Mais il faut comprendre qu’à l’époque sa musique, alors même qu’il était le premier musicien russe à devenir célèbre à l’Ouest, n’était pas considérée comme russe en Russie/…/honnêtement, je n’ai jamais pensé, en écrivant le film, à la femme de Tchaïkovski comme à une incarnation du peuple russe. Je l’ai plutôt vue, alors qu’elle était jusqu’à présent considérée comme une petite-bourgeoise idiote, comme une sorte de personnage tragique. La faute en incombe au musicien, qui aura estimé utile pour l’avancement de sa carrière de se marier, et l’affaire a tout simplement tourné au cauchemar.«
Tout sauf un biopic
Ce n’est pas un film sur Tchaikovski, ni un biopic romancé comme l’était le film de Ken Russell, La Symphonie pathétique/Music Lovers (1971). Mais bien un portrait de femme, devenue littéralement folle d’amour pour un homme qui n’aimait pas les femmes, mais qui, en 1877, donne le change en épousant Antonina.
Ce sont deux heures et demie de grand cinéma, qui a fait à peu près l’unanimité de la critique, et qui, pour moi, revêtait une dimension particulière, parce qu’elle me renvoyait à mes années universitaires à Poitiers, dans le département des langues slaves, dirigé alors par l’incroyable personnalité qu’était Jacqueline de Proyart, l’amie et la traductrice de Boris Pasternak (désolé, cette grande dame bien française n’a qu’une fiche Wikipedia en allemand ! on va essayer de corriger le tir…). En février je crois, se déroulait dans un cinéma du centre de Poitiers une sorte de semaine du cinéma consacrée, chaque année, à un pays différent. En 1973 ou 1974, l’Union soviétique était à ‘(honneur. J’avais demandé si notre groupe – peu nombreux – d’étudiants en russe pouvait assister à ces séances, en lieu et place des cours académiques, demande acceptée! Et je fis alors le plein de films, d’images, de paysages, de sensibilités. Comme ce Premier maître d’ Andrei Kontchalovski, le frère de Nikita Mikhalkov-Kontchalovski qui m’a durablement marqué.
Pendant huit jours, nous étions baignés de langue russe.
J’ai revécu cela hier, m’efforçant de ne pas suivre le sous-titrage en français. Constatant, une nouvelle fois, qu’une langue apprise, qu’on croit avoir oubliée parce qu’on n’a pas l’occasion de la pratiquer, revient presque instantanément…
Certains de mes amis qui sont allés voir La Femme de Tchaikovski ont regretté qu’on y entende peu de musique, et pas beaucoup de Tchaikovski. On pourrait ajouter à cela qu’on voit finalement assez peu le compositeur, pourtant remarquablement incarné par Odin Lund Biron, alors que Alyona Mikhailova est quasiment de tous les plans.
Pourtant il y a de la musique dans ce film. Elle est du pianiste russe Daniil Orlov, elle épouse discrètement la dévastation intérieure d’Antonina (tapis de cordes graves), et parfois cite le Tchaikovski du cycle pour piano Les Saisons, comme la première pièce Janvier
Vers la fin du film, on entend quelques extraits du poème symphonique Francesca da Rimini, qu’on imagine dirigé par le compositeur lui-même, même si on ne voit rien d’une salle de concert, a fortiori d’un orchestre.
Je n’ai pas bien compris ni la nécessité ni le sens des scènes finales, où pour illustrer l’inexorable descente vers la folie d’Antonina, on la voit danser à se perdre, sur une musique devenue sauvage et très moderne, entourée d’hommes nus…
Allez voir cette Femme de Tchaikovski !
Le Louxor
Un mot encore de la salle où je suis allé voir le film, le mythique Louxor, près de Barbès à Paris. Une découverte pour moi. Le cinéma comme on peut encore le rêver, même s’il n’y a plus d’entracte ni de chocolats glacés…
Josef Krips, né à Vienne en 1902, mort à Genève en 1974, est sans doute l’incarnation du chef d’orchestre viennois. Reste à définir ce qui distingue Vienne du reste des capitales européennes.. et ce n’est pas ici qu’on va s’y risquer en quelques mots. Historiquement, c’est en tous cas le centre et le phare de l’Europe musicale aux XVIIIème, XIXème et (début du) XXème siècles.
J’ai failli ne pas apercevoir une édition/réédition qui me réjouit au plus haut point.
L’intérêt considérable de ce coffret c’est de regrouper des disques publiés jusqu’alors sous des labels disparates, voire de révéler des enregistrements que je ne connaissais pas. Voir le détail ci-dessous.
Premier souvenir personnel : pour l’option musique du bac, il y avait au programme la première symphonie de Beethoven. J’ai déjà raconté mes premiers pas dans la constitution d’une discothèque classique (Initiation), c’était à Poitiers. Priorité aux collections « économiques », vu la modestie de mes moyens. Et pour écouter cette première symphonie de Beethoven, c’est sur ce disque bon marché que je jetai mon dévolu :
Déjà à l’époque, sur ma petite chaîne stéréo Dual, et malgré un diamant de bonne qualité sur ma platine, je trouvais que la prise de son et/ou la gravure n’étaient pas satisfaisantes.
Plus tard, sous différents labels, je chercherais à acquérir l’intégrale de ces symphonies gravées à Londres par Josef Krips au début des années 60. On frisait souvent la catastrophe, comme le montre cet extrait :
Le coffret Scribendum nous restitue enfin cette intégrale de référence dans un son enfin lumineux.
Il y a bien sûr quelques enregistrements bien connus, déjà réédités par Decca, et récemment dans la merveilleuse collection Eloquence (les Strauss par exemple).
C’est ici que s’exprime le mieux l’art de Krips le Viennois, le sens parfait des proportions, la justesse des tempi, des articulations : rien n’est plus difficile à diriger qu’une valse de Strauss, on en a la démonstration chaque année le 1er janvier. Avec Krips tout semble si naturel. Comme dans ses Schubert.
Pour le reste, les collectionneurs avaient depuis longtemps repéré des Mozart et Haydn parus, entre autres, sous le label Chesky, les ouvertures de Beethoven (avec un « orchestre du festival de Vienne » qui n’est autre que le faux nez des Wiener Philharmoniker), des Brahms et Schubert chez Concert Hall, et – pour moi une découverte – des Brahms et Richard Strauss gravés avec le Philharmonia, réédités par Testament.
Encore un indispensable de toute discothèque.
Les détails du coffret
CD 1 Franz Joseph Haydn (1732-1809) Symphony No.94 in G major « Surprise » Symphony No.99 in E flat major Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.40 in G minor KV 550 *
Wiener Philharmoniker Orchestre National de France * Recording: Sept. 1957 [Haydn]; Nov. 2, 1965 [Mozart]
CD 2 J. Strauss II (1825-1899) An der schönen blauen Donau Op.314 J. Strauss II (1825-1899) & Josef Strauss (1827-1870) Pizzicato-Polka Op.447 J. Strauss II (1825-1899) Kaiser – Walzer Op.437 Rosen aus dem Süden – Walzer Op.338 Accelerationen – Walzer Op.234 Josef Strauss (1827-1870) Dorfschwalben aus Österreich – Walzer Op.164 * J. Strauss II (1825-1899) Frühlingsstimmen – Walzer Op.410 *
CD 3 Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893) Symphony No.5 in E minor Op.64 Franz Peter Schubert (1797-1828) Symphony No.8 in B minor D. 759 « Unfinished » *
Wiener Philharmoniker Wiener Symphoniker * Recording: Sept. 1958; June 3, 1962 [*]
CD 4 Johannes Brahms (1833-1897) Symphony No.1 in C minor Op.68 * Robert Schumann (1810-1856) Symphony No.1 in B flat major Op.38 « Spring »
Wiener Philharmoniker * London Symphony Orchestra Recording: Oct. 1956 [*]; May 1957
CD 5 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Overtures: Fidelio, Op.72 Egmont, Op.84 Coriolan, Op.62 Leonore No.3, Op.72a Die Weihe des Hauses, Op.124
Wiener Festspielorchester Recording: 1962
CD 6 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.1 in C major Op.21 Symphony No.3 in E flat major Op.55 « Eroica »
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 7 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.2 in D major Op.36 Symphony No.6 in F major Op.68 « Pastorale »
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 8 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.5 in C minor Op.67 Symphony No.7 in A major Op.92
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 9 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.4 in B flat major Op.60 Symphony No.8 in F major Op.93 Egmont; Overture Op.84
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 10 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.9 in D minor Op.125 « Choral »
Jennifer Vyvyan soprano, Shirley Verrett mezzo-soprano Rudolf Petrak tenor, Donald Bell bass BBC Chorus, Leslie Woodgate Chorus Master London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 11 Robert Schumann (1810-1856) Symphony No.4 in D minor Op.120 * Franz Peter Schubert (1797-1828) Symphony No.9 in C major D. 944 « The Great »
London Symphony Orchestra Recording: Oct. 1956 [*]; May 1958
CD 12 Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.35 in D major KV 385 « Haffner » Franz Joseph Haydn (1732-1809) Symphony No.104 in D major « London » Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.41 in C major KV 551 « Jupiter » *
Royal Philharmonic Orchestra Israel Philharmonic Orchestra * Recording: Sept. 28-29, 1962; April 1957 [*]
CD 13 Johannes Brahms (1833-1897) Academic Festival Overture Op.80 * Variations on a theme by Joseph Haydn, Op.56a Tragic Overture Op.81 * Richard Strauss (1864-1949) Der Rosenkavalier Suite
Philharmonia Orchestra Recording: June 22, 1963 [*]; June 1, 1963
CD 14 Johannes Brahms (1833-1897) Symphony No.2 in B minor Op.73 * Richard Strauss (1864-1949) Till Eulenspiegels lustige Streiche Op.28
Tonhalle Orchester, Zürich * Wiener Symphoniker Recording: May-June 1960 [*]; August 1972
Elle a fêté hier ses 80 ans, on lui doit tant de beaux souvenirs : tous nos voeux Julia Varady !
Il y a un an (Légendaires) je m’interrogeais : « qu’attend Orfeo pour regrouper la meilleure et la plus complète série d’enregistrements de la cantatrice roumaine ? ». Réponse, ce coffret à l’occasion de son anniversaire !
Quant à Deutsche Grammophon, pour qui Julia Varady a beaucoup, mais discrètement, enregistré, l’hommage tient en une compilation numérique…
J’ai déjà raconté ici (et sur de précédents blogs) les quelques souvenirs radieux que j’ai de Julia Varady en concert et sur scène.
Carnegie Hall : Je me rappelle à mon tour le concert que le même Armin Jordan, cette fois à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, avait donné en octobre 1989. Et ma propre émotion en découvrant, en répétition, puis en concert, l’acoustique unique, chaleureuse et précise, de la salle mythique. La soliste était Julia Varady, qui y faisait aussi ses débuts, avec les Vierletzte Lieder de Richard Strauss. Le lendemain, le critique du New York Times saluait la performance de la cantatrice, dont la voix lui semblait idéalement sertie dans l’écrin orchestral que Jordan lui avait dessiné. Julia n’avait pas du tout lu le papier dans ce sens. Catastrophée, elle se lamentait auprès du secrétaire général de l’orchestre, Ron Golan, et moi, attablés au petit déjeuner – « vous vous rendez compte, le public ne m’entendait pas, ma voix ne ressortait pas ! ». Nous lisions plutôt dans cet article un compliment. Une heure plus tard, je retrouve par hasard Julia Varady dans l’ascenseur de l’hôtel, tout sourire. Elle m’embrasse et me confie : « Je viens de parler à Dietrich (Fischer-Dieskau, son mari !), je lui ai lu l’article, il m’a dit exactement la même chose que vous et m’a félicitée ».
Nabucco : en 1995, pour l’inauguration du mandat d’Hugues Gall à la direction de l’Opéra de Paris, coup de maître et coup de génie : Julia Varady est une Abigaille de rêve, puissance et poésie réunies.
Monsaingeon
J’avais eu la chance, en 1998, d’assister à un récital privé de Julia Varady et Viktoria Postnikova, enregistré en vue du documentaire que Bruno Monsaingeon consacrait à la cantatrice.
Pleyel, 28 janvier 1998, Requiem de Verdi, Carlo-Maria Giulini
Et puis encore cette soirée mémorable à plus d’un titre : le dernier concert de Carlo-Maria Giulini à la tête de l’Orchestre de Paris, un Requiem de Verdi en état de grâce, et de nouveau, radieuse, Julia Varady.
Voici ce qu’en écrivait Alain Lompech dans Le Mondedu 1er février 1998 : « Giulini ne bouge presque pas, ne souligne aucune phrase, ne singe pas l’émotion ; il est là, et cela suffit pour que les musiciens, les chanteurs, sublime Varady, inapprochable artiste, irréprochable chanteuse qui convertirait un mécréant, oublient leurs propres limites pour atteindre cette osmose, cette fluidité, cette évidence de l’expression qui se confondent avec l’oeuvre elle-même...Le Requiem s’achève comme il a commencé : dans le silence. Quand Giulini descend du podium, il est ailleurs, son visage de marbre met quelques secondes à s’animer. Il revient parmi nous pour être acclamé par une salle et un plateau à l’unisson. France-Musique a diffusé, en direct, le premier des trois concerts que le chef italien, né en 1914, aura dirigé Salle Pleyel » :
J’ai la chance d’avoir pu conserver une copie de cette captation :
Chère Julia, je vous envoie une immense brassée de pensées reconnaissantes et de voeux ardents. Votre voix « déchirée par des éclairs de lumière » n’est pas près de déserter nos mémoires.
Philippe Jordan dirigeait hier soir, à l’Opéra Bastille, le dernier concert de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Paris, fonction qu’il exerçait depuis 2009.
Ce fut une soirée exceptionnelle à plus d’un titre.
D’abord pour des raisons personnelles. Je connais Philippe depuis ses 14 ans, quand il était venu assister à une répétition de son père, Armin, avec l’Orchestre de la Suisse romande à Genève. Grand adolescent timide. Quelques années après, son père me parle de l’été qu’il va passer à Aix-en-Provence (un Mozart je crois), et me rapporte ce dialogue avec son fils : « Que fais-tu cet été? – Je serai à Aix – Comment ça à Aix ? – Oui je serai chef de chant assistant pour Le Chevalier à la rose dirigé par Jeffrey Tate… » Armin de m’avouer bien sûr sa surprise – son fils ne lui avait rien dit – et sa fierté, Philippe avait tout juste 19 ans !.
Sitôt nommé à Liège, je vais inviter plusieurs jeunes chefs au début de leur carrière. Comme Philippe Jordan, 29 ans, en 2003. Et dejà une personnalité affirmée, un programme original : la sérénade pour vents K. 488 de Mozart, la sérénade pour ténor et cor de Britten (avec le ténor anglais Patrick Raftery et l’un des cors solo de l’OPRL, Nico de Marchi), et la Troisième symphonie de Schumann.
La carrière de Philippe Jordan va ensuite se développer à un tel rythme que je ne parviendrai plus à le réinviter à Liège.
L’autre raison personnelle tient au choix de la deuxième partie de ce concert exceptionnel : l’acte III de Parsifal de Wagner. J’ai un souvenir réellement inoubliable du Parsifal qu’y avait dirigé Armin Jordan en 1997 (dans une mise en scène de Graham Vick).
Les autres raisons de partager ce concert exceptionnel tiennent, bien entendu, au formidable engagement qui a été celui de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris. Le nouveau directeur de l’Opéra, Alexander Neef, dans un discours qui aurait gagné à plus de spontanéité, Emilie Belaud* au nom de ses collègues musiciens, avec des mots justes et sincères, ont rappelé tout ce que le chef suisse, aujourd’hui « patron » de l’opéra de Vienne, a apporté à l’Opéra de Paris. Bilan impressionnant : 40 ouvrages différents – lyriques et symphoniques – dirigés en 12 ans, des formations musicales qui ont encore gagné en qualité, en homogénéité, une osmose évidente entre chef et musiciens.
Je suis malheureusement loin d’avoir pu suivre toute cette aventure parisienne. De ces dernières années, me reviennent les souvenirs du Prince Igor, d’un Don Carlos, de Benvenuto Cellini des Gurre-Lieder de Schoenberg à la Philharmonie de Paris, de symphonies de Beethoven, pas les Wagner, ni Tétralogie, ni Tristan, à grand regret.
Mais il reste bien des témoignages filmés et enregistrés de ce mandat extraordinaire (voir plus bas)
Liszt et Parsifal
Pour cette soirée, non pas d’adieu, mais d’au-revoir (si l’on en croit les propos d’Alexander Neef et de Philippe Jordan lui-même), le chef avait choisi deux oeuvres emblématiques, qui lui permettait de faire jouer l’ensemble des musiciens de l’Opéra, les deux formations symphoniques, et un choeur d’hommes nécessairement restreint pour cause de Covid-19.
La Faust Symphonie est principalement écrite à Weimar au cours de l’été 1854. Encouragé par l’honneur que lui fit Berlioz en lui dédicaçant La Damnation de Faust, Liszt, termine la partition de la Faust-Symphonie, en trois mouvements (Faust, Marguerite, Méphistophéles) en octobre 1854. Elle compte trois cents pages !
La version originale n’utilise que des vents, des cors et des cordes. Liszt révise sa partition en 1860 en adjoignant à la fin un Chorus Mysticus, dans lequel des extraits du Second Faust sont chantés par un chœur d’hommes et un ténor solo.
J’ai fait le compte dans ma discothèque, une douzaine de versions, et pas par de petites pointures.
D’où vient qu’hier soir, j’ai trouvé l’oeuvre longue, vraiment longue, et pas vraiment passionnante, malgré l’engagement du chef, les formidables qualités de l’orchestre et de ses solistes ?
Parsifal acte III
La seconde partie du concert ne va pas nous lâcher une seconde et va aviver encore les regrets de n’avoir pas entendu Philippe Jordan dans les Wagner qu’il a dirigés ici. Mention pour la très brève intervention d’Ève-Maud Hubeaux – qu’on avait laissée en Dame Ragonde dans le Comte Ory dirigé par Louis Langrée à l’Opéra Comique – et pour les formidables René Pape (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal) et le sublime Peter Mattei (Amfortas)
S’en est suivie une bonne demie heure d’applaudissements, de standing ovation, comme on ne se rappelle pas en avoir jamais connue à Paris. Mais le public comme les musiciens auraient pu chanter à l’adresse de Philippe Jordan : « Ce n’est qu’un au revoir… »!
Le legs de Philippe Jordan à l’Opéra de Paris
*Emilie Belaud a été quelques (très belles) années premier violon solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, avant de rejoindre les rangs de l’orchestre de l’Opéra de Paris